UMAC : bilan de la nouvelle formule
Par

En mai 2015, UMAC changeait d’url, de forme et de ligne éditoriale. Maintenant que nous avons un peu de recul, il n’est peut-être pas inutile de faire le point pour vous informer sur ce que nous vous réservons en 2017.

UMAC va bientôt débuter sa douzième saison, une longévité relativement exceptionnelle sur le net qui n’a été possible que grâce à un changement radical intervenu voilà maintenant un an et demi mais qui était déjà discernable les années précédentes.
En effet, alors que les chroniques étaient à l’origine dédiées exclusivement aux comics, il est arrivé un jour où ce seul domaine (déjà répétitif en soi à cause de certains choix étranges des Deux Gros Radoteurs que sont Marvel et DC) est devenu trop étroit. J’avais envie de parler de pop culture au sens large et d’accueillir d’autres plumes, d’ouvrir UMAC à d’autres horizons.

En cela, je vois un parallèle amusant avec Hebdogiciel, dont je revendiquais la filiation au niveau du ton, sans concession. Le journal, à l’origine un hebdo consacré à la programmation (sur de vieilles bécanes qui font aujourd’hui sourire, genre Amstrad ou Commodore) a fini par élargir son domaine d’activité au cinéma, à la télévision, la BD ou encore la musique. Et si l’on peut partir de lignes de code pour arriver à englober l’ensemble des domaines que l’on aime, ce doit bien être possible à partir de comics. ;o)

Pour ceux qui restent fidèles au sujet d’origine, rassurez-vous, l’on continue à parler de comics (et à proposer des titres intéressants et hors des sentiers battus, cf. cet article par exemple). Néanmoins, le côté pop culture sera comme aujourd’hui très présent, avec notamment de nombreux articles consacrés aux romans, manga, séries TV, films ou jeux (de plateau, de rôle, vidéo…).
Les nouvelles rubriques continuent, notamment UMAC’s Digest, qui nous permet d’aborder de manière un peu plus légère, sous forme de news, les sujets que l’on souhaite mettre en avant. L’on postera de temps en temps également nos Step Back in Time, qui permettent d’évoquer d’anciens souvenirs. La rubrique Retroreading, que j’ai inaugurée avec d’anciens romans de Koontz, sera poursuivie avec d’autres auteurs, par Vance notamment.
Et bien évidemment, j’ai la chance de continuer les Bad Fucking Resolves avec mon complice sur The Gutter, Sergio. Les BFR nous permettent d’apporter une touche feuilletonnante et magazine au site, tout en nous moquant gentiment de nos centres d’intérêt (avec la participation active de Virgul, notre mascotte). Et cette petite touche dessinée et humoristique est encore un clin d’œil aux anciens d’Hebdogiciel (je n’oublie pas que Carali, dans la précédente version d’UMAC, nous avait autorisés à reprendre certains de ses dessins).

Sur la forme (qui souvent entraîne une modification du fond), toujours pas de pubs ou partenariats. Pas de fenêtres à fermer, de machins qui clignotent ou de sujets qui passent à la trappe parce qu’on « doit » être sympa avec l’attaché de presse. UMAC ne nous rapporte pas un centime, éventuellement juste parfois des inimitiés, et c’est très bien comme ça (j’y parle parfois tout de même de mes propres ouvrages, mais ça serait quand même un peu con de me censurer, d’autant que j’adore ce que je fais).
Tous les articles ont comme point de départ une envie. Celle de faire découvrir une œuvre exceptionnelle, de dénoncer un foutage de gueule, d’évoquer un domaine qui nous étonne, nous passionne. Parfois, certains projets tombent à l’eau, faute de temps ou de contacts. Ainsi, la rubrique Science, qui me tenait beaucoup à cœur, et dans laquelle je rêvais d’accueillir certains vulgarisateurs, n’a pour l’instant pas pu se développer comme je le souhaitais. J’y travaille encore et ne désespère pas.

Voilà, en gros, nous allons essayer de continuer sur la bonne voie, celle que l’on trace en se souciant de l’essentiel et en oubliant le superflu. C’est un parti pris qui isole parfois mais qui grandit également, je le crois, celui qui s’y astreint.
En cela je suis aidé par des gens, auteurs, professeurs, dessinateurs, graphistes, journalistes, tous bénévoles et talentueux, que je voulais remercier : Didizuka, Jiji83, Vance, Thomas, Tryixie, Serge et, bien entendu, ce coquin de Virgul !
Nous n'avons pas la prétention de nous proclamer "premiers" en je ne sais quel domaine, ni de rivaliser avec des usines à news qui postent 15 "articles" par jour. Ce que nous revendiquons, c'est une rigueur, une indépendance et un amour infini de l'art qui nous permettent de ne pas nous transformer en moutons lorsque l'on est en face d'un étron. Ce qui n'est tout de même pas si mal de nos jours...

Bonne année à tous.
Puisse 2017 vous réserver le meilleur.
#WeOwnTheCat


Ryûko
Par

Prévu en deux gros volumes, Ryûko constitue la nouvelle trouvaille de l’éditeur poitevin, le Lézard Noir, qui propose dans son catalogue des titres originaux et variés. Avec Ryûko, il ne déroge pas à sa règle. Ce manga n’a pas été sorti par une maison d’édition nippone ; il résulte du travail d’un artiste plasticien, Eldo Yoshimizu, qui s’est auto-édité. Il est connu pour certaines de ses sculptures et pour avoir œuvré pendant 20 ans dans la publicité.

Envoutante Japonaise gracile aux longs cheveux de jais, Ryûko dirige depuis la mort de son père un clan de Yakuza, les Dragons noirs, dont les activités s’étendent jusqu’au Moyen-Orient. Lorsque ce dernier était encore en vie, Barrel, la fille du roi Jibril du Forossyah (un pays fictif) situé près des bords de la Mer Noire, échoua à la mafieuse. Celle-ci prit la responsabilité de l’élever, contre l’avis de son père. 18 ans plus tard, le bébé s’est métamorphosé en jeune femme éprise de liberté. Suite à un coup d’État militaire fomenté par le Général Rachid, Barrel découvre ses origines et Ryûko apprend que sa mère vivrait toujours, au Japon. Elle quitte le Forossyah pour l’Empire du Soleil Levant afin de fouiller son passé.
Tonitruant, dynamique, sans temps mort… le contenu de ce premier volume décoiffe ! Le récit enchaine les révélations dans des tempêtes de violence où le passé et le présent se télescopent voire se mélangent, tout en sautant géographiquement entre le Japon et le Forossyah, sans oublier un détour par l’Afghanistan. Ryûko concentre dans ses pages des fusillades, des courses-poursuites et des explosions, ainsi qu’un scénario des plus simple : l’héritière du clan des Dragons noirs recherche des réponses liées à la disparition de sa mère et à la naissance de Barrel. Pour se faire, l’auteur utilise les classiques secrets mis à jour, la vengeance et la dette d’honneur. L’action, les belles femmes, les intrigues politiques demeurent des recettes éculées, mais qui, dans les mains d’un artiste libre du joug d’une maison d’édition, devient une œuvre des plus attrayantes à lire notamment grâce à sa force graphique malgré des passages confus. Les scènes d’action oscillent entre le brillant et le brouillon, les dessins des visages sont parfois inégaux : il s’agit du premier manga de cet auteur. Ainsi, il échappe à l’académisme et apporte un souffle à une production assez standardisée.

Son esthétique vintage léchée saute aux yeux lorsqu’on ouvre le livre. Jouant avec la plume et le pinceau pour une grande expressivité, le dessin oscille entre un trait brut, vif et une ligne élégante. Son graphisme est l’héritier d’un faisceau d’auteurs ayant œuvré dans les années 70 tels que Osamu Tezuka [1], Leiji Matsumoto... [2] et dans les années 80 pour la minutie de la représentation des décors, des armes et des véhicules : Masamune Shirow [3], Katsuhiro Otomo... [4] des références artistiques que certains pourront trouver démodées, mais qui restent fortes. Eldo Yoshimizu dépoussière le Gekiga, ces mangas pour adultes où le sexe, la violence, les sujets de société, les tranches de vie sont traités dans un style plus réaliste, plus dur que les autres bandes dessinées. Dans cette atmosphère sombre, Ryûko s’inspire de l’actrice Meiko Kaji, célèbre dans son rôle de Sasori – La femme Scorpion —[5], et de Yamaguchi Sayako, mannequin de la même époque, aux longs cheveux noirs et à la frange au carré. Comme ces deux femmes, elle partage leur sensualité, mais aussi leur charisme.

Le découpage de ce manga dénote une ambition cinématographique et esthétique qui s’éloigne parfois des narrations plus traditionnelles ; l’artiste compose des mises en page plus expérimentales, superposant cases et bulles. Il joue en permanence avec la structure des planches, des cadrages, des aplats. Par ce biais, il lorgne aussi du côté du Shôjô manga, ces bandes dessinées dont le public premier est féminin, mais qui propose une véritable recherche scénographique afin de travailler sur les impressions et les ressentis ainsi que les multiples actions et temporalités qui se chevauchent à un même instant d’une histoire. Pour qui n’a pas l’habitude, la superposition prête parfois à confusion à la lecture. Il vaut mieux rester attentif. Les onomatopées de Ryûko font partie intégrante des images et leurs apportent dynamisme et rythme. Elles ne sont ni retouchées ni sous-titrées. Le son écrit, du fait de sa graphie, se comprend. Néanmoins quelques-unes ont été traduites et redessinées par l’auteur dans certaines bulles dédiées. Les dialogues concis complètent les illustrations. Avant de paraître sous forme reliée, Ryûko fut présenté dans diverses galeries tokyoïtes depuis 2011.
Le livre en lui-même est de très bonne facture : couverture cartonnée sans jaquette où la séduisante Ryûko pose sur sa moto, pages au papier épais, d’un noir profond qui écrase quelque peu les images. Le prix est modique pour un ouvrage de cette qualité. La traduction de Miyako Slocombe est fluide et sans fausse note. Pas besoin de synopsis, la couverture résume le plus spectaculaire du manga : du rouge (sang, passion…), des véhicules, des femmes, des flingues.

Présenté dans une édition soignée, Ryûko, malgré ses moments confus, est une vraie réussite plastique, dont les planches regorgent d’énergie. Les jeux de liens temporels et géographiques entre les personnages forts au lourd passé tissent une trame où les tourbillons de douleurs et de violences semblent inéluctables. Et si le récit parait simple, il n’empêche pas le plaisir de la lecture. Il n’en demeure pas moins que le second et dernier volume sera décisif quant à l’intérêt scénaristique du titre.

[1] Osamu Tezuka est le fondateur du manga moderne après la Seconde Guerre Mondiale. Il a posé les bases de cette industrie culturelle, dans à peu près tous les genres, grâce à une nouvelle grammaire graphique et narrative piochant dans le cinéma et la littérature.
[2] Leiji Matsumoto est un mangaka connu pour son personnage de pirate interstellaire : Harlock (Albator, en français) et ses femmes aux très longs cheveux.
[3] Masamune Shirow mangaka renommé notamment pour Appleseed et Ghost in the Shell dont les dessins des véhicules et des armes sont très détaillés et crédibles.
[4] Katsuhiro Otomo, l'auteur d'Akira, manga post-apocalyptique se déroulant à Néo-Tokyo. Ses découpages sont très soignés et cinématographies, les designs des véhicules, des décors et des armes, très précis.
[5] Sasori – La femme Scorpion — est un film japonais réalisé par Shunya Ito, sorti en 1972, dans lequel une femme, surnommée Sasori, s'évade de prison pour assouvir sa vengeance.

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Graphisme recherché et élégant
  • Alchimie d'éléments déjà-vu qui fonctionne.
  • Qualité de l'édition
  • Le prix : 19 €

  • Parfois confus
La méthode Koontz
Par

Tentative d’analyse du style d’un auteur très particulier : Dean Koontz.

Pourquoi particulier ? Eh bien parce que Koontz peut se révéler aussi enthousiasmant que décevant. Contrairement à un Stephen King, au style parfait, quel que soit le roman, et à la technicité certes méconnue mais essentielle, Koontz peut sombrer dans les pires travers et, tout en se raccrochant aux branches, aller tout de même au bout d’un roman.
Voilà sans doute pourquoi Koontz est intéressant à étudier, non pas tant parce qu’il est souvent bon mais parce qu’il est régulièrement insuffisant, voire mauvais. Or, l’on peut apprendre d’une œuvre autant par ses réussites que ses échecs, l’absence d’un mécanisme essentiel étant même souvent plus flagrant que sa subtile présence.

Commençons par situer un peu l’auteur pour ceux qui ne le connaissent pas. Koontz écrit des romans de genre qui vont du fantastique au thriller policier en passant par la SF. Il est particulièrement prolifique, depuis des décennies. Certaines de ses œuvres ont été adaptées en film ou BD. Il a racheté les droits de ses plus anciens romans pour empêcher leur réédition et a modifié largement certains écrits toujours disponibles (un comportement pas si anecdotique que cela et sur lequel nous reviendrons).

Si l’on s'en tient aux apparences, Koontz, par son sens du suspense et le paranormal qui parsème nombre de ses récits, peut se rapprocher d’un King. Il n’est pas rare d’ailleurs que certains en viennent à comparer les deux écrivains. Pourtant, ils sont très différents l’un de l’autre et certainement pas, en ce qui concerne l’écriture, au même niveau. Koontz est en effet coutumier de facilités, caricatures ou lourdeurs que l’on ne voit jamais chez King, même dans ses plus vieux romans.
Pourtant, Koontz n’est pas catastrophique au point qu’un de ses livres nous tombe des mains. Si King est un hors-bord racé et efficace, Koontz est un paquebot qui prend l’eau mais parvient à effectuer sa traversée, tant bien que mal. Et si le paquebot prend l’eau, c’est bien qu’il y a des brèches sur sa coque. Voyons de plus près en quoi elles consistent.
Je précise dès le départ que malgré ce qui va suivre, j’aime bien Koontz. Je lui reconnais des qualités. Il parvient à émouvoir, installer un suspense, magnifier certaines scènes. Ce n’est pas Masterton quoi (un auteur réellement très mauvais). Mais il se tape trop d’ornières évidentes pour qu’on le classe parmi les maîtres.

Commençons par les personnages. Ceux de Koontz sont souvent relativement monolithiques bien que cet aspect rigide soit parfois un peu camouflé. Dans La Nuit des Cafards, l’un des bons romans de l’auteur, l’on fait connaissance avec deux archétypes essentiels chez lui : le « flic héroïque » et la « femme en devenir ».
Le flic héroïque, caricatural en soi, est souvent chez Koontz agrémenté en plus de clichés le rendant totalement improbable. Le mec est intelligent, intuitif, intègre, cultivé, artiste dans l’âme, modeste, séduisant… bref, c’est un catalogue de qualités : la pire des manières de donner un semblant de consistance à un personnage.
La femme en devenir, chez Koontz, est souvent définie comme ayant échappé à un passé difficile (c’est le cas dans La Nuit des Cafards, La Semence du Démon…) qui lui permet de se transcender. Elle souffre souvent à cause d’hommes l’ayant maltraitée (le père, le mari, parfois les deux) ou s’avère presque asexuée, se lançant à corps perdu dans son travail (Les Étrangers, La Nuit des Cafards, Les Larmes du Dragon…) pour compenser. Toutefois, la plupart du temps, elle ne se réalise pleinement que lorsqu’elle rencontre le héros, chevalier blanc qui lui permet à la fois de passer un cap tout en revenant à une condition de femme sexuée (qui ne lutte plus contre les hommes en trouvant l’homme « véritable », fort mais bienveillant).
D’une manière générale, l’homme et la femme se rencontrent et forment un tandem presque magique (Le Rideau de Ténèbres, Les Larmes du Dragon, Chasse à Mort…). Ils sont partenaires au départ ou se découvrent une attirance fulgurante, mais l’on sent bien qu’ils sont liés et complémentaires (l’image du couple idéal, voire de la famille idéale, est sublimée par exemple dans Lune Froide).
Alors, ce n’est pas grave qu’un flic soit beau et intelligent, ou qu’une nana soit une pauvre chose revenue d’un passé difficile, ce qui est ennuyeux, c’est le fait de les résumer tout le temps à ça. Et d’en faire des pièces systématiques d’un puzzle prévisible.
Plus récemment, lorsque son héros échappe à ce stéréotype (Le MariUn type bienLe choix vous appartient...), sa psychologie est alors minimaliste et passe bien après la situation et le suspense qu'elle génère. Remarquons que dans ce cas il ne s'agit pas forcément d'un manque mais peut-être d'un choix délibéré permettant de concentrer l'attention sur les évènements et le problème moral qu'ils posent au personnage mais aussi au lecteur.
Quoi qu'il en soit, que ce soit à dessein ou par mauvaise habitude, le héros koontzien possède un profil type très limité. 

La thématique est également un point essentiel chez Koontz, car elle s’avère souvent prometteuse mais survolée dans le sens où elle ne fait qu’effleurer les zones sombres contenues en son sein. Rarement l’on a pu voir un auteur de genre promettre autant et donner aussi peu.
Que ce soit la manipulation par le biais d’images subliminales, l’envie de meurtre chez les adolescents, les dangers inhérents à l’intelligence artificielle, tout chez Koontz demeure dans le domaine déceptif de l’évocation, voire dans le domaine enfantin de la caricature. Non seulement à cause d’un style qui limite déjà beaucoup l’aspect émotionnel mais aussi à cause de choix narratifs qui ne vont jamais titiller le sujet abordé dans ce qu’il peut avoir de plus dérangeant.
Malgré des sujets en apparence osés et quelques scènes effrayantes (ou plus rarement gore), Koontz reste profondément politiquement correct, presque prude. Ainsi, dans La Semence du Démon, il ne s’appesantit pas vraiment sur les fantasmes sexuels – pourtant potentiellement fascinants – de l’intelligence artificielle qu’il met en scène. Pas plus d’ailleurs qu’il ne tente de décrire son exotique mode de vie. Dans La Voix des Ténèbres, alors qu’il aborde le thème scabreux mais riche du fantasme morbide chez l’enfant, il va là encore (au contraire d’un King qui a pleinement exploré le sujet dans nombre de ses romans, cf. cet article) se contenter de rester dans la limite d’un raisonnable qui ressemble furieusement à de l’aridité.
Quant à ses leitmotivs personnels (la lente déliquescence de la société, la perversion du système, les dérives sociales et médiatiques), ils sont si abruptement assenés qu’ils ont l’air factices alors même qu’ils décrivent une réalité évidente et auraient pu le faire passer pour, sinon un visionnaire, du moins un auteur lucide et courageux, en prise avec son époque.

Le méchant « pardonné » et les fins gentillettes constituent le troisième pan négatif du style koontzien. Il n’y a jamais rien de tendancieux chez Koontz, au point que même les pires ordures sont toujours excusables (par la maltraitance, dans La Nuit des Cafards, la maladie, dans La Mort à la Traîne, le traumatisme, dans La Voix des Ténèbres, etc.). Même les pires individus sont conformes à un certain code de bienséance (et entraînent d’ailleurs l’improbable compassion de leurs victimes, parfois au détriment de leur propre sécurité), à moins qu’ils soient de nature paranormale ou extraterrestre.
Le procédé atteint son paroxysme dans La Nuit des Cafards où les personnages principaux en viennent à éprouver une profonde empathie pour un tueur en série, sous prétexte qu’il a été maltraité par sa mère. Puis pour sa mère, sous prétexte qu’elle-même était maltraitée par son père ! L’auteur s’arrête là dans son jeu de poupées russes destinées à noyer la responsabilité dans un magma psychologique de bazar, mais l’on sent qu’il n’était pas loin de nous faire pleurnicher aussi sur le grand-père.
De tels choix ne sont pas sans effets et tendent à laisser penser que personne n’est jamais responsable de rien, que les assassins sont des victimes ballottées par un destin cruel. C’est bien entendu déjà absurde dans la réalité (l’on peut toujours expliquer les éventuelles raisons d’un comportement, ce n’est en aucun cas une preuve de l’inéluctabilité de ce comportement) mais en fiction cela devient en plus ridicule. Même lorsque le héros a failli y passer dix fois et qu’il est obligé d’enfin buter le criminel après bien des atermoiements (au détriment bien entendu de ses proches qui sont en danger), il y va de sa larmichette et de ses regrets quant à l’emploi d’une violence pourtant inévitable et dont il n’est pas responsable.
Après tout, pourquoi pas si quoi que ce soit justifiait un tel état d’esprit dans l’histoire, mais il n’en est jamais rien, il s’agit juste d’un schéma automatique répété au fil des intrigues. Du coup, en plus d’être plutôt invraisemblables, cela rend les récits très prévisibles. Et en matière de scènes téléphonées, les happy ends de Koontz sont sans doute les plus calamiteuses. Non pas qu’une histoire ne puisse pas bien se terminer, mais là encore, lorsque systématiquement les héros sont réunis après les épreuves et s’en vont couler des jours paisibles dans une écœurante profusion de guimauve, l’on ne peut qu’être déçu et agacé par tant de platitudes et de soupe tiédasse.

Koontz n’est pas totalement ignorant de son Art. Il sait mener un récit et y insuffler de la tension mais ses romans sont plus des constructions branlantes que des édifices parfaitement pensés pour résister aux effets dévastateurs d’une lecture attentive. Il en est d’ailleurs lui-même conscient puisqu’il en a réécrit certains et souhaite même faire oublier les plus anciens. Vu son rythme de travail ahurissant (parfois quatre, cinq, voire sept livres la même année pendant ses périodes les plus productives !), l’on se demande d’ailleurs si, bien qu’il ait considérablement ralenti de nos jours, il ne gagnerait pas en efficacité à prendre un peu plus de temps entre chaque ouvrage.

Caricatural à l’extrême, prévisible, adepte des schémas répétitifs, lourd dans certaines descriptions, parfois très guindé et daté dans ses dialogues, Koontz est perclus de défauts si nombreux et importants que l’on est toujours un peu surpris d’être arrivé au bout de l’un de ses récits. Cela peut néanmoins s’expliquer, car si l’auteur se révèle partisan de la facilité et des clichés, il a aussi suffisamment de métier et de bases techniques pour que la plupart de ses romans soient addictifs. Il parvient à intriguer malgré les scènes téléphonées, à émouvoir malgré le côté artificiel de ses personnages, et même à susciter la réflexion malgré la pauvreté du traitement de ses sujets les plus forts.
Au final, il n’en est que plus admirable et compense ses tares par un indéniable sens du rythme, une narration instinctivement nerveuse et une passion réelle qu’il parvient à insuffler dans les domaines qui le touchent personnellement (son amour pour les chiens par exemple). Et comme toutes les règles (surtout littéraires) ont leurs exceptions, il se transcende parfois et peut, à partir de presque rien, quelques tentacules par exemple, commencer à inquiéter vraiment le lecteur.

Si Koontz n’est pas parfait et même souvent irritant, il reste un auteur étonnamment efficace grâce à sa maîtrise narrative et des élans de sincérité qui lui épargnent de justesse de finir dans la grande décharge de l’Imaginaire où vont s’entasser escrocs et incapables. Il est aussi peut-être la preuve vivante que l’écriture ne peut se résumer à des techniques (pourtant indispensables, cf. cet article ou celui-ci) ou des recettes, ni même un catalogue de seules qualités, mais dépend aussi de la personnalité de celui qui tient la plume. 
Et de cette si inexplicable magie qu’il peut insuffler dans l’encre.  


Step Back in Time #8
Par


Combats sanglants, comédie policière et internat british sont au menu de ce nouveau voyage dans le temps.

-- AMSTRAD : quand les barbares perdent la tête --

Retour dans les années 80 avec ce bon vieil Amstrad et Barbarian : The Ultimate Warrior, jeu également sorti à l'époque sur Commodore 64 et un tas d'autres bécanes.
Comme vous l'aurez aisément compris, nous sommes là dans de la baston bien virile, avec épée et sang qui gicle. De nos jours, les graphismes semblent dégueulasses mais à l'époque, c'était tout à fait correct.
Petit plus, Maria Whittaker, une jeune femme ayant certaines qualités esthétiques, figurait à moitié à poil sur la pochette. Pour une fois qu'un commercial a une bonne idée...

Niveau jeu, l'on dispose de quelques arènes (trois ou quatre décors basiques), d'adversaires très similaires (qui changent en fait de couleur de fringue ou de peau mais pas d'aspect) et d'un petit panel de techniques comprenant des roulades, coups de pied et coups d'épée à différents niveaux. Tout cela est rapidement répétitif mais totalement sublimé par l'idée centrale du jeu : la possibilité de décapiter son adversaire !
Et à l'époque, autant vous dire que les jeux où les têtes volaient dans une gerbe de sang étaient franchement rares (alors que pourtant, séparer la tête du reste de son corps reste encore le meilleur moyen que l'on ait trouvé pour faire taire un trou du cul). L'aspect tactique en est d'ailleurs impacté puisque l'on peut alors l'emporter de deux manières, soit en mettant les points de vie de l'adversaire à zéro, soit en le décapitant direct, bam !
Cette dernière technique, dangereuse aussi pour soi car lente (le barbare faisait un tour sur lui-même avant de trancher dans le vif), devait logiquement être réservée aux situations épineuses, lorsque l'on avait un grand retard au niveau des points et qu'on se décidait à jouer le tout pour le tout, mais la décapitation était si fun (le corps était ensuite évacué par un gobelin qui le traînait dans l'arène et shootait dans la tête) qu'il n'était pas rare de la tenter dès le début de l'affrontement, quitte à se faire laminer pendant que l'on avait le dos tourné.

Rien à voir donc avec un Tobruk 1942 ou un Who Dares Wins II, jeux sur lesquels l'on pouvait passer des heures. Barbarian était bien trop limité pour ne pas lasser rapidement malgré la possibilité de jouer à deux. Son côté gentiment gore et transgressif en a cependant fait sinon un incontournable du moins un jeu qui aura marqué les esprits.




-- SÉRIE TV : tandem sexy --

Si la carrière de Bruce Willis a franchement décollé après le premier Die Hard, l'acteur s'est surtout fait connaître à la télévision dans les années 80 avec son rôle de David Addison dans Moonlighting, ou Clair de Lune en VF.
Il y incarnait un détective privé roublard, charmeur et légèrement dilettante, obligé de faire équipe avec sa nouvelle patronne, Maddie Hayes, campée par la jolie Cybill Shepherd. Jusque-là, le pitch est classique, puisqu'il s'agit d'une série policière de plus, avec des enquêtes de 45 minutes. Pourtant, le charme des acteurs et quelques particularités ont réussi à faire de Moonlighting un rendez-vous culte.

Tout d'abord les scénaristes ont su faire preuve d'une certaine originalité, puisque les personnages n'hésitaient pas à briser le "quatrième mur" pour s'adresser directement aux téléspectateurs (de mémoire, pour leur souhaiter un joyeux Noël par exemple). Mieux encore, l'aspect fictionnel des aventures de David et Maddie était clairement revendiqué à l'écran, puisque les protagonistes pouvaient parfois commenter le scénario. Il arrivait également aux acteurs de quitter momentanément leurs personnages pour redevenir eux-mêmes, sans parler des éventuelles interventions de l'équipe technique. Ce ton particulier, associé à un humour constant, ont fait énormément pour l'attachement que l'on pouvait éprouver pour cette série ne se prenant pas au sérieux.

Le duo parfaitement équilibré, entre une Shepherd glamour et glacée et un Willis pétillant et sympathique, a fait le reste. La relation entre les deux personnages principaux constituait le fil rouge des saisons. La légende veut d'ailleurs que le désintérêt des spectateurs et la chute de l'audimat aient débuté après leur "passage à l'acte" si attendu. En réalité, ce fut des problèmes bien plus terre-à-terre qui compliquèrent le travail de la production pendant la saison 4 : grossesse de Cybill, emplois du temps compliqués, projets cinéma pour Bruce...
La qualité scénaristique et l'humour se maintinrent néanmoins jusqu'à la fin, la saison 5 se terminant de manière élégante par une touchante... éclipse de Lune.

L'ensemble peut se trouver en DVD à des prix disons... variables. Une belle Intégrale ne serait pas du luxe. Et pourquoi pas une rediffusion TNT, ça changerait de Friends en boucle.




-- ROMANS : pensionnat anglais --

L'on accueille aujourd'hui dans la rubrique un auteur hélas décédé mais carrément décoré de l'Ordre de l'Empire britannique. Si ça en jette pas ça !
Je veux bien sûr parler d'Anthony Buckeridge et de sa célèbre série de romans pour la jeunesse ; Bennett et Mortimer.

Contrairement au Club des Cinq, à Sans Atout (cf. SBiT #7) ou aux Michel, les Bennett ne mettent pas en scène de jeunes "détectives" surdoués mais des gamins a priori banals quoique légèrement turbulents (pour l'époque, de nos jours ils passeraient aisément pour des introvertis).
Les récits se déroulent en général dans le pensionnat de Linbury, dans le Sussex. Les deux protagonistes principaux, fort jeunes (11 ans), vont expérimenter diverses idées entre deux cours. Cela va de la partie de pêche à la construction d'une cabane, en passant par la publication d'une gazette ou l'adoption d'un cochon d'inde. Toutes ces expériences n'ont qu'un seul point en commun : elles mènent toujours à la catastrophe et aux pires ennuis pour les deux amis.

Facile à lire, souvent drôle, parfaitement adaptée aux jeunes enfants (8-10 ans semble l'idéal), la série a été adaptée en français par Olivier Séchan, écrivain et accessoirement père du chanteur Renaud. La traduction n'est pas mauvaise mais elle suit malheureusement deux modes nuisibles.
La plus ancienne, qui tend à disparaître, était la "francisation" du contexte. Par exemple, les enfants du Club des Cinq ont, en VF, des prénoms bien français et leurs aventures se déroulent sur le continent. Là, le contexte était si particulier qu'une telle adaptation aurait été difficile. Le pensionnat anglais a donc été conservé, par contre, plus étonnant, les noms anglais des protagonistes ont été transformés en... noms anglais jugés plus "familiers" pour un français. Jennings par exemple devient ainsi Bennett. Bon, la nécessité du changement n'est pas franchement flagrante. Ceci dit, cela n'empiète pas sur la qualité et la longueur des histoires, contrairement à la seconde habitude néfaste.

Toujours dramatiquement d'actualité (cf. cet article), la mode bien plus pernicieuse du charcutage et de l'élagage impacte durement la série. Même dans les éditions les plus anciennes, des pans entiers sont supprimés, car jugés trop longs ou typiquement trop anglais (incroyable que l'on puisse se dire que des éléments d'un récit se déroulant en Angleterre fassent trop "anglais"... l'éventuel dépaysement, très minime, fait pourtant partie du charme de l'ensemble).
Certaines coupes relèvent de la stricte censure et n'ont pour motif que le simple "politiquement correct" (châtiments corporels ou symboles religieux jugés déplacés dans une école). D'autres paragraphes sont amputés sans raison apparente, si ce n'est l'urgente nécessité de faire court et "digeste".

Bref, même si dans le cas de la littérature étrangère pour enfants, une "adaptation" est nécessaire (ne serait-ce que pour certaines expressions ou blagues), les coups de ciseaux sont tout de même trop nombreux pour conseiller la VF sans une petite mise en garde. Les éditions plus récentes semblent encore moins épaisses, j'imagine qu'en 2050, les romans pour enfants se vendront sous forme de flyers au train où l'on va. Étrange tout de même cette manie de vouloir attirer ceux qui ne lisent pas au détriment du plaisir et du confort de ceux qui lisent encore...

Ceci dit, si vous avez envie d'initier vos (jeunes) enfants à la lecture avec quelque chose de sympa et amusant, les Bennett devraient convenir. Ils ne sont pas réellement datés mais possèdent ce charme indicible d'une époque non pas seulement révolue mais romancée, c'est le cas de le dire. Rien de grave ne se passe jamais dans les Bennett. Les enfants ne sont pas violents entre eux. Tout est aseptisé, idéal, même les situations critiques ne le sont que gentiment. Une douce parenthèse dans la réalité. Une belle vision d'auteur. Voire même le beau rêve d'un adulte qui adapte aussi ses souvenirs, les élague, pour faire de l'enfance ces aventures sublétales et fantasques.

Quelques minutes après minuit
Par
Dans deux semaines, avec la nouvelle année, une flopée de films dotés d'une aura impressionnante viendra vous tenter, tâchant de vous attirer vers les salles obscures malgré la hausse incessante des prix du ticket. Parmi eux, on trouve l'adaptation cinéma d'un magnifique ouvrage paru initialement en 2011 et qui a conquis des millions de lecteurs dans le monde : Quelques minutes après minuit en est le titre français, plutôt bien trouvé et éloigné de l'intitulé initial (A monster calls). Bien que presque systématiquement édité dans des collections jeunesse (l'exemplaire que j'ai lu était paru chez Gallimard Jeunesse en 2012, avec une traduction remarquable de Bruno Krebs), il propose une densité et une richesse de lecture qui séduira les plus grands, même les plus exigeants.

C'est l'histoire d'un garçon qui souffre. Doublement. Sa mère est gravement malade et un cauchemar récurrent trouble profondément ses nuits agitées. Une nuit, un monstre apparaît, un être imposant, aussi vieux que la Terre elle-même, qui vient réclamer du jeune Conor une chose qu'il se refuse à fournir : la Vérité. Devant son hésitation, le Monstre lui propose de revenir, pour raconter trois histoires, avant que Conor se décide, enfin, à dire la sienne.


Sous ce résumé, le lecteur habitué sent poindre le goût du roman initiatique, de ce genre de textes relatant le difficile passage à l'âge adulte, à l'heure de faire les choix cruciaux qui détermineront notre existence. Cela aurait pu n'être que cela, et aboutir à un bon livre. Cela m'a paru bien davantage, une œuvre cathartique, chargée de symboles et, surtout, terriblement émouvante.

J'avoue, Quelques minutes après minuit m'a profondément touché, comme rarement. Le style particulier, un peu haché, fait de redondances courtes traduisant à merveille les hésitations de la pensée, les doutes et sentiments du narrateur, loin de rebuter, donne de l'intensité, de l'authenticité à ce conte poignant et très fort ; il confère une puissance incroyable aux émotions de l'enfant qui est au cœur de l'œuvre, oscillant entre deux mondes, cherchant à se raccrocher à ses souvenirs tout en osant (mais à peine) se projeter sur un avenir rien moins qu'incertain. Les maladresses apparentes étayent l’émoi de Conor, qui transpire à chaque page, tout comme la peur, l'angoisse, les joies, les frustrations et les peines et surtout cet incroyable amour filial, si extraordinaire et pourtant si commun à tous les enfants du monde. Inspiré ouvertement d’un synopsis de Siobhan Dowd, auteure prometteuse trop tôt disparue, le livre met en lumière le talent incontestable de Patrick Ness pour retranscrire ce qui est à la lisière entre les réalités, pour donner corps aux cauchemars lorsqu’ils s’immiscent dans notre quotidien. Les lecteurs de Stephen King y trouveront cette même faculté singulière à placer l'enfant au cœur de l'intrigue, à déplacer le point de vue afin de nous faire partager les émois intenses du garçon.


Reste à espérer que le film parviendra, au moins en partie, à retranscrire à l'écran cet univers complexe, à la fois lumineux et sombre, fait des incertitudes et des peurs viscérales d'un enfant qui craint (d'affronter) l'avenir. D'autant que le livre y parvient superbement, grâce également aux magnifiques illustrations de Kay, qui transcendent le récit et l’emportent sur une autre dimension où les spectres d'antan dansaient sur le mont Chauve, en une ère où les dieux et les hommes se côtoyaient.

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une écriture simple et limpide qui traduit bien le caractère troublé de la personnalité de Conor.
  • Des illustrations splendides.
  • Une histoire émouvante, chargée en symboles.

  • L'utilisation intensive de répétitions et de parenthèses peut nuire au confort de lecture, mais colle parfaitement aux émotions ressenties par les protagonistes.
Les Coups de Cœur 2016 de la Rédac
Par


Toute la rédaction de UMAC vous souhaite de bonnes et heureuses fêtes de fin d'année ! ;o)
Pour célébrer à notre façon cette page qui se tourne, nous vous proposons une sélection de nos coups de cœur pour l'année 2016. Voilà qui vous permettra peut-être de dénicher quelques pépites qui auraient pu vous échapper !





série TV : Preacher ♥♥♥
Lorsque Seth Rogen, Sam Catlin & Evan Goldberg (Mad Men, Breaking Bad) décident d'adapter, Preacher, la saga culte de Garth Ennis & feu Steve Dillon, ça promet du lourd. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ça en envoie ! Sur un faux rythme languissant ponctué de dialogues crus et de situations incongrues, on suit avec délectation la tentative désespérée du père Custer (un pasteur cachant mal son passé de criminel sous des sermons médiocres et une tendance à trop boire et trop boxer son prochain) de tenir sa promesse faite à son père mourant de guider ses ouailles, sauf que ces dernières, en la petite bourgade paumée d'Annville, préfèrent le confort despotique proposé par le magnat local, d'autant que le shérif lui-même est corrompu jusqu'à l'os. Sur ces entrefaites, Custer se voit investi d'une force cosmique, harcelé par son ex qui lui demande de l'aider à buter un pote, affublé d'un vampire (littéralement) tombé du ciel et traqué par... des anges.
Une première saison diaboliquement jouissive, joyeusement immorale et furieusement sanglante, disponible sur OCS.


cinéma : Premier Contact ♥♥♥
Dans une année 2016 assez frustrante au cinéma (peu de réelles surprises mais surtout beaucoup de déceptions), Premier Contact de Denis Villeneuve se distingue en étant un des très rares films à offrir davantage que ce qu'il promettait. Pourtant, le challenge était lourd avec un réalisateur proposant chaque fois des choix intelligents et maîtrisés (depuis le remarquable Incendies), systématiquement attendu au tournant ; un thème galvaudé, voire tourné en dérision depuis le dernier Independence Day (surgis de nulle part, des vaisseaux se sont positionnés en différents points de la planète ; une équipe de scientifiques est montée en toute hâte pour tenter de communiquer avec leurs occupants afin de comprendre leurs intentions) ; des comédiens provenant d'horizons différents. Le résultat, quoique fortement ancré dans la SF (il y a un peu de Babel 17 de Samuel Delany dans le sujet, un peu de Le Jour où la Terre s'arrêta dans le traitement, voire d'Abyss), s'oriente en un glissement subtil vers un drame plus intimiste, voire une sorte de romance singulière par la magie d'une mise en scène d'une rare élégance, d'un montage subtil, d'une interprétation adéquate et d'une ambiance sonore déroutante.
Une œuvre particulière, intelligente et belle, plus émouvante qu'on ne le pensait, marquant suffisamment les esprits pour qu'on ait immédiatement envie d'y retourner - comme Shyamalan parvenait à le faire dans ses grandes années.


livre : Le Film Fantastique ♥♥
Ciné Vintage, c'est une collection d'ouvrages rédigés par des passionnés du VIIe Art se penchant sur des genres auparavant dénigrés par la critique hexagonale. Cette année, c'est Le Film Fantastique qui est à l'honneur dans un bouquin très riche à l'iconographie dense. Bien qu'orienté sur l'histoire du genre, de façon parfois redondante (Terence Fisher étant abordé à la fois dans les origines du film fantastique, dans la partie consacrée aux films de la Hammer et dans une rubrique spécifique), le livre propose également une biographie illustrée de Tim Burton et un entretien avec Christophe Gans faisant la part belle à la Belle & la Bête et à Silent Hill, avant de fournir une sorte de best-of des films fantastiques à travers les âges.
Deux-trois coquilles et des références manquantes n'entament pas le plaisir qu'on a de savourer le travail de deux passionnés dont l'enthousiasme transpire littéralement des pages. A noter que l'ouvrage est fourni avec un DVD contenant la Nuit des morts-vivants flanqué de bonus sur Gans, Romero et Argento.











cinéma ♥♥♥
Fanboy oblige, le gros coup de cœur est indéniablement Star Wars - Rogue One (chronique complète ici), épique et prenant comme il faut mais également Batman Vs Superman (chronique complète ici), injustement conspuée par la critique et finalement incompris, la version longue est littéralement différente et nettement meilleure. 
Impossible de passer à côté du très émouvant Ma Vie de Courgette, du nouveau Tarantino Les 8 Salopards et de l'enquête passionnante oscarisée Spotlight. Pas pu voir énormément de films plus indépendants ou d'auteur, à mon grand regret, mais je vais me rattraper en vidéo ! J'ai par exemple découvert récemment en Blu-Ray The Revenant que j'ai beaucoup aimé, et au cinéma quelques plaisirs aussi devant ElleNerve et même Captain American - Civil War !


comics ♥♥♥
Comme je tiens un site consacré aux comics Batman, je peine parfois à trouver du temps pour lire d'autres choses, mais cette année j'ai particulièrement apprécié les deux derniers tomes de Justice League : La Guerre de Darkseid (chronique complète ici), du mainstream efficace contenant tout ce qu'il faut pour passionner son lecteur. 
L'originalité de The Divines + The Wicked (chronique complète ici) m'a convaincu également, avec son style graphique épuré et élégant.





manga ♥♥♥
Platinum End, la nouvelle série du duo d'auteurs derrière Death Note, est fascinante. C'est toujours aussi bien dessiné et, surtout, cela part d'un concept novateur et bien vu. C'est même le pendant plus lumineux de Death Note. On retrouve les qualités qui ont fait le succès de la série, à commencer par l'imprévu et l'anticipation.
Les nouveaux tomes de Billy BatDarwin's Game et La Cité des Esclaves continuent avec brio le développement de leurs histoires (voire leur conclusion pour Billy Bat qui approche de la fin) !





jeux vidéo ♥♥♥
Beaucoup de suites talentueuses, comme Uncharted 4 et Dishonored 2, mais faute d'avoir pu vraiment me plonger dedans, je citerai plutôt Watchdogs 2 qui reprend le concept du premier jeu tout en enrichissant son univers, à travers un héros plus jeune, plus cool, moins solitaire et moins sombre. La réelle nouveauté provient de deux drones (roulant et volant), qui permettent de terminer des missions assis à l'abri, cachés derrière son écran ; le propre du hacker en somme.
La véritable claque en jeu vidéo est indéniablement Life is Strange (sortie en version physique en début d'année), émotionnellement intense et fascinant, superbement mis en musique. Une histoire prenante et une direction artistique minimaliste mais suffisante pour envoûter pleinement le joueur.


série TV ♥♥♥
La première saison de Westworld est LE coup de cœur de l'année. Un scénario intelligent, un casting impeccable, une photographie hyper soignée, une relecture à multiple sens possible... Westworld marque un renouveau dans la science-fiction en explorant des mythes déjà célèbres (l'intelligence artificielle, l'humanité face aux robots, le plaisir moralement douteux, etc.) dans un ensemble très intello et froid (patte Nolan oblige) mais qui fait mouche !
Dans un genre (presque) similaire, la troisième saison de Black Mirror, qui surfe sur l'anticipation et les dérives plausibles des nouvelles technologies, a livré plusieurs épisodes mémorables, dont le S03E03, proche d'un thriller contemporain nerveux, et le S03E04, déclaration d'Amour au sens littéral, avec un grand A.



musique ♥♥♥
Beaucoup de nouveaux albums de groupes que j'apprécie mais seuls ceux de AaRON (We Cut the Night) et Radiohead (A Moon Shaped Pool) ont trouvé grâce à mes yeux, ou plutôt mes oreilles. 
Les concerts de ces artistes sont d'ailleurs parmi les meilleurs de 2016 auxquels j'ai assisté, ainsi que ceux de MusePlacebo, des Red Hot Chili Peppers et, surtout, du magnifique show de Sigur Rós à Rock en Seine en août dernier.
Dans les découvertes, la jeune belge Alice on the Roof et le petit français Broken Back sont des artistes à suivre.












musique : coffret Blink-182 ♥♥♥
Blink-182 a marqué bien des générations, symbole du punk-pop potache à la sauce californienne, depuis plus de 20 ans, le groupe s'est imposé comme étant le pionnier du genre.
Pour cette fin d'année 2016, le label Geffen nous offre un très chouette coffret comprenant six albums studio du groupe (allant de "Cheshire Cat" à "Neighborhoods"), ainsi que l'excellent live "Mark, Tom & Travis show".
Il faudra débourser une trentaine d'euros pour la version CD et une bonne centaine de plus pour la version vinyle.
A écouter et ré-écouter sans modération !












roman : Le Club ♥♥♥
S'il est un roman qui m'a marqué cette année, c'est bien Le Club de Michel Pagel.
L'auteur nous fait redécouvrir les célèbres personnages de Blyton dans une optique adulte et amère, avec une élégante touche de fantastique qui se double d'un hommage émouvant aux Livres et à leur insondable pouvoir.
Inutile de dire que retrouver François, Claude, Mick et Annie, même abîmés par la vie (et par une plume très inspirée), est un pur moment de bonheur.
Publié chez Les Moutons Électriques. Un très beau coup de l'éditeur.
Disponible également en version numérique à un prix raisonnable, ce qui est suffisamment rare en France pour être signalé.
Chronique complète ici.


série TV : Stranger Things ♥♥
Parmi les quelques bonnes séries que Netflix a sans conteste à son actif, Stranger Things a constitué une excellente surprise dans le genre SF/fantastique.
Divers phénomènes paranormaux et la disparition d'un jeune garçon vont mettre en émoi la population de Hawkins, dans l'Indiana. Mélange de gentils frissons, suspense et humour sur fond de théorie du complot, les huit épisodes sont bourrés de références à la pop culture et à la si riche et presque insouciante époque des années 80.
Les auteurs citent volontiers Stephen King et Steven Spielberg parmi leurs sources d'inspiration, ainsi d'ailleurs que certains projets réels, comme MK Ultra. Et tout cela dispose en plus d'une bande-son sympa. Idéal même pour les plus jeunes.
Chronique complète ici.


Retroreading : La Semence du Démon
Par
Une intelligence artificielle amoureuse, voire obsédée, est au centre du roman La Semence du Démon.

Nouveau "retroreading" consacré aux anciens récits de Dean Koontz. Après La Voix des Ténèbres et Lune Froide, nous nous attaquons cette fois à Demon Seed. À l'origine publié en 1973, le récit a été largement remanié à la fin des années 90. L'auteur, en modernisant les références et améliorant la forme, n'a pourtant pas réussi à se départir des nombreux défauts qui parsèment l'histoire.
L'intrigue est assez simple mais potentiellement (comme souvent avec Koontz) très riche : Susan, une femme récemment séparée, vit seule dans une vaste demeure à la domotique poussée. Lorsqu'une intelligence artificielle s'éprend d'elle, elle devient prisonnière de sa propre maison et des fantasmes de la machine.

Outre les changements anecdotiques - essentiellement des références à des acteurs et actrices (Tom Hanks, Winona Ryder...) - Koontz place maintenant l'IA en tant que narrateur, ce qui permet une critique, souvent acerbe, parfois caricaturale, de la société humaine. Bonne idée insuffisamment exploitée et qui, surtout, ne parvient pas à camoufler le manque d'ambition d'un roman prévisible, trop court et passant à côté de tous les ressorts dramatiques de manière irritante.
Tout d'abord, au lieu de l'horreur que devrait susciter une telle situation de soumission et d'enfermement, Susan semble au mieux être victime d'un vague désagrément. Même ce que lui propose Proteus (nom de l'IA) ne semble pas la traumatiser plus que ça (pourtant, l'idée est gratinée).
L'on pourrait passer sur cet aspect si le traitement de Proteus avait compensé cette faiblesse. Malheureusement, il n'en est rien.

C'est le gros ratage du roman. Comme (très) souvent, Koontz, confronté à une thématique fascinante et prometteuse, parvient à la transformer en pétard mouillé avec une constance déconcertante.
Il y a bien un semblant de critique des rapports sociaux et, en de trop rares occasions, un brin d'humour, mais l'exploitation de Proteus s'arrête là.
Aucun force émotionnelle ne se dégage des "conditions de vie" pourtant si singulières de l'IA. Cette dernière, loin de susciter la compassion, l'inquiétude ou la fascination, se résume finalement à une vague entité numérique, radoteuse et pas si futée que ça. Le sujet offrait un tas de possibilités (horreur pure, SF métaphysique, thriller technologique...), Koontz a choisi de rester prudemment à la surface des choses, ne froissant personne, n'osant rien, cuisinant un plat fade, servi tiède. Même le "jugement" concernant l'IA, qui aurait pu (aurait dû même) être un moment poignant, n'a au final aucun impact.

Et malgré tout, ce n'est pas nul au point de ne pas aller au bout. Notamment parce que l'on attend, presque à chaque page, que ça démarre vraiment. Il y a aussi quelques scènes plus réussies et enfin génératrices d'une réelle tension, comme la thérapie de Susan. L'impression de premier jet mal retravaillé persiste néanmoins. Inutile de dire que la fin est aussi décevante que le reste, Koontz étant coutumier (même dans ses romans plus récents) des happy ends un peu nunuches et des conclusions que l'on voit se profiler à des kilomètres.

Même si l'auteur parvient parfois à faire oublier ses tics et à conserver l'attention du lecteur par quelques roublardises (nous verrons cela en détail dans un prochain article consacré plus généralement au style de l'auteur, intéressant à plus d'un titre, même dans ses défauts), il n'est pas possible de toujours tout lui pardonner pour quelques pages qui sortent du lot. La Semence du Démon, typique roman de gare, vite lu, vite oublié, n'a ni l'audace ni la virtuosité qu'aurait mérité un tel sujet.
Pas gerbant mais pas bon non plus.

Adaptation ciné de 1977. Heu... ça a quand même très mal vieilli.
Le roman est meilleur, c'est tout dire.

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un thème fort.
  • Deux ou trois scènes relançant l'intérêt.
  • Quelques traces d'humour...
  • ... et de critique sociale.

  • Des dialogues poussifs et datés malgré la réécriture (peut-être aussi un défaut accentué par la VF).
  • Bien trop sage dans l'ensemble.
  • Des effets mal amenés.
  • Le verbiage répétitif de l'IA.
  • Dramatisation absente.