Chapeau Melon & Bottes de Cuir




L'on se penche aujourd'hui sur un comic très british avec l'adaptation de la célèbre série Chapeau Melon & Bottes de Cuir.

La télévision britannique a souvent fait preuve d'une inventivité dépassant largement, dans le domaine de l'humour ou de la science-fiction, les tentatives gauloises. Chapeau Melon & Bottes de Cuir (The Avengers et The New Avengers en VO), mettant bien entendu en scène le très flegmatique John Steed, associé à la très sexy Emma Peel (ou Tara King), fait partie de ces séries devenues cultes et profitant maintenant de la mode vintage.
C'est en 2012 qu'un comic, intitulé Steed and Mrs. Peel, est publié par Boom! Studios. La série comprendra six épisodes, dont deux seront traduits en VF chez Soleil (qui optera pour une version noir & blanc, alors que les planches sont disponibles en couleurs).

Au scénario, Grant Morrison, capable du meilleur (We3) comme du pire (Kill your boyfriend), ainsi que Anne Caulfield. Les dessins sont assurés par Ian Gibson, qui s'en sort d'ailleurs très bien, puisqu'il parvient à ne pas trahir le souvenir qu'ont laissé les acteurs tout en recréant une ambiance fidèle à la série, grâce à une atmosphère années 60, plus ou moins kitsch et surréaliste, des décors parfois presque oniriques, des gadgets improbables et des visages expressifs.  




Mais voyons de quoi il retourne au niveau des récits. Le premier (écrit par Morrison), amène Steed et Peel à enquêter sur un étrange club de jeu dont les fondateurs ont le mauvais goût de décéder les uns après les autres, et de manière fort brutale qui plus est.
Le second, bien plus bref, entraîne les protagonistes dans un village déserté où ils devront faire face à des guerriers du peuple léopard - des descendants des Incas - très mécontents que l'on vienne déboiser leurs terres.
Dans l'ensemble, les fondamentaux sont respectés : humour pince-sans-rire, action désuète (mais élégante) et une touche de bizarre, voire de fantastique. Pourtant, difficile de s'emballer. Les enquêtes ne sont guère passionnantes et les personnages, franchement lisses, n'existent que parce qu'ils bénéficient de l'aura télévisuelle qui parvient à leur insuffler un semblant de consistance.

Voilà peut-être le plus gros défaut de ce titre : ne miser que sur la célébrité de la série (et sans doute également celle de Morrison) sans tenter d'apporter réellement quelque chose de significatif (seule Caulfield fait un maigre essai, d'ailleurs plutôt réussi, lors de l'introduction de son épisode). Sans le côté rétro et la pastille (virtuelle certes, mais inconsciemment présente) "vu à la télé", cette BD n'aurait jamais été publiée. Tout simplement parce qu'elle n'est pas assez travaillée au niveau du scénario.
Ceux qui connaissent la série seront sans doute déçus par tant de platitude, uniquement bousculée par quelques trop rares sympathiques clins d'œil. Quant aux autres, ils passeront leur chemin, probablement avec raison.

Un comic rétro qui surfe sur le souvenir de qualités qu'il est loin d'avoir.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un aspect visuel brut et étonnant.
  • Ambiance de la série relativement bien rendue.
  • Récits à l'intérêt relatif.
  • Personnages sans épaisseur.
  • Une VF incomplète et en noir et blanc.

Écho #85 : Métal Hurlant Collector Spécial Lovecraft




Nous vous avions déjà présenté dans cet Écho un numéro de Métal Hurlant très inspiré de l'univers du maître de Providence, cette fois, le célèbre magazine réédite le numéro spécial Lovecraft de 1978.

Avec des BD signées Bilal, Moebius, Druillet, Margerin, Chaland ou encore Caza, le contenu se révèle varié et de qualité. De quoi explorer le monde de Cthulhu et des Grands Anciens sous toutes ses facettes, pendant 272 pages horrifiques et métaphysiques. Notons que le magazine contient aussi un guide de lecture revenant sur les plus importantes nouvelles du mythe mais aussi, entre autres, un très intéressant article sur la traduction des œuvres de Lovecraft, rééditées au sein de La Pléiade en 2024.

La version standard de ce numéro sort le 8 avril et sera disponible pour 22 euros. Le numéro présenté ici dispose d'une couverture collector de Philippe Druillet.

Collector, dérangeant et fascinant. À ne pas manquer !












The Mystery Play




Un titre étrange voire opaque : The Mystery Play. Ou quand trop de mystère tue le mystère.

La petite ville de Townely, touchée par le chômage et la récession, organise un festival à l'approche des élections. Toute la communauté s'implique dans l'organisation de représentations théâtrales basées sur d'anciennes histoires bibliques.
Malheureusement, un drame survient. L'acteur qui jouait le rôle de Dieu est assassiné. Celui qui interprétait Lucifer est soupçonné. C'est l'étrange inspecteur Carpenter qui va mener l'enquête, suivi de près par une journaliste locale rêvant d'écrire l'article de sa vie pour pouvoir enfin donner de l'élan à sa carrière.
L'énigme s'avère coriace et les indices peu nombreux...

Si vous êtes amateur de bizarrerie, ce graphic novel, datant de 1994, est fait pour vous. Le scénario est de Grant Morrison (We3, New X-Men), les dessins sont de Jon J Muth, un artiste visiblement doué qui signe ici de fort belles peintures. L'aspect graphique est donc réussi, c'est déjà ça. Pour ce qui est du récit, c'est autre chose.
Voyons déjà la manière dont Panini, qui s'est occupé de la VF à l'époque, présentait l'œuvre en quatrième de couverture. L'on nous annonçait un "thriller psychologique", alors que l'enquête tourne court et qu'il n'y a aucune tension palpable (les termes conviendraient mieux à un Shutter Island par exemple). L'éditeur prétendait également qu'il s'agissait de l'un des "joyaux" de la collection Vertigo. Si effectivement la gamme en contient un bon nombre (Preacher, Fables, Loveless, Sandman, Y the last man...), l'éclat de celui-ci paraît tout de même bien terne en comparaison. Enfin, l'on nous expliquait que l'œuvre était censée illustrer "le pouvoir dévastateur de la peur et de la médisance". On n'a pas dû lire la même chose, parce que je me demande bien à quel moment cette thématique est abordée...




Bref, une présentation bien déroutante. Il faut dire que l'histoire l'est également, avec notamment une fin totalement incompréhensible (si quelqu'un a une théorie, je suis curieux de la connaître). Si l'on a de belles images devant les yeux, l'on reste totalement à la surface de ce récit sans enjeux, aux personnages fades et à l'intrigue inexistante. Tout cela possède l'aspect de quelque chose de très intelligent et subtil, mais la dernière page tournée, l'on a surtout l'impression d'une mauvaise farce tant la nébulosité du propos s'avère déroutante. Et si le manque de clarté est volontaire de la part de l'auteur, l'on peut alors s'interroger sur l'intérêt de cette démarche bien cavalière, car s'il est toujours possible de laisser un certain flou sur un éventuel message, il est bien plus discutable d'entretenir à dessein un non-sens permettant de donner l'illusion, et l'illusion seulement, de la profondeur.

The Mystery Play flirte avec la folie et les hallucinations, le tout saupoudré de symbolisme religieux, mais sans jamais parvenir à faire décoller l'intrigue ou simplement à créer de l'empathie pour ses personnages. Bien que ça ne soit pas aussi catastrophique qu'un Kill your Boyfriend, Morrison signe ici l'une des ses histoires les plus faibles, et qui est loin de refléter l'immense talent de l'auteur.

De belles planches au service de personnages éteints et d'une conclusion opaque.
Très largement dispensable.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Visuellement soigné.
  • Une histoire déroutante et incompréhensible.
  • Des personnages fades, dont on se fiche complètement.

Reboot de la franchise Fantômas


Le personnage de Fantômas revient enfin sur les écrans à l'été 2026 !

La date de sortie est donc fixée au mois de juin et la première bande-annonce devrait arriver dans quelques jours. Le nouveau Fantômas, avec Jean Reno dans le rôle du terrible criminel et Michaël Youn dans le rôle du commissaire Juve, sera bien une comédie, dans la lignée des films d'André Hunebelle.

Michaël Youn, emballé par le projet, nous livre ses impressions : "Depuis Le Jardinier, où j'ai pu montrer que je pouvais tout jouer, même face aux meilleurs, j'avais envie de relever un défi encore plus grand. J'ai beaucoup de respect pour le travail de Louis de Funès, mais je crois que je vais apporter au rôle de Juve une modernité, une fraîcheur, qui vont surprendre le public. Je suis très content de pouvoir réinventer cette grande saga aux côtés de Jean, qui est fabuleux en Fantômas. C'est le retour, je crois, de la comédie populaire ambitieuse et de qualité."

Aux commandes de ce premier Fantômas, Pierre Gautier, plutôt un habitué des films d'auteur, puisqu'il a notamment réalisé L'aspect abscons du paraître en province ainsi que Le Dindon et la Bécasse. Il nous explique les raisons d'un tel virage artistique :

— Bonjour Pierre, on ne t'attendait pas sur un tel projet, pourquoi ce choix audacieux ?
— Mon dernier long-métrage a fait moins de 2500 entrées, ce qui est somme toute un demi-échec. C'est pas avec ça que je vais payer les opérations de changement de sexe de mes enfants, Campanule et Galinette. Donc, je me lance dans tout autre chose. Les bouseux veulent du gras, du lourd, du Youn qui pète, ben je vais leur en donner.
— Ah... heu, et Jean Reno ? Comment l'as-tu convaincu de reprendre le rôle de Fantômas ? Cela a été facile ?
— Très facile à partir du moment où je lui ai promis qu'il n'aurait pas trop de texte et qu'il serait doublé par une IA en post-prod pour les mots de plus de deux syllabes.
— D'accord, heu, vous voulez sans doute dire qu'il parvient à faire passer beaucoup de choses dans ses silences ? Par ses regards, sa gravité ?
— Je veux surtout dire qu'il n'est jamais aussi bon que quand il ferme sa gueule.
— OK, heu, merci Pierre. 

Eh bien gageons que cette comédie bourrée de facéties n'engendrera pas la mélancolie !