Neonomicon : quand Alan Moore revisite Lovecraft
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Le panthéon lovecraftien a inspiré bien des auteurs, l'adaptation qu'en fait Alan Moore est probablement l'une des plus abouties à ce jour et a pour nom Neonomicon.

Des meurtres ayant le même mode opératoire mais commis par des individus ne se connaissant pas et n'ayant aucun point commun. Voilà ce sur quoi Sax, un agent fédéral, enquête. Ses découvertes le mènent sur la piste d'un dealer et de ce qui semble être une nouvelle drogue.
Pour diverses raisons, il ne pourra poursuivre ses investigations et d'autres fédéraux vont prendre le relais : Merril Brears, qui se remet doucement d'un problème d'addiction au sexe, et son collègue, l'agent Lamper, quelque peu ennuyé de n'être pas le genre de sa partenaire nymphomane. Ensemble, ils vont se lancer sur la piste d'une secte diffusant du matériel pornographique très... spécial.
Peu à peu, les éléments d'un gigantesque puzzle se mettent en place, comme si tout avait un rapport avec les écrits de H.P. Lovecraft.
Pour les agents du FBI commence alors une rencontre avec l'indicible.
Car quelque part, quelque chose rêve. Et attend.

Voilà probablement l'un des meilleurs titres de la collection Urban Indies. Mais commençons par le début. Si H.P. Lovecraft a accédé à la célébrité, ce n'est pas tant pour ses qualités d'écrivain - son style restant assez lourd et ses personnages peu creusés - que pour le panthéon qu'il a bâti. Le mythe a depuis continué de fasciner, que ce soit au travers des œuvres d'autres auteurs ou grâce au célèbre jeu de rôle, L'Appel de Cthulhu. Parfois, des tentatives d'adaptation BD ont vu le jour, notamment Les Montagnes Hallucinées, publié chez Akileos, et qui souffrait d'un défaut rédhibitoire : un graphisme aseptisé qui, par sa ligne claire très naïve, avait du mal à rendre effrayants ou même crédibles des lieux pourtant décrits comme imposants et terrifiants, avec force superlatifs, par Lovecraft en personne.

En effet, s'il y a quelque chose que l'on attend d'un comic dont l'intrigue prend sa source dans les eaux lovecraftienne, c'est bien qu'il inspire autre chose qu'un intérêt poli. En présence de créatures immondes, de lieux insensés, l'on se doit de frissonner, d'être mal à l'aise, tendu...
Et cela, Alan Moore l'a parfaitement compris, et il le prouve en signant un scénario intelligent et percutant (cf. également la série d'article consacrée à Providence). L'on savait l'auteur capable de prouesses (comme Watchmen ou From Hell), il se révèle ici au moins aussi habile que sur ses comics les plus cultes.
Le récit est magnifiquement construit, réservant des surprises de taille et une réelle montée en puissance (au point qu'il a fallu ruser pour ne rien dévoiler de crucial dans le résumé qui ouvre cet article). Ensuite, l'essentiel est là : peur, dégoût, suspense, horreur... et même quelques petites pointes d'humour qui ne sont pas liées à Lovecraft mais permettent de souffler un peu de temps à autre.


Moore, en vieux briscard, conserve l'ambiance du mythe (tout peut rapidement tourner à l'étrange et à l'épouvante la plus viscérale) tout en permettant aux personnages d'y faire référence régulièrement. Il ne se contente pas d'adapter l'une des nouvelles de Lovecraft, ni même d'emprunter son bestiaire, mais il modernise l'ensemble, le redéfinit, lui donne un nouveau sens, aussi inattendu qu'inquiétant.
Bien sûr, pour que la magie opère, il fallait un dessin à la hauteur. C'est Jacen Burrows (ayant officié sur Crossed) qui s'est attelé à la tâche. Le pari est parfaitement réussi, et ce à plus d'un titre. Tout d'abord, le monde "réel" est très bien représenté, dans un style réaliste et détaillé qui donne beaucoup de cachet à certains lieux qui se devaient à la fois de paraître banals et inquiétants, corrompus, presque sur le point de basculer dans une autre réalité. Ensuite, l'aspect "surnaturel" est parfaitement traité : lieux, créatures ou hallucinations sont rares mais d'autant plus marquants. Certaines scènes sont particulièrement efficaces et stressantes, la menace n'étant dévoilée que peu à peu pour aboutir à une horreur que l'on soupçonnait, qui est d'ailleurs toujours latente, mais dont on parvient à se délecter tant elle sert le propos et reste baroque.

L'on en vient ici à un aspect important : le niveau de violence et de perversion. Contrairement à certains comics particulièrement gore, les auteurs ne sont pas ici dans l'excès. Bien entendu l'on voit du sang, des membres arrachés même parfois, mais le plus dérangeant reste ce qui est suggéré. Voire ce qui est dit, les dialogues étant pour beaucoup parfois dans le malaise (totalement voulu) qui est suscité.
Tout cela destine cette histoire à un public adulte. Représenter l'horreur décrite par Lovecraft, dans toutes ses dimensions, accouplements contre-nature compris, nécessitait de rendre certaines planches très explicites. Le sexe est ici violent, pervers, mais finalement justifié : non seulement le voyeurisme est peu présent, mais Moore s'offre également une sorte de petite analyse psychologique, ayant pour but Lovecraft, qui pourrait se lire comme une tentative d'auto-analyse inconsciente. Car après tout, l'absence de sexe (sous une autre forme que le symbole) chez Lovecraft, aussi bien que sa débauche malsaine ou presque systématiquement déviante chez Moore (une analyse de l'œuvre de Moore dans son aspect sexuel serait assez intéressante et révélerait une approche très particulière, même dans ses comics les plus "soft") semblent révélatrices d'un rapport au sujet pour le moins peu serein, licence poétique mise à part.

Pour résumer, nous sommes là en présence d'un récit astucieusement construit, revisitant intelligemment le mythe développé par Lovecraft et le sublimant même au travers de dessins efficaces mais finalement peu racoleurs.
Magistral.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le mythe créé par Lovecraft, parfaitement employé.
  • Un scénario d'une rare maîtrise, qui va jusqu'à mettre au cœur de l'histoire sa propre source d'inspiration.
  • Des dessins parfaitement adaptés à l'ambiance gothique et glauque.
  • Une tension constante et de véritables scènes choc.
  • Une horreur malsaine qui fait son petit effet mais a le bon goût de n'être pas trop explicite.

  • Attention, à réserver à un public averti et adulte.
Spider-Man : Blue
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La Saint Valentin a un sens bien spécial pour ce vieux Tisseur, c'est ce que nous allons constater dans l'excellent Spider-Man : Blue.

Le 14 février est une date particulière pour Peter Parker. C'est l'occasion pour lui de se souvenir de Gwen Stacy. Il se débrouille pour aller discrètement jeter une rose du haut d’un pont… "le" pont. Celui qui a coûté la vie à son premier amour. C'est à partir de ce rituel mélancolique et d'un gros coup de blues que Jeph Loeb, au scénario, et Tim Sale, aux dessins (le tandem de Batman : The Long Halloween), vont revenir sur un moment crucial du passé de Spidey, si crucial qu'il fait partie des éléments fondateurs du mythe de l'Araignée.
Les titres de cette mini-série, publiée aux débuts des années 2000 (et en 2006 en France, dans la collection 100% Marvel), sont éloquents : My funny Valentine, Let’s fall in love, Anything goes, Autumn in New York, If i had you et All of me. C'est donc plus de sentiments que de castagne qu'il sera question ici.

Cependant, les auteurs parviennent à rendre ce retour en arrière agréablement nostalgique, avec des scènes d'une émotion intense qui prennent aux tripes. Par exemple, les quelques mots d'une Mary Jane, ayant compris ce que Peter s'apprêtait à faire, et qui lui demande alors de "passer le bonjour à Gwen" et de lui dire qu'elle lui manque aussi. Impossible de ne pas avoir les yeux qui piquent à ce moment-là. Voilà sans doute la magie véritable des livres et des bons sorciers qui les écrivent : créer de véritables émotions à partir d'un peu de papier et d'encre...

Visuellement, le style de Sale est particulièrement efficace. Les covers sont fort jolies, les dessins, un peu rétro et parfaitement colorisés, installent une ambiance douce-amère. Les planches sont habilement composées et contrastées, avec d'élégants aplats. C'est un réel plaisir de s'attarder sur certaines planches, qu'elles montrent un Tisseur se baladant au-dessus de la ville, un kiosque à journaux ou une balade en moto. On frise la perfection.


Le récit, utilisant habilement des moyens originaux mettant le lecteur au centre des souvenirs d’un Parker désabusé et profondément sincère, est simplement l'une des plus belles histoires de Spider-Man. D'ailleurs, pour ceux qui s'inquièteraient du côté un peu trop sentimental de cette mini-série, sachez que les super-vilains et les combats font tout de même leur apparition. L'on a notamment droit à des bastons, très esthétiques, avec le Bouffon Vert, le Rhino, le Lézard, le Vautour et Kraven. L'on peut même noter une apparition éclair d'Octopus et du Scorpion, ce qui constitue un tour relativement complet des principaux ennemis historiques du Tisseur.

Ces moments "super-héroïques" alternent avec des scènes de la vie quotidienne, où l'on retrouve Mary Jane, Gwen ou encore Flash Thompson (dans des flahbacks notamment). Et là encore, c'est particulièrement bien écrit.
Parker a tellement l’habitude de pleurnicher et de jouer au poissard de service qu’il faut être réellement inventif pour nous faire, encore, nous apitoyer sur son sort de super-héros malchanceux. Et ces deux bougres y parviennent. Non pas en ressassant un Spidey enivré de doutes et de misères passées, mais en montrant le regard, adulte et dur, d’un homme qui se retourne sur sa jeunesse et apprend à accepter ce qui a changé et ne reviendra plus. Ce ne sont plus des jérémiades mais bien un constat, comme un baume sur une blessure qui devait, enfin, en finir de saigner et devenir une belle et fine cicatrice.

Si Marvel a réussi une chose en plusieurs décennies d’histoires, c’est bien celle-là : ne jamais ressusciter Gwendolyn (enfin, presque jamais). Car, au final, et malgré la colère des fans à l'époque, la mort de Gwen a fait plus pour l’identification et la fidélisation au héros que n’importe quel combat. Spider-Man, le vrai, celui des comics, nous ressemble car, quoi qu’il arrive, il a perdu Gwen comme nous avons nous-mêmes perdu notre innocence ou d’autres choses. Il est certes dangereux de jouer avec ce côté humain des héros, mais il serait suicidaire de ne point le faire. Marvel réussit parfois cet exploit d’allier pouvoirs et fragilité, costumes ridicules et émotions bien réelles, irréalité des combats et sincérités des sentiments. C'est ici le cas.


Blue aurait pu être la mini-série de trop dans le genre "Spidey déprime", loin de là, Loeb et Sale parviennent à magnifier cette tragédie et à en faire un drame d'une justesse et d'une beauté incomparable. Car si l'on avait souvent vu Peter être malmené ou déprimer, personne n'avait encore à ce point sublimé son spleen. Le Monte-en-l'air a remisé ses vannes pour un temps. Il est hanté par l'image de Gwen. Par son absence. Si perdu qu’il en vient à confier son histoire à un simple dictaphone. Juste pour qu’une trace persiste. Une trace de l’indicible. Une trace de ce qu’il ne peut confier à personne, et surtout pas à ceux qu’il aime. Une trace de ce qui n’est plus et que jamais, personne, ne pourra remplacer.
Ce n’est plus une question d’amour, de compréhension, c’est au-delà de tout.

Certains béotiens considèrent encore les comics comme des BD bas de gamme, de l'art au rabais pour les gamins et les demeurés. Voilà un livre qui pourrait bien les faire changer d'avis. Il suffit de tourner ces pages pour se rendre compte qu'il y a, dans ces quelques dessins, bien plus que ce qu'ils semblent représenter. Ce n'est pas seulement un peu de papier. C'est un endroit où les larmes ruissellent sans irriter la peau. Où la lumière coule sans éblouir. Où la mort de Gwen a un sens. Où une MJ nous consolera. Où Spider-Man n'affronte pas seulement des criminels mais aussi ses propres démons.
L'on aurait pu croire que Gwen Stacy était un faire-valoir, un pâle souvenir, un poids mort. C’est tout le contraire. Elle est de ces pertes qui font avancer. Elle est de ces faiblesses qui se transforment un jour en force, lorsqu’on a le courage de les regarder vraiment. Elle est de ces choses qui, plus que jalonner un chemin, le façonnent. Il fallait bien deux auteurs de génie pour lui rendre ce bel et vibrant hommage.

Une lecture absolument indispensable pour tous les fans du Tisseur.
Et même pour ceux qui le sont moins.


Spider-Man, sous la plume de Jeph Loeb.

— Chaque année, le jour de la Saint Valentin, je viens à cet endroit. Discrètement. Personne n'est au courant. C'est pour me souvenir d'une femme qui comptait tellement pour moi que je voulais passer ma vie avec elle. J'ignorais qu'en fait, c'était elle qui allait toujours rester à mes côtés.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un récit poignant et riche en émotions.
  • Visuellement sublime.
  • Une magnifique ode à un personnage mythique.
  • Un beau panel de super-vilains.
  • RAS.
La Parenthèse de Virgul #18
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Salut les Matous ! Au menu de cette Parenthèse, l'un des super-héros les plus puissants du Marvelverse. Et un joli coup de bluff éditorial.
Miaw !

Schizophrène et Surpuissant
Sentry est un puissant surhumain ayant combattu notamment aux côtés des Fantastic Four il y a de nombreuses années. Sentry, c'est aussi un coup de génie éditorial qui a consisté à faire croire pendant un temps que ce nouveau venu était en fait une vieille création de Stan Lee qui serait restée dans les tiroirs. Par la suite, les scénaristes, Paul Jenkins (son véritable créateur) en tête, ont largement joué sur cet aspect en écrivant son passé et ses origines dans un style très années 60.
Sentry, alias Robert Reynolds dans le civil, va rapidement prendre une place non négligeable dans le marvelverse. D'abord au sein des New Avengers, puis aux côtés des Dark Avengers de Norman Osborn. Sa toute-puissance est néanmoins un problème de taille. Pour pallier cet inconvénient, Jenkins l'a doté d'une psyché fragile et d'une schizophrénie galopante qui donnera naissance à Void, une sorte de personnalité alternative et maléfique. Ce brave Reynolds, qui aurait pu être un atout imparable, devient ainsi une source d'inquiétude constante pour les équipes qui l'emploient. Cette menace intérieure est fort bienvenue car le problème numéro un d'un tel personnage reste sa trop grande puissance. Le type dispose d'une force si phénoménale qu'aucun vilain ne peut réellement se mesurer à lui. On le voit lors de l'évasion massive du Raft où Sentry prend Carnage sous le coude et va le... déchirer (littéralement) dans l'espace, comme si c'était un simple post-it ! (cf. la scène #2 de notre Anthologie des Combat Marvel).

C'est ensuite Brian Michael Bendis qui va considérablement faire évoluer le personnage (dans le mensuel français Dark Reign publié par Panini). Dans un premier temps, le scénariste va encore augmenter le niveau de puissance de Sentry démontrant qu'il peut maintenant contrôler la matière ! C'est d'ailleurs lui qui sauvera ses coéquipiers, bien mal en point, en réussissant à vaincre l'Homme-Molécule. Bob, qui était déjà quasiment invulnérable, qui pouvait voler, cramer un type rien qu'en le regardant ou traverser une montagne de part et d'autre sans même être décoiffé, ajoute donc encore une corde (et pas des moindres !) à son arc déjà bien chargé.
Ce sont pourtant les origines du gaillard, complètement revues, qui vont apporter une réelle surprise. Exit le sérum découvert par hasard et la transformation accidentelle, tout cela n'était que du vent destiné à impressionner le grand public, la vérité est bien plus douloureuse : Reynolds est un junkie. C'est en cherchant de la drogue que, ce jour-là, il s'est envoyé le contenu du fameux tube à essai, déclenchant par la même occasion ce qu'il est permis d'appeler un "trip ultime".

Bendis va en profiter pour s'interroger sur la signification de pouvoirs aussi immenses que ceux de Sentry. Après tout, l'on a l'habitude de dire qu'il détient la puissance d'un million (ou d'un millier suivant les auteurs et les traductions) de soleils qui explosent. Mais, pour un être humain, qu'est-ce exactement que la puissance même d'une seule étoile ?
Toujours sur ce mode interrogatif, Bendis va également évoquer la personnalité profonde des super-héros et laisser entendre très clairement que pour contrôler un tel pouvoir, il faut des êtres d'exception, des hommes à l'intégrité exceptionnelle, des... héros. Le "super" est accessoire, il vient bien après. L'héroïsme habitait Steve Rogers, Peter Parker ou Reed Richards bien avant qu'ils ne reçoivent leurs pouvoirs. Reynolds, lui, ne possède pas cette envergure, cette abnégation véritable. Du coup, cela fait de lui un "super-quelque-chose", mais pas un super-héros.
Outre cette intéressante réflexion sur la capacité à gérer l'ingérable, l'auteur va ensuite développer une passionnante thématique sur la nature mystique et métaphysique des pouvoirs de Sentry. Linda, la femme de Reynolds, s'interrogera ainsi sur l'humanité de son mari. Elle, qui le connaît bien, finira même par admettre qu'elle suppose que son incroyable énergie a quelque chose de "biblique".
L'on va ensuite encore plus loin dans le symbolique puisque Sentry, après avoir traversé la distance qui nous sépare du soleil, tente, désespéré, de se suicider. Il se tient devant l'astre, source de vie, contenant une puissance si phénoménale et si ancienne qu'il nous est difficile de se l'imaginer, et brûle avant de se reconstituer presque immédiatement. Or, si même le soleil ne peut venir à bout d'un homme, est-il encore vraiment raisonnable de ne le considérer que comme un homme ?
Bref, un super-héros passionnant que les scénaristes se doivent de manipuler avec précaution...

Au niveau des ouvrages VF consacrés au personnage, l'on peut citer les deux tomes parus en 100% Marvel (regroupant 10 épisodes) et les Marvel Mega Hors Série #26 et #27 (regroupant 8 épisodes). Tous ont été scénarisés par Paul Jenkins.

Des covers "rétro", permettant de conforter l'idée que Sentry est un personnage méconnu du Silver Age.


Sentry : de quoi impressionner les plus costauds des super-vilains !

Aquaman version New 52
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Petit détour par l'univers marin et le personnage le plus mal-aimé de DC Comics : Aquaman.

Lorsque les habitants de Beachrock sont attaqués par d'étranges créatures venues du fond des mers, l'adjoint du shérif se tourne tout naturellement vers Aquaman afin de trouver une parade.
Le héros accepte bien volontiers d'apporter son aide, d'autant qu'il a décidé de renoncer au trône d'Atlantis et, avec sa compagne Mera, de protéger la côte.
Tout le monde ne voit cependant pas d'un bon œil son intervention. Outre la circonspection des autorités, Arthur Curry doit faire face à une opinion publique qui ne le comprend pas ou le considère comme une curiosité.
Mais si la terre réserve son lot de mauvaises surprises à Aquaman, la mer n'a pas non plus livré tous ses secrets. Dont sans doute le plus important : le mystère entourant la disparition de l'Atlantide...

Ceux qui connaissent The Big Bang Theory doivent se souvenir d'un épisode où la petite bande se rendait à une fête costumée et dans lequel Raj, tout à son désespoir de n'avoir pu se déguiser en un autre super-héros, proclamait : "Aquaman sucks !"
Il est vrai qu'un type qui communique télépathiquement avec les sardines, cela peut prêter le flan aux railleries. Et le look du héros, plus kitsch que la moyenne, n'aide pas trop non plus à faire bonne figure aux côtés d'un Batman ou d'un Green Lantern. Le souverain d'Atlantis a donc acquis une réputation de cinquième roue du carrosse, à plus forte raison en France où il faut bien reconnaître qu'il est loin d'être franchement populaire.

Pour Urban Comics, qui publiait en septembre 2012 un premier recueil contenant les épisodes #1 à #6 de la nouvelle série du héros (issue du relaunch/reboot général des titres DC), il s'agissait donc d'un pari osé mais basé sur un fait indéniable : cette série, à l'instar de Catwoman par exemple, est particulièrement réussie.
Ce qui fait l'intérêt d'une histoire, ce n'est pas tant le personnage que la manière de le mettre en scène. L'on peut faire de la daube avec Batman ou Spider-Man, et, au contraire, réussir un coup de maître avec un perso secondaire ou totalement nouveau (Jessica Jones, dans Alias, est l'exemple parfait de série excellente pourtant basée sur une parfaite inconnue). En prenant en main le scénario d'Aquaman, Geoff Johns démontre une nouvelle fois que, avec un peu de talent, l'on peut rendre attractif même un type qui s'habille en orange et vert.


Ce n'était pourtant pas gagné d'avance tant cet auteur peut se montrer inégal (cf. ses très bonnes prestations sur Green Lantern, Flash ou Superman, mais aussi un Blackest Night décevant, un Olympus vide de tout intérêt ou un très net manque d'inspiration sur Avengers). Ici, heureusement, Johns est en forme.
Première bonne idée, l'auteur a intégré la "mauvaise réputation" du personnage à son récit. Aquaman doit faire face aux quolibets, aux doutes sur ses capacités et aux réflexions désagréables (un importun ira même jusqu'à lui demander ce que cela fait de n'être le super-héros préféré de personne). Attention, il n'en fait pas un pitre ou un personnage comique, au contraire, Arthur a de la prestance, une morale digne de Supes et des pouvoirs qui vont bien au-delà de la communication avec la friture. Mais il est confronté à une image détestable (ou au moins "brouillée") et à la tendance, très humaine, du jugement facile.

Deuxième aspect réussi, l'intrigue repose non seulement sur un thème intéressant, posant mine de rien un problème moral fondamental, mais aussi sur le mystère, très bien amené, de la disparition de l'Atlantide. Le mélange entre petits problèmes, quasiment quotidiens, rondement menés, et quête plus fondamentale est parfaitement dosé.
Enfin, troisième point, peut-être le plus important, le récit est accessible et Johns parvient à dresser un portrait relativement complet d'Aquaman (passé, pouvoirs, caractère, connaissances...) sans pour cela donner l'impression de nous refaire une énième fois le coup des origines revisitées.
La partie graphique, assurée par Ivan Reis et Joe Prado, est quasiment irréprochable, si ce n'est peut-être une Mera qui n'est pas toujours à son avantage (elle a parfois une drôle de tête, mais bon, rien de très méchant). Pour ce qui est des décors, des scènes sous-marines ou des poses qui "claquent", là, pas de souci, on en a pour son argent. Quant à la colorisation, elle est parfois tout simplement magnifique.

De belles planches, une introduction du personnage très habile, une thématique intéressante, un brin d'humour, voilà largement de quoi faire mentir ce brave Rajesh et réhabiliter un personnage dont le charisme, grâce à cet ouvrage, fait un grand bond en avant.
Signalons que ces épisodes ont été réédités cette année dans le premier volume de l'Intégrale Aquaman.

Une initiation aquatique attractive.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Visuellement superbe.
  • Une écriture habile qui se sert des critiques vivant le personnage.
  • Accessible.
  • Une thématique intéressante.
  • L'humour.

  • Bon, OK, ça reste un type qui parle aux poissons...
Pop Science #4 : La Gravité
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La Gravité

— Hey Virgul ! Alors, ça farte ?
— Miaaaaw ! Tu m’as réveillé en sursaut prof ! Et en plus, à cause de toi, j’ai chu.
— Tu as chaud ?
— Non, chu.
— Le personnage de Beyblade ?
— Mais non enfin, chu ! J’ai chu. De mon hamac. Koff, koff…
— Ah, du verbe choir.
— Koff, oui… argh…
— Tu t’étouffes, maintenant ?
— Non, koff… je dois déglutir une pelote de poils que j’ai débloquée grâce à toi. Enfin, à cause de la chute que tu as provoquée.
— Désolé, je n’ai pas fait exprès... Pour me faire pardonner, tu veux que je te donne deux ou trois explications ?
— Au point où j’en suis, je suppose que c’est râpé pour ma sieste de toute façon.
— Alors tout d'abord, il faut que je te dise que si tu avais été un éléphant ou une souris...
— Une souris ? Moi ? Ne sois pas insultant s’il te plait, je suis de la noble race des félins.
— C’est une supposition, ne te formalise pas.
— Admettons. Mais je n’aime pas bien ça.
— Bref, si tu avais été un éléphant donc, ou une… ou quelque chose de plus petit, eh bien tu aurais atteint la même vitesse au moment de l'impact. Peu importe ta masse.
— Ah ben ça me console bien de m’être fait mal au cul…
— Heu… oui, bon. Donc, la pelote de poils qui résidait dans tes entrailles seraient remontée en ressentant la même force fictive, peu importe ta masse. D'ailleurs c'est Galilée qui a mis ce fait étonnant en évidence en faisant rouler des boules de masse différentes sur un plan incliné.
— Force fictive, force fictive… mes fesses l’ont bien sentie, elles ! Et je croyais que cette expérience avait été réalisée en faisant tomber deux objets de masses différentes de la tour de Pise, en Italie.
— Non, ça c'est un peu fake, il l'a peut-être fait pour déconner ou assommer quelqu'un, mais en réalité, les mesures précises étaient effectuées en labo sur des plans inclinés !
— Si même à cette époque il y avait des fakes, on ne s’en sort plus…
— Je continue : si tu es dans l'espace et que tu tournes autour de la terre en effectuant une orbite circulaire, eh bien tu auras l'impression de flotter dans l'espace, et ton voisin aussi.
— J’aurais préféré flotter quand tu m’as réveillé, ça m’aurait évité la rencontre brutale avec le sol de ton labo.
— Quelle idée aussi d’installer un hamac ici, voyons !
— Hé, j’en ai besoin, je suis un chat évolué, moi. Je ne vais pas dormir dans un panier !
— En tout cas, si tu t’intéresses un peu à la gravité, j'ai fait quelques vidéos pour toi ! Celle-ci, toute simple, qui critique un peu le film Gravity en expliquant tout ce qui n'est pas réaliste scientifiquement. Et si tu es courageux, celle-ci, dans laquelle je détaille un peu plus les choses à l'aide de quelques équations.
— Bon, c'est parti ! Et si c'est trop compliqué, au moins ça m'aidera à me rendormir.