Spécial Cthulhu #3 : Au Cœur du Mythe
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Suite de notre Spécial Cthulhu, très axé jeu (de rôles ou de société), avec cette fois un détour par les récits ayant inspiré ce riche univers, mais aussi leurs nombreuses déclinaisons et certains produits dérivés.


Intégrale Lovecraft
On commence bien entendu par le cœur du mythe, les nouvelles de H. P. Lovecraft. Elles sont disponibles en de nombreuses versions, plus ou moins intéressantes et abouties. Impossible de ne pas conseiller l'intégrale en trois énormes tomes publiée chez Robert Laffont, dans la collection Bouquins. Non seulement ces livres contiennent tous les récits liés au mythe de Cthulhu, mais aussi les autres travaux de Lovecraft (parfois même en tant que "nègre", donc non signés de son nom à l'époque). L'on retrouvera également des poèmes, des essais et différents éléments revenant sur la vie de l'auteur. Difficile de faire plus complet. 



Les Carnets de Lovecraft
Plus recentrés sur le mythe (et non son auteur), ces carnets, consacrés à chaque fois à une seule nouvelle, sont édités par Bragelonne. Leur particularité réside dans le fait que le texte est accompagné d'illustrations réalisées par Armel Gaume.
Comme vous pourrez le constater sur la photo ci-dessous, il s'agit en fait de crayonnés au style bien particulier. Les jeux d'ombre évoquent parfois plus les lieux et les personnages qu'ils ne les "dessinent" vraiment. Ce n'est pas inintéressant, c'est même parfois assez joli et efficace, mais le style aride et certaines silhouettes simplement ébauchées ne conviendront pas forcément à tous les lecteurs.
Ne pas s'attendre, en tout cas, à quelque chose de très impressionnant.




The Call of Cthulhu (VO)
Pour les lecteurs qui seraient plus attirés par les versions originales, là encore, il existe moult ouvrages et coffrets. Nous allons cependant signaler ici un livre destiné aux jeunes lecteurs (ou au moins jeunes souhaitant perfectionner leur maîtrise de la langue de Poe) : la version Harrap's de la nouvelle The Call of Cthulhu
Il s'agit en fait du récit en anglais accompagné de notes permettant de faciliter sa compréhension. À chaque début de chapitre, un petit résumé vous permet de saisir les grandes lignes du début du texte. Puis, chaque mot ou expression pouvant poser problème est surligné et les traductions correspondantes sont présentes dans la marge de chaque page.
Une méthode excellente sur laquelle pourraient se baser bien des professeurs (difficile de faire plus sympa comme approche, c'est en tout cas, avec les comics, l'un des supports les plus attractifs).




Le Necronomicon
Il s'agit à la base d'un ouvrage imaginaire, ayant son importance dans le mythe, et qui est devenu réalité en 1977 grâce à la librairie ésotérique new-yorkaise The Warlock Shop. 
Les Éditions Bragelonne ont adapté en 2023 ce gros (1,44 kg) et épais (888 pages) bouquin qui comprend plusieurs parties (Les Noms morts : l'histoire secrète du Necronomicon et les circonstances de sa découverte ; le Necronomicon en lui-même ; un livre de sorts à utiliser à vos risques et périls, allant du franchissement de Portes permettant de rejoindre le domaine de puissantes entités au simple et plus trivial booster permettant d'augmenter vos capacité sexuelles ; Les Portes du Necronomicon : un document revenant sur les origines des sorts décrits ; et un cahier d'illustrations en couleurs).
C'est un peu cher (45 euros) mais soigné, avec un aspect grimoire très bien rendu, une jolie couverture, douce au toucher et très épaisse, et un papier bénéficiant d'un aspect vieilli de circonstance. Voilà qui permettra de frissonner un peu en replongeant dans le passé trouble et terrifiant des Grands Anciens !
Ce livre est bien évidemment un objet de collection mais il est aussi considéré par certains comme une véritable passerelle vers l'occultisme, ce qui l'entoure d'une aura de mystère supplémentaire. Et bien entendu, si en tant que Maître de Jeu, vous pouvez le brandir durant une partie de L'Appel de Cthulhu, ça devrait faire son petit effet !
Notons qu'il existe une version, bien plus courte et bien moins jolie, qui fut à l'époque publiée par J'ai Lu.




Les adaptations BD
Il existe, là encore, bien des tentatives de transposition du monde terrifiant et surnaturel de Lovecraft en dessins et phylactères. Et bien souvent, le résultat n'est pas franchement à la hauteur. Prenons l'exemple de Dagon et L'Appel de Cthulhu, récits adaptés en BD au sein d'un même ouvrage édité l'année dernière par Contre-Dires.
L'adaptation est réalisée par Dave Shepard, un dessinateur britannique au style très cartoony. Et c'est là le premier défaut majeur de l'ouvrage : le style des dessins. Alors que les personnages évoquent des créatures abominables, des constructions cyclopéennes, des visions épouvantables, l'illustrateur peine à rendre le côté horrifique et démesuré des lieux et monstres. Tout est très gentillet, lisse et finalement presque enfantin. Ce n'est pas "moche", loin de là, c'est simplement totalement inadapté (et c'est loin d'être un cas unique, j'avais notamment souligné le même problème dans le magazine Geek, en février 2011, à propos de l'adaptation très naïve, par Culbard, de la nouvelle Les Montagnes Hallucinées).
Pire encore, si l'on poursuit plus avant l'analyse de certains plans, cette BD contient des maladresses étonnantes. Ainsi, alors que le texte fait référence à une "immensité bleue" (l'océan, sans fin), la case étant censée illustrer ce sentiment d'infini est bien trop centrée sur l'embarcation humaine et s'avère particulièrement étriquée (alors que la plupart des planches contiennent deux ou trois cases maximum et que les dessins pleine-page sont nombreux). Cela pose un réel problème de dichotomie entre ce qui est dit et ce qui est montré. 
Autre détail, les énormes marges blanches n'aident pas non plus à construire une atmosphère sombre et étouffante. Il s'agit ici d'un choix hasardeux, voire d'une fausse note, qui ne facilite en rien à l'immersion du lecteur dans l'histoire. 
Bref, pour adapter Lovecraft en dessin, il faut du grand, du spectaculaire, du sombre, du terrifiant.




Les adaptations illustrées Grand Format
Voilà une réussite avec des textes illustrés publiés en grand format chez Bragelonne. L'Appel de Cthulhu, par exemple, bénéficie de magnifiques planches dessinées par François Baranger
Ce dernier, dans un style sombre, minutieux, à la précision parfois photographique, va notamment représenter de fort belle manière les flots déchaînés, une R'lyeh menaçante ou un Cthulhu gigantesque. On est là dans une approche efficace, bien différente de celle évoquée dans le chapitre précédent.
Certes l'on demeure parfois dans l'évocation, avec des dessins souvent nimbés d'ombre, d'écume, de brume et de fumée, mais cela permet aussi de garder un semblant de mystère. Et bien que tout ne soit pas forcément aussi spectaculaire et dérangeant que les descriptions de Lovecraft, l'atmosphère générale est tout de même bien rendue.
Il existe également une adaptation, dans le même format, des Montagnes Hallucinées (en deux tomes, par le même illustrateur).




Autour du Mythe
Déjà de son vivant, Lovecraft a suscité bien des passions autour du panthéon cauchemardesque qu'il a inventé. Plusieurs de ses amis auteurs ont d'ailleurs contribué à enrichir le mythe, avec plus ou moins d'aisance. De nos jours, la passion est intacte et les contributions encore nombreuses.
Commençons, dans cette sélection d'ouvrages liés au Grand Cthulhu, par l'excellent Neonomicon d'Alan Moore. Dans cette adaptation très "méta", l'auteur parvient à rendre l'ambiance du mythe tout en permettant aux personnages d'y faire référence régulièrement. Il ne se contente pas d'adapter l'une des nouvelles de Lovecraft, ni même d'emprunter son bestiaire, il modernise l'ensemble, le redéfinit, lui donne un nouveau sens, aussi inattendu qu'inquiétant. La partie dessin est assurée par Jacen Burrows qui parvient à retranscrire le niveau (gigantesque) de violence et de perversion tout en demeurant souvent dans la suggestion ou le malaise et en évitant l'excès de gore. Un petit exploit.
Bref, c'est intelligent et efficace.
Du même auteur, l'on peut aussi conseiller la série Providence (cf. cet article). 
Dans un style complètement différent, l'on peut citer Le Jeune Lovecraft, paru chez Diabolo. Il s'agit d'un petit album, au format à l'italienne, qui s'aventure dans le domaine de l'humour et de la parodie. Une curiosité, en quelque sorte, à réserver aux fans.
Dans une approche plus sérieuse et effrayante, l'on retrouve la série Arkham Mysteries, entre aventure pulp et horreur fantastique, avec de nombreuses références et la présence de Lovecraft lui-même en tant que personnage. Le tout dans un style graphique sombre et fort joli. 
Bien évidemment, impossible d'être exhaustif tant les œuvres de tout genre s'inspirant du mythe de Cthulhu sont nombreuses. En DVD, vous trouverez également des adaptations plus ou moins libres (et plus ou moins réussies), comme Dagon (2001) de Stuart Gordon, Le Territoire des Ombres (2010) de José Luis Alemán ou encore Color out of Space (2019) de Richard Stanley. 
Pour rester dans les nouvelles, je ne peux que vous conseiller également Sur les traces de Lovecraft, une anthologie, à laquelle j'ai eu la chance de participer, sortie chez Nestiveqnen. Ma contribution, la nouvelle Retour au Wewelsburg, est également disponible (dans une version révisée) dans le recueil Jour de Neige.




Voilà pour ce tour d'horizon (incomplet) des récits écrits ou inspirés par Lovecraft. Nous reviendrons, dans le prochain article, sur l'aspect ludique avec la première version, bien vintage, du jeu de société Horreur à Arkham. En attendant, nous terminons avec des représentations un peu spéciales du grand Cthulhu !


Cthulhu en chair et en os en plastique et en résine
Sous l'appellation The Ancient One Tribute Box, l'on découvre une figurine d'environ 11 cm représentant un Cthulhu, de bonne facture, sur son socle orné de hiéroglyphes. Elle est accompagnée d'un petit livret (qui n'a pas grand intérêt) énumérant quelques œuvres ayant cité l'entité cosmique. Pour 22 euros, ça se tente.
Et nous terminons avec la version pop, reconnaissable pour une fois. 





Spécial Cthulhu #2 : Manuels de base et accessoires
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Après un excellent et très complet pack d'initiation, penchons-nous maintenant sur les manuels, ainsi qu'un pack d'accessoires, de la 7e édition de L'Appel de Cthulhu.

Le manuel des Investigateurs (les joueurs) et celui du Gardien (le maître de jeu) sont édités par Edge. Hardcover, papier glacé, belles illustrations, tout est soigné à première vue. Tout ? Bah... pas complètement, l'éditeur ayant opté pour un texte employant l'écriture dite "inclusive". On ne va pas s'étendre sur ce torche-cul inventé par des extrémistes incultes, c'est simplement regrettable qu'un éditeur cède à ce genre de saletés pour faire plaisir à trois connasses qui ne comprennent rien à la grammaire. Autrement dit, si vous avez une édition précédente, avec un texte propre et correct, gardez-la bien précieusement. 

Voyons maintenant le contenu. On commence par le Manuel des Joueurs.
Pas de grosses surprises, l'on va retrouver les rubriques habituelles : introduction au jeu de rôles, conseils pour les joueurs et le MJ, règles de création de personnages, caractéristiques, etc. Les occupations des personnages, ainsi que leurs compétences, sont également détaillées dans des chapitres à part. Une partie conséquente rend compte de l'ambiance des "années folles" aux États-Unis et diverses annexes (transports, équipement, table des armes...) complètent le tout. Notons que ce manuel contient une nouvelle de Lovecraft : L'Abomination de Dunwich. Plutôt une bonne idée pour faire découvrir l'univers aux novices.

Le Manuel du Gardien, sensiblement plus épais, contient une présentation de Lovecraft et du Mythe, ainsi qu'un exemple de partie (un long dialogue entre joueurs et MJ). Outre un nouveau topo sur la création des personnages, l'ouvrage détaille également les bonus et malus, le système de combat, les poursuites, les tests et points de santé mentale ou encore l'utilisation de la magie. Tout cela est plutôt clair et bien présenté, avec aide-mémoire, schémas et tableaux.
Une longue partie va développer différents conseils pour le MJ (pour rythmer une partie ou encore créer un scénario). L'on trouve également une bibliographie du surnaturel et un descriptif de nombreux monstres et divinités. Le tout est complété par deux scénarios : Au milieu des arbres millénaires et Lettres de Sang.
Là encore, du solide et du très complet. L'ensemble fourmille de bonnes idées et d'annexes plus ou moins importantes destinées à faciliter l'immersion des plus jeunes (par exemple, une liste d'adjectifs "lovecratfiens" destinée à enrichir les descriptions).




Le supplément Les Accessoires du Gardien est, lui, clairement décevant. Tout d'abord, l'ensemble tient dans une sorte de... pochette ouverte, qui ne permet pas de ranger le matériel. Une boîte n'aurait pas été de trop.
Niveau contenu, l'on trouve deux scénarios (La Maison Hantée et Le Phare défaillant) accompagnés de plans et d'indices imprimés à part. C'est un peu léger, on aurait aimé une campagne, même courte (le pack d'initiation en contenait une, or, là, on est sur du matériel "avancé"). 
On a ensuite des fiches de personnages (prétirées et vierges). Là encore, rien de comparable avec le superbe matériel du pack d'initiation. On est ici sur du strict minimum. 
L'on a ensuite trois cartes grand format, en couleurs : le monde (avec les sites liés au mythe), le comté de Miskatonic et Arkham. C'est la grosse déception de ce supplément. D'une part, les cartes sont identiques à celles présentes dans les manuels (en plus grand), d'autre part, elles n'ont rien de très exceptionnel. La carte du monde s'avère très simpliste, celle du comté, la plus réussie, ressemble à une simple carte routière, et celle d'Arkham est aussi hideuse que peu pratique (que ce soit à cause des dessins ou du choix des couleurs).
Reste l'écran de jeu du MJ, là encore bien en dessous de celui du pack d'initiation (bien qu'il soit en carton épais, donc plus stable, et doté d'une fort belle illustration). Les différents tableaux et résumés sont peu lisibles et la police employée est minuscule. Un écran plus grand et quelques ajouts de couleurs auraient permis de rendre le tout plus digeste et facile d'utilisation.

Au final, malgré des manuels complets et ne manquant pas de contenu intéressant, l'on va donc déconseiller cette septième édition. Non seulement à cause des atteintes à la grammaire (inacceptables si l'on est un minimum sensé et instruit) mais aussi à cause d'un matériel supplémentaire qui s'avère globalement ni très pratique ni très joli. 









Écho #38 : Dragon Ball Full Color
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Les deux premiers tomes de l'édition "full color" de Dragon Ball sont disponibles chez Glénat.

Pas mal de choses à dire sur cette énième version qui ne sera probablement pas la dernière. Jusqu'à présent, nous avions eu l'édition simple petit format (dans le sens de lecture français, à l'époque où les éditeurs de manga faisaient encore correctement leur boulot), l'édition double, l'édition en coffret avec une nouvelle traduction et un sens de lecture japonais (vraiment brillant comme idée alors que le texte est en français, cf. cet article), l'édition Anime Comics en couleurs reprenant uniquement la partie DBZ à partir d'images du dessin animé, la Perfect Édition contenant quelques pages en couleurs, l'édition Grand Format Collector (en noir et blanc), sans compter les éditions kiosque. 
Cette fois, c'est donc une édition entièrement colorisée (à partir des dessins originaux) qui est proposée.

Niveau format, l'éditon full color est identique à la perfect édition. Ce qui permettra dans quelques années de vous proposer une édition grand format en couleurs. Bah, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?
La colorisation est plutôt de bonne facture. Un poil flashy, mais globalement c'est un travail tout à fait convenable, rien à voir avec les saloperies proposées parfois par certains éditeurs (ce genre de merdes par exemple). 

Quelques petits défauts tout de même à signaler pour cette édition qui porte bien mal son nom. En effet, si on enlève la jaquette qui fait office de cache-misère, l'on se rend compte que les couvertures sont... en niveaux de gris. Pour une édition "full color", c'est un peu ennuyeux. 
Pour en revenir à la jaquette, l'on peut également déplorer un énorme carré blanc contenant le code-barre sur la quatrième de couverture. Est-ce une erreur ? Si c'est volontaire, on ne comprend pas bien le but.

Les tomes contiennent quelques bonus (6 pages pour le premier tome, 2 pages pour le deuxième) dans lesquels Akira Toriyama répond à diverses questions sur l'univers de DB, concernant l'origine des personnages, certaines techniques de combat ou encore les véhicules. 

Reste à aborder le prix, 15 euros, c'est quand même très cher pour un produit qui n'est pas parfait et qui a déjà été surexploité. Par contre, nul doute que cette édition couleur, apportant beaucoup en lisibilité, devrait tout de même intéresser les fans de Goku. 

Une énorme zone blanche, peu esthétique, au dos de la jaquette.

Le terme "full color" ne s'applique visiblement pas aux couvertures.





Spécial Cthulhu #1 : Pack d'Initiation
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Premier article d'une série consacrée au Mythe de Cthulhu et à Lovecraft

Nous allons essentiellement aborder le jeu de rôle qui découle de cet univers, à savoir L'Appel de Cthulhu, à travers différents manuels et suppléments, mais nous évoquerons aussi divers livres, un jeu de plateau et même quelques figurines. 
Et pour aujourd'hui, nous commençons tout naturellement par Cthulhu - Initiation au jeu d'aventures, de la gamme Chroniques Oubliées de Black Book Editions. 

Il s'agit d'une boîte très complète permettant de s'initier au jeu de rôles et à l'univers fantastique et inquiétant créé par Lovecraft. Niveau matériel, c'est très complet et largement suffisant pour mener à bien quelques parties. Voyons le détail du contenu.

On commence par quatre livrets, grand format, en couleurs, sur papier glacé. 
Le premier contient les règles du jeu. On vous explique naturellement, pour les novices, ce qu'est le jeu de rôles. Il y a même un extrait de partie sous forme de BD (plutôt une bonne idée). On passe ensuite à une longue explication sur la création de personnages, suivie par les règles de base (les différentes actions, quand faire un test, les blessures, la folie...). Tout cela est illustré par de nombreux petits exemples (sous forme de texte cette fois). Viennent ensuite une partie équipement (avec notamment de nombreuses armes à feu mais aussi les tenues ou les objets courants), une partie logement et restauration, ainsi qu'un volet consacré aux véhicules et aux poursuites. L'éditeur détaille ensuite les profils et voies, qui permettent de déterminer l'orientation de votre personnage (action, aventure, réflexion) et ses capacités (déterminées donc par les voies choisies, parmi notamment l'archéologie, les armes à feu, le corps à corps, le discours, la furtivité, les langues, la psychologie, la survie, etc.).
Ce volet se termine sur quelques conseils pour les MJ et un petit topo historique sur les années 20.

Le deuxième livret est un bestiaire du mythe, présentant créatures et ennemis.
Là encore, c'est très bien pensé. Pour chaque monstre important, l'on a droit à une description générique, une explication sur ses capacités spéciales, ses caractéristiques, une belle et grande illustration, et enfin, un synopsis donnant une idée de scénario à développer.
Outre les créatures purement lovecraftiennes, le livret présente aussi les caractéristiques de différents animaux et figurants (flic, gros bras, soldat, tueur à gages, inspecteur...). 

Le troisième livret contient une campagne complète, intitulée Septembre Rouge. La première partie de cette campagne se déroule à New York, lors d'un attentat ayant vraiment eu lieu en septembre 1920. Régulièrement, des conseils sont donnés au MJ pour éventuellement débloquer une situation. Tout est donc fait pour faciliter les premiers pas. La deuxième partie va se dérouler sur un paquebot, la troisième dans un village et la quatrième dans un complexe souterrain. Un parcours bien varié donc. Bien sûr, tout cela est accompagné par divers plans fort utiles.

Enfin, le quatrième livret est un scénario unique, linéaire dans son premier acte et plus ouvert par la suite. Là aussi, fiches de créatures et plans sont présents, ainsi d'ailleurs que quelques musiques d'ambiance conseillées. 




Si on s'arrêtait là, ce serait déjà bien complet, mais on est loin d'avoir fait le tour de cette box. 
En plus des livrets, l'on va donc trouver :
- des fiches de personnages (superbes, cf. photos) vierges mais aussi des personnages prétirés
- les cartes détaillant les différentes "voies" 
- un set complet de dés (1D4, 1D6, 1D8, 1D10, 1D12, 1D20)
- un magnifique écran pour le MJ, avec une belle illustration et des résumés lisibles et aérés
- une carte de village et une grande carte détaillant l'intérieur d'une bâtisse
- plus d'une cinquantaine de personnages et monstres cartonnés, à placer sur supports plastique
- deux sachets refermables pour ranger tout cela une fois les personnages détachés de leur planche

Niveau matériel, difficile de faire plus exhaustif, d'autant que tout est réellement soigné. Peut-être peut-on regretter que les personnages et monstres ne soient pas représentés par de réelles figurines, mais j'imagine que le prix se serait alors envolé (la boîte était proposée à l'origine pour environ 50 euros, elle semble avoir quelque peu augmenté ces derniers temps mais est toujours disponible en neuf).

Voilà en tout cas un contenu parfait pour initier votre famille et vos amis au jeu de rôles et aux terrifiantes créatures du mythe de Cthulhu. Tout le matériel nécessaire est présent et les nombreux conseils permettent une approche sereine et graduelle. 
Bref, très vivement conseillé. 








+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un matériel de qualité.
  • Contenu très complet.
  • Des conseils pratiques et un aspect didactique bienvenus.
  • Des illustrations magnifiques.
  • Une foule de synopsis en plus de la campagne et du scénario one-shot.


  • Clairement un sans-faute.
Don Quichotte de la Manche en BD
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Les jumeaux Brizzi sont loin d'être des inconnus sur la scène culturelle, mais leur réputation s'est surtout construite dans le domaine de l'animation : plusieurs de leurs courts-métrages couverts de lauriers (dont un César) leur ont valu d'être embauchés par Disney (sur de nombreuses séquences du Bossu de Notre-Dame et un morceau de Fantasia 2000). Toutefois, depuis quelque temps, ils se sont tournés vers un autre champ d'investigation en adaptant graphiquement des ouvrages de (grande) littérature : Céline, Balzac, Boris Vian et Edgar Poe ont ainsi été traduits sous forme d'albums de BD avant que le duo enchaîne pour les éditions Daniel Maghen sur rien moins que la Divine Comédie de Dante. C'est pour ce même éditeur qu'ils ont sorti, fin 2023, leur propre vision de l'œuvre phare de la culture ibérique, Don Quichotte de la Manche. Avant de s'attaquer à Shakespeare ?

Le produit en lui-même est alléchant avec ses 200 pages contenues dans dans un album épais, au papier glacé imprimé chez Delabie (en Belgique), et de grand format : presque 40 cm de haut ! Sans atteindre les dimensions vertigineuses de l'oversized Arme X, il est un poil plus imposant que Fluorescent Black (chez Milady) ou la Vengeance du comte Skarbek (chez Dargaud) mais reste plus petit que l'Appel de Cthulhu chez Bragelonne. Il n'empêche que si vous n'avez pas les étagères adaptées, il devra être glissé à l'horizontale (et cela risque de poser un problème chez les maniaques du rangement).

Une petite présentation (deux pages après le titre) par les auteurs du chef-d'œuvre de Cervantès et une mini-biographie en fin de volume, c'est tout ce qu'il y aura en bonus dans l'édition normale, vendue à 29 € ; c'est un peu léger, convenons-en. Toutefois, l'essentiel est ailleurs et avant tout dans les planches qui s'avèrent immédiatement splendides : la finesse du crayonné en nuances de gris (la plupart du temps en noir et blanc sans colorisation) confère aux personnages une truculence et un charme immédiats. 
Régulièrement, les frères aèrent encore davantage la présentation par des illustrations en pleine page détaillées davantage : le récit est sobre, les cases respirent et on s'aperçoit qu'on avance dans l'histoire plus vite qu'on ne l'aurait cru. En effet, les dialogues apparaissent plutôt légers et les phylactères n'emplissent pas les pages, laissant la priorité au dessin. Celui-ci s'épanouit encore lors des visions du héros, et les vues subjectives se parent alors de couleurs pastel rehaussant les détails des costumes et insérant plus d'ampleur dans les décors, en s'appuyant en outre sur un basculement du point de vue (les contre-plongées sont magnifiques).


Voici donc une adaptation parfaite pour ceux qui ne veulent pas s'embarrasser du texte original tout en désirant se cultiver et en savoir davantage sur le roman tutélaire de la nation espagnole, mettant en scène Don Quijone, un vieillard vivant isolé, entouré des livres qui ont bercé toute son existence, et qui décide sur un coup de tête de se muer en chevalier errant et de partir affronter les dangers hantant son pays afin d'y trouver autant de gloire et de reconnaissance que les chevaliers s'illustrant dans les chansons de geste qu'il connaît par cœur. 

C'est l'histoire d'un idéaliste qui refuse de voir la vie telle qu'elle est, hors de son temps mais engoncé dans des principes d'honneur et de loyauté trop grands pour lui, qui n'ont plus vraiment cours dans le royaume en ce début de XVIIe siècle. Sans atteindre la mythomanie de Münchhausen, le vieillard illuminé voit bien entendu des géants à la place des moulins à vent ou des dragons au lieu de bouts de bois et s'arroge le droit de s'interposer chaque fois qu'il croit être témoin d'une injustice, mû par un esprit profondément chevaleresque. Évidemment, il va se heurter régulièrement à la cruelle réalité, risquant plusieurs fois d'y laisser la vie. Seuls le curé du village, soucieux de la santé physique et mentale de cet hurluberlu, puis Sancho, modeste paysan un peu benêt auquel Quijone a promis la richesse et le pouvoir, lui permettent de se sortir, parfois de justesse, de bien des mauvais pas. Mais le bougre, qui exige qu'on l'appelle Don "Quichotte" (parce que tout simplement c'est plus classe) et ne dédaigne pas les surnoms dont on ne tarde pas à l'affubler ("le Chevalier Errant", "le Chevalier à la Triste Figure"), a le don de se fourrer dans les situations les plus inextricables qui soient. Sans parler de sa fixation sur celle qu'il nomme Dulcinée, et qu'il espère retrouver une fois sa quête accomplie (la Dulcinée en question n'en ayant strictement rien à battre).

On pourra ainsi regretter de ne pas vraiment profiter du verbe de Cervantès, de l'ironie cinglante de son style et de son don d'observation, néanmoins l'album se parcourt avec un plaisir qui grandit à chaque page, grâce notamment à ces superbes dessins légèrement caricaturaux qui rappellent par moments Daumier ou surtout Gustave Doré bien qu'avec la rondeur caractéristique d'un Uderzo. Les expressions sont systématiquement accentuées, l'accent étant porté sur les visages et les silhouettes, même si parfois l'on reste ébahi par la beauté de certains décors. L'on y s'invective, parle avec de grands gestes, on rit et on crie souvent et on finit par suivre avec attendrissement les pseudo-aventures de ce geek des Temps Modernes, l'encourageant lorsqu'il pourfend des monstres nés de son imagination et poursuit jusqu'à la Lune un méchant sorcier. Certes, il est clairement inadapté mais ne cause de tort à personne (ou presque) et traite tout le monde avec ce respect nostalgique issu des grandes sagas où les héros s'expriment en vers. Et, malgré les péripéties grandiloquentes et les mésaventures qu'il accumule innocemment, si on s'amuse beaucoup, l'on regrette vite de voir que tout le monde, en dehors des rares qui partent à sa recherche et de l'inusable Sancho, se moque allègrement de ses illusions et de sa naïveté.


L'histoire s'achève sur une touche douce-amère, plutôt bien retranscrite, et l'on referme l'ouvrage avec cette citation centrée sur la quatrième de couverture : 
Son tort, voyez-vous, fut d'avoir trop aimé les livres.
Comme si l'on pouvait avoir tort de trop les aimer ! 
Mais certains, malheureusement, vous feront comprendre que c'est le cas. Et l'on s'apercevra trop tard que le monde est un peu plus triste sans les Don Quichotte qui le parcourent avec hardiesse et fierté.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Graphiquement superbe.
  • Un volume grand format qui ornera les plus belles bibliothèques.
  • Des illustrations pleine page attrayantes.
  • L'usage parcimonieux de la couleur est pertinent.
  • Beaucoup de tendresse dans la description du héros. 
  • Une bonne introduction à l'oeuvre de Cervantès.


  • Une adaptation très libre qui altère volontairement le personnage central et le point de vue du lecteur.
  • La puissance du texte original ne transparaît pas vraiment.
  • Un contenu éditorial un peu chiche pour un album de ce prix.
  • Quelques coquilles et fautes d'accord.