Plur1bus





La plateforme Apple TV frappe fort avec un véritable chef-d'œuvre : Pluribus.

Carol Sturka
est une romancière à succès, empêtrée dans l'écriture d'une série fleuve qui lui rapporte dollars et fans, mais finalement assez peu de satisfaction personnelle. Un soir, après une énième séance de dédicace, elle est témoin d'un événement étrange. Les gens semblent pris de malaises, ils s'écroulent ou se figent et se mettent à trembler. Dans un premier temps, Carol tente de trouver de l'aide, mais elle doit bientôt se rendre à l'évidence : en un claquement de doigt, l'humanité a... changé.
En effet, il n'y a plus d'individualités mais une sorte de fonctionnement de ruche : la population mondiale est unie, dans la joie et la concorde, et fonctionne comme un "tout". Seule Carol semble immunisée à ce qu'elle considère comme une horreur. Peu à peu, elle va en apprendre plus sur le fonctionnement de ces gens, pacifiques en apparence mais effrayants. 

Voilà, inutile d'en dire plus, mieux vaut vous laisser le plaisir de la découverte et passer directement à l'analyse critique de cette série. Tout d'abord, évacuons un point crucial : bien que les notes soient, légitimement, en majorité très bonnes, j'ai vu des réactions hallucinantes, du genre "c'est mou", "c'est trop lent", "il ne se passe rien", etc. Alors, je veux bien que ça puisse ne pas convenir à tout le monde, mais si vous en êtes à trouver que cette histoire est trop lente ou n'a pas de contenu, le problème, c'est vous, pas le scénario ou la réalisation. Il faut croire que des années de conneries "surcutées" de débiles sauce Squeezie ou de greluches prépubères sur TikTok ont fait des dégâts sur certains cerveaux. Ce n'est pas parce qu'une narration installe un rythme lent qu'elle est ennuyeuse ou qu'il ne se passe "rien", au contraire, cela permet de s'attarder sur bien des détails. 




En premier lieu, il faut reconnaître l'extraordinaire performance de Rhea Seehorn, qui joue le rôle de Carol. Elle n'a a priori pas un charisme affolant, mais plus les épisodes défilent, plus elle parvient à rendre son personnage attachant et à en dévoiler les nombreuses et complexes facettes. Certaines scènes, où elle réagit par exemple alors qu'elle est au téléphone, sont d'une force incroyable grâce au jeu subtil de la comédienne. 
La réalisation est également très efficace, avec de nombreux plans soignés et inventifs, et une photographie souvent somptueuse. Même les décors, tour à tour vides et gigantesques ou foisonnant de présences "mécaniques", participent à l'ambiance générale.

Et bien entendu, il faut revenir sur la qualité immense de l'écriture (la série est attribuée à Vince Gilligan, mais comme souvent avec les séries modernes, elle est écrite par une équipe de scénaristes). L'intrigue est originale mais surtout, elle réserve bien des surprises, ce qui n'est pas si courant. Même dans des séries de qualité, combien de fois peut-on deviner la trame générale et voir venir une réaction, un rebondissement ? Ici, difficile de prédire une décision, l'issue d'un dialogue ou la prochaine péripétie (une petite exception dans la jungle, avec les fameux arbres à épines, mais elle ne fait que confirmer la tendance inverse).
La thématique, sur la préservation de l'individualité, voire de l'individualisme, est parfaitement traitée, laissant le spectateur mener sa propre réflexion sans les habituels gros coups de boutoir censés le mettre dans la "bonne" direction. Les personnages (car Carol n'est pas la seule à être restée "normale") sont tous crédibles et bien campés. Les méchants ne le sont pas tant que ça, les gentils font des dégâts, bref, les auteurs réussissent l'exploit d'éviter le manichéisme, d'être réalistes, tout en apportant des touches régulières d'humour (même dans l'utilisation d'un drone par exemple) et une profondeur qui émeut sans virer à la nunucherie.   
Et on peut même préciser que c'est une des rares séries qui dispose d'un casting racial varié sans pour autant verser dans le wokisme et ses aberrations. Tout est ici justifié et bien amené, même l'héroïne, lesbienne, ne nous casse pas les couilles avec sa sexualité ou de pseudo-revendications et a le bon goût de ne pas avoir les cheveux bleus et des tonnes de ferraille dans la gueule.

Ces neuf épisodes se regardent avec un plaisir évident tant tout est beau, bien fichu, intelligent et divertissant. On attend la suite en trépignant d'impatience.     





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Original et bien écrit.
  • La performance admirable de l'actrice principale.
  • Des plans soignés et fort jolis.
  • Un rythme certes peu courant mais qui convient au propos.

  • Le premier épisode, qui est peut-être le moins réussi alors que c'est celui qui contient le plus "d'action".