Publié le
13.4.26
Par
Vance
Virgul l'a déjà mentionné ici même, mais répétons-le : les éditions spéciales FNAC de grands récits DC Comics publiés chez Urban sont toujours d'excellents rapports qualité-prix. Pour moins de 5 €, il s'agit d'une occasion en or de découvrir, ou redécouvrir, quelques-uns des arcs majeurs concernant certains des plus grands héros de la Terre. Justement, la dernière vague de ces éditions spéciales se consacrait à Superman, avec des titres-phares comme l'incontournable Kingdom Come, mais aussi Brainiac ou Lost.
Celui qui nous intéresse aujourd'hui reprend les 6 premiers épisodes de la série Batman/Superman de 2003, avec Jeph Loeb à la manœuvre. Un vieux routier du monde super-héroïque, qui connaît l'univers des méta-humains Marvel comme DC sur le bout des doigts. Après Batman : Un long Halloween, Batman : Silence, Spider-Man : Blue, c'est lui qui chapeaute désormais les publications de Marvel. Urban en a confié la traduction à Edmond Tourriol, qui y effectue un boulot sérieux. La couverture souple peut frustrer les amateurs d'albums plus cossus, mais le papier est de bonne qualité et elle s'avère, à l'usage, plutôt solide avec un rendu mat du plus bel effet. Le format est quant à lui légèrement inférieur aux éditions Deluxe déjà sorties, mais ça reste un peu plus grand qu'un fascicule.
À ce prix-là, ne cherchons pas trop de bonus éditoriaux : trois couvertures viennent compléter l'album qui fait tout de même 152 pages ! Cela dit, pour ceux qui ne suivent pas l'univers DC de près, le contexte peut un peu décontenancer : Superman n'a guère changé, Batman non plus et leurs origines, connues désormais d'une bonne partie des lecteurs même profanes, sont demeurées les mêmes. D'ailleurs, pour lancer la série, Loeb se fend d'un rappel de ces origines sur un pertinent montage parallèle entre les deux événements fondateurs de la légende qu'ils incarnent : l'exil forcé de Krypton pour l'un, l'assassinat sous ses yeux de ses parents pour l'autre.
Les comics sont revenus dessus des dizaines de fois, avant que les films prennent le relais. Ces traumatismes déterminants dans leur existence sont désormais des éléments permanents de la culture populaire : tout le monde sait que Batman est ce qu'il est depuis qu'un criminel a braqué puis tué ses parents dans une ruelle obscure alors qu'il n'était qu'un enfant. Tout le monde sait que Superman était un bébé extraterrestre survivant de l'explosion de sa planète natale, auquel le soleil de notre système confère d'incroyables pouvoirs divins. Leur appartenance à la Justice League of America est en revanche moins universellement connue, et, pour le coup, les protagonistes qui vont intervenir dans cette histoire peuvent poser quelques problèmes de compréhension.
Pour faire simple, indiquons d'abord que les États-Unis sont dorénavant dirigés par Lex Luthor, devenu président dans un arc précédent (également disponible dans cette collection à bas prix d'ailleurs). Luthor, la Némésis de Superman, dont la fortune a systématiquement été utilisée pour accéder au pouvoir et se débarrasser de l'Homme d'acier, dans une obsession malsaine qui a été longuement développée dans la série Smallville (dont Jeph Loeb a été producteur et consultant pendant quatre saisons, avant de participer à la production de Lost puis de Heroes). Comment un tel criminel est-il parvenu légalement au sommet de l'État, c'est une autre histoire, mais de nombreuses réflexions de Kal-El nous montrent qu'il n'a pas du tout digéré cet événement tragique. D'autant que, à l'instar de Norman Osborn après Secret Invasion chez Marvel, il dispose à présent d'une mainmise affolante sur les équipes officielles de super-héros : seules les barrières fragiles du droit et de la Constitution l'empêchent d'être de facto le maître du monde.
Et voilà qu'un événement cosmique d'ampleur va lui servir de prétexte pour passer à la vitesse supérieure - et se débarrasser, le plus légalement du monde, de Superman. Un astéroïde radioactif fonce vers la Terre, et aucun moyen dont dispose l'humanité ne semble en mesure de l'arrêter : Luthor affirme alors, "de source sûre", que Superman est à l'origine de ce futur cataclysme car l'astéroïde est un morceau de Krypton et qu'il est manipulé par le fils de celle-ci. Peu importe que la population gobe cette assertion, c'est suffisant pour lancer un mandat d'arrêt contre l'homme à la cape. Or, il se trouve que Superman est actuellement en train de collaborer avec Batman à la recherche de Metallo, qui leur mène la vie dure à tous les deux...
Loeb mène son récit à marche forcée. En dehors de certaines pauses narratives s'appuyant sur des souvenirs parallèles ou des réflexions de l'un des héros sur l'autre - soulignant leur complémentarité, leur respect et leur admiration mutuels - l'histoire se déroule tambour battant. Superman se prend une peignée par Metallo avant de le retrouver dans un cimetière en compagnie du Dark Knight : c'est en réchappant de justesse à cette nouvelle confrontation que notre duo tombe d'abord sur une version visiteur du futur qui s'en prend directement à eux, avant de découvrir qu'ils sont en état d'arrestation. Évidemment, Batman ne lâchera pas son compagnon d'armes, mais qu'en est-il des méta-humains chargés de les interpeller ? Pour la plupart, ce sont d'anciens partenaires, qui connaissent les valeurs morales et les exploits de Superman : à qui ira leur loyauté ?
C'est sur cette question éthique que vont s'appuyer en partie nos deux héros, habitués aux stratagèmes, aux leurres et aux fausses pistes, ayant sauvé le monde plus souvent qu'à leur tour. Les batailles qui s'ensuivent, pour brutales et titanesques qu'elles s'annoncent, seront également brèves et, parfois, frustrantes. D'autant que le trait de McGuinness, bien que dynamique, manque de clarté dans les mouvements, et certaines cases s'avèrent quasi-illisibles. On frise même le grotesque dans la description de certains personnages secondaires, alors qu'on avait encore du mal à digérer l'exagération des caractéristiques physiques des principaux (mâchoires carrées, muscles hyper saillants, poses de diva). L'intérêt vient malgré tout des interactions jouissives entre Batou et Supes, faites de quelques légers traits d'humour bien placés et de réflexions bien senties.
Les alliances succèdent alors aux mésalliances, les masques tombent mais le compte à rebours fatal étant lancé, les minutes sont comptées, et Luthor dévoilera la facette obscure de sa psyché en voyant sa cible lui résister. Les dernières pages verront des sacrifices, des dilemmes moraux et des révélations stupéfiantes qui changeront le regard de certains sur leur propre passé. Tout cela fait beaucoup pour un arc qui aurait pu se contenter d'une chasse à l'homme à la Wolverine : Ennemi d'État, doublée à la rigueur d'une menace d'apocalypse façon Armageddon (le film de Michael Bay). La densité des informations qui pleuvent littéralement dans le dernier chapitre nuit à la fluidité du script, mais elle permet d'expliquer les trémulations dans la psychologie des protagonistes. Un peu le même syndrome qui plombait les films du DCEU, Batman vs Superman et surtout Justice League.
Cela étant dit, on avale allègrement les plus de 150 pages avec parfois un petit sourire entre deux situations déjà vues, mais maîtrisées avec l'indéniable savoir-faire de Loeb, même si on finit par s'embrouiller avec un élément de la résolution, qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Les dessins feront sans doute tiquer mais ils confèrent un certain élan au scénario, tout en sacrifiant les visages et les silhouettes de quelques personnages. Visuellement, ça passera ou ça cassera suivant les préférences de chacun.
Reste la dernière page. Sans chercher à spoiler, une question se pose pour tous les anciens lecteurs : est-elle volontairement calquée sur la fin de l'un des épisodes les plus célèbres des X-Men (le premier combat contre le Club des Damnés, avec la victoire quasi-totale de ces derniers, donc juste après l'arc Proteus - ceux qui savent comprendront) ? Tout y est, du cadrage aux postures. Hommage maladroit ou plagiat grossier, ça augure d'une suite bien m'as-tu-vu.
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11.4.26
Par
Nolt
De 1979 à 1990, les Nouvelles Éditions Oswald (NéO) vont contribuer à développer la littérature de genre en France, notamment le fantastique.
En parallèle des célèbres collections Épouvante ou SF de J'ai Lu, NéO va en effet publier de nombreux récits, parfois inédits, de Robert E. Howard (Le Pacte Noir, Kull le Roi Barbare, Le Retour de Kane), Abraham Merritt (Sept pas vers Satan, La Femme-Renard, Le Monstre de Métal), Robert Bloch (Retour à Arkham, L'Homme qui criait au Loup), Sir Arthur Conan Doyle (La Ville du Gouffre, Le Monde Perdu, Au Pays des Brumes), Theodore Sturgeon (La Sorcière du Marais), B. R. Bruss (Nous avons tous peur, Le Tambour d'Angoisse), C. S. Lewis (Le Silence de la Terre, Voyage à Vénus), Bram Stoker (Le Joyau des Sept Étoiles), Lyon Sprague de Camp (Le Règne du Gorille), Jules Verne (L'Étonnante Aventure de la Mission Barsac), Henry Rider Haggard (Allan Quatermain), Graham Masterton (Le Faiseur d'Épouvantes), Thomas Owen (Les Chemins Étranges, Cérémonial Nocturne), August Derleth (L'Amulette Tibétaine), Clark Ashton Smith (L'Empire des Nécromants, Le Dieu Carnivore), William Hope Hodgson (La Maison au bord du Monde) ou encore Brian Lumley (Compartiment Terreur).
Dans une période où la pop culture est encore très loin d'acquérir ses lettres de noblesses, le label Fantastique-SF-Aventure de NéO va ainsi faire connaître des héros et histoires qui pour certains deviendront des classiques. Outre les romans et nouvelles horrifiques ou d'anticipation, les Éditions NéO vont aussi aborder le polar (avec l'intégrale Harry Dickson), l'aventure (intégrale Tarzan), les biographies (Lovecraft, le roman de sa vie) et même des ouvrages consacrés aux séries TV (Le Prisonnier, Chapeau Melon et Bottes de Cuir...).
L'apport de Pierre-Jean et Hélène Oswald sera tel que, après l'arrêt des activités de la maison d'édition, d'autres éditeurs reprendront en partie leur catalogue, parfois sous des labels leur rendant directement hommage (la collection NéO au Cherche Midi, la collection Cabinet Noir aux éditions Belles Lettres).
Il faut encore souligner la qualité des illustrations, à l'époque réalisées par Jean-Michel Nicollet (pour le fantastique) ou Jean-Claude Claeys (pour les romans policiers).
Il est des acteurs du monde éditorial qui, en peu de temps (ici, seulement une décennie), marquent profondément le lectorat. Certaines collections, comme les J'ai Lu cités plus haut, ou les fameux Livres dont vous êtes le Héros, chez Folio, finissent par imprégner durablement l'imaginaire. L'on retient des moments d'émotion intenses, des couvertures magnifiques ou terrifiantes, des chartes graphiques bien particulières, des noms étranges... nul doute que NéO a également enflammé les esprits dans les années 80, en mettant en avant l'épouvante, la science-fiction, l'heroic fantasy, l'aventure, à une époque où ces genres, bien que recherchés par les lecteurs, n'avaient pas vraiment grâce aux yeux des médias et, surtout, de la pseudo-intelligentsia qui continue de décerner, du haut de son palais morne et glacé, ses grotesques points de respectabilité.
Les ouvrages publiés par NéO demeurent encore trouvables en bon état et à des prix raisonnables. Bien sûr, certains romans ou recueils de nouvelles ont été réédités depuis, mais le plaisir de tenir en main ces livres à la douce aura nostalgique vaudra bien de supporter quelques cornes ou le papier jauni par le souffle du temps.
Publié le
10.4.26
Par
Nolt
Retour sur Kill your boyfriend, une œuvre de "jeunesse" de Grant Morrison.
Je le sais maintenant, j'ai commis des atrocités dans une vie antérieure et le préposé au karma vient de me faire payer mes actes en mettant sur ma route ce comic. Commençons par le traditionnel résumé de l'histoire. Une lycéenne fadasse déteste son petit ami et est énervée par l'école, ses parents et la société. Elle rencontre un voyou qui va l'entraîner dans une vie de défonce, de sexe et de meurtres gratuits. Pour l'alibi culturel, la petite frappe qui devient le mentor de la jeune fille est une référence à Dionysos. Pour le coup, la transposition du mythe est franchement cheap. Mais commençons par le début.
Le scénario est de Grant Morrison. Il est ici très loin de We3, de Joe, l'aventure intérieure, de son excellent run sur les X-Men, ou même de The Mystery Play qui, tout opaque qu'il était, offrait tout de même quelques pistes de réflexion. À la décharge de l'auteur, cette œuvre date de 1995, m'enfin, il avait déjà 35 ans à l'époque alors que Kill your boyfriend ressemble plus au travail peu abouti de gamins de douze ans qui se lanceraient dans l'élaboration d'un mauvais fanzine. Car tout ici est naze de bout en bout.
Les personnages n'ont ni charisme ni épaisseur, la narration est d'une platitude ahurissante, le propos aussi vain qu'ennuyeux et le côté sulfureux est totalement surjoué. Là où l'on nous promet de l'humour noir, il n'y a que l'imbécilité et le non-sens, et à la place des rebelles accomplissant un périple sauvage, le lecteur assiste, dépité, au navrant road-trip d'enfants gâtés, capricieux et profondément stupides.
Le dessin, de Philip Bond, est loin de relever le niveau. L'artiste réussit même l'exploit d'aseptiser encore plus les scènes censées être les plus dérangeantes. La colorisation, criarde et sans nuances, achèvera de décourager les plus persévérants.
La postface de Morrison, tout content de lui et nous abreuvant d'anecdotes et d'explications satisfaites, ne rend pas le tout moins absurde mais parvient par contre à lui donner un aspect comiquement pompeux.
Pour du Morrison et du Vertigo, la surprise est grande ! J'ignore si le but de l'auteur était de réellement recycler ce pauvre Dionysos qui n'a rien demandé, s'il voulait évoquer l'anarchisme ou s'il souhaitait simplement mettre en scène son Natural Born Killers personnel, mais quel qu'ait pu être son but, il est évident qu'il est loin de l'avoir atteint.
Seul point positif de ce grotesque "Graphic Novel", il fera de vous un bon citoyen lorsque vous le recyclerez cet été pour allumer le barbecue.
On ne va pas tergiverser, c'est de la merde.
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7.4.26
Par
Virgul
Virgul : Kanyll, merci de nous accorder un peu de ton temps. On commence tout de suite par une petite présentation pour nos lecteurs qui n’ont pas la chance de te connaître, tu as commencé quand et comment ?
Kanyll : J’ai commencé la musique en 2006, à l’époque j’avais 17 ans, avec ma mère on avait pas mal de problèmes financiers et pas de domicile, nous étions hébergés chez une personne de la famille, le temps de se remettre d’aplomb. Avec un ami on écoutait beaucoup de rap, de freestyles en tout genre, et puis pour délirer, on s’est dit pourquoi pas acheter un petit micro bas de gamme à 10 euros et un logiciel d’enregistrement gratuit pour tester. On a fait nos premiers tests et tout cela est vite devenu pour moi une passion proche de l’obsession. Je me suis au même moment lancé dans la composition, à cette époque ce n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui de trouver des prods sur youtube par exemple, et à partir de là commence mon parcours artistique personnel.
— Tu as mis en privé certains titres, un peu anciens, peux-tu nous dire pourquoi et si tu comptes les republier un jour (j'avoue avoir un faible pour Je me suis encore fait coller, fun et nostalgique à la fois).
— Beaucoup de mes anciens morceaux n’ont pas eu, ou très peu, de traitement audio dû à mon manque d’expérience à ce moment-là. Sans ce traitement les morceaux sont difficilement appréciables, avec un son agressif et désagréable pour l’oreille. J’ai pour projet et déjà commencé de retaper et réenregistrer certains titres pour les remettre au goût du jour et les publier sur les plateformes de streaming, mais uniquement les titres solo n’ayant plus de rapport avec les personnes en featuring.
— Dans Mouton Noir, tu dis « c’est pas de la trap mais ça kick », c’est vrai que tu n’es pas dans les codes du rap actuel, certains titres sont même très rock (comme La Bagarre, un hit, dont on retient tout de suite la mélodie, ou même Mouton Noir, presque hard rock au niveau de la prod). Comment définirais-tu ton style, bien à part, et quelles sont tes sources d’inspiration ?
— Je n’ai jamais réussi à mettre un nom sur mon style musical. Étant justement un mouton noir, je fais souvent tout à l’opposé des tendances, j’ai toujours mélangé tous les styles en fonction de mes goûts, mais pour être plus généraliste, je dirais pop. Depuis tout petit, les morceaux qui m’ont toujours fait rêver étaient ceux des années 80 : Michael Jackson, Queen, la BO des films d'action, etc. Je pourrais en citer beaucoup, tout ce qui était pop, rock, funk, disco, de ces années-là, mais le rap était bien plus accessible sans réel besoin de compétences ou de talent de chant. Après de nombreux tests décevants, j’ai mis des années avant de parvenir à composer, écrire et pouvoir chantonner le genre de musiques que j’ai toujours voulu faire.
— Est-ce que l’on pourrait dire que tu as un style assez positif et lumineux finalement ? Loin des clichés par exemple de voyous dealant et affrontant la police. Même dans La Bagarre, tu parles de « braco », mais de manière très décalée et très « jouée », en mettant en scène une bande de potes qui prépare un coup depuis dix ans. C’est très « cinématographique » dans l’idée.
— J’ai toujours eu ce juste milieu entre passé sombre compliqué, très personnel, et ce coté soleil et humour en même temps. Dans la vie, je suis plutôt un clown qui vanne beaucoup, mais je traîne aussi beaucoup de fardeaux dans mon sac à dos. J’ai habité 20 ans dans des quartiers, j’ai dealé pendant des années comme tout le monde autour de moi pour remplir le frigo quand j'étais mineur, je ne pouvais pas travailler mais je n’ai jamais voulu mettre cette partie de ma vie en musique de manière glorieuse, c’était plutôt du négatif pour moi, pas de quoi en être fier, même s’il y avait de bons moments, j’ai vécu et vu tellement de choses dont je ne peux pas parler et où je ne me sentais pas du tout à ma place…
— Au niveau des textes, tu as souvent des punchlines un peu décalées, avec beaucoup d’humour, ce qui ne t’empêche pas d’asséner parfois des aphorismes pas dégueulasses (du genre « avant de tailler, passe le balai devant ton palier » ; « tu compteras les secondes, avant que le tonnerre te gronde, tu auras tellement d’ennemis, que tu accuseras même ton ombre » ou encore le très lourd « me dis pas que tu vois pas le mal, ça commence comme Montana, ça finit comme Palmade ». En termes d’écriture, as-tu un modèle ? Est-ce que tu lis beaucoup, et si oui quel genre de bouquins ?
— J’ai plus d’une fois tenté de lire mais j’ai beaucoup trop de passions qui prennent du temps et j’ai fait le choix de la musique en général. Je n’ai pas de modèle pour l’écriture, mais j’ai toujours essayé de m’appliquer dans mes textes, quel que soit le thème. Aujourd’hui, j’ai tellement rappé ma vie que j’ai plutôt tendance à écrire sur des thèmes plus légers, pour tenter de toucher tout le monde. Ça tient aussi à la manière dont on consomme la musique aujourd'hui, plus le texte est compliqué, moins le titre est écouté. L’ambiance générale du morceau est bien plus important de nos jours.
— La qualité des clips que tu produis est assez folle, que ce soit les décors, la photographie, les effets, tout cela est très léché. Tu as une équipe avec toi ou tu as appris sur le tas ?
— J’ai commencé, très peu de temps après m’être lancé dans la musique, à faire de la vidéo tout simplement parce que je n’avais pas les moyens de payer pour un clip. J’ai donc acheté un petit camescope et je me suis entrainé. J’ai tout appris seul, aujourd’hui je suis vidéaste en micro-entreprise, j'ai accès à beaucoup de matériel haut de gamme. Je réalise toutes sortes de vidéos pour des clients : clips, mariages, réseaux sociaux, etc. Et je suis capable de gérer toute la chaîne artistique seul : écriture, composition, chant, enregistrement et arrangements, vidéo. Beaucoup de mes amis m’ont demandé comment j'avais fait pour apprendre tout ça. Depuis 20 ans, j’ai tout simplement stoppé tout ce qui passait pour moi après la musique : boîte de nuit, soirées, traîner dehors, les jeux vidéo, etc.
— Pas vraiment de projets précis mais plutôt sortir chaque morceau un après l’autre. On ne consomme plus la musique comme avant, où l’on prenait le temps d’écouter chaque morceau, chaque album. Je ne vois plus vraiment d’intérêt à sortir un album, sauf pour les plus grandes stars, suivies par des millions de personnes.
— Où peut-on écouter et acheter tes titres ?
— Mes titres sont sur toutes les plates formes de streaming comme spotify, apple music, sinon mes clips sont sur youtube.
— Est-ce que tu aurais un souvenir de lecture t’ayant marqué étant jeune ? Une BD, peut-être ?
— Plus jeune, j’ai lu les Chair de poule, Astérix et bien sûr Dragon Ball, qui a bercé mon enfance.
— Merci Kanyll d’avoir accepté de nous parler de ton parcours. La tradition veut que l’on termine nos entretiens par cette question : si tu avais un super-pouvoir, ce serait lequel et pourquoi ?
— J’ai toujours voulu répondre « immortel » à cette question (rire), mais en y réfléchissant avec plus de maturité, je me dis que je n’ai pas envie de finir seul pour l’éternité (rire), donc ce serait de pouvoir remonter le temps, je recommencerais absolument toute ma vie différemment.
Et voilà les matous, nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce que fait cet artiste, original et autodidacte, n'hésitez pas à jeter un œil (et surtout une oreille, voire les deux) sur ses pages, vous découvrirez des sons punchy, très mélodiques, entre pop rock et rap, le tout mis en images dans d'excellents clips. Miaw !
Publié le
6.4.26
Par
Nolt
Un clone de Jésus Christ, embringué dans une télé-réalité et finissant dans un groupe de rock punk, voilà le sujet de Punk Rock Jesus, un titre Vertigo à la hauteur de la réputation du label.
Cette histoire complète est écrite et dessinée par Sean Murphy. L'auteur se saisit de divers thèmes importants et très actuels mais il parvient surtout à aborder la question religieuse avec intelligence et sans tomber dans la condamnation facile. Mais commençons par le début du récit, aussi brillant qu'original.
Une société de production parvient à contourner la loi sur le clonage et, à l'aide d'ADN récupéré sur le Saint Suaire, obtient un clone de Jésus Christ en personne. La naissance de ce dernier va donner le coup d'envoi d'une télé-réalité qui va suivre le petit Chris sur de nombreuses années. Rapidement néanmoins, pour des raisons de sécurité, la supposée réincarnation du fils de Dieu, ainsi que sa pauvre mère, sont emprisonnées dans un complexe isolé, sous l'œil inquisiteurs des caméras.
Dès les premières planches de cet album de 232 pages, sorti en 2013 chez Urban Comics, Murphy nous scotche au récit. La scène d'ouverture est tendue, totalement immersive, en un mot magistrale. La suite est du même acabit. Pendant toute la première moitié de l'histoire, c'est surtout de l'industrie du divertissement et de ses dérives qu'il s'agit. Les dérives de la real-TV et ses risques sont ici parfaitement mis en scène, avec ce qu'il faut d'humanité pour que l'on ressente presque physiquement la souffrance des personnages.
La deuxième partie se recentre plus sur la religion, voire la question de la foi en général, et cela sans prendre de partis pris trop grossiers. Si l'auteur condamne sans ambages l'embrigadement (traité de différentes manières), il est plus nuancé lorsqu'il aborde l'opposition entre croyants et athées (rappelons que l'athéisme est aussi une question de foi puisque l'inexistence d'un ou de plusieurs dieux n'est pas plus prouvable que leur existence). Ainsi, contrairement à ce que le titre pouvait laisser supposer, l'on est plus dans la réflexion, posée et sereine, que dans la provocation gratuite.
Attention néanmoins à ne surtout pas limiter ce comic au seul propos religieux. En plus de la foi et des ravages que peut commettre la télévision (et sa seule religion : l'audimat), l'auteur aborde bien d'autres sujets qui, même s'ils sont indissociables car imbriqués au sein d'une même intrigue, permettent de s'interroger sur les dérives de la science ou encore la possibilité d'une rédemption après des crimes violents.
Là encore, l'auteur n'assène rien, il n'impose pas une idée brutalement mais nous amène, par sa maîtrise narrative, à tout doucement mettre en perspective même les faits les plus abjects ou les dogmes les plus admis. Seul Slate, le producteur, échappe à cette bienveillance et n'engendre que colère et mépris, alors que même certains membres de l'IRA (je ne parle pas du personnage principal mais de son oncle) conservent un côté humain malgré leurs actes. Ce choix n'est sans doute pas innocent : le seul personnage totalement noir et condamnable est celui qui contrôle les caméras et fait passer le flux de ses ignominies télévisuelles avant tout autre considération.
La construction des personnages pourrait, à elle seule, faire l'objet d'une analyse poussée tant il est clair que tout ici est mûrement pensé et orchestré. Les "gentils" et les "méchants" ne sont nullement simplement déclarés, comme c'est encore trop souvent le cas dans certaines œuvres, mais construits sur le long terme, par petites touches permettant d'insuffler de l'émotion dans le moindre flashback ou certaines cases, silencieuses mais poignantes.
Le style graphique est lui aussi d'une efficacité rare. Bien qu'en noir & blanc, les dessins sont loin d'être austères et sont porteurs d'une puissance brute qui n'empêche pas le souci du détail. Bluffant.
Niveau adaptation, du très bon travail si l'on excepte une ou deux coquilles (et toujours ce problème récurrent de confusion entre futur et conditionnel, à croire que plus aucun éditeur ne maîtrise ces temps pourtant basiques). L'ouvrage est complété par une postface de l'auteur, une intéressante tracklist, les covers originales (en couleurs) et quelques dessins non utilisés.
La lecture de ce comic est donc clairement conseillée. Non seulement parce qu'il se veut sérieux (sans jamais être pédant) mais aussi, et peut-être surtout, parce qu'il est divertissant et totalement abouti sur la forme, prouvant ainsi, une fois de plus, que l'on peut aborder les sujets les plus graves ou les plus iconoclastes tout en préservant l'accessibilité du récit.
C'est typiquement ce genre de BD qui donne à ce medium toute sa noblesse et sa spécificité. L'on ressort de cette lecture plus riche, plus confiant aussi malgré les doutes qu'elle a pu instiller. Presque apaisé. Car si tous les idéaux ont été mis à mal, toutes les opinions, elles, ont été respectées. Une manière élégante de rappeler qu'un idéal n'est bien souvent qu'une idée corrompue par la certitude.
Une excellente histoire évitant habilement les pièges d'un sujet plus que sulfureux.
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