Entretien avec... le Radis Irradié !
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Un entretien un peu particulier aujourd'hui, puisque nous ne recevons pas un acteur du milieu éditorial mais un vidéaste, portant l'étrange nom de Radis Irradié. Sa chaîne Youtube est essentiellement consacrée aux critiques et aux analyses, toujours effectuées avec un montage soigné et un humour décapant ! Ce qui justifie pleinement ses plus de 140 000 abonnés.
Vu le courage légendaire de la rédaction, tout le monde s'est défilé lorsque le mot "irradié" a été prononcé. C'est donc Virgul qui mène la danse. Après tout, quoi de mieux qu'un chat pour interroger un radis ? Miaw !


Virgul : On commence par une question que l’on a déjà dû te poser mille fois, pourquoi le "Radis Irradié" ?

Le Radis Irradié : Non, on commence par se dire bonjour déjà, haha !
Alors, au début de ma chaîne, j’avais pour pseudo "RadTV". "Rad" en référence aux radiations de Fallout (une des licences de Bethesda que j’adore) et "TV" car je voulais quelque chose qui rappelle simplement la télévision, un programme qui ne diffuse que du Fallout 4 (j’ai fait bien d'autres jeux après). Puis, avec le temps, j’ai eu comme surnom "Rad" puis "Radis". Et comme j’étais sur Fallout 4… Radis Irradié ! Tadaaaam !
C’est vraiment bête, hein ? Oui, faut le dire.. haha.


Virgul : Ta chaîne propose plusieurs rubriques, notamment les JMAMY ou les PLS, est-ce que tu pourrais nous dire en quoi elles consistent ?

Le Radis Irradié : Bien entendu.
Une vidéo dans le format JMAMY ou "J’ai Mal À Mon Youtube" est une critique/analyse d’un phénomène sur Youtube (logique), une tendance, une ou un Youtubeur.
Je suis plutôt soft dans ce format, avec quelques blagues par-ci par-là.
Les Micro JMAMY, pareil que les JMAMY mais en plus rapide !

Dans le Format AVY ou "Analyse Vidéo Youtube", je reprends une vidéo sans grand intérêt et y balance un maximum de blagues ! J'essaie de construire quelque chose à partir de rien, héhé ! Il n’y a pas de réel but, juste faire rire les gens !

L’HDLPLS ou "L’Heure De La PLS" est un format qui se rapproche plus… de la dénonciation que de la critique. Je dévoile les délits que certains Youtubers commettent, comme Jericho et le vol d’articles ou de vidéos, ou TopDuTop, des arnaques à gogo... Et plus récemment Jery "Chasseur de fantômes" (cf. cette vidéo, puis celle-ci), qui a une belle liste de délits à son actif, comme : arnaques, abus de confiance, infiltrations et dégradations dans des propriétés privées, cyber harcèlement et j’en passe...
Ce format est tellement garni de preuves que parfois YouTube ferme les chaînes comme 4Zurian, Topdutop et bientôt je l’espère Jery "Chasseur de fantômes". (J’y travaille.)

Et finalement Soignons Notre Youtube, où là je présente des chaînes qui me tiennent à cœur.
Ça aide des gens talentueux à se faire connaître et cela me donne un gain "capital sympathie" non négligeable !


Virgul : Tu fais un travail critique, axé (au moins au début, nous y reviendrons) sur le négatif, les pires choses que l’on trouve sur Youtube, pourquoi un tel choix ?

Le Radis Irradié : Quand j'étais petit, je voulais être un super-héros mais…  je n'avais pas ce qu'il fallait pour me foutre la tronche dans une cuve de produit chimique ! Du coup BIM ! Youtubeur. Je reste au chaud et ne passe pas mes soirées en collants !
Plus sérieusement, je déteste qu'une personne abuse de sa notoriété pour faire des conneries sur internet (même dans la "vie réelle" hein), que ce soit des vols, escroqueries, mensonges, foutages de gueule ou même de la désinformation.
Une personne influente ne devrait pas se comporter ainsi devant les gens qui la suivent, au risque que ces derniers reproduisent les mêmes choses. Comme Kay, qui conseillait de se mettre du miel dans les yeux pour les éclaircir. Alors, oui ça fonctionne... mais paye ta cataracte, ma biche !


Virgul : Une question un peu technique, entre l’écriture, l’enregistrement, les effets, le montage, combien une vidéo te demande-t-elle de temps ? Est-ce que tu es riche comme tous les youtubeurs ? Est-ce que tu peux me prêter 10 000 euros ?

Le Radis Irradié : Houla, je ne connais pas vraiment la réponse !
Comme j'essaie de mettre le plus de choses dans mes vidéos, il m'arrive de devoir refaire de l’écriture même après un tournage. Mais pour ma première vidéo sur Jery, je sais qu'il m'a fallu un mois et dix jours pour la prise de renseignements, l'écriture, le tournage, le montage, plus les vérifications (en comptant 5 à 7 heures de travail par jour).
Autant dire que ce n’est pas du tout rentable, alors ne compte pas sur moi pour avoir un seul centime ! Ça me fait bien rire les gens qui me disent que je fais ça pour l'argent... Hum...


Virgul : J’ai cru comprendre que tu étais un pro du montage, et que tu officiais sur d’autres chaînes, souhaites-tu nous parler de cette partie de ton travail ?

Le Radis Irradié : Merci pour le compliment !
En effet il m’arrive de faire du montage pour les copains mais c’est très rare, je place mes projets en tête de liste... car ils me prennent beaucoup de temps, haha !
Il y a de cela un an j’avais aidé Superflame pour son format "YOUTUBE FAKE NEWS".
Et plus récemment Anthox Colaboy à qui j'ai prêté ma voix pour un futur projet !


Virgul : Tu fais preuve d’un humour assez acide, humour qui passe parfaitement grâce notamment à une grande rigueur dans l’argumentation (autant dire que sur UMAC, on adore !), mais qu’est-ce qui te vient en premier ? Est-ce que tu es en colère en voyant des conneries, et tu te dis que tu vas en rire un peu, ou bien tu veux te moquer et tu soutiens les vannes par un propos bétonné ? Et en même temps, est-ce que c’est pas un peu pareil au final ? Est-ce que j’aurais pas dû bosser un peu plus mes questions ? Je ne suis qu’un chat, mince, qu’est-ce que je fais là ?

Le Radis Irradié : Cela commence par de la colère (surtout dans le format l’heure de la PLS).
Puis, après plusieurs heures d’écriture, vient la prise de recul, les moqueries et les rires, oui. Je ne me permettrais pas de me moquer sans preuve solide ou raison valable. De mon point de vue, il est légitime de faire des blagounettes sur certains vidéastes si ces derniers se moquent de leur communauté.
Et puis... le rire me permet de ne pas prendre la chose trop à cœur, il ne faut pas en faire une affaire personnelle, c’est dangereux pour la santé du cigare.
Et... oui, bosse tes questions, j’ai du relire plusieurs fois pour comprendre ton truc !!


Virgul : Je vais faire un effort, promis. Tu as évoqué diverses évolutions possibles de ta chaîne, certaines que l’on voit déjà, comme Soignons notre Youtube (comme par hasard, la première vidéo positive est consacrée à des nanas exclusivement… ça va, c’est mieux que Tinder, Youtube ?). Mais, tu as aussi parlé d’urbex… alors, à quand une collab avec McSkyz ?

Le Radis Irradié : La Youtube Money, c’est bien. C’est encore mieux quand il y a de la gonzesse (j'espère que ma femme ne verra pas ça, haha).
Sauf dans le maquillage et le lifestyle, la gent féminine est sous-représentée dans tous les domaines. Je trouve ça important de mettre certaines vidéastes en valeur et puis… ça me permet de me mettre les féministes dans la poche.
Oui, J'aimerais faire d'autres choses sur ma chaîne comme de l’Urbex, mais aussi des reportages, ou même des trucs complètements cons mais qui me font rire (avec un minimum de travail, toujours).
Un feat avec McSkyz ? Haha non !
S'il apparaît sur ma chaîne ça ne sera pas pour de bonnes raisons.


Virgul : Bon, je redeviens un peu plus sérieux. Heu… tu vois comment l’avenir de Youtube ? Est-ce que c’est condamné à devenir être un océan de merde avec quelques ilots sympathiques surnageant de-ci de-là ? En gros… comme la télé ?

Le Radis Irradié : Tu as cru que j’étais Nostradamus ? Haha !
Si l’article 13 [1] devient valide… Oui. C’est un avenir probable. Mais en faisant abstraction de celui-ci, non. Je suis plutôt confiant malgré toutes les merdes que je montre sur ma chaine. La télé est présente sur Youtube depuis quelques années, bien plus aujourd’hui, c’est vrai, mais je suis certain qu’il y aura toujours des créateurs indépendants. Les gens n’aiment pas uniquement les œuvres professionnelles, ils aiment aussi les créations amateurs. Et je ne parle pas des films pour adultes.
Il y aura toujours des personnes qui voudront voir du gaming, des conseils beauté, des critiques de film et j’en passe. Des choses que nous ne pouvons pas forcement voir à la télévision.


Virgul : Alors là, on passe au niveau philosophique et tout, comme si on était capable de réfléchir, d’avoir du recul, tout ça. Tout en sachant que tu es une plante et que je suis un animal. Donc, dénoncer, critiquer, être vigilant, essayer de promouvoir ce qui vaut le coup… c’est cool. Mais, sur quels critères te bases-tu ? Est-ce qu’il n’y a pas un risque de basculer dans une sorte de snobisme ou de vision un peu sclérosée du "contenu idéal" ? Le "viewer moyen" est-il condamné à osciller entre contenu merdique anarchique et les vidéos validées par une sorte "d’élite" ?

Le Radis Irradié : Ah bah mince… c’est le sujet d’une prochaine vidéo !!
BWHAHAHAHAHAAaaaa !
Je te demande donc d’attendre un petit peu pour avoir une réponse bien plus complète en vidéo que sur le papier ! Si, si, vraiment, ce n’est pas une astuce à deux balles, t’inquiète pas mon minet !


Virgul : Ami Radis, je termine cet entretien par la question habituelle sur UMAC. Si tu pouvais bénéficier d’un super-pouvoir, tu choisirais lequel, et pourquoi ?

Le Radis Irradié : La technopathie. Nous vivons dans une ère où la technologie prend une place des plus importantes dans nos vies. Donc, transfert de ma conscience dans le World Wide Web (ce qui me garantira une immortalité sympathique) puis prendre le contrôle des machines et finalement asservir l’humanité. Une seule pensée, les mêmes objectifs. Expansion, espace, conquêtes, divinité.
Ouais, ça me semble bien comme plan, non ?


Virgul : Un plan aussi machiavélique qu'excitant, oui ! Il me reste à te remercier, cher Radis, pour avoir répondu aussi sympathiquement à notre invitation.

Le Radis Irradié : Merci beaucoup ! Haaaahahahahaha !
[Disparaît mystérieusement (et avec panache) dans une fumée noire...]


Le Radis Irradié



[1] Référence à l'article 13 de la directive Copyright, visant à renforcer le contrôle des œuvres protégées par le droit d'auteur. Si cela semble positif à première vue, le sujet est très complexe et restreindrait énormément la création originale sur Youtube. Pour plus de renseignements (et bien qu'il se défende de maîtriser parfaitement le sujet), nous vous conseillons cette vidéo du Joueur du Grenier.
« Solo », vaurien…
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En mettant de côté les attentes (qui peuvent générer des déceptions) et la production chaotique du film (changement de réalisateur en plein milieu du tournage, scènes ajoutées ou retournées, rumeurs diverses…), que vaut Solo ? Rien…

Critique à l'occasion de la sortie en DVD et Blu-Ray de ce second spin-off de la saga créée par Georges Lucas (pour rappel, nous avions beaucoup aimé le précédent Rogue One).


Il y a tant à dire sur Solo : A Star Wars Story (son vrai titre)… En tant que fan de Star Wars ou non, en tant que spectateur « lambda » ou cinéphile, en tant que connaisseur de l’univers étendu de Star Wars ou novice dans ce domaine, etc. Son histoire s’attarde bien évidemment sur une partie de la « jeunesse » de Han Solo (Alden Ehrenreich) - les guillemets sont de mise car son passé le montre déjà jeune adulte et non enfant ou adolescent - avec un scénario simpliste de prime abord : le pilote se voit séparé de Qi’Ra (Emilia Clarke), sa bien-aimée, et s’enrôle dans les rangs de l’Empire, jurant de la retrouver.

Trois ans plus tard, le soldat - guère émérite - est considéré comme déserteur. Il se lie d’amitié avec Chewbacca (qui était censé le… manger !) avant de rejoindre une bande de voleurs menée par Tobias Beckett (Woody Harrelson). Leur but ? Dérober du coaxium, précieux carburant pour vaisseau, et être payé par Dryden Vos (Paul Bettany), leader de l’Aube Écarlate, une puissante organisation criminelle.

#Gênant : Han s’appelle Solo parce qu’il est… « solo »
(solitaire et sans famille)

Parmi les inepties proposées dans le film de Ron Howard, on en retiendra deux en particulier. Chewbacca est considéré comme un monstre mangeur d’hommes ! Des prisonniers de l’Empire (déserteurs y compris) lui sont envoyés dans une fosse, où il est retenu captif. On ne voit pas le célèbre wookie bouffer de l’humain à l’écran mais c’est évoqué plusieurs fois. Quand on a croisé Chewie dans la prélogie, en plus de la trilogie originale, on a du mal à l’imaginer ainsi… Par ailleurs, entendre Han « parler » le langage du Wookie est là aussi totalement ridicule.

Le mythique nom de Han ? Il trouve un éclaircissement pitoyable. Au moment d'intégrer les rangs de l’Empire, le contrebandier, qui s’est toujours fait appeler « Han », explique qu’il n’a pas de nom de famille puisqu’il n’en a pas (de famille) et qu’il est seul. Le soldat de l’Empire propose donc « Solo ». Voilà. C’est donc « grâce » à cette trouvaille ingénieuse que le célèbre vaurien est officiellement devenu « Han Solo ». Quelle tristesse…


Sur le plan technique, nous sommes dans une production Disney/Lucasfilm à gros budget, en 2018. Donc, sans surprise, les effets spéciaux sont clairement réussis, apportant une certaine crédibilité à l'œuvre de Ron Howard, lors des courses-poursuites par exemple. On retient surtout un braquage à bord d’un train de folie, la scène la plus réussie, originale et intéressante de tout le film. Malgré tout, on ne peut s’empêcher de pester contre la photographie de Solo : celle-ci n’est pas soignée et assombrit le long-métrage de façon continue. La plupart des séquences sont en effet « illisibles », la faute à une image insuffisamment lumineuse, aussi bien dans l’espace (à bord du Faucon Millenium principalement) que sur des planètes paradoxalement chaudes, désertes et aux couleurs vives. Un comble ! Pire encore : le visionnage en 3D - qui n’apporte rien en plus - ajoute une couche obscure supplémentaire à l’écran.

La réalisation de Ron Howard (Apollo 13, Da Vinci Code…) ne sort jamais des sentiers battus. Aucune surprise en termes de mise en scène… C'est peut-être pour cela qu'on l'a pris ! Rien d'original, pas une once d'élégance et malheureusement, aucun moment réellement poignant ou épique. Le spectateur n’a guère d’empathie pour les personnages  - il manque une écriture appliquée ou des ressorts dramatiques convaincants - et, du coup, n’a jamais peur pour eux. Pourtant la distribution est prestigieuse.

Acteurs fades et caméo étrange

Côté casting, justement, c’est le vide intersidéral car aucun acteur ne sort vraiment du lot, à l’exception de Donald Glover qui interprète un Lando Carlissian fort charismatique (autant, voire plus que Billy Dee Williams qui le jouait dans la trilogie originale). Lando est accompagné de son amusante droïde L3-37, doublée par Phoebe Waller-Bridge (et à l’origine d’une théorie romantique inédite, voir encadré ci-après). En mettant de côté ces deux rôles sympathiques, tout le reste est limite à jeter. Alden Ehrenreich campe un Solo parfois crédible (on se plaît à retrouver quelques gimmicks d’Harrison Ford), parfois risible (difficile de retrouver un Solo plausible par rapport à celui que l’on connaît).

Emilia Clarke, connue pour être l'inoubliable Daenerys Targaryen dans Game of Thrones, ne parvient pas à être magnétique. Sa ressemblance avec Jyn Erso (jouée par Felicity Jones dans Rogue One) est assez troublante mais Clarke, elle, reste globalement mono-expressive. Dommage… Quant à Woody Harrelson, il se contente d’être la caricature de la plupart de ses rôles (Hunger Games, True Detective…), c’est-à-dire le « bon gars » attachant (son retournement de veste sur la fin, prévisible, laisse à désirer). Thandie Newton n’apparaît que trop brièvement pour être réellement jugée et le grand ennemi Dryden Vos, incarné par Paul Bettany (alias Vision dans les films Avengers), ne brille pas des masses. Ça reste un méchant plutôt convenu in fine.



La sexualité de Lando 

Lando Calrissian est pansexuel, c’est-à-dire qu’il est attiré, sexuellement ou affectivement, par un individu de n’importe quel sexe ou genre (femme, homme, trans ou, comme dans Solo, droïde !). C’est ce qu’ont confirmé à demi-mot les deux co-scénaristes Lawrence et Jonathan Kasdan en mai 2018. « Je dirais que oui, il est pansexuel, a déclaré le second. Une certaine fluidité ressort des interprétations de la sexualité de Lando par Billy Dee Williams et Donald Glover. J'aurais adoré intégrer un personnage plus explicitement LGBT dans le film. Je pense qu'il est temps pour ça et j'aime le spectre de sexualité que Donald laisse entrevoir. Et j'aime que les droïdes en fassent partie. »


Il est vrai que l’étrange relation sentimentale - et a priori physique (!) - entre Lando et L3-37 fait partie des ressorts comiques et originaux de Solo. Après tout, on a toujours vu diverses créatures et races cohabiter, voire nouer une relation dans la saga Star Wars ou dans son univers étendu, alors pourquoi pas des droïdes ? « Lando maintient l'ambiguïté. Je trouve ça amusant ! » concluait l’auteur.


En plus de tous ces éléments « négatifs », qui n'empêchent pas de voir un spectacle de divertissement plus ou moins convaincant (selon son degré d'exigence et sa relation avec Star Wars), on est dubitatifs devant le retour d’un méchant iconique. Attention : si vous n’avez pas vu le film, on vous déconseille la lecture de ce paragraphe et du suivant, passez à celui d'après. La fin de Solo révèle en effet un échange entre Qi’Ra et le « vrai » chef de l’Aube Écarlate : Dark Maul ! Surprise totale pour les spectateurs puisque rien n’avait fuité de ce caméo.

L’ancien apprenti de Dark Sidious est donc vivant, même si son corps avait été coupé en deux avant sa chute mortelle dans La Menace Fantôme. L’explication de cette « résurrection » est à découvrir principalement dans la série The Clone Wars (cf. notre article sur Dark Maul). De quoi satisfaire les fans de l’univers étendu ? Oui et non car le film se doit d’être accessible au plus large public possible. Ce segment s’avère donc assez peu compréhensible pour le spectateur « lambda ». À moins que ce ne soit pour attirer ces derniers vers les extensions canoniques de la saga… Dans les deux cas, ça reste malhabile.

Solo n’apporte rien (d’intéressant) à l’univers Star Wars

Un scénario simpliste et prévisible (de Lawrence Kasdan, responsable de l’écriture des épisodes V - le meilleur pourtant ! -, VI et VII, accompagné de son fils Jonathan Kasdan), un casting majoritairement insipide, une photographie hideuse avec son ton lugubre et monotone, pas de réel moment épique, une musique guère entraînante ou mémorable (pourtant signée John Powell et, surtout, John Williams, compositeur historique de tous les épisodes de la saga à l’exception de Rogue One), des connexions maladroites avec l’univers étendu… Il ne reste pas grand-chose pour sauver le film sur le vaurien le plus célèbre de la saga.

On retiendra principalement Lando & L3-37, les effets spéciaux et la scène du train. Quelques « réponses » à des interrogations de fans (acquisition du Faucon Millenium, rencontres avec Chewbacca et Lando…) et des références aux autres épisodes peuvent être plaisantes, selon le degré d’exigence (à nouveau) du spectateur. Le plus attentif peut déceler les différences de « ton ». Celui-ci oscille parfois entre le très sérieux et l’humour en roue libre (sans doute les rares scènes restantes des deux réalisateurs Phil Lord et Chris Miller - responsables de Tempête de boulettes géantes, La Grande Aventure Lego, 21 Jump Street et sa suite -, qui devaient initialement mettre en scène Solo avant d’être remplacés par Ron Howard). Difficile d’être enthousiaste devant le deuxième spin-off de la saga étoilée car le film n’apporte rien à l’univers. Et en tant que long-métrage isolé, il est plus que moyen.


Cet article a été publié dans le magazine Ciné Saga #25 en juillet 2018.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le personnage de Lando et son duo avec L3-37.
  • Les effets spéciaux (notamment pour la scène du train).

  • Un scénario simpliste et prévisible.
  • Casting insipide.
  • Photographie hideuse et sombre.
  • Des inepties par rapport au reste de la saga.
  • Des connexions maladroites avec l'univers étendu.
  • Une musique peu mémorable.
  • Une mise en scène guère originale.
  • Pas vraiment de moments épiques.
Immortel
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[1]

Je ne sais pas si le grand public et les médias mesurent l'importance de l'influence qu'a eu Stan Lee sur la pop culture en général et bien entendu l'univers Marvel en particulier.

L'on sait que "Stan the Man" n'était pas le seul à œuvrer sur le destin de certains personnages devenus aujourd'hui mythiques. Selon le "Marvel way" de l'époque, la tâche créative et narrative était répartie entre lui et les dessinateurs, comme Steve Ditko ou Jack Kirby.
Il n'en demeure pas moins que le bonhomme est à l'origine de certains des plus grands super-héros de la Maison des Idées, comme les Fantastic Four, les X-Men, les Avengers, Hulk, Daredevil, Iron Man ou encore bien évidemment Spider-Man. Et que son style bien particulier, consistant à insuffler plus de réalisme et de problèmes quotidiens dans les récits (ce qui était particulièrement novateur pour l'époque), a contribué au succès de ces titres sur le long terme.

Rares sont les scénaristes et/ou responsables éditoriaux pouvant se vanter d'avoir eu un tel impact sur leur maison d'édition et le lectorat.
Et puis, avec le temps, Stan était devenu une sorte de symbole, que les plus jeunes découvraient dans les adaptations cinéma grâce à de petites apparitions "clins d'œil".

[2]
Sans Stan Lee, UMAC n'existerait pas. Puisque c'est ma passion retrouvée pour le Spider-Man que je suivais, enfant, qui est à l'origine de ce site.
Sans Stan Lee, je n'aurais pas allié passion et activité professionnelle et n'aurais jamais eu la chance de travailler sur les centaines de comics dont on m'a confié la relecture.
Sans Stan Lee, j'aurais tout de même écrit, mais certainement pas une BD parodique sur les personnages de comics.

Pour un mec que je n'ai jamais rencontré, qui n'est pas de ma génération et qui habite sur un autre continent, il a tout de même pas mal influencé mon emploi du temps ces dernières années.
Alors, forcément, c'est étrange de savoir qu'il tire sa révérence.

Le 12 novembre 2018, Stanley Martin Lieber s'est éteint à Los Angeles à l'âge de 95 ans.
Mais Stan Lee, lui, était déjà une légende depuis longtemps. Et comme on le sait, les légendes sont éternelles...



[1] Dessin de Bob Al-Greene.
[2] Dessin de Sergio Yolfa, issu de The Gutter.

Bon courage Serge !
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Nous avions prévu aujourd'hui de poster un article classique, il n'y en aura pas.

À la place, tout le staff UMAC souhaite un prompt rétablissement à notre ami et collègue dessinateur Sergio Yolfa, victime d’une lâche et violente agression qui lui a occasionné plusieurs fractures et nécessite une opération des yeux, mercredi.
Et oui, de nos jours en France, on peut quitter son lieu de travail, tranquillement, et se faire tabasser sans raison par des gens qui sont à peine humains.

Pour les deux lâches (connus des services de police mais… en liberté) qui l’ont tabassé, on leur souhaite de passer Noël en taule et même d’y rester très, très longtemps après.

Quant à Serge, dont on connaît le talent, la gentillesse, l’abnégation et l’intelligence, on lui fait de gros bisous et on pense fort à lui !

Pour éviter de choquer, et pour rendre justice à Serge, nous avons décidé de ne pas montrer son visage tuméfié, mais plutôt de poster l’un de ses dessins.


Spider-Man : Reign
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En 2007, Panini publie Spider-Man : Reign dans le septième volume des 100% Marvel consacrés au Tisseur. Retour sur cette saga crépusculaire.

Dans un futur pas si lointain, Manhattan est sous le joug d'une dictature froide et violente. Les Masques ont disparu en même temps que les libertés. Parker est un vieillard solitaire, parlant dans le vide, rêvant la présence d'une Mary Jane morte depuis des années. Il n'est plus que l'ombre de lui-même. Un être brisé, à la dérive, qui va même se faire virer de son job minable et se faire péter le nez par la police en voulant aider un gamin.
Décidément, les temps sont durs pour l'ancien Spidey.
Mais lorsque l'on a été un héros pendant si longtemps, peut-on vraiment baisser les bras ?

Le scénario et les dessins sont de Kaare Andrews, il a d'ailleurs également participé à la colorisation, très réussie, aux cotés de José Villarrubia. Le graphisme est à la fois beau et original, les visages et les corps ont du caractère, certains décors pleine page touchent au sublime et les teintes pastel qui accompagnent le tout sont du plus bel effet. Bien que cette histoire soit hors-continuité (et donc parfaitement accessible pour le profane), l'on retrouve quelques-unes des grandes figures de l'univers arachnéen : Octopus, le Rhino, l'Homme-Sable, Kraven, Mysterio ou encore Venom. L'on pourrait se dire que cela fait beaucoup, mais chaque apparition a son utilité et est bien intégrée au récit.
Mais penchons-nous justement sur l'histoire...


L'influence de Frank Miller et de son Dark Knight est visiblement passée par là. Le côté vieillissant du héros, l'outrance caricaturale des forces de l'ordre, la litanie des médias, tout y est. Et c'est plutôt bien orchestré. L'atmosphère est inquiétante, tendue, les personnages sont marqués par la souffrance et les rides, les combats se déroulent dans une ville aussi esthétique que sinistre, éclairée par des néons et noyée sous des trombes d'eau. Certains affrontement sont vraiment spectaculaires, appuyés par de très bonnes idées de mise en scène.
Certains moments plus intimes, où Peter imagine la présence de Mary Jane, sont à la fois pathétiques et, là encore, magistralement réalisées. C'est proprement déchirant, impossible, si l'on éprouve ne serait-ce qu'un vague attachement pour le personnage, de ne pas ressentir quelque chose. Bref, c'est parfait.
Ou plutôt, ça serait vraiment parfait si Miller justement, puis des Moore, Millar et autres adeptes de la dystopie, n'avaient déjà surtraité le sujet. C'est bien écrit, écrit avec talent même, mais cela repose encore une fois (au moins au départ, la suite étant plus originale) sur le vieil épouvantail dictatorial.

Il manque certainement un brin d'audace, d'originalité et de véritable parti pris personnel pour faire basculer cette mini-série dans le club restreint des contes inoubliables. Le final notamment, s'il est visuellement léché, s'avère n'être qu'un long et classique combat qui manque de lyrisme, surtout au regard de tout ce qui a précédé. Reste cependant une belle histoire d'un vieillard qui se bat plus contre son passé et ses démons intérieurs que contre le pouvoir en place ou d'improbables super-vilains.

Une vision futuriste, froide et mélancolique du Tisseur, qui mérite le détour.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un Peter Parker comme on l'a rarement vu.
  • Des planches somptueuses.
  • Le côté crépusculaire.
  • L'impact émotionnel énorme des scènes avec Mary Jane.

  • Une dictature que rien ne justifie dans le récit.
  • Une conclusion un peu faiblarde.
Dark Maul • Le Zabrak Écarlate
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On l'a vu moins de vingt minutes dans La Menace Fantôme mais il a marqué tous les fans de la saga. Le méchant emblématique Dark Maul continue de fasciner près de vingt ans après son apparition. Voici pourquoi.


C’est sans aucun doute l’un des rares éléments réussis dans le premier épisode de la prélogie (voire de la prélogie elle-même) : le terrible Sith Dark Maul a laissé un souvenir indélébile avec son look atypique et effrayant, son double sabre laser et sa puissance hors du commun. Il œuvre dans l’ombre pour Dark Sidious (Palpatine) et sa mission est relativement simple : traquer et capturer Amidala. Dans sa quête, il tue le Jedi Qui-Gon Jinn avant de se faire découper en deux par Obi-Wan Kenobi. Ce n’est pas trahir un secret car les fans le savent bien : Dark Maul revient à la vie dans la série d’animation Star Wars – The Clone Wars et poursuit, entre autres, sa vengeance contre Obi-Wan dans l’autre série d’animation Star Wars : Rebels, dans laquelle il périt « définitivement ».

L’occasion d’en apprendre un peu plus sur le Sith (en complément des comics — voir encadré en fin d'article) : c’est un Zabrak né sur Dathomir, un esclave repéré très tôt par Palpatine qui l’a formé pour devenir son apprenti le plus dévoué. Après sa défaite dans La Menace Fantôme, c’est son frère, Savage Opress, qui l’aide à retrouver sa mémoire et ses capacités de combat exceptionnelles. Maul a désormais deux jambes cybernétiques et, de fait, est à moitié cyborg. Le binôme fraternel cherche à renverser Dark Sidious et Dark Tyranus (Palpatine et le Comte Dooku) tout en prenant la tête de gangs criminels (Maul devient même le dirigeant de L’Aube Écarlate, on en reparle plus loin).

« Enfin nous aurons notre vengeance »

Dark Maul est interprété par le cascadeur spécialiste en arts martiaux Ray Park. Après La Menace Fantôme, sorti en 1999, il a notamment joué le Crapaud dans le premier film X-Men (2000), Edgar dans la saison 4 de la série Heroes (2009) et Snake Eyes dans les deux volets de G.I. Joe (2009 et 2012). Ray Park a grandement contribué à l’élaboration de son personnage : champion de wushu, il a injecté un peu de cet art traditionnel chinois (il avait remporté le titre mondial à 18 ans) dans l’inoubliable duel qui oppose Maul à Qui-Gon Jinn et Obi-Wan Kenobi.


La description du presque mutique Maul (il n’a que trois répliques) dans le script de l’épisode I de Star Wars ? Il devait ressembler « à notre pire cauchemar ». Il faut rappeler que le Sith apparaît après presque deux mille ans de paix et tranquillité, assurées par les Jedi. Les Sith ont d’ailleurs disparu depuis ces deux millénaires et ce retour dessine (pour les spectateurs) les prémices de l’Empire. « Enfin nous nous ferons connaître des Jedi, enfin nous aurons notre revanche », martèle l’apprenti Sith à son seigneur, Dark Sidious.

C'est une figure destructrice. N’oublions pas que Dark Maul, en version originale, devient « Darth Maul », soit la contraction de « dark » (sombre) et « death » (mort), là où Maul pourrait se traduire par « mutilation » ou « démolition ». Une appellation bien plus virulente ! Avec son teint rouge et noir, son regard jaune reptilien et ses huit cornes (deux heures de maquillage étaient nécessaires), Dark Maul ressemble à un véritable diable.

Le Retour du Sith (depuis 2016)

En mars 2016, un court-métrage réalisé par des fans a fait le buzz sur la Toile. Darth Maul : Apprentice a été vu près de cinq millions de fois en cinq jours seulement ! Et près de 18 millions à l’heure où nous écrivions ces lignes… Quinze minutes de vidéo (sans le générique) après deux ans de travail. Le résultat est à découvrir sur YouTube. Si l’histoire est simpliste (Maul y affronte des Jedi) et les personnages peu intéressants, à l’exception du Sith, il faut saluer la qualité des costumes, des maquillages, des combats et la réalisation. Ce fan-film est désormais considéré comme « LA » meilleure production non-officielle de Star Wars.


En novembre 2017, c’est dans le jeu vidéo Battlefront II que Dark Maul (re)fait parler de lui : le mode multijoueur permet en effet d’incarner le charismatique apprenti Sith pour la première fois (un jeu devait lui être consacré avant d'être annulé en juin 2011). Un évènement pour les fans car le contrôle de Maul s’avère particulièrement jouissif ! 

Les prochains paragraphes contiennent des révélations si vous n'avez pas vu Solo : A Star Wars Story (dont la critique, très négative, sera bientôt en ligne sur UMAC).

À la fin du film de Ron Howard, Qi’Ra (Emilia Clark) converse avec l’hologramme de… Dark Maul. Celui-ci est désormais le dirigeant de l’organisation criminelle L’Aube Écarlate. C'est une grosse surprise pour les spectateurs, ravis de retrouver Ray Park un bref moment et de constater que Star Wars – The Clone Wars et, dans une moindre mesure, Star Wars – Rebels, s’inscrivent « encore mieux » dans l’épopée galactique puisque la résurrection de Maul se poursuit désormais dans les films. Pour les non-connaisseurs des deux séries d’animations, en revanche, l’incompréhension est totale : aucun début d’explication n’est fourni dans Solo… Comment savoir ce qui est arrivé à Dark Maul pour qu’on le retrouve en vie après sa « mort » dans La Menace Fantôme ?

Dark Maul vs Dark Vador ? 

Internet s’en est donné à cœur joie et les spectateurs en quête de réponses ont pu explorer l’univers étendu grâce aux nombreux articles dévoilant l’histoire de Dark Maul. Était-ce le but recherché par Lucasfilm et Disney ? Possible. Voilà une excellente façon de les guider vers leurs autres productions (moins « connues » du grand public) mais aussi de promouvoir leur futur service de streaming qui devrait, en toute logique, proposer les séries d’animation Star Wars. Une manière quand même maladroite d’appâter le client…

Autre hypothèse : Dark Maul sera au cœur du spin-off sur Obi-Wan Kenobi si celui-ci voit le jour. En effet, on sait que le Sith retrouve le Jedi entre les épisodes III et IV, lors de son exil sur Tatooine. Ça tombe bien, c’est pile la période durant laquelle devrait se dérouler cet hypothétique long-métrage. Ce qui est acquis, c'est que Maul rend l’âme dans Star Wars - Rebels, justement lors d’un ultime affrontement contre Obi-Wan. L’occasion idéale pour montrer ce duel au cinéma ou bien d’en profiter pour mettre en scène un vieux fantasme de fans : Dark Maul contre… Dark Vador (avec la défaite de Maul ou un match nul). Si tel est le cas, alors on pourra remercier Ron Howard d’avoir participé au retour de Maul !



L'Inquisiteur, héritier de Dark Maul ?

Apparu dans la première saison de Star Wars - Rebels, l'Inquisiteur est fortement inspiré par Dark Maul. Missionné par Dark Vador pour traquer les rebelles (principalement l'équipage du Ghost), l'Inquisiteur n'est pas un Sith mais il est sensible à la Force et utilise un double sabre laser rouge qu'il peut faire pivoter sur lui-même, comme une hélice ! Cette rotation mortelle contribue a à en faire un redoutable ennemi.
Il a la peau blanche, les yeux jaunes (comme Maul) et des dents aiguisées et tranchantes. Il meurt après un duel d'anthologie face au Jedi Kanan et son Padawan Ezra. Les trois combattants étaient sur des ponts suspendus au-dessus des réacteurs d'un vaisseau. Un affrontement épique qui n'est pas sans rappelé celui de La Menace Fantôme.

Littérature sur Dark Maul : l’intégrale en BD et deux romans

Mis en vente en mai dernier chez Delcourt, Star Wars – Dark Maul : Intégrale regroupe trois bandes dessinées : Le Fils de Dathomir (inspiré des derniers épisodes de la saison 6 de The Clone Wars qui n’ont finalement jamais été tournés — la série fut raccourci à 13 épisodes au lieu de 24), Peine de Mort et Dark Maul (tous précédemment publiés chez le même éditeur).  Quelques chapitres inédits en librairie complètent cette compilation de plus de 350 pages au prix attractif de 34,95€. Un must-have pour les fans du Sith mais attention tout de même, ces récits sont estampillés « Légendes », ce qui signifie qu’ils ne sont plus vraiment canoniques dans l’univers étendu de la saga (depuis le rachat par Disney).

Pour une version « officielle », il faut se tourner vers l’histoire, plus anecdotique, Soif de Sang, se déroulant avant l’épisode I ou brièvement en marge de celui-ci. Elle est publiée dans le one-shot intitulé Dark Maul, chez Panini Comics cette fois (qui s’occupe d’éditer tous les comics Star Wars désormais canoniques) — dont on avait parlé dans le Digest #43.

Deux romans sont également disponibles chez Pocket : Maul : Prisonnier et, surtout, Dark Maul – L’Ombre du Chasseur. Même s’ils ne sont plus considérés comme faisant partie officiellement de l’univers étendu, le second, très réussi, est estimé comme « l’introduction » de La Menace Fantôme. À découvrir !

Cet article a été publié dans le magazine Ciné Saga #25 en juillet 2018.
Dossier Mark Millar + MAJ
Par

Nouvel ajout aux dossiers UMAC aujourd'hui avec notre sujet consacré à Mark Millar.

Comme d'habitude, nous vous proposons une sélection des œuvres les plus représentatives de cet auteur, qu'il s'agisse de comics Marvel, DC ou indépendants.
Pour y accéder, vous pouvez cliquez sur l'image ci-dessous ou vous rendre dans le menu Dossiers, figurant en haut du site.

Et justement, nous avons profité de ce vingtième dossier pour revoir la présentation générale de cette page. Dorénavant, les sujets seront regroupés par thèmes et seront facilement identifiés grâce à un cartouche de couleur, histoire que les lecteurs puissent plus facilement s'y retrouver.

Ainsi, le cartouche "COMICS" désignera des dossiers consacrés à des sagas ou récits bien particuliers. Le cartouche "AUTEURS" sera utilisé pour notre série "Sur les traces de...". Le cartouche "INFOS" identifiera tous les sujets contenant des renseignements sur des domaines précis (le lexique, la chronologie Marvel, les Lantern Corps...). Le cartouche "FUN" sera employé pour tous les dossiers un peu divertissants, comme le bêtisier Marvel. Les cartouches "BD" et "ZIK" parlent d'eux-mêmes, et le cartouche "TECHNIK" servira pour tous les sujets concernant l'aspect technique de l'écriture. Nous songeons également éventuellement à ajouter un huitième cartouche ("INDEX"), qui servirait non pas à identifier des dossiers à proprement parler mais à regrouper des liens vers des articles portant sur un sujet précis (par exemple Star Wars, La Tour Sombre, etc.).

En espérant que tout cela soit le plus clair et pratique possible. ;o)
Enjoy !



les Délices de Tokyo
Par


Un petit roman doux, réconfortant et tendre, construit sur des situations parfois dramatiques mais s'attachant à ne pas exagérer le côté lénifiant, à ne pas mettre en avant le pathos, c'est ce que propose Les Délices de Tokyo.

S'inscrivant dans la veine de la littérature nippone contemporaine, Durian Sukegawa délivre un hymne à la vie et à l'amour entre les êtres d'une rare élégance et d'une sobriété de bon aloi. Comme celui de Je reviendrai avec la pluie, l'auteur s'attache à nous faire vivre les doutes, remords et incertitudes existentielles d'un garçon un peu paumé qu'une vieille dame étrange va remettre, sans qu'il s'en rende compte, sur le droit chemin. 
Sentarô est le gérant d'une boutique tokyoïte vendant des dorayaki, petites pâtisseries légèrement sucrées composées de deux galettes façon pancake, fourrées d'une pâte de haricots rouges. Il ne le fait pas par vocation, le narrateur expliquant qu'il s'agit d'une dette envers le propriétaire qui l'a sorti d'une situation précaire. Sentarô vit seul et, lorsqu'il ne travaille pas à ses pâtisseries qu'il n'apprécie même pas, il s'adonne à la boisson avant d'aller dormir. Cette morne existence va être bousculée par l'apparition d'une vieille dame, au détour d'un cerisier en fleurs comme ceux qui égayent la ruelle où il officie, une dame qui, malgré son infirmité évidente (elle ne parvient pas à délier ses doigts), le prie de l'engager pour préparer le an, cette pâte délicate dont il ne parvient pas à maîtriser la cuisson. Elle est prête à accepter un salaire de misère pour peu qu'elle puisse travailler, même en cachette. Sentarô finit par accepter, surtout après avoir goûté à ce qu'elle est capable de faire. Il ne se doute pas que cette Tokue Yoshii va bouleverser son existence au point de remettre en cause les rares certitudes qu'il avait encore...


Entre les dialogues, bardés d'hésitations et ponctués de silences encombrants, et les lettres que s'écrivent les deux protagonistes de l'histoire, qui enfin s'épanchent sur leur vie passée, leurs erreurs et leurs angoisses, le récit progresse par petites touches doucereuses desquelles semblent bannies l'horreur, la misère, la grossièreté et la violence, comme si l'écrivain préférait jeter un voile discret sur les affres qu'ont pu vivre Sentarô et Tokue, sur ce qui a fait d'eux les êtres qu'ils sont à présent.
Ce qui compte pour Sukegawa, c'est visiblement de dire combien son passé sordide a été utile à madame Yoshii, comment il a fait d'elle cette petite bonne femme attentionnée et méticuleuse, attentive au moindre souffle de la brise, à l'arôme délicat des pétales de fleurs de cerisier ou à la texture soyeuse de la surface de chacun des grains de haricots qu'elle met à cuire dans sa préparation stupéfiante.
La gentille vieille aux doigts crochus qui écoute les ingrédients qu'elle cuisine comme l'ex-taulard qui tient une échoppe de petits gâteaux afin de rembourser une dette sont finalement à l'image de la société japonaise : ils souffrent dignement, en silence, et ne s'épanchent pas sur ce qui les empêche de rayonner. Seuls dans la vie, ils s'y éveillent sur le tard, par la force des choses. Si l'une cherche à en profiter et s'émeut du moindre éclat cristallin du rire des collégiennes qui fréquentent l'établissement, faisant écho à celle qu'elle n'est plus, l'autre ne parvient pas à trouver l'illumination qui lui permettrait de sortir du carcan dans lequel il s'est enfermé tout seul. Insidieusement, une relation maternelle va s'installer entre ces deux-là que la vie a maltraités, et presque oubliés. Car Sentarô, qui a oublié son père en oubliant de se faire pardonner, en a presque oublié de vivre, tandis que Mme Yoshii, au crépuscule de son existence, ne cherche qu'un sens à lui donner et profite de chaque instant passé dans le monde, à pouvoir enfin en faire partie intégrante. L'irruption d'une collégienne aux questions insistantes finira par boucler la boucle, jetant la passerelle manquante entre les générations et réparant les erreurs de l'Histoire.

Un hymne à la sérénité et aux liens qui unissent les êtres et les choses, à ce tissu qui compose l'univers et dont on n'aperçoit que fugacement la trame que propose ce roman qui a été somptueusement adapté à l'écran par Naomi Kawase.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une écriture agréable s'évertuant à retranscrire les moindres doutes et hésitations des protagonistes.
  • Une description savoureuse de certains éléments de la tradition culinaire nippone.
  • Une plongée dans une facette très peu connue de la vie des Tokyoïtes après la guerre.
  • Un rythme doux, presque sensuel, et un style qui s'attache aux sensations, aux parfums et aux émotions.

  • Un personnage principal (Sentarô) qui peut agacer par son inaptitude à prendre des décisions et sa passivité.
  • Un finale sobre et digne mais susceptible de frustrer en ne développant pas l'impact que cela aura sur les personnages.
Coffin Hill
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Une série Vertigo qui flirte avec le polar et le fantastique : Coffin Hill.

Eve Coffin est une jeune policière qui vient juste de mettre fin aux agissements d'un serial killer, s'attirant ainsi la curiosité de la presse. Alors qu'elle retourne chez elle, dans le Massachusetts, elle découvre que deux jeunes gens ont disparu dans les bois où, plus jeune, elle a elle-même vécu une expérience traumatisante.
En effet, lors d'une nuit mémorable mêlant magie, sexe et drogue, quelque chose de terrible s'est déroulé au cœur de la forêt. Quelque chose qui peut vous faire disparaître dans les ténèbres ou vous rendre fou...

Cette série est écrite par Caitlin Kittredge, romancière connue pour ses ouvrages de fantasy mêlant justement polar et magie. Les dessins sont l'œuvre de Inaki Miranda.
Alors que l'on aurait pu s'attendre à un bon gros ratage à la Mercy Thompson, l'on a la surprise de découvrir non seulement une histoire qui tient la route mais également une ambiance tout à fait réussie qui génère frissons, curiosité et cette indispensable envie de tourner les pages.
Si l'aspect graphique est indéniablement séduisant, Miranda installant des décors plutôt impressionnants (crypte, vieille bâtisse, bois brumeux...) et des personnages au look gothique, l'écriture de Kittredge s'avère être d'une efficacité redoutable.


Le personnage principal, sorte de sorcière moderne et futée, est parfaitement campé et l'histoire progresse régulièrement, entre flashbacks et révélations. Bien que l'on rencontre tout ce que l'on pensait être en droit de trouver dans un tel récit (le médecin taré dans l'asile glauque, l'entité effrayante, l'histoire d'amour contrariée...), l'auteur parvient à dépasser les clichés pour livrer une intrigue ingénieuse qui navigue entre enquête policière, secrets de famille et pratiques ésotériques.

Le premier tome en version française, sorti en 2015 chez Urban Comics, se termine sur un gros cliffhanger qui donne envie de découvrir la suite. Même si Coffin Hill ne dispose pas, par exemple, de toutes les qualités d'un Locke & Key (la saga de Hill étant sans doute plus inventive et maniant en plus humour et émotion), l'aspect étrange des lieux et des personnages, le suspense ainsi que la forte teneur en paranormal peuvent quelque peu rapprocher ces deux titres (attention cependant, la magie reste relativement light et "réaliste", à base notamment de potions ou de symboles dessinés sur le sol).
Un récit qui, quoi qu'il en soit, ne fera pas honte au label Vertigo, particulièrement riche en comics de qualité (cf. notamment la partie Vertigo de notre dossier consacré aux encyclopédies comics).



Du sang, des sorts et un peu de sexe.
Un mélange qui n'est pas suffisant en soi pour faire une bonne BD mais qui ici est particulièrement bien employé et dosé.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un style graphique efficace et percutant.
  • De la magie crédible.
  • Aisance narrative évidente.
  • Une héroïne charismatique.

  • Manque une petite touche d'émotion pour briser l'aspect un peu froid de l'ensemble.
Spider-Man loves Mary Jane
Par


Du teen drama sur fond de mythe arachnéen, voilà qui change un peu des aventures traditionnelles du Tisseur ! Voici Spider-Man loves Mary Jane.

Cette série (20 épisodes) a été publiée aux États-Unis de 2005 à 2007 dans la collection Marvel Age, visant donc le jeune public (voire même un public jeune et féminin). Elle a été précédée par deux mini-séries, Mary Jane et Mary Jane : Homecoming, et suivie d'une deuxième saison très courte (5 épisodes).
En France, Panini a publié le début de ce récit (la mini-série Mary Jane) en 2006 dans la collection Marvel Kids. D'une manière vraiment stupide d'ailleurs, car les premiers volumes des Spider-Man de cette collection reprenaient les aventures historiques du Tisseur (issues donc de Amazing Spider-Man) en les modernisant (du moins, en modernisant l'aspect visuel). Le tome #3 de Spider-Man version Marvel Kids est donc en fait en VF le début de Spider-Man loves Mary Jane. C'est pratique comme numérotation hein ? On sent l'inimitable "Panini Touch". Si de nos jours ils foutent des #1 partout pour attirer le lecteur, à l'époque ils faisaient démarrer des nouveautés dans des tomes #3. Des génies.

Mais revenons à l'essentiel. Le scénario est de Sean McKeever (qui avait adapté en comics le film Elektra) et les dessins de Takeshi Miyazawa.
Tout commence alors que Mary Jane rentre chez elle après avoir passé une soirée romantique en compagnie de Harry Osborn. Alors qu'elle est perdue dans ses pensées, quelque chose percute le train dans lequel elle se trouve. Le choc est énorme, d'abord physique, puis psychologique quand elle voit débarquer un cinglé costumé : Électro. Heureusement, Spider-Man intervient. Il n'en fallait pas plus pour que Mary Jane tombe sous le charme du héros masqué...


Alors, attention, pas de sombres complots ou d'intrigues à base de super-vilains ici (même si certains font un passage éclair parfois), mais plutôt bien entendu des problèmes d'adolescents. Flirts, études, petits boulots, sport, cours de théâtres, brouilles et réconciliations sont au menu.
C'est léger mais pas pour autant gnangnan, le tout tournant autour de MJ, Liz Allen, Flash Thompson, Gwen Stacy, Harry Osborn ou Betty Brant, bref, des noms bien connus. Le scénariste se base sur les grandes lignes de l'histoire classique : Flash est une brute qui harcèle Peter (mais qui se révèlera avoir également un côté plus attendrissant), l'on assiste à un chassé-croisé amoureux mêlant Gwen et MJ, l'on voit même Peter accuser le coup lors de la mort de son oncle Ben. L'on reste donc en territoire connu en ce qui concerne le background.

Par contre, bien évidemment, c'est l'aspect relationnel (amical et amoureux) et la psychologie des jeunes personnages qui sont particulièrement creusés. C'est plutôt bien fait (il ne faut cependant pas être allergique au genre) et même souvent drôle. Les premières apparitions de Spidey sont notamment très réussies. Par exemple, alors que Spider-Man ramène MJ chez elle après l'incident du train, il la dépose directement devant chez elle, sans lui demander son adresse (puisque Peter sait très bien où elle vit). Forcément, elle est quelque peu étonnée et lui demande comment il sait où elle habite. Ce à quoi Peter répond, gêné... que cela fait partie de ses super-pouvoirs.


Parmi les personnages secondaires que l'on découvre avec plaisir au fil des épisodes, l'on peut citer Jessica Jones, Luke Cage, Firestar ou Felicia Hardy. De nombreux super-vilains font également une apparition, même si ils ne tiennent pas un rôle déterminant dans l'intrigue : Kraven, Mysterio, l'Homme-Sable, le Shocker ou encore Octopus figurent au casting. 
Précisons également que tout cela est hors continuité, même si les grandes figures du marvelverse sont présentes et que bien des évènements sont proches de ceux de la Terre-616, il s'agit d'un univers parallèle et d'une réinterprétation des personnages, non de leur enfance véritable.

Voyons un peu le dessin maintenant. Le style convient bien à l'histoire et au public visé, mais la qualité de l'ensemble peut aller du très réussi (un pique-nique sur une toile tendue entre deux immeubles, New York de nuit...) au franchement pas terrible (certaines cases semblant un peu bâclées parfois au niveau des visages). La colorisation, elle aussi, est mitigée. Cela va du très joli au franchement criard et trop flashy. Globalement, les planches ont parfois un aspect trop numérique. M'enfin, on s'y fait.

Pour la saison 2, une nouvelle équipe créative prend les commandes. C'est Tony Moore (Strangers in Paradise) qui s'occupe du scénario, et Craig Rousseau se retrouve aux crayons. L'ambiance visuelle change alors complètement, surtout en ce qui concerne les personnages (leurs visages étant radicalement différents). Un temps d'adaptation sera certainement nécessaire. Par contre, en ce qui concerne l'écriture, les thématiques restent identiques (et Moore sait très bien gérer ce genre de relations).

Une série sentimentale sympathique et bien écrite, avec en prime les têtes connues de l'univers arachnéen. À découvrir.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Tout public.
  • Du teen drama bien écrit.
  • Des personnages bien connus employés dans un contexte inhabituel.
  • L'humour.

  • Des dessins de qualité inégale.
Addict
Par



Disparition mystérieuse et journalisme gonzo sont au menu de Addict.

James Renner, l'auteur de ce livre paru l'année dernière en français chez Sonatine, est un journaliste spécialisé dans les affaires de disparition non résolues [1]. Le cas qu'il aborde ici est aussi poignant qu'étrange, notamment parce qu'il concerne Maura Murray, jeune fille sympathique disparue en 2004, mais aussi parce que les éléments troublants voire carrément sinistres sont nombreux dans cette affaire, aussi tragique que passionnante.

Maura est une étudiante de 22 ans, sportive, jolie, intelligente. Elle cumule deux jobs, a un fiancé, sort parfois avec des amis... bref, quelqu'un d'on ne peut plus normal. Le 9 février 2004, en plein hiver, Maura a pris la route en direction du Nord. Il fait déjà nuit lorsqu'elle arrive à Haverhill, New Hampshire. Elle s'engage sur la route 112. Une petite route de campagne desservant quelques fermes isolées avant de se perdre dans l'immensité de la forêt. C'est après un virage serré qu'elle perd le contrôle de sa voiture.
À 19h27, une habitante du coin, alertée par le bruit, appelle la police pour signaler l'accident.
Peu après, Butch Atwood, un chauffeur de bus rentrant chez lui, s'arrête pour porter secours à la jeune femme. Elle va bien, elle n'est pas blessée et refuse son aide, prétextant avoir déjà contacté une société de dépannage. Atwood, qui sait pertinemment que les téléphones portables ne passent pas ici, sait qu'elle ment. Il rejoint sa maison, cent mètres plus loin, et appelle lui aussi la police. Il est 19h43, il vient à peine de quitter Maura.
La police arrive à 19h46. Maura n'est plus là. En quelques minutes, elle s'est évaporée, sans laisser aucun trace.
Elle ne sera jamais retrouvée.

Lorsque l'on commence à s'intéresser à l'affaire Maura Murray, il est difficile de ne pas être à la fois saisi d'effroi et passionné par ce cas de disparition aux nombreuses zones d'ombre. On comprend d'ailleurs parfaitement pourquoi James Renner est devenu "accro" à cette enquête. [2]
Il faut souligner le très bon travail de la traductrice, Caroline Nicolas, qui conserve le style alerte de l'auteur et a très intelligemment ajouté de nombreuses notes expliquant les termes liés aux spécificités américaines.
Mais pourquoi diable ce cas serait-il si passionnant ? Après tout (et malheureusement), les disparitions inexpliquées ne sont pas rares, même en France (plus de 10 000 personnes disparaissent chaque années [3]). Eh bien, il faut dire que tout est réuni pour faire de cette disparition une affaire des plus sulfureuses.

Tout d'abord, la soudaineté de la disparition est intrigante. Il ne se passe pas plus de 4 ou 5 minutes entre le moment où Atwood laisse Maura (qui a refusé d'aller s'abriter chez lui), et l'arrivée du premier véhicule de police. Peut-être moins.
Les spécificités de l'endroit jouent aussi. Nous sommes dans la campagne américaine, au bord de l'immense White Moutain National Forest. Si vous jetez un œil sur Google Earth, vous verrez que c'est très joli... de jour et en été ! De nuit et en plein hiver, c'est beaucoup moins accueillant.
Dans les jours précédant la disparition de Maura, il se passe plusieurs évènements quelque peu étranges. Elle a une crise de larmes après une conversation téléphonique à son travail et tombe dans une sorte de catatonie. Elle a un autre accident, avec la voiture de son père cette fois, en pleine nuit, alors qu'elle a bu et qu'elle revient d'une fête. Le policier qui vient sur les lieux la laisse repartir sans même un contrôle d'alcoolémie.
Tous les aspects bizarres de cette enquête ne sont pas exclusivement liés à Maura ou au lieu de sa disparition. Un grand nombre de personnes pour le moins étranges vont interférer dans les investigations. Un type du coin vient un jour remettre au père de Maura un couteau rouillé dont son frère se serait servi pour assassiner la jeune fille. Un autre taré poste une vidéo glaçante sur le net, pour célébrer l'anniversaire de la disparition de Maura.
Et certains de ses proches ne semblent pas dire tout ce qu'ils savent...

L'auteur, James Renner.

Tout cela forme un parfait thriller, sauf que, contrairement aux bons romans, cette histoire tristement réelle ne trouvera jamais une conclusion. Des tonnes d'hypothèses sur ce qui est arrivé à Maura ont vu le jour. Certaines sont crédibles, d'autres grotesques (il faut dire qu'un nombre incroyable de personnes plus ou moins étranges sont directement liées à cette affaire). Mais pour la famille de cette jeune étudiante, toutes sont horribles, car aucune n'est certaine.
Il y a sans doute également un aspect moral à aborder. L'on pourrait en effet se demander s'il n'y a pas dans la démarche de Renner (et dans celle du lecteur, ne nous dédouanons-pas) une forme de voyeurisme, de fascination morbide. Eh bien... sans doute, en partie. Ce genre d'histoires nous font frissonner parce que nous savons qu'elles sont vraies. Cela plonge un hameçon très efficace dans notre facette noire et peu recommandable, toujours prête à aller vers l'horreur. Mais fort heureusement, il n'y a pas que ça.

D'une part, les familles sont en général toujours très heureuses d'avoir accès aux médias, de voir relayer leurs demandes. Même dix ou quinze ans après une disparition, certains cherchent encore. Seuls.
D'autre part, il ne semble pas inintéressant d'attirer l'attention du grand public sur le nombre astronomique de disparitions quotidiennes inexpliquées, que ce soit aux États-Unis ou de ce côté de l'Atlantique. À notre époque, où les caméras, les portables, les analyses ADN, sont courants, il est tout de même effarant de constater que des gens peuvent disparaître (en milieu rural ou urbain d'ailleurs) sans que l'on soit en mesure d'avoir la plus petite idée de ce qui leur est arrivé.
En cela, Maura est devenue une sorte de symbole, de personnage idéal presque, incarnant nos terreurs les plus indicibles.
Car enfin, comment se relever d'une perte que rien ne justifie ? Comment gérer une absence qu'aucun élément concret ne peut expliquer ? Comment vivre avec ça ?
Le père de Maura, lui, a continué de chercher. Et d'accrocher régulièrement un ruban bleu sur un arbre bordant la route où la voiture de sa fille a été retrouvée.

Quant à Renner, l'auteur de cette enquête, il se met en scène lui-même et dévoile d'étranges "symétries" ou coïncidences. Il a lui-même subi une tentative d'enlèvement étant jeune, sa sœur a été harcelée par un type très louche, son grand-père était un pédophile, et il se passe quelque chose de très troublant (que nous ne dévoilerons pas ici) avec son propre fils... autant dire que l'univers de Renner est noir. Très noir, noir au point qu'il se retrouve dépendant à l'alcool, divers psychotropes et craque au point de séjourner en prison pendant un temps.
Il fait cependant preuve d'une grande honnêteté et d'un rare recul sur ses propres démons intérieurs, tout en conservant pour son récit un découpage et un rythme dignes d'un thriller.

Une plongée spectaculaire dans les ténèbres, en compagnie de prédateurs dangereux et d'odieux salopards.
Attention, on ne ressort pas nécessairement indemne d'une telle lecture. [4]

Le lieu de la disparition de Maura (image Google Earth).


[1] Il s'agit d'un genre littéraire (le "true crime") à part entière aux États-Unis.
[2] Lorsque Renner commence à enquêter sur Maura, il se fait suivre psychologiquement pour des symptômes de stress post-traumatiques, traumatisme survenu après sa dernière enquête, particulièrement glauque, sur une disparition de fillette. C'est dire l'implication de ce reporter, qui ne cache d'ailleurs rien dans ses écrits de son côté sombre.
[3] Le chiffre peut paraître ahurissant, il provient pourtant de sources officielles, notamment du ministère de l'Intérieur. 40 000 personnes sont signalées disparues chaque année en France, 30 000 sont retrouvées. Chaque jour, dans notre pays, ce sont donc plus de 27 personnes qui s'évanouissent dans la nature et disparaissent à jamais... plus d'une personne toutes les heures.
[4] Pour l'anecdote, bien que lisant des romans d'épouvante et des histoires vraies parfois morbides depuis des décennies, c'est le premier livre à m'avoir dérangé au point que j'en fasse un (pénible) cauchemar la nuit suivant sa lecture. C'est bizarrement le fils de Renner qui m'a le plus mis mal à l'aise.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Poignant.
  • De nombreuses informations.
  • Un style fluide et prenant.
  • Une traduction habile.
  • L'implication et la franchise de l'auteur.

  • Certaines parties semblent presque "romancées" tant elles sont... déroutantes.