Quand Hickman prenait en main le destin des Avengers
Publié le
14.3.26
Par
Nolt
En 2014 et 2015, la malédiction Hickman, auteur surcoté aux intrigues absconses, s'abat sur les Avengers. En France, c'est la période Marvel Now qui sera marquée, pour cette équipe de héros, par deux séries, Avengers et New Avengers, toutes deux aux mains d'un des pires scénaristes que Marvel, dans son hallucinante lucidité, ait pu embaucher.
Lorsque le premier tome librairie de New Avengers (v.3), prophétiquement intitulé Tout meurt, sort en VF, Panini a déjà noyé le lectorat sous une foultitude de comics estampillés "numéro 1" alors qu'ils sont fermement ancrés dans une continuité lourde mais que l'on feint de mettre de côté. Dans ce titre, dessiné par Steve Epting, Jonathan Hickman se concentre en fait sur le fameux groupe des Illuminati, créé par Bendis et composé à l'origine de Reed Richards (Mister Fantastic), Tony Stark (Iron Man), Namor (Prince des mers), du Docteur Strange (maître des arts mystiques), de Black Bolt (roi des Inhumains) et du professeur Xavier (chef et fondateur des X-Men). Alors qu'à l'époque Black Panther (souverain du Wakanda) avait décliné l'invitation et refusé d'en faire partie, il est cette fois à l'origine de la convocation des Illuminati, qui vont devoir faire face à une menace concernant l'ensemble du multivers.
Le problème avec Hickman (House of X, Secret Wars, East of West, Red Wing), c'est que l'on sait maintenant d'avance ce qu'il va faire, ou plutôt ce qu'il va rater.
Intrigues parfois incompréhensibles (que certains qualifient magnanimement de "complexes"), personnages totalement interchangeables et à la psychologie défaillante, dialogues répétitifs... Au style Hickman s'ajoute cette fois un gros sentiment de déjà-vu lié aux ingrédients qui composent cette histoire : le pseudo-dilemme moral des Illuminati, la menace cosmique, le Gant de l'Infini, Cap en père-la-morale, bref, rien de neuf dans la Maison des Idées (épuisées).
Quelques points positifs tout de même. L'aspect métaphysique, concernant les univers parallèles, est assez intéressant. Même l'aspect scientifique est quelque peu documenté (avec les sphères de Dyson). Graphiquement, c'est très agréable à l'œil, le travail d'Epting étant parfaitement mis en valeur par la magnifique colorisation de Frank d'Armata. Donc, ça impressionne un peu, mais c'est loin, en ce qui concerne l'écriture, d'être au niveau. Le scénario est poussif et manque autant d'habileté que d'audace. Même si l'on pourrait encore passer sur l'action insipide ou les dialogues maladroits (en gros, pendant 120 planches, c'est du "on doit le faire", "non, on ne peut pas", "on est bien obligés", "je te dis que non", "il faut qu'on en discute"... on a déjà vu même des tickets de caisse plus inspirés), c'est surtout le manque d'âme, d'émotion et de profondeur qui plombe tout, un peu comme si la plume d'Hickman était aussi morte et desséchée que la Terre parallèle qu'il met si péniblement en scène... finalement "tout meurt", même l'intérêt des plus passionnés pour une maison Marvel qui est en roue libre depuis déjà trop longtemps.
En ce qui concerne la série mère, Avengers, l'on va voir que ce n'est guère mieux (pour retrouver du bon Marvel Now, voir notamment Nova, Fantastic Four, ou Guardians of the Galaxy).
Cette fois, les dessins sont réalisés par Jerome Opeña et Adam Kubert, qui effectuent un travail tout à fait louable.
Le récit et sa thématique, cependant, ne seront pas très surprenants pour qui connaît un peu le scénariste et ses habitudes.
Dans cet ouvrage, Panini présentait Hickman comme un génie (très exactement comme "l'auteur le plus talentueux travaillant actuellement chez Marvel")... ah ils sont toujours bons ceux-là, même dans leurs analyses. Traiter tout le monde de "dieu-vivant" en préambule de chaque ouvrage commence à être lassant, voire ridicule. Évidemment, l'éditeur ne va pas nous dire que les auteurs qu'il publie sont des peigne-culs, m'enfin, sans aller jusque-là, un minimum de travail et de recul dans la présentation ne ferait pas de mal.
On sait que Hickman aime les trips un peu étranges, parfois métaphysiques, qu'il peut déconcerter par une narration souvent complexe (pour ne pas dire obscure) et que le travail en profondeur sur les personnages n'est pas son fort (si l'on excepte quelques arcs, comme Three).
Eh bien tout cela se retrouve encore ici.
L'histoire tout d'abord est plutôt galère à suivre. On commence avec des créatures cosmiques, Ex Nihilo et sa frangine Abyss, qui ont comme hobby d'aider à l'évolution de certaines espèces ou, suivant leur jugement et leur humeur, de détruire des planètes entières. Les informations sont lâchées au compte-goutte, on a droit à des flashbacks, à un très grand nombre de personnages et à des références subtiles (parfois sous forme de "flash" dessiné) qui plongeront certainement le nouveau venu dans la plus totale confusion.
Encore une fois, mais ce fut clairement une tendance pour la période Marvel Now des Vengeurs, l'accessibilité n'est vraiment pas le souci principal de la Maison des Idées.
L'équipe maintenant. Il s'agit d'une version "étendue" des Avengers, supposée pouvoir faire face à des menaces variées et de haut niveau. L'on retrouve le noyau dur Cap/Iron Man/Thor (ainsi que Hulk), plus l'incontournable Wolverine et même Spider-Man. Pour ce dernier, on se demande vraiment ce qu'il fait là. Il n'a tout de même pas vocation, de part ses pouvoirs limités en comparaison de ceux de ses collègues, à affronter des ennemis cosmiques (cf. cette Parenthèse de Virgul et ce long article, qui reviennent sur la plus belle et forte période du Tisseur). Enfin, passons.
L'on a ensuite des seconds couteaux, plutôt sympathiques. Hyperion, classe et rarement employé finalement, Rocket et Solar, qui assurent une touche un peu humoristique, et Spider-Woman ou encore Captain Marvel en atouts charme. Ça fait beaucoup ? Eh bien, sachez qu'on est loin d'avoir fait le tour, comme si la profusion de protagonistes, tous traités comme des figurants sans relief, pouvait compenser la propension d'Hickman à mettre en scène des marionnettes creuses.
L'origine de certains nouveaux personnages est bien dévoilée, mais d'une manière si froide et rapide qu'elle ne permet pas d'insuffler de la profondeur ou de simplement permettre une empathie quelconque. Comme souvent avec Hickman, on reste à la surface des protagonistes pour se concentrer sur l'intrigue décousue et l'action.
Si ces épisodes peuvent être déroutants, ils n'en ont pas moins des qualités. L'on se trouve ici devant du grand spectacle, avec des flottes extraterrestres, la garde impériale shi'ar, un petit détour sur Mars et même l'univers en personne incarné sous une forme humanoïde. Et tout cela fait son petit effet pour peu que l'on ne soit pas trop regardant sur le quotidien des personnages ou leurs relations.
On se surprend à être intrigué, fasciné même, par ces entités improbables ou ces allusions au mystère de la création. Il s'agit là d'Avengers "larger than life", côtoyant des dieux et influant sur le destin de l'univers. L'aspect visuel (surtout grâce à Opeña) rend le tout impressionnant et esthétique.
Tout n'est donc pas à jeter, il faut faire preuve d'honnêteté et de nuance, et si l'on apprécie le style Hickman et que l'on connaît la plupart des personnages, la série peut s'avérer disons... allez, presque agréable. Si au contraire l'on débarque dans l'univers Marvel, ou que l'on préfère les scènes plus intimistes, l'écriture ciselée et les adversaires plus terre-à-terre, le titre risque de décevoir.
Mais surtout, ce qui entache nombre de séries conçues par Hickman, ce sont bien les défauts inhérents à l'auteur. Défauts pesant énormément sur cette période des Avengers. Que Marvel ait pu considérer Hickman comme un scénariste majeur, voire "indispensable", laisse dubitatif quant à la rigueur et la capacité de discernement de ses dirigeants.
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