Onslaught : la montagne qui accoucha d'une souris
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En 1997, Marvel France (Panini) décide de publier le méga-crossover Onslaught sous la forme d'une saga en 11 phases et plusieurs tie-ins concernant la majeure partie des personnages principaux de la Maison des Idées, le tout étant destiné, comme toujours, à "changer leur univers à tout jamais".

Revenons tout d'abord un peu à la situation telle qu’elle était aux premiers frémissements du crossover : Lors de leur ultime confrontation, le professeur Xavier décide une bonne fois pour toutes d’empêcher Magnéto de nuire à nouveau – le souvenir des souffrances inhumaines qu’il avait fait subir à Wolverine en lui extrayant l’adamantium de son squelette le motivant encore davantage. Pour ce faire, une seule solution s’est imposée à lui, mesure qu’il avait jusque lors répugnée à envisager : user de son pouvoir pour faire subir à son ennemi un lavage de cerveau.
Depuis, le doute le ronge quant à la justification de son acte et ses pouvoirs lui jouent des tours. Parallèlement, une menace sournoise commence à s’en prendre aux X-Men, sous la forme de Post, un adversaire redoutable qui avoue n’être que le héraut d’un péril à venir plus grand encore, nommé Onslaught. Lorsque Jean Grey tente d’en savoir davantage, ses dons télépathiques lui dévoilent la terrible vérité : aura-t-elle le temps de révéler au monde entier qui se cache derrière Onslaught ?

J’ai tout récemment relu la saga Onslaught, un de ces trucs que balancent de temps en temps les deux éditeurs US qui ont la mainmise sur l’industrie des comics de super-héros, le genre à révolutionner le monde, à bouleverser la vie des personnages tout en se débarrassant des scories du passé. J’en gardais un bon souvenir, quoique assez confus et teinté de frustrations diverses. Après avoir mis la main sur un épisode manquant, j’ai décidé de me retaper l'intégrale parue en kiosques – notons qu’il existe également une version Omnibus éditée par Panini, un gros pavé très cher dans l’investissement duquel je ne trouvais aucune pertinence.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à la base, l’ambition était bien là. Le plus réussi vient probablement de la montée en puissance dans les phases préparatoires : on pouvait remarquer un réel souci de continuité. Certaines planches des séries plus contemporaines qui annonçaient Civil War y font d'ailleurs irrémédiablement penser. Cependant, le déroulement de l’intrigue, inutilement dispersée, et la multiplication des dessinateurs (pourtant souvent renommés) font beaucoup de mal à l’ensemble : c’est nerveux, coloré, mais terriblement embrouillé. Quant aux scénaristes, certains tout aussi réputés que les illustrateurs, ils ont bien du mal à tout faire tenir ensemble, avec des épisodes annexes bien ternes (le sauvetage du Fauve, le destin des ex-Nouveaux Mutants), des flottements dans la logique narrative et une psychologie des personnages pour le moins déconcertante. On ne comprend pas trop les atermoiements de Hulk ou les initiatives de X-Man, et on a souvent l’impression que l’emploi de "lieutenants" (comme Post) par Onslaught résultait surtout d’une volonté d’étoffer l’ensemble en proposant de grosses bagarres. En outre, ces dernières, qui auraient dû constituer autant de points d’orgue du crossover, sont souvent, il faut l'avouer, assez confuses.

N’empêche… les moments se concentrant sur Jane Storm et sa volonté de sauver Franklin, les actions désespérées des X-Men et le renfort bienvenu des Avengers redonnent un coup de fouet. L’intensité atteint à ce moment précis les sommets attendus, et certaines confrontations ont le punch et l’amplitude souhaités au départ. Kubert, sans être au top – c’est indéniable – parvient néanmoins à faire passer beaucoup de choses dans certaines des dernières cases.
Au final, la saga foncièrement intéressante par son ambition première s’avère globalement ratée par son côté fourre-tout, sa longueur et sa complexité inutile, de plus, si elle est effectivement parfois jouissive dans certains actes clefs, elle procure davantage de frustration et d’agacement que de satisfaction. Rétrospectivement, la gestion catastrophique de l’univers Heroes Reborn (cf. notre dossier sur les univers alternatifs Marvel) et l’impact quasi nul de la saga sur le long terme (en dehors du sort réservé à Xavier) ruinent sérieusement la pertinence d’un tel investissement éditorial.



Passons à présent en revue les éléments constitutifs de la saga.
En dehors de quelques épisodes des X-Men vaguement annonciateurs, c’est en France avec X-Men Extra 5 (novembre 1997) qu’Onslaught fait officiellement parler de lui, avec deux épisodes signés Mark Waid, dans lesquels Jean Grey se retrouve face à un ennemi redoutable mais encore inconnu.
On peut considérer ce numéro comme le véritable prologue à la saga.
Celle-ci se constituera de 11 Phases (des magazines comportant les épisodes les plus importants pour la continuité) et 4 Impacts (épisodes secondaires, objectivement bâclés ou de peu d’intérêt).


Phase 1 : Marvel Mega HS 2 - janvier 1998 

Un épisode de Cable et deux des X-Men, avec les artistes les plus en vue de l’époque (Waid, les Kubert, Scott Lobdell). L'on retrouve aussi Ian Churchill, livrant une excellente prestation, et le calamiteux Rick Leonardi.
Premiers affrontements d'envergure (Cable face à Post, les X-Men face à Onslaught) et premières révélations : la course contre la montre commence.


Phase 2 : Marvel Mega 4

X-Force, Excalibur et un épisode spécial sur le Fléau emprisonné par Onslaught dans le cristal de Cyttorak.
Jeph Loeb et Warren Ellis essaient de nous conter des histoires cohérentes tout en les intégrant à la saga, mais les dessins ne suivent pas, c’est très décousu. Pris séparément, le one-shot sur le Fléau reste sans doute le plus intéressant. Signalons la présence du Docteur Strange en invité vedette.


Phase 3 : X-Force 32

Loeb revient à la saga principale, avec une ligne plus sombre et passionnante ; à l’ombre d’Apocalypse, Sinistre intervient alors que X-Force va tenter d’aider Nate Grey à résister à Onslaught, lequel désire l’enlever afin d’accroître son immense pouvoir.
Grâce aux dessins très dynamiques de Skroce, l’intensité croît de manière substantielle, mais ça reste malheureusement confus, avec des sous-intrigues qui se multiplient.


Phase 4 : Cable 21

Les duos Loeb/Churchill puis Peter David/Medina nous narrent l'affrontement épique entre Cable et Hulk. Des dessins explosifs dans l'une des meilleures histoires de la saga, avec un duel sur tous les plans (physique et psychique), un Cable qui va payer de sa personne (et qui aura besoin de l'aide de Tornade) et un Hulk qui ne sait pas qu'il est manipulé.
La grosse artillerie déployée met en valeur la grande maîtrise des scénaristes.


Phase 5 : X-Men Extra 6
Trois épisodes qui rompent un peu la dynamique de la saga, le premier (un Uncanny X-Men) revenant en arrière dans la chronologie pour raconter la ré-émergence d'Apocalypse... qui n'apparaît que le temps de trois planches et de quelques lignes de dialogue pompeuses indiquant que "l'ère prodigieuse s'achève" et que, comme il l'avait toujours prédit, seuls les plus forts survivront. L'essentiel de l'histoire constitue une forme de ce que les Anglo-Saxons nomment aftermath, les conséquences immédiates de la bataille contre Onslaught qui a ravagé l'Institut Xavier et confirmé à la fois les dires d'X-Man et la prédiction de Bishop.
Un épisode qui marque les retrouvailles des X-Men, des Avengers (encore nommés Vengeurs) et de X-Force, avec Excalibur en arrière-plan. Le temps des alliances est venu, avec, dans l'ombre, Onslaught qui ourdit ses plans machiavéliques, forçant McCoy à lui trouver de nouveaux renforts et Logan qui décide d'entamer sa quête personnelle. Lobdell signe un script dense plutôt bien servi par un Madureira un peu pressé.
Les deux autres épisodes sont tirées de X-Factor, avec des dessins allant du passable (Jeff Matsuda) à pas terrible (Stefano Raffaelle) : Dents-de-Sabre et Mystique ont été kidnappés afin qu'ils servent la cause de McCoy tandis que Fatale emmène Havok affronter ses anciens copains, qui ne savent pas qu'un traître est dans leurs rangs. Combats brouillons + découpage chaotique + équipe artistique à la ramasse = un sentiment aigu de confusion et de lourdeur.


Impact 1

Le numéro 400 des Avengers par la paire Waid/Wieringo marque la prise de conscience par le groupe de la menace Onslaught. Mais elle n’arrive qu’à la toute fin, le temps pour eux d’affronter la plupart de leurs anciens ennemis, derrière lesquels se cache celui qui est à l’origine de leur création.
Les autres séries (concernant Spider-Man et Daredevil) n’ont rien à voir avec Onslaught. Ça sent un peu l’arnaque.
Suivent un épisode des X-Men, signé Madureira (dont j’étais grand fan à l’époque) et deux de X-Factor, écrits par Jeff Matsuda. Cela devait être le sommet de la saga, avec l’intervention des Vengeurs, l’irruption d’Apocalypse dans le combat, la menace des Sentinelles. Ça reste assez faible dans la réalisation, avec un Onslaught qui préfère se défiler et Dark Beast terriblement mal employé. Sans doute le numéro qui plombe le plus l’aura de la saga...




Impact 2 : Génération X 1

Bachalo et Lobdell racontent comment Emma Frost va tout faire pour sauver les jeunes mutants des griffes d'Onslaught.
Un récit assez intéressant dans sa conception, avec une vision plus intimiste qui constitue une pause bienvenue dans la fureur chaotique de la saga.




Phase 6 : Avengers 13

Un bon épisode de Waid et Deodato, dans lequel les Vengeurs et quelques X-Men traquent Magnéto et tombent sur... Joseph, défendu becs et ongles par Malicia. Ça n'ira pas sans heurts, tandis qu’Iron Man se retrouve face aux Sentinelles qui ont envahi New York, avec la Panthère Noire pour seul appui.
En bonus, un épisode de Captain America… qui n'a rien à voir avec la saga.


Phase 7 : Silver Surfer 13 

Les Fantastiques se retrouvent dans la mêlée, avec une Jane qui refuse que qui que ce soit puisse tenter d’enlever Franklin. Aidés de quelques X-Men et Vengeurs, ils vont devoir combattre Onslaught. Mais la lutte est déjà désespérée.
Pacheco est aux dessins dans un très bon épisode, un peu naïf mais moins brouillon que les précédents. Ensuite, sous les pinceaux de Deodato, les Vengeurs essaient de sauver New York des griffes d’Onslaught qui, pour gagner du temps, envoie ses hérauts Post et Holocauste. Ça dépote, c’est assez bourrin mais salvateur. On se dit alors que si on perd en cohérence et en profondeur pour y gagner en énergie et en destruction, ça vaudra tout de même le coup.
Évidemment, on se trompe.


Phase 8 : X-Men 13

Tous contre Onslaught ! C’est l’ère des combats, très attendus pour la plupart.
Les X-Men en quête des protocoles de Xavier tombent les premiers. Nate Grey n’a plus que Sinistre pour l’aider à échapper à Onslaught : cruel dilemme ! Hulk est revanchard et veut lui faire payer la façon dont il s’est servi de lui. Mais encore une fois, il ne sera qu’un jouet pour l’esprit tout-puissant d’Onslaught.
L’épisode de X-Force est curieusement décalé, sur un ton nostalgique limite puéril.


Phase 9 : Wolverine 50

Une belle couverture pour deux épisodes de Larry Hama où Logan, revenu à un état bestial depuis la perte de son adamantium, est en quête d’humanité en même temps qu’il cherche l’identité de celui qui est derrière Onslaught. Il aura besoin pour cela de l’aide affectueuse d’Elektra.
Deux histoires séduisantes, bien que finalement peu importantes pour la saga.


Impact 3 : Spider-Man 13

Le Tisseur essuie les plâtres et apporte son soutien aux habitants de New York face à des Sentinelles implacables. Il lui faudra l'aide de Peter Parker (oui, le vrai-faux clone) pour y arriver, dans des épisodes inégaux dont le plus beau est signé Romita Jr. 


Impact 4 : X-Factor 51 

X-Factor à la recherche du vrai Fauve et les membres d'Excalibur complètement à l'ouest, qui ne font que constater les dégâts.
Un tie-in franchement dispensable.


Phase 10 : X-Men Saga 5 

Pacheco aux commandes d'un numéro des FF où Namor et Fatalis entrent à leur tour en scène pour épauler les parents de Franklin. Ce n’est qu’un prologue à la suite, un épisode des X-Men d’une rare intensité dans lequel Madureira fait des merveilles pour rassembler tout ce beau monde face à Onslaught, tandis que Xavier et Franklin luttent de leur côté pour s’en sortir, sous le regard d’Apocalypse et de l’incontournable Gardien.


Phase 11 : Marvel Mega HS 3

L’ultime assaut. La phase 10 avait montré qu’une brèche était possible dans la défense d’Onslaught et nos héros vont tout faire pour retenter le coup, sous l’impulsion d’une Jane qui refuse de voir son enfant prisonnier du tyran omnipotent, suivie de Cable allié (?) à Apocalypse. Puis les autres, séparément d’abord, et tous ensemble ensuite, se lancent dans un combat perdu d’avance, où les petites victoires ne peuvent empêcher une défaite globale inéluctable.
On peut établir de nombreux parallèles avec la saga Infinity Gauntlet, lorsque les héros s’assemblent pour affronter un Thanos tout-puissant, où encore Crisis on Infinite Earths, avec une panoplie de héros luttant contre l’omnipotent Anti-Monitor. Certains duels sont très réussis (Hulk est impressionnant) mais la fin s’avère décevante et, qui plus est, pas très intelligible.
On sent ici la préparation de ce qui allait devenir Heroes Reborn, des signes avant-coureurs mal pensés, mal gérés, mal insérés.




Si l'on est très motivé, l'on peut également ajouter à cette saga :

Onslaught Epilogue : X-Men Saga 7

Le professeur Xavier s'étant rendu aux autorités, le voilà incarcéré par Bastion. Les tortures mentales succèdent aux manipulations pour un épisode intéressant marquant un tournant dans l'approche du monde mutant, par Hama et Green.


Magnéto : Marvel Mega 5 

Peter Milligan et Kelley Jones se penchent sur l'avenir de Joseph, qui pourrait s'avérer être un Magnéto amnésique et rajeuni, et qui se retrouve avec un très lourd héritage.
Pas capital ni très passionnant, mais prometteur.


Onslaught Reborn

Une mini-série signée Jeph Loeb et Bob Liefeld. D'un point de vue graphique, cette histoire est tout à fait honorable, mieux, son côté 90's peut être rafraîchissant. En ce qui concerne l'intérêt global ou la narration, c'est vraiment très mauvais : histoire inexistante, combats ennuyeux, dialogues écrits par un stagiaire, bref... un rejeton pas très glorieux mais qui a finalement les défauts de la "saga mère".





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Des intentions prometteuses, dont celle de rassembler tous les héros contre un adversaire tout-puissant.
  • Un défilé de très grands noms de l'industrie des comics, auteurs et dessinateurs.
  • Des duels impressionnants par leur intensité et leur côté dévastateur (on est parfois plus proche d'un World War Hulk que d'un Civil War).
  • Un catalogue d'adversaires redoutables pour les Avengers, les X-Men ou les FF, qui ne sont pourtant que des amuse-gueules avant d'affronter celui qui est derrière tout ça.
  • La recherche d'une certaine cohésion dans la dynamique commune entre tous les héros.
  • Des cliffhangers souvent bien trouvés, qui permettent d'entretenir un réel suspense dans le développement des intrigues.

  • Le défaut habituel des méga-crossovers : "tout ça pour ça".
  • Des épisodes inégaux, qui nuisent à la cohérence de l'ensemble.
  • Un manque d'homogénéité artistique : aussi talentueux qu'ils soient, ces artistes ont des styles trop divergents pour donner une réelle continuité à ce crossover.
  • Une gestion des personnages parfois discutable, similaire à ce qu'on a pu relever dans des affrontements massifs comme dans la saga Infinity War (au ciné comme sur papier).
Rush Hour Shift
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L'on se penche aujourd'hui sur un petit jeu qui paraissait fort sympathique : Rush Hour Shift.

Ce jeu est un dérivé de Rush Hour, un casse-tête solo dans lequel il fallait sortir un véhicule d'un parking fortement encombré. Cette première version a d'ailleurs connu un certain succès, ce qui lui a valu trois extensions proposant de nouveaux défis et de nouveaux véhicules.
La version deux joueurs qui nous intéresse ici propose toutefois une mécanique de jeu assez différente, bien qu'elle conserve les petits véhicules colorés.

Chaque joueur place sa voiture à l'une des extrémités d'un plateau représentant une sorte de route à plusieurs voies. Le but est d'arriver le premier à faire sortir son véhicule par l'autre côté de l'aire de jeu.
Pour cela, les joueurs disposent de cartes qui vont générer différentes possibilités de déplacement. Il existe trois catégories de cartes :
- les déplacements, représentant un chiffre entouré d'un cercle, qui permettent de bouger son propre véhicule ou l'un des véhicules neutres embouteillant la voie. Si le chiffre est supérieur à 1, le joueur peut alors distribuer les points de déplacement entre plusieurs véhicules de son choix.
- les décalages de grille, symbolisés par une double flèche dans un losange. Cette carte permet de bouger l'une des deux parties coulissantes de la route, et d'ainsi décaler les voies.
- les glissements, qui permettent à un véhicule d'effectuer un long déplacement jusqu'à ce qu'il rencontre un obstacle.
Enfin, il existe encore une quatrième catégorie de carte qui combine déplacement et décalage.


La mise en place est très rapide, les règles d'une simplicité enfantine, quant à l'aspect tactique, il reste limité. Il va falloir bien choisir la carte à jouer en priorité (sur une main en comportant quatre) et décider si l'on tente de déblayer sa propre route ou au contraire de gêner l'adversaire. Les décalages notamment peuvent changer la donne et réserver des surprises (ceux-ci sont toutefois impossibles lorsqu'un véhicule verrouille deux grilles en étant à cheval sur elles).
Notons qu'il existe plusieurs positions de départ en ce qui concerne les véhicules neutres, ce qui permet de renouveler un peu l'intérêt des parties. Ceci dit, malheureusement, le jeu se révèle assez plat voire rapidement ennuyeux. Sur le papier, tout cela a l'air sympa, mais en pratique, le défi s'avère peu intéressant.

Le plateau de jeu et les véhicules sont simples et épurés, mais de bonne qualité. L'ensemble a même un côté assez esthétique (et ça reste très peu encombrant). Il n'existe pas de version française "officielle", mais le jeu original en anglais dispose de règles dans la langue de Molière. Suivant les boutiques en ligne, il vous en coûtera entre 30 et 40 euros, port compris, pour acquérir Rush Hour Shift.
Pour l'anecdote, le jeu a été mis au point par Big Monster Toys, une société de Chicago, grâce à l'idée d'Alex Siedband, simple stagiaire d'été à l'époque.

À tester, au risque de se lasser très rapidement.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Original.
  • Très simple d'accès.
  • Qualité du matériel.
  • Faible encombrement.

  • Un prix un peu élevé.
  • Un intérêt tactique qui frise le néant.
  • Soporifique.
Ignited 1 - Activés
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"Alors que la Terre subit des changements sans précédents,
des personnes se mettent à acquérir des pouvoirs extraordinaires : on les appelle les Ignited."




H1 : ou quand Les Humanoïdes Associés lancent un nouvel univers voulant inscrire les comics dans la réalité avec trois séries régulières et toute une gamme de romans graphiques one-shot.

Sous le label H1, Les Humanoïdes Associés prennent le pari de tenter rien moins que chambouler un peu la façon de faire des comics.

Mark Waid, directeur du développement de ce label, parle de ces nouveaux héros "activés" par une force naturelle inconnue comme d'individus ne tapant pas sur des super-vilains mais travaillant à une autre échelle, voulant "transformer le monde".

Trois séries récurrentes, Ignited, Strangelands et Omni, vont se succéder dans les mois à venir en nous offrant leurs tomes 1 respectifs. Ces séries évolueront au sein de cet univers où, suite à certains stimuli apparemment provoqués par un stress intense, l'on verra des gens du commun s'activer et prendre en main leur destin pour changer le monde.

Entre octobre et février sortiront aussi trois romans graphiques uniques qui se focaliseront sur des personnages spécifiques, activés eux aussi.

La promesse de ce label est apparemment de rompre avec cette habitude effectivement trop présente chez Marvel et DC de nous présenter un univers figé dans un statu quo relatif.
Comment ne pas être malheureusement d'accord avec ce constat : pour une planète où des milliers d'individus aux pouvoirs cataclysmiques déchaînent quotidiennement des combat titanesques, la Terre (ou les Terres) des comics les plus mainstream semble(nt) en effet finalement assez peu affectée(s).


Venons-en à Ignited


Avec le duo Mark Waid (RuseKingdom Come, Flash, Captain America, Justice League, The Avengers...) - Kwanga Osajyefo (Black) au scénario et Phil Briones (Iron Man, Spider-Man, X-Men, Captain AmericaAquaman, Suicide Squad, Justice League, Batman Detective Comics...) au dessin, cet album s'offre un alliage de choix pour la première balle qui sort du chargeur de ce nouveau Label qu'est H1. Voyons si elle fait mouche.

Ignited, c'est un album d'un format classique pour les comics : 92 pages de 18 x 27 cm en couleurs, disponibles dès le 23 octobre 2019.

Dans ce premier tome, mélangeant narration continue et flash-backs très identifiables, on suit l'histoire d'Anouk Lovari, grande adolescente rousse encore très marquée par la fusillade de masse qui a frappé son lycée lors de l'année scolaire précédente.

L'album s'ouvre sur la rentrée scolaire suivante avec les angoisses et les passions que l'on imagine.

Très vite, on apprend que le conseil d'établissement compte adopter un budget spécifique pour armer le corps professoral du Lycée Phoenix... Alors oui, le choix du nom est un peu facile : le lycée renaît de ses cendres après la fusillade, il abrite de futurs "activés" appelés "ignited" - enflammé, donc - et les scénaristes l'appellent "Lycée Phoenix". Allez, okay, c'est cliché, c'est vrai... mais le livre compte assez peu de facilités de ce genre alors n'en faisons pas tout un foin.

Toujours est-il que cette idée d'armer les professeurs ne fait pas l'unanimité et l'école entière va bientôt être divisée à ce sujet au point que certains parents prendront même part au débat.
De façon surprenante, deux activistes masqués se surnommant @viral et @wave prennent alors le contrôle du système de messagerie scolaire pour lancer un message on ne peut plus clair :


C'est alors que des adultes inquiets pour leurs enfants décident de constituer une milice pour patrouiller aux alentours de l'établissement...
@viral et @wave n'entendent pas laisser encore des hommes armés pénétrer dans les lieux et passent donc à l'action. C'est là que l'on voit pour la première fois par les yeux d'Anouk un aperçu de leurs capacités.
Les événements se précipiteront et l'on découvrira bien vite l'histoire de six adolescents qui, lors du massacre dans leur bahut, ont chacun eu un comportement particulier qui fut, d'une façon ou d'une autre, "encouragé" par une force naturelle inconnue au point de leur offrir un pouvoir semblant y faire échos.

Callum Healey (@viral) est capable de contrôler toutes sortes de micro-organismes, de maladies et de virus depuis qu'il a tâché de venir en aide à un condisciple lors de la fusillade.

Shai Fareda Hadane (@wave) est abattu dans le petit studio radio de l'école et songe alors à tout ce qu'il n'a jamais osé dire... il devient  un amas d'ondes électromagnétiques influençant les appareils électroniques.

Himari Saito (@poupee_de_papier) s'est cachée durant la fusillade au point de ne plus faire qu'un avec le décor, elle est littéralement passée en deux dimensions. Elle peut également appliquer cette transformation à des objets.

Luther Ray Henschen (@mashup) s'est protégé des tirs derrière les éléments d'une batterie, parvenant à les fondre en un bouclier improvisé. Il est depuis capable de fusionner les matériaux non-organiques.

Marisol Flores (qui deviendra un jour @terror) fait toujours tout pour garder les autres à distance pour protéger sa famille de ses mauvaises fréquentations. Cette habitude développera en elle la faculté de repousser tout ce qui est à proximité d'elle à l'aide d'une onde de distorsion.

Anouk Lovari, le personnage principal, initialement peu convaincue d'être elle-même "activée", semble tirer ses capacités des émotions (les siennes et celles d'autrui) qu'elle peut unir en une même empathie.

Se reconnaissant assez vite entre eux, ralliés au panache de @viral mais bientôt alliés sous l'autorité morale naturelle d'Anouk, cinq de ces ados vont s'autoproclamer "héros voulant changer le monde".
La sixième, Marisol, plus marginale... observe encore le groupe de loin.


D'un point de vue scénaristique : aucune incohérence en vue, les personnages ont des personnalités parfaitement crédibles et très marquées par notre époque, l'environnement est on ne peut plus réaliste... rien à redire !
D'un point de vue graphique, Briones fait du Briones et si ce n'est pas le dessinateur dégageant la plus grande personnalité graphique de cette décennie, il donne à ce premier album de H1 une légitimité immédiate en lui offrant ce trait que la plupart des comics actuels arborent : agréable, lisible, coloré sans être chamarré. C'est beau et efficace, du travail de pro consciencieux. 

Inutile de vous en dire plus, l'album se lit très bien : n'hésitez pas à faire connaissance avec cette nouvelle série.
Mais cet album est au moins aussi intéressant par son contexte que par lui-même. Et il est temps d'y venir !


Qu'est-ce que c'est que ces héros ?


Dans les comics, n'importe qui peut soudain être investi de pouvoirs ou de grandes ambitions et se voir tenté par le Bien ou le Mal.
Un nerd se lie un peu trop à une arachnide de passage, une mutation touche une partie de la population, un gosse de riche se laisse aller à sa soif de justice pour faire taire sa soif de vengeance, un autre revient d'entre les morts, un gamin se découvre des capacités uniquement explicables par ses origines extraterrestres, un gars joue trop avec des produits chimiques par temps d'orage, un autre aurait dû éviter l'exposition à tel ou tel rayon ou la consommation de tel ou tel truc...
On a des héros de tous poils, chez Marvel, DC, Dark Horse et les autres.

Mais, à ma connaissance, peu de comics se voient portés par... comment les définir ? Euh... par une poignée d'antifas !
Souvent idéalistes, assurément anti-armes (ironique en étant une arme soi-même !), ados un peu paumés pour la plupart, à la faculté de réflexion dépassant souvent difficilement quelques clichés moraux, on pourrait craindre que ces héros novices soient antipathiques au possible si l'histoire donnait raison sans cesse à leur côté Bisounours.

Mais il n'en est rien. C'est vrai, les héros tiennent des discours caricaturaux et simplistes et usent de raccourcis éhontés.
Pour eux, par exemple, les pro-armes cachent forcément des gars d'extrême-droite (même si je crois savoir qu'on dirait plutôt "alt right" aux États-Unis, dans le cas présent) qui sont naturellement qualifiés de nazis sans autre forme de procès par chaque ado activé.
Mais nos héros en herbe, tout défenseurs d'une morale consensuelle qu'ils soient, ne peuvent s'empêcher, au vu de la tournure des événements, de se rendre compte qu'eux-mêmes ont quelque peu dérapé dans leurs interventions parfois trop musclées et vraiment trop maladroites.
La BD ne semble pas avoir envie de leur donner raison à 100% mais plutôt de les suivre, comme un annaliste qui ne serait là que pour rendre compte de ce qui arrive.



Une BD post-Parkland


Le 14 février 2018 dans un lycée de Parkland, en Floride, une fusillade a éclaté. Elle a ravivé le débat sur le port d’armes à feu dans les établissements scolaires américains et je la soupçonne d'être aussi la source d'inspiration du début de la série Ignited
Depuis ce jour, nous savons que Donald Trump estime que les enseignants devraient être armés dans les établissements scolaires américains.
Du côté des jeunes rescapés, par contre, de nombreuses voix en faveur d’une réglementation plus stricte s’élèvent.

Brandissant des pancartes à bout de bras (dont le slogan devenu célèbre "Protect our children, not guns", mettant en évidence les accointances entre le gouvernement Trump et la National Rifle Association), plus d’un million de personnes ont manifesté le 24 mars dans les rues de centaines de villes américaines, pour demander une réglementation plus stricte sur les armes à feu.
À l’initiative de ce mouvement national, baptisé "March for our Lives", l'on trouve un groupe de lycéens regroupés derrière le hashtag #NeverAgain. Rescapés de la fusillade du 14 février 2018, qui a fait 17 morts au lycée de Parkland, ils entendent changer les lois sur le port d’armes.

Donald Trump, dont la campagne électorale a été généreusement alimentée en dollars par la NRA, semble du même avis que Wayne LaPierre, président de cette association, qui déclarait au lendemain d’un autre massacre (celui de Sandy Hook, en 2012) : "La seule manière de stopper un méchant avec une arme est d’avoir un gentil avec une arme."

Cela peut nous sembler totalement aberrant, vu d'Europe... Mais rappelons que la relation que nourrissent les Américains envers leurs armes est très différente de celle que la majorité d'entre nous, habitants du vieux continent, avons avec ces objets.
À Sidney (Ohio), par exemple, les écoles sont équipées de pistolets Glock semi-automatiques, gardés dans des coffres sécurisés par reconnaissance biométrique. Des gilets pare-balles sont également mis à disposition du personnel.

Je ne m'en suis jamais caché : je suis moi-même professeur...
Autant je cautionne tous les entraînements que l'on peut suivre avec les élèves, chez moi en Belgique, pour réagir de façon efficace en cas d'incendie (avec les pompiers et la police) ou d'attaque terroriste (avec la police et l'armée)... autant suivre une formation pour avoir le droit de me servir d'un "matériel scolaire" aussi particulier qu'un Glock me semble parfaitement incongru. Je n'ai jamais eu l'impression qu'ajouter des armes à feu dans l'équation permettrait de diminuer le nombre de morts par armes à feu.
J'imagine d'ici un collègue dépressif ou une collègue maladroite avec ça en main... vous n'avez même pas envie de savoir ce que j'imagine, d'ailleurs !

Pour rester dans le côté dérangeant... 
Le personnel enseignant américain est légalement autorisé à porter une arme dans au moins dix États. 
En Floride, une semaine après le drame de Parkland, un budget de 67 millions de dollars a été voté pour former 37 000 enseignants à l’utilisation d’armes. 
Chaque enseignant qui s'est porté volontaire pour cette formation a reçu un bonus de 500 dollars : mesure préconisée par Donald Trump pour rallier plus d’enseignants à cette cause !
C'est génial ! Une prime de port d'armes dans les écoles ! Être payé pour banaliser la vue de flingues dans les établissements scolaires, c'est carrément une idée géniale : quelle belle com' pour la NRA ! J'ai beau avoir du mal à avoir un avis totalement tranché sur le sujet, cette seule prime me semble être un procédé totalement cynique.

Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet et je ne suis pas certain que UMAC soit l'endroit parfait pour aborder ce genre de problématique mais la BD ici chroniquée ayant fait de ce thème le sujet central de cet épisode, il fallait au moins en toucher un mot. D'autant que, étant prof moi-même...



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le scénario est intéressant.
  • Les personnages sont crédibles et actuels.
  • Les thèmes de la fusillade de masse et du port d'armes dans les lycées sont culottés pour un tome 1.
  • Le dessin et la mise en couleurs sont agréables.
  • Chose rare chez les comics (mais je ne lis peut-être pas les bons) : il m'a donné à réfléchir.

  • Les héros ne sont guère sympathiques (trop ados pour moi). Personnellement, je n'ai pas besoin de m'identifier à quiconque pour m'intéresser à une histoire mais je sais que ça compte, pour certains.
  • Les thèmes (la fusillade de masse et le port d'armes dans les lycées) pourraient refroidir certains lecteurs. Ils auraient tort... mais on a le droit de se tromper !
L'homme de la Quatrième Dimension
Par

Découvrez la vie de Rod Serling,
pionnier de la télévision américaine,
auteur le plus récompensé de toute l'histoire de ce média...
et homme en colère.


La boîte à bulles nous propose de découvrir, sous la plume de Koren Shadmi, la vie d’un précurseur de la télévision américaine, un de ceux qui travailla autant pour elle qu’il se battit contre elle, un de ces hommes qui marqua une génération entière (voire deux ou trois, si j'en crois mon expérience personnelle) grâce aux images qui germèrent dans son cerveau et qui furent relayées dans les foyers américains par le rayonnement des tubes cathodiques : Rod Serling, le créateur de Twilight Zone (La Quatrième Dimension, pour les anglophobes... mais ce titre français est pourri, on devrait lui préférer La Cinquième Dimension car la quatrième, c'est juste le temps, selon la théorie de la relativité d'Albert Einstein).

Rod Serling vu par Matt Groening, créateur des Simpsons
Shadmi avoue lui-même n’avoir réellement découvert Twilight Zone qu’il y a peu, par les vertus de l’algorithme de Netflix. Il connaissait bien entendu la réputation de la série et avait croisé nombre d’allusions à elle dans d’autres productions de divertissement (après tout, même Les Simpson lui font parfois des clins d’œil... d'un autre côté, après une trentaine de saisons et presque 700 épisodes, à quoi Homer et sa famille n'ont-ils pas fait allusion ?).
Toutefois, ce n'est qu'au terme d'un récent binge watching qu'il s'est découvert une admiration pour cet auteur. Après s’être renseigné sur l’homme à l’origine de ce qui devait en son temps être une œuvre d’une rare originalité et avoir laissé un peu macérer l’idée d’en faire une nouvelle graphique, il se décida à concrétiser ce projet de dresser la biographie illustrée de cet artiste tourmenté. 

Le dessin est réaliste et d'une qualité constante, le noir et blanc (inévitable pour ce sujet) est soigné et bien maîtrisé... mais tout cela n'est finalement qu'un emballage au service du contenu car cette fois, c'est bien le propos qui importe !


Le livre s'ouvre sur une scène qui apparaîtra à cinq reprises et nous permettant de découvrir Rod Sterling dans un avion très long courrier en compagnie d'une séduisante inconnue avide de bonnes histoires. Rod va entreprendre de lui raconter sa vie... et l'auteur nous offre par là à la fois un découpage élégant des principaux chapitres de la vie de Rod mais aussi une mise en abyme habile...
Ce genre de procédé a beau être d'un grand classicisme, il n'est reste pas moins classieux à mes yeux.
J'aime quand un livre a le bon goût de se présenter à moi sous ses plus beau atours et, d'emblée, cette façon d'introduire la narration semble me dire : "Tu as vu ? J'ai été bien conçue et je suis toute jolie. Je sais que tu aimes ça quand on se fait belle pour toi." Bingo, narration, c'est tout à fait vrai, tu démarres bien.


« Apprêtez-vous à entrer dans une nouvelle dimension, qui ne se conçoit pas seulement en termes d’espace, mais où les portes entrebâillées du temps peuvent se refermer sur vous à tout jamais… la quatrième dimension ! »

Intelligemment, l'ouvrage ne commence que lorsque Rod Serling est confronté à ses premiers démons qui deviendront ses premières sources d'inspiration. C'est pourquoi l'on commence par nous raconter son parcours militaire qui, malheureusement pour lui, l'amènera au cœur de la guerre dans ce qu'elle a de plus absurdement horrible.
Rod adore les dramaturgies radiophoniques. Le maître en la matière, à ses yeux, est Norman Corwin... dont il n'aura de cesse de s'inspirer.
Mais Rod est aussi, comme le prouve sa pratique du noble art de la boxe anglaise, un gars hargneux qui veut prouver qu'il est un dur-à-cuire malgré sa petite taille. Il fait des pieds et des mains pour intégrer le corps des para-commandos et c'est au terme de sélections auxquelles on le voyait pourtant échouer qu'il finit par être admis parmi ces élites. 
Avide de casser du boche, c'est avec déception qu'il apprend que son premier terrain d'opération sera en réalité l'Asie.
Il en ramènera une somme de traumatismes qui le hanteront jusqu'à son dernier jour et dans lesquels il puisera certaines de ses créations les plus personnelles.
Il y apprendra aussi l'absurdité qu'il y a à être celui qui survit pour la seule raison que le hasard en a décidé ainsi.


« Au-delà des classiques notions d’espaces, où l’homme projette ses pas, il est une dimension où peuvent se glisser par les innombrables portes du temps, ses désirs les plus fous. Une zone où l’imagination vagabonde entre la science et la superstition, le réel et le fantastique, la crudité des faits et la matérialisation des fantasmes. Pénétrez avec nous dans cette zone entre chien et loup, par le biais… de La Quatrième Dimension ! »

De retour au pays, brisé, Rod va devoir se reconstruire et c'est par l'écriture qu'il exorcisera ses angoisses. Bientôt, il cessera la fuite en avant qui le jetait dans le lit de trop de femmes pour enfin trouver celle qui restera sienne jusqu'à sa mort.
D'abord directeur de la radio de son école puis dramaturge pour une radio de Manhattan, il arrondit ses fins de mois en servant de pilote d'essai dans des missions de plus en plus risquées.
Cette vie précaire change toutefois du tout au tout quand la télévision décide de lui acheter un scénario et tourne ce qui restera un de ses plus grands succès : Patterns.
Rod, du jour au lendemain, devient un auteur en vue très demandé. Gourmand, il accepte toutes les propositions et se jette avec frénésie dans une boulimie créatrice qui ne le lâchera plus.
Toutefois, il va se rendre compte à ce moment que les studios n'auront de cesse de lui mettre des bâtons dans les roues : la censure guette le moindre message, le moindre thème, la moindre allusion, le moindre mot susceptible d'être trop sensible et Rod est trop souvent frustré par les refus, les transformations ou les coupes que subissent ses créations.
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« Nous sommes transportés dans une autre dimension. Une dimension inconnue de l’Homme. Une dimension faite non seulement de paysages et de sons, mais surtout d’esprit. Une dimension sans espace, ni temps, mais infinie. C’est un voyage dans une contrée dont la seule frontière est notre imagination. Un voyage dans les ténèbres. Un voyage au bout de la peur, aux tréfonds de nous-même. Un voyage dans La Quatrième Dimension ! »

C'est alors que lui vient l'idée de travestir tous les thèmes dont il veut parler en les déplaçant dans un futur imaginaire dont il serait le seul maître. Le programme d'anthologie fictionnelle The Twilight Zone était né. Il imaginerait le futur, par le besoin de son auteur d'exorciser son passé en s'affranchissant des contraintes du présent
Peu féru de science-fiction, Rod va s'entourer des auteurs de SF les plus fameux parmi ses contemporains pour le conseiller et l'aider à fournir des épisodes à CBS (Richard Matheson et Ray Bradbury, par exemple... comme j'aurais aimé avoir son carnet d'adresses, à cette époque !).
Cette série (mettant en scène nombre de vedettes qui exploseront par la suite) sera respectée mais ne deviendra culte que bien plus tard. Au bout de cinq saisons, la nouvelle direction de la chaîne décide d'en finir avec le programme et Rod, très mal inspiré, revend les droits de rediffusion... ça, c'était une mauvaise, mauvaise, mauvaise idée !


« Nous sommes transportés dans une autre dimension, une dimension faite non seulement de paysages et de sons, mais aussi d’esprits. Un voyage dans une contrée sans fin dont les frontières sont notre imagination : un voyage au bout de ténèbres où il n’y a qu’une destination : La Quatrième Dimension. »

La suite de l'existence de Rod ressemblera à s'y méprendre à une punition : une fois Twilight Zone sortie de sa vie, il n'aura de cesse de se retrouver encore et encore confronté à la censure et finira même, désabusé, par se prêter au jeu des grands annonceurs qu'il condamnait auparavant...
Même son adaptation célébrissime du roman de Pierre Boulle,  La Planète des Singes, lui laissera un goût amer tant le coscénariste qu'on lui imposera n'aura de cesse d'ajouter des scènes d'action et de l'humour là où Serling espérait offrir une vision sombre du futur, telle qu'il savait en composer.


Why so serious ? (le Joker est à la mode, je tapine un peu)


Depuis le début de cet article, pas un seul jeu de mots pourri, pas d'attaque gratuite envers les SJW, pas d'emportement surjoué face à tel ou tel défaut du livre, pas de low kick vicieux à l'encontre d'un autre chroniqueur de UMAC, pas même de dialogue fictif se voulant humoristique... rien de tout ça.
Alors je tiens d'abord à rassurer la famille : je vais bien.
Je tiens ensuite à rassurer notre rédac'-chef : oui, j'ai bien écrit ces lignes moi-même.
Je tiens enfin à vous rassurer, vous : il y a bien une raison à cette approche moins rigolarde qu'à l'accoutumée... le respect.

Respect de l'œuvre, déjà, qui est en effet une nouvelle graphique précise et d'un grand intérêt.
Respect ensuite envers Rod Serling qui fut, à n'en pas douter, l'inspirateur involontaire de la vocation de centaines d'auteurs qui ravirent mon adolescence et ravissent encore l'adulte que je suis peu ou prou devenu.
Respect enfin envers cette vie... Une vie brisée partiellement reconstruite par les vertus de la fiction mais une vie cassée quand même.

Serling est un produit de la Seconde Guerre mondiale. Traumatisé, il revient aux USA avec la tête chargée de cauchemars, de monstres et de questions là où son pays, lui, n'est plus qu'insouciance et apparences. Cet être profond, en proie aux plus douloureux questionnements, assoiffé de justice, va être sommé maintes fois de se taire par les apôtres de la toute-puissance américaine bien-comme-il-faut.
Pourtant, insidieusement ces images menaçantes du futur vont se frayer un chemin dans l'imagination des téléspectateurs américains, public de ce nouveau média balbutiant qu'est la télévision. Bientôt, ils vont se reconnaître en ces angoisses jetées sur les écrans par Serling... année après année, l'euphorie de l'après-guerre fait place à l'anxiété puis à la paranoïa face à la puissance atomique. Le monde n'était finalement pas si beau. Serling le savait, lui !

Et pour moi, fils de la fin du XXème siècle, père de ce début de XXIème, la lucidité censurée de Rod Serling résonne comme un ancêtre pas si lointain de nos propres convictions que l'on tait pour ne pas heurter la bien-pensance... 
Chaque jour, des évidences frappent à la porte de notre Raison et nous les étouffons derrière les murs clos de nos mâchoires serrées en un rictus docile, de peur d'être cloués au pilori pour avoir eu l'audace d'avoir exprimé une opinion en désaccord avec telle ou telle doxa.

Mais faisons fi de cette autocensure indigne de nos intelligences.
Soyons des Serling.
Trouvons nous aussi, loin des censures et critiques, nos espaces de parole libérée.
Faisons de la métaphore notre arme contre la pensée unique. Nous nous reconnaîtrons entre nous et ferons résistance contre le moule qu'on nous impose.
Sautons nous aussi à pieds joints, avec la franchise de l'enfant enfin libre, dans la Twilight Zone !



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Parce qu'il est des vies exemplatives à défaut d'être exemplaires.
  • Parce que l'absurdité doit toujours être dénoncée.
  • Parce que la vérité se doit d'être dite.
  • Parce que la guerre est une absurdité.
  • Parce que la censure empêche la vérité.
  • Parce que Rod Serling était malheureusement une sorte de visionnaire.

  • Si vous lisez ce livre pour ce qu'il est : un témoignage autant qu'un ouvrage militant... vous ne lui trouverez aucun défaut majeur.
  • Si vous cherchez autre chose dans ce livre après cette chronique... le défaut majeur, c'est votre lecture. 
Boulevard des Monstres
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Pâtisserie "Chez Gina", un gâteau bave-à-roi offert pour chaque achat !


Le scénariste de cette BD a un nom qui parlera forcément aux fans de comics : Paul Jenkins.
Le monsieur a travaillé (par exemple, mais la liste n’est pas exhaustive) sur Authority, X-Men : Schism, Fairy Quest, PenanceHellblazer, Batman : Legends of the Dark Knight, Strange Tales, RévélationsInhumans, Spawn : The Undead, Witchblade, Sentry, Wolverine : les origines, ou The Incredible Hulk… Comme vous le voyez, du DC, du Marvel, du Image, du Top Cow et bien d’autres boîtes encore. On a visiblement là un auteur prolifique et pour qui importe peu le flacon pourvu qu’il y ait ivresse.

Cette fois, il s’associe à Fred Pham Chuong (dessinateur autodidacte jusque-là peu connu, à part de ceux qui ont croisé son assez confidentiel Steam West) pour nous livrer une histoire très colorée dans l’étrange ville de Scare City, la ville d’en dessous où résident les monstres.

Et ce sont ici les Humanoïdes Associés qui s’y collent, pour nous offrir la version française grand format de ces quelques 115 pages.


Parle, BD, ou tais-toi à jamais !


Le ramage de l’ouvrage est assez original : nous sommes donc dans Scare City, la ville où tous les monstres vivent en harmonie.
Une harmonie bien fragile, toutefois, puisqu’il suffira d’un trait de lumière solaire en pleine nuit frappant le balcon de l’appartement d’un paisible vampire bedonnant pour que la paranoïa s'installe, ravivant des tensions anciennes entre les clans... Parce que, oui, pour les plus jeunes d’entre nous ayant été nourris au jus de Twilight, Perkins nous offre ici des vampires certes sympathiques mais néanmoins classiques que la lumière solaire réduit en un tas de cendre. Non, les gars : les vampires ne brillent pas au soleil, c’est la dernière fois que je vous le répète !

La ville sombre alors peu à peu dans le chaos au rythme des événements tragiques (comptant, par exemple, l’effacement brutal de toute une partie de la population du quartier des loups-garous, un soir de pleine lune, dans un grand éclair de lumière) .

Au milieu des tensions communautaires qui se ravivent et alors que les monstres vont devoir de nouveau, pour survivre, se tourner vers l’ancienne coutume consistant à emprunter les escalators vers notre monde pour venir y effrayer les humains que nous sommes, un seul personnage semble avoir une idée de ce qui se passe : Gina !

Gina, ce sera notre héroïne. Elle est mi-sorcière (c’est bien !), mi-zombie (c’est nettement moins bien !). Cette jeune pâtissière spécialisée en confection d’horribles gâteries (comme le bourre-mou, le pudding au sang, le bave-à-roi ou la cervelle en croûte) va en effet assez vite comprendre que la lueur qu’elle a vue en provenance du manoir de Goulepierre n’est pas étrangère à ces événements. Malheureusement, la part zombie de son individu et ses fréquentes (mais trop opportunes au bon déroulement du scénario) crises de débilité zombiesque la discréditent aux yeux des autorités.
Pour découvrir ce qui se trame, elle mènera donc l’enquête elle-même, en compagnie de son mari vampire, de deux extraterrestres, d’un fantôme détective et d’un loup-garou jovial.

Qui donc en veut à l’harmonie de la ville ? Qui pourrait voir un intérêt au retour des traditions obsolètes au détriment des années de progrès et de paix qui viennent non sans peine de s’écouler ?



Et le sous-texte, alors, mon bon ? Que dit le sous-texte ?


Jenkins nous livre ici un scénario qui laisse peu de place au doute quant au message qu’il veut développer : la différence est une richesse, les frontières sont vouées à disparaître et seuls quelques manipulateurs corrompus ont un intérêt (principalement financier) à laisser la société retourner à ses vieux travers haineux et communautaristes. Toutefois, pour contrer les vils desseins des propagateurs de haine, certaines personnes modestes et droites sont mues par la sagesse et aspirent à l’harmonie.
L’emballage monstrueux n’est ici que cosmétique et est d’ailleurs souvent assez maladroit, même si certaines idées sont effectivement originales. Ce monde des monstres est une parodie du nôtre vue à travers les lunettes orange d’un gosse de six ans fêtant Halloween en famille ; mais le charme opère… cette horreur apprivoisée, ces créatures fantastiques vivant côte à côte de façon débonnaire, ça marche plutôt pas mal. Le fan de bestiaire fantastique que je suis ressent bien entendu un manque et voudrait telle créature ici ou tel monstre là, mais force est de constater que, si je reste objectif, le scénario tire parti de ce contexte de ville monstrueuse avec bien assez de générosité pour une BD familiale.



Est-ce monstrueusement beau ?


Venons-en maintenant au plumage de la bête : son dessin.
Très cartoon, la mise en couleurs est agréable et rappelle celle de comics comme Battle Chasers ou Danger Girl (et j’aime bien ça, moi, les couleurs très « pop »)… mais le dessin, c’est autre chose.
Il y a de très belles cases, de belles planches, mais tout n’est pas au même niveau. On sent que Fred Pham Chuong veut bien faire et s’applique la plupart du temps mais on sent aussi les limites de sa technique dans le rendu des volumes ou le respect des proportions. C’est dommage pour un aussi joli objet mais quand on voit le museau du loup-garou Monsieur Fowler qui semble être à géométrie variable, le visage de l’héroïne dont on se dit que la nature de zombie permet de cacher bien des failles ou les proportions de certains corps semblant varier d’une case à l’autre… eh bien ça me rappelle mes propres tentatives de dessin, en autodidacte que je suis. Cela n’arrive que dans quelques cases, bien entendu. Mais quand ça arrive, ça saute aux yeux et l’on se demande ce qui a bien pu permettre à ces couacs de survivre jusqu’à la publication.

Regardez-moi la tête de ce pauvre loup-garou et les jambes de la malheureuse Gina...
Globalement, cette BD est jolie mais, malheureusement, ça coince par endroits.

Et donc ?


Il n’en reste pas moins que la BD est agréable et qu’elle devrait plaire à un public familial sans aucun problème…
Même en n’étant sans doute pas le public visé, j’en ai apprécié la lecture. Malgré le trait parfois maladroit, malgré le goût de moraline [1] parfois trop présent… alors, pourquoi pas vous ?



[1] La moraline, dans l'œuvre de Friedrich Nietzsche, est la morale bien-pensante faisant référence par connotation à une appellation médicamenteuse ou pharmaceutique.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le message très positif pourra plaire en cette période de retour aux  communautarismes.
  • Le scénario, malgré des errances, est agréable à suivre.
  • L'univers décrit est assez atypique.
  • L'humour, familial, fait parfois mouche.
  • La mise en couleurs est attrayante.
  • Le tout est accessible à un très large public.

  • La qualité du dessin est inconstante.
  • Ça déborde "un peu beaucoup" de bons sentiments.
  • Le scénario se perd parfois dans des détails sans apport réel à l'intrigue.