La Parenthèse de Virgul #51





Hello les Matous !
On a du lourd aujourd'hui, une anecdote (un pan de l'Histoire presque) avec de l'occultisme, du rock bien sombre, un auteur gazé lors de la bataille de Passchendaele, et tout cela pour aboutir, après bien des péripéties, à la création du... heavy metal.
Ah, on ne se fiche pas de vous, hein ?
Miaw !

Notes sombres et naissance du Metal
Tout commence en 1968, dans les faubourgs de Birmingham. Un bassiste, totalement inconnu, vient de lire un ouvrage signé Dennis Wheatley. Et il nous faut pour le moment nous pencher sur ce dernier. Le type est né dans le sud de Londres, dans une famille aisée, en 1897. Pas de bol, le voilà suffisamment âgé quand la Première Guerre mondiale éclate, ce qui lui vaut d'être incorporé dans l'artillerie britannique. Après avoir servi dans le nord de la France, il participe aux combats en Belgique, notamment à Passchendaele, où il se retrouve gazé au chlore, l'une des nombreuses saloperies dont se servaient à l'époque les belligérants.
De retour au pays, le gars reprend l'entreprise de vin familiale, qui périclite lors de la dépression des années 30. Notre brave Dennis va alors se lancer dans l'écriture. 

Dennis Wheatley va devenir un auteur prolifique et influent. Il va écrire des dizaines d'ouvrages, en se spécialisant dans le fantastique mais aussi le genre policier, l'aventure, la guerre, l'espionnage. Il va également publier des romans-mystères, dans lesquels le lecteur est invité à trouver le coupable grâce à une série d'indices ; il écrira également des essais sur bien des domaines, dont la Révolution russe ; et, après un long travail de recherche et diverses rencontres, il va finir par faire autorité en matière de satanisme et de magie noire. Certains de ses romans vont d'ailleurs traiter du sujet, comme Les Vierges de Satan, publié en version française dans les années 80 par les éditions NéO (et disponible de nos jours chez Terre de Brume). Dans les années 60, ses livres se vendent à près d'un million d'exemplaires par an. Certains seront adaptés au cinéma, entre autres par la Hammer. Le succès est au rendez-vous, et si son nom n'est pas aussi célèbre que celui d'un Lovecraft ou d'un Howard, c'est en partie à cause de problèmes de droits, qui empêcheront la réédition de ses romans (très peu sont disponibles aujourd'hui) et nuiront donc à la notoriété de ceux-ci. 

Mais revenons à notre petit bassiste anglais. Ce petit gars d'Aston, un quartier ouvrier très pauvre, va se lancer dans la lecture des bouquins de Wheatley. Et comme beaucoup de jeunes lecteurs de l'époque, il va être marqué par l'ambiance sombre de ces récits, il va être fasciné par les références à l'occultisme, au surnaturel. Et cela va avoir, chez lui, un impact bien plus important que chez le lecteur lambda. Car ce petit bassiste s'appelle en réalité Terrence Butler, dit "Geezer". Il fait partie d'un groupe qui comprend notamment un certain Tony Iommi qui, malgré un accident dans une usine de tôlerie (une presse hydraulique le déleste de deux phalanges !), continue à jouer de la guitare avec passion. Ils sont entourés de deux types eux aussi encore inconnus, un nommé Ozzy Osbourne, au chant, et le sieur Bill Ward à la batterie. 

Une nuit, Geezer fait un cauchemar, fortement imprégné de ses lectures du moment et de l'influence de Wheatley. Il rêve d'une silhouette noire, effrayante, se tenant dans sa chambre, au pied de son lit. Il en fait part à ses collègues. Les membres du groupe, constatant le succès des films d'horreur, et inspirés par l'histoire glauque de Geezer, vont avoir l'idée d'une chanson très particulière, qu'ils intituleront Black Sabbath. Pour la première fois dans l'histoire de la musique, des types ont l'idée de concevoir une musique plus sombre, plus violente, plus dérangeante, chargée de mystère et même... effrayante. Les premiers riffs, lourds et lugubres, sont composés. Ceux-ci sont également influencés par le handicap de Tony, ce dernier étant obligé de réduire la tension de ses cordes pour diminuer la douleur au niveau de ses doigts blessés, ce qui rend le son plus grave. Geezer suit en abaissant également la tonalité de sa basse. Le Heavy Metal est né, à partir de quelques bouquins d'épouvante et de deux doigts tranchés dans un accident du travail ! Ou en tout cas, il va se développer à partir de ce premier groupe devenu légendaire et formé par quelques cinglés (qui accumuleront les pires conneries en tournée).

Et voilà les amis. N'est-il pas fascinant de se dire qu'un genre musical majeur est né de l'influence d'un auteur versé dans le fantastique ? Qui sait, sans Wheatley, ce qu'aurait rêvé cette nuit-là le petit Geezer ? Et ce qu'aurait alors donné la musique de ses potes. Comme quoi, il faut faire attention à ce qu'on lit. Cela peut parfois influer non seulement sur nos pensées, mais même sur nos destins. Miaw !