10 albums DC Comics à 4,90 €
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Urban Comics vient de mettre à jour son planning de publications (cf. cet article).
Outre quelques décalages liés au confinement, c’est surtout une opération estivale très séduisante qui se profile.

En effet, Urban propose 10 comics au format souple à 4,90 € seulement, le tout étant disponible à partir du 24 juin.

Cinq de ces titres concernent Batman,  les autres mettent en scène Harley Quinn, Superman, Wonder Woman et la Justice League. Une aubaine si vous souhaitez découvrir l’univers DC sans pour autant vous ruiner et en profitant de récits souvent très bons.

Au programme :

Tome 01 – Batman : White Knight (cf. cet article)
Tome 02 – Batman : La Cour des Hiboux (qui comprend La Cour des Hiboux et La Nuit des Hiboux)
Tome 03 – Harley Quinn : Complètement Marteau (déjà réédité pour la sortie du film Birds of Prey)
Tome 04 – Wonder Woman : Année Un (contenant deux tomes pour former un arc complet)
Tome 05 – Superman : Red Son (cf. ce dossier)
Tome 06 – Justice League : La Promesse (équivalent de Justice)
Tome 07 – Batman : Silence (cf. cet article)
Tome 08 – Joker : Le Deuil de la Famille
Tome 09 – Batman : Le Chevalier Noir (premier tome de l’intégrale éponyme, cf. cet article)
Tome 10 – Injustice : Année Un (rassemblant les tomes 1 et 2 de l’Année Un, cf. cet article)

Plusieurs récits culte donc, comme le très récent White Knight, qu’on conseille fortement et l’incontournable Silence.

À ne pas rater.

Nos années Strange
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Retour sur Nos Années Strange 1970-1996, sorti en 2011 chez Flammarion.

C'est à toute une époque, et même à un énorme pan du genre super-héroïque, que s'attaquent ici Sébastien Carletti et Jean-Marc Lainé.
L'ouvrage commence par un petit historique sur l'apparition des super-héros aux États-Unis puis par un passage en revue, fort instructif, de ce que l'on peut considérer comme étant les grands ancêtres de Strange en France. Le lecteur apprendra notamment à cette occasion le lien qui existe entre la résistance et le fait que Lyon soit devenu un haut lieu de l'édition.

Bien entendu, une grande partie du livre est consacrée à Strange et son épopée éditoriale, que ce soit au travers de ses numéros spéciaux, des couvertures et retouches françaises, des problèmes de son éditeur avec la censure ou encore grâce à la présentation des héros qui ont fait la richesse et la stabilité de son sommaire. Pourtant, ses dérivés ainsi que d'autres revues bien connues (Nova, Titans, Spidey...) sont également évoqués, tout comme les albums souples et grand format ou des magazines (Ere Comprimée, Epic...) ayant contribué à faire connaître une production américaine quelque peu atypique à une époque où le franco-belge bénéficiait d'une aura bien plus prestigieuse.



Mais, surtout, Nos Années Strange parvient, en élargissant le propos et en s'intéressant à des sujets aussi divers que les dessins animés, les séries TV, les produits dérivés ou encore les jeux vidéo, à recréer le background particulier des années 70 et 80. Des années que l'on peut considérer comme kitsch avec notre regard actuel, mais qui étaient particulièrement colorées, créatives et qui ont contribué à bâtir les fondations d'une culture populaire dont beaucoup se réclament aujourd'hui.

Les auteurs vont ainsi évoquer Lynda Carter (incarnation mythique de Wonder Woman), L'Homme qui valait trois milliards, les Misfits of Science, Manimal et nombre d'émissions cultes, comme Les Visiteurs du Mercredi. En matière de dessin animé, l'on n'est pas en reste non plus puisque, outre les DA super-héroïques, l'on aura la surprise de retrouver des pépites comme Waldo Kitty (cf. cette Parenthèse de Virgul), Hong Kong Fou-Fou ou Arok le Barbare. Et les lecteurs qui approchent la quarantaine pourraient bien également reconnaître, parmi les vieilles figurines ou les étranges véhicules illustrant la section des jouets, des objets depuis longtemps oubliés...

Peu à peu, Carletti et Lainé peignent non pas une fresque sur l'histoire de Strange mais bien la toile de fond de notre enfance, faisant remonter à la surface de notre conscience souvenirs et émotions.
Il faut souligner la grande qualité du texte, dont le style agréable et fluide (et sans coquilles !) permet une immersion totale. Le tout est bien évidemment abondamment illustré, richement documenté et non dénué d'humour.
Allez, seul petit bémol, une certaine bienveillance qui, à propos de quelques sujets, n'aide pas à refléter la réalité. Ainsi, Mikros est qualifé de "géant de la BD populaire française", ce qui semble un peu exagéré au regard de la notoriété toute relative du héros. De même, à propos du Strange relancé en 2007 (cf. encadré), il est dit qu'il "perpétue la légende", ce qui semble là encore un peu optimiste si l'on compare avec les séries cultes de son aîné. Rien de bien méchant toutefois et l'impression générale reste très positive tant l'on sent ici un travail de fond, sérieux, qui respire la passion.

Une manière de découvrir une époque pour les plus jeunes, ou de s'y replonger pour ceux qui l'ont vécue.
Un beau livre et un bon moment de lecture, doux et nostalgique.

176 pages - 234 x 265 mm - 14,90 €




Strange version Organic

Le 8 janvier 2010, la nouvelle version de Strange, baptisée "journal des sup'héros", sort dans les kiosques.

Une petite explication s'impose sur la renaissance de cette revue. Tout le monde connaît le Strange (de Lug puis Semic) qui a publié pendant des années les plus populaires séries Marvel. Semic perd la licence Marvel en 1996. Strange va alors publier du DC pendant deux ans avant de s'arrêter, en 1998, au numéro #335.
Organic Comix, une association lyonnaise, a fait revivre le titre en 2007, uniquement en librairie spécialisée cependant. Du coup, lorsqu'il sort en kiosque, il affiche alors une triple numérotation : "n°1 Extra 345/10", ce qui signifie en fait qu'il s'agit du premier numéro disponible en kiosque mais du 10ème réalisé par Organic et du 345ème si l'on prend en compte la numérotation originale.

Niveau contenu, l'on trouve bien entendu des BD mais aussi quelques interviews et une sorte de mini revue de publications très confidentielles.
À l'époque, les séries publiées sont Godland de Joe Casey (scénario) et Tom Scioli (dessin), Lorelei, par Steven A. Roman (scénario) et Neil Vokes & Steve Geiger (dessin), et enfin le Fantask' Force de Reed Man (sans doute le titre le plus agréable à lire, malheureusement aussi le plus court).

Cette version prendra malheureusement fin assez rapidement, en 2011, avec la sortie du numéro 350...





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le côté nostalgique.
  • Blindé d'infos.
  • De très nombreuses illustrations.
  • Un texte de qualité.

  • Un enthousiasme qui prend parfois le pas sur l'objectivité.
L'Effondrement
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Une mini-série française originale et (malheureusement) en résonance avec l'actu : L'Effondrement.

Cette série de 8 courts épisodes (environ 15 à 20 minutes chacun) a été diffusée à la base sur Canal+ et est écrite et réalisée par le collectif Les Parasites. Ces derniers ont à leur actif un paquet de courts métrages primés, et il faut dire que la bande est plutôt douée et détonne positivement dans le paysage de la création audio-visuelle française.
Voyons tout d'abord de quoi il est question.
L'Effondrement évoque une situation de rupture de la normalité (plutôt un effondrement économique dans ce cas précis) qui a vite des conséquences désastreuses. L'on suit, au travers de chaque épisode, un personnage ou un groupe différents (bien que certains reviennent faire une apparition) dans une situation particulière, le tout à un instant bien précis de l'effondrement (J+2, J+5, J+25...).

L'on va ainsi assister aux premiers mouvements de panique, avec des gens qui viennent faire des provisions dans une grande surface mais trouvent des rayons vides (je précise que la diffusion date de 2019, ils ne se sont donc pas inspirés des événements récents), puis l'on va voir une situation dégénérer rapidement dans une station-service où les propriétaires échangent de l'essence contre de la nourriture, etc.
Jusqu'à l'épisode 8 qui fait office de préquelle se déroulant à J-5.

Alors, on a pu voir pas mal de critiques assez dithyrambiques sur cette série, certains n'hésitant pas à parler de chef-d'œuvre, mais qu'en est-il réellement ?
Tout d'abord, en ce qui concerne les (grandes) qualités de L'Effondrement, l'on peut souligner le côté immersif et angoissant. Des épisodes comme Le supermarché, La station-service ou encore Le hameau sont très efficaces. Le découpage, plutôt innovant, et la réalisation nerveuse permettent de rendre compte de l'urgence de la situation, du stress des personnages, tout en dessinant, en arrière-plan, une trame intéressante (notamment dans les épisodes L'aérodrome et L'île). On ne s'ennuie pas, même lorsque l'écriture bascule dans quelque chose de plus émouvant et presque contemplatif (La maison de retraite).
Ceci dit, tout n'est pas parfait pour autant.



La profusion de personnages et les bonds dans le temps peuvent quelque peu déconcerter. Cela n'aide pas en tout cas à s'attacher aux protagonistes ou à comprendre immédiatement les enjeux. Mais, si l'on considère ces 8 épisodes comme une grosse introduction, elle donne plutôt envie de découvrir la suite.
Autre bémol : le jeu des acteurs dans certains rares cas. Si la plupart du temps, ça sonne juste, avec des attitudes et tons même plutôt réalistes, l'on tombe aussi parfois dans la caricature et le surjeu (L'aérodrome mais aussi et surtout L'émission, avec une ministre ridicule... encore que, les responsables actuels ne sont peut-être pas si éloignés que ça de cet amateurisme grand-guignolesque).

L'on peut également s'arrêter un instant sur le "message", pertinent, délivré de manière un peu inaudible à la fin de l'épisode 8 : un système basé sur la croissance infinie, dans un monde aux ressources limitées, n'a aucun sens et est même dangereux. Pour le coup, c'est une évidence, mais une évidence qui n'a pas encore été intégrée par les partis politiques. La croissance, à gauche comme à droite, est encore présentée de nos jours comme la solution miracle à tous les problèmes. Et, pire encore, comme une évidence indiscutable.
Il ne faut pas oublier que la "croissance", c'est plus de tout (plus d'enfants, d'écoles, de routes, de besoin en énergie, en matières premières, plus de constructions, de prisons, de supermarchés, de pollution, de délinquance, etc.). Alors, ça règle des problèmes sur le très court terme, comme celui des retraites (c'est un système pyramidal en fait, c'est même illégal pour les particuliers, puisque l'on sait que c'est une arnaque qui va nécessairement crasher à un moment), mais ça entraîne bien plus de problèmes encore sur le long terme (comme... le problème des futurs retraités).
Il est par exemple ahurissant qu'un pays comme la France (qui n'a plus besoin de "bras" dans les secteurs primaire et secondaire) ait encore une politique encourageant la natalité alors que le système actuel n'a résolu ni les problèmes d'emploi, ni ceux concernant le logement, la santé ou la sécurité, sans parler du défi majeur concernant le climat.

L'effondrement (réel celui-ci) est une question de temps. Le système fonce, à grande vitesse, vers un mur infranchissable. Et au lieu de freiner pour réduire les conséquences de l'impact, les dirigeants de tout bord décident, mandat après mandat, que la solution évidente consiste à... écraser l'accélérateur.
Ben... du coup, n'oubliez pas votre ceinture et vérifiez votre airbag (cf. cet article).

Une série addictive, à l'ambiance et à la forme originales.
Vivement conseillée.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Immersif et efficace.
  • Une forme originale.
  • Parfois très émouvant.
  • Un contexte clairement réaliste et d'autant plus inquiétant.

  • Un découpage et une dispersion ne permettant pas l'émergence de personnages forts.
  • Un jeu d'acteur, dans de rares occasions, quelque peu outré.
Le désastre Panini
Par


Le magazine 60 Millions de Consommateurs vient de publier un article relayant (un peu superficiellement) les mouvements de grogne suscités par Panini.
Hausse des tarifs, politique éditoriale contestable, communication hasardeuse sont évoquées, par contre, étonnamment, rien sur les traductions en grande majorité désastreuses (même si la tendance est à l'amélioration ces dernières années) et le saccage complet de toute une gamme de comics.
Du coup, à la rédac, on s'est dit qu'on allait aider nos confrères à compléter ce petit portrait en abordant ce qui reste tout de même un sujet central pour un éditeur dont la tâche principale est l'adaptation de textes anglais en français. Enfin, "français", c'est vite dit.

Nous allons commencer par les très nombreuses fautes, tournures étranges et coquilles, présentes dans des centaines d'ouvrages Panini. Tout de suite, une précision s'impose. Il n'y a rien de honteux à commettre une faute ou à laisser passer une coquille. De nos jours, il est très rare par exemple de trouver un roman ne contenant pas au moins une coquille. Mais, une ou deux fautes dans un texte dense de 300 ou 400 pages, c'est très différent de 15, 20, 40 ou 70 fautes au sein d'une BD de 80 ou 140 pages, d'autant que le volume de texte est bien entendu largement moindre.
C'est cette accumulation dénotant un manque d'implication et de sérieux qui est regrettable.

Précisons également que si le nom d'une traductrice, Geneviève Coulomb, revient souvent, ce n'est pas vraiment elle qui est en cause en premier lieu, mais bien les responsables éditoriaux qui valident des textes cradingues qu'ils ne prennent même pas la peine de faire relire.

En gros, deux types de problèmes se posent régulièrement : les fautes pures et les choix de traduction étranges. Commençons par la première catégorie.

Les exemples ne manquent pas. Ainsi, dans l'Intégrale Spider-Man 1980, l'on peut (entre autres) trouver ceci :
- le Punisher m'a tiré à balles anesthésiantes
- il faut que je le fasse parler... de façon ou d'autre
- je ne meurs pas si pour si peu
- que dal
- la vielle (pour "vieille")
- s'enlève (à la place de "s'élève")...
(plus que d'éplucher un ouvrage de manière exhaustive, nous allons multiplier les exemples)

Dans l'Intégrale 1982, l'on peut noter :
- il et bien décidé
- ceci est autre histoire
mais aussi des textes impropres, comme un dialogue reporté dans le descriptif de la case suivante (voir ci-dessous). On passe sur toutes les nombreuses erreurs de ponctuation et d'accord, ou sur la confusion constante entre futur et conditionnel...



L'on trouve des choses étonnantes aussi dans les publications X-Men, notamment dans la saga du Phénix Noir, où Coulomb est encore à la manœuvre :
- que ça arrête !
- vous êtes eux ?
- elle a fait tout cela comme en se jouant
- j'ai assumé ma forme d'acier organique...

Tout cela n'est pas limité aux Intégrales, dans le X-Men Extra #79, l'on pouvait trouver diverses âneries qui finissent par revêtir un aspect comique :
- on voit pourquoi tu étais copain de l'autre (ah que c'est joliment dit !)
- on essaie, mais on est eus à chaque tournant
- je tiens à te surveiller au doigt et à l'œil
- il est mort à bout d'usure
- elle peut pas faire de vitesse (en parlant de quelqu'un qui ne peut se déplacer rapidement)
- le complexe souterrain en sous-sol de l'école (par opposition aux souterrains que l'on construit hors-sol sans doute)

Parfois, la traduction donne exactement l'inverse de ce qui est dit dans la version originale.
Ainsi, toujours dans la saga du Phénix Noir, un "except that all our foes can fly" (tous nos ennemis peuvent voler) devient "sauf que l'ennemi n'a pas de personnel volant". Un contre-sens d'autant plus évident que dès la case suivante, le personnage évoque les ennemis qui volent ! Et puis, bon sang, qu'est-ce que c'est que ce choix de vocabulaire débile ? Le "personnel volant" ? On parle de la Garde Impériale shi'ar, pas du personnel d'un airbus !
Toujours dans un X-Men, alors qu'il est question de Banshee (le Hurleur), la traductrice remplace ce nom par Charlie (le professeur X), ce qui rend la scène incompréhensible.



Niveau expressions typiquement anglaises, Geneviève ne connaît rien non plus. Dans une scène où Tornade utilise l'expression "walk in the park" (qui signifie que ce sera "facile", genre "une partie de plaisir" ou une "promenade de santé"), elle traduit ça par un "va voir au parc" (cf. image ci-dessus) qui est complètement absurde (les personnages sont dans un avion, il n'est aucunement question d'un parc).
Un peu plus loin, elle traduit "burn in hell, fiend" (brûle en enfer, démon) par "va en enfer, ami".
Pour elle, "fiend", c'est un ami... (comme dans le sitcom bien connu, Fiends).
Autre exemple, dans un Deadpool, elle traduit "go to defcon 4" ("passez en defcon 4", defcon étant un niveau d'alerte de l'armée américaine) par "joignez defcon 4".
Elle ne sait jamais de quoi il est question, mais tant pis, elle invente. Et avec une rare poésie, par exemple "You're history, bub !" va ainsi être traduit par un joli "T'es viande froide !".
Quel charabia !
C'est quand même un exploit : elle ne comprend rien à l'anglais, et elle n'est pas capable non plus de faire une phrase correcte en français...

Et bien entendu, Coulomb détient aussi la palme de la bourde historique, grâce à sa magnifique adaptation du X-Men Extra #58, dans lequel elle a traduit le mondialement connu 9/11 par... 9 novembre. En plus, le 11 septembre était cité après deux autres événements historiques très connus (les premiers pas sur la Lune et l'assassinat de JFK), preuve que, vraiment, certains traducteurs se foutent complètement de ce qu'ils lisent, car si une erreur peut toujours survenir, une date lambda au milieu de faits mondialement connus aurait dû logiquement allumer tous les gyrophares mentaux de la traductrice.

Donc, là, je crois que l'on a vu la "qualité" du texte (basé sur très peu d'exemples en comparaison de la masse d'inepties que contiennent ces ouvrages), passons maintenant au deuxième problème récurrent : le style.

Allez savoir pourquoi, Geneviève Coulomb (ainsi que deux ou trois de ses collègues d'ailleurs, dans une moindre mesure) a opté pour une sorte de jargon issu du milieu interlope parisien des années 40. On a perpétuellement l'impression d'assister à un dialogue entre Jean Gabin et Edith Piaf.
Pour des récits se déroulant à New York dans les années 80, 90 ou 2000, c'est quand même très étrange.

Exemples (accrochez-vous, c'est une jolie balade dans les ruelles parisiennes de l'après-guerre) :
- le môme Parker
- la môme Pryde
- les gonzes
- tu mords le topo
- mon rigolo (en parlant d'un flingue !)
- le schnick
- foutraque
- calter
- on va se ratatiner un cogne
- tu te cailles le raisin
- rachtèque
- arsouille
- je suis allé piquer l'artiche
- je galéjais pas
- pour le bitos (le bonnet)
- lui faire rendre tripes et kapok !
- tu te retrouveras à bavocher dans un fauteuil…
- … version épouvante et sans matafs !
- bath journée !
- désolé d’avoir bousillé ton carbi
- il se monte en mayonnaise à propos de cette louloute
- et alors tintin pour le biturer
- je me taille un cendrier dans ton caberlot
- je viens de morfler la chicousta du siècle
- on est en plein chizbroc
- dégoise, pitre !
- depuis lulure (longtemps)
- il serait badour en caleçon
- t’as plus qu’à t’esbigner
- tu plafonnes du neutron
- ça en jetterait un jus !
- le plaftard est sur le point de céder
- les nabus de fouilly-les-oies
- le gars a dû mettre les adjas
- monsieur belvédère me patafiole
- chmilbliz (qui doit être vaguement inspiré du célèbre schmilblick)

Et le pire, c'est que tous les personnages parlent de cette manière : Wolverine, Spider-Man, Deadpool, Cyclope, Captain America... pas moyen qu'ils sortent la moindre phrase sans partir dans de l'argot suranné et totalement hors de propos.
Pourtant, le niveau d'anglais de la version originale est tout à fait basique. Il n'y a ni argot ni expressions familières. Mais Coulomb et ses amis ne peuvent jamais s'empêcher d'extrapoler. Ainsi, un simple "oh no" (que l'on traduirait bien par "oh non", même si nous ne sommes pas des spécialistes) devient... "calamitas".
On passe sur les "crotte" et autres "ducon la joie" qui passent assez mal dans la bouche de Peter Parker... alors que ces insultes ne sont jamais présentes en VO. D'ailleurs, les versions françaises de Panini deviennent souvent inutilement vulgaires. Par exemple "dude" (type, mec...) est traduit par "ce con-là", ou encore "slob" (plouc) par... "connard".
Là encore, les choix de traduction s'avèrent bizarres et ne respectent pas la volonté originelle de l'auteur.

Voyons un autre exemple avec un extrait tiré de la série Uncanny X-Men. Sur l'image ci-dessous, vous pouvez voir la version originale à gauche, aisément compréhensible, et la traduction de Coulomb, validée par Panini : "Vous z'ici, je vous croyais z'aux z'eaux !?"
Mais, qu'est-ce que ça veut dire ? Et pourquoi tous ces "z" devant les mots ? C'est du pur délire, qui ne tient compte ni du texte original, ni du contexte, ni même des règles de français.



Le pire, c'est que bien des années auparavant, les mêmes épisodes avaient été adaptés proprement, sans cet espèce d'argot de l'après-guerre, ces dérives et ces expressions fantasques, dans les Strange et autres Nova (revues qui étaient malheureusement censurées au niveau des dessins).
Avec les versions actuelles, on se demande même si la traductrice bosse sous acide ou si elle ne fait pas exprès de saccager les textes. Ainsi, un ancien et très correct "Attention, voici venir votre ami l'Araignée !" se transforme en "Spider-Man en piste ! Glaglatez Navarrais, Maures et Castillans...!"
Wow, ça c'est du free style, hein ?


Autrement dit, il vaudrait mieux que vous vous mettiez sérieusement à l'anglais si vous avez des lacunes. C'est sans doute d'ailleurs la plus grande qualité de Panini : l'éditeur et son impéritie auront plus fait pour l'apprentissage de la langue de Shakespeare que tous les profs d'anglais de ces cinquante dernières années, collèges et lycées compris.



Black Mambas
Par


Alors qu'au début du siècle dernier l'on pouvait croiser plus d'un million de rhinocéros dans les plaines africaines, ces animaux, menacés d’extinction, sont aujourd'hui moins de 20 000...
Pour lutter contre le braconnage, en Afrique du Sud notamment, des réserves naturelles, protégées par des gardes forestiers devant lutter contre des bandes armées violentes, ont été créées.
En parallèle, des femmes courageuses et volontaires ont fondé les Black Mambas, un groupe dont la mission consiste à sensibiliser les jeunes populations sur les dangers du braconnage mais aussi à neutraliser les pièges illégaux des chasseurs.

C'est en s'inspirant de cette réalité qu'Abdelkader Lhakkouri (scénario) et Laura Ramirez (dessin) ont imaginé cette bande dessinée, Black Mambas, publiée le mois dernier chez Nats Éditions.

En plus d'un thème central écologique, ce récit, centré sur une jeune adolescente rebelle, s'intéresse à la place de la Femme dans une société tiraillée entre modernisme et archaïsme, tout en gardant un ton juste qui permet de s'écarter du manichéisme que l'on aurait pu craindre, notamment en dressant un portrait réaliste des braconniers, souvent poussés par des besoins impérieux.

Une belle et puissante histoire, à la thématique forte et au graphisme doux et agréable.

15 euros, 60 pages.
À découvrir et commander sur le site de l'éditeur.


Édition : conseils pratiques (et grosses conneries à éviter)
Par
Ou comment éviter les mauvaises surprises... 


Nous terminons notre triptyque d’articles sur l’édition par quelques conseils pratiques.

Après notre article sur L’Auteur et ses Droits, destiné à défricher un peu les bases légales de l’activité, et Édition : Repérer les arnaques, dont le titre est limpide, nous allons aborder des éléments plus terre-à-terre. Certains points peuvent sembler évidents, pourtant, au vu de ce que reçoivent parfois les comités de lecture, c’est encore loin d’être superflu.

Je rappelle que cette série d’articles (contrairement à ce dossier par exemple) ne porte pas sur l’écriture (sauf le point 8, plus ou moins) mais bien l’édition. On suppose donc que vous avez toutes les qualités requises pour devenir écrivain, que vous avez écrit un chef-d’œuvre (ou au moins quelque chose de publiable) et que vous êtes maintenant à l’étape où vous souhaitez transformer votre manuscrit en véritable livre, disponible dans le commerce.


1. Les différentes options qui s’offrent à vous en matière de publication

a. Le Graal
Si vous souhaitez faire de l’écriture votre métier et donc devenir écrivain professionnel, vous n’avez pas le choix, vous devez trouver une maison d’édition traditionnelle vous proposant un contrat à compte d’éditeur. Et cette maison doit disposer d’un diffuseur et d’un distributeur (ce qui est bien évidemment le cas des éditeurs les plus connus, mais pas forcément de certaines petites structures).

Ce contrat à compte d’éditeur, c’est le Graal de l’écrivain. Il comporte de nombreux avantages (l’exact opposé de ce que nous développerons ci-dessous dans les défauts des solutions alternatives) et un seul gros inconvénient : il n’est pas évident à décrocher. Il faut parfois très longtemps avant d’enfin recevoir une réponse positive d’un véritable éditeur. Il est donc nécessaire de s’armer de patience et de ne pas changer de critères de sélection après quelques réponses négatives.

En général, un auteur amateur va avoir une démarche suivant une pente descendante au niveau de ses exigences : il va contacter de grosses maisons d’édition, très connues, et essuyer des refus. Il va alors contacter des maisons de moindre importance, et essuyer de nouveaux refus. Souvent, c’est là que la plupart optent pour une publication à compte d’auteur ou une auto-publication. Solutions qui n’en sont pas vraiment et que nous allons voir ci-dessous.

b. L’Arnaque
La publication à compte d’auteur, qu’elle soit clairement annoncée ou qu’elle soit déguisée en fausse publication à compte d’éditeur, n’a aucun intérêt. Sauf dans des cas très spécifiques (par exemple, vous avez envie de distribuer vos mémoires à vos proches et vous ne voulez pas vous emmerder avec l’aspect technique).
Pour schématiser, il ne s’agit plus ici de maisons d’édition qui font des bénéfices en vendant des livres mais de sociétés qui vivent de l’argent qu’elles soutirent aux auteurs. Car la publication à compte d’auteur sera toujours payante. Peu importe ce que la société vous fournit comme argument (participation aux frais de maquette, paiement de la correction du manuscrit, installation de la clim dans la maison de campagne du PDG…), c’est simplement une manière de faire passer la pilule.
On comprend donc que de telles structures n’ont aucun intérêt à filtrer ce qu’elles reçoivent, elles ne se basent pas sur la qualité de ce qui est imprimé mais sur le nombre d’auteurs.

Or, un auteur ne paie pas, JAMAIS, dans aucune circonstance, pour être édité. Au contraire, il est payé. C’est une simple question de bon sens. Le boulanger ne paie pas le patron de la boulangerie pour travailler (même s’il y a des frais évidents à engager, comme l’achat des matières premières, la location du local, etc.). Au contraire, il est rétribué pour son travail. Pour un auteur, c’est identique. Il doit gagner de l’argent (même peu) et ne surtout pas en perdre.

Encore récemment, j’ai vu des gens se faire avoir en dépensant des milliers d’euros (plus de 4000… ça parait fou) pour simplement avoir un livre disponible en numérique et en impression à la demande, sans aucun travail en amont de l’éditeur, et sans aucune distribution réelle. Pour déceler ce genre de pratiques avant même de contacter "l’éditeur", reportez-vous à l’article Édition : Repérer les Arnaques.

c. Le Cul entre deux chaises
Il existe une troisième voie qui est celle de l’auto-édition. Autant le dire tout de suite, si vous écrivez du polar, de la SF, du fantastique ou globalement des récits "de genre", vous n’avez rien à foutre dans l’auto-édition. Parce qu’il existe des tas d’éditeurs sérieux qui publient ce genre de romans (ou de BD).
L’auto-édition, qui ne fera pas de vous un écrivain professionnel [1], se devrait d’être réservée à des projets très particuliers, qui n’intéressent aucun éditeur de par leur spécificité. Si c’est pour publier ce que tout le monde publie déjà en masse, cela n’a aucun intérêt. D’autant que vous allez avoir une foule d’inconvénients.
Le seul avantage, c’est que vous gardez 100 % des droits de votre œuvre. C’est tout de même à signaler, mais 100 % de 0 ou 25 ventes, ça reste quand même peu.
Les inconvénients, eux, sont légion : les frais d’impression sont à votre charge, vous n’avez aucun diffuseur, aucun distributeur, vous êtes obligé de démarcher vous-même les libraires (et pour les grands groupes, vous pouvez oublier toute idée de négociation sur les remises, de toute façon la plupart ne voudront même pas perdre de temps avec vous), vous devez vous occuper de la gestion du stock, de la partie administrative, de la promotion, de la maquette, de la correction, vous n’aurez pas en amont l’apport essentiel de l’éditeur quant à certains aspects de votre texte, bref, en plus de votre activité d’écrivain et de votre taf alimentaire [2], vous allez devoir assumer un troisième métier en parallèle, dont vous ne connaissez rien.
Il faut reconnaître cependant que de plus en plus d’auteurs amateurs recourent à l’auto-édition, ce qui les transforment souvent en colporteurs (hop, voilà un quatrième métier, ça commence à faire beaucoup) obligés d’être présents dans tous les salons et festivals, de multiplier les dédicaces, et donc de passer un temps précieux à tenter, souvent en vain, de vendre ce qu’ils ont écrit.
C’est dur comme portrait, je sais, mais c’est ce qui vous attend si vous choisissez cette voie.


2. L’orthographe, c’est important ?

Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette question revient souvent.
On va prendre un exemple dans un autre domaine pour que ce soit bien clair. Imaginons que Gonzague-Kevin (je donne les prénoms que je veux, hein) souhaite obtenir un poste dans une entreprise. Peu importe quoi, il veut devenir mécanicien dans un garage, ou vendeur dans un magasin de sport. À votre avis, s’il se présente à l’entretien pas coiffé, pas lavé, en tongs, short et t-shirt dégueulasse décoré avec des taches de ketchup et de chocolat, c’est important ou pas ?
Ben oui, c’est important.
C’est une question d’hygiène de base. Si tu pues le rat crevé à 10 mètres, ça ne donne pas une bonne première impression.

La grammaire en général, c’est pareil, c’est une question d’hygiène.
La langue est l’outil de travail de l’auteur. Il doit la maîtriser. Cela ne fera pas de l’auteur un "bon" auteur, parce que l’écriture est basée sur bien autre chose que sa seule hygiène, mais c’est indispensable. Je peux vous assurer que si vous faites trois fautes par phrase, votre manuscrit partira à la poubelle au bout d’un paragraphe.
Ce qui est normal.
Imaginez que vous soyez au restaurant et que l’on vous serve un super plat mais dans une assiette dégueulasse, avec de la mayo de la veille encore collée dessus… vous allez tout de même déguster ce que l’on vous amène ? Non. Enfin, j’espère que non.

Et, tout bêtement, il est bien plus facile de savoir écrire au sens scolaire du terme que de savoir écrire comme on l’entend lorsque l’on parle d’un conteur (romancier ou scénariste). Si vous ne maîtrisez pas la première étape, difficile de vous faire confiance sur la seconde.
Alors, attention, on ne vous demande pas non plus d’avoir le niveau d’un (bon) correcteur professionnel, si vous merdez sur un accord hasardeux (ce qui ne manque pas dans l’usine à gaz qu’est la langue française), personne ne vous en voudra. Mais vous ne pouvez décemment pas présenter pour autant un manuscrit blindé de conneries.


3. La sélection des éditeurs

L’on a vu qu’il fallait éviter les sociétés qui vous demandent du fric et gagnent de l’argent sur la crédulité et non leurs ventes de livres. Mais ce n’est pas une raison pour envoyer votre manuscrit à tous les éditeurs "sérieux".
Il est en effet indispensable de cibler les éditeurs par rapport à ce que vous écrivez. Inutile par exemple d’envoyer un polar à une maison qui est exclusivement spécialisée dans le fantastique et la science-fiction.
Là encore, ça peut sembler évident, et pourtant…
Non seulement les maisons d’édition reçoivent un paquet de trucs qui ne rentrent pas dans leur ligne éditoriale, mais il arrive que certains auteurs aient des questions assez surprenantes.

Allez, c’est le moment de l’anecdote.
Lors d’une dédicace dans une librairie, je suis tombé sur un type qui (sans prêter aucune attention à mes propres livres) est venu me demander des conseils. Il commence en me disant : "Heu, où je peux trouver une liste d’éditeur où envoyer mon manuscrit ?"
On est dans une librairie, je le rappelle.
Je lui conseille d’aller jeter un œil dans les rayons, de voir ce qui se rapproche de ce qu’il écrit, et de noter le nom des éditeurs, pour ensuite faire une recherche sur internet, où il trouvera adresses et conseils. Et le type me répond : "Ah mais, j’ai pas internet moi."
C’était en 2018 hein, pas il y a 15 ans.
Je ne sais pas s’il s’attendait à ce que je l’invite à faire ses recherches chez moi…

En gros, prenez le temps de vous renseigner. Normalement, si vous êtes un véritable auteur, vous êtes déjà un lecteur compulsif, donc vous connaissez certains éditeurs. Pour les autres, il est impératif de prendre le temps d’au moins consulter ce qu’ils publient. Ne serait-ce que les résumés de quatrième de couverture.


4. La présentation du manuscrit

Faites propre. Pour le reste, ça dépend…
En fait, chaque éditeur peut avoir ses propres exigences (que vous trouverez sur le site dudit éditeur). Certains vont demander une police spéciale, une marge et des sauts de ligne bien définis, il est impératif alors de prendre chaque exigence en compte.
Si rien n’est spécifié, pensez que la personne qui va vous lire se tape des tonnes de manuscrits chaque mois, tout au long de l’année.
Envoyez donc un manuscrit lisible (bannissez toute police exotique et tout effet graphique) et pratique (laissez des marges pour annoter).


5. Je vais tout tenter au niveau de la lettre d’accompagnement !

Non. Mauvaise idée.
Très mauvaise idée.
Je sais bien que certains sites conseillent ce genre de conneries, mais c’est du 100 % perdant. La lettre qui accompagne votre manuscrit est une forme de politesse. Vous n’allez rien gagner là-dedans (mais vous pouvez perdre en crédibilité).
Surtout, n’allez pas raconter votre vie ou aligner les arguments ridicules.
Par exemple, tout le monde se fout que votre oncle Michel ait adoré votre histoire. D’une part parce que tonton Michel n’a probablement pas les compétences littéraires pour juger votre récit, d’autre part parce que, même s’il les avait, l’éditeur ne le connaît pas, tonton Michel. Donc, il s’en bat la race exposant 1000.

J’ai l’air de plaisanter, mais je vous assure que les lettres que reçoivent les éditeurs sont parfois… lunaires.
Dans l’idéal, faites simple, concis, carré.
Ne vantez pas non plus votre idée de roman. On s’en cogne de l’idée, c’est sa mise en œuvre qui est éventuellement intéressante.
Au pire, si vraiment vous avez une info utile à transmettre (genre, vous êtes connu dans un domaine, vous êtes suivi par une communauté de centaines de milliers de personnes…), dites-le en allant droit au but et sans en faire des caisses.

Et surtout, surtout, contrairement à ce que certains ahuris peuvent encourager sur le net, ne vous vantez pas ! Ne dites pas par exemple "je vous envoie le prochain best-seller" ou quelque chose d’approchant. Vous passeriez automatiquement pour un parfait abruti.


6. La confection du manuscrit et son envoi

Peu d’éditeurs acceptent les ouvrages sous forme numérique (même si ça commence, très doucement, à évoluer). Il faut donc vous résoudre à imprimer et poster vos manuscrits. Et vous verrez que c’est un budget non négligeable. Il faut acheter le papier, l’encre, une machine à relier, des peignes de reliures, et payer les frais de port. D’où l’intérêt de cibler les éditeurs.
Imprimer et relier soi-même, ce n’est pas marrant, mais c’est meilleur marché que de faire appel à un imprimeur.

Par contre, évitez les envois en recommandé avec accusé de réception. Ça ne sert à rien et ça va agacer celui qui est chargé de réceptionner votre courrier. Pour la protection de votre œuvre, on a détaillé ça dans cet article.

Si l’éditeur ciblé accepte (voire exige) un ouvrage numérique, cela ne veut pas dire qu’il n’a pas lui aussi des exigences quant au format ou la présentation. Là encore, prenez le temps de vous renseigner et de vous conformer aux demandes (n’envoyez pas un .doc si on vous demande un .pdf).



7. Le suivi

Un éditeur ne vous doit rien. Il n’est même pas obligé de vous répondre. Et s’il le fait, ce sera en général très bref.
Ne le harcelez pas en lui rappelant que vous lui avez envoyé un manuscrit (le temps de réponse se compte en mois).
Si jamais un éditeur prend le temps de justifier son refus autrement que par une lettre type ("… ne correspond pas à la ligne éditoriale, blabla…"), remerciez-le éventuellement mais ne vous lancez pas dans un débat stérile, même si les éléments avancés semblent faux ou stupides. Il a déjà dit "non", vous ne pouvez plus le convaincre. Et ergoter pourrait hypothéquer une future tentative avec un autre manuscrit.

Prenez le temps de créer un document (papier ou numérique) sur lequel vous noterez vos envois, avec le nom de l’éditeur, l’adresse, les modalités spécifiques exigées, la date et les réponses éventuelles.
L’adresse, tout comme les modalités, vous permettront de ne pas perdre de temps lors d’un second envoi (ce qui est possible, après une modification en profondeur de votre manuscrit par exemple, ou juste pour retenter votre chance après quelques mois), la date vous permettra d’évaluer vos "chances" de réponse (après un an et demi… considérez que c’est "non"), et les réponses pourront vous donner des pistes d’amélioration de votre travail ou simplement des indications sur les attentes de l’éditeur.


8. Les conseils techniques trouvés sur le net…

Si vous ne me connaissez pas, vous êtes en train de lire les conseils d’un parfait inconnu sur le net. Cela mérite, au minimum, de prendre tout cela avec un peu de recul et de s’interroger sur la pertinence desdits conseils. Ne prenez pas tout au pied de la lettre, essayez de vous renseigner sur le parcours et le sérieux des gens que vous lisez (surtout s’ils semblent raconter des âneries ou s’ils conseillent des pratiques "exotiques"), et enfin, n’hésitez pas à "violer" les règles parfois trop rigides que l’on vous présente comme des dogmes. Je vais prendre un exemple concret.

Dans les conseils d’écriture les plus souvent rabâchés sur le net ou dans certains ouvrages "techniques" (à l’utilité très aléatoire), l’on retrouve souvent ceci : il faut éviter l’emploi d’adjectifs trop génériques, comme "grand" ou "petit", ainsi que l’emploi d’adverbes tirés d’adjectifs (les fameux adverbes en "ment", comme gentiment, rapidement, facilement, etc.).
Tout cela, dans une certaine mesure, n’est pas faux. Mais ça ne veut pas dire que c’est toujours vrai. Effectivement, si tout ce que vous décrivez est "petit" (une petite maison, un petit chemin…) sans raison valable, cela va vite devenir lourd et cela dénote une forme de fainéantise ou d’incompétence. Mais si vraiment c’est "petit" qu’il faut utiliser, ça reste faisable. Pareil pour les adverbes : bien souvent, ils sont inutiles voire redondants. Si des personnages sont en train de s’engueuler et que l’un balance une insulte, le fait de terminer par "dit sèchement machin" ou "s’écria sèchement machin" n’apporte rien. On s’imagine bien que c’est "sec" vu qu’ils s’engueulent. Par contre, l’inverse pourrait être intéressant : "Espèce de gros sac à merde, susurra gentiment machin", là, ça apporte clairement quelque chose d’inattendu.

Malheureusement, à partir d’un conseil à la base sensé ("n’abusez pas des adverbes, ils n’apportent souvent pas grand-chose"), beaucoup (sans comprendre pourquoi ces adverbes sont inutiles parfois) en arrivent carrément à presque interdire leur utilisation. Ce qui est absurde : ces mots font partie de la langue qui est votre outil de travail, vous pouvez vous en servir. Mais à bon escient.
Flinguer des idées reçues c'est fun...
et souvent indispensable !
De nos jours, d’ailleurs, nous disposons d’outils intéressants qui nous permettent, avec quelques recherches, de voir si une règle considérée par certains comme évidente est aussi suivie que ça par les auteurs professionnels reconnus. Voyons par exemple, en analysant les versions numériques de certains romans, si les auteurs actuels ou plus anciens ont banni ces fameux adverbes (il suffit pour cela d’utiliser un logiciel du genre Calibre et de faire une recherche en "ment" dans le texte).

Je commence avec Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013.
Résultat ? Les premières pages en sont blindées : tranquillement, justement, réellement, simplement, admirablement…
Bon, peut-être une exception, ne nous arrêtons pas là. Je continue avec Extension du domaine de la lutte, de Michel Houellebecq. Pareil : vachement, bizarrement, progressivement, aisément…
Et attention, ce sont à chaque fois les deux ou trois premières pages, pas une recherche sur tout le roman.
Je poursuis avec L’égal de Dieu, d’Alain Absire, prix Femina 1987 : immédiatement, brusquement, hardiment… (n’ayant pas la version numérique de ce roman, je me suis basé sur une méthode différente, en consultant des extraits sur internet).
Bon, peut-être que ces ouvrages sont trop récents, essayons avec un bon vieux Hugo, comme Les Misérables. Résultat identique : brusquement, immédiatement, difficilement…
Et vous pouvez aussi vérifier avec des adaptations en français d’auteurs étrangers, le résultat est le même.

Autrement dit, ce qu’il convient de retenir ici, c’est qu’un conseil parfois pertinent dans un contexte précis ne peut être érigé en règle absolue. On le voit bien puisque des auteurs reconnus, récompensés par des prix prestigieux, utilisent un grand nombre de ces adverbes que certains prétendent indignes et infréquentables.
Si un conseil (ou, pire encore, un conseil présenté comme une règle) vous paraît étrange, douteux, absurde, agissez comme je viens de le faire avec les adverbes : vérifiez en prenant comme source des ouvrages d'auteurs publiés, reconnus et récompensés. Et idéalement, écrivant dans des styles et genres différents.

Et si vraiment vous êtes certain d'avoir l'idée du siècle, même si tout le monde vous la déconseille, ben... tentez le coup. Après tout, vous êtes un auteur, pas un putain de canasson que n'importe quel béotien peut diriger comme il le souhaite grâce à un mors virtuel !

Mieux vaut parfois se sentir à l'aise dans un véhicule fait pour soi que de
 tenter de conduire maladroitement une batmobile que tout le monde conseille.





[1] Un écrivain professionnel est un auteur qui a été publié au moins une fois par une maison d'édition, à compte d'éditeur.
Cela n'augure en rien de la qualité des écrits (il existe des auteurs professionnels très mauvais, et sans doute de nombreux amateurs très bons). Il s'agit juste d'une distinction pragmatique, pratiquée par de nombreux acteurs du milieu éditorial : les concours réservés aux amateurs excluent les auteurs ayant déjà été publiés à compte d'éditeur ; la Société des Gens de Lettres demande à ses membres d'avoir été publiés au moins une fois à compte d'éditeur ; les bourses accordées aux écrivains, comme celle du Centre National du Livre, ne sont accordées qu'aux auteurs ayant au moins un ouvrage ayant déjà été publié à compte d'éditeur et étant distribué dans le réseau des librairies (et même avec un certain plancher au niveau du tirage), etc.
[2] Rappelons, comme nous l’avons vu dans cet article, que la grande majorité des écrivains professionnels ne vivent pas de leurs seuls romans. Un livre se vend en général peu, même lorsqu’il est publié dans une grande maison. Peu, cela veut dire quelques centaines d’exemplaires seulement…

Le jeune Messie
Par

Vous croyez au karma ? Moi non. Pourtant, il semblerait bien que l'arrogance de mon antithéisme militant soit décidée à me revenir dans les dents comme un boomerang affuté, ces derniers temps.
Me voici donc, moi qui ne crois en rien à part en l'inexistence de ce en quoi l'on croit, condamné à émettre une fois de plus un avis sur une œuvre traitant de... religion ! Par pitié, faites que cela cesse, donnez-moi une grosse comédie débile qui tache !

Après Samson qui se mettait au défi de faire de ce personnage biblique un héros de film d'aventures et Good Omens qui se riait de la religion avec talent, me voici face à une adaptation d'un roman d'Anne Rice (la maman de Interview with a vampire) qui sort elle aussi chez Saje... Il s'agit donc de The young Messiah (Le jeune Messie), réalisé par Cyrus Nowrasteh
Anne Rice a écrit plusieurs livres d'inspiration biblique, et ce film est la transposition au cinéma de Christ the Lord : Out of Egypt, publié en 2005. Sans trop de surprise, ça ne parle pas de Lestat.


Ma formation de professeur de morale laïque m'a permis de me frotter aux différents livres saints et je me suis donc farci la Bible... mais le Nouveau Testament m'a, je dois l'avouer, donné envie de rédiger le mien dans la précipitation. Autant l'Ancien m'avait intéressé, autant la vie de Jésus contée dans le Nouveau avait sur moi les effets d'un somnifère pour pachyderme.
Du coup, j'aurais dû roupiller devant ce film, comme de juste.
Mais non. Parce que, bon sang de bois d'un nerf de bœuf à clou, même si les passages les plus religieux m'ont évidemment fait lever les yeux aux ciel (et pas pour prier Dieu, je le crains), ce film est un vrai film. Et plutôt bon, en plus. Dans son traitement comme dans son message...
Allez, on le décortique (mais en vitesse, pas comme pour Samson... parce que j'ai une vie, aussi !).


C'est apocryphe


Le personnage central de ce film est un gars vaguement connu de par le vaste monde : un certain Jésus de Nazareth. Et l'on va ici narrer son enfance. Ce qui est impossible, en réalité, selon les croyants. Pourquoi ? Tout simplement parce que la Bible ne la raconte pas. On ne parle de bribes de cette période de sa vie que dans des évangiles apocryphes, c'est-à-dire des textes se présentant comme inspirés de Dieu mais ne faisant pas partie du canon biblique juif ou chrétien.


Un premier miracle qui en énervera plus d'un !
Le jeune Messie débute à Alexandrie, en Égypte, où Marie (interprétée avec brio par Sara Lazzaro qui parvient à en faire une vraie femme qui tend pourtant vers l'iconographie bien connue), Joseph (Vincent Walsh) et Jésus (le surprenant Adam Greaves-Neal, Billy dans la série Sherlock, vraiment excellent pour son jeune âge) sont réfugiés. 
Le jeune Jésus est alors impliqué dans la mort d'un enfant qu'il ressuscitera grâce à ce qui ressemble encore alors à de la magie.
C'est à ce moment que Joseph voit en rêves la mort d'Hérode le Grand, celui qui avait fait massacrer tous les nouveau-nés de Bethléem pour se débarrasser du rival qui venait de naître (oui, de Jésus, donc !). Le tyran ayant reçu son C4, toute la Sainte Famille décide donc de démarrer la deuxième partie du film qui consiste en leur voyage de retour vers la Galilée. 
Mais Hérode Antipas, le fils du premier Hérode, est tout aussi à la ramasse que Papounet (il a carrément des hallucinations) et lui aussi compte bien retrouver cet enfant de la prophétie que les Juifs appellent leur roi. Non mais oh, ce morveux veut son trône, il ferait beau voir qu'il le laisse survivre !
Revenu à Nazareth après un périple plus agité qu'un canette d'Orangina (incluant la guérison miraculeuse de son oncle dans les eaux du Jourdain), Jésus veut absolument se rendre avec ses parents au Temple de Jérusalem.
Le film en profite pour restituer un des rares événements de la petite jeunesse de Jésus narré dans la Bible : quand Jésus surprend les docteurs du Temple par son érudition et sa sagesse (Saint Luc Chapitre 2, Versets 41-20... merci Google !).

Au fil du film, l'on voit un centurion romain aux ordres d'Hérode Antipas rechercher Jésus, et la menace qu'il représente est d'autant plus pesante que ce personnage, Severus, est incarné par un Sean Bean (Ned Stark dans Game of Thrones, Boromir dans Lord of the Rings...) défendant ce rôle avec intensité et authenticité. Ce personnage est supposé avoir pris part au massacre des innocents à Bethléem, lorsque Hérode a fait tuer les bébés de moins de deux ans en espérant que Jésus serait dans le lot.

Sévérus influencé par le démon...
Étrangement, même si Bean n'est pas très présent à l'écran, il incarne si bien le message du film et avec tant de justesse qu'il est logique (et non pas racoleur comme je le croyais de prime abord) qu'il prenne une telle place sur l'affiche et dans la promo. Il incarne parfaitement l'effet qu'est supposé avoir ce petit Messie sur les hommes : l'on voit ce soldat inébranlable et impitoyable peu à peu fléchir et chercher une forme de rédemption... dit comme ça, ça peut sembler grossier et facile et ça pourrait l'être mais la scène-clé de ce revirement est proprement "auréolée de grâce".
Lors d'un face à face entre Severus et le jeune Jésus, Bean offre un jeu sobre et impeccable qui m'a forcé à me dire : "Mon gars, respect ! Je n'avais pas envie de voir ce film, je n'avais pas envie de te voir dans ce film... pourtant, non seulement ce film est beau et bien foutu mais toi, tu es un putain d'acteur que je n'avais jamais vu aussi convaincant !"

À noter encore la présence d'un démon tentateur tout à fait dispensable sous les traits du très reconnaissable Rory Keenan (Donal dans Peaky Blinders, Léopold Ier de Hasbourg dans Versailles). Honnêtement, il ne sert pas à grand-chose dans l'histoire, si ce n'est à disculper certains humains se retournant contre Jésus, puisque influencés par ledit démon.

On aborde aussi deux passages emblématiques du Nouveau Testament.
Il y a l'ange Gabriel qui annonce à Marie qu'elle va tomber en cloque et que ce sera un gamin nommé Jésus qui sera du coup non seulement le fils de Dieu mais aussi le fils de l'Homme. Aucune mention n'est faite de la virginité de Marie... sans doute parce que le film vise initialement un public de protestants...
Mais on y voit aussi la naissance dans la crèche avec les Rois Mages et tout le toutim...
Chez nous, on appelle ça du fan service ! 

Ça va ? On la sent bien, l'oppression romaine, là ?
En gros, ce film est à voir comme une fan fiction biblique, en somme. Comment ça, je ne respecte rien ? Bien vu !
Mais le film fait pire : il fait faire des miracles à l'enfant Jésus. La Bible stipule pourtant bien que son premier miracle est la multiplication de pains lors des noces de Cana... Mais non, Anne Rice n'en a rien à secouer. Des pains ? C'est pas un boulanger ! Allez, à 7 ans, il ressuscite un oiseau puis un gamin, soigne un homme et invente la mobylette (je voulais voir si vous étiez attentifs).
D'ailleurs, ça vaut au film ses rares mauvaises critiques... il y aura toujours des demeurés pour crier au blasphème parce qu'on a osé maltraiter un peu le matériau original... Mais ça va, quoi ! Ils n'ont jamais vu Highlander 2, ces mecs !

 

L'objet de cinéma...


C'est joli. Voilà, simplement...
Formellement, il faut bien reconnaître deux choses : ce n'est pas révolutionnaire mais... c'est vraiment beau.
Les paysages italiens servant de décors ont été très bien choisis et figurent à merveille la Galilée, la photographie est très belle, le CinemaScope est très bien exploité par le réalisateur qui sait ce qu'il fait et use des moindres points de force de ce format large avec expertise.
À la fois très ancré dans l'ambiance "Nouveau Testament" et contant pourtant une histoire inédite, ce film est à la fois familier et divertissant.
Le son et l'image du BluRay étaient irréprochables et la galette contient un making-of  peu intéressant, si ce n'est pour les commentaires de Chris Columbus (qui avait par exemple réalisé Maman, j'ai raté l'avion, avec un gamin nettement moins talentueux que celui-ci), ici producteur.

Thème, message et tout ça...


Avec ce film, vous aurez un film efficace sur les liens familiaux. Joseph, en père adoptif conscient du fardeau que représente la tâche d'élever un Messie, est certes intéressant mais c'est la comédienne incarnant Marie qui est touchante de vraisemblance.

Mais avec ce film, vous aurez aussi une lecture intelligente de l'enfance d'un Jésus très humain qui découvre lentement qui il est et d'où lui viennent ses dons... Parfois, le geek au fond de moi avait presque envie de sourire : En fait, gamin, tu es un mutant... viens avec moi, je m'appelle Xavier. Mais tu peux m'appeler Professeur X...  Tu peux me dire "Lève-toi et marche", steuplé ?
Les dialogues, parfois un peu trop religieux pour moi (tu m'étonnes !) sont pourtant bien écrits, globalement, voire assez fins... certaines répliques me reviennent même, comme le "Tes questions d’enfant appellent des réponses d’adulte et tu es encore trop jeune pour cela" de Joseph... c'est tellement mieux tourné que "Tu pigeras quand tu seras grand".

On a donc affaire, avec ce film, à un travail réalisé avec amour et sans doute avec pas mal de foi.
On a des décors bien choisis.
On a des comédiens talentueux.
On a une histoire inspirante, à défaut d'être trépidante...
Mince, quoi ! Le gamin se serait appelé autrement et il ne se baserait pas sur un bouquin ayant donné naissance à un dogme que je combats, je crois que je l'aimerais bien !

Pas le choix, du coup.
Bien obligé de rester quand même objectif : ce film est vraiment pas mal.
Voilà.
Et ça me fait mal de l'admettre !



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • C'est beau.
  • C'est bien joué.
  • C'est bien filmé.
  • C'est bien écrit.
  • Sean Bean n'y meurt pas !

  • C'est parfois un peu lent.
  • C'est apocryphe, sacrilège !
    Non, je m'en fous, en vrai !
  • Ça cause encore de religion.
  • Comment ça, "Sean Bean n'y meurt pas" ?
Le Sang des Héros - version numérique
Par



Une envie de lecture à petit prix ? Nous vous rappelons que l'excellent roman de notre ami Cyril Durr, Le Sang des Héros, est disponible au prix de 3,20 euros en version numérique, sur Kindle ou Kobo (cliquez sur les logos ci-dessous).
Vous pouvez même le trouver en version PDF sur le site des Éditions Nestiveqnen.
(bien entendu, la version papier est toujours disponible en librairie, mais c'est sans doute moins facile de se la procurer pendant cette période de confinement)





Plutôt que de vous faire un résumé de l'intrigue, nous vous proposons de découvrir ce récit au travers de différentes critiques, notamment cet article sur SciFi Universe ou encore cette vidéo de Culture Herogeek.
N'hésitez pas à vous plonger dans cette histoire qui traite la thématique des super-pouvoirs de manière réaliste et dévoile les nombreuses dérives d'un monde peuplé de surhumains aux défauts finalement... très humains.


"Une narration qui fait immédiatement penser aux meilleurs romans de Stephen King."
Lanfeust Mag 208 (mai 2017)



Chroniques des Classiques : La Cité & les Astres
Par


Lorsque l’on aborde le domaine de la science-fiction, quel que soit son support d’expression, le nom d’Arthur C. Clarke fait partie de ceux qui finiront par être cités. Ce Britannique né en 1917, scientifique émérite et père de la théorie des satellites géostationnaires, est entré au Panthéon de la SF à peu près en même temps qu’Isaac Asimov [cf. cet article], avec lequel il partage bien des talents, des thèmes similaires et de nombreuses récompenses littéraires.
Cependant, malgré l’impact et la portée de ses principaux romans (Les Enfants d’Icare, La Cité & les Astres, Rendez-vous avec Rama) et de ses brillantes nouvelles (il faut absolument lire les recueils français Avant l’Eden et L’Étoile), c’est avec un petit récit artificiellement développé plus tard en roman que sa notoriété supplanta celle de ses confrères écrivains : La Sentinelle, qui servira de base au scénario de l’insurpassable chef-d’œuvre qu’est le film 2001, l’Odyssée de l’espace. Ce n'est pourtant pas le texte qui nous intéresse pour l'heure car, si la nouvelle est habile, et porte en germe la prédilection de l'auteur pour décrire le destin d'une humanité à la dérive nécessitant l'intervention divine de races supérieures, le roman, lui, demeure relativement maladroit, un peu déséquilibré, et traduit assez mal les indiscutables qualités de Clarke ([pour en savoir plus, lisez cet article]. Préférons-lui une œuvre précoce, d'une richesse et d'une densité qui inspirent encore aujourd'hui l'admiration de ses pairs.

Avec La Cité & les Astres, Clarke confirme son goût pour les récits messianiques, les visions d'avenir d'ampleur cosmique et une certaine forme d'espoir en l'humain qui ne s'accomplira qu'avec l'aide d'autres civilisations, d'autres peuples ou entités plus expérimentées, plus sages ou plus entreprenantes. C'était patent dans 2001 ou Les Enfants d'Icare, ça l'est encore ici avec ce récit un peu languissant mais d'une délicieuse élégance nous dépeignant Diaspar, dernière cité humaine, refuge de millions de Terriens vivant sous globe auprès de machines millénaires leur fournissant tout ce dont ils ont besoin, créant nourriture, vêtements et meubles à partir de banques mémorielles, leur permettant même de vivre éternellement en renouvelant cycliquement leurs enveloppes corporelles. 
Une forme de cité qui rêve mais sans les substances chères à Moorcock, une cité radieuse ressassant une histoire à la fois glorieuse et tragique : les Hommes ont jadis conquis les étoiles, arpenté l'Univers, ont été confronté à la race des Envahisseurs qui les ont forcé à ne plus quitter le périmètre de leur planète natale. 
Et des milliers de siècles se sont écoulés dans cette optique, les humains se contentant de tout le luxe et les loisirs offerts par la toute-puissante Calculatrice centrale : dehors, c'est l'extérieur hostile, les déserts battus par les vents, l'immensité aride et vide. Dehors, ce n'est pas pour eux. Ça ne l'est plus. Et la simple évocation de l'extérieur suscite chez les citoyens de Diaspar une terrible peur atavique. Mais pourquoi aller chercher ailleurs ce qui se trouve forcément dans les banques mémorielles infinies de Diaspar ? La moindre œuvre artistique, la moindre réalisation technologique peut être reproduite à l'infinie. Tout est à portée de mains. Tout... sauf pour Alvin.

Alvin est différent. Cela ne se voit pas au premier abord : comme tous ses concitoyens, Alvin est "né" avec un corps de jeune adulte sans aucun défaut, on lui a attribué des parents censés l'élever dans la philosophie de vie propre à Diaspar et un tuteur un peu plus sage capable de répondre à toutes ses questions et de l'orienter adroitement vers une maturité responsable. Sauf que, justement, Alvin ne réagit pas comme les autres. Il en pose des questions, et s'intéresse furieusement à ce qui terrorise ses pairs : l'Ailleurs, l'aventure, l'inconnu. Pourquoi ne peut-on sortir de Diaspar ? Que s'est-il passé jadis qui a poussé les Terriens à vivre sous cloche ? Qu'est-ce qui provoque cet irrépressible effroi à la moindre évocation de l'extérieur ? Alvin s'aperçoit qu'il s'ennuie à Diaspar, malgré les inépuisables richesses que la cité peut offrir. Il veut plus, il veut autre chose. Et il lui faudra l'aide du Bouffon, autre citoyen marginal connaissant les arcanes de la cité mieux que personne, pour comprendre certains des mystères qui lui sont demeurés cachés et lui ouvrir un chemin vers l'Inconnu. Alors Alvin, armé de ses seules témérité et curiosité, s'aventurera là où aucun humain n'est allé depuis des millénaires, redécouvrant les voies oubliées, d'autres cités et, par-delà, le chemin des étoiles...

Roman touffu, brillant, hautement symbolique, porté par une forme d'optimisme raisonnable qui reconnaît les faiblesses de l'espèce tout en lui accordant des possibilités glorieuses et presque infinies, La Cité & les Astres pourrait constituer le creuset de tous les rêves de l'écrivain. On est là devant le roman d'un espoir lointain qui réparera les erreurs du passé et proposera de nouvelles opportunités à l'espèce humaine, si tant est qu'elle soit capable de tirer les leçons de ses désillusions et ses défaites. En situant le temps de l'action dans un très lointain avenir, Clarke parvient ainsi à éviter le piège des récits d'anticipation qui se voient démodés par les progrès technologiques et l'on sent les gros efforts de réflexion et d'analyse qui ont contribué à élaborer cet univers profondément cohérent, à la fois futuriste et directement assimilable. Tout ce qui a trait au progrès se voit traité, de la génétique aux moyens de transport et de communication, des simulations ludiques aux pouvoirs télépathiques, des banques de données aux convertisseurs de matière. Un citoyen de Diaspar n'a ainsi nul besoin de posséder quoi que ce soit puisque tout est à sa portée : il peut à sa guise meubler son appartement de n'importe quel pièce créée et répertoriée auparavant, l'orner de n'importe quelle oeuvre d'art enregistrée. Il n'a nul besoin de se déplacer puisque les réunions se font naturellement par visioconférence mais il peut tout à fait se rendre en personne en n'importe quel point de la cité grâce à ces voies mouvantes rappelant furieusement les "tapis roulants express" des Cavernes d'acier d'Isaac Asimov. Et s'il s'ennuie, il peut s'adonner aux sagas, ces aventures virtuelles permettant à leurs participants de se faire un peu peur et énormément plaisir.


Néanmoins, malgré l'intensité de ses visions, les personnages du roman demeurent trop ternes pour qu'on s'y identifie naturellement : certes, Alvin a tout du jeune initié à qui s'offre l'aventure des origines, mais il manque autant de charisme que de substance. Ses regrets, ses tergiversations, ses questions existentielles finissent par agacer, et il n'a pas les épaules ni même le destin d'un Luke Skywalker. Certes, il ouvre une nouvelle ère en créant des brèches dans la civilisation, en s'aventurant là où personne n'osait aller, mais il demeure moins messie que pionnier. Les quelques humains qui traversent son existence manquent également souvent de ces traits de caractère et de ces descriptions enflammées qui pourraient engendrer chez le lecteur davantage de passion. En revanche, les paysages et les créatures que décrit Clarke ouvrent notre champ des possibles et demeurent, encore aujourd'hui, assez stupéfiants, tels ce système stellaire entièrement artificiel dont les astres ont été agencés géométriquement, ce protoplasme conscient guidé par un robot tout-puissant ou cette entité sentiente annihilant le temps et l'espace.

Moins enflammé et passionnant que Les Enfants d'Icare, ce roman n'en demeure pas moins un texte d'une grande beauté, terriblement moderne et teinté de mélancolie et d'espoir.
Un petit mot sur l'édition qui m'est tombée entre les mains : il s'agit d'un exemplaire numéroté du fameux Club du Livre d'Anticipation que les amateurs de SF chérissent, publié aux éditions Opta en 1969. La traduction est très satisfaisante, je n'ai détecté qu'une seule coquille (une faute d'accord) et surtout la qualité du papier est fabuleuse. Ceux qui ont la chance d'avoir un exemplaire dans leur bibliothèque devraient le conserver précieusement.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une vision cohérente et stupéfiante d'un lointain futur et d'une humanité au seuil d'une nouvelle ère.
  • Un texte au style élégant (privilégiant les descriptions à l'action et aux dialogues), solidement charpenté et optimiste.
  • Une synthèse inespérée des principaux thèmes de la SF classique mêlant pouvoirs psychiques, vaisseaux spatiaux, robots, super-ordinateurs, extraterrestres et cités futures. 

  • Un héros manquant de charisme.
  • Des personnages éthérés et sans saveur.
  • Un récit un peu contemplatif, s'accélérant nettement dans son dernier quart.