La Tour sombre corps et biens !
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Chronique d'une catastrophe filmée : l'adaptation de The Dark Tower.

Par où commencer... ah, oui, vous pouvez sans aucun problème allez voir ce film si vous nourrissez le projet de lire ensuite les romans de King, aucun risque de spoiler, ça ne vous dévoilera rien de la saga. C'est d'ailleurs un bel exploit des scénaristes (ils sont quatre tout de même) de disposer d'un matériel si riche et de réussir à en faire quelque chose d'aussi vide, fade et étriqué.
Mais revenons tout d'abord à la base. Car La Tour Sombre, avant d'être une bouse cinématographique, c'est une magnifique saga de huit romans, contant l'épopée d'un pistolero et de son ka-tet. Le récit est un mélange de science-fiction, d'heroic-fantasy sauce western et de tragédie épique. Une pure merveille, pleine d'intelligence, de suspense, de concepts fascinants et d'émotion. Mais, ça, ce sont les romans.

Difficile de savoir ce qu'a voulu faire Nikolaj Arcel (le réalisateur et l'un des co-scénaristes) avec cette soupe tiédasse de seulement 1h35 mais qui contient cependant quelques longueurs (un autre exploit). L'intrigue puise des éléments dans tous les romans de la saga, même les derniers, mais en les survolant ou en les dénaturant totalement.
Voyons tout de même les points positifs, car il y en a. Peu, mais il y en a.
Tout d'abord, le personnage de Jake Chambers bénéficie d'une longue exposition, plutôt bien faite. C'est d'ailleurs devenu le personnage principal.
L'on a droit à deux scènes marrantes (à l'hôpital et dans le bus (ou le métro, je ne sais plus)), grâce aux réactions décalées de Roland par rapport à notre monde moderne.
Et enfin, seul moment un peu classe qui donne des frissons (en tout cas lorsque l'on sait ce qu'il y a derrière) : la litanie du Pistolero.


Voilà, on a fait le tour du positif, passons au reste.
Roland... mais bordel, qu'est-ce que c'est que ce traitement pourri du personnage ? Et moi qui me souciais du casting, parce que je pensais que la couleur du personnage allait poser problème lorsqu'il en viendrait à rencontrer Susannah, pfff, mais non, hahaha, suis-je bête, je m'en faisais pour rien ! En fait, ça ne pose aucun problème vu que Susannah n'est pas là et que, de Roland, il ne reste que des lambeaux. Exit le héros tragique, profond et hanté, Roland de Gilead n'est ici qu'un vague tireur sans âme, sans passé, sans épaisseur.
L'Homme en Noir, devenu ici un sorcier finalement lisse et endimanché, est à peine mieux.

Niveau intrigue et concepts, c'est d'une pauvreté stupéfiante. La Tour est présentée d'une manière simpliste, tout comme la façon de "l'attaquer", la quête de Roland est remplacée par une simple vengeance, les Tahines sont également vite expédiés, pas de traces de robots et très peu de la technologie des Grands Anciens, aucun réel élément du monde de Gilead et des baronnies, rien sur Roland et les épreuves traversées dans sa jeunesse, bref, c'est le néant.
Et bien entendu, lorsque l'on rogne sur les personnages, l'intrigue et les concepts qui la sous-tendent, il ne faut pas s'étonner de vider le récit de ce qui fait sa réelle substance. Rien ici ne parvient à intriguer ou émouvoir, l'on est face à un film fantastique basique, sans originalité ni enjeux (cf. à l'inverse cet article faisant le point sur les romans, ou cette chronique de Vance sur la conclusion du récit).


Alors, vous allez me dire que Stephen King, lui, parait très content du résultat. Ben oui mais, en la matière, c'est l'antithèse de cette pleureuse d'Alan Moore, il est toujours content. On lui aurait annoncé que c'était Jackie Chan qui allait interpréter Jake, il aurait twitté que c'était le plus beau jour de sa vie. Donc son avis est, au minimum, à relativiser.
Autre point, c'est une mauvaise adaptation (bien pire que la version comics, déjà pas terrible), d'accord, mais est-ce un bon film ? Non plus. Juste une vague histoire de lutte entre le Bien et le Mal, avec en plus une happy end débile (et à mille lieues du caractère de Roland).

Bien entendu, l'on ne peut pas s'attendre à ce que tout soit fidèle aux romans, c'est impossible, ne serait-ce que parce que le cinéma a des impératifs techniques différents. Il est normal aussi qu'un réalisateur donne sa propre version d'un récit, on ne lui demande pas d'être fidèle au poil de cul à l'histoire originelle. Mais tant qu'à dépenser du pognon en droits, c'est peut-être pour se servir quand même de deux ou trois trucs non ? Là il n'y a rien. Au final, on a juste un type qui sait super bien se servir de ses flingues. Et quand on sait ce qu'est réellement La Tour Sombre, à quel point c'est un récit puissant, bien écrit, qui vous hante longtemps après avoir tourné la dernière page, eh bien ça fait forcément mal au cœur de voir un tel saccage.

Le verdict est évident : n'allez pas voir ce truc (mais ça n'a pas l'air d'attirer les foules, nous étions sept dans la salle) et lisez les romans à la place (et même cette petite sélection avant) !
  


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Jake, bien campé.
  • Quelques traits d'humour.

  • Le personnage de Roland, anéanti.
  • Le côté métaphysique, passé à la trappe.
  • Les autres membres du ka-tet, évacués.
  • Le final, propret et nunuche au-delà du raisonnable.
  • L'univers de l'Entre-deux-Mondes, réduit à une simple ébauche.
  • L'Homme en Noir, plus agaçant qu'effrayant dans son accoutrement de dandy. 
  • Le scénario, plat, convenu et soporifique. 
  • Cruelle absence de tout ce qui faisait la poésie et la magie de la saga. 
WestWorld : la nouvelle tuerie de HBO
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WestWorld, une énième excellente série HBO, sort en DVD en novembre après avoir été diffusée sur OCS en France. Et même si c’est compliqué sans spoiler, on va tenter de vous expliquer pourquoi c’est LA série du moment à ne surtout pas rater.

WestWorld s’inspire à la base d’un film de Michael Crichton, Mondwest, sorti en 1973. Il a pas mal vieilli (et pas très bien), du coup, vous ne risquez pas de le voir sur une grosse chaîne, mais on peut encore l’apercevoir dans les profondeurs de certaines box. L’on y découvre Yul Brynner en train de jouer les robots détraqués de manière assez froide et monolithique.
Cependant, l’idée de base reste franchement enthousiasmante : imaginez un parc, un monde presque, où une époque lointaine est reconstituée à l’aide de cyborgs ultra-réalistes. En tant que visiteur, vous avez la possibilité de tout faire dans ce monde. Tout, cela veut dire tuer, violer, aller aussi loin que vos fantasmes vous le permettent. Car ce qui se passe à WestWorld reste à WestWorld… les hôtes ne sont là que pour vous servir.

La série TV, créée par Jonathan Nolan et Lisa Joy (que Thomas vous avait déjà vivement conseillée dans ce Digest, rassemblant les coups de cœur 2016 de la rédac), reprend donc le sulfureux concept et le développe de manière incroyablement riche, grâce notamment à un scénario surprenant et intense.
Voyons déjà le casting, franchement réussi. L’on retrouve, dans les rôles principaux, des pointures tels que Ed Harris ou Anthony Hopkins, excellents tous les deux. Les acteurs plus jeunes ne sont pas en reste, avec de belles prestations de la part de Rodrigo Santoro, James Marsden ou Evan Rachel Wood. Le moindre second rôle est soigné, tant dans l’interprétation que l’écriture.


WestWorld va bien plus loin que le film d’origine en cela que l'histoire permet de suivre non seulement des visiteurs, aux buts différents, mais aussi les équipes techniques responsables du parc (qui se tirent un peu dans les pattes) ainsi que les « hôtes » eux-mêmes.
Ce sont ces derniers qui offrent la thématique la plus intéressante, à savoir : à partir de quand peut-on considérer qu’une intelligence est consciente ? Donc, digne de respect. L'on sent d'instinct que cette question fascinante ne sera pas résolue aisément.
Les auteurs nous entraînent ainsi à travers de nombreux thèmes, allant de la mémoire, à l’utilité de la souffrance, en passant par la définition du réel. C’est du putain de divertissement intelligent (il est impossible de trop en dire sous peine de dévoiler des éléments qu'il sera jouissif de découvrir peu à peu) et bandant !

La première saison possède une réelle fin que l'on voit certes un peu venir mais qui a l’avantage de se suffire à elle-même et d’être aussi tragique que belle.
Alors, les acteurs, OK, l’écriture, OK, mais c’est loin d’être tout. La réalisation est somptueuse, avec des décors grandioses, des effets spéciaux parfaits, un souci du détail qui se retrouve jusque dans le générique, probablement l’un des plus réussis depuis celui de Game of Thrones (la musique est d’ailleurs du même compositeur, qui ne s’est pas foulé, parce que la filiation mélodique est évidente). L’environnement musical, au niveau de l’atmosphère des scènes, est lui aussi travaillé et permet même de différencier certains évènements a priori « identiques » afin de leur donner une couleur distincte (vous comprendrez pourquoi en regardant la série).


Les références, explicites ou implicites, sont assez nombreuses et habilement disséminées. Les auteurs puisent dans la culture classique et populaire, avec le si sinistre mais élégant leitmotiv "These violent delights have violent ends", du sieur Shakespeare, ou un clin d'œil appuyé à Alice au pays des Merveilles. L'on peut bien évidemment trouver des parallèles avec le film originel (la société Delos, une silhouette faisant penser au personnage de Brynner, etc.). Enfin, la thématique même renvoie à d'autres œuvres, notamment Matrix. En effet, si Matrix mettait en scène des humains piégés dans une réalité virtuelle, WestWorld prend le contre-pied en décrivant des intelligences artificielles piégées dans une réalité atrocement violente et répétitive. Dans les deux cas, le questionnement sur la nature du réel ou la véritable liberté individuelle sont présents.  

La première saison comprend seulement 10 épisodes, mais ils sont assez longs (aux alentours de 60 mn, 90 pour l’épisode final). Certains évènements se voient un peu venir mais n’allez surtout pas vous spoiler l’essentiel de l’intrigue, qui offre de très bons et beaux moments.
Reste à savoir si la saison 2 sera aussi jouissive et bien écrite. Le fait que les producteurs aient pris leur temps (au moins deux ans entre les deux saisons) est plutôt rassurant.
À la fois romance, série de science-fiction, western, thriller philosophique et drame humain, WestWorld démontre encore une fois la capacité de HBO à produire des récits d’une qualité stupéfiante. 

Achat très vivement conseillé, d'autant qu'une deuxième vision permet d'appréhender certaines scènes d'une manière très différente et que les coffrets contiendront apparemment un bon paquet de bonus (dont un bêtisier, assez inattendu, mais qui peut révéler de bonnes surprises).  
Sortie : 8 novembre 2017, en DVD (37,50 €) et Blu-Ray (49,99 €).




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un concept riche et passionnant.
  • Énorme casting.
  • Intelligent, divertissant, poétique et émouvant.
  • Décors et effets au top.

  • Quelques retournements de situation un peu prévisibles, mais rien de grave.
Un film, plusieurs versions
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Final cut, extended cut, director’s cut… Plusieurs appellations peuvent définir la nouvelle version d’un long-métrage lors de sa sortie en vidéo. Si l’idée de base était de proposer la vision initiale du metteur en scène, la pratique est vite devenue un outil marketing. Très efficace ! Retour sur ces nouveaux montages concernant les films de super-héros.

Une scène inédite de la version longue de Batman Vs Superman : l'Aube de la Justice,
développant considérablement le personnage de Clark Kent (Henry Cavill).


Un film connaît une seconde vie au moment de la location, du téléchargement et des ventes de DVD et de Blu-Ray. Au cinéma, les producteurs ont souvent le dernier mot sur le montage final qui sera en salles. Depuis les années 70, pour la sortie de leurs films en vidéo, quelques réalisateurs réussissent à imposer leur propre version. C'est ce qu'on appelle le director’s cut. Leur vision, souvent meilleure, est celle qu’ils souhaitaient proposer au public à la base. On vous renvoie au très bon article de Slate.fr pour découvrir un historique plus détaillé de la pratique et des productions majeures concernées (le culte Blade Runner en tête, les mythiques versions longues de la trilogie Le Seigneur des Anneaux, etc.).

Les films de super-héros ne font pas l’impasse sur cette méthode pour éviter la censure, améliorer le long-métrage lorsque celui-ci a essuyé des critiques ou, de façon très basique, vendre un second montage en plus de celui proposé au cinéma.
En décembre 2016, Suicide Squad a bénéficié d’un extended cut qui ajoutait une douzaine de minutes au film de David Ayer, dont des scènes du Joker, joué par Jared Leto. Cette version ne change pas vraiment la qualité du long-métrage, très moyenne. Quelques mois plus tôt, c’était Batman Vs Superman : l’Aube de la justice qui était sorti dans une ultimate edition, proposant un montage allongé d’une trentaine de minutes et… modifiant considérablement l’ensemble du film. Plus fluide, moins compliqué, tout simplement plus réussi (cf. cette critique sur Comics Batman), ce Bat Vs Sup n°2 de Zack Snyder, coutumier du genre (voir encadré en fin d'article), a connu une autre vie, avec un nouveau souffle apporté par cette version unanimement acclamée par les fans. Problème : ça arrivait trop tard et ça ne sauve pas le désastre critique qui a suivi la sortie cinéma…

Le DCEU (DC Extended Universe) ne proposera pas une nouvelle version de Wonder Woman (succès critique et public depuis sa sortie en juin dernier) pour sa sortie en vidéo en octobre prochain. Pour Justice League (au cinéma en novembre 2017), c'est une autre histoire : le nouveau long-métrage de Zack Snyder a subi d'intenses reshoots (des scènes supplémentaires actuellement en tournage) réalisées par Joss Whedon, qui a repris la direction du film depuis un terrible drame survenu dans la famille Snyder. De quoi alimenter les rumeurs (voire les fantasmes malsains) des fans avides de montages différents.


La Fox tire les (bonnes) conclusions

Autre cas de figure possible : l’envie de vendre encore plus de versions d'un film qui a marché. Succès critique et public, le Spider-Man 2 de Sam Raimi (2004) proposait huit minutes de scènes ajoutées à la va-vite, sans réel changement, dans une optique purement mercantile. Ce Spider-Man 2.1 n’avait qu’un but : vendre plus de DVD. X-Men Days of Future Past a également eu droit au Rogue Cut, une version avec plus de scènes de Malicia (Rogue en anglais). Seulement, celle-ci a été disponible plusieurs mois après la première sortie en DVD/Blu-Ray du film (comme pour Spider-Man 2). Les fans, contraints de repasser à la caisse, ont le sentiment (à raison) d'être pris pour des pigeons.

On notera également quelques minutes en plus pour le premier Hellboy de Guillermo Del Toro, qui avait eu droit à quelques diffusions en salles, et bien sûr le remontage de Superman II de Richard Donner, viré durant le tournage, qui a ainsi le « cut final » près de trente ans après la sortie initiale au cinéma de son film (repris par Richard Lester, crédité au générique de l'époque en 1980 — ce dernier réalisera aussi Superman III trois ans plus tard).


Pour éviter l’interdiction qui frappe les enfants en salles, les distributeurs sortent aussi une version non-censurée en vidéo. C’est le cas de Daredevil (2003), qui propose des ajouts conséquents (violence et nouvelles scènes) mais qui n’ont pas permis de redorer le blason du film et de son interprète, Ben Affleck, qui a eu beaucoup de mal à s'en remettre. Wolverine - Le Combat de l’Immortel (2013) a également proposé une version longue en vidéo, avec plus de sang à l’écran. Mais, une fois encore, le même constat s'impose : ça ne change pas énormément la qualité du long-métrage…

La Fox semble avoir retenu la leçon en interdisant carrément Deadpool et Logan aux moins de 17 ans aux États-Unis dès la sortie cinéma (aux moins de 12 ans en France), avec le succès que l’on connaît ! Il se murmure que Warner Bros aille (enfin) dans la même direction pour un ou plusieurs de ses futurs films. Vu la complexité du DCEU à se mettre en place, cela peut être n'importe quel film encore à l'état de projet. Ils sont tellement nombreux, près d'une quinzaine annoncée (!), qu'on imagine plutôt une violence accrue pour un de ceux-là : Suicide Squad 2, Deadshot, Nightwing, Gotham City Sirens, Justice League Dark


WATCHMEN : plus c'est long, plus c'est bon !

Snyder a monté deux autres versions de Watchmen : Les Gardiens (2009), malheureusement inédites en France (mais disponibles en import). Un director’s cut (sa favorite) contenant d’autres scènes très violentes et accentuant la fidélisation au comic book originel ; et un ultimate cut incluant un dessin animé (là aussi pour faire honneur à l’œuvre papier) qui dure… 3h35 !

Chez nous, on a pu voir la partie animée, Les Contes du Vaisseau Noir, dans un DVD à part dans l'ultimate edition (qui n'a rien à voir avec l'ultimate cut). [Note de Neault : pour mieux s'y retrouver, nous vous invitons à découvrir Before Watchmen, l'un des sites de Thomas où il aborde notamment l'adaptation au cinéma de Watchmen et ses différentes versions.] Le metteur en scène a également proposé une version longue de Sucker Punch, portant ainsi à quatre sur sept le nombre de ses réalisations bénéficiant de montages différents (avec L'Armée des Morts et les autres films évoqués dans cet article).


Cet article a été publié dans Ciné Saga #18, en avril 2017.
Strange Fruit, de Mark Waid & J.G. Jones
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Toujours intéressant de retrouver Mark Waid et ses variations sur le même thème, auquel il s'attache presque avec acharnement, et d'autant plus intéressant que le traitement du surhomme et de sa place dans la société a vu fleurir nombre d'œuvres plus ou moins réussies, mais généralement pertinentes.

Avec Strange Fruit, édité en avril 2017 dans l'Hexagone, on n'a pas affaire à un succédané de Kingdom Come, ou même d'Irrécupérable : on est plutôt dans la veine du Sauveur, paru un mois plus tôt en France (également chez Delcourt), Waid cherchant à évoquer les réactions engendrées par l'irruption d'un être surpuissant dans une communauté frappée par une tragédie. Cette fois, cependant, comme l'auteur l'explique dans sa postface, le script s'intègre dans un épisode historique, la grande crue du Mississippi en 1927, qui a causé des dégâts considérables, entraîné des centaines de morts et des milliers de sans-abri, pour la majorité afro-américains, des déracinés qui avaient auparavant été exploités jusqu'à la corde dans les plantations et avaient tant bien que mal tenté d'endiguer la montée implacable des eaux du fleuve alors que leurs propriétaires blancs s'employaient à sauver leurs biens et leurs miches.


L'action se déroule à Chatterlee, charmante bourgade sudiste de l'état du Mississippi, avec ses immenses propriétés coloniales, ses politiciens véreux et ses administrés nègres [précisons que le terme est usé à propos, sachant que le lectorat français est moins sensible à sa violence intrinsèque que ne l'est celui d'outre-Atlantique, ainsi que le souligne fort intelligemment Elvis Mitchell, le critique de cinéma auteur de la remarquable préface]. Ceux qui ont vu la Couleur pourpre, ou même O' Brother, retrouveront cette palette particulière de sentiments antagonistes, avec les gentils Noirs ployant sous le joug des méchants Blancs, interpellant parfois les pouvoirs publics, se serrant les coudes mais n'allant jamais jusqu'à la rébellion ouverte. Certes, au milieu de ces admirateurs du Klan surnagent quelques figures plus positives, comme la veuve Lantry, plutôt bienveillante, mais on sent bien que tous, du shérif au sénateur, ont en eux cette haine farouche envers l'individu de couleur née de la peur et de l’incompréhension. Leur attitude face à ce curieux ingénieur venu de Washington (un Nègre en costume de ville, lunettes d'intello et au regard aigu) est assez délectable à interpréter et s'ils obtempèrent en maugréant aux indications du bonhomme - l'urgence de la situation ne laisse pas beaucoup de latitude, les digues ont cédé en plusieurs points en amont, les pluies torrentielles ne cessent pas et la ville risque d'être purement et simplement engloutie - ils n'en changent pas pour autant leurs intentions envers les anciens esclaves.


C'est alors que, littéralement tombé du ciel, survient un colosse, d'une force considérable, d'une taille à l'avenant. Sa peau résiste aux balles. Sa peau, qui est noire. Évidemment, les jeunes voient en lui un Messie, qui viendra les extirper de la fange dans laquelle ils pourrissent - quitte à botter le cul de tous les propriétaires blancs. Mais l'Être ne parle pas et, s'il sauve un Noir qui fuyait devant des Blancs déterminés à le lyncher, il ne semble l'avoir fait que par réaction humaniste. Plutôt que de tout détruire, il choisit d'accepter d'être emprisonné, tout en ingurgitant les données contenues dans les livres traitant du seul langage universel : les mathématiques. Un langage que comprend fort bien l'ingénieur qui voit en lui le seul élément capable de sauver la région du désastre imminent : les nouvelles digues ne seront pas achevées à temps et les tensions inter-communautaires ne facilitent pas l'organisation des travaux d'urgence. Mais comment le lui faire comprendre alors que certains rednecks cherchent déjà à le supprimer, lui qui représente tout ce qu'ils exècrent ?


Les illustrations de J.G. Jones, le talentueux graphiste britannique au style photo-réaliste, donnent le ton et confèrent au sujet une ambiance rétro du plus bel effet, avec ces couleurs délavées et ces teintes sépia, ses cases immenses découpant le récit en grandes tranches à savourer paisiblement. Le comic se lit du coup très vite, les dialogues sont rares (d'autant que le surhomme ne dit pas un mot) et le rythme est soutenu. Les quelques séquences de pure action (ne rêvez pas, on n'est pas dans les Avengers, les combats sont très rares et pas du tout chorégraphiés) peinent cependant à convaincre par le caractère trop statique de leurs crayonnés et des changements de points de vue incongrus.
Tout va donc très vite, et on finit par se rendre compte que l'histoire s'avère bien moins surprenante qu'on l'espérait, comme si on avait déjà assisté aux tenants et aboutissants mille fois.
La conclusion laisse un goût amer mais l'ensemble n'a rien d'impérissable, malgré la gravité du thème abordé.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un récit dans l'air du temps.
  • Une histoire rondement menée, prenant place dans un fait historique dramatique.
  • Des illustrations absolument splendides, donnant l'impression de parcourir un roman-photo.

  • Un récit sans originalité, ni dans son traitement, ni dans les personnages dépeints, ni dans sa conclusion.
  • Comme un goût d'inachevé.
Derniers coups de griffes pour Wolverine
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À l'occasion de la sortie, en juillet dernier, du long-métrage Logan en DVD et Blu-Ray, nous vous proposons une petite rétrospective sur le personnage, sur les films X-Men au cinéma, sur les comics qui ont été utilisés comme sources par les scénaristes des sagas et, enfin, une petite critique de Logan

Clap de fin pour le mutant le plus célèbre, incarné à neuf reprises par Hugh Jackman dans tous les films de la franchise X-Men et dans la trilogie sur Wolverine. Logan, sorti le 2 mars 2017, a permis à l’acteur australien de sortir ses griffes une ultime fois, sous le signe de l’élégance et la réussite. Mais a-t-on vraiment dit adieu au personnage sur grand écran ? Si oui, faut-il s'attendre à voir X-23 lui succéder ?

Qui aurait cru qu’un super-héros de papier apparaissant dans une série consacrée à Hulk en 1974 (cf. illustration ci-contre) deviendrait une icône de la pop culture ? Depuis plus de quinze ans, tout le monde connaît Wolverine, dont la notoriété a décollé grâce au premier film X-Men de Bryan Singer. Dans ce long-métrage sorti en 2000, le mutant impulsif et amnésique volait la vedette à tout le reste du casting (Patrick Stewart, Anna Paquin, Ian McKellen, Famke Janssen, Halle Berry, James Marsden, Rebecca Romijn Stamos…). Le rôle, interprété par Hugh Jackman, transforma immédiatement l'acteur australien, alors âgé de 32 ans, en star mondiale.
L’immortel est revenu dans chaque autre film lié aux mutants : l’excellent X-Men 2 en 2003, toujours signé Bryan Singer, puis le moyen X-Men : L’Affrontement Final en 2006, de Brett Ratner, qui clôturait la première trilogie. Wolverine a ensuite eu droit à son premier film en solo, X-Men Origins : Wolverine (de Gavin Hood) en 2009 et sa suite, Wolverine - Le Combat de l’Immortel (James Mangold) en 2013. Tous deux sont clairement ratés et ne (re)donnent pas ses lettres de noblesse au personnage.

Heureusement, Wolverine apparaît dans la seconde trilogie, inaugurée en 2011 avec X-Men : Le Commencement (dans lequel il fait un caméo rapide mais inoubliable !), réalisé par Matthew Vaughn. Le second volet, l’un des meilleurs de la franchise, X-Men : Days of Future Past, sort en 2014, mis en scène par le revenant Bryan Singer. Wolverine est au centre du récit puisqu’il voyage dans le temps, entre les versions jeunes et âgées du professeur Xavier et du mythique antagoniste Magnéto.
En 2016, le mutant griffu pouvait être vu une huitième fois, le temps d’une scène où il campait la version la plus sauvage de Wolverine, dans X-Men : Apocalypse, œuvre décevante et rapidement oubliée. Logan constitue l’ultime chapitre de la saga Wolverine (voir notre critique ci-dessous) mais aussi la dernière apparition de Hugh Jackman dans ce rôle. L'évènement, un levier marketing de rêve, a été largement mis en avant lors de la promotion du long-métrage de James Mangold.


Hugh Jackman, une filmographie en dents de scie et un entraînement draconien

La qualité des films X-Men et Wolverine a varié… comme la filmographie de Hugh Jackman. Quand il n'alterne pas les navets, comme Van Helsing (2004), et les rôles de méchants… navrants, comme dans Chappie et Pan (2015), l’acteur australien assure. Il a tourné pour de talentueux réalisateurs dans d'excellents longs-métrages, dont certains sont devenus « cultes ». Christopher Nolan l’avait embauché pour Le Prestige (2006), Denis Villeneuve lui avait confié un des premiers rôles dans Prisoners (2013) et il a joué pour Darren Aronofsky (The Fountain en 2006) et Baz Luhrmann (Australia en 2008). Sans oublier, entre autres, Woody Allen (Scoop en 2006) et Tom Hooper (Les Misérables en 2012, où il incarnait Jean Valjean).

À chaque interprétation de Wolverine, c'est-à-dire tous les trois ans en moyenne depuis 2000 et tous les deux ans à partir de 2010, Hugh Jackman a suivi un entrainement intensif. « Pour X-Men 1, j’avais eu un mois pour me muscler avant le début du tournage, racontait-il lors de la promotion de Logan. Bryan Singer avait dû réussir des prouesses pour filmer mon corps. Il avait dit que c’était un cauchemar, parce que je n’étais pas prêt (rires) ! »
Pour les autres longs-métrages, le régime imposé fut nettement plus extrême : « Je devais manger pendant huit heures, puis jeûner pendant seize heures. » Durant ce jeûne, l’acteur enchaînait non-stop les séances de musculation et le sport. C'était une grande souffrance, de l'aveu même de Jackman, mais il ne veut pas s’en plaindre vu ce que ce rôle lui a offert dans sa vie ! Il faut savoir que le natif de Sydney, aujourd'hui âgé de 48 ans, a été opéré six fois depuis 2013 pour un cancer de la peau. Une fois de plus, le parallèle entre le combat du mutant immortel et celui du comédien fait sens…


Merci le film Deadpool et les comics !

Usé comme jamais dans Logan, Hugh Jackman/Wolverine n’est pas pour autant moins sanglant, bien au contraire ! Pour avoir assisté à sa terrible fureur, qui renoue (enfin) avec le personnage comme il se doit, le spectateur peut remercier Deadpool, sorti en février 2016, soit un an plus tôt. Ce long-métrage interdit aux moins de 17 ans aux États-Unis (12 en France) avait démontré qu’un film de super-héros non destiné aux enfants et associant violence extrême et vulgarité, pouvait cartonner. Logan applique une recette similaire (avec nettement moins de mots grossiers) en se basant vaguement sur une trame narrative tirée d’une série de comics relativement sombre aussi, publiée en 2008 : Old Man Logan.

Dans un futur apocalyptique, Logan est responsable de la mort des X-Men et il s’est retiré avec sa petite famille, en jurant de ne plus utiliser ses griffes. Il accompagne Œil-de-Faucon (Hawkeye en VO) et tabasse des ennemis Marvel non-stop (Crâne Rouge, Hulk…). Une œuvre violente, triste mais originale et très bien écrite par Mark Millar. Faute de pouvoir exploiter les droits — ils sont répartis entre les studios de production ; la Fox ne peut pas utiliser des héros issus des Avengers, dans le giron Marvel Studios —, Logan ignore donc toute cette dimension pour se concentrer sur l'aspect road trip, plus ou moins dans le désert, mais avec autant de violence.
Le personnage de X-23, brièvement introduit dans la scène après le générique de X-Men : Apocalypse, est une création du dessin animé X-Men : Evolution qui date de 2003. C'est l’un des rares super-héros Marvel issus d'une production d’animation qui a droit à ses aventures sur papier. Elle prend le nom de Wolverine, digne héritier de son mentor, après la mort de ce dernier dans les comics (voir ci-dessous). On peut — on doit ? — s'attendre à voir ce personnage succéder au mutant griffu sur grand écran…


LA RELÈVE S'APPELLE X-23

La succession de Wolverine est assurée par X-23, alias Laura Kinney, conçue à partir de l'ADN du mutant immortel. Vingt-troisième sujet d'expérience dans le film et vingt-troisième clone de Wolverine (le seul réussi) dans les comics, pourvue de deux griffes au lieu de trois et d'un squelette « normal » (et non en adamantium), elle est de fait plus vulnérable mais tout aussi dangereuse que son « père ». Entraînée pour devenir une machine à tuer, la jeune fille ressemble à Wolverine par bien des aspects : elle est peu bavarde, incontrôlable, folle de rage, c'est une combattante et un assassin hors pair...

Sur papier, elle intègre en 2008 l'équipe illégale X-Force, conçue par Cyclope pour éliminer les menaces extrêmes. Celle-ci est dirigée par... Wolverine. En plus de X-23, on retrouve brièvement Caliban dans cette team, exactement comme dans Logan. Dans le long-métrage, Wolverine apprend quelques bonnes manières à sa descendante et l'aide comme il peut. S'ils ne partagent pas forcément une grande complicité, le lien qui les unit est fort et visible à l'écran. Laura, quasiment muette, lui rend un bel hommage à la fin. On sait que la jeune femme, solitaire et violente, rejoint les X-Men plus tard, dans les comics, et qu'à la mort de Wolverine, elle endosse son nom en tant qu'héritière légitime. On ignore si au cinéma, le même chemin attend le personnage mais il y a de fortes chances que ce soit le cas ! Introduire brillamment la relève dans Logan était d'ailleurs la chose la plus intelligente à faire afin de ne pas avoir à remplacer le Wolverine original par un autre acteur…

Publiée en 2014, la mini-série La Mort de Wolverine (écrite par Charles Soule) met en scène, comme son nom l’indique, la fin du héros iconique. Ni émouvante, ni épique — pour ne pas dire franchement ratée et décevante — cette source d'inspiration ne transmet pas grand-chose à Logan, à part éventuellement la fatigue et l’affaiblissement constant du personnage principal, qui a de plus en plus de mal à s’autoguérir.

Les scénaristes de la franchise X-Men et de la trilogie Wolverine ont puisé dans bon nombre de comics centrés sur l’immortel mutant. Wolverine : Origines de Paul Jenkins (2001-2002) pour la scène d’ouverture et le générique du début de X-Men Origins : Wolverine (clairement le meilleur passage) ainsi que Arme X de Barry Windsor-Smith (1991) pour le côté expérience militaire, incrustation d’adamantium dans le squelette, amnésie et lavage de cerveau, etc. Même source d’inspiration, entre autres, pour la structure scénaristique globale concernant le personnage dans la première trilogie et dans le passage qui lui est consacré dans X-Men Apocalypse.

Les couvertures françaises des comics évoqués dans cet article. Le sixième (Logan) n'est plus édité mais est disponible légalement en ebook, le septième (Futur Antérieur) est issu de la collection Hachette uniquement disponible par abonnement.

La mini-série Wolverine de Chris Claremont et Frank Miller (1982) est l'une des références pour la partie japonaise de Wolverine. Le Combat de l’Immortel, avec l’autre mini-série, Logande Brian K. Vaughan (2008) pour le début du film. Futur Antérieur, alias Days of Future Past en V.O. (1981), scénarisée par John Byrne et Chris Claremont — des artistes qui ont grandement contribué au développement de Wolverine et des X-Men —, est l'inspiration directe pour le film éponyme. Avec une différence de taille tout de même, puisque ce n’est pas le mutant griffu qui voyage dans le temps mais Kitty Pride (jouée par Ellen Page dans les adaptations).


Des adieux définitifs ? 

Hugh Jackman n’a cessé de le répéter : l'aventure Wolverine est vraiment terminée pour lui. La fin de Logan ne laisse pas de doute sur le sujet. Attention spoiler : il meurt et il est enterré. On se rapproche ainsi d’une vision évoquée par Yukio dans Wolverine : Le Combat de l’Immortel (une théorie dénichée par un fan que Mangold a confirmée). Cette fin aurait pu être totalement différente puisque Jackman préférait que Wolverine reste en vie. Le comédien australien proposait ainsi une fin ouverte et un choix peut-être plus difficile pour le mutant (continuer de vivre avec le poids de la culpabilité). Le réalisateur, lui, a toujours voulu une mort définitive. « James a toujours été sûr de cette fin et il avait raison, a assuré Jackman. Contrairement à un humain, le plus poignant, pour quelqu'un qui est considéré comme indestructible, est bel et bien de mourir en disant :  "C'est donc à ça que ça ressemble…" »

La toute première fois... il y a 17 ans !
Visiblement indécis, Hugh Jackman se disait prêt, début 2017, à apparaître dans Deadpool 2, avant de changer d’avis puis d’affirmer qu’il pourrait reprendre les griffes s’il intégrait… les Avengers ! Il a évoqué cette hypothèse fin février mais il semble difficile, voire impossible, que cela se fasse un jour, toujours pour cette question de droits de personnages détenus par différents studios de production (Marvel Studios préside aux destinées des Avengers, la Fox possède les X-Men, Deadpool et Wolverine). Mais rien n'est impossible puisque Spider-Man, dont les droits appartiennent à Sony, a réussi à intégrer l’univers cinématographique Marvel contre toute attente, la firme japonaise et la société de production américaine ayant trouvé un terrain d'entente. L’acteur venu d'Océanie avait finalement ajouté lors de la promotion de Logan : « Quand j’ai lu le script, je me suis dit « oui [j’arrête après celui-ci] ». Quand j’ai tourné le film je me suis dit pareil. Mais bon, Dieu seul sait ce que je ferai dans trois ans… même si pour l’instant c’est certain [que j’arrête]. »

 LOGAN de James Mangold  ★ ★ ★ ☆  
 Avec Hugh Jackman, Dafne Kean, Patrick Stewart, Boyd Holbrook, Stephen Merchant...
 Scénario de Scott Frank, James Mangold et Michael Green | 2h15


L'action de Logan se situe en 2029. On nous présente un futur alternatif dans lequel Wolverine est chauffeur de limousine pour particuliers et cache son identité secrète. Il vit caché près de la frontière mexicaine avec le professeur Xavier (Patrick Stewart, dont c’est également la dernière apparition dans un film X-Men) et Caliban (Stephen Merchant), un mutant capable d’en pister d’autres. Tous les trois sont a priori les seuls rescapés de l’extinction des mutants. On ignore la cause de cette disparition mais le long-métrage nous apprend que le professeur Xavier a été responsable d’un terrible drame qui a causé plusieurs morts. Wolverine et lui vont être pris en chasse lorsqu’une jeune fille, Laura Kinney (Dafne Keen, grande révélation du film), alias X-23, créée à partir de l’ADN de Wolverine et possédant les mêmes pouvoirs, interfère dans leur vie.

Suit un road trip très sombre et violent, loin des films de super-héros « classiques ». Le trio cherche à se rendre au Canada (hommage au mutant griffu, puisque c’est son pays d’origine) pour sauver X-23 et d’autres enfants rescapés, sur lesquels des expériences ont été menées : on voulait en faire de parfaits soldats aux pouvoirs surhumains (à l’instar de Wolverine quelques années plus tôt). Ça décapite à tout-va et il y a beaucoup de sang qui gicle ! Un carnage presque ininterrompu qui permet à Logan de bénéficier d’un excellent rythme, sans temps morts. Les scènes « de repos » sont de courte durée et l’ensemble se révèle plutôt sérieux, avec une toute petite touche d’humour et de légèreté.

Malgré le manque de charisme de l’ennemi principal (Donald Pierce, un homme avec un bras bionique interprété par Boyd Holbrook), l’utilisation un peu trop évidente d’un clone de Wolverine (X-24) comme antagoniste et une fin abrupte et trop soudaine, Logan réussit à conclure avec brio les aventures d'un personnage mythique, avec une approche très noire et mélancolique. Et tant pis pour les incohérences et la chronologie, déjà compliquées, du reste de la franchise X-Men, à laquelle Logan fait référence à travers plusieurs clins d’œil ou dialogues.
James Mangold rend par ailleurs hommage à certains films de Clint Eastwood. Le metteur en scène reconnaît avoir puisé dans le western Impitoyable pour son ambiance et son histoire. On trouve aussi des références tirées d’autres réalisations d'Eastwood : L’Épreuve de force, Honkytonk Man, Josey Wales hors-la-loi et même Million Dollar Baby, pour les thématiques brassées.
Hugh Jackman et Daphne Keen forment un binôme solide, atypique et touchant, la jeune actrice (dont c’est le premier long-métrage) est bien la digne héritière de Wolverine.

De nouveaux films X-Men sont prévus, dont trois en 2018 (!) : Dark Phoenix, de Simon Kinberg, qui fera suite à Apocalypse, Les Nouveaux Mutants, de Josh Boone, davantage un spin-off centré sur une nouvelle équipe, et enfin le très attendu Deadpool 2, de David Leitch. Sans oublier la série Legion, acclamée par la critique et le public. Le personnage de Wolverine est-il définitivement mort ? Non. Il peut tout à fait revenir, plus jeune, aux côtés de la nouvelle équipe aperçue dans X-Men : Apocalypse et avec un énième tour de passe-passe lié à un voyage temporel (on n’est plus à ça près avec la franchise). Il peut aussi apparaître en flashback. Ou alors sous les traits d'un autre acteur… la seule question pertinente est : un comédien peut-il remplacer Hugh Jackman en tant que Wolverine ? À l'heure actuelle, cela semble impensable. D’où l'idée, parfaite sur le papier, d’introduire X-23 (voir encadré plus haut).
Nous pouvons revoir une ultime fois Logan dans une version noir et blanc du film. Celle-ci est un bonus disponible sur certaines éditions des sorties en vidéo. Georges Miller avait procédé de manière identique pour son excellent Mad Max : Fury Road. Un ultime voyage monochrome pour dire adieu à Wolverine. Une bonne fois pour toutes ?


Cet article a été publié dans Ciné Saga #18, en avril 2017.