Seinfeld : la sitcom qui domine le game même 20 ans après
Par


Nous vous avions déjà parlé de cette sitcom de manière succincte lors d’une sélection, totalement subjective, de séries cultes. Mais Seinfeld mérite bien d’avoir une chronique dédiée tant la série est, encore aujourd’hui, unique et incroyablement efficace.

Les 178 épisodes vont être diffusés entre 1989 et 1998 sur NBC. En France, il faudra attendre 1993 pour une diffusion, confidentielle, sur Canal+. De nos jours encore, la série est dramatiquement méconnue dans nos contrées malgré sa qualité. Et lorsqu’elle est diffusée sur un canal anonyme dans les profondeurs d’une box, c’est souvent en… français uniquement. Et ça, c’est inacceptable.
Parce qu’il faut absolument voir cette série en VO. Tant pis si vous ne maîtrisez pas bien l’anglais et que vous n’aimez pas les sous-titres, c’est indispensable. D’une part parce que la VF est dégueulasse. Mais vraiment dégueulasse. Ensuite parce que la simple intonation des voix en VO est un plus énorme qui fait que l’on ne regarde plus tout à fait la même chose.

Au niveau du pitch, c’est très simple, c’est une série sur rien. Comme l’explique Jerry Seinfeld, d’une façon un peu provocatrice (mais pas totalement fausse) : « a show about nothing ».
En réalité, il s’agit de la vie de Jerry Seinfeld, humoriste de stand-up très connu aux États-Unis, accompagné de son meilleur ami George, de son ex, Elaine et de son voisin, Kramer.
Un épisode peut être centré sur le fait d’attendre une table dans un restaurant ou sur la rareté d’une place de parking libre dans New York par exemple. C’est ce qui fait dire aux auteurs (Seinfeld et Larry David) que la série ne porte sur « rien » alors qu’elle aborde tout.

L’élément essentiel qui contribue au ton particulier de la série, c’est qu’elle ne respecte pas du tout les codes politiquement corrects de la sitcom classique. Peut-être ne l’avez-vous pas remarqué, mais dans la plupart des sitcoms, il y a une morale et des moments « émouvants ». Elles n’ont pas pour seul but de faire rire mais aussi de démontrer quelque chose. Et ce, quelle que soit la qualité de la sitcom. Dans Friends par exemple, il y a des passages obligés où les personnages sont blessés, souffrent, se disputent, puis font un pas en avant et se réconcilient. La morale est toujours sauve. La situation conflictuelle toujours résolue positivement. Dans Larry & Balki (Perfect Strangers), de la même manière Larry va apprendre très souvent de Balki (ou plus rarement, inversement). L’un des personnages nourrit l’autre et le fait grandir. Et il y a aussi cet aspect dans Alf. Ou les Simpson. Il y a toujours un moment où un dilemme sérieux (dont on a ri) est résolu par une morale acceptable socialement.
On rigole mais on respecte les conventions.


Dans Seinfeld, ce rapport à la morale n’existe pas. Ce qui en fait une série plus acide, plus réaliste et… bien plus drôle.
Attention, il ne faut pas en déduire que les personnages n’ont pas de limites. Ils ne vont pas jusqu’à tuer des gens par exemple. Enfin… non, bref, disons qu’ils ne vont pas jusque-là pour simplifier. Mais ils n’ont pas ce « recul » bienséant qui caractérise habituellement les personnages. Ils ne « grandissent » pas, surfent sur leurs défauts, n’apprennent jamais, sont égoïstes, pleutres, manipulateurs. Bien que jamais méchants volontairement, ils ne tirent pas de leçons de ce qu'ils vivent. Ce qui est une rupture énorme dans la manière classique de raconter des histoires.

Jerry Seinfeld est le pivot central, le personnage le plus lisse bien qu’il ne soit pas exempt de défauts, ses blagues « innocentes » peuvent d’ailleurs avoir un effet désastreux (cf. le cas des enfants qui aiment les poneys). Il peut se montrer lâche, condescendant, content de lui, et pourtant, il fait office de personnage raisonnable et mature si on le compare à son entourage.
George Costanza est pour beaucoup le personnage le plus attachant de la série. À moitié chauve, courtaud, complexé, instable et totalement immature, il est celui qui se retrouve dans les situations les plus improbables (son test de QI ou le message chanté sur son répondeur restent des moments cultes pour les fans). Il est celui que l’on aimerait voir gagner mais qui échoue systématiquement. Il est cependant loin d’être idiot, c’est aussi cela qui en fait un personnage en dehors des normes, car son intelligence et sa culture ne l’aident en rien (du coup… pas de morale).
Elaine Benes, seul personnage féminin important dans la série, est plus anecdotique. C’est un peu une Seinfeld bis dans le sens où elle a ses défauts et qualités. Elle est dans la norme, n’a pas de peine à séduire, mais échoue à construire sur le long terme, souvent parce que ses exigences, comme celles de Jerry, sont basées sur des détails et une recherche de la perfection qui confine à la sociopathie. Elle se montre également superficielle à de nombreuses occasions, surtout dans ses relations amoureuses, et confirme ainsi le caractère révolutionnaire de la sitcom, osant présenter un personnage féminin comme dévoré par les mêmes démons que les protagonistes masculins (ce qui est très, très rare).
Enfin, Cosmo Kramer est un personnage lunaire, à part, qui sera même décrit, pour son manque de tact, comme « une plante et non un être humain ». Il peut néanmoins faire preuve d’empathie, mais sa maladresse chronique en fait une calamité ambulante. C’est le plus « visuel » des personnages en cela qu’il montre son inadaptation à la société en se frottant physiquement à ses symboles (ouvrir une porte, conduire un véhicule ou porter un paquet est une épreuve épique pour lui).


La thématique est très difficile à définir puisque le point de départ de la série est de toucher à tout, donc à rien de spécifique [1]. L’on peut tout de même classer les sujets en deux catégories : les sujets structurants, qui vont soutenir tout un épisode, et les sujets anecdotiques, qui vont enrichir une conversation ou une scène unique.
Dans le cas des sujets anecdotiques, l’on peut par exemple avoir un débat (très sérieux) sur le fait que Superman ait ou non un super-sens de l’humour. En ce qui concerne les sujets structurants, cela peut être le fait de prendre une limousine qui ne vous était pas destinée, ou le choix du prénom d’un enfant. Oui, il y a de quoi faire des histoires avec ça. Et de bonnes histoires (cf. cet article).
En dehors de cela, la série regorge de moments épiques, où il faut par exemple absolument remplacer la cassette (on est dans les années 90, OK ?) d’un répondeur. Ou rendre un stylo. Si les running gags sont nombreux (les bretzels, l’architecte…), les références externes à la série sont parfois également mythiques, comme la reconstitution d’une sortie de stade où quelqu’un a craché sur les protagonistes des années auparavant, qui parodie la reconstitution du parcours de la « balle magique » dans le procès final du JFK d’Oliver Stone. Incompréhensible si l’on n’a pas vu le film mais magistral si on a la scène en tête.

La série, en plus de quelques récompenses (dont l’Emmy Awards et le Golden Globe de la meilleure série comique), a fait un carton d’audience sur NBC et a été régulièrement citée parmi les séries exceptionnelles : en 2002, TV Guide lui attribue le titre de meilleure série de tous les temps. Depuis, elle atteint régulièrement le podium de tous les classements (tapez sur Google « best sitcom ever », vous la verrez toujours parmi les premiers). En 2016… la série, soit près de 20 ans après sa fin, est encore classée en cinquième position dans le top 100 du magazine Rolling Stone (qui regroupe des séries et aussi des émissions), juste après Breaking Bad et Mad Men [2].

Si vous n’avez pas vu Seinfeld… c’est dommage, parce que c’est carrément un truc qu’il faut voir au moins une fois, mais ce n’est pas grave, parce que ça n’a pas vieilli et parce que c’est disponible en DVD et que vous avez du coup pas mal d’heures de pur bonheur devant vous.
Alors, niveau DVD, il existe une intégrale en import avec des sous-titres français, dans les 55 euros (pour 8/9 saisons, c’est honnête [3]).
Par contre, j’ignore si cette intégrale propose aussi les bonus (excellents) des DVD sortis en France, et qui proposent des versions alternatives des épisodes (des petites scènes d’intro disons) et, surtout, des commentaires des épisodes par les acteurs et Larry David, des sujets sur l’écriture, enfin bref, ça double carrément la durée et la valeur du binz. Parce que les anecdotes sont énormes.  
Et du coup, je vais vous en raconter une. En gros. Lors d’une scène un peu étrange, Jason Alexander, qui joue George, est allé voir Larry David. Il lui a dit : « Je ne peux pas jouer ça, personne, personne au monde ne ferait ça dans une situation pareille ! »
Et Larry lui a répondu : « C’est exactement ce qui m’est arrivé la semaine dernière, et c’est exactement ce que j’ai fait. »
C’est ça aussi qui est dingue dans Seinfeld, c’est que la plupart des situations et des personnages sont vrais. Par exemple Kramer existe réellement. Le plus barré des persos est réel. Il s’appelle aussi Kramer dans la réalité. Et quand la série est sortie… il a voulu soutirer du fric à NBC. Ce qu’aurait carrément fait le vrai-faux Kramer ! ;o)

La télévision n’est pas merdique en soi. C’est un tuyau, tout dépend de ce que l’on fait circuler dedans. Seinfeld fait partie de ces programmes qui donnent vraiment envie de s’intéresser au tuyau, malgré les saloperies qui l'encombrent.



[1] Rappelons qu’une série sur « rien », cela veut dire en réalité une série sur rien de « spécial », ce que NBC a bien compris (notons aussi que la création de la série est d’ailleurs développée à l’intérieur même de la série, ce qui est une bonne idée mais aussi ce que l'on appelle un canon récursif).
[2] Ben… R.E.S.P.E.C.T. #arethafranklin #jesuisunesitcomquigèresarace
[3] La première saison est si courte qu’elle forme une seule réelle saison avec la deuxième, du coup, il y a 9 saisons officielles mais, dans les faits, c’est plutôt 8 en matière de contenu DVD. 


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Vraiment très bien écrit.
  • Un casting parfait.
  • Non-conformiste et en dehors des règles télévisuelles habituelles.
  • Souvent très drôle.
  • Carrément moderne malgré les années passées.
  • De véritables plus dans les bonus DVD. 

  • Seulement 9 saisons...
Le Sang des Héros disponible en librairie
Par


Sortie aujourd'hui de mon roman, Le Sang des Héros, chez Nestiveqnen Éditions. ;o)

Amis Belges, Suisses et Québécois, n'hésitez pas à vous renseigner chez votre libraire habituel, car l'ouvrage est également disponible chez vous.


L'apparition des suprahumains a profondément bouleversé le monde. Aux États-Unis, un service militaire a été mis en place pour encadrer les nombreux jeunes qui se découvrent des super-pouvoirs, aux effets parfois dévastateurs.
C'est dans l'une des bases de l'armée que se retrouvent Amber (qui peut défier les lois de la gravité), Terry (qui pratique la télékinésie), Kiera (dotée d'un sixième sens), Mike (à la force surdéveloppée) et Ebenezer (un métamorphe). Alors que les amitiés se nouent, le groupe est confronté à un télépathe violent dont le comportement va être encouragé par un officier incompétent.
Quand un drame survient, les supras n'ont d'autre choix que de faire justice eux-mêmes et tenter d'affronter un monde qui n'a pas été rendu meilleur par la prolifération des super-pouvoirs. Mais au bout de leur périple, un secret terrifiant les attend. Un secret qui pourrait changer le monde et faire d'eux des héros. Ou des criminels.
Les pouvoirs sont dangereux. La vérité l'est plus encore.


Une tragédie moderne, une histoire d'amitié également, abordant, à travers la thématique des super-pouvoirs, les excès liés à la nature humaine et les dérives de tout système social organisé.



Liens directs






Versions numériques




Si vous êtes en Moselle, n'hésitez pas à venir me faire un petit coucou le 15 avril, au Cultura de Terville (zone du linkling) ou le 29 avril, à la librairie Hisler de Thionville (galerie marchande Géric), où je serai en dédicace.


Informations libraires
Diffuseur France : CED
Distributeur France, Belgique et Suisse : Belles Lettres Diffusion S.A.S
Diffuseur/distributeur Québec : Agence du Livre


Bite Fighter : baston porno-homo-écolo
Par

Bite fighter est une BD improbable, le 13e opus de la collection BD Cul des Requins Marteaux dans laquelle chaque volume propose une histoire complète, avec un auteur différent. Pour ce numéro symbolique, c’est Olivier Texier qui s’y colle avec un mélange détonnant de combats en arènes, de pensées écologistes et d’amour, tout cela dans un univers post-apocalyptique ultra viril !


Ce récit de science-fiction se place après la guerre du Golfe de 1972, où le monde industriel — qui avait tant misé sur les énergies fossiles pour sa croissance — se retrouve ravagé, ses ressources épuisées. Il survit désormais au moyen de la permaculture. En Californie, la population s’est tournée vers la nature, sans abandonner son confort de vie. Mais voilà, des irréductibles emploient encore ces polluants, dont le fameux Masked Warrior et toute sa clique.
1991. Le jeune Kato possède un cœur tendre. Pratiquant le kung-fu, il complexe de ne pas être auto-suffisant quant à son potager. Il envie aussi un couple soudé d’amis, Ty (ex-lutteur) et Buzz (ex-catcheur), des jardiniers aguerris, bodybuildés et propriétaires d’une maison 100 % passive. Ils sont toujours pleins de bons conseils pour le jeune adulte : drague, agriculture... Afin de se sentir utile, Kato décide d’aller combattre dans des arènes de free-fight. Pour son premier match, où il représente son quartier, il invite ses amis. Ty l’accompagne, Buzz décline l’offre. Kato s’y prend une belle raclée. La présence d’un adversaire équipé en énergie fossile le déstabilise. Ty est kidnappé et subira les pires sévices anaux. Kato prévient Buzz qui va tenter de le libérer… mais peine perdue. Le cœur de guimauve de Kato s’avère être son talon d’Achille : il se laisse séduire par les hommes virils qui l’entourent. Désormais seul, le jeune héros doit lutter contre les champions de chaque arène dans laquelle on combat autant que l’on baise, afin de retrouver et délivrer Tyler, dans des affrontements brutaux et sanglants, où tous les coups seront permis !

Bite Fighter s’avère une agréable surprise. Sous une apparence de BD torchée à la va-vite, on découvre que l’auteur maitrise les faux mauvais dessins : expression, choix des plans, rien n’est laissé au hasard [1]. La plupart des dialogues sont hilarants au possibles, frisant l’absurde. Le petit format, quant à lui, rappelle les illustrés imprimés sur du papier bon marché comme les collections ElviFrance ou Aredit/Artima. Ce récit d’action porno-homo-écolo se lit vite. La mise en scène efficace, riche en rebondissements foisonne de clins d’œil. Les enjeux clairs sont posés rapidement. L’intrigue de Bite Fighter se calque donc sur un schéma classique de films de baston ou de jeux vidéo : un combattant qui passe d’arène en arène où la puissance de la bite (et de l’amourrrrrr) mène à la victoire. Le bémol vient d’une fin un peu précipitée, un retour à une situation d’équilibre salutaire pour nos héros, pleine de bons sentiments...
Inspiré d’un véritable nanar vidéo-ludique de baston, Pit-Fighter, développé par Atari dans les années 90, Bite Fighter en reprend les personnages hauts en couleur, de Masked Warrior en passant par C.C. Rider, Chainman Eddie… ainsi que leurs design ridicules et gentiment SM pour certains. Il en parodie aussi le logo et le visuel. Il ne manquerait plus que la musique électronique 8 bits pour couronner le tout.

Sous la recherche d'une harmonie mondiale, ce qui fait plus enrager les héros n’est pas tant les agressions sexuelles que peuvent subir certains de leurs compagnons, mais l’emploi des énergies fossiles ! Bite Fighter use du classique et éternel affrontement entre l’éros et le thanatos, avec des personnages débordants de désirs et d’ambitions. Kato s’éprendra même de son violeur auquel il inculquera la valeur de l’amour ! Quant à Ty, il subira un magnifique moment de masturbation prostatique de la part de l’un de ses tortionnaires. Car dans cette histoire, les méchants aussi possèdent des sentiments et les scènes de sexe proposent de l’amour libre consentant où l’on s’affranchit du couple. Ce coulis de virilité cache une seule femme, à barbe, adepte des énergies fossiles et de la civilisation industrielle ainsi qu’un personnage particulier : une shemale [2], femme fatale pourvue d’un pénis qui aide autant Kato qu’elle le trahit… signe de sa nature trompeuse ?

Bite Fighter, comme tous les livres de cette collection, est proposé dans une édition de qualité avec léger relief sur la couverture située sur les parties des messieurs, faisant de cette expérience sensuelle une partie intégrante de la lecture. Des citations, des fausses publicités parsèment les pages : « n° 1 de la BD indébandante », le prix abordable de « touze euros », en vente « partouze »…

Bite Fighter est un délire foutraque complet en 136 planches, brossant un univers post-apocalyptique écologiste intéressant. Une civilisation d’amour libre, de redécouverte de soi et de la nature, le tout emmené par le côté très linéaire des jeux vidéo de baston. Métaphore politique, dérision au millième degré, outrancière et crue, cette BD peut autant être adorée que détestée. L’humour, timide au début de l’histoire, le temps de s’imprégner de l’univers, vire au grotesque au fil des pages. Il en va de même des scènes de sexe. Cette BD n’est clairement pas à mettre entre toutes les mains, à cause des fornications débridées qui pourraient choquer les moins tolérants ou les réfractaires aux gros plans de fist fucking anal. 

Pour en découvrir plus, Olivier Texier explicite le processus créatif de cette improbable BD de baston sur son blog.


[1] Dans le même genre, je vous renvoie à Mutant Hanako, un manga tout aussi outrancier et faussement mal dessiné qui a été chroniqué sur UMAC.
[2] Il s'agit d'une femme transgenre (homme à la naissance) ayant suivi un traitement hormonal et s’étant fait retirer une partie de sa pilosité, mais n’ayant pas (ou pas encore) subi d’opération chirurgicale visant à transformer son appareil génital.

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Univers post-apo homo-écolo
  • De la baston et du cul
  • Improbable mélange qui tient la route
  • Graphisme assumé
  • L'embossage sur les pénis de la couverture
  • Outrancier
  • Fin précipitée
  • Un peu cher
  • La couverture plus laide que les planches !
UMAC's Digest #33
Par
Les sélections UMAC dans l'actu de la pop culture



-- JACK KIRBY AU CHÂTEAU DE MALBROUCK --

Depuis septembre dernier, la Moselle célèbre le centenaire de la naissance de Jack Kirby au travers de manifestations diverses qui se poursuivront tout au long de l'année 2017.
C'est dans ce cadre que l'artiste sera mis à l'honneur lors de l'exposition "Les héros dessinés, de la guerre de Troie à la guerre des Étoiles", qui se tiendra d'avril à octobre dans le magnifique cadre du château de Malbrouck.
Les visiteurs pourront bien entendu découvrir d'autres auteurs, notamment des planches originales du célèbre Jacques Martin (auteur des séries Alix, Lefranc...). Les artistes locaux contribueront également à l'évènement, nous pourrons ainsi admirer des planches, en hommage à Kirby, réalisées par Daniel Gattone et Emmanuel Bonnet (Red Cat). Une excellente initiative que d'apporter la BD au cœur du seul château du XVe siècle entièrement conservé (et restauré) en Lorraine !
#papier&vieillespierres






-- ÉPOUVANTE DANS LE MAINE --

Stephen King et J.J. Abrams ont annoncé la mise en chantier d'une nouvelle série, Castle Rock, qui, comme son nom l'indique (il s'agit d'une ville fictive centrale dans l'œuvre de l'écrivain), sera basée sur l'univers de King. La société Hulu, qui avait déjà produit l'adaptation de 22.11.63, s'est pour l'instant engagée sur 10 épisodes. Ceux-ci devraient permettre de lier entre eux les différents récits de King, une mission relativement aisée puisque l'on sait que les romans faisant partie du kingverse contiennent très souvent des passerelles et références communes (un procédé qui voit son apogée dans la saga de La Tour Sombre).
Reste à espérer que le résultat soit meilleur que le ridicule Under the Dome...
#frissons





-- ANOMALIES TEMPORELLES --

Le premier tome de FRNCK sort ce mois (aujourd'hui d'ailleurs) chez Dupuis.
Cette BD humoristique s'attache au destin de Franck, jeune ado de 13 ans, qui va être projeté en plein paléolithique. Plus de smartphone, de pizzas, ni de net donc pour le jeune garçon qui devra faire face à quelques brutes épaisses, échapper à des bestioles plutôt dangereuses, et inventer le feu, le savon et... les voyelles.
Une idée originale portée par Olivier Bocquet et le graphisme dynamique de Brice Cossu. Le tome #2 sortira en août.
#humourdescavernes





-- CATHARTIC POST-FOLK --

Voilà un groupe intéressant à plus d'un titre : Translucid Souls.
D'une part le style s'inscrit dans les courants "post" de la folk et du metal, avec des influences diverses (et pas dégueulasses) allant de Swans à Radiohead en passant par Alanis Morissette (avec une touche de rock industriel et de folklore anglo-irlandais). D'autre part l'on peut suivre l'évolution des morceaux du groupe (qui prépare son premier album, "Ours may be...") sur sa page facebook.
Un son puissant, sombre et mélancolique, porté par un duo expérimenté ayant déjà pas mal bourlingué sur les scènes françaises et anglaises.
#chargeémotionnelle






-- LA SCIENCE À LA PORTÉE DE TOUS --

Lorsque l'on parvient à surnager dans le monceau de conneries qui sature Youtube, l'on découvre parfois une petite pépite qui redonne foi dans l'humanité. La chaîne e-penser est l'une d'elle.
Il s'agit de vulgarisation scientifique particulièrement bien foutue. Les vidéos sont très bien réalisées, les sujets passionnants et le ton plutôt détendu et humoristique. Oui, on peut être drôle et pas chiant du tout en parlant du spin, de la relativité ou du principe d'incertitude.
Pour ceux qui, échaudés par l'approche scolaire, pensent encore que la science est un domaine ennuyeux et opaque, faites-vous le cadeau de pénétrer dans ce domaine incroyable décrivant les merveilles de l'univers. Car c'est bien de cela qu'il s'agit ici, non pas d'assommer tout le monde avec des équations mais d'expliquer, en termes relativement simples, ce qu'elles impliquent. L'espace-temps, la mécanique quantique, la gravitation, autant de sujets fascinants qui sont abordés ici avec intelligence et bienveillance.
Excellent. Et comme on peut le voir sur l'image ci-dessous, pas dénué de références à la pop culture.
#curiositébienplacée





-- POISCAILLE --

La sortie du film Aquaman, initialement prévue pour octobre 2018, été reportée de deux mois. Honnêtement, elle pourrait être reportée de 200 ans que ça ne nous ferait ni chaud ni froid.
#plouf



La Folle Histoire de Max & Léon
Par

La Folle histoire de Max & Léon est disponible depuis peu en DVD, ce qui nous fournit l’occasion de revenir sur cette comédie très attendue.

Beaucoup connaissent déjà Grégoire Ludig et David Marsais, le duo d’humoristes du Palmashow, embarqués ici dans un long métrage avec leur compère Jonathan Barré à la réalisation. Il faut dire que leurs Very Bad Blagues, des parodies disponibles sur Youtube, sont souvent drôles et très bien interprétées. Mais voilà, ce qui convient à un format court ne se transpose pas forcément avec bonheur au cinéma…
Voyons déjà le pitch.

Max et Léon, deux tire-au-flanc dragueurs et pas bien futés, sont mobilisés, bien malgré eux, alors que la deuxième guerre mondiale éclate. Leur couardise et leurs maladresses les entraînent de France en Angleterre, puis en Syrie, alors qu’ils sont faits prisonniers, s’évadent, se font passer pour des agents des forces spéciales ou finissent par obtenir un poste dans une kommandantur.

L’on ne peut éviter la comparaison avec de célèbres variations sur le même thème, de La Grande Vadrouille à La 7ème Compagnie, en passant par Papy fait de la résistance. Certaines situations sont d’ailleurs presque identiques à quelques détails près (les soldats allemands dont l’attention est attirée par les pitreries de ceux qui doivent se cacher par exemple). L’impression de déjà-vu est encore renforcée par des références aux sketchs du Palmashow, dans une ambiance très private joke. Certains clins d’œil échapperont donc à ceux qui ne connaissent pas parfaitement le parcours des deux comédiens. D’autres références, même si elles sont drôles, sortent un peu de nulle part : Vichy Color, en référence au « Quadricolore » de Vandelli dans PopStar (il fallait aller la chercher celle-là…) ou encore une parodie de Carglass avec Mr Poulpe. Marrant mais... quel rapport ? 


Tout cela donne malheureusement l’impression d’une suite de sketchs sans vraiment de liant entre eux, comme si les auteurs avaient conservé l’écriture propre au format court.
Pire encore, Gregoire Ludig, dont le jeu d’acteur est en général brillant et incroyablement riche en nuances [1], est ici terne et sans subtilités. Les guests sont également plutôt sous-employés dans des scènes arides (le « mec de Bref » et « Serge le mytho » forment le pire duo du film, quel dommage d’avoir des gens de cette qualité et de leur donner si peu à défendre).
Si l’on ajoute à ça une narration faussement futée (et au contraire vite lassante), une mise en scène rythmée, voire hystérique, mais sans inventivité ni élégance, et des gags parfois poussifs et éculés (on en est quand même à rentrer en courant dans des poteaux, waouh, la peau de banane n'est pas loin), ça commence à faire beaucoup de défauts. Et quand on est un peu doué - et ces mecs le sont ! - il est possible (si ce n'est pas un devoir) de tirer son art (et son public) vers le haut. 

Malgré tout, le film se laisse regarder. L’on sourit souvent, on ne s’ennuie pas, et pour une comédie française, c’est déjà énorme. Donc, si on compare Max & Léon aux merdes habituelles, du style Camping, Les Ch’tis, Les Visiteurs 3, Les Profs 2 ou Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? et cie, c’est sûr que c’est très, très loin au-dessus. En même temps ce n’est pas dur d’écrire quelque chose de mieux quand on met dans la balance des films qui ne sont pas écrits du tout. Je vais faire une comparaison plus hard et explicite en note de bas de page. [2]
Si l’on juge Max & Léon dans l’absolu, c’est déjà moins réjouissant. Surtout au regard de la qualité incroyable du trio Ludig/Marsais/Barré. Ce premier long métrage manque trop d’originalité et d’ambition pour ne pas être autre chose qu’une longue exposition de gags inégaux. Une sorte de Méga Very Bad Blagues à thème unique avec un maximum de têtes connues.

Décevant mais pas au point de carrément bouder ce coup d'essai.



[1] De nombreux humoristes/comédiens disent apprécier le fait d'interpréter des personnages, pourtant, très souvent, le résultat est plus que médiocre. Semoun par exemple fait systématiquement du Semoun d'un rôle à l'autre, avec ses tics, la même intonation, etc. Ludig, lui, parvient non seulement à livrer des interprétations très différentes d'un personnage à l'autre, mais il reste en plus crédible et subtil, maîtrisant à la perfection les moindres détails de son jeu (regard, ton, respiration, rythme...). Son jeu dans Max & Léon est à mille lieues de ce qu'il peut faire. Ce type est un immense comédien dont on entendra forcément parler s'il parvient à trouver des rôles à la hauteur de son talent et de sa technique. 
[2] Un steak trop cuit avec des frites trop salés, ce n'est pas bon, mais si on a le choix entre ça et du vomi de girafe, ça paraît royal. Pourquoi une girafe spécialement ? Bah, je trouve que c'est un animal trop peu employé métaphoriquement. Et je le déplore. D'autant que vomir, pour une girafe, ça doit être un enfer. Déjà nous, bon, quand ça nous arrive, ce n'est pas agréable. Mais quand on a un cou de quatre mètres de long, voire parfois cinq... on doit bien avoir le temps de sentir revenir le truc en sens inverse. Ah, vous voyez, déjà vous avez mieux l'image là. 


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une bonne idée de départ, qui a fait ses preuves.
  • Certains gags inattendus et amusants.
  • Des guests sympathiques.

  • Un fort sentiment de déjà-vu.
  • Une écriture inadaptée au format.
  • Des références qui échapperont parfois au grand public.
  • Certains acteurs dramatiquement sous-employés.
  • Une volonté de ratisser large qui entraîne des gags lourdingues.