The Mystery Play
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Un titre étrange voire opaque : The Mystery Play. Ou quand trop de mystère tue le mystère.

La petite ville de Townely, touchée par le chômage et la récession, organise un festival à l'approche des élections. Toute la communauté s'implique dans l'organisation de représentations théâtrales basées sur d'anciennes histoires bibliques.
Malheureusement, un drame survient. L'acteur qui jouait le rôle de Dieu est assassiné. Celui qui interprétait Lucifer est soupçonné. C'est l'étrange inspecteur Carpenter qui va mener l'enquête, suivi de près par une journaliste locale rêvant d'écrire l'article de sa vie pour pouvoir enfin donner de l'élan à sa carrière.
L'énigme s'avère coriace et les indices peu nombreux...

Si vous êtes amateur de bizarrerie, ce graphic novel, datant de 1994, est fait pour vous. Le scénario est de Grant Morrison (We3, New X-Men), les dessins sont de Jon J Muth, un artiste visiblement doué qui signe ici de fort belles peintures. L'aspect graphique est donc réussi, c'est déjà ça. Pour ce qui est du récit, c'est autre chose.
Voyons déjà la manière dont Panini, qui s'est occupé de la VF à l'époque, présentait l'œuvre en quatrième de couverture. L'on nous annonçait un "thriller psychologique", alors que l'enquête tourne court et qu'il n'y a aucune tension palpable (les termes conviendraient mieux à un Shutter Island par exemple). L'éditeur prétendait également qu'il s'agissait de l'un des "joyaux" de la collection Vertigo. Si effectivement la gamme en contient un bon nombre (Preacher, Fables, Loveless, Sandman, Y the last man...), l'éclat de celui-ci paraît tout de même bien terne en comparaison. Enfin, l'on nous expliquait que l'œuvre était censée illustrer "le pouvoir dévastateur de la peur et de la médisance". On n'a pas dû lire la même chose, parce que je me demande bien à quel moment cette thématique est abordée...




Bref, une présentation bien déroutante. Il faut dire que l'histoire l'est également, avec notamment une fin totalement incompréhensible (si quelqu'un a une théorie, je suis curieux de la connaître). Si l'on a de belles images devant les yeux, l'on reste totalement à la surface de ce récit sans enjeux, aux personnages fades et à l'intrigue inexistante. Tout cela possède l'aspect de quelque chose de très intelligent et subtil, mais la dernière page tournée, l'on a surtout l'impression d'une mauvaise farce tant la nébulosité du propos s'avère déroutante. Et si le manque de clarté est volontaire de la part de l'auteur, l'on peut alors s'interroger sur l'intérêt de cette démarche bien cavalière, car s'il est toujours possible de laisser un certain flou sur un éventuel message, il est bien plus discutable d'entretenir à dessein un non-sens permettant de donner l'illusion, et l'illusion seulement, de la profondeur.

The Mystery Play flirte avec la folie et les hallucinations, le tout saupoudré de symbolisme religieux, mais sans jamais parvenir à faire décoller l'intrigue ou simplement à créer de l'empathie pour ses personnages. Bien que ça ne soit pas aussi catastrophique qu'un Kill your Boyfriend, Morrison signe ici l'une des ses histoires les plus faibles, et qui est loin de refléter l'immense talent de l'auteur.

De belles planches au service de personnages éteints et d'une conclusion opaque.
Très largement dispensable.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Visuellement soigné.
  • Une histoire déroutante et incompréhensible.
  • Des personnages fades, dont on se fiche complètement.