Great Lakes Avengers : Misassembled
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Retour sur probablement la meilleure saga des "bras cassés" du Marvelverse.

En 2005, dans le sillage de la dissolution des Vengeurs (Avengers : Disassembled, cf. notre Chronologie Marvel), sort le premier arc, écrit par Dan Slott et intitulé Misassembled, de la série GLA. Le sigle GLA signifie bien entendu Great Lakes Avengers, probablement l'équipe la plus étrange (et drôle) de la Maison des Idées. Il n'est peut-être pas inutile de les présenter un peu. Créés à la base par John Byrne, les Vengeurs des Grands Lacs sont composés de Mister Immortal, Flatman, Doorman, Big Bertha et Dinah Soar. Évoluant dans les environs de Milwaukee, ces super-héros sont dotés de pouvoirs assez... limités. Mr Immortal ne peut pas mourir (et c'est tout, pas de super-force ou quoi que ce soit d'autre, il se contente de ressusciter), Big Bertha peut prendre des centaines de kilos (et s'en débarrasser en vomissant !), Flatman, comme son nom l'indique, est juste plat, Doorman peut se servir de son corps pour créer des portails (qui aboutissent juste à côté de l'endroit où il se trouve), et Dinah est une sorte de... ptéranodon.

Ensemble, ils forment donc un groupe de justiciers qu'ils appellent GLA par admiration pour les Avengers. Ils seront même un temps coachés par Hawkeye et Mockingbird. Cependant, leur carrière est surtout faite d'exploits très minimalistes (ça va du sauvetage d'un chat dans un arbre au fait d'aider quelqu'un à rentrer chez lui quand il a perdu ses clefs).
C'est donc une sorte de version décalée des Vengeurs. Avec un côté humoristique très prononcé, à la Deadpool, sauf que ce dernier est plus ou moins cinglé, ce qui amoindrit quelque peu le côté comique de certaines situations, qu'il déclenche volontairement, alors que les GLA veulent vraiment bien faire et se rêvent en héros sauvant le monde.


C'est peu de dire que Dan Slott ne nous a guère emballés dans son long run sur Amazing Spider-Man (cf. entre autres cet article), si ce n'est lors de la période Superior, intéressante et bien écrite. L'auteur a cependant du talent et un réel savoir-faire, dont il donne la pleine mesure sur GLA : Misassembled. Dans ce récit en quatre épisodes, les Great Lakes Avengers vont être amenés à sauver l'univers entier, rien que ça ! Autant dire qu'ils n'ont clairement pas l'habitude. Surtout, Slott va peu à peu exposer et développer le passé et la psychologie de chacun des personnages. Ce qui a pour effet de leur donner une dimension plus humaine, voire tragique (en plus de leur côté humoristique, toujours présent). Car certains vivent des drames et se trimballent un paquet de complexes et de problèmes personnels, ce qui donne lieu parfois à des scènes d'un humour très noir.

Mieux encore, Slott va se permettre de jouer avec des thématiques délicates en défonçant carrément l'habituel "politiquement correct" : il évoque le suicide, la boulimie, les pratiques SM ou l'alcoolisme avec un cynisme jouissif et une liberté de ton qu'il n'a certainement pas sur des séries plus en vue.
Bref, c'est violent, sanglant, osé et carrément bien foutu ! D'autant que les dessins de Paul Pelletier, d'une grande qualité, permettent aux protagonistes d'évoluer dans un cadre réaliste qui renforce le côté percutant de certaines scènes.
Bien entendu, l'aspect "héros de seconde zone" est totalement conservé. L'on verra notamment les membres de l'équipe essayer de recruter à New York, ce qui offrira quelques revers d'anthologie à ces pauvres GLA. Slott incorpore également de nouveaux membres, dont Écureuillette, alias Squirrel Girl en VO, et le Criquet (son passage éclair vaut à lui seul le détour).

Si vous souhaitez vous marrer un bon coup, lire du vrai bon Slott et découvrir des personnages secondaires attachants, GLA est la série qu'il vous faut.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un vrai vent de fraîcheur apporté par ces Avengers du pauvre !
  • Un humour caustique, abordant des sujets parfois difficiles.
  • La grande qualité d'écriture des personnages.
  • La qualité graphique.

  • Pas grand-chose à signaler, si ce n'est peut-être la menace que les GLA doivent gérer, un peu trop cosmique pour un titre habituellement plus terre-à-terre. Mais bon, c'est vraiment pour ergoter.
La Parenthèse de Virgul #13
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Pour aujourd'hui les matous, on fait une petite mise au point sur un concept bien trop galvaudé de nos jours. Quitte à énerver tout le monde.

Vous avez dit "spoiler" ?
Alors, un spoiler, comme son nom l’indique, c’est un élément crucial d’un récit qui, une fois dévoilé, le gâche complètement. Ça rend sa lecture ou son visionnage quasiment inutile. Autant dire que les vrais spoilers sont très rares. Par exemple, si je vous dis que Bruce Willis est un fantôme dans le film Sixième Sens, là, OK, c’est un spoiler, ça fout en l'air tout le mécanisme du film. Pareil pour un whodunit, en polar, où la recherche du « coupable » est un élément central.
Le reste, c’est juste de l’info, plus ou moins banale.
Par exemple, en roman, ce n’est pas possible de spoiler Le Seigneur des Anneaux. On se doute de la fin dès le début. Ce n’est pas ça l’important.
Il est rigoureusement impossible de « spoiler » la plupart des romans, BD ou films. Parce que l’intérêt d’une histoire vient de la manière de la raconter, de ce que l’on éprouve en s’attachant aux personnages, et non pas des simples faits.
Si je vous dis que maître Martinaud est innocent, dans Garde à Vue, ça ne gâche pas ce huis clos non plus. Ça ne le gâche d’ailleurs pas au point qu’on peut regarder ce film plusieurs fois avec le même plaisir.
De la même manière, des tas de gens sont allés voir le Titanic de Cameron, alors que tout est évident dès le départ. À moins d’être totalement ignare, on sait que le bateau va couler, et à moins d’avoir huit ans ou de voir pour la première fois un drame sentimental, on sait très bien que Rose et Jack vont tomber amoureux, que Caledon va bien les emmerder, et qu’au moins un des deux va y passer. On sait tout ça dès le premier quart d’heure, et le film, qui dure plus de trois heures, n’est en rien gâché.
Malgré tout, "Spoiler" est devenu synonyme d’info, et du coup, on a l’impression qu’il faut bannir l’info du moindre article. Nous-mêmes, sur UMAC, cédons trop facilement à cette mode idiote en multipliant les avertissements inutiles.

Du coup, nous allons établir une échelle, qui va simplifier, au moins chez nous, ce « rapport au spoiler ». Et comme on aime bien les acronymes, on lui a donné le doux nom d’ERIS, ou Échelle Raisonnée de l’Information et du Spoiler.
En voici les niveaux :
Niveau 0 (zone bleue) : Aucune information n’est donnée, le rédacteur de l’article réussit l’exploit de parler d’un sujet sans en parler. Ou presque.
Niveau 1 (zone verte) : Information totalement anecdotique (exemple : Bruce Wayne boit un jus d’ananas dans le dernier Batman).
Niveau 2 (zone jaune) : Information réelle mais ne gâchant absolument pas l’intrigue, soit parce que l’information dévoile un élément attendu (exemple : les gentils gagnent à la fin), soit parce que l’information ne remet nullement en cause le récit, basé sur bien d’autres choses qu’un simple élément factuel (exemple : la Mariée tue ses anciens complices dans Kill Bill, ça n’enlève rien du tout au film, on sait déjà, dès le début, qu’elle va les buter).
Niveau 3 (zone orange) : Information ne gâchant pas réellement le récit mais dévoilant tout de même un élément important (exemple : Dark Vador est le père de Luke Skywalker, là, c’est quand même mieux de le découvrir en visionnant le film).
Niveau 4 (zone rouge) : Spoiler réel, information si importante qu’elle gâche totalement la découverte de l’intrigue (exemple : Bruce Willis est un fantôme dans Sixième Sens).

Nous préviendrons donc systématiquement, comme nous l’avons toujours fait, en cas de véritables spoilers niveau 4 (bien que l’on évite en général de donner ce genre d’information, sauf dans de rares analyses, longtemps après la publication de l’œuvre, cf. la partie sur Rorschach dans le dossier Watchmen).
Par courtoisie, nous prévenons aussi en cas de spoiler niveau 3 (car l’on peut parfaitement comprendre la gêne occasionnée).
Par contre, le reste, ce n’est EN RIEN du spoiler. Surtout quand il s'agit de films qui sont convenus au possible et suivent un schéma qui permet d’en déterminer le déroulement et la fin après cinq minutes de visionnage. Dans une comédie française par exemple, en général financée sur le casting et non le scénario, si vous avez un personnage A qui a des difficultés à draguer un personnage B, vous savez que A va galérer, trouver un moyen de conquérir B, moyen impliquant un mensonge ou un acte négatif, mensonge ou acte que B va découvrir, ce qui occasionnera une rupture, puis la remise en cause de A, qui, changé et plus sage, revient vers B qui, constatant sa métamorphose et sa sincérité, accepte de lui pardonner. Ça, c’est 99 % des comédies, il n'y a donc rien à spoiler, ou alors, dites-vous que la simple affiche vous spoile déjà l'ensemble du truc.
Quant aux intégristes du spoiler, qui ne supportent pas d'avoir la moindre info sur un livre ou un film, suivez ce sage conseil de félin futé : évitez de lire des articles ou regarder des vidéos qui s'y rapportent, ça vous évitera de venir vous plaindre ensuite.
Miaw !

Attention, un fantôme est caché dans cette scène. Seras-tu assez futé pour découvrir Bruce Willis ?
Indice : il ne porte pas de jupe.
Chroniques des classiques : 2001, l'Odyssée de l'espace
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Ce roman, sobrement dédié à Stanley Kubrick qui en a tiré un film monumental et archétypal, n’est pas vraiment une novélisation directe : Arthur C. Clarke, après avoir travaillé sur le scénario du film adapté de sa nouvelle La Sentinelle, qui avait tapé dans l’œil du réalisateur, avait ensuite décidé d’aller plus loin et d’apporter ultérieurement quelques éclaircissements. Il semblerait en outre qu’il y ait eu quelques points d’achoppement entre les deux auteurs, par exemple sur la localisation de la fameuse Porte des Étoiles (elle est en orbite autour de Jupiter dans le film et ici, placé au centre d’une dépression en forme d’œil sur Japet, un satellite de Saturne). Mais on y retrouve les mêmes parties, de « l’Aube de l’Humanité » à « l’Enfant des Étoiles ».

L’histoire, vous la connaissez : des millions d’années après que l’homme a appris à maîtriser l’outil, une Anomalie Magnétique est découverte sur la Lune par une expédition de scientifiques. Au moment où ils la mettent au jour, elle émet un puissant faisceau de radiations pointées vers l’orbite de Saturne. À l’aube du XXIe  siècle, on décide donc d’y envoyer un vaisseau en mission ultra-secrète, doté des équipements les plus perfectionnés qui soient et d’un ordinateur de dernière génération qui, seul, possède toutes les données de la mission. 

Les spectateurs et cinéphiles s’y retrouveront donc. Sauf que la magie essentiellement visuelle du film n’opère plus que de façon chaotique. Prises séparément, les différentes parties ne sont pas inintéressantes : les tribulations de Guetteur de Lune, l’homme préhistorique, sont nettement développées afin de faire écho à la fin de l’ouvrage, ainsi que l’épisode de la découverte du Monolithe sur la Lune. Ces deux parties, réduites à l’essentiel chez Kubrick, constituent ici les 2/5 de l’œuvre. Le voyage vers la Porte, avec son lot de situations dramatiques liées à la paranoïa du super-ordinateur HAL (« CARL » en français, la faute à un acronyme ne fonctionnant pas autrement), en pâtit quelque peu. On voit tout de suite les différences de point de vue : Clarke est avant tout un scientifique, le père des satellites géostationnaires ; il sait parler de façon convaincante des voyages spatiaux, des dépressurisations, des astres et de leurs orbites. Il évoque avec beaucoup de solennité les moments où l’âme humaine touche au cosmique, au divin. Dans ce domaine, il s’épanche avec aisance et devient peu à peu poète (certaines de ses envolées se retrouvent dans le magnifique mais désenchanté roman Les Enfants d’Icare).

En revanche, et globalement, 2001 n’est pas un roman agréable à lire, trop artificiellement construit, mal structuré et équilibré. Malgré la puissance de ses visions, il n’a pas l’impact d’un Rendez-vous avec Rama nettement plus ordonné ; il ne possède pas non plus l’efficacité incroyable de certaines des nouvelles de l'auteur (essayez le recueil L’Etoile qui regroupe quelques modèles du genre). Il recèle cependant quelques morceaux de bravoure dont les dernières paroles de Dave Bowman, l'astronaute qui parvient au bout de la mission :
Oh mon Dieu ! C'est plein d'étoiles !
Paroles mythiques qu’on ne retrouve pas dans le film de Kubrick lequel insiste davantage sur le voyage intérieur/extérieur.

Étrangement, 2010 saura faire la part des choses, puisque le (plutôt bon) film de Peter Hyams (réalisé en 1984) qui en a été tiré commence sur ces mêmes mots et que le livre de l’auteur déplace la scène de la Porte des Étoiles à proximité de Jupiter. 
Échange de bons procédés sans doute. Comme quoi…
À noter que 2001 s'est vu doté de plusieurs suites en littérature (mais une seule au cinéma) : l'excellent 2010 : Odyssée deux, le plutôt poussif 2061 : Odyssée trois et l'intéressant 3001 : odyssée finale.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une novélisation qui permet de pousser la réflexion encore plus loin.
  • Quelques réponses aux questions posées par le film sont proposées.
  • Des visions d'ampleur cosmique et d'une portée gigantesque.
  • Le premier volet d'une suite de romans plus ou moins bons mais tous fascinants.

  • Un style encore confus, sorte de hard science poétique pas totalement maîtrisée.
  • Une construction en chapitres qui ont du mal à s'associer entre eux.
  • Des personnages manquant souvent d'épaisseur (Clarke se rattrapera par la suite en en développant principalement deux).
Spider-Man Kiosque - mai 2018
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Revue du contenu du Spider-Man de ce mois.

Voilà un moment que l'on ne s'était plus trop intéressé au kiosque et, plus précisément, aux aventures du Tisseur. Il était donc plus que temps de faire un tour du côté des séries arachnéennes. Il s'agit du numéro #12 mais les compteurs sont tellement souvent remis à zéro pour cette publication que ça n'a plus aucun sens de la rappeler, on va donc se contenter de préciser le mois et l'année, ça sera bien plus simple.
Au sommaire, six épisodes de cinq séries différentes. Soit 120 pages de BD pour 5,90 euros. Difficile de trouver un meilleur rapport quantité/prix. Mais la qualité est-elle au rendez-vous ?

L'on commence par un one-shot de l'historique série Amazing Spider-Man. Toujours Dan Slott au scénario. Bon, il est certain qu'il était de toute façon très difficile de succéder au magnifique run de Straczynski sur la série (cf. ce dossier pour en savoir plus), mais franchement, on ne regrettera pas Slott qui, mis à part la partie Superior Spider-Man, aura été franchement quelconque et aura surtout réussi (même s'il n'est évidemment pas l'unique responsable) a transformer Peter Parker en une sorte de Tony Stark bis, à des lieues des fondamentaux du personnage.
Enfin, bref, en ce qui concerne cet épisode précisément, il s'agit d'une sorte de quête initiatique, Norman Osborn tentant de renouer avec le Bouffon Vert. C'est plutôt bien fait, même si c'est quelque chose d'attendu et que l'on a déjà plus ou moins vu. Spidey, lui, est absent (ou presque) de cet épisode.

Vient ensuite Peter Parker : The Spectacular Spider-Man, par Chip Zdarsky au scénario et Adam Kubert au dessin.
Peter tente de protéger sa sœur, Teresa (oui, il a une sœur maintenant), et tente de la faire héberger chez Rebecca, sa nouvelle petite amie, accessoirement humoriste. L'épisode vaut surtout le détour pour la scène de stand-up ou Spidey tente de balancer quelques vannes. Le reste est très classique, avec un Jonah Jameson qui critique toujours le Monte-en-l'air, mais sur le net cette fois, puisqu'il n'est plus responsable du Bugle.
C'est vraiment le milieu d'un arc, donc difficile de juger avec cet unique coup d'œil.

Une scène qui aurait pu figurer dans notre Bêtisier Marvel.

L'on passe à Spider-Man, série centrée sur Miles Morales, à l'origine le nouveau Spider-Man de l'univers Ultimate. Et c'est bien entendu Brian Michael Bendis qui est aux manettes. Le scénariste fait montre ici de ses qualités habituelles, notamment en ce qui concerne la narration d'une fluidité exemplaire et les dialogues fort bien écrits.
Miles, qui n'a plus tellement envie de poursuivre ses études, décide de partir pour Tokyo. Là, il fait la rencontre d'une mystérieuse jeune femme, après avoir défoncé un gang de rue.
Plutôt sympa dans l'ensemble et dépaysant en prime.

Le gros morceau du mensuel est constitué des deux épisodes de Ben Reilly : Scarlet Spider, série scénarisée par l'excellent Peter David. L'on y retrouve évidemment Ben mais aussi Kaine (son frère/clone) et même la Mort (l'entité cosmique).
Une scène ahurissante à signaler tout de même : des tarés s'amusent à buter des gens au hasard dans la rue. À un moment, ils s'en prennent à une femme qui se promène avec son bébé. Scarlet Spider intervient. Il va liquider l'odieuse crapule quand, la nana, dont le bébé a failli y passer et qui s'est pris une balle dans la jambe et une autre dans le bras, intervient pour supplier Ben de l'épargner... mais, dans quel putain d'univers quelqu'un peut réagir comme ça ? Là, c'est même plus des principes moraux mais du masochisme ! Ton enfant a failli y passer, tu t'es pris deux balles, le tout à cause d'un taré qui fait ça pour passer le temps, évidemment que tu le butes, tu chiales pas pour lui sauver la vie. Depuis quand la haine est-elle une émotion à bannir ? Évidemment qu'on doit haïr les salauds. Même dans la fiction. Étonnant ce politiquement correct de la part de David, un auteur qui a pourtant signé sans doute l'un des plus époustouflants et des plus poignants moments de l'histoire des comics [1].
Mis à part ça, c'est plutôt agréable de suivre ce Spidey alternatif, plus rentre-dedans que Peter.


Enfin, on termine par Amazing Spider-Man : Renew your Vows, sur un scénario de Ryan Stegman.
Peter et Mary Jane (qui a fusionné avec le symbiote Venom) doivent faire face à l'enlèvement de leur petite fille par le Rhino, ce dernier étant en service commandé pour le petit-fils de Norman Osborn (ah, cette famille, c'est presque pire que la lignée des Castaldi !).
Classique, rythmée, avec pas mal de bastons, l'histoire se suit plutôt bien, d'autant que les dessins de Brian Level ne sont pas dégueux.

Bilan ? Eh bien, sans être franchement épiques, ces épisodes sont tout à fait honnêtes, tout comme la traduction d'ailleurs. Il y a même un effort de la part de Panini qui tente les petits résumés concernant chaque série (depuis le temps qu'on leur réclame !). Bon, c'est encore loin de la qualité de travail d'Urban Comics, mais quand on est le benêt de la classe, il faut du temps pour rattraper le boulot en retard. Certains résumés sont tout de même très confus et gagneraient à être développés.
Une lecture somme toute agréable même si l'on attend surtout le passage de relais sur Amazing, histoire de voir si le véritable Tisseur pourrait repointer le bout de sa toile.


[1] Il s'agit de l'incroyable accouchement de Theresa (alias Cyrène), qui portait alors l'enfant de l'un des doubles de Madrox. Situation déjà quelque peu étrange, mais qui vire au coup de théâtre dramatique quand Madrox, involontairement, absorbe le bébé juste après sa venue au monde (alors que Madrox et Cyrène annoncent qu'ils vont se marier et qu'ils viennent de trouver un prénom pour leur enfant). Une scène choc, d'une puissance phénoménale, qui n'a été obtenue qu'après une patiente et brillante construction des personnages et de leurs relations, le tout se déroulant dans une atmosphère détendue et joyeuse qui rend la suite (larmes, hystérie, violence et rupture) plus dure encore. Ces évènements ont été contés à l'époque (début 2010 en France) dans les Astonishing X-Men #57 et #58, revue au sein de laquelle était publiée la série X-Factor.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Bendis & David.
  • La Mort en guest.
  • Un one-shot efficace, même s'il ne brille pas par son originalité.
  • Ben Reilly !
  • Le stand-up de Peter.
  • La trad correcte.

  • Les textes censés résumer les épisodes précédents, mal foutus et trop brefs, donc très peu utiles en l'état.
  • Le politiquement correct absurde, ridicule et très surprenant chez David. 
Les Aventuriers de la Mer
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Robin Hobb [1] aligne les mots comme on respire : sans jamais s’arrêter. Depuis le début de sa carrière, elle a créé plusieurs longues sagas de fantasy, en connexion les unes avec les autres, dont la plus connue : le premier cycle de l’Assassin Royal. Les Aventuriers de la Mer suit une multitude de personnages projetés dans les affres de l’existence face à un équilibre rompu entre différentes factions, Terrilville, Jamillia, Chalcède,... Un monde où le commerce maritime et la piraterie dominent, sous la menace des serpents de mer et de la légende des dragons.

Chaque famille des Premiers marchands de la colonie de Terrilville, située à la frontière du Désert des Pluies, possède, à crédit sur plusieurs générations, un vaisseau particulier pour leur commerce : une vivenef. En partie en bois sorcier, dont la figure de proue, ces étonnants navires se voient dotés d’une conscience lorsque le troisième membre d’une même lignée meurt sur son pont. Ainsi, le bâtiment acquiert le savoir et les souvenirs des précédents capitaines, ce qui le rend plus prompt à réagir aux situations dangereuses et un lien empathique unit chaque vaisseau à leur famille respective. Ce navire en bois exceptionnel permet de remonter le fleuve du Désert des Pluies, à l’eau corrosive, afin de faire commerce d’objets merveilleux pillés dans les antiques cités enfouies des Anciens. Une vivenef possède aussi le défaut de sa qualité : avec un esprit dérangé, le bateau devient instable spirituellement et nocif pour son équipage.
Les Vestrit détiennent la vivenef Vivacia, mais le capitaine Ephron Vestrit se meurt et la situation financière est préoccupante... Contre toute attente, sa fille cadette au pied marin, Althéa, ne récupérera pas le bateau : il reviendra à son beau-fils colérique et violent, Kyle Havre, originaire de Chalcède. Marié à Keffrai, l’aînée, avec la bénédiction de Ronica, l’épouse du capitaine, il croit pouvoir éponger les dettes, en bravant l’un des interdits de Terrilville : le commerce d’esclaves. Or, il ne peut naviguer avec la vivenef sans un membre de la lignée ayant du sang Vestrit dans les veines. Il refuse de prendre Althéa, qu’il ne supporte pas. Pour cette raison, il arrache son frêle et lâche fils Hiémain à sa prêtrise.
Malgré les souffrances et les tensions que cela engendre, Kyle quitte le port avec Hiémain pour charger des esclaves. Il abandonne sa femme et ses enfants : Malta, une petite peste qui rêve de gloire, de prince charmant et de produits luxueux et Selden, un gosse mal élevé. Choquée, Althéa entend récupérer son bateau. Elle se heurte à Ronica, sa mère, dépassée par les événements. La jeune femme affronte également sa terne sœur Keffria, à l’ambition des plus plates et qui ne comprend pas les motivations d’Althéa.
L’arrivée des Nouveaux marchands et de l’esclavage bousculent la routine des habitants de Terrilville. Les dettes s’accumulent, les accords sont rompus par le gouverneur de Jamillia et la présence des forbans n’arrange pas le commerce.
Entre-temps, l’ambitieux stratège et fin manipulateur pirate Kennit s’est rendu dans l’île aux Oracles pour y découvrir un indice sur sa destinée. Homme chanceux, tout lui réussit : échapper aux embuscades, aborder des navires aux cargaisons intéressantes, fédérér des matelots aux origines diverses...

Le premier volume de la traduction française se révèle une longue introduction qui se conclut de manière tout à fait artificielle, puisqu’il correspond à un tiers du pavé de la version originale. Assez dense, cette première partie semble confuse dans le foisonnement des personnages, la multiplication des fils conducteurs autour d’une intrigue dont on ne comprend pas encore très bien les enjeux, hormis la récupération de la vivenef familiale et le redressement des finances. La lecture des deux volumes suivants permet de se faire une meilleure idée de la saga.

Les protagonistes de Robin Hobb ne correspondent pas à l’archétype des héros invincibles. Les échecs parsèment leur existence et les mènent là où ils doivent être et non pas là où ils veulent être. L’auteur aborde les doutes, les hésitations et la solitude face au destin, ainsi que le renoncement. En utilisant toutes les formes de l’amour, de l’amitié et de l’attachement (à sa famille, à sa patrie), elle torture psychiquement et fait se mouvoir ses pantins de papier. L’écrivain complexifie leurs relations, les détruit, montre les pires travers des êtres et pourtant ne les rend jamais manichéens. Ils décident, agissent en fonction de ce qu’ils ont vécu, se trompent, mais demeurent logiques avec eux-mêmes : leur comportement, bénéfique ou malfaisant, n’est jamais gratuit. Robin Hobb offre à ses lecteurs une vaste palette de sentiments et d’ambitions. Il en va de même pour les vivenefs, navires pensant et souffrant jusqu’au tréfonds de leurs fibres de bois. L’auteur glisse lors de dialogues des principes et des leçons de vie classiques : se battre pour ce  en quoi l'on croit, agir selon son cœur, se donner les moyens d’arriver à ses fins, apprendre à ne pas se renier...

Plus passionnant, Robin Hobb interroge la notion de temps et de mémoire en confrontant trois espèces : les humains, les dragons et un croisement des deux. Elle définit le cycle de vie d’un dragon, de sa naissance sous forme de serpent jusqu’à sa migration et sa métamorphose en reptile ailé. Ainsi, elle façonne un système de transmission de savoir particulier, lié aux souvenirs des ophidiens et des dragons précédents, qui se propage lors de séances de cannibalisme ou d’ingestion du cocon au moment de la métamorphose, dans le but de garantir sa propre continuité. La personnalité d’un dragon est composé de la somme des connaissances de tous ces prédécesseurs. Le reptile volant vit plus longtemps qu’un humain tout en cumulant une sagesse ancestrale, à la différence de ce dernier.
Dans les Aventuriers de la Mer, pour les humains, le temps appairait comme un axe linéaire qui chemine vers la mort. Pour les dragons, c'est différent : la communication de leurs souvenirs-mémoires crée un temps cyclique (tels ceux de la nature : les saisons...), où alternent naissances et morts de l’esprit multiple, mais un. Pour ces reptiles extraordinaires, le trépas apparaît comme étape de leur transformation, une progression plutôt que celle d’un aboutissement fatal. Chaque animal se renouvelle en ayant "réintégré" ces origines.
Robin Hobb, à travers le pirate Kennit, montre une autre forme d’immortalité : tout au long de son périple, il surmonte tous les obstacles qu’il croise. Et même lorsqu’il trépasse, sa mémoire survit dans la vivenef Paragon avec les autres personnalités accumulées.

Les souvenirs et la mémoire constituent les éléments importants du récit : ils sont rejetés sous forme d’artefacts par les océans sur une plage où l’on reçoit un oracle ; les dragons héritent de leurs mémoires multiples pour ne jamais oublier leur point de départ ; Paragon est torturé par les souvenirs puisés dans le sang versé sur son pont ; les cités des Anciens possèdent d’ingénieux systèmes permettant de s’immerger, jusqu'à la folie, dans les résidus mémoriels. Le souvenir s’avère pierre angulaire de l’existence, qui doit être acceptée, comprise pour évoluer.

Le peuple du Désert des pluies et ce qu’on découvre sur les Anciens montrent une Hybridation entre les humains et les dragons. Réunion des deux principes, ils font le lien entre les deux espèces, mais leur espérance de vie est amoindrie en échange d’un savoir plus grand et d’un accès à la mémoire immortelle.

Les enjeux politiques entre les différentes factions et les castes apportent leurs lots de rebondissements. Le récit met en avant la société bourgeoise des Premiers marchands, refusant l’esclavagisme, aux rapports codifiés avec le peuple du Désert des Pluies, qui n’affiche pas d’ambitions dévorantes, au contraire du Gouverneur. Ce dernier est représenté par un jeune homme adepte des plaisirs faciles, ayant abandonné la direction des affaires intérieures et extérieures à sa cour de nobles profiteurs. Il octroie des terres à tout-va sans respecter les accords passés par ses ancêtres et sème ainsi le trouble autour de lui. Sa nonchalance bouscule la monolithique colonie de Terrilville, forcée de sa remettre en question et d'évoluer.
L'auteur n’oublie pas non plus de brosser le portrait d'une société oppressante, belliqueuse, et esclavagiste. Il en va de même pour certaines femmes, réduites à ne servir qu’un mari, acceptant pour leur très grande majorité leur sort. En plaçant son récit dans le milieu du commerce, elle interroge la valeur mercantile des êtres et des objets. Ce qui s’achète ou non, à quel prix. Par extension, les questionnements autour des colonisations, de l’appropriation. La religion apporte une couche supplémentaire à ce foisonnement métaphysique. Elle aborde la légitimité de l’existence d’un bateau "éveillé" ; peut-il posséder une conscience, être considéré comme vivant ?

Robin Hobb possède l’art consommé de tenir en haleine ses lecteurs, tout en agaçant, grâce à son écriture simple. Elle emploie peu de figures de style, un lexique de base — exit une grande partie du vocabulaire marin —, un saupoudrage de descriptions, mais pas trop. Elle dispose de techniques de dilution pour remplir des lignes au mètre. Sur l’ensemble des neuf volumes, un bon tiers du texte peut être sabré, pour n’en garder que l’essence, des phrases plus précises, concises et synthétiques. L’une de ses méthodes — outre le nombre important de personnages dont on devine qu’ils vont se rejoindre pour un grand final — consiste à raconter un événement avec des points de vue différents sur plusieurs paragraphes. Son autre technique consiste à faire souffrir de mille tourments physiques, mais aussi moraux, jusqu’au ridicule, chaque protagoniste. Ils hésitent et tournent en rond sur plusieurs pages. Ainsi Althéa, la jeune femme soi-disant garçon manqué qui rêve de posséder le navire familial, Vivacia, va perdre un temps fou à se lamenter sur ses affaires de cœur et tourner en rond, là où son agaçante petite peste de nièce, Malta, évolue pour atteindre son objectif de richesse et de prince charmant, malgré les épreuves. Car oui, après quelques morts, tout se termine bien, un nouvel équilibre éclot, et chacun se voit récompensé. Les péripéties sont plus ou moins inégales, certaines confinant à l’ennui et n’apportant que peu à la narration. Une grande partie des chapitres concernant les serpents de mer et leur quête de « Celle-qui-se-souvient » tourne en bourrique ; ils cherchent, repartent, se mélangent entre eux, pensent et conversent d’une manière assez ronflante ; ils suivent un navire, puis finalement l’abandonnent... À plusieurs moments, des flottements narratifs apparaissent ; dans le premier livre (en français), l’auteur dérive dans les méandres de détails inutiles et répétitifs, offrant l’impression de ne pas savoir où diriger sa barque. L’introduction des personnages s’éternise. Leurs atermoiements, réflexions et hésitations permanents ralentissent toute l’intrigue. Si la volonté de dépeindre une psychologie crédible est louable, Robin Hobb oublie la méthode pour synthétiser son récit, curieux pour un écrivain aussi prolifique, publié depuis les années 70 !

Les Aventuriers de la Mer ménage des rebondissements sans discontinuer. Malgré des longueurs, on se surprend à tourner les pages, accroché. La langue simple permet de ne pas buter sur le lexique et d’avaler les lignes. L’intrigue s’avère touffue, les destinées s’entrecroisent et finissent toutes par se rejoindre. Les personnages nombreux et variés voient leurs caractères évoluer après les multiples épreuves qu’ils ont endurées. L’auteur s’amuse de leurs péripéties et les pousse hors de leur zone de confort. Elle éclate la narration, la fragmente pour créer de l’attente chez les lecteurs. Les questionnements universels sur la vie et la transmission ne peuvent que toucher.
Il reste néanmoins certaines interrogations : qui sont les Abominations ? Comment les petits artefacts se retrouvent sur la plage ? Quid d'Ambre, jeune femme mystérieuse ?

Parus en neuf volumes [2], contre trois dans leur langue originale [3], Les Aventuriers de la Mer peut se lire indépendamment de tous les autres cycles de Robin Hobb.
Une saga distrayante, sans prise de tête.


[1] Margaret Astrid Lindholm Ogden écrit des romans de fantasy sous deux pseudonymes : Robin Hobb et Megan Lindholm.
[2] Avec des couvertures moyennement réussies selon les éditions : les personnages ressemblent peu aux descriptions et les figures de proue sont mal fichues, plus petites que celles du texte (il s’agit d’imposants navires, pas de ridicules hors-bords...).
[3] Au choix chez Pygmalion, J’ai lu, France loisir ou désormais regroupés en trois tomes chez Pygmalion.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le cycle de vie des dragons.
  • Des personnages aux caractères et destins variés.
  • Questionnements universels sur la vie et la transmission.
  • Rapide à lire.

  • De sacrés longueurs.
  • Une saga originelle en 3 volumes scindée en 9 livres.
  • Un manque de vocabulaire lié à la Marine, qui aurait apporté une couleur au texte.
  • Le titre français qui ne traduit pas l'idée qui se trouve dans celui de la version originale (The Liveship Traders), laissant penser à une histoire de marins plus traditionnelle.
Passe la BAC d'abord !
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Une BD humoristique sur les flics par un flic, c'est ce que propose Daricy avec Passe la BAC d'abord, dont le financement du tome 2 est aujourd'hui lancé sur Ulule par le label Flibusk.

Aurélien Adonf, Aldo Tchévita et André Lapigne, accompagnés de leur mascotte Meurfi, sont de retour pour de nouvelles interventions musclées !
Le trio de la BAC d'Ixeville, spécialisé dans les catastrophes en série, revient dans un tome 2 survitaminé et toujours inspiré d'anecdotes de terrain, collectées par l'auteur, policier lui-même. Une manière humoristique de prendre du recul sur ce métier véhiculant toujours autant de fantasmes et de clichés.

Il s'agit d'un album cartonné de 32 pages, dans le plus pur style "gros nez" de la tradition franco-belge. Bien entendu, comme toujours dans ce type de financement, un tas de contreparties sympathiques sont prévues pour les souscripteurs (crayonné de l'auteur, ex-libris, badge, poster, mug...). Notons que si le projet atteint les 150%, la BD passera à 44 pages.
Vous pouvez retrouver d'autres infos et dessins sur la page facebook de Passe la BAC d'abord.

À découvrir !


La dernière arnaque en date de Panini Comics
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Encore un coup de gueule contre Panini Comics ? Eh bien oui [1]. Un article entre le billet d'humeur et la critique classique d'un ouvrage sorti le 11 avril dernier : Avengers - Infinity War : le prologue du film.

Rien d'extraordinaire a priori puisque l'éditeur nous a habitué à chaque sortie d'un long-métrage du MCU à publier au format kiosque (donc pour un prix allant de 4,90€ à 5,90€ en moyenne) de petites histoires parallèles, se déroulant souvent avant le film et très justement nommées « prologues » (d'une qualité souvent moyenne et destinées avant tout aux complétistes). Le troisième volet d'Avengers n'échappe pas à la règle. Alors pourquoi cet agacement ? Tout simplement parce que ce nouveau titre est sorti au format cartonné en librairie et grandes surfaces pour 9,95€, une aberration puisque le livre contient seulement 96 pages d'une part, et un contenu complètement dispensable d'autre part.

Avengers - Infinity War : le prologue du film se scinde en trois parties. La première est un chapitre de 20 pages seulement (Marvel's Avengers : Infinity War - Prelude 1 en version originale) montrant en bande dessinée la fin du film Captain America : Civil War puis la « suite » des aventures de Steve Rogers. Qui tiennent sur 7 pages (!) au cours desquelles nous le voyons plus longuement au Wakanda avec Black Panther, puis en mission en Syrie avec le Faucon et la Veuve Noire. C'est tout.

La seconde partie tient elle aussi sur 20 pages (Marvel's Avengers : Infinity War - Prelude 2 donc) et se focalise sur Stephen Strange qui s'intéresse aux Pierres de l'Infini. Le récit s'attarde sur chaque artefact en évoquant les évènements liés aux films où elles étaient mises en avant. On (re)voit donc sans surprise toutes les scènes importantes liées au MCU et à ses Pierres de l'Infini convoitées par Thanos. La suite est donc à découvrir dans le film (réussi au demeurant !). Il était légitime de penser qu'on lirait plutôt le débarquement de Thanos dans le vaisseau de Thor par exemple, ce qui connectait la fin de Thor : Ragnarok au début d'Avengers - Infinity War. Il n'y a aucun réel « prologue » ici.

Arrivé à la moitié du livre, Panini Comics propose l'épisode 1 d'Infinity. Environ 45 pages qui sont décrites, en quatrième de couverture, comme « un épisode qui a inspiré la création des Enfants de Thanos, le groupe de guerriers qui accompagne le vilain dans le film ». Alors oui, très bien, c'est d'ailleurs une excellente bande dessinée (qui n'est déjà plus disponible alors qu'elle est sortie en 2015 — une habitude chez Panini qui (leur) permet de prendre peu de risques et de frustrer un grand nombre de fans et clients) mais qui manque cruellement de contexte pour le lecteur novice (à qui s'adresse en premier lieu ce comic) et qui, surtout, n'a pas grand-chose à voir avec le long-métrage des frères Russo.

Le plus surréaliste est qu'il n'y a aucune note éditoriale qui vient expliquer ce qu'est ce chapitre : ni où lire sa suite (et même ce qui se déroule avant, dans certaines séries de la collection Marvel Now), bah oui n'oublions pas qu'en plus, elle n'est plus en vente ! Seul un petit mot, toujours en bas de la quatrième de couverture, évoque qu'il s'agit d'une histoire datée de 2013. Cela n'empêche pas la qualité intrinsèque du chapitre mais ne pas révéler qu'il n'a strictement aucun rapport avec Avengers - Infinity War et qu'il s'agit juste de l'introduction d'une autre saga, qui fait suite à diverses aventures (des Avengers sur papier), est profondément malhonnête.

Cette absence de justification, peu surprenante de l'éditeur, se retrouve même sur leur page Facebook où les Community Manager restent étonnamment muets ou peu transparents sur le sujet (avec leur condescendance habituelle). À l'heure où nous écrivons ces lignes, nous n'avions pas trouvé de réelle critique sur le contenu et le livre en lui-même. Osons dire qu'on s'est un peu sacrifié et délesté d'une dizaine d'euros pour prévenir les potentiels acheteurs (on va peut-être d'ailleurs aller se faire rembourser) de ce sentiment d'arnaque particulièrement agaçant et gênant.

L'intérêt marketing se situe sans doute dans la volonté de séduire un public très jeune, accompagnant les parents qui effectuent leurs courses dans les supermarchés, ou bien, comme toujours, de toucher un plus large public que la bulle de connaisseurs habitués aux kiosques. Étonnamment, l'éditeur ne propose même pas ses autres livres pour « aller plus loin » et « découvrir d'autres histoires sur les Avengers » ! Un comble car c'était là l'occasion rêvée qui relève d'un bon sens évident dans le monde de l'édition. Mais ça se saurait si Panini Comics rimait avec bon sens et respect de ses lecteurs…



[1] Attention, nulle envie de notre part de perdre du temps à entretenir le mythe du « Panini bashing » (mythe, puisque le bashing consiste à s'attaquer, en meute et sans aucun élément concret, à un individu isolé, Panini est bien loin de correspondre à cette définition, presque chacune de ses publications fournissant des armes à ses légitimes détracteurs), bien au contraire, nous avons toujours relevé quand l'éditeur faisait son travail correctement (cf. cet article par exemple). Il s'agit ici d'une information que l'on juge indispensable pour les potentiels acheteurs qui hésiteraient à se procurer ce livre (parce qu'on ne va pas se mentir, on préfèrerait utiliser notre temps à meilleur escient, mais c'est notre petit côté altruiste).


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • La couverture est sympa…

  • Le prix (9,95€) pour moins de 100 pages, ce qui n'est pas honteux en soi mais très différent du traitement kiosque habituel.
  • Rien de réellement inédit.
  • On n'apprend pas grand-chose d'ailleurs. 
  • Pas vraiment un « prologue ».
  • Aucun texte éditorial avant ou après les récits pour contextualiser certains éléments…
  • … ce qui peut fortement induire en erreur les plus novices.
  • La moitié du livre déjà publiée chez le même éditeur.
  • Un sentiment d'arnaque total assez violent.
La Parenthèse de Virgul #12
Par

Une jolie blonde, sexy, qui emménage juste en face d'un geek à lunettes, un peu maladroit, qui entretient une relation étrange avec son ordinateur, cela ne vous dit rien ? Et si j'ajoute que les deux finissent par tomber amoureux ? Si tout cela vous fait penser à Penny et Leonard, dans The Big Bang Theory, c'est normal. Mais en réalité, c'est également le point de départ d'une comédie fantastico-romantique bien plus ancienne.
Cap sur les années 80, les matous !

Computer in Love
En 1984 sort Electric Dreams, un film réalisé par Steve Barron, irlandais surdoué spécialisé dans les clips musicaux. Et attention, niveau zik, le mec n'a pas fait la Merguez Party des Musclés, il tape plutôt dans du lourd. On lui doit notamment les clips de Take on Me (A-ha), Money for Nothing (Dire Straits) ou encore Billie Jean (Michael Jackson).
Mais revenons au film. Cette histoire, au charme aujourd'hui suranné, abordait de manière un peu naïve le thème de l'intelligence artificielle et mettait en scène une sorte de trio amoureux composé de Madeline Robistat, interprétée par la magnifique Virginia Madsen, Miles Harding, joué par Lenny von Dohlen, et la fameuse bécane objet de tous les fantasmes à cette époque des balbutiements de la domotique. L'introduction du long-métrage, listant divers objets technologiques se répandant dans la vie de tous les jours et montrant l'isolement ou la dépendance qu'ils impliquent, est d'ailleurs plutôt chiadée pour un film se voulant léger et sans prétention. L'on frôlera même la philosophie (light quand même) lorsque Miles tentera d'expliquer la signification du mot "love" à son ordi.
Ainsi, l'intrigue, sans verser complètement dans le côté inquiétant d'un Demon Seed, voit Miles lutter contre un ordinateur de plus en plus envahissant et amoureux de Madeline. Cela donne l'occasion au réalisateur d'enchaîner des scènes drôles ou émouvantes, mais surtout rythmées par une bande-son survitaminée, signée, entre autres, Giorgio Moroder.
L'on peut citer Electric Dreams par P.P. Arnold, Video! de Jeff Lynne, The Dream et Love is Love de Culture Club, Now you're mine d'Helen Terry et bien entendu le mythique Together in Electric Dreams. Si mythique que nous avons demandé à Ed Tourriol, scénariste (L'équipe Z...) et traducteur (Walking Dead, Green Lantern...), de nous faire un petit cadeau en réinterprétant le titre. Le bordelais aux cordes vocales légendaires ayant gentiment accepté de mettre son brillant organe à contribution, vous pouvez admirer le résultat dans la vidéo ci-dessous et vous replonger avec nostalgie dans cette ballade électrique (et plus sérieusement, un grand merci à Ed d'avoir relevé le défi, car mine de rien, cette chanson, c'est une tannée à interpréter, surtout en direct... enfin, "en direct", Ed n'attend pas derrière son ordi pour se mettre à chanter à chaque fois que vous cliquez sur le truc, ça a juste été enregistré dans les conditions du direct).
Oh, et encore un petit conseil de félin polyglotte : si vous avez l'occasion de revoir ce film, évitez la VF, les voix sont niaises au possible et les doubleurs pratiquement tout le temps à côté de l'intention au niveau du jeu.
Miaw !
We'll always be together, however far it seeeeeems...
(love never eeends)
We'll always be together, together in electric dreeeeeams !




Penny et sa "grande sœur" des années 80, Madeline.
Chroniques des Classiques : Brazil
Par

Si nos Chroniques des Classiques concernent essentiellement des romans, comme Des Fleurs pour Algernon, ou des nouvelles, comme Le Horla, l'on abordera de temps à autre quelques films également. C'est le cas aujourd'hui avec un pur chef-d'œuvre : Brazil.

Sam Lowry est un petit fonctionnaire du Ministère de l'Information. Perdu dans la fourmilière du département des archives, il mène une vie terne et conformiste. Sauf... sauf lorsqu'il rêve. Là, il se transforme en chevalier ailé, et surtout il est fasciné par une magnifique jeune femme, douce, pure, inaccessible, qu'il ne fait qu'apercevoir en songe. Un jour cependant, à cause d'un simple insecte, une erreur est commise. Et cela va indirectement faire basculer la vie de Sam. En effet, un certain Buttle est arrêté à la place du Tuttle recherché. Alors que Sam doit rencontrer la veuve de Buttle (le département du recoupement ayant précipité le décès du malheureux lors de son interrogatoire), il aperçoit sa voisine... c'est elle ! La fille de ses rêves, au propre comme au figuré.
Pour Sam, à cause d'un simple "bug", c'est le début de la fin. Car dans ce monde sinistre, l'amour ne peut apporter que des ennuis.

La carrière de Terry Gilliam, en tant que réalisateur, est parsemée d'œuvres pour le moins intéressantes, mais Brazil est, sur bien des points, aussi unique que fascinant. Ce film, sorti en 1985, deux fois oscarisé (meilleur scénario original, meilleure direction artistique), a pourtant connu des débuts... chaotiques. Universal a notamment imposé, à l'époque, une version raccourcie et une happy end absurde. Ah ben, c'est le fameux discours du commercial (si caricatural que l'on a l'impression que c'est le même mec partout, dans les boîtes de prod, les maisons de disque et les maisons d'édition) :
— Heu... je voudrais juste revenir sur la fin, là. Attends, Terry, il est énorme ton film, t'es un génie mec, je t'assure. Mais... les gens ne sont pas prêts. Ils ne veulent pas voir des trucs sinistres, comme ça. T'en penses quoi si à la fin, le mec gagne et embarque la fille ?
— J'en pense que ça n'aurait plus aucun sens ni aucun impact.
— Ne te braque pas non plus, Terry. T'as pris le melon toi, hein, depuis les Monty ?
— Mais absolument pas, je...
— OK, t'as gagné ! On va couper la poire en deux : à la fin, Sam est blessé au bras.
— Blessé au bras ?
— Oui, c'est pas trop grave le bras, ça montre qu'il y a du danger, mais le héros s'en sort. Regarde Rambo, il meurt pas à la fin.
— Ouais mais mon histoire, c'est plus dans le genre 1984 que Rambo hein...
— Justement, on est en 85 mec, t'as un an de retard là. Et puis, t'es gentil, nous, ton histoire, on doit la vendre derrière. En plus, bon... Jonathan Pryce, dans le rôle, il est super. Vraiment. Mais... t'en penses quoi si on prenait Chuck Norris ?

Repas cauchemardesque où les mondanités résistent à tout, même aux bombes.

Bref, après ce document exclusif (oh, ça a dû se passer un peu comme ça quand même), revenons au sujet. Si le film s'inspire grandement en effet du 1984 d'Orwell, il ne possède pas son coté visionnaire ni ces concepts fascinants que sont la novlangue et la doublepensée. Cependant, la vision de Gilliam (nous parlons bien de la troisième version du film, d'une durée de 142 minutes, la seule reconnue par le réalisateur, qui est quand même le premier concerné) est tout aussi passionnante que la dystopie d'Orwell, notamment parce qu'elle est basée sur des ressorts quelque peu différents.
Quand tu sens que tu ne vas pas passer le meilleur moment de
ton existence.
Dans les points communs, l'on peut citer le système inhumain, la ville pesante, étouffante (présente également, certes sous une autre forme, dans le Se7en de Fincher), la corruption du Beau (nous y reviendrons), le poids des fonctionnaires, petites fourmis remplaçables dédiant leur vie à la paperasserie, les bâtiments écrasants, représentant la toute-puissance d'un état-système régulant jusqu'à la pensée des individus, et bien entendu l'histoire d'amour qui met en péril ceux qui la vivent. 

Mais, là où Brazil s'écarte significativement de 1984, c'est dans le recul, le cynisme, l'absurdité de la violence soulignée par l'humour. Tout est si poussé, si extravagant, si déshumanisé, que Gilliam offre toujours au spectateur une raison de rire de ce qu'il voit. D'un rire glaçant cependant. 
L'une des scènes les plus réussies se déroule dans un restaurant, alors que Sam dîne avec sa mère, l'une des amies de celle-ci et sa fille. Tout est exposé de manière subtile mais magistrale. La scène va essentiellement servir à rendre compte de la corruption de cette société, de son côté tordu (alors qu'accessoirement, Sam tente de dire à sa mère qu'il ne veut pas d'une promotion obtenue grâce à ses relations).
Tout d'abord, l'on se rend compte qu'il faut commander les plats par leurs numéros, et non leurs noms (altération des Mots), le serveur refusant de "comprendre" ce qu'on lui dit. L'on évoque ensuite l'apparence des femmes présentes et leur recherche de la jeunesse, alors qu'elles sont défigurées par la chirurgie (voire les acides) et qu'elles portent des pansements dégueulasses (altération de la représentation du Moi). Enfin, alors qu'une bombe explose dans le restaurant, Sam et les autres convives font fi des victimes et continuent leur repas (altération du bon sens et des sentiments essentiels, comme l'empathie). En une scène, surréaliste, baroque, l'on comprend à quel point ce monde se meurt, gangréné par un culte de l'administration et du politiquement correct qui a refoulé jusqu'aux élans les plus naturels. 

Même si les encasqués font peur, les bureaucrates sont bien pires encore.

Mais là où Brazil devient époustouflant, c'est dans son esthétique. Les tuyaux omniprésents, les pièces ridiculement petites, les hauts murs gris ou noirs, les uniformes stricts et massifs, les écrans multiples offrant une image déformée de la réalité, les multiples papiers, tampons, reçus, formulaires, le magma humain frémissant parfois derrière un petit chef, tout cela impacte durablement l'œil et l'esprit. 
Fonctionnaire le jour, chevalier la nuit.
Le contraste est d'autant plus fort avec les scènes oniriques, parfois non dénuées de danger, mais permettant au moins de combattre, de s'échapper, de voler, d'espérer.
Et puis il y a cette fameuse femme idéale, non corrompue par ce monde abject, véritable îlot de beauté et de pureté. Car au sein du système, le Beau est soit entaché par quelque chose (l'on peut trouver un certain esthétisme dans les uniformes des gardes par exemple, mais qui cache des êtres froids, dénués de sentiments, et violents), soit carrément altéré par une sorte de folie malsaine (notamment les horreurs, tant architecturales qu'humaines, dont le film est parsemé). Cette société est d'autant plus effrayante qu'elle n'est sans doute pas le résultat d'une adhésion immédiate et consciente du peuple à des comportements déviants, mais plutôt un glissement discret, une patiente gangrène qui, accumulant petits renoncements et compromissions banales, peut prendre des décennies avant de dévoiler son épouvantable ouvrage. 

Brazil dépeint une société infecte, rendue infecte par l'acceptation d'une technocratie qui n'a plus pour but que sa propre existence. Il n'y a pas d'ennemis dans Brazil, pas d'idéologie spécifique, juste l'effet corrosif de l'habitude et les sinistres cohortes de la lâcheté quotidienne, la pire, celle qui ne laisse que peu de traces sur les consciences. 
Même Sam, finalement, qui se rêve en héros, ne le devient que parce qu'il trouve un intérêt égocentrique à défendre non pas une femme en danger, mais la femme dont il est amoureux. Dans ce monde en déliquescence, il ne reste finalement que Jill pour incarner la pureté. Jill qui, alors qu'elle n'était concernée en rien, mettra sa propre sécurité en péril pour défendre un citoyen lambda, arrêté par erreur. Et qui, après avoir repoussé Sam, finira par porter un regard bienveillant sur cet agent du système...

Tragédie baroque, grotesque, poignante et caustique, Brazil, malgré le temps passé, n'a rien perdu de sa force. Et, comme tous les bons récits, le long-métrage de Gilliam peut se voir et revoir, en offrant toujours plus de détails, de profondeur et de perspectives. Le tout avec une poésie évidente et cette petite musique, qui reste longtemps en tête...

Jill, havre de paix, femme idéale et fantasmée sur laquelle se reposer.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • L'aspect graphique et visuel, que ce soit pour les bâtiments, les costumes ou les tronches. 
  • Le propos, permettant moult interprétations.
  • Le casting.
  • La fin selon Gilliam, la seule qui ait du sens.
  • Le côté tentaculaire et oppressant du système représenté.

  • La musique d'ambiance, parfois tonitruante et pénible lors des scènes d'action.
  • Un style probablement un peu ardu (et faussement opaque), qui demande un peu d'implication pour rentrer dans l'histoire. En même temps, demander aux bourrins de faire un effort, je ne sais pas si je fais bien de le foutre dans les points négatifs. 
Retroreading : les Robots de Fatalis
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Replonger dans les comic books de super-héros de naguère n'est pas chose aussi aisée que cela : si la nostalgie des moments épiques passés à les lire teintera forcément la relecture d'un vernis agréable, il n'en demeure pas moins que le rythme de la narration, la densité des dialogues, la structure de la mise en page, la palette des couleurs et le style des dessins ont considérablement changé en près d'un demi-siècle. Comment réagirait aujourd'hui un jeune lecteur devant l'une des aventures des Quatre Fantastiques publiées en France dans les années 70 ? Difficile à dire.

Les avantages du volume qui nous intéresse, à savoir Les Robots de Fatalis, édité en 1976 par Lug, sont divers. D'une part, il comporte un arc complet réparti en quatre chapitres correspondant aux épisodes publiés en fascicules aux États-Unis (Fantastic Four #84 à 87 de 1969), d'autre part, il bénéficie d'un format sensiblement plus agréable, similaire aux albums de BD franco-belge, et permettant de mieux profiter de certaines des planches du génial Jack Kirby.
Évidemment, le temps passant, la colle maintenant les cahiers en place dans la couverture cartonnée a cessé son effet et ces exemplaires deviennent assez fragiles à manipuler. Reste que la magie opère, à différents niveaux, même si la déception vient logiquement poindre entre deux souvenirs. Tout d'abord, la couverture peinte est particulièrement percutante, laissant habilement s'imposer la menace Fatalis au-dessus d'un groupe hétéroclite, dont une demoiselle blonde en détresse plus proche de la Susan Storm [1] terrorisée des origines que de la fiancée de Johnny qu'elle est censée représenter (seul son bandeau dans les cheveux trahit son identité).

L'histoire ensuite : de retour d'une expédition chez les Inhumains (à relire dans l'album Maximus), les FF tombent sur un bataillon du S.H.I.E.L.D. mené par Fury en personne. Le maître-espion est inquiet car l'un de ses agents lui a signifié l'existence d'une armée secrète sans doute composée de soldats-robots. Il a pu in extremis transmettre une preuve à son supérieur, preuve qui conforte les soupçons de Reed Richards : il y a du Docteur Fatalis là-dessous !
À ce stade de la série, le souverain de Latvérie et les Fantastiques ont déjà eu plusieurs fois maille à partir : c'est l'heure de la revanche pour la Némésis de la famille Richards, mais ces derniers n'hésitent guère avant de se lancer dans la mission proposée par Nick Fury (et sans Susan qui est restée en Amérique pour trouver une maison afin d'y élever l'enfant qu'elle a eu avec Reed). Les voilà donc en touristes en Latvérie, totalement conscients de s'aventurer dans la gueule du loup. Ils y découvrent des hôtes attentionnés dont l'amabilité un rien forcée trahit la peur de désobéir à leur monarque tout-puissant. Attendant sagement que ce dernier dévoile son jeu, les Fantastiques vont mettre en danger la population d'un village entier avant de devoir ensuite penser à leur propre survie lorsque la menace se révélera.

La progression de l'intrigue est satisfaisante et nous laisse entrevoir les capacités d'anticipation de Fatalis, l'un des villains les plus impressionnants du Marvelverse (il parviendra à domestiquer le pouvoir cosmique du Silver Surfer, à devenir empereur de la Terre et même à disposer des facultés d'un Beyonder !). Il joue ici à domicile et se contente dans un premier temps d'attirer l'attention de ses ennemis, de les étonner puis de leur porter le coup de grâce en cherchant à savourer son inévitable victoire et sa revanche sur des adversaires qu'il considère encore bien inférieurs (le respect envers l'intelligence exceptionnelle de Richards qui, la plupart du temps, trouvera LA parade à ses exactions, viendra plus tard).
Du coup, Fatalis baratine, pérore et montre un aspect un peu rebutant de lui-même, une forme d'auto-satisfaction grandiloquente propre aux dictateurs des mauvais récits d'espionnage. On n'en est pas encore à cette supériorité manifeste mais non verbale qui sera petit à petit développée plus tard. Ici, on le voit poser pour une toile destinée à asseoir sa souveraineté et admirer ouvertement l'envergure de certaines entreprises nazies qu'il ne fait que poursuivre, avec plus d'intelligence et de moyens. Son armure n'est pas encore l'arsenal terrifiant qu'on connaît aujourd'hui et il ne dédaigne pas de se servir d'une arme de poing.


Les Fantastiques sont sans doute mieux dégrossis, Stan Lee a pris le temps de développer les personnages et les liens très forts qui les unissent. Leader incontesté, Reed Richards ne semble pas encore disposer de ce formidable intellect qui fera de lui l'arbitre des conflits d'ampleur cosmique. Paternaliste et un brin autoritaire, il tâche surtout de ne pas laisser à son adversaire trop de coups d'avance. Grimm (la Chose) et Storm (la Torche humaine) forment le duo comique, se chamaillant sans cesse mais ne rechignant jamais au combat rapproché. C'est Crystal, l'Inhumaine, qui forme le quatrième élément du quatuor : dynamique et enjouée, elle manque toutefois sérieusement de charisme et d'indépendance.

Dès les premiers dialogues, on comprend que les décennies ont passé : les personnages passent leur temps à soliloquer, racontant carrément ce qu'ils sont en train de faire et exprimant à voix haute leurs motivations. C'est lourd et parfois chiant, surtout lorsque le dictateur de Latvérie nous serine comment il va prendre son temps pour écraser les Fantastiques et dominer le monde. La traduction poussiéreuse ajoute encore à l'aspect vieillot du récit : les exclamations et insultes sont d'un désuet risible et les jeux de mots tombent à plat. Malgré la taille des pages, les phylactères extrêmement denses parviennent presque à prendre le pas sur le découpage des planches. Heureusement, le style graphique de Kirby donne le change : les robots sont impressionnants, les armes toujours surdimensionnées et les bâtiments grandioses. Un peu comme Michael Bay au cinéma, dès que "ça pète", il en jette. Les déflagrations et les rayonnements rythment les combats et les personnages évoluent avec une certaine grâce.
Reste que le dernier chapitre plombe l'ensemble, avec un retournement de situation abracadabrant, une arrivée inopinée (et quasi inexplicable), une victoire chanceuse et une décision incompréhensible renvoyant les adversaires dos à dos. En parallèle, Stan Lee a tout de même eu le temps de placer quelques pions pour la suite (l'étrange habitation dénichée par Susan Richards [1] recèle de sombres secrets...).

Encore une fois, Fatalis a tenu les FF à sa merci (et facilement), leur a laissé une certaine liberté de mouvement avant de se prendre une dérouillée imprévue (par lui, pas par les lecteurs) : un schéma classique qu'on retrouvera régulièrement dans cette série et ailleurs (Magnéto ne fera pas autrement avec les X-Men). L'histoire a son charme et les personnages portent déjà le germe de ce qui fera d'eux des êtres bien plus fouillés (et puissants ; et intéressants) à l'avenir. Cela dit, certains passages sont assez mièvres, le bavardage "stanleeesque" devient parfois indigeste et certaines cases manquent de détails. L'encrage de Joe Sinnott fait merveille sur les surfaces métalliques mais donne peu de relief aux visages souvent inexpressifs.
À (re)découvrir pour ceux qui peuvent.



[1] Rappelons aux profanes que le couple qui forme le noyau des Fantastiques a vu ses noms traduits différemment en français, Reed Richards devenant Red (ça va, ça passe) et Susan Storm devenant Jane (pour éviter sans doute d'avoir des soucis avec le diminutif "Sue" de Susan, ou bien, paradoxalement, pour américaniser le prénom, Susan sonnant un peu trop français).


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une plongée dans le Golden Age des super-héros.
  • Fatalis vs FF : la revanche !
  • Un séjour dépaysant, façon le Prisonnier, en Latvérie.
  • Stan Lee & Jack Kirby, le duo mythique à l'oeuvre.
  • Un grand format faisant honneur à certaines planches et aérant le récit.
  • Un rythme soutenu et des retournements de situation fréquents.
  • Un arc complet, ce qui n'est pas toujours le cas dans cette collection (les résolutions se trouvant dans les volumes suivants).
  • L'apparition de Nick Fury et ses copains du S.H.I.E.L.D.

  • Une traduction vieillotte qui prête souvent à sourire, surtout avec les insultes et imprécations.
  • Une tendance au bavardage didactique chez Stan Lee, chaque protagoniste cherchant à expliquer non seulement ce qu'il va faire, mais aussi ce qu'il est en train de faire. Pénible.
  • Un ouvrage ancien (édition 1976) et donc la colle ne tient plus...
  • Un Fatalis manquant encore de noblesse, dépeint un peu trop sur le mode dictateur fou.
  • Une fin en eau de boudin, très loin de tenir les promesses avancées dans les trois premiers chapitres.