The Invention of Lying
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Imaginez un monde où le mensonge n'a jamais été "inventé". C'est le pitch de départ de The Invention of Lying.

Réalisé, écrit et interprété par l'humoriste anglais Ricky Gervais (et Matthew Robinson), ce film, sorti discrètement en France en 2010, s'avère être une comédie pour le moins originale et très bien écrite.
L'intrigue se déroule dans un monde identique au nôtre, si ce n'est que le mensonge y est impossible, car il n'a pas été inventé. Cela a évidemment de lourdes conséquences dans les relations sociales ou professionnelles, mais aussi sur le divertissement : la fiction est impossible, les scénaristes écrivent en fait des récits historiques uniquement. Récits qui ne peuvent pas être interprétés par des acteurs (ce serait un mensonge d'incarner un personnage) et qui sont donc simplement lus à la télévision.

L'univers proposé est donc atypique, mais surtout très drôle. Plus personne n'a de filtre, la vérité sortant constamment de la bouche des personnages, et ce dans n'importe quelle situation.
Dans ce contexte, Mark Bellison, auteur à qui l'on a confié une période historique sinistre, marquée par la peste noire, a bien du mal à connaître le succès. La dernière jeune femme avec qui il avait rendez-vous lui a ouvertement dit qu'il ne lui plaisait pas. Et il a été obligé en plus de lui avouer qu'il gagnait peu d'argent et était sur le point de se faire virer.
Pire, Mark, qui ne peut plus payer son loyer, va finir à la rue... c'est alors qu'il se rend à la banque, pour retirer les 300 dollars qui restent sur son compte, qu'une idée lui vient. Il demande 800 dollars qu'il ne possède pas, mais qui lui permettraient de payer son loyer. L'employée au guichet consulte le solde de Bellison, constate qu'il n'y a que 300 dollars et conclut, comme le mensonge est inconcevable, qu'il s'agit d'une erreur. Mark repart ainsi avec 800 dollars et des idées plein la tête.


La thématique est ici très bien explorée, de diverses manières. Et dans un monde où mentir n'est même pas imaginable (Mark a même du mal à expliquer à ses amis ce qu'il a fait à la banque, et quand il essaie de mentir ouvertement en leur présence, ils ne peuvent comprendre ce concept), les possibilités sont très nombreuses.
Outre les gags, l'on aura même droit à un moment très émouvant, lorsque Mark va rassurer sa mère à l'article de la mort. Puis, cela virera même à la critique sociale et à l'absurde, avec un début de religion inventé par un Bellison ayant bien du mal à expliquer à la foule ce qui lui permettra ou non de connaître une vie meilleure dans l'au-delà.

Au final extrêmement moraliste, conventionnelle, voire naïve, cette comédie attendrissante et jubilatoire (surtout dans la première moitié du film) repose sur une idée simple mais exploitée d'une manière très astucieuse, qui la fait surfer du côté du conte philosophique.
Le casting est également franchement réussi, outre Jennifer Gardner et Robe Lowe, Gervais s'est entouré d'autres humoristes, comme Tina Fey ou Louis C.K., il a également fait appel à quelques noms connus pour incarner de savoureux seconds rôles : Edward Norton, Jonah Hill, Jason Bateman...

Disponible sur Netflix, ou en DVD (sous le titre Mytho-Man, heurk !) pour moins de 10 euros port compris.
À découvrir.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Ricky Gervais, excellent dans ce rôle de loser attendrissant.
  • Une idée de base donnant lieu à des scènes fort drôles.
  • Le casting.

  • Tout cela reste tout de même très propret et excessivement moralisateur.
Test UMAC : quel genre de super-héros es-tu ?
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Tu as toujours rêvé de déterminer si tu étais un gentil Peter Parker ou un putain de psychopathe tendance Punisher ? Réjouis-toi, on va t'aider !
Sept psychologues ont été maltraités pour les besoins de ce test. Enfin... on n'en avait pas vraiment besoin, mais on les a maltraités quand même. 
Note à chaque question la lettre correspondant à ta réponse, puis va vite consulter ton profil dans les résultats. 



1. Un type te fait une queue de poisson sur la route. Tu remarques que sa conduite dangereuse peut occasionner un accident. Tu décides d'agir :

A : Tu lui fais des appels de phare pour attirer son attention mais tu penses à sourire pour ne pas l'effrayer.

B : Tu te changes vite fait et tu stoppes son véhicule grâce à ta super-force.

C : Tu lui colles au cul, tu attends un stop ou un feu rouge, et tu fonces dans sa bagnole pour lui faire bouffer le contenu de son cendrier ou, s'il est non-fumeur, son tapis de sol.



2. Un malotru te passe devant dans une fille d'attente, au cinéma ou au supermarché :

A : Tu te retournes et tu dis (doucement, pour qu'il n'entende pas), à la petite vieille de derrière, "eh bien, certains sont d'un sans-gêne !".

B : Tu utilises ta super-vision pour faire fondre ses semelles et le stopper aussi habilement que discrètement.

C : Tu vas siphonner un peu d'essence en vitesse, juste de quoi te gonfler les joues, tu te mets derrière le mec dans la salle, et, quand le film commence, tu lui craches ton contenu buccal dessus puis l'allume à l'aide d'un briquet (ben attends, "file d'attente", ça veut bien dire qu'on doit attendre dans la file, merde !).



3. Un démon à la con te demande de choisir entre ta femme mannequin, dont tu es censé être amoureux, et une vieille tantine à l'article de la mort, qui est peut-être néanmoins ta mère selon Mark Millar (cf. cet article) :

A : Tu choisis la tantine, c'est normal, elle t'a élevée, et puis... elle fait de si bons gâteaux.

B : Tu trouves ce choix un tantinet... heu, enfin, "un peu" bizarre et malsain. Tu décides de remodeler la réalité grâce à tes pouvoirs cosmiques. Et surtout, de ne plus penser à ça...

C : Tu es excédé, attends, la magie et les trucs démoniaques, ça marche que si on y croit, et puis bon, Seigneur des Enfers ou pas, vous vous êtes pas entraînés aux mawashi-geri ensemble, d'où il vient te faire chier avec ses dilemmes, ce con ? Du coup, hop, tu lui mets un coup de latte dans les couilles et c'est réglé !



4. Personne n'a pensé à faire les courses, il ne reste plus qu'un café liégeois dans le frigo et trois yaourts aux fruits (un fruit de merde en plus : kiwi). Ta femme et tes deux gosses veulent le café liégeois :

A : Tu prends sur toi et leur laisse gentiment le dessert tant convoité. Mieux, tu expliques aux deux petites canailles pourquoi il serait sympa de laisser maman profiter de son onctuosité.

B : Tu rends le café liégeois invisible pour pouvoir te le taper après tout seul, en douce. C'est bon, tu sauves la Terre trois fois par semaine, tu vas pas en plus bouffer du yaourt au kiwi...

C : Aux gamins, tu leur racontes un truc qui fait peur, pour qu'ils se cassent vite fait (il ferait beau voir que ce soit eux qui commandent !) et à la gonzesse, tu lui décris en détail ton séjour au Vietnam, ou dans les bas-fonds de n'importe quel bled de peigne-cul, histoire de la dégoûter et de la culpabiliser.



5. Tu vas chercher un colis à la poste. Tu fais la queue pendant vingt minutes (multiplier par trois pour les parisiens), tu arrives au guichet et là, une espèce de rombière te balance à la gueule, sans ménagement, un truc que tu sais hyper-fragile :

A : Tu secoues un peu le colis, constates qu'il ne doit pas y avoir trop de casse, et préfères ne rien dire afin de ne pas causer un scandale ou gêner la personne dans son parcours professionnel (enfin, "professionnel"... son parcours d'employé de la Poste quoi).

B : Tu amortis le choc grâce à ta télékinésie et te félicites d'être ainsi épargné des soucis quotidiens du quidam lambda.

C : Tu rejoins les rangs des Suarez et autres Tyson et tu la mords, cette conne !






6. Dans un vide-grenier, tu as mis la main sur une lampe magique (pas chère, qui a de la gueule). En la frottant pour la dépoussiérer, un génie apparaît. Il ressemble un peu à Stéphane Bern, ce qui te fait penser que ça pue du cul cette histoire. Il te propose non trois vœux, mais un vœu à choisir parmi trois (ben oui, c'est l'arnaque, mais t'as eu ça dans un vide-grenier à la base) :

A : Tu vas mourir étouffé dans un tonneau de cancoillotte, mais en contrepartie, il y aura la paix dans le monde, et ce pour toujours (bien penser à la voix mielleuse et ravie de Bern, surtout sur le "pour toujouuurs").

B : Tu peux coucher avec Sam Fox (ou George Clooney si t'es une fille... ou si tu préfères les mecs), et tu obtiens 2 millions d'euros, mais en contrepartie, tu devras uniquement écouter du Cali et lire du Christine Angot jusqu'à la fin de tes jours...

C : Il n'y a pas de cancoillotte ou de Cali qui tiennent, tu fais un doigt au génie et balance la lampe à la poubelle. 



7. C'est l'anniversaire de ton meilleur ami. Tu te pointes en retard et tu as dû improviser pour trouver un cadeau :

A : Tu lui offres une clé USB sur laquelle tu as fait une compilation des photos de vos meilleurs délires et de quelques mp3 qu'il apprécie (heu... ouais, ça craint, c'est ton pote, pas une fille que tu veux draguer, autant lui avouer carrément que tu es gay là !).

B : Tu lui ramènes une vraie tête d'alien, empaillée (tu as eu la précaution de la faire bouillir avant, pour pas qu'il se chope un virus extraterrestre à la con, c'est la moindre des choses).

C : Tu arrives les mains dans les poches, tu picoles à mort, tu gerbes sur sa femme et défonce la gueule de son beau-père qui te faisait chier depuis deux heures avec ses conneries sur l'économie et la nécessité de dévaluer l'euro... bah, pas une mauvaise soirée en fin de compte si l'on excepte les amuse-gueules au tofu.



8. Un astéroïde menace la Terre. Ah ben, on n'a pas dit que c'était à chaque fois des situations faciles hein ! 

A : Comme Bruce Willis dans Armageddon, tu te sacrifies pour sauver l'humanité... (attention, si tu choisis cette réponse, tu peux te mettre un bonus de 500 "A" (ne souris pas, tu vas crever connard !!)).

B : Tu remontes le temps et va mettre à l'astéroïde une pichenette de rien du tout, 300 000 ans avant qu'il vienne faire chier.

C : Tu contactes cetelem, cofinoga, cofidis et financo, et tu te tapes une semaine de taré, avec putes, coke et glaces italiennes.



9. Tu pars en vacances en Grèce, parce que bon, ça coûte pas cher en ce moment, mais, comble de malchance, des éco-terroristes détournent ton avion :

A : Tu tentes d'instaurer un dialogue, car ils n'ont pas mauvais fond et tu crois en certaines valeurs, comme la tolérance et le fait de trier tes déchets.

B : Tu les mets à feu doux en utilisant ta super-vision.

C : Tu t'introduis dans le poste de pilotage et bute les pilotes afin de mettre la pression sur les blaireaux qui font chier. Quant ils commencent à chialer, tu fais un sudoku, parce que t'es cool...



10. Un abruti te propose un test à la con sur le net :

A : Tu prends le temps d'y répondre, car cette personne a sans doute beaucoup travaillé pour ça, et tu ne rates jamais une occasion d'en apprendre un peu plus sur toi-même, c'est tellement merveilleux de pouvoir progresser dans la connaissance de soi !!

B : Le test n'a aucun sens pour toi car ton omnipotence induit que tu fais en réalité tous les choix à la fois.

C : Tu localises l'auteur et tu lui fais livrer un petit cercueil avec une merde de chevreuil à l'intérieur.



Et voilà les résultats !!
As-tu bien noté tes réponses ?
Veux-tu enfin savoir qui tu es grâce à nos spécialistes qui peuvent déterminer ton profil véritable, ton signe du zodiaque, ta couleur préférée et ce que tu as mangé ce midi ?
Eh bien, un nouveau monde s'ouvre à toi, ô true believer !



I. Tu as un maximum de "A"

Tu es un super-héros de type "gentil couillon".
Ton héros de référence est Spider-Man. Ou Candy.
Ton totem est la Sauce Tomate (parce que ça donne du goût mais bon, ça va, ça pique pas).
Tu excelles dans les professions ingrates, comme professeur de français à Lille (ou Marseille). Ou coach en développement personnel pour footballeur.
Tu es timide mais optimiste. Si un malotru te marche sur les pieds, sans s'excuser, tu te félicites du fait qu'il n'ait pas trébuché.
Rien n'entame ta vision enchantée du monde, même pas la méchanceté, car tu ne la vois pas la plupart du temps.


II. Tu as un maximum de "B"

Tu es un vrai héros. Avec des pouvoirs et tout.
Ton héros de référence est Jean-Claude Van Damme.
Ton totem est Evelyne Dhéliat. Et franchement, elle fait pas son âge.
Cependant, il faut savoir que ça n'existe pas vraiment les pouvoirs... du coup, tes réponses sont étranges. La vie n'est pas une vaste aire de jeu onirique où l'on peut s'ébattre à sa guise.
Si tu étais sous l'emprise d'un psychotrope pendant ce test, recommence.
Si c'est déjà la troisième fois que tu obtiens ce résultat, essaie de recommencer ce test en observant une période d'abstinence de deux à trois jours.


III. Tu as un maximum de "C"

Tu es une personne "lambda" selon les normes vikings. Autant dire que tu es un peu flippant.
Ton héros de référence est Ed Gein.
Ton totem est la Tronçonneuse. Ou la Scie Rouillée.
Tu es complètement fêlé, avouons-le, au point de filer la chiasse aux plus aguerris. Même Olivier de Carglass ne viendrait pas se frotter à toi en tentant de te refiler sa résine.
Tu aimes la viande crue, le goût du sang et les taxis parisiens.
C'est bien de s'affirmer, mais tu devrais apprendre à relâcher un peu la pression. Par exemple en arrêtant de froncer les sourcils, au moins en dormant pour commencer.

Locke & Key sur Netflix
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L'excellent comic Locke & Key, que nous vous avons longuement présenté dans cet article, va être adapté en série TV, disponible dès le 7 février sur Netflix.

Rappelons un peu le pitch : après l'horrible meurtre de leur père, Tyler, Kinsey et Bode déménagent, en compagnie de leur mère, dans un immense manoir situé non loin de la bourgade de Lovecraft.
Ils ne vont pas tarder à découvrir que les portes de cette ancienne demeure cachent bien des secrets... et quelques dangers !

Si la série parvient à se hisser au niveau de l'écriture de Joe Hill (le fiston de Stephen King), cela devrait donner un récit original, à l'atmosphère sombre, et parsemé de quelques touches d'humour. Un chouette cocktail !

N'hésitez pas à jeter un œil à la bande-annonce ci-dessous, qui vient tout juste d'être dévoilée.



Chroniques des classiques : Quinzinzinzili
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Quinzinzinzili ! En voilà un titre bizarre ! Et qu’est-ce que ça veut dire, d’abord ?
Il se trouve que sa signification est une des clefs de compréhension de l’ouvrage. Non, il ne s’agit pas d’une variation du fameux « Tekeli Li ! » hurlé par les sauvages de la tribu de Tsalal dans l’énigmatique roman Les Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Poe – cri étrange repris plus tard par Lovecraft dans les Montagnes hallucinées [cf. cet article]. Et il n’y a pas le moindre rapport avec quelque « zinzin » ou « zizi » que ce soit, ceci n’est pas le énième volume des exploits de Titeuf.

C’est le titre d’un roman de 1935, rédigé par Régis Messac. Un livre et un auteur qui ont failli disparaître des mémoires avant, grâce à la passion communicative d’artistes talentueux tels Serge Lehman et Fabrice Colin [cf. La Brigade chimérique], de retrouver leur digne place au panthéon de la science-fiction française.
Agrégé de lettres, Régis Messac fut un écrivain visionnaire qui, très tôt, développa le sentiment que l’avenir de la littérature passait par le genre, ce qui lui éviterait ainsi de se scléroser : dès 1929, ne rédigea-t-il pas cette fameuse thèse « le Detective Novel & l’influence de la pensée scientifique », montrant ainsi son goût pour ces textes dont les Anglo-Saxons étaient friands ? Brillant, hardi, prêt à établir des passerelles durables entre les catégories d’écrivains, il fonda même en 1933 "les Hypermondes", rassemblant autour de lui d’autres figures de la littérature prospective et créant ainsi ce qui fut sans doute la plus ancienne collection spécialisée dans la SF.
Ce sont les mondes hors du monde, à côté du monde, au-delà du monde, inventés, devinés ou entrevus par des hommes à la riche imagination, des poètes. Il faut pour les visiter entreprendre les voyages imaginaires, les voyages impossibles. C’est ainsi qu’il définissait cette dimension à explorer dans son avant-propos à Quinzinzinzili
Messac avait énormément de choses à dire et des projets plein la tête. On sait qu'il avait établi des liens solides avec Hugo Gernsback (celui-là même qui est considéré comme le père de la SF moderne, l'inventeur du terme "science-fiction" et découvreur des talents de l'Age d'or américain comme Asimov, Heinlein ou Simak dans ses revues Amazing Stories et Wonder Stories). Ses deux romans suivants, La Cité des asphyxiés et Valcrétin, témoignent d’une véritable qualité littéraire doublée d’un sens aigu de l’observation, malgré un profond pessimisme sur l’avenir de l’espèce, pessimisme qu’il partageait avec certains de ses pairs, comme Jacques Spitz (L’Agonie du globe) ou J. H. Rosny aîné (La Mort de la Terre - 1910), dans une volonté d’explorer des lendemains qui déchantent, sur lesquels se baseront ensuite bon nombre d’écrivains comme J. G. Ballard.
Messac aurait pu contribuer à faire de cette école française en devenir un pilier de la SF internationale mais, déporté « Nacht und Nebel » durant la Seconde Guerre mondiale, il disparut dans un camp de concentration.

Quid alors de Quinzinzinzili ? Ce n’est que la déformation de la phrase latine « Qui est in coelis » telle que les derniers survivants d’un cataclysme la prononcent, lui accordant en outre des pouvoirs divins, "Quinzinzinzili" devenant ainsi cause et effet de tout ce qui n’est pas directement explicable par ces jeunes esprits.
Ce roman agréable à lire par son ton et son découpage très modernes se veut le témoignage à la première personne, façon journal intime, d’un dénommé Gérard, qui commence déjà à douter de sa propre identité et décide de consigner ses impressions par écrit, au cas où tout ce qu’il vit ne soit qu’un rêve, une fantaisie dictée par les synapses malmenées d’un cerveau à la dérive. Car il y a bien longtemps qu’il ne désire plus constituer un témoignage de ses actes, lui, sans doute le dernier adulte sur Terre, entouré d’une bande d’enfants qui ont par miracle survécu à la conflagration ayant anéanti les nations au seuil d’une guerre planétaire, réveillant ainsi une Nature jusque-là trop passive : on ne parle pas de radiations, mais d'un empoisonnement de la biosphère. Tel un Déluge biblique, une purge a suivi les premiers conflits d’envergure entre les coalitions qui jouaient à se faire peur, puis l’usage d’armes trop terrifiantes pour être employées mit fin aux spéculations. L’Humanité s’est donc exterminée. Fin de l’histoire.
Sauf que…

Sauf que, émergeant des profondeurs d’un réseau de cavernes en Lozère, Gérard et les enfants avec lesquels il était parti en excursion (il était précepteur de deux d’entre eux) découvrent avec stupeur que le monde a changé. Ne disposant au départ que d’un carnet et de quoi écrire, trouvé sur le cadavre d’un guide, Gérard, profondément choqué par les conséquences d’une telle catastrophe, couchera sur le papier ses réflexions, ses doutes mais aussi et surtout sa description de la nouvelle civilisation qui naît peu à peu sous ses yeux. « Civilisation » ? Laissez-le rire ! Car ces gamins plongés malgré eux dans la barbarie et la brutalité amère d’une époque où pratiquement rien de ce qu’a accompli la glorieuse espèce humaine n’a survécu n’ont, à son avis, aucun potentiel avenir : stupides, ignorants, ils développent très vite une forme de culte abâtardi fondé sur de très vagues réminiscences d’un passé mythifié. Leur langue maternelle elle-même, mal maîtrisée, se dévoiera bien vite, condamnés qu’ils sont à ne bavarder qu’entre eux, et privés de sujets de conversation autres que des prières rituelles réinventées et des interrogations immédiates sur leur survie. Car ce qui compte, c’est de survivre, ce sont les immédiats besoins à satisfaire. Là où nous lecteurs, serions tentés d’aller explorer l’univers environnant, à la recherche d’artefacts ou de vérités, ces garnements ne pensent qu’à manger, boire, dormir avec ce qui leur tombe sous la main, tandis que lui, Gérard, l’adulte, se considère déjà de lui-même comme la relique vieillissante d’un mode de vie éradiqué. Refusant le statut de « passerelle » entre les générations, ne dispensant son savoir que par bribes et uniquement pour satisfaire ce qui lui reste de curiosité, il assistera à l’avènement d’un nouvel âge primitif dont il soulignera la laideur et l’iniquité, se gaussant des réactions idiotes de ceux qui portent pourtant la lourde charge de refaire surgir un ordre dominant.
Car lui, Gérard, a vu ainsi se concrétiser les pires craintes qui plombaient les esprits en cette décennie (le roman, écrit en 1935, se déroule quelque temps plus tard) : les vagues promesses de paix des dirigeants français se sont heurtées aux volontés impérialistes et aux divergences nationalistes, les pactes se sont confrontés aux coalitions et les solutions finales ont été sorties des tiroirs, après avoir germé dans les cerveaux pervers des scientifiques de chaque camp. Ainsi Gérard n’a absolument aucune considération pour ce qui va s’ensuivre, persuadé que, au mieux, ces nouveaux futurs humains répéteront les mêmes fatales erreurs que leurs ancêtres – tout en ne leur donnant guère de chances de parvenir à fonder une quelconque dynastie. Comme il le serine dans chaque chapitre où le temps devient flou, il n'en a plus rien à foutre.

Alors, observant malgré lui les atermoiements de certains de ces individus un peu plus farouches ou retors que les autres, il assistera à des passages de témoin, des changements de leaders et des accouplements grotesques en attendant que sonne pour lui l’heure de tirer sa révérence, persuadé qu'il n'a pas sa place dans cette nouvelle ère, que tout espoir est vain et qu'aucun deus ex machina ne viendra dispenser son savoir divin à ces êtres en perdition.

Roman profondément pessimiste, puissant, dérangeant par sa vision cauchemardesque d’un « après » moins paradisiaque que dans d’autres ouvrages postérieurs, il peut au début dérouter voire agacer par ce parti pris de narration, très proche dans sa conception des nouvelles fantastiques du début du siècle, mais il réussira finalement à aiguillonner l’esprit critique par son ton acerbe et ses trouvailles. Il faut lire ce roman post-apocalyptique que Lehman considère comme très largement supérieur à Ravage de Barjavel et qui n’a trouvé son égal que des décennies plus tard.
Soulignons à ce sujet l'existence d'une édition récente, chez l'Arbre Vengeur, dans la collection "l'Alambic", avec une belle préface d'Eric Dussert mais surtout, en annexe, un magnifique avant-propos de l'auteur de l'édition originale complété par une lettre de Théo Varlet disant son admiration pour ce roman.


NB. L'image choisie pour l'en-tête est une création de Pierre Massine sur le thème "post-apocalypse".


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un des meilleurs récits post-apocalyptiques.
  • Un auteur brillant qui mérite d'être redécouvert.
  • Un parti pris extrême, refusant les compromis et les facilités.
  • La description presque prophétique, quatre ans avant les faits, d'une guerre mondiale pertinente impliquant l'Allemagne, le Japon et la Russie, mais aux conséquences bien plus graves que dans la réalité.

  • Un ton profondément pessimiste et pesant.
  • Quelques interjections désuètes trahissant l'âge du récit.
  • Le narrateur, par son refus de s'impliquer, déroute souvent le lecteur par certaines décisions ou prises de position.
The Push : Comment pousser réellement quelqu'un à commettre un crime ?
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Nous abordons aujourd'hui un programme un peu particulier, disponible sur Netflix et intitulé The Push.

Peut-on pousser un individu normal, équilibré, à commettre un meurtre, juste parce qu'on a décidé de l'influencer ? C'est la question à laquelle The Push tente de répondre. Il s'agit d'une émission assez spectaculaire, dans laquelle Derren Brown, un magicien, mentaliste et hypnotiseur anglais, va se servir de diverses techniques, notamment puisées dans les sciences comportementales, pour obtenir ce qu'il souhaite d'une personne lambda.
Enfin, pas si lambda que ça, car pour les besoins de l'émission, une sélection est tout d'abord effectuée parmi des candidats qui ignorent à quoi ils vont exactement participer. L'équipe de Brown va ainsi retenir les sujets les plus influençables et éliminer les autres. Par exemple, dans une salle d'attente, trois acteurs se lèvent et s'assoient à chaque fois qu'une sonnerie retentit. L'on fait entrer un candidat, s'il se met à singer les acteurs, il reste, sinon il est évacué de la salle. À la fin, les acteurs partent, et il ne reste que des candidats à qui l'on n'a jamais rien demandé mais qui se lèvent et s'assoient sur commande. Cela peut avoir l'air stupide, mais il s'agit d'une technique bien connue de "conformisme social". Il est en effet plus facile, au sein d'un groupe, d'agir comme tout le monde afin d'être accepté et de ne pas attirer l'attention.

Le but de l'expérience est de voir si les individus sélectionnés vont accepter ou non de tuer une personne qu'ils ne connaissent pas et qui ne leur a absolument rien fait. Dit comme ça, ça a l'air absurde. Si quelqu'un vous disait d'aller buter un type quelconque, vous ne le feriez évidemment pas. Mais la mise en scène et surtout la mise en condition sont bien plus longues et complexes que ça.
De très nombreuses techniques vont être employées pour fragiliser le candidat et le mettre dans les bonnes dispositions. Au début, des choses très simples et basiques : par exemple, on va demander à la personne piégée de transgresser une règle, mais quelque chose d'anodin. On va également le placer dans un cadre où il se sent une responsabilité morale (ici, la récolte de fonds pour venir en aide à des enfants). On va également "l'aider" à se sentir quelque peu mal à l'aise voire inférieur en ne le prévenant pas du dress-code, etc. Il s'agit vraiment d'une très longue préparation, par petites touches.

Le piège commence déjà à se refermer sur Chris, 29 ans.

À un moment donné, lorsque les choses sérieuses commencent et que les transgressions sont plus importantes (mais là encore, elles suivent de nombreux paliers de progression), l'effet agentique va intervenir (cf. cet article évoquant notamment les expériences de Milgram à ce sujet). Pas tant dans la soumission à l'autorité que dans la difficulté, une fois une direction prise, de revenir en arrière. En effet, l'individu va, à chaque transgression, tenter inconsciemment de "valider" la précédente. Si à un moment, il cesse d'obéir et de se conformer au "plan" de celui qui le manipule, alors ce serait se désavouer et admettre qu'il a eu tort d'agir ainsi dès la première transgression.
De la même manière, une fois que l'on en arrive au meurtre, pas question d'exiger de la personne piégée une violence trop évidente (un simple geste suffira). La victime ne regarde même pas son bourreau dans les yeux, autre élément qui va faciliter le passage à l'acte.

Les résultats sont pour le moins surprenants. Sur quatre sujets piégés... trois vont passer à l'acte. Alors, attention, ce n'est évidemment pas représentatif de la population, puisque les candidats sont présélectionnés en raison de leur malléabilité et de leur tendance à être facilement influençables, mais tout de même, ça reste impressionnant en regard de la gravité de l'acte final qu'ils accomplissent, certes avec peine, mais sans réellement remettre en question le groupe qui les pousse à agir.
Le sujet est en tout cas suffisamment intéressant et l'émission suffisamment bien fichue pour garder en haleine pendant toute la durée (1h09) du programme.

Les moyens déployés sont énormes. Peu à peu, la pression monte.

Il existe également d'autres programmes élaborés par Derren Brown, comme The Apocalypse, où un jeune homme est plongé dans un monde post-apocalyptique. Les moyens sont ici encore plus démesurés : pour donner du crédit à l'événement qui va survenir, l'équipe de Brown s'arrange pour pirater le téléphone de la personne piégée, lui montrer de fausses infos, etc. La préparation dure des semaines. Cependant, c'est tellement "gros" et les réactions du jeune homme sélectionné sont parfois si peu naturelles (mais, dans des circonstances exceptionnelles, personne ne réagit de la même façon) que l'on a du mal à véritablement y croire.
Autant dans The Push, l'on se demande avec une certaine fascination si le piégé ira jusqu'au bout, autant ici, l'on se pose des questions sur la réalité de ce "test" grandeur nature. Notamment, comment peut-on prendre autant de risques pour une émission ? En effet, le piégé pense avoir affaire à des gens contaminés par un virus mortel, il pourrait donc fort bien se blesser en tentant de se mettre à l'abri, voire tuer un acteur en le prenant pour un individu dangereux et déjà condamné...

L'on est en droit également de se demander pourquoi les candidats qui en sont venu à tuer quelqu'un (en tout cas en étaient-ils persuadés) dans The Push acceptent aussi facilement de passer pour de parfaits idiots manipulables (dans le meilleur des cas) ou de sinistres assassins. Les images diffusés ne vont en tout cas pas vraiment améliorer leur image.
Enfin, si tout est vrai dans ces show TV (il subsiste un doute), il convient aussi de s'interroger sur les limites à définir lorsque l'on "teste" ainsi les réactions de personnes qui ignorent tout de la supercherie dans laquelle elles sont embarquées.

Tout cela est en tout cas suffisamment intéressant (et tout à la fois révoltant) pour que l'on se penche sur le sujet.
À découvrir, au moins pour se faire une idée.

Pour les besoins de l'émission, un faux cadavre d'un réalisme stupéfiant a été réalisé par une équipe de spécialistes des effets spéciaux.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une émission intéressante dans le sens où elle questionne des comportements aussi troublants que l'effet agentique et la soumission à la pression sociale.
  • De gros moyens employés pour piéger les personnes sélectionnées.

  • Des comportements parfois si aberrants que l'on en vient à s'interroger sur la véracité de certaines scènes (surtout dans le cadre post-apocalyptique).
  • De réels dangers, physiques et psychologiques, sont encourus par les "candidats", même si l'on nous certifie que non.