Coffin Hill
Par


Une série Vertigo qui flirte avec le polar et le fantastique : Coffin Hill.

Eve Coffin est une jeune policière qui vient juste de mettre fin aux agissements d'un serial killer, s'attirant ainsi la curiosité de la presse. Alors qu'elle retourne chez elle, dans le Massachusetts, elle découvre que deux jeunes gens ont disparu dans les bois où, plus jeune, elle a elle-même vécu une expérience traumatisante.
En effet, lors d'une nuit mémorable mêlant magie, sexe et drogue, quelque chose de terrible s'est déroulé au cœur de la forêt. Quelque chose qui peut vous faire disparaître dans les ténèbres ou vous rendre fou...

Cette série est écrite par Caitlin Kittredge, romancière connue pour ses ouvrages de fantasy mêlant justement polar et magie. Les dessins sont l'œuvre de Inaki Miranda.
Alors que l'on aurait pu s'attendre à un bon gros ratage à la Mercy Thompson, l'on a la surprise de découvrir non seulement une histoire qui tient la route mais également une ambiance tout à fait réussie qui génère frissons, curiosité et cette indispensable envie de tourner les pages.
Si l'aspect graphique est indéniablement séduisant, Miranda installant des décors plutôt impressionnants (crypte, vieille bâtisse, bois brumeux...) et des personnages au look gothique, l'écriture de Kittredge s'avère être d'une efficacité redoutable.


Le personnage principal, sorte de sorcière moderne et futée, est parfaitement campé et l'histoire progresse régulièrement, entre flashbacks et révélations. Bien que l'on rencontre tout ce que l'on pensait être en droit de trouver dans un tel récit (le médecin taré dans l'asile glauque, l'entité effrayante, l'histoire d'amour contrariée...), l'auteur parvient à dépasser les clichés pour livrer une intrigue ingénieuse qui navigue entre enquête policière, secrets de famille et pratiques ésotériques.

Le premier tome en version française, sorti en 2015 chez Urban Comics, se termine sur un gros cliffhanger qui donne envie de découvrir la suite. Même si Coffin Hill ne dispose pas, par exemple, de toutes les qualités d'un Locke & Key (la saga de Hill étant sans doute plus inventive et maniant en plus humour et émotion), l'aspect étrange des lieux et des personnages, le suspense ainsi que la forte teneur en paranormal peuvent quelque peu rapprocher ces deux titres (attention cependant, la magie reste relativement light et "réaliste", à base notamment de potions ou de symboles dessinés sur le sol).
Un récit qui, quoi qu'il en soit, ne fera pas honte au label Vertigo, particulièrement riche en comics de qualité (cf. notamment la partie Vertigo de notre dossier consacré aux encyclopédies comics).



Du sang, des sorts et un peu de sexe.
Un mélange qui n'est pas suffisant en soi pour faire une bonne BD mais qui ici est particulièrement bien employé et dosé.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un style graphique efficace et percutant.
  • De la magie crédible.
  • Aisance narrative évidente.
  • Une héroïne charismatique.

  • Manque une petite touche d'émotion pour briser l'aspect un peu froid de l'ensemble.
Spider-Man loves Mary Jane
Par


Du teen drama sur fond de mythe arachnéen, voilà qui change un peu des aventures traditionnelles du Tisseur ! Voici Spider-Man loves Mary Jane.

Cette série (20 épisodes) a été publiée aux États-Unis de 2005 à 2007 dans la collection Marvel Age, visant donc le jeune public (voire même un public jeune et féminin). Elle a été précédée par deux mini-séries, Mary Jane et Mary Jane : Homecoming, et suivie d'une deuxième saison très courte (5 épisodes).
En France, Panini a publié le début de ce récit (la mini-série Mary Jane) en 2006 dans la collection Marvel Kids. D'une manière vraiment stupide d'ailleurs, car les premiers volumes des Spider-Man de cette collection reprenaient les aventures historiques du Tisseur (issues donc de Amazing Spider-Man) en les modernisant (du moins, en modernisant l'aspect visuel). Le tome #3 de Spider-Man version Marvel Kids est donc en fait en VF le début de Spider-Man loves Mary Jane. C'est pratique comme numérotation hein ? On sent l'inimitable "Panini Touch". Si de nos jours ils foutent des #1 partout pour attirer le lecteur, à l'époque ils faisaient démarrer des nouveautés dans des tomes #3. Des génies.

Mais revenons à l'essentiel. Le scénario est de Sean McKeever (qui avait adapté en comics le film Elektra) et les dessins de Takeshi Miyazawa.
Tout commence alors que Mary Jane rentre chez elle après avoir passé une soirée romantique en compagnie de Harry Osborn. Alors qu'elle est perdue dans ses pensées, quelque chose percute le train dans lequel elle se trouve. Le choc est énorme, d'abord physique, puis psychologique quand elle voit débarquer un cinglé costumé : Électro. Heureusement, Spider-Man intervient. Il n'en fallait pas plus pour que Mary Jane tombe sous le charme du héros masqué...


Alors, attention, pas de sombres complots ou d'intrigues à base de super-vilains ici (même si certains font un passage éclair parfois), mais plutôt bien entendu des problèmes d'adolescents. Flirts, études, petits boulots, sport, cours de théâtres, brouilles et réconciliations sont au menu.
C'est léger mais pas pour autant gnangnan, le tout tournant autour de MJ, Liz Allen, Flash Thompson, Gwen Stacy, Harry Osborn ou Betty Brant, bref, des noms bien connus. Le scénariste se base sur les grandes lignes de l'histoire classique : Flash est une brute qui harcèle Peter (mais qui se révèlera avoir également un côté plus attendrissant), l'on assiste à un chassé-croisé amoureux mêlant Gwen et MJ, l'on voit même Peter accuser le coup lors de la mort de son oncle Ben. L'on reste donc en territoire connu en ce qui concerne le background.

Par contre, bien évidemment, c'est l'aspect relationnel (amical et amoureux) et la psychologie des jeunes personnages qui sont particulièrement creusés. C'est plutôt bien fait (il ne faut cependant pas être allergique au genre) et même souvent drôle. Les premières apparitions de Spidey sont notamment très réussies. Par exemple, alors que Spider-Man ramène MJ chez elle après l'incident du train, il la dépose directement devant chez elle, sans lui demander son adresse (puisque Peter sait très bien où elle vit). Forcément, elle est quelque peu étonnée et lui demande comment il sait où elle habite. Ce à quoi Peter répond, gêné... que cela fait partie de ses super-pouvoirs.


Parmi les personnages secondaires que l'on découvre avec plaisir au fil des épisodes, l'on peut citer Jessica Jones, Luke Cage, Firestar ou Felicia Hardy. De nombreux super-vilains font également une apparition, même si ils ne tiennent pas un rôle déterminant dans l'intrigue : Kraven, Mysterio, l'Homme-Sable, le Shocker ou encore Octopus figurent au casting. 
Précisons également que tout cela est hors continuité, même si les grandes figures du marvelverse sont présentes et que bien des évènements sont proches de ceux de la Terre-616, il s'agit d'un univers parallèle et d'une réinterprétation des personnages, non de leur enfance véritable.

Voyons un peu le dessin maintenant. Le style convient bien à l'histoire et au public visé, mais la qualité de l'ensemble peut aller du très réussi (un pique-nique sur une toile tendue entre deux immeubles, New York de nuit...) au franchement pas terrible (certaines cases semblant un peu bâclées parfois au niveau des visages). La colorisation, elle aussi, est mitigée. Cela va du très joli au franchement criard et trop flashy. Globalement, les planches ont parfois un aspect trop numérique. M'enfin, on s'y fait.

Pour la saison 2, une nouvelle équipe créative prend les commandes. C'est Tony Moore (Strangers in Paradise) qui s'occupe du scénario, et Craig Rousseau se retrouve aux crayons. L'ambiance visuelle change alors complètement, surtout en ce qui concerne les personnages (leurs visages étant radicalement différents). Un temps d'adaptation sera certainement nécessaire. Par contre, en ce qui concerne l'écriture, les thématiques restent identiques (et Moore sait très bien gérer ce genre de relations).

Une série sentimentale sympathique et bien écrite, avec en prime les têtes connues de l'univers arachnéen. À découvrir.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Tout public.
  • Du teen drama bien écrit.
  • Des personnages bien connus employés dans un contexte inhabituel.
  • L'humour.

  • Des dessins de qualité inégale.
Addict
Par



Disparition mystérieuse et journalisme gonzo sont au menu de Addict.

James Renner, l'auteur de ce livre paru l'année dernière en français chez Sonatine, est un journaliste spécialisé dans les affaires de disparition non résolues [1]. Le cas qu'il aborde ici est aussi poignant qu'étrange, notamment parce qu'il concerne Maura Murray, jeune fille sympathique disparue en 2004, mais aussi parce que les éléments troublants voire carrément sinistres sont nombreux dans cette affaire, aussi tragique que passionnante.

Maura est une étudiante de 22 ans, sportive, jolie, intelligente. Elle cumule deux jobs, a un fiancé, sort parfois avec des amis... bref, quelqu'un d'on ne peut plus normal. Le 9 février 2004, en plein hiver, Maura a pris la route en direction du Nord. Il fait déjà nuit lorsqu'elle arrive à Haverhill, New Hampshire. Elle s'engage sur la route 112. Une petite route de campagne desservant quelques fermes isolées avant de se perdre dans l'immensité de la forêt. C'est après un virage serré qu'elle perd le contrôle de sa voiture.
À 19h27, une habitante du coin, alertée par le bruit, appelle la police pour signaler l'accident.
Peu après, Butch Atwood, un chauffeur de bus rentrant chez lui, s'arrête pour porter secours à la jeune femme. Elle va bien, elle n'est pas blessée et refuse son aide, prétextant avoir déjà contacté une société de dépannage. Atwood, qui sait pertinemment que les téléphones portables ne passent pas ici, sait qu'elle ment. Il rejoint sa maison, cent mètres plus loin, et appelle lui aussi la police. Il est 19h43, il vient à peine de quitter Maura.
La police arrive à 19h46. Maura n'est plus là. En quelques minutes, elle s'est évaporée, sans laisser aucun trace.
Elle ne sera jamais retrouvée.

Lorsque l'on commence à s'intéresser à l'affaire Maura Murray, il est difficile de ne pas être à la fois saisi d'effroi et passionné par ce cas de disparition aux nombreuses zones d'ombre. On comprend d'ailleurs parfaitement pourquoi James Renner est devenu "accro" à cette enquête. [2]
Il faut souligner le très bon travail de la traductrice, Caroline Nicolas, qui conserve le style alerte de l'auteur et a très intelligemment ajouté de nombreuses notes expliquant les termes liés aux spécificités américaines.
Mais pourquoi diable ce cas serait-il si passionnant ? Après tout (et malheureusement), les disparitions inexpliquées ne sont pas rares, même en France (plus de 10 000 personnes disparaissent chaque années [3]). Eh bien, il faut dire que tout est réuni pour faire de cette disparition une affaire des plus sulfureuses.

Tout d'abord, la soudaineté de la disparition est intrigante. Il ne se passe pas plus de 4 ou 5 minutes entre le moment où Atwood laisse Maura (qui a refusé d'aller s'abriter chez lui), et l'arrivée du premier véhicule de police. Peut-être moins.
Les spécificités de l'endroit jouent aussi. Nous sommes dans la campagne américaine, au bord de l'immense White Moutain National Forest. Si vous jetez un œil sur Google Earth, vous verrez que c'est très joli... de jour et en été ! De nuit et en plein hiver, c'est beaucoup moins accueillant.
Dans les jours précédant la disparition de Maura, il se passe plusieurs évènements quelque peu étranges. Elle a une crise de larmes après une conversation téléphonique à son travail et tombe dans une sorte de catatonie. Elle a un autre accident, avec la voiture de son père cette fois, en pleine nuit, alors qu'elle a bu et qu'elle revient d'une fête. Le policier qui vient sur les lieux la laisse repartir sans même un contrôle d'alcoolémie.
Tous les aspects bizarres de cette enquête ne sont pas exclusivement liés à Maura ou au lieu de sa disparition. Un grand nombre de personnes pour le moins étranges vont interférer dans les investigations. Un type du coin vient un jour remettre au père de Maura un couteau rouillé dont son frère se serait servi pour assassiner la jeune fille. Un autre taré poste une vidéo glaçante sur le net, pour célébrer l'anniversaire de la disparition de Maura.
Et certains de ses proches ne semblent pas dire tout ce qu'ils savent...

L'auteur, James Renner.

Tout cela forme un parfait thriller, sauf que, contrairement aux bons romans, cette histoire tristement réelle ne trouvera jamais une conclusion. Des tonnes d'hypothèses sur ce qui est arrivé à Maura ont vu le jour. Certaines sont crédibles, d'autres grotesques (il faut dire qu'un nombre incroyable de personnes plus ou moins étranges sont directement liées à cette affaire). Mais pour la famille de cette jeune étudiante, toutes sont horribles, car aucune n'est certaine.
Il y a sans doute également un aspect moral à aborder. L'on pourrait en effet se demander s'il n'y a pas dans la démarche de Renner (et dans celle du lecteur, ne nous dédouanons-pas) une forme de voyeurisme, de fascination morbide. Eh bien... sans doute, en partie. Ce genre d'histoires nous font frissonner parce que nous savons qu'elles sont vraies. Cela plonge un hameçon très efficace dans notre facette noire et peu recommandable, toujours prête à aller vers l'horreur. Mais fort heureusement, il n'y a pas que ça.

D'une part, les familles sont en général toujours très heureuses d'avoir accès aux médias, de voir relayer leurs demandes. Même dix ou quinze ans après une disparition, certains cherchent encore. Seuls.
D'autre part, il ne semble pas inintéressant d'attirer l'attention du grand public sur le nombre astronomique de disparitions quotidiennes inexpliquées, que ce soit aux États-Unis ou de ce côté de l'Atlantique. À notre époque, où les caméras, les portables, les analyses ADN, sont courants, il est tout de même effarant de constater que des gens peuvent disparaître (en milieu rural ou urbain d'ailleurs) sans que l'on soit en mesure d'avoir la plus petite idée de ce qui leur est arrivé.
En cela, Maura est devenue une sorte de symbole, de personnage idéal presque, incarnant nos terreurs les plus indicibles.
Car enfin, comment se relever d'une perte que rien ne justifie ? Comment gérer une absence qu'aucun élément concret ne peut expliquer ? Comment vivre avec ça ?
Le père de Maura, lui, a continué de chercher. Et d'accrocher régulièrement un ruban bleu sur un arbre bordant la route où la voiture de sa fille a été retrouvée.

Quant à Renner, l'auteur de cette enquête, il se met en scène lui-même et dévoile d'étranges "symétries" ou coïncidences. Il a lui-même subi une tentative d'enlèvement étant jeune, sa sœur a été harcelée par un type très louche, son grand-père était un pédophile, et il se passe quelque chose de très troublant (que nous ne dévoilerons pas ici) avec son propre fils... autant dire que l'univers de Renner est noir. Très noir, noir au point qu'il se retrouve dépendant à l'alcool, divers psychotropes et craque au point de séjourner en prison pendant un temps.
Il fait cependant preuve d'une grande honnêteté et d'un rare recul sur ses propres démons intérieurs, tout en conservant pour son récit un découpage et un rythme dignes d'un thriller.

Une plongée spectaculaire dans les ténèbres, en compagnie de prédateurs dangereux et d'odieux salopards.
Attention, on ne ressort pas nécessairement indemne d'une telle lecture. [4]

Le lieu de la disparition de Maura (image Google Earth).


[1] Il s'agit d'un genre littéraire (le "true crime") à part entière aux États-Unis.
[2] Lorsque Renner commence à enquêter sur Maura, il se fait suivre psychologiquement pour des symptômes de stress post-traumatiques, traumatisme survenu après sa dernière enquête, particulièrement glauque, sur une disparition de fillette. C'est dire l'implication de ce reporter, qui ne cache d'ailleurs rien dans ses écrits de son côté sombre.
[3] Le chiffre peut paraître ahurissant, il provient pourtant de sources officielles, notamment du ministère de l'Intérieur. 40 000 personnes sont signalées disparues chaque année en France, 30 000 sont retrouvées. Chaque jour, dans notre pays, ce sont donc plus de 27 personnes qui s'évanouissent dans la nature et disparaissent à jamais... plus d'une personne toutes les heures.
[4] Pour l'anecdote, bien que lisant des romans d'épouvante et des histoires vraies parfois morbides depuis des décennies, c'est le premier livre à m'avoir dérangé au point que j'en fasse un (pénible) cauchemar la nuit suivant sa lecture. C'est bizarrement le fils de Renner qui m'a le plus mis mal à l'aise.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Poignant.
  • De nombreuses informations.
  • Un style fluide et prenant.
  • Une traduction habile.
  • L'implication et la franchise de l'auteur.

  • Certaines parties semblent presque "romancées" tant elles sont... déroutantes.
Wolverine : Les origines
Par



James, l'héritier souffreteux, Logan, le fils turbulent d'un ivrogne et Rose, jeune et jolie demoiselle de compagnie, sont les trois seuls enfants dans les parages de la grande propriété Howlett. Naturel alors qu'ils deviennent amis. Mais les balades et les rêveries ne durent qu'un temps et les enfants grandissent. Entre le fragile James et un Logan plus violent que jamais commence alors une lutte pour la conquête d'un cœur.
Lors d'une terrible soirée, un drame se noue. Accusés de meurtre, James et Rose se retrouvent seuls sur les routes, sans argent, sans but. De la richesse du château Howlett ils vont passer aux mines du grand Nord. Là, ils vont découvrir un monde terrible où personne ne fait de cadeau, où chaque instant est une lutte pour la survie. Et un jour, leur passé les rattrapera, réclamant, encore et encore, son lot de sang.

Voilà un récit particulièrement réussi et maîtrisé (et réédité à de nombreuses reprises, en Best Of, Deluxe, Marvel Select et Marvel Icons). Le scénario est issu d'un travail commun de Joe Quesada, Bill Jemas et Paul Jenkins (qui signe les dialogues). Les auteurs prennent le temps d'installer des personnages attachants et font monter la tension peu à peu, ils cachent suffisamment bien leur jeu pour nous mettre sur une fausse piste dès le départ, histoire de nous balancer ensuite une révélation, plutôt surprenante, sur le jeune Wolverine. L'on apprend également d'où lui vient son surnom et comment, dès le plus jeune âge, le personnage a baigné dans l'hémoglobine.


Les dessins sont à porter au crédit de Andy Kubert qui fait ici un travail exceptionnel. Il parvient à nous montrer la beauté des paysages ou la douceur des moments d'accalmie tout en suggérant également avec habileté la rudesse des types, souvent louches, venus travailler dans les carrières du Nord canadien. Les scènes où Logan se laisse aller à con côté bestial, au plus profond de la forêt et en compagnie d'une meute de loups, rivalisent de sauvagerie brute et de poésie. Bref, c'est beau et le style de Kubert convient tout à fait à cette époque lointaine. Signalons également la colorisation de Richard Isanove qui nous en met plein les yeux avec des peintures numériques du plus bel effet (que l'on avait déjà pu admirer sur la série 1602).

Dans l'édition Deluxe, la seconde partie était consacrée à Origins and Endings, un arc publié dans les Wolverine #36 à #40 (correspondant aux numéros #150 à #153 de la revue française du griffu). Le scénario est écrit par Daniel Way, les dessins sont de Javier Saltares et Mark Texeira. L'action se situe après House of M et avant Civil War. Logan, qui a retrouvé ses souvenirs, se met sur la piste de gens capables de lui en dire plus sur certains évènements de son passé pour le moins mouvementé. Il y a là aussi une grosse révélation (à propos de Bucky, encore Soldat de l'Hiver à l'époque) mais tout de même plus de questions que de réponses, un peu normal étant donné que cet arc n'est pas conçu comme une histoire complète mais n'est qu'une partie de la continuité liée à la série mensuelle. Il est d'ailleurs fait référence à des évènements et personnages (comme le Dr Cornelius du projet Arme X) qui plongeront certainement les nouveaux lecteurs dans la perplexité.
La version Icons proposait, elle, la mini-série Wolverine : The End, écrite par Paul Jenkins.

Une excellente histoire, soutenue par une intrigue haletante et des dessins au charme certain.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Les origines de Wolvie !
  • Des coups de théâtre fort bien amenés.
  • Le charme des planches de Kubert.
  • Des personnages crédibles et fouillés.

  • De nombreuses éditions, proposant des récits complémentaires plus ou moins bien choisis.
Rex Mundi
Par

Sorcellerie, intrigues politiques et meurtres, le tout dans une uchronie prenant place dans l'Europe des années 30, voilà le menu alléchant de Rex Mundi.

Lorsque le père Marin se fait dérober un document secret dont il avait la charge, il s'adresse tout naturellement à son ami, le docteur Julien Saunière. Ce dernier mène l'enquête et va vite découvrir que l'affaire dépasse largement le cadre d'un simple vol.
Saunière remonte une piste dangereuse sur laquelle les cadavres ne tardent pas à s'amonceler. C'est d'abord une prostituée qui se fait éliminer dans ce qui semble être une sorte de rituel, puis le père Marin disparaît à son tour dans un étrange accident. L'Inquisition et les plus hautes autorités de l'état s'intéressent de près à ces évènements. Saunière dérange. Involontairement, il contrarie des personnes déterminées, puissantes et dangereuses.
Pendant que le jeune médecin se démène pour découvrir la vérité sur les récents assassinats, la situation internationale se dégrade. Les relations avec l'empire de Prusse sont déjà tendues mais c'est surtout la guerre avec l'empire Ottoman et l'émirat de Cordoue qui menace. En effet, le Duc de Lorraine, contre l'avis du roi lui-même, harangue régulièrement la Chambre des Épées et incite ses membres à épouser sa cause : coloniser la Terre Sainte afin d'endiguer la menace islamique, faire main basse sur les ressources naturelles de Palestine et du Sinaï, et redonner à la France sa place de puissance majeure.
Pour le docteur Saunière comme pour le monde, le pire est à venir...

Voilà une série fascinante dont l'intrigue se déroule dans un univers à la fois fouillé et original.
Le récit est mené de main de maître par un Arvid Nelson très inspiré. Bien évidemment il s'agit d'un polar, mais le contexte et sa richesse en font une œuvre résolument à part. Il n'est d'ailleurs pas inutile de se pencher un peu sur ce passé réinventé. Dans cette Europe des années 30, la magie existe et des Guildes régissent les différents corps de métier. Des tensions internationales, que ce soit au sein du Saint Empire Romain ou aux frontières d'une Europe menacée par les nations islamiques, rendent l'avenir incertain. En France, le roi Louis XXII doit composer avec une Inquisition omniprésente qui semble défier de plus en plus son autorité. Aristocrates et haut dignitaires de l'Église intriguent pour prendre le pouvoir et, ce faisant, fragilisent une monarchie constitutionnelle enserrée dans un ordre moral et un obscurantisme étouffants.


Sociétés secrètes, Templiers, intrigues géopolitiques, éléments ésotériques, quête du Graal, institutions diverses, l'univers s'avère foisonnant et cohérent. C'est d'ailleurs clairement ce cadre général ambitieux qui est le centre d'intérêt de la série. Le personnage principal, un peu passe-partout (non, pas le nain !), n'étant qu'un prétexte pour pénétrer dans les méandres de cette société française habilement revisitée.

L'une des astuces employées par l'auteur pour mettre sur pied cet énorme background consiste à placer régulièrement, en fin de chapitre, une ou deux pages d'un journal d'époque qui permet ainsi de renseigner le lecteur sur les institutions et la culture de cette Europe alternative.
Les informations ne se limitent pas au vieux continent puisque l'on apprendra, par le biais de quelques articles, que l'Amérique du Nord est scindée en deux et partagée entre États Confédérés d'Amérique et République Fédérale Américaine. Là encore, le côté très documenté de ces petites présentations facilite l'immersion et permet d'approfondir certains sujets (comme l'organisation de l'Église ou le fonctionnement de l'assemblée nationale).
L'auteur utilise même quelques faits divers parodiques. L'on retrouvera par exemple, dans la rubrique "mondanités", les frasques d'une certaine Paris Huguet-Renoir, riche héritière d'un empire hôtelier, ou encore le mariage rapide - et aussi vite annulé - de la jeune chanteuse Brittany Feuillère avec l'un de ses amis d'enfance. Toute ressemblance avec certaines pintades médiatiques n'est peut-être pas si fortuite que ça.

Visuellement, l'on reste dans une ambiance graphique sombre et inquiétante, avec des ruelles et cimetières plongés dans la pénombre et la brume. Plutôt un joli travail d'Eric Johnson. Il y a bien quelques petits soucis parfois de proportions ou de perspective, mais rien de rédhibitoire. Par la suite, il sera rejoint sur la série par Jim Di Bartolo et Juan Ferreyra. C'est surtout ce dernier artiste qui s'écartera de l'atmosphère originelle, avec des visages notamment bien plus lisses qui perdront nettement en caractère.
Ceci dit, rien de catastrophique non plus.

Le Livre Un de ce titre avait déjà été publié voici quelques années par Semic. Milady a repris la série de son point de départ en 2010, en l'enrichissant de nombreux bonus. Notons qu'il existe aussi une édition Omnibus en VO.
En ce qui concerne les bonus de la VF, l'on trouvera, entre autres, une introduction de Joshua Dysart, un petit mot du scénariste, une carte représentant l'Europe politique de cette époque imaginaire, une galerie d'illustrations ou encore un épisode supplémentaire (de 38 planches tout de même) qui fait office de numéro #0 et avait été utilisé à l'époque en tant que webcomic gratuit afin de promouvoir la série principale.

Un univers passionnant et cohérent dans lequel l'on plonge avec un plaisir non dissimulé.
Vivement conseillé.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un univers cohérent, d'une richesse rare.
  • Le côté géopolitique, très bien développé.
  • Le mélange entre enquête classique et ésotérisme.
  • Les suppléments, notamment les cartes, très utiles, mais aussi les articles de journaux, permettant de renforcer la crédibilité de ce monde alternatif.

  • Quelques planches parfois perfectibles au niveau du dessin.
Édition : repérer les arnaques
Par

Entre fantasme et réalité, il y a parfois une grosse différence, même en ce qui concerne les livres.


Être publié est parfois un fantasme pour certains auteurs qui, fébriles, tombent alors dans les pièges grossiers de certains truands. Nous allons aujourd’hui vous donner quelques éléments, basiques, pour éviter de vous faire avoir.

Je suis stupéfait du nombre de gens qui continuent, régulièrement, de me soumettre des sites douteux en me demandant s’il s’agit d’un éditeur « sérieux ». Et je ne parle que de mes contacts, plus ou moins proches. Il m’a donc semblé utile de rappeler certaines évidences pour que le plus grand nombre en profite.
Attention, il s’agit de généralités. Cela veut dire qu’il peut y avoir des exceptions. Une maison d’édition dont les pratiques correspondent à l’une de ces généralités n’est pas forcément « douteuse ». Par contre, si l’éditeur à qui vous envisagez de confier votre manuscrit cumule plusieurs de ces généralités, alors il convient de se méfier.

Voici donc quelques points qui doivent vous alerter.

1. L’éditeur fait de la pub pour que des auteurs lui envoient leurs manuscrits.
Ah. Très douteux comme attitude. Un éditeur, quel qu’il soit, croule littéralement sous les manuscrits. Au point que certains ferment parfois leur comité de lecture pour un temps. Certains peuvent signaler que ce même comité est de nouveau ouvert, mais aucun éditeur sérieux ne diffuse des publicités ou messages pour réclamer des manuscrits.

2. L’éditeur accepte tout type de manuscrit.
Encore plus louche. En général, un éditeur a une ligne éditoriale précise, et même les plus généralistes ne recherchent pas ce qui ne se vend traditionnellement pas (la poésie, les nouvelles, les essais…).
Si un éditeur accepte « tout », surtout s’il le précise, c’est un signal d’alarme important.

3. L’éditeur se vante de son « travail ».
Alors, quand vous voyez qu’un éditeur vous dit que ses livres sont disponibles partout, dites-vous bien qu’il énonce là une évidence. C’est normal qu’un livre soit disponible partout lorsqu’il est édité. Pas forcément physiquement partout, mais il doit pouvoir être commandé par n’importe quel libraire (en France mais également dans d’autres pays, suivant le distributeur).

4. L’éditeur se vante du nombre d’auteurs publiés.
Vous avez déjà vu un éditeur connu se vanter qu’il a publié 18756 auteurs ? Bah non. Parce que le nombre, on s’en cogne. Les éditeurs communiquent sur les (grosses) ventes, pas sur le nombre d'auteurs publiés.
Un éditeur sérieux mettra toujours en avant un auteur renommé ou un best-seller plutôt qu’un nombre global d’auteurs. Parce que son but, sauf à avoir un intérêt économique au nombre (en demandant de l’argent aux auteurs), n’est pas d’accumuler les titres invendables.

5. L’éditeur annonce des délais de réponse anormalement courts.
Une réponse « rapide » d’un éditeur se compte en mois en général (deux ou trois mois, c’est rapide), mais il arrive de recevoir des réponses un an et demi après l’envoi du manuscrit (là, j'avoue, c'est quand même long). L’éditeur n’a aucun intérêt à vous donner un délai (il ne vous doit rien), il peut parfois vous assurer d’une réponse, mais annoncer qu’il rendra sa décision en deux ou trois semaines, ça n’a pas d’autre intérêt que d’attirer les auteurs pressés (de se faire pigeonner).

6. Tout se passe par mail.
Si votre éditeur ne vous rencontre pas ou ne vous téléphone même pas… ben, ça pue du cul.
Normal, est-ce que ça vous est déjà arrivé de bosser quelque part sans jamais auparavant parler à qui que ce soit ? Même au MacDo, vous discutez avec un responsable avant de confectionner des burgers. Là, c’est pareil. C’est même fichtrement plus important : vous cédez vos droits sur une œuvre.

7. Vous ne savez rien de ce qu'il va advenir de votre ouvrage.
De la même manière, si l’éditeur n’évoque jamais le tirage, un possible (et même très conseillé) à-valoir, bref, si vous ne savez rien de ce qui va se passer, c’est mal barré.

8. L'éditeur n'effectue aucun travail en amont.
Enfin, si votre éditeur publie votre manuscrit tel quel, sans même discuter avec vous de certains éléments techniques, certaines scènes, certains choix, alors là, ça devient vraiment critique.
Tenter d’améliorer, avec l’auteur, le document technique que vous lui avez soumis pour en faire un véritable livre fait partie du travail de base de l’éditeur (et, oui, certains éditeurs professionnels reconnus s’en dispensent pourtant parfois dans certains cas, mais c’est un autre problème).

9. L'éditeur trouve toujours votre situation idéale.
J’ai vu un jour un auteur se vanter sur son blog qu’il ne lisait pas. Et apparemment, son éditrice lui aurait dit que c’était une bonne chose. Je ne sais pas si c’est vrai (j’ai oublié les noms des deux protagonistes), mais si c’est le cas, ce sont les deux plus gros blaireaux que j’ai pu rencontrer dans le monde de l’édition (qui en compte pourtant un nombre significatif).
Pour apprendre à écrire, il faut lire beaucoup et écrire régulièrement.
C’est tout.
C’est ça le secret.
Il n’y a pas de talent, d’inspiration, de je-ne-sais-quoi, c’est du travail. C’est pas sexy, forcément, mais c’est la seule manière d’y arriver.
Il n’existe pas un ouvrage permettant de jouer de la guitare comme Mark Knopfler en trois jours ou trois semaines. Pour jouer comme lui, faut bosser comme lui. Longtemps. Toute une vie.
L'écriture, c'est pareil. Si un éditeur vous dit le contraire et vous conforte dans vos tares ou votre fainéantise, forcément, ce n'est pas pour votre bien.

10. L'éditeur vous demande du pognon.
Terminons par un élément crucial, sans doute le plus important : un éditeur ne vous demandera jamais d’argent pour publier votre travail. Une publication à compte d’éditeur est basée sur la confiance qu’a votre éditeur en vos écrits. Une publication à compte d’auteur est absurde, puisque le but de « l’éditeur » est alors de publier un maximum d’auteurs, et non de filtrer ce qui lui parait intéressant. Si vraiment vous souhaitez voir votre nom sur un livre, sans vous soucier de sa diffusion, mieux vaut alors opter pour l’auto-édition (ce qui ne fera pas de vous un écrivain professionnel [1] et vous demandera un investissement, en temps et en argent, conséquent).


Avec ces quelques points, vous pouvez déjà faire un tri basique. Bien entendu, la décision finale vous appartient. Personnellement, je considère qu'un auteur n'a pas à payer pour être publié (c'est l'inverse, on le rétribue pour son travail), mais si vraiment vous tenez à écrire vos mémoires pour les distribuer à vos proches, alors pourquoi pas. J'évoque ici des points censés alerter un écrivain qui a une démarche professionnelle traditionnelle, ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe pas des cas particuliers qui ne rentrent pas forcément dans cette grille de lecture. C'est à chacun de définir ses objectifs et ce qu'il est prêt ou non à accepter.
De la même manière, attention à ne pas nourrir de dangereux fantasmes sur vos possibles ventes. Les livres se vendent peu (cf. cet article). N'allez pas lâcher votre job parce que vous venez de signer un contrat, même chez un grand éditeur.
En ce qui concerne les maisons d'édition et la manière de s'adresser à elles, si vraiment vous n'avez pas envie de faire les recherches vous-même, il existe le Guide des Éditeurs de l'Imaginaire (ou Grimoire Galactique des Grenouilles), une publication associative qui regroupe des informations pratiques (ligne éditoriale, taille du manuscrit, conditions d'envoi...) sur de très nombreux éditeurs SFFF (science-fiction, fantasy et fantastique). Vous trouverez également quelques conseils pratiques sensés et même une description de tout le processus éditorial. La dernière édition date de 2015. [2]
Enfin, cet article sur les droits de l'auteur, écrit en collaboration avec un avocat spécialisé, peut vous aider également à éclaircir certains aspects légaux.
Et n'oubliez pas de faire preuve de bon sens, ne sautez pas sur n'importe quelle proposition, mieux vaut patienter des mois, voire des années, que de s'engager avec un margoulin ou de balancer ses principes à la poubelle en échange de la courte satisfaction de voir son nom sur un machin imprimé qui ne sera disponible nulle part.

Attention, quand on vous fonce dessus, c'est rarement pour votre bien.


[1] Un écrivain professionnel est un auteur qui a été publié au moins une fois par une maison d'édition, à compte d'éditeur. 
Cela n'augure en rien de la qualité des écrits (il existe des auteurs professionnels très mauvais, et sans doute de nombreux amateurs très bons). Il s'agit juste d'une distinction pragmatique, pratiquée par de nombreux acteurs du milieu éditorial : les concours réservés aux amateurs excluent les auteurs ayant déjà été publiés à compte d'éditeur, la Société des Gens de Lettres demande à ses membres d'avoir été publiés au moins une fois à compte d'éditeur, les bourses accordées aux écrivains, comme celle du Centre National du Livre, ne sont accordées qu'aux auteurs ayant au moins un ouvrage ayant déjà été publié à compte d'éditeur et distribué dans le réseau des librairies (et même avec un certain plancher au niveau du tirage), etc.
[2] UMAC et son staff n'ont aucun rapport, de près ou de loin, avec cette publication. Il s'agit d'un ouvrage que j'ai acheté et lu en 2012 et qui m'a paru rigoureux et pertinent.

UMAC's Digest #49
Par
Les sélections UMAC dans l'actu de la pop culture




 -- CHAT FLIPPANT --

Une nouvelle adaptation ciné du roman Pet Sematary, de Stephen King, est prévue pour l'année prochaine. Rappelons qu'il s'agit de l'un des récits les plus noirs et émouvants de l'écrivain, et qu'il avait déjà été porté à l'écran de manière franchement ratée en 1989 (avec l'aide de King d'ailleurs, mais depuis son Maximum Overdrive, on s'est bien rendu compte que le cinéma, ce n'est pas trop son truc).
Espérons que cette fois les réalisateurs, Kevin Kölsch et Dennis Widmyer, parviennent à retranscrire la force émotionnelle qui se dégage de ce roman, troublant et profond. Le trailer a l'air en tout cas angoissant à souhait.
On vous redonne vite fait le pitch tout de même : Le docteur Louis Creed et sa famille quittent la ville et ses nuisances pour s'installer dans un petit patelin du Maine. Malheureusement, leur nouveau foyer est situé non loin d'une route dangereuse sur laquelle le chat de la famille connaît un destin funèbre. Mais grâce à une histoire un peu folle que lui a racontée son nouveau voisin, Louis a peut-être trouvé le moyen d'épargner à ses enfants la peine causée par la perte de leur animal de compagnie. En effet, il existe non loin de la propriété un petit cimetière pour animaux dont on dit qu'il a des effets... magiques. Pour le docteur Creed, c'est le début d'un engrenage fatal...
#dangereusebaladenocturne




 -- UP THE IRONS ! --

Sortie ce mois du TPB regroupant les 5 premiers épisodes du comic Legacy of the Beast, mettant en scène Eddie, la fameuse mascotte d'Iron Maiden (cf. notre dossier consacré à l'aspect graphique et textuel du groupe).
Bien qu'une BD très "artisanale" soit déjà sortie sur le concept-album Seventh Son of a Seventh Son, il s'agit là du premier comic officiel basé sur l'univers du groupe (et plus précisément l'univers du jeu pour mobiles éponyme, cf. le Digest #16).
Il s'agit d'un trip horrifique et métaphysique, écrit par Llexi Leon & Ian Edginton, et dessiné par Kevin West. L'occasion de retrouver Eddie dans ses diverses incarnations, notamment par exemple dans l'univers égyptien de Powerslave. Plutôt sympa même si c'est clairement bien bourrin et que la colorisation n'est franchement pas toujours très habile. Certaines covers sont par contre sublimes.
#MetalsurPapier




 -- THRILLER ACIDULÉ --

L'ombre d'Emily, actuellement en salle, est un film de Paul Feig jouant sur un mélange des genres, entre suspense paranoïaque et glamour acide.
Dans une banlieue américaine très proprette, l'on découvre la fascinante Emily Nelson, superbe femme, riche, intelligente et décomplexée. Son amie Stephanie, mère de famille plutôt fadasse et vlogueuse à ses heures, lui rend service en allant chercher son moutard à l'école. Problème, lorsque Stephanie revient, Emily a disparu. Commence alors une enquête improvisée qui va conduire Stephanie dans le monde sombre et plein de secrets de cette meilleure amie qu'elle ne connaissait finalement pas tant que ça.
Adapté du roman A Simple Favor (Disparue en VF) de Darcey Bell, ce long-métrage à l'esthétique soignée bouscule les codes du thriller et bénéficie du charme de la sublime Blake Lively. Rebondissements en série et BO très frenchy.
#tordu&joli




 -- PARTIE DE CHASSE --

Quatrième opus d'une franchise culte, The Predator est dans les salles depuis le 17 octobre dernier. Assez mal mis en scène par Shane Black à qui on doit Iron Man 3 (qui n'était déjà pas terrible), The Predator ne fait pas dans la dentelle et est clairement un nanar. Difficile de savoir s'il est assumé par contre…
Le casting est majoritairement insipide et très cliché, l'histoire assez prévisible, les effets spéciaux moyens (pour les images de synthèse tout du moins) et l'humour très très lourd omniprésent. Reste quand même de sacrées séquences hyper brutales et gore, particulièrement efficaces, voire jouissives. Le spectacle est assuré au moins pour ça. Car, et c'est là le plus triste, le film se contente surtout de proposer un nouveau "super Predator" (sic), plus grand, plus dangereux, plus ridicule… Une équipe de bras cassés essaie donc de le tuer, accompagnée notamment par un "chien Predator".
Dommage de ne pas avoir exploré davantage l'univers assez mystérieux de ces créatures extraterrestres aimant chasser des humains (ou des aliens) et d'avoir préféré cette solution de facilité.
#suitepoussive




 -- SPIDEY SUR PLAY --

Le jeu vidéo Spider-Man est sorti il y a plusieurs semaines sur PlayStation 4 uniquement. On a attendu de le terminer à 100% avant d'en parler. N'y allons pas par quatre chemins : c'est un régal aussi bien pour les fans du personnage que pour les gamers !
Puisant fidèlement dans les matériaux d'origine (les comics donc) pour enrichir une histoire de prime abord simpliste (Spidey contre Fisk puis Mr Negative), le jeu s'avère incroyablement jouissif. Outre ses qualités techniques exceptionnelles (les graphismes sont d'une beauté sans nom, la prise en main et la jouabilité sont aisées, la musique et le doublage sont très soignés…), on apprécie évidemment de virevolter dans New York au gré du vent (et, surtout, des lance-toiles) mais aussi de suivre un Peter Parker dans sa vie personnelle un brin chaotique.
Ainsi, le jeu propose d'incarner Mary Jane ou… Miles Morales ! Exigeant dès le début, Spider-Man se découpe en trois actes linéaires (la fameuse quête principale) qui voit la plupart des ennemis du Tisseur se mettre sur sa route, et un paquet de missions annexes (les quêtes secondaires) dans un monde ouvert qu'il faudra "nettoyer" des malfrats.
Une cinquantaine d'heures sont à prévoir pour boucler le jeu, mais il est possible de passer bien plus de temps pour le simple plaisir d'incarner Peter/Spidey, qui est doté de nombreux costumes et gadgets. Impossible de ne pas penser à la série de jeux sur l'homme chauve-souris : Arkham (surtout Arkham Knight) tant les ressemblances sont parfois frappantes, mais difficile de reprocher cela à ce Spider-Man, à mettre entre les mains de tous les fans.
Vivement la suite !
#fun



Réflexion sur un droit fondamental
Par

J'aimerais revenir aujourd'hui sur une anecdote, somme toute banale, mais dont je vais me servir pour élargir un peu mon propos à la nécessaire (et encore réelle) liberté des auteurs.

Il y a quelques semaines, j'ai posté sur la page facebook UMAC une image tirée de The Gutter, la BD dont Sergio Yolfa et moi-même sommes les auteurs. C'était une simple "pub", basée sur l'illustration de quatrième de couverture, montrant divers personnages.
La voici.



Alors, suite à ça, nous avons eu plutôt des réactions positives. Quelques dizaines de likes, et, sur plus de 3500 personnes ayant vu apparaître ce dessin, une seule réaction à la fois hostile et idiote. Mais une réaction si représentative de certaines dérives qu'il est intéressant de la commenter (ce que je n'ai pas pu faire en direct, l'individu ayant été banni aussitôt, ce qui est très bien, c'est une règle que j'ai instaurée moi-même : "si pas d'arguments valides, ça gicle !", mais du coup, je ne suis pas toujours au courant de tout en temps réel).

L'internaute laisse à l'époque (courant juillet) ce message : "Dommage qu'il faille que la seule femme de l'illustration soit nue..."
C'est court comme message, mais ça contient un max de conneries.
On va détailler ça.

1. Ce n'est pas la seule femme.
2. Elle n'est pas nue.
On peut déjà faire une pause à ce stade. Le but implicite du post de cet internaute, c'est bien entendu de faire passer l'idée que ce dessin est misogyne. Pour cela, il se base sur des sophismes et des inventions. Les deux affirmations sont fausses. Il y a une autre femme sur ce dessin, et Wonder Woman n'est pas nue.

3. Wonder Woman n'est pas la seule dans cette tenue.
Spider-Man et Hulk ne sont pas plus habillés qu'elle. Il n'y a donc aucune raison de supposer que sa tenue est basée sur son sexe.

4. La tenue légère est justifiée par un contexte explicite.
Le fait que certains personnages soient légèrement déshabillés (et non nus) se justifie par le fait qu'ils jouent au strip poker, ce qui est immédiatement décelable. Là encore, contrairement à ce qui est avancé, le fait que Wonder Woman soit légèrement vêtue ne vient pas du fait qu'elle serait la seule femme parmi un groupe d'hommes, mais juste du fait qu'elle perd à un jeu, tout comme Peter Parker, à côté d'elle.

5. Une partie d'un travail est implicitement mis en cause pour des raisons qui n'ont rien à voir avec son propos véritable.
Tout le propos de The Gutter, bande dessinée parodique ayant un certain recul sur les pratiques constatées chez les grands éditeurs de comics, vise justement à se moquer (gentiment, et sans leçons de morale) de certains "tics", comme la résurrection systématique des héros ou, justement, les tenues très sexy des héroïnes.
Si l'auteur du commentaire s'était intéressé ne serait-ce que deux minutes à ce qu'il commentait, il aurait suivi le lien accompagnant l'image et aurait pu découvrir les planches (présentes ici) de l'épisode Pretty Women, qui évoque, avec une certaine bienveillance, la propension des éditeurs de comics à représenter leurs héroïnes comme des nanas très bien gaulées dans des tenues moulantes.
D'ailleurs, à l'époque, la coloriste de The Gutter, qui avait posté sur l'un de ses réseaux sociaux son travail (que l'on peut voir sur les planches évoquées ci-dessus, rien à voir avec l'illustration de quatrième de couverture), sans le texte de la BD, avait obtenu quelques commentaires acerbes, du genre "ça te dérange pas ces nanas avec des gros nibards ?", etc.
Et oui, quand on ne prend pas la peine de s'intéresser à ce que l'on condamne, on a de grandes chances de dire des conneries. C'est cependant un biais très connu : les gens ne prennent pas la peine de vérifier ce qu'ils pensent reconnaître comme allant dans le sens de leurs idées préconçues.

6. Malgré tout, si l'internaute avait eu raison, il est important que les auteurs ne soient pas soumis à ce genre de pression liberticide.
Même si tout était vrai... imaginons que Wonder Woman soit la seule femme, qu'elle soit réellement nue, qu'elle soit nue uniquement parce que c'est une femme, qu'elle soit la seule dans ce cas, que rien dans le reste de la BD ne justifie cette situation... et après ?
Cela permettrait, à un parfait inconnu, de venir condamner des auteurs juste parce qu'il n'apprécie pas leur travail et qu'il ne rentre pas dans le carcan de ses critères subjectifs personnels ?
Ben non, tout cela ne semble pas être une bonne raison, lorsque l'on est auteur, pour reculer et frissonner. C'est même une raison suffisante pour résister et distribuer des baffes.
N'oublions pas non plus que tous ces brillants "humanistes" du net ne défendent jamais réellement quelqu'un (ici, il s'agit du dessin d'un personnage imaginaire), ils essaient simplement de contrôler ce que vous faites, ce que vous dites et même ce que vous pensez. Leur but n'est pas la justice mais le contrôle. Et si vous ne rentrez pas dans le rang, la tactique de tout extrémiste, puisqu'il ne peut l'emporter sur le terrain des faits, sera de nier votre existence, votre droit à la parole (en vous accusant de tout et son contraire, suivant les dogmes et modes du moment, si par exemple vous êtes "sexiste", alors, vous n'êtes déjà plus un citoyen comme les autres, mais un "déviant", peu importe que vous soyez réellement misogyne ou pas).

7. Je précise que cette position anti-censure ou anti-bien-pensant n'est en rien contradictoire avec ma condamnation, sans réserve, de l'ouvrage pédopornographique Petit Paul (cf. cet article).
Pourquoi ? Quelle est la différence ?
Eh bien, elle est tout simplement légale. Il est interdit en France de représenter des enfants dans des scènes pornographiques. Et franchement, j'estime que cela relève plus du bon sens que de la censure, mais même sans faire appel à une morale relativement évidente, l'on comprend que la représentation de Wonder Woman, dans The Gutter, n'a rien d'illégal. Si ça choque certains, ben... tant pis, ou tant mieux, je m'en fiche un peu, mais nous ne violons aucune loi. Ce personnage pourrait bien être entièrement à poil que nous serions toujours dans la légalité.

Passons sur cet exemple particulier et tentons d'élargir maintenant le propos.

Écrire, dans le sens "raconter une histoire à la manière d’un conteur", n’est pas un acte anodin. Ce travail demande des compétences et, même si de nos jours beaucoup d’auteurs et éditeurs amateurs improvisent avec maladresse, nous avons encore en France quelques maisons d’édition sérieuses et quelques plumes habiles.
Écrire est avant tout un travail reposant, comme tout travail, sur des techniques. Je suis souvent revenu sur cet aspect (cf. cet article), parfois négligé ou méconnu. Mais écrire, c’est aussi prendre des risques. Celui de déplaire, d’être jugé, de blesser même peut-être. Cela fait partie du job et en constitue même l’essence.

Un chat nazi, ce n'est pas juste un chat que l'on accuse
d'être nazi, il faut apporter comme preuve des
 éléments spécifiques au nazisme lui étant liés,
 sinon, c'est juste un argument non valide.
Rares sont les auteurs qui plaisent à tout le monde. Même ceux qui essaient en restant fades. Même ceux qui ont un talent certain. Mais plus que simplement ne pas plaire, certains auteurs parviennent, parfois bien malgré eux, à déchaîner des passions et des polémiques.
L’accusation de racisme avancée même à l’occasion de la sortie d'un album d’Astérix est un exemple parfait de l’étendue de la médisance qui peut frapper n’importe quelle œuvre, même la plus innocente (car enfin, si Astérix est raciste, alors toute la production française l’est).

Il convient ici de faire un distinguo important entre le droit à la critique et l’attaque diffamatoire qui vise à nuire aux auteurs ou à tenter de les effrayer. Une œuvre artistique peut se juger, s’analyser, l’on peut s’enthousiasmer ou au contraire dénoncer ce qui nous semble maladroit ou inintéressant, mais s’en prendre à des auteurs en raison de l’idéologie du moment est indigne. 
Indigne et dangereux.

Peu importe la raison pour laquelle l’on condamne et gesticule, la traque de ceux qui ne pensent pas dans la norme ou s'affranchissent du carcan du moment conduit à une vision totalitaire et sclérosée de l’écriture.
Toutes les dérives extrémistes, qu'elles proviennent d'un régime d’état ou de factions plus marginales, s’en sont toujours pris, dans l’Histoire, partout dans le monde, aux Mots et au Papier. Les nazis brûlaient des livres, les islamistes font perdurer la même pratique (plusieurs milliers de livres sont partis en fumée il n'y a pas si longtemps à Mossoul). Si le livre est aussi maltraité par ceux qui n’acceptent aucune remise en cause de leurs certitudes, c’est parce qu’il demeure l’unique endroit où l’on peut construire un raisonnement argumenté.

Ce n’est en effet pas à la télévision que l’on va pouvoir expliquer une théorie nécessitant plus de deux minutes d’explications. L’on sait bien le culte que voue ce medium au rythme saccadé et à la phrase courte. Internet ne peut guère jouer le rôle de medium alternatif, ne serait-ce que parce que les rares textes valables qui y sont postés sont noyés dans un océan de conneries (et que ce sont ces mêmes conneries qui sont reprises et valorisées par la télévision, medium-roi qui fait et défait les starlettes au gré de ses modes). Et puis, le net est volatil. Ce qui y est écrit se modifie aisément.

Le livre reste à l’opposé une valeur sûre, permettant de prendre le temps de la démonstration et fixant sur le papier une réflexion construite. L’on pourrait croire que seuls les livres considérés comme "sérieux", les pamphlets et autres traités de philosophie, font peur, mais la fiction elle aussi a toujours terrorisé les bien-pensants, les fanatiques et les extrémistes de tout bord.
Parce qu’elle est une forme de liberté totale, fondamentale et enivrante.

Il m'est arrivé, parfois, dans un élan enthousiaste, de dire "qu'écrire c’est insulter". Ce n’est évidemment qu’un raccourci. Il ne s’agit pas de balancer deux gros mots à la face d’un cuistre ou d’un margoulin. Non, cette insulte est plus subtile, plus violente aussi.
Ce que l’auteur véritable insulte en écrivant, ce sont nos habitudes, nos certitudes, notre confort ronronnant, notre passivité, notre renoncement. La fiction peut déranger, elle devrait même toujours déranger quelque chose en nous. Ce n’est pas grave car il s’agit d’une baffe virtuelle, d’un coup de pied au cul qui ne laisse pas de marques sur nos fragiles postérieurs, habitués à se prélasser sur des coussins trop mous.

Mais dans notre société actuelle, où règnent le "buzz" facile, la fausse polémique et le culte de la frilosité, il devient de plus en plus difficile de conserver cette capacité à déranger et activer les neurones engourdis. Surtout lorsque l’on s’en prend aux publications les plus innocentes en leur prêtant des intentions qui ne sont pas les leurs.
Si un accent ou le dessin de simples lèvres peuvent déjà faire lever les boucliers de certains nigauds, qu’en sera-t-il des futures publications, plus engagées, moins fédératrices ?

L’on a reproché à Hergé d’être raciste, accusations qui ont touché aussi Tolkien, Lovecraft, Peyo (les Schtroumpfs Noirs, une métaphore sur la pureté raciale ?? arf…), maintenant les auteurs d’Astérix, même le Kaamelott d'Astier a été jugé par certains "oppressif", demain sans doute portera-t-on les mêmes soupçons stupides sur d’autres plumes, d’autres crayons. Cela pourrait être risible si cela n’installait pas une ambiance malsaine qui pèse forcément sur les auteurs mais aussi les éditeurs, certainement pas à la recherche d’une si absurde publicité.
Cela va si loin qu'un youtubeur populaire et spécialisé en astronomie, domaine qui me passionne, a très récemment imité un accent russe dans l'une de ses vidéos (qui parlait des Soyouz), pour aussitôt dire "oui, c'était raciste", afin de "désamorcer" le truc. Ben non, imiter un accent, ce n'est pas raciste, ça n'implique aucune hiérarchisation entre les races (là, il ne s'agit même pas d'une race en plus), et ça n'implique pas plus un a priori négatif concernant l'imité.

Si l’on traque le "crimepensée" même dans des ouvrages où il est bien difficile de le déceler, qu’adviendra-t-il des romans ou BD qui osent vraiment s’affranchir des codes du soi-disant bon goût et des idées dominantes ?
Attention, il ne s’agit pas de réclamer un chèque en blanc ou une irresponsabilité totale. Si demain un auteur défendait l'idée qu’un Noir est inférieur de par sa naissance à un Blanc, je m’en offusquerais. Parce que je crois sincèrement que l’on est le produit de son environnement et que les gens doivent se juger sur ce qu’ils font, non ce qu’ils sont. Mais, au nom de ce principe noble qui tend à considérer chaque individu sur sa valeur personnelle et non sa couleur ou son origine, je me refuse à hurler avec la meute lorsqu’un Noir est caricaturé dans une BD dont le principe est de caricaturer tous les peuples (Anglais, Corses, etc.).

Ce lent glissement sociétal qui touche tous les domaines culturels, économiques et judiciaires nous conduit, si nous continuons à l’accepter, à un totalitarisme qui n’a rien à envier à ceux que nous avons combattus ou que nous combattons encore. Et parce qu’il avance masqué, se réclamant de valeurs en apparence nobles, il s’avère d’une dangerosité incomparable. En effet, quand un extrémiste vous disait que vous n’aviez pas la bonne religion ou la bonne couleur de peau, il était facile de démonter son raisonnement. Quand un fanatique religieux vous propose de fermer votre gueule parce que c’est lui qui a raison, sous prétexte que c’est marqué dans son guide du routard personnel, là encore, la parade est aisée. Mais lorsqu’un putain de taré vient vous emmerder au nom de la liberté, de la tolérance et de l’antiracisme, comment faire face ? Eh bien c’est tout de même possible.

Tout d’abord, le jeu sur les termes, visant à dédramatiser et cacher l’action véritable, c’est un peu connu. Le ministère de l’Amour, dans 1984, ne s’occupe guère de la chose amoureuse, mais même dans notre réalité, le ministère de la Guerre est devenu celui de la Défense. Parce que la guerre c’est caca, mais se défendre est un droit.
Le glissement sémantique tend à remplacer la réalité par un symbole qui tiendra lieu de forteresse imprenable visant à supprimer l’idée de débat ou la possibilité de remise en cause. Imposer une censure directe à un auteur est compliqué, mais critiquer un auteur au nom de l’antiracisme par exemple revient à sortir une carte "gentil" de sa manche, ce qui permet tous les excès (comme dans l'exemple visant les auteurs d'Astérix).

Les mots, ça coupe. S'ils sont mal aiguisés et maîtrisés,
 ils font encore plus mal et charcutent n'importe qui. 
Il est donc important de bien comprendre le sens des mots et les valeurs qu’ils recouvrent.
La tolérance par exemple n’est pas un absolu. Ça ne veut rien dire, c’est de la novlangue moderne. Tolérer, c’est par définition accepter quelque chose que l’on serait en droit de refuser. Et il est des comportements intolérables. Être tolérant n'est pas une qualité en soi. On peut être tolérant et être un vrai con (en tolérant la violence envers les femmes) et l’on peut avoir des principes rigides et être respectable voire généreux.

En plus de ne pas se laisser abuser par des termes fallacieux, il est urgent et nécessaire d’affirmer une liberté d’auteur tout aussi noble et essentielle que celle de la presse (malgré sa dérive actuelle).
Ce n’est pas parce que les journaleux (la majorité en tout cas, mes excuses aux Résistants) ont depuis longtemps accepté de plier la réalité aux exigences de la pub et de la bien-pensance, en aseptisant les faits, tordant les mots ou cédant au "putaclick", que la fiction doit suivre le même chemin. Car le pire des totalitarismes est certainement celui qui s’insinue dans le Papier pour lui imposer des règles absurdes.

Il m’arrive souvent de lire des romans ou BD de mauvaise qualité. Et même des œuvres pas trop mal foutues au niveau de la forme mais ennuyeuses sur le fond. Il peut m’arriver d’être blessé parfois. D’être énervé. Il m’arrive de ne pas terminer la lecture d’un livre parce que je juge que c’est une perte de temps. Mais il m’arrive aussi d’être émerveillé. D’être tiré vers le haut. D’être étonné, d’apprendre, de douter, de frissonner… d’être heureux même, en lisant.
Et tout cela, ce n’est possible que parce certains maintiennent encore, difficilement, des portes ouvertes alors que des tas de gens, menaçants, hurlent qu’il faut les fermer au nom d’opinions qui ne concernent qu’une minorité et certainement pas les auteurs et éditeurs.
Non, caricaturer un Noir dans Asterix ou ailleurs n’est pas raciste, surtout lorsque l’on caricature cinquante Blancs à côté. Et non, montrer un personnage imaginaire un peu déshabillé, ce n'est en rien misogyne. Ce qui serait raciste, c’est d’admettre qu’un Noir ne sera jamais un "gentil", un héros. Ou qu'une femme ne peut être représentée autrement que faiblement vêtue. Et je ne vois aucun auteur tenir de tels propos. 
Ne laissons pas les accusations puantes et stupides devenir banales. Elles sont le terreau nauséabond qui permet aux pires fanatiques, aux pires censeurs, de croître et de croire que leur futur passage à l’acte est légitime.

Le Papier peut se corner, se déchirer, jaunir même, mais entre les mains de bons auteurs, il ne plie pas facilement. 

Prenons un exemple aisément compréhensible. Si vous êtes enfermé dans une prison, vous n'êtes pas libre. Si vous êtes en dehors de la prison, sans entraves, vous avez l'impression de l'être, même si en réalité, vous subissez des contraintes évidentes (mais intégrées, donc non perçues comme limitatives). Vous ne pouvez pas décider de ne plus manger, d'aller vivre sur la Lune ou même de vous balader entièrement nu. Ces exemples sont volontairement absurdes mais il existe des tas de "petites" contraintes qui font partie de notre culture, des impératifs sociétaux, et qui ne nous semblent pas bien graves mais qui n'en demeurent pas moins limitatives. Laissons là cette approche philosophique audacieuse et revenons à la seule liberté d'expression.
Tout comme pour la liberté physique, la liberté d'expression ne peut exister réellement dans une unique alternative absolue (en prison/totalement libre). L'on peut être totalement muselé, mais la liberté d'expression s'accompagne toujours de limites, qu'elles soient ou non perçues ou pertinentes.
Il s'agit donc plutôt d'une échelle de liberté, dépendant des époques, pays, croyances, etc.
Et tout ce qui est "intégré" ne sera en général jamais remis en cause, car ce n'est tout simplement pas perçu comme une limite.

La liberté de l'artiste, qui n'est donc jamais totale, est d'autant plus limitée qu'il est, en général, le premier censeur de son discours. Il est des sujets que certains auteurs n'aborderont jamais, ou des dessins que ne s'autoriseront pas certains artistes. La limite, même non imposée, est toujours là. Omniprésente, à la fois odieuse et fascinante.
Lorsque l'on crée, lorsque l'on écrit, l'on est amené, à un moment, à définir cette limite. À justifier les bornes qui marquent le début et la fin de notre univers créatif.
Et ces bornes, j'en suis persuadé, sont pour l'essentiel l'affaire de chacun.

Les lois communes se doivent d'éviter les dérives malsaines, bien entendu, mais pour le reste, il me semble inconcevable de demander à un auteur de rester à l'écart de territoires qu'il n'est pas censé fouler.
Le propre de l'artiste, c'est justement, entre autres, d'explorer tous les chemins qui l'inspirent. Quitte à enjamber quelques barrières.
La voilà peut-être cette véritable liberté. Ne pas tenir compte des bornes des autres. Casser les murs, ramper sous les menaces, et, au final, pouvoir atteindre un endroit supposément interdit. Soit parce que l'on aime cet endroit, soit parce qu'il nous fascine par le fait même qu'il soit interdit et dangereux.
Il ne s'agit pas de faire du mal ou d'imposer un point de vue.
Il s'agit de ne pas céder, ou de ne pas céder trop facilement, devant ceux qui nous expliquent, avec un décret, deux arguments bidons ou un flingue, que l'on n'a rien à faire là.

Un artiste a tout à faire là où il dérange. Et là où il se sent utile.

Cette liberté toute relative, il nous appartient de l'entretenir.
Il ne devrait exister aucun idéal, aucun dogme, aucun bunker à l'abri de nos plumes.
Cela n'exclut aucunement l'acceptation de limites, notamment légales. Ces limites existent déjà et sont nécessaires, mais jamais elles ne pourront être prises comme justification pour imposer un contrôle sur ce qui ne rentre pas dans le cadre de la loi.
Car la liberté, ce n'est pas tout et n'importe quoi, c'est ce que nous jugeons honnête et indispensable. Ce n'est pas ce qui est facile et encouragé, c'est ce qui demande un peu d'effort et laisse parfois des écorchures.

La liberté, ce n'est pas faire avec une limite implicite imposée, surtout par la menace, c'est notre capacité à aller au-delà des barbelés.
S'arrêter avant, c'est déjà être en prison.

Parmi ces criminels s'est caché un effroyable auteur coupable de crimepensée.
Sauras-tu le reconnaître pour le dénoncer au NKVD ou au FBI ?