Neonomicon : quand Alan Moore revisite Lovecraft
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Le panthéon lovecraftien a inspiré bien des auteurs, l'adaptation qu'en fait Alan Moore est probablement l'une des plus abouties à ce jour et a pour nom Neonomicon.

Des meurtres ayant le même mode opératoire mais commis par des individus ne se connaissant pas et n'ayant aucun point commun. Voilà ce sur quoi Sax, un agent fédéral, enquête. Ses découvertes le mènent sur la piste d'un dealer et de ce qui semble être une nouvelle drogue.
Pour diverses raisons, il ne pourra poursuivre ses investigations et d'autres fédéraux vont prendre le relais : Merril Brears, qui se remet doucement d'un problème d'addiction au sexe, et son collègue, l'agent Lamper, quelque peu ennuyé de n'être pas le genre de sa partenaire nymphomane. Ensemble, ils vont se lancer sur la piste d'une secte diffusant du matériel pornographique très... spécial.
Peu à peu, les éléments d'un gigantesque puzzle se mettent en place, comme si tout avait un rapport avec les écrits de H.P. Lovecraft.
Pour les agents du FBI commence alors une rencontre avec l'indicible.
Car quelque part, quelque chose rêve. Et attend.

Voilà probablement l'un des meilleurs titres de la collection Urban Indies. Mais commençons par le début. Si H.P. Lovecraft a accédé à la célébrité, ce n'est pas tant pour ses qualités d'écrivain - son style restant assez lourd et ses personnages peu creusés - que pour le panthéon qu'il a bâti. Le mythe a depuis continué de fasciner, que ce soit au travers des œuvres d'autres auteurs ou grâce au célèbre jeu de rôle, L'Appel de Cthulhu. Parfois, des tentatives d'adaptation BD ont vu le jour, notamment Les Montagnes Hallucinées, publié chez Akileos, et qui souffrait d'un défaut rédhibitoire : un graphisme aseptisé qui, par sa ligne claire très naïve, avait du mal à rendre effrayants ou même crédibles des lieux pourtant décrits comme imposants et terrifiants, avec force superlatifs, par Lovecraft en personne.

En effet, s'il y a quelque chose que l'on attend d'un comic dont l'intrigue prend sa source dans les eaux lovecraftienne, c'est bien qu'il inspire autre chose qu'un intérêt poli. En présence de créatures immondes, de lieux insensés, l'on se doit de frissonner, d'être mal à l'aise, tendu...
Et cela, Alan Moore l'a parfaitement compris, et il le prouve en signant un scénario intelligent et percutant (cf. également la série d'article consacrée à Providence). L'on savait l'auteur capable de prouesses (comme Watchmen ou From Hell), il se révèle ici au moins aussi habile que sur ses comics les plus cultes.
Le récit est magnifiquement construit, réservant des surprises de taille et une réelle montée en puissance (au point qu'il a fallu ruser pour ne rien dévoiler de crucial dans le résumé qui ouvre cet article). Ensuite, l'essentiel est là : peur, dégoût, suspense, horreur... et même quelques petites pointes d'humour qui ne sont pas liées à Lovecraft mais permettent de souffler un peu de temps à autre.


Moore, en vieux briscard, conserve l'ambiance du mythe (tout peut rapidement tourner à l'étrange et à l'épouvante la plus viscérale) tout en permettant aux personnages d'y faire référence régulièrement. Il ne se contente pas d'adapter l'une des nouvelles de Lovecraft, ni même d'emprunter son bestiaire, mais il modernise l'ensemble, le redéfinit, lui donne un nouveau sens, aussi inattendu qu'inquiétant.
Bien sûr, pour que la magie opère, il fallait un dessin à la hauteur. C'est Jacen Burrows (ayant officié sur Crossed) qui s'est attelé à la tâche. Le pari est parfaitement réussi, et ce à plus d'un titre. Tout d'abord, le monde "réel" est très bien représenté, dans un style réaliste et détaillé qui donne beaucoup de cachet à certains lieux qui se devaient à la fois de paraître banals et inquiétants, corrompus, presque sur le point de basculer dans une autre réalité. Ensuite, l'aspect "surnaturel" est parfaitement traité : lieux, créatures ou hallucinations sont rares mais d'autant plus marquants. Certaines scènes sont particulièrement efficaces et stressantes, la menace n'étant dévoilée que peu à peu pour aboutir à une horreur que l'on soupçonnait, qui est d'ailleurs toujours latente, mais dont on parvient à se délecter tant elle sert le propos et reste baroque.

L'on en vient ici à un aspect important : le niveau de violence et de perversion. Contrairement à certains comics particulièrement gore, les auteurs ne sont pas ici dans l'excès. Bien entendu l'on voit du sang, des membres arrachés même parfois, mais le plus dérangeant reste ce qui est suggéré. Voire ce qui est dit, les dialogues étant pour beaucoup parfois dans le malaise (totalement voulu) qui est suscité.
Tout cela destine cette histoire à un public adulte. Représenter l'horreur décrite par Lovecraft, dans toutes ses dimensions, accouplements contre-nature compris, nécessitait de rendre certaines planches très explicites. Le sexe est ici violent, pervers, mais finalement justifié : non seulement le voyeurisme est peu présent, mais Moore s'offre également une sorte de petite analyse psychologique, ayant pour but Lovecraft, qui pourrait se lire comme une tentative d'auto-analyse inconsciente. Car après tout, l'absence de sexe (sous une autre forme que le symbole) chez Lovecraft, aussi bien que sa débauche malsaine ou presque systématiquement déviante chez Moore (une analyse de l'œuvre de Moore dans son aspect sexuel serait assez intéressante et révélerait une approche très particulière, même dans ses comics les plus "soft") semblent révélatrices d'un rapport au sujet pour le moins peu serein, licence poétique mise à part.

Pour résumer, nous sommes là en présence d'un récit astucieusement construit, revisitant intelligemment le mythe développé par Lovecraft et le sublimant même au travers de dessins efficaces mais finalement peu racoleurs.
Magistral.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le mythe créé par Lovecraft, parfaitement employé.
  • Un scénario d'une rare maîtrise, qui va jusqu'à mettre au cœur de l'histoire sa propre source d'inspiration.
  • Des dessins parfaitement adaptés à l'ambiance gothique et glauque.
  • Une tension constante et de véritables scènes choc.
  • Une horreur malsaine qui fait son petit effet mais a le bon goût de n'être pas trop explicite.

  • Attention, à réserver à un public averti et adulte.
Spider-Man : Blue
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La Saint Valentin a un sens bien spécial pour ce vieux Tisseur, c'est ce que nous allons constater dans l'excellent Spider-Man : Blue.

Le 14 février est une date particulière pour Peter Parker. C'est l'occasion pour lui de se souvenir de Gwen Stacy. Il se débrouille pour aller discrètement jeter une rose du haut d’un pont… "le" pont. Celui qui a coûté la vie à son premier amour. C'est à partir de ce rituel mélancolique et d'un gros coup de blues que Jeph Loeb, au scénario, et Tim Sale, aux dessins (le tandem de Batman : The Long Halloween), vont revenir sur un moment crucial du passé de Spidey, si crucial qu'il fait partie des éléments fondateurs du mythe de l'Araignée.
Les titres de cette mini-série, publiée aux débuts des années 2000 (et en 2006 en France, dans la collection 100% Marvel), sont éloquents : My funny Valentine, Let’s fall in love, Anything goes, Autumn in New York, If i had you et All of me. C'est donc plus de sentiments que de castagne qu'il sera question ici.

Cependant, les auteurs parviennent à rendre ce retour en arrière agréablement nostalgique, avec des scènes d'une émotion intense qui prennent aux tripes. Par exemple, les quelques mots d'une Mary Jane, ayant compris ce que Peter s'apprêtait à faire, et qui lui demande alors de "passer le bonjour à Gwen" et de lui dire qu'elle lui manque aussi. Impossible de ne pas avoir les yeux qui piquent à ce moment-là. Voilà sans doute la magie véritable des livres et des bons sorciers qui les écrivent : créer de véritables émotions à partir d'un peu de papier et d'encre...

Visuellement, le style de Sale est particulièrement efficace. Les covers sont fort jolies, les dessins, un peu rétro et parfaitement colorisés, installent une ambiance douce-amère. Les planches sont habilement composées et contrastées, avec d'élégants aplats. C'est un réel plaisir de s'attarder sur certaines planches, qu'elles montrent un Tisseur se baladant au-dessus de la ville, un kiosque à journaux ou une balade en moto. On frise la perfection.


Le récit, utilisant habilement des moyens originaux mettant le lecteur au centre des souvenirs d’un Parker désabusé et profondément sincère, est simplement l'une des plus belles histoires de Spider-Man. D'ailleurs, pour ceux qui s'inquièteraient du côté un peu trop sentimental de cette mini-série, sachez que les super-vilains et les combats font tout de même leur apparition. L'on a notamment droit à des bastons, très esthétiques, avec le Bouffon Vert, le Rhino, le Lézard, le Vautour et Kraven. L'on peut même noter une apparition éclair d'Octopus et du Scorpion, ce qui constitue un tour relativement complet des principaux ennemis historiques du Tisseur.

Ces moments "super-héroïques" alternent avec des scènes de la vie quotidienne, où l'on retrouve Mary Jane, Gwen ou encore Flash Thompson (dans des flahbacks notamment). Et là encore, c'est particulièrement bien écrit.
Parker a tellement l’habitude de pleurnicher et de jouer au poissard de service qu’il faut être réellement inventif pour nous faire, encore, nous apitoyer sur son sort de super-héros malchanceux. Et ces deux bougres y parviennent. Non pas en ressassant un Spidey enivré de doutes et de misères passées, mais en montrant le regard, adulte et dur, d’un homme qui se retourne sur sa jeunesse et apprend à accepter ce qui a changé et ne reviendra plus. Ce ne sont plus des jérémiades mais bien un constat, comme un baume sur une blessure qui devait, enfin, en finir de saigner et devenir une belle et fine cicatrice.

Si Marvel a réussi une chose en plusieurs décennies d’histoires, c’est bien celle-là : ne jamais ressusciter Gwendolyn (enfin, presque jamais). Car, au final, et malgré la colère des fans à l'époque, la mort de Gwen a fait plus pour l’identification et la fidélisation au héros que n’importe quel combat. Spider-Man, le vrai, celui des comics, nous ressemble car, quoi qu’il arrive, il a perdu Gwen comme nous avons nous-mêmes perdu notre innocence ou d’autres choses. Il est certes dangereux de jouer avec ce côté humain des héros, mais il serait suicidaire de ne point le faire. Marvel réussit parfois cet exploit d’allier pouvoirs et fragilité, costumes ridicules et émotions bien réelles, irréalité des combats et sincérités des sentiments. C'est ici le cas.


Blue aurait pu être la mini-série de trop dans le genre "Spidey déprime", loin de là, Loeb et Sale parviennent à magnifier cette tragédie et à en faire un drame d'une justesse et d'une beauté incomparable. Car si l'on avait souvent vu Peter être malmené ou déprimer, personne n'avait encore à ce point sublimé son spleen. Le Monte-en-l'air a remisé ses vannes pour un temps. Il est hanté par l'image de Gwen. Par son absence. Si perdu qu’il en vient à confier son histoire à un simple dictaphone. Juste pour qu’une trace persiste. Une trace de l’indicible. Une trace de ce qu’il ne peut confier à personne, et surtout pas à ceux qu’il aime. Une trace de ce qui n’est plus et que jamais, personne, ne pourra remplacer.
Ce n’est plus une question d’amour, de compréhension, c’est au-delà de tout.

Certains béotiens considèrent encore les comics comme des BD bas de gamme, de l'art au rabais pour les gamins et les demeurés. Voilà un livre qui pourrait bien les faire changer d'avis. Il suffit de tourner ces pages pour se rendre compte qu'il y a, dans ces quelques dessins, bien plus que ce qu'ils semblent représenter. Ce n'est pas seulement un peu de papier. C'est un endroit où les larmes ruissellent sans irriter la peau. Où la lumière coule sans éblouir. Où la mort de Gwen a un sens. Où une MJ nous consolera. Où Spider-Man n'affronte pas seulement des criminels mais aussi ses propres démons.
L'on aurait pu croire que Gwen Stacy était un faire-valoir, un pâle souvenir, un poids mort. C’est tout le contraire. Elle est de ces pertes qui font avancer. Elle est de ces faiblesses qui se transforment un jour en force, lorsqu’on a le courage de les regarder vraiment. Elle est de ces choses qui, plus que jalonner un chemin, le façonnent. Il fallait bien deux auteurs de génie pour lui rendre ce bel et vibrant hommage.

Une lecture absolument indispensable pour tous les fans du Tisseur.
Et même pour ceux qui le sont moins.


Spider-Man, sous la plume de Jeph Loeb.

— Chaque année, le jour de la Saint Valentin, je viens à cet endroit. Discrètement. Personne n'est au courant. C'est pour me souvenir d'une femme qui comptait tellement pour moi que je voulais passer ma vie avec elle. J'ignorais qu'en fait, c'était elle qui allait toujours rester à mes côtés.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un récit poignant et riche en émotions.
  • Visuellement sublime.
  • Une magnifique ode à un personnage mythique.
  • Un beau panel de super-vilains.
  • RAS.
La Parenthèse de Virgul #18
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Salut les Matous ! Au menu de cette Parenthèse, l'un des super-héros les plus puissants du Marvelverse. Et un joli coup de bluff éditorial.
Miaw !

Schizophrène et Surpuissant
Sentry est un puissant surhumain ayant combattu notamment aux côtés des Fantastic Four il y a de nombreuses années. Sentry, c'est aussi un coup de génie éditorial qui a consisté à faire croire pendant un temps que ce nouveau venu était en fait une vieille création de Stan Lee qui serait restée dans les tiroirs. Par la suite, les scénaristes, Paul Jenkins (son véritable créateur) en tête, ont largement joué sur cet aspect en écrivant son passé et ses origines dans un style très années 60.
Sentry, alias Robert Reynolds dans le civil, va rapidement prendre une place non négligeable dans le marvelverse. D'abord au sein des New Avengers, puis aux côtés des Dark Avengers de Norman Osborn. Sa toute-puissance est néanmoins un problème de taille. Pour pallier cet inconvénient, Jenkins l'a doté d'une psyché fragile et d'une schizophrénie galopante qui donnera naissance à Void, une sorte de personnalité alternative et maléfique. Ce brave Reynolds, qui aurait pu être un atout imparable, devient ainsi une source d'inquiétude constante pour les équipes qui l'emploient. Cette menace intérieure est fort bienvenue car le problème numéro un d'un tel personnage reste sa trop grande puissance. Le type dispose d'une force si phénoménale qu'aucun vilain ne peut réellement se mesurer à lui. On le voit lors de l'évasion massive du Raft où Sentry prend Carnage sous le coude et va le... déchirer (littéralement) dans l'espace, comme si c'était un simple post-it ! (cf. la scène #2 de notre Anthologie des Combat Marvel).

C'est ensuite Brian Michael Bendis qui va considérablement faire évoluer le personnage (dans le mensuel français Dark Reign publié par Panini). Dans un premier temps, le scénariste va encore augmenter le niveau de puissance de Sentry démontrant qu'il peut maintenant contrôler la matière ! C'est d'ailleurs lui qui sauvera ses coéquipiers, bien mal en point, en réussissant à vaincre l'Homme-Molécule. Bob, qui était déjà quasiment invulnérable, qui pouvait voler, cramer un type rien qu'en le regardant ou traverser une montagne de part et d'autre sans même être décoiffé, ajoute donc encore une corde (et pas des moindres !) à son arc déjà bien chargé.
Ce sont pourtant les origines du gaillard, complètement revues, qui vont apporter une réelle surprise. Exit le sérum découvert par hasard et la transformation accidentelle, tout cela n'était que du vent destiné à impressionner le grand public, la vérité est bien plus douloureuse : Reynolds est un junkie. C'est en cherchant de la drogue que, ce jour-là, il s'est envoyé le contenu du fameux tube à essai, déclenchant par la même occasion ce qu'il est permis d'appeler un "trip ultime".

Bendis va en profiter pour s'interroger sur la signification de pouvoirs aussi immenses que ceux de Sentry. Après tout, l'on a l'habitude de dire qu'il détient la puissance d'un million (ou d'un millier suivant les auteurs et les traductions) de soleils qui explosent. Mais, pour un être humain, qu'est-ce exactement que la puissance même d'une seule étoile ?
Toujours sur ce mode interrogatif, Bendis va également évoquer la personnalité profonde des super-héros et laisser entendre très clairement que pour contrôler un tel pouvoir, il faut des êtres d'exception, des hommes à l'intégrité exceptionnelle, des... héros. Le "super" est accessoire, il vient bien après. L'héroïsme habitait Steve Rogers, Peter Parker ou Reed Richards bien avant qu'ils ne reçoivent leurs pouvoirs. Reynolds, lui, ne possède pas cette envergure, cette abnégation véritable. Du coup, cela fait de lui un "super-quelque-chose", mais pas un super-héros.
Outre cette intéressante réflexion sur la capacité à gérer l'ingérable, l'auteur va ensuite développer une passionnante thématique sur la nature mystique et métaphysique des pouvoirs de Sentry. Linda, la femme de Reynolds, s'interrogera ainsi sur l'humanité de son mari. Elle, qui le connaît bien, finira même par admettre qu'elle suppose que son incroyable énergie a quelque chose de "biblique".
L'on va ensuite encore plus loin dans le symbolique puisque Sentry, après avoir traversé la distance qui nous sépare du soleil, tente, désespéré, de se suicider. Il se tient devant l'astre, source de vie, contenant une puissance si phénoménale et si ancienne qu'il nous est difficile de se l'imaginer, et brûle avant de se reconstituer presque immédiatement. Or, si même le soleil ne peut venir à bout d'un homme, est-il encore vraiment raisonnable de ne le considérer que comme un homme ?
Bref, un super-héros passionnant que les scénaristes se doivent de manipuler avec précaution...

Au niveau des ouvrages VF consacrés au personnage, l'on peut citer les deux tomes parus en 100% Marvel (regroupant 10 épisodes) et les Marvel Mega Hors Série #26 et #27 (regroupant 8 épisodes). Tous ont été scénarisés par Paul Jenkins.

Des covers "rétro", permettant de conforter l'idée que Sentry est un personnage méconnu du Silver Age.


Sentry : de quoi impressionner les plus costauds des super-vilains !

Aquaman version New 52
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Petit détour par l'univers marin et le personnage le plus mal-aimé de DC Comics : Aquaman.

Lorsque les habitants de Beachrock sont attaqués par d'étranges créatures venues du fond des mers, l'adjoint du shérif se tourne tout naturellement vers Aquaman afin de trouver une parade.
Le héros accepte bien volontiers d'apporter son aide, d'autant qu'il a décidé de renoncer au trône d'Atlantis et, avec sa compagne Mera, de protéger la côte.
Tout le monde ne voit cependant pas d'un bon œil son intervention. Outre la circonspection des autorités, Arthur Curry doit faire face à une opinion publique qui ne le comprend pas ou le considère comme une curiosité.
Mais si la terre réserve son lot de mauvaises surprises à Aquaman, la mer n'a pas non plus livré tous ses secrets. Dont sans doute le plus important : le mystère entourant la disparition de l'Atlantide...

Ceux qui connaissent The Big Bang Theory doivent se souvenir d'un épisode où la petite bande se rendait à une fête costumée et dans lequel Raj, tout à son désespoir de n'avoir pu se déguiser en un autre super-héros, proclamait : "Aquaman sucks !"
Il est vrai qu'un type qui communique télépathiquement avec les sardines, cela peut prêter le flan aux railleries. Et le look du héros, plus kitsch que la moyenne, n'aide pas trop non plus à faire bonne figure aux côtés d'un Batman ou d'un Green Lantern. Le souverain d'Atlantis a donc acquis une réputation de cinquième roue du carrosse, à plus forte raison en France où il faut bien reconnaître qu'il est loin d'être franchement populaire.

Pour Urban Comics, qui publiait en septembre 2012 un premier recueil contenant les épisodes #1 à #6 de la nouvelle série du héros (issue du relaunch/reboot général des titres DC), il s'agissait donc d'un pari osé mais basé sur un fait indéniable : cette série, à l'instar de Catwoman par exemple, est particulièrement réussie.
Ce qui fait l'intérêt d'une histoire, ce n'est pas tant le personnage que la manière de le mettre en scène. L'on peut faire de la daube avec Batman ou Spider-Man, et, au contraire, réussir un coup de maître avec un perso secondaire ou totalement nouveau (Jessica Jones, dans Alias, est l'exemple parfait de série excellente pourtant basée sur une parfaite inconnue). En prenant en main le scénario d'Aquaman, Geoff Johns démontre une nouvelle fois que, avec un peu de talent, l'on peut rendre attractif même un type qui s'habille en orange et vert.


Ce n'était pourtant pas gagné d'avance tant cet auteur peut se montrer inégal (cf. ses très bonnes prestations sur Green Lantern, Flash ou Superman, mais aussi un Blackest Night décevant, un Olympus vide de tout intérêt ou un très net manque d'inspiration sur Avengers). Ici, heureusement, Johns est en forme.
Première bonne idée, l'auteur a intégré la "mauvaise réputation" du personnage à son récit. Aquaman doit faire face aux quolibets, aux doutes sur ses capacités et aux réflexions désagréables (un importun ira même jusqu'à lui demander ce que cela fait de n'être le super-héros préféré de personne). Attention, il n'en fait pas un pitre ou un personnage comique, au contraire, Arthur a de la prestance, une morale digne de Supes et des pouvoirs qui vont bien au-delà de la communication avec la friture. Mais il est confronté à une image détestable (ou au moins "brouillée") et à la tendance, très humaine, du jugement facile.

Deuxième aspect réussi, l'intrigue repose non seulement sur un thème intéressant, posant mine de rien un problème moral fondamental, mais aussi sur le mystère, très bien amené, de la disparition de l'Atlantide. Le mélange entre petits problèmes, quasiment quotidiens, rondement menés, et quête plus fondamentale est parfaitement dosé.
Enfin, troisième point, peut-être le plus important, le récit est accessible et Johns parvient à dresser un portrait relativement complet d'Aquaman (passé, pouvoirs, caractère, connaissances...) sans pour cela donner l'impression de nous refaire une énième fois le coup des origines revisitées.
La partie graphique, assurée par Ivan Reis et Joe Prado, est quasiment irréprochable, si ce n'est peut-être une Mera qui n'est pas toujours à son avantage (elle a parfois une drôle de tête, mais bon, rien de très méchant). Pour ce qui est des décors, des scènes sous-marines ou des poses qui "claquent", là, pas de souci, on en a pour son argent. Quant à la colorisation, elle est parfois tout simplement magnifique.

De belles planches, une introduction du personnage très habile, une thématique intéressante, un brin d'humour, voilà largement de quoi faire mentir ce brave Rajesh et réhabiliter un personnage dont le charisme, grâce à cet ouvrage, fait un grand bond en avant.
Signalons que ces épisodes ont été réédités cette année dans le premier volume de l'Intégrale Aquaman.

Une initiation aquatique attractive.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Visuellement superbe.
  • Une écriture habile qui se sert des critiques vivant le personnage.
  • Accessible.
  • Une thématique intéressante.
  • L'humour.

  • Bon, OK, ça reste un type qui parle aux poissons...
Pop Science #4 : La Gravité
Par
La Gravité

— Hey Virgul ! Alors, ça farte ?
— Miaaaaw ! Tu m’as réveillé en sursaut prof ! Et en plus, à cause de toi, j’ai chu.
— Tu as chaud ?
— Non, chu.
— Le personnage de Beyblade ?
— Mais non enfin, chu ! J’ai chu. De mon hamac. Koff, koff…
— Ah, du verbe choir.
— Koff, oui… argh…
— Tu t’étouffes, maintenant ?
— Non, koff… je dois déglutir une pelote de poils que j’ai débloquée grâce à toi. Enfin, à cause de la chute que tu as provoquée.
— Désolé, je n’ai pas fait exprès... Pour me faire pardonner, tu veux que je te donne deux ou trois explications ?
— Au point où j’en suis, je suppose que c’est râpé pour ma sieste de toute façon.
— Alors tout d'abord, il faut que je te dise que si tu avais été un éléphant ou une souris...
— Une souris ? Moi ? Ne sois pas insultant s’il te plait, je suis de la noble race des félins.
— C’est une supposition, ne te formalise pas.
— Admettons. Mais je n’aime pas bien ça.
— Bref, si tu avais été un éléphant donc, ou une… ou quelque chose de plus petit, eh bien tu aurais atteint la même vitesse au moment de l'impact. Peu importe ta masse.
— Ah ben ça me console bien de m’être fait mal au cul…
— Heu… oui, bon. Donc, la pelote de poils qui résidait dans tes entrailles seraient remontée en ressentant la même force fictive, peu importe ta masse. D'ailleurs c'est Galilée qui a mis ce fait étonnant en évidence en faisant rouler des boules de masse différentes sur un plan incliné.
— Force fictive, force fictive… mes fesses l’ont bien sentie, elles ! Et je croyais que cette expérience avait été réalisée en faisant tomber deux objets de masses différentes de la tour de Pise, en Italie.
— Non, ça c'est un peu fake, il l'a peut-être fait pour déconner ou assommer quelqu'un, mais en réalité, les mesures précises étaient effectuées en labo sur des plans inclinés !
— Si même à cette époque il y avait des fakes, on ne s’en sort plus…
— Je continue : si tu es dans l'espace et que tu tournes autour de la terre en effectuant une orbite circulaire, eh bien tu auras l'impression de flotter dans l'espace, et ton voisin aussi.
— J’aurais préféré flotter quand tu m’as réveillé, ça m’aurait évité la rencontre brutale avec le sol de ton labo.
— Quelle idée aussi d’installer un hamac ici, voyons !
— Hé, j’en ai besoin, je suis un chat évolué, moi. Je ne vais pas dormir dans un panier !
— En tout cas, si tu t’intéresses un peu à la gravité, j'ai fait quelques vidéos pour toi ! Celle-ci, toute simple, qui critique un peu le film Gravity en expliquant tout ce qui n'est pas réaliste scientifiquement. Et si tu es courageux, celle-ci, dans laquelle je détaille un peu plus les choses à l'aide de quelques équations.
— Bon, c'est parti ! Et si c'est trop compliqué, au moins ça m'aidera à me rendormir.


Dossier Robert Kirkman
Par

Publication de notre nouveau dossier consacré cette fois au scénariste Robert Kirkman.

Voilà l'occasion de revenir sur des titres comme Invincible, Haunt ou encore le très caustique Battle Pope, mais aussi de découvrir une version très spéciale de The Walking Dead !

Pour accéder à tout cela, il suffit de se rendre dans notre rubrique Dossiers, ou de cliquer sur l'image ci-dessous.
Enjoy !



Le Punisher de Garth Ennis
Par

Le Punisher est déjà un personnage violent et borderline, mais sous la plume de Garth Ennis, Frank Castle atteint des sommets inégalés.

Si vous aimez Garth Ennis, auteur aussi trash qu'intelligent, qui a fait ses preuves sur des séries mythiques telles que Preacher, The Boys ou même la moins connue La Pro, l'on ne peut que vous conseiller de vous ruer sur les 13 tomes de la collection Max (un label Marvel qui se veut plus adulte et violent que les séries classiques) regroupant son run sur le titre The Punisher.

Les différents récits, souvent très violents, méritent pleinement le "pour lecteurs avertis" arboré sur la couverture. Le malaise s'installe dès le début, prend aux tripes et ne lâche plus le lecteur, fébrile et tremblant.
Ennis donne par exemple dans le médical lorsqu'il fait opérer un trafiquant par Castle, ce dernier lui sortant les boyaux sous anesthésie pour lui montrer que, de toute façon, il parlera. Il donne dans le non politiquement correct et viole tous les codes de l'honneur lorsqu'il fait bastonner à mort une femme par ce Punisher qu'il veut décidément intraitable. Il fait dans le feu de joie, enfin, lorsque Frank vide un bidon d'essence sur un type attaché à une chaise puis l'allume tout en filmant la scène en guise d'avertissement.

Si vous pensez que le camp des "bons" doit se composer de gentils bisounours, vous n'en trouverez pas chez Ennis. Même ses flics sont racistes, homophobes, pourris jusqu'à l'os, digne reflet d'une société nauséabonde où les valeurs les plus morales ont disparu. Le monde d'Ennis est sale. Il pue. Il transpire la douleur et la haine. Et lorsque les taches de sang disparaissent sur le trottoir... c'est qu'elles ont été détrempées par les larmes. Mais dans ce monde si effrayant, il reste une justice. Une justice qui exige que ceux qui la rendent se salissent autant les mains que les criminels.


Les inconditionnels du Punisher en ont ici pour leur argent. La violence est portée à son paroxysme, le lecteur étant partagé entre la volonté de vengeance et le dégoût face à des méthodes qui nous renvoient à nos pires démons et à quelques interrogations dont sans doute la plus importante : à force de le regarder, quand donc l'abîme finit-il par nous voir et plonger en nous ? Nietzsche n'est pas loin. La monstruosité non plus. Et c'est tout le dilemme, laisser les monstres agir en toute impunité ou devenir un monstre soi-même pour les combattre.
Forcément, pour faire jeu égal avec quelqu'un de la trempe de Castle, il faut du répondant en face. Ennis va ainsi créer un adversaire à la mesure du Punisher avec Barracuda, un tueur bien badass que l'on découvre dans le tome #7 et qui aura même droit à un arc lui étant pleinement réservé dans le tome #10 (cf. la scène #36 de notre Bêtisier Marvel pour avoir un aperçu du style du bonhomme). Leur confrontation finale (et titanesque) aura lieu dans le tome #12, qui va encore plus loin dans la surenchère en mettant un gamin innocent au milieu des coups de hache, amputations et autres morsures bien placées.

Niveau dessin, divers artistes se partagent la réalisation des planches de la série. L'on peut citer Darick RobertsonLan Medina, Leandro Fernandez, Howard Chaykin ou encore Goran Parlov. Ce dernier utilisera habilement a plusieurs reprises les visages de certains acteurs célèbres (Morgan Freeman, Christopher Walken...) pour incarner certains protagonistes.
Il faut dire que du côté des personnages, le casting s'avère varié et corsé : une ancienne star du X (détentrice du record du plus grand nombre de doubles anales en 24h, ce qui lui fera dire, d'une élégante manière, qu'elle n'a "plus jamais chié solide après"), un prêtre pédophile, le fils hémophile et rachitique d'un caïd du milieu, un clan de veuves vengeresses, des talibans, des communistes, bref, une belle galerie, complétée par des seconds couteaux tous plus lâches et dégoûtants les uns que les autres.
Pour les petits ratés visuels, ils sont presque tous dus à Chaykin (qui n'est heureusement pas l'illustrateur qui intervient le plus souvent sur la série). Si l'on peut encore passer sur les traits épais et patauds des visages, il est difficile d'excuser certaines maladresses plus graves, notamment des erreurs de proportions assez énormes.


La grande conclusion du run d'Ennis est malheureusement un peu décevante, l'auteur versant dans une facilité morale et un manichéisme qu'on ne lui connaît habituellement pas.
Ce dernièr récit voit le Punisher affronter des généraux corrompus et se frotter à la Delta Force. Le final apporte une réelle conclusion et se fait, parallèlement, sur fond de guerre du Vietnam, les planches étant entrecoupées par des extraits d'un livre (imaginaire) traitant de cette guerre et du Punisher. Évidemment, il faut voir là un parallèle avec des conflits plus actuels, et notamment une condamnation du complexe militaro-industriel et de certaines sociétés (Halliburton étant même citée ouvertement). Le début de réflexion proposé par Ennis s'avère cependant étonnamment simpliste et convenu.
Au milieu de toutes ces digressions se voulant philosophiques, Castle surnage néanmoins. Il a abandonné le questionnement et a choisi son camp. Il est la plénitude, la Justice dans ce qu'elle a de plus orgasmique. Il a choisi de protéger les innocents plutôt que de trouver des excuses aux criminels. Et en tuant, il sauve des vies. C'est un monstre. Mais un monstre avec une éthique, un code de l'honneur, une morale.

Corsé, brutal, bourré de testostérone et sans tabou, le Punisher est ici transcendé par un scénariste qui utilise la violence et le côté cru de ses dialogues pour enrober une réflexion bien plus violente encore sur l'humanité. Un comic noir et lucide, à conseiller aux lecteurs réellement "avertis".



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un ton sombre et mature.
  • De très nombreuses scènes osées.
  • Une violence non aseptisée et utilisée à bon escient.
  • Une savoureuse galerie de personnages.

  • Les maladresses graphiques chroniques de Chaykin.
L'Auteur et ses Droits
Par

UMAC parle d'œuvres, d'auteurs et d'éditeurs depuis très longtemps. Nous comptons également parmi nous des artistes qui, eux aussi, sont soumis aux lois actuelles, aux pratiques constatées et aux idées reçues. Aussi, il nous a semblé que faire un point sur les droits d'auteur pouvait être utile.

Bien souvent, l'on trouve sur le net des textes très précis mais peu clairs car rédigés dans un jargon abscons ou encore de vagues affirmations plus ou moins exactes. Pour ne pas dire trop de bêtises, nous avons fait appel à un avocat spécialisé dans les droits d'auteur qui a accepté de relire notre article et de nous apporter quelques précisions. Nous tenons d'ailleurs à chaleureusement le remercier pour son aide et ses remarques pertinentes.
On commence ? Allez !


1. J'ai écrit un roman/un scénario, seul, sans l'aide de quiconque et hors d'un cadre professionnel.

Vous êtes donc devenu auteur et bénéficiez à ce titre de droits, sans avoir besoin d'accomplir de démarches particulières. Sympa, non ?
Bon, attention quand même, le droit d'auteur ne protège que les œuvres originales. Il faut donc qu'il y ait un effort de création qui puisse démarquer l'œuvre de ce qui existe déjà.
De plus, l'on ne peut pas protéger une idée ou un concept, seulement sa mise en forme (mais l'on y reviendra plus loin).


2. Alors, cool, j'ai des droits, mais quels sont-ils ?

Le droit d'auteur se divise en deux domaines distincts. Voilà qui complique un peu la chose mais, vous allez voir, cela reste très compréhensible.
En France, donc, le droit d'auteur comprend :
- le droit moral
- les droits patrimoniaux

Pour faire court, le droit moral est inaliénable, imprescriptible et incessible. Il n'y a donc pas de limite de temps et vous ne pouvez pas non plus céder ce droit à quelqu'un d'autre. Le droit moral garantit l'intégrité de l'œuvre et le respect de la paternité de son auteur.
Dans certains pays, comme les États-Unis, où s'applique un système différent, dit du "copyright", les auteurs peuvent renoncer à l'ensemble de leurs droits. En France c'est juridiquement impossible, le droit moral ne pouvant faire l'objet d'une renonciation.

Les droits patrimoniaux sont plus pragmatiques et recouvrent les droits de reproduction et de représentation de l'œuvre. L'on parle parfois de "droits d'exploitation" car ce sont eux qui permettent l'exploitation commerciale de ce que vous avez écrit.
La grosse différence par rapport au droit moral vient du fait que les droits patrimoniaux peuvent être cédés, pour une durée et une portée territoriale librement définies par le cédant (autrement dit, vous).
Une fois ces droits éteints, généralement 70 ans après le décès de l'auteur, l'œuvre tombe alors dans le domaine public.

Le domaine public désigne l'ensemble des œuvres intellectuelles dont l'usage n'est plus protégé par la loi. Par contre, le droit moral s'applique encore. L'on ne donne par exemple plus d'argent à John Smith ou ses ayant-droits si l'on édite ses écrits, mais son nom doit être spécifié sur la couverture des livres et le texte doit demeurer inchangé.


3. Bon, OK, si on parlait pognon ? Combien je serai payé ?

Pas beaucoup ! Environ 10% du prix hors taxe de votre roman en moyenne (et même plus probablement 8% pour le premier palier). Donc un euro et des brouettes pour chaque exemplaire vendu dans le commerce à 20 euros l'unité.
En vendant 10 000 exemplaires par an, ce qui est déjà énorme et exceptionnel (cf. cet article), vous aurez donc l'équivalent d'un petit salaire mensuel, sans les avantages d'un salarié. Et avec quelques soucis parfois en prime. Par exemple faire comprendre à l'administration que vous n'êtes pas chef d'entreprise (oui, c'est du vécu).

Bien entendu, ces 10% s'appliquent dans le cadre d'un contrat à compte d'éditeur. Attention donc, par les temps qui courent, à ne pas tomber dans le piège tendu par certaines micro-structures qui sont plus attirées par l'argent des auteurs plein d'espoir que par la qualité réelle et le potentiel de leurs créations. Un véritable éditeur ne vous demandera jamais d'argent pour vous publier, quel que soit le motif fallacieux avancé.
Reste la solution de l'auto-édition, réelle mais qui devrait rester une exception tant elle implique un gros investissement en temps, de réelles connaissances et une rétribution hasardeuse. N'importe qui avec un peu d'argent peut faire imprimer une œuvre, mais la diffuser, c'est autre chose [1].


4. Heu... j'ai écrit un truc génial, mais je ne veux pas qu'on me le pique ! Suis-je protégé contre le plagiat ?

En théorie, oui. Dans les faits, c'est rock n'roll.
Tout d'abord, sachez que l'on ne peut pas protéger une idée. C'est normal, imaginez qu'il soit impossible de reprendre l'idée d'un braquage de banque ou d'une histoire d'amour qui tourne mal... cela imposerait des contraintes phénoménales sur la création artistique. En droit français, c'est très simple, le plagiat (qui n'existe pas en tant que tel d'un point de vue légal) est une contrefaçon, donc une reproduction d'une œuvre en violation des droits d'auteur.

Autrement dit, deux cas se présentent :

- vous n'avez évidemment pas le droit de recopier, à l'identique, ce que d'autres ont écrit avant vous (sauf pour de courtes citations, en précisant la source). Vous allez me dire que personne ne serait assez stupide pour faire du copier/coller ? Ben si, ça arrive. Par exemple, un célèbre ex-présentateur de JT, ou encore un animateur connu pour ses lunettes noires, ont été pris en flagrant délit de plagiat.

- la contrefaçon peut parfois ne pas être servile, c'est-à-dire une reprise à l'identique d'un texte. Dans ce cas, le tribunal tente de déterminer, au cas pas cas, s'il y a une véritable proximité par rapport à l'impression d'ensemble. Donc si vous décidez de réécrire Harry Potter en changeant les noms, les lieux et en paraphrasant certains passages, ça risque de ne pas passer tout de même. Attention, le juge va également prendre en compte l'existence d'œuvres antérieures similaires, afin de déterminer ce qui est "original" dans l'œuvre première, prétendument plagiée. Car tout ce qui n'est pas original ne peut être protégé et, par conséquence, peut être repris par d'autres. Pour rester sur l'exemple de Harry Potter, le fait d'utiliser de la magie et des gobelins n'est pas suffisamment original pour générer une "protection" (bien d'autres récits utilisent ces éléments).
C'est donc la manière d'associer des éléments communs entre eux qui va créer l'éventuelle originalité, et par ce fait générer les droits qui vont avec.

Prenons un exemple concret qui date de quelques années. Un auteur qui avait écrit un ouvrage sur le tarot, et qui prétendait que divers livres s'inspiraient de ses textes, s'est vu dépossédé de ses droits par un tribunal, jugeant qu'il n'y avait aucun travail original dans la manière de décrire les différentes lames.
Cela a entraîné à l'époque des réactions un peu vives de la part de gens (même parfois des auteurs) qui n'ont pas bien compris de quoi il retournait.
Imaginez que vous vouliez écrire un livre expliquant les règles des échecs. Vous êtes libre de le faire, et vous toucherez de l'argent sur les ventes de ces livres. Mais, évidemment, vous ne pouvez pas réclamer des droits moraux et patrimoniaux sur les règles des échecs ! Vous n'en êtes pas l'auteur, et des milliers de livres les ont abordées avant vous.
Par contre, si vous vous dites "tiens, je vais expliquer les règles des échecs aux enfants, en bande dessinée, en utilisant un chaton et un chiot", alors là, oui, vous faites preuve de créativité et c'est ça qui va générer des droits : le chaton et le chiot, pas les règles des échecs.
C'est donc pour la même raison que vous pouvez toujours écrire des polars ou des histoires de super-héros, l'idée n'est pas protégée, seule l'originalité éventuelle de sa mise en œuvre l'est.


5. Cette fois, je flippe, que faire pour m'assurer contre un vol pur et simple de mon œuvre ? 

Si vos droits naissent automatiquement dès la création de l'œuvre, il n'en est pas de même pour les preuves que vous seriez éventuellement amené à fournir devant un tribunal.

En cas de litige, il est en effet nécessaire d'apporter la preuve de l'antériorité de votre œuvre. En pratique, le plus simple et le moins onéreux consiste à s'envoyer en recommandé son propre manuscrit, sans ouvrir le précieux paquet bien entendu (cela vous donnera l'occasion de vous marrer en voyant la tête de la personne au guichet lorsqu'elle constate que les noms et adresses de l'expéditeur et du destinataire sont... identiques).

Ce mode de preuve n'est pourtant pas sûr à 100% et d'autres systèmes existent, comme le dépôt SACD ou le recours à une enveloppe SOLEAU. Ces procédures, assez simples, sont toutefois payantes (15 à 20 euros par œuvre).

Dépôt SACD
Enveloppe SOLEAU


6. Un point particulier : le titre. Suis-je libre de choisir ce que je veux ?

Oui, totalement. Enfin, à partir du moment où il n'est pas trop reconnaissable.
Voyons cela en détail.

La mode actuelle est aux titres fourre-tout, du genre "Ne m'attends pas", "Je t'ai aimé", "Cours vite", "À bientôt", "Ferme bien la fenêtre et laisse les clés dans la cuisine", bref, vous aurez reconnu les - presque - titres d'auteurs en vogue. Il est très difficile de protéger ces titres-là, cela reviendrait à terme à interdire l'usage même des mots. Entre les romans, les nouvelles, les chansons, les poèmes, les films, les BD et autres œuvres filmées ou écrites, il ne serait plus possible de rien nommer.

L'on a déjà vu d'ailleurs deux romans au titre identique sortirent la même année en France chez deux éditeurs différents. En général, les maisons d'édition s'arrangent pour éviter ce risque de confusion, mais cela peut arriver.

Là encore, au niveau du titre, c'est l'originalité qui va jouer (et ce sera donc du cas par cas dans le cadre d'une action en justice). Ainsi, Tintin est évidemment suffisamment original pour être protégé. Mais ce n'est pas le cas de Au nom du Père par exemple (tapez donc ce titre sur Amazon ou le site de la Fnac, vous verrez qu'il désigne plusieurs ouvrages bien différents).


7. Du coup, avec toutes ces lois, puis-je utiliser un personnage dont je ne suis pas l'auteur ?

Oui, dans au moins trois cas :

- le personnage est tombé dans le domaine public (Arsène Lupin ou Allan Quatermain par exemple). N'importe qui peut donc l'utiliser à partir du moment où l'auteur ne reprend pas une interprétation de ce personnage qui, elle, ne serait pas tombée dans le domaine public (vous pouvez utiliser Blanche Neige et le Grand Méchant Loup mais par pour autant plagier Fables, la série Vertigo).

- l'auteur accepte une utilisation libre de son personnage. C'est déjà plus rare, citons en exemple le Cerebus de Dave Sim. C'est dans son cas une position idéologique, il fait notamment partie du Comic Book Legal Defense Fund et est un fervent partisan de l'auto-édition.

- vous empruntez le personnage à des fins parodiques. La parodie est une exception au droit d'auteur. Elle permet d'utiliser un personnage sans l'accord de son auteur et/ou éditeur mais est encadrée par quelques principes importants. Le but doit être humoristique, il ne doit pas y avoir de risque de confusion avec l'œuvre originale et la parodie ne doit pas porter préjudice à l'auteur de l'œuvre originale.

Illustration tirée de la parodie The Gutter (Nats Éditions).



Eh bien voilà, nous espérons avoir au moins un peu défriché le terrain. Cela ne vous dispense aucunement de prendre conseil auprès d'un avocat en cas de problème, mais si ces informations ont pu contribuer à mettre au clair quelques éléments importants, c'est toujours ça de gagné !



[1] Un éditeur ne se contente pas de financer l'impression de votre œuvre, il dispose d'un réseau, d'un diffuseur, d'un distributeur, il gère l'aspect promotionnel, logistique et administratif, et, surtout, il travaille avec l'auteur, en amont, pour transformer un document technique (le manuscrit) en véritable livre. Son apport est indispensable.
Batman : White Knight
Par


Le Dark Knight est-il vraiment le héros qu'il prétend être ou serait-il... la pire menace pour Gotham ? C'est ce que l'on découvre dans Batman : White Knight.

Tout commence par une folle course-poursuite. Encore une fois, Batman tente d'appréhender le Joker. Leur virée dans Gotham cause d'énormes dégâts. Et lorsque, enfin, tout prend fin, Batman craque. Ivre de rage, cédant aux provocations de son pire ennemi, il lui enfourne de force un tas de pilules dans la gorge. Devant une foule de témoins et les caméras !
C'est alors le début d'un retournement de situation incroyable.
Lorsqu'il reprend connaissance après cette nouvelle défaite qui a failli lui coûter la vie, Jack Napier tire un trait sur son passé criminel. Il va même tenter d'améliorer les choses dans Gotham. Et pour cela, il va mener une offensive médiatique contre Batman, contre la police, contre les nantis qu'il accuse d'avoir laissé proliférer la super-criminalité et le vigilantisme.
Il était le pire cauchemar de Gotham, il deviendra son sauveur.

Voilà une excellente mini-série de huit épisodes, hors continuité, écrite et dessinée par Sean Murphy (Punk Rock Jesus, Joe : l'aventure intérieure).
L'auteur se sert du cycle infernal de violence généré par la lutte sans fin entre Batman et le Joker pour inverser les rôles des deux protagonistes. Il parvient ainsi à montrer le côté sombre de Bruce Wayne, perdant ici régulièrement tout contrôle, tout en dévoilant une facette plus humaine de l'individu qui se cache sous le maquillage du Joker. Un bouleversement qui va avoir un impact sur toutes les personnes qui gravitent autour du justicier masqué et du plus célèbre pensionnaire d'Arkham.


Le Joker dont il est question dans ce récit prend l'identité de Jack Napier, nom à l'époque portée par Jack Nicholson dans le Batman de Tim Burton, en 1989. Ce n'est d'ailleurs pas le seul clin d'œil à l'univers DC au sens large, puisqu'un grand nombre de batmobiles célèbres apparaissent dans ce récit, que ce soit justement le modèle de 89, la version de la série TV de 1966, le tumbler de 2005 ou encore le véhicule issue du dessin animé de 1992, Batman : The Animated Serie (cf. la Parenthèse de Virgul #7, consacrée à l'évolution de la batmobile).

Outre cet ennemi emblématique et les légendaires véhicules, une foule de personnages secondaires interviennent dans cette histoire. Dick Grayson (ancien Robin et actuel Nightwing), Barbara Gordon (Batgirl), James Gordon, quelque peu déstabilisé par la situation, et un tas de super-vilains, dont Mr Freeze, Gueule d'Argile ou le Chapelier Fou. C'est cependant Harleen Quinzel, alias Harley Quinn, qui va jouer un rôle crucial et faire le lien entre Wayne et Napier. La relation entre ces éternels ennemis est d'ailleurs particulièrement creusée, l'auteur dévoilant la fascination (voire même plus) que le Joker éprouve pour sa Némésis.
Peu à peu, la situation se trouble, les frontières deviennent floues, même les anciens alliés de Batman doutent de lui ou s'en détournent. Quant à la population, elle souhaite clairement en finir avec les exactions de celui que l'on présente maintenant comme un fauteur de troubles.


Le scénario est très habile et contient quelques scènes émouvantes (le dernier épisode est plutôt chargé en émotion) pour les deux camps. L'intrigue permet également de s'interroger sur les limites des Masques et de leurs interventions musclées, les dégâts qu'ils causent à la ville ou aux habitants, la légitimité de leurs actions et de leurs identités maintenues secrètes, même l'utilisation des gadgets de Batman est remise en cause (à partir d'une interrogation somme toute très logique : pourquoi Batman ne fait-il pas profiter la police de ses équipements sophistiqués et fort utiles ?).
Toute une thématique qui n'est pas sans rappeler, il y a quelques années, celle de Civil War chez Marvel, bien que le traitement soit ici bien différent.
Visuellement, Murphy compose des planches sombres et soignées, installant une atmosphère sinistre qui convient parfaitement aux dédales de Gotham. Les décors sont très détaillés et d'une grande beauté, les personnages, Batman en tête, font montre d'un charisme indéniable, la moindre expression faciale étant parfaitement retranscrite.
Notons également la très belle colorisation de Matt Hollingsworth, qui donne aux planches de Murphy un aspect aussi esthétique que parfois sinistre.

Au final, un très bon récit, réservant quelques belles surprises et ayant son lot de scènes choc et de bonnes idées, le tout sublimé par une écriture intelligente qui enrichit grandement les personnages et leur donne une réelle profondeur.
La version française (240 pages) de cette bande dessinée, inaugurant le Black Label de DC Comics, sortira le 26 octobre chez Urban Comics. À noter qu'une version en noir & blanc est également prévue, mais vu la qualité du travail du coloriste, on ne vous la conseille pas vraiment. Par contre, vous pouvez vous jetez sans hésitation sur ce comic qui a en plus le bon goût d'être très accessible, même pour ceux qui seraient parfaitement étrangers à l'univers de Batman.

À ne pas rater.


Batman, s'adressant à Batgirl et Nightwing.

— Ce n'est pas une question de devoir ou de vengeance. Si je continue à me battre, c'est pour vous. Pour vous laisser un Gotham plus sûr, dont vous puissiez être fiers. Et pour qu'un jour, enfin, vous puissiez ôter vos masques.








+ Les points positifs - Les points négatifs
  • L'ambiance graphique.
  • Le traitement des personnages et de leurs relations.
  • Un final touchant.
  • La thématique.
  • Harley.
  • Le défilé des batmobiles !
  • Parfaitement accessible.

  • RAS.
Spider-Man : The Other
Par


La saga Spider-Man : The Other avait à l'époque été présentée comme une étape cruciale dans la vie du Tisseur. Point complet sur l'histoire et ses éventuelles conséquences.

Après une blessure par balle reçue lors d'une confrontation avec un nouveau super-vilain, Spidey se voit dans l'obligation de passer quelques tests médicaux. Les résultats sont aussi clairs que terrifiants : il est condamné. La source radioactive de ses pouvoirs semble être en train de le détruire...
Parker tente d'abord de faire le tour des génies scientifiques qu'il connaît (ce n'est pas cela qui manque dans le marvelverse) avant de se rendre à l'évidence et de profiter du temps qui lui reste en le passant avec sa famille.
Mais l'Araignée réserve encore quelques surprises à l'Homme. S'il accepte d'évoluer, Peter pourrait renaître et découvrir enfin toute l'étendue de ses pouvoirs...

En 2006, ce crossover interne aux séries du Tisseur avait été largement survendu. C'est en général souvent le cas, quel que soit l'event, mais contrairement à House of M ou Civil War, dont les effets ne se font pratiquement plus sentir aujourd'hui mais qui avaient tout de même eu un impact à court et moyen termes, The Other détient sans doute la palme du récit ayant eu le moins de conséquences, malgré pourtant des changements radicaux pour Spidey. Ses nouveaux pouvoirs (des dards au niveau des poignets, la capacité de voir dans le noir et celle de tirer des informations des vibrations de sa toile) ne seront par exemple quasiment jamais réutilisés par les différents auteurs (c'était bien la peine d'en faire tout un plat !).
L'intérêt de ce récit est donc ailleurs.


Au niveau de l'équipe créative, J.M. Straczynski, Peter David et Reginald Hudlin sont aux commandes en ce qui concerne le scénario. Les dessins sont réalisés par Mike Deodato Jr, Mike Wieringo et Pat Lee.
La principale force de ces épisodes réside dans le fait qu'ils se basent sur l'origine mystique des pouvoirs de l'Araignée, une théorie mise en place par Straczynski lors de son long run sur Amazing Spider-Man. Cela permet d'opposer une sorte de but métaphysique au simple hasard qui, jusqu'ici, tenait lieu de point de départ des aventures du Monte-en-l'air. Cela permettra aussi de développer divers éléments, comme la société secrète dont on parlera surtout dans la série consacrée à Araña (cf. cette Parenthèse de Virgul), mais aussi un vilain assez impressionnant : Morlun.
Ce dernier fait ici son retour et offre à Spider-Man l'un de ces plus épiques combats, dans lequel il se fera même dévorer un œil ! (cf. scène #4 de l'Anthologie des Combats Marvel). Il tiendra d'ailleurs un rôle important bien plus tard dans Spider-Verse.

Outre un adversaire franchement costaud, l'intrigue permet également de faire la part belle aux guests : Hulk, Strange, Black Panther ou encore Daredevil font tous une apparition. Comme à cette époque Peter et sa famille (MJ mais aussi évidemment la tantine !) vivent dans la tour des Vengeurs, l'on retrouve donc aussi Tony Stark (qui commence à prendre Peter sous son aile, on le voit d'ailleurs travailler sur le costume que Spidey portera pendant la guerre civile, ces épisodes se déroulant juste avant) ou Captain America (pour l'anecdote, l'on pourra même assister à une séance de Tai Chi Chuan avec Cap). Même Wolverine est de la partie.
Les sous-intrigues, qui ne commencent pas toutes dans cette saga et ne sont pas toutes réglées (il s'agit d'un morceau arraché à la continuité, pas d'une véritable histoire complète), sont tout de même intéressantes et exploitent au mieux la situation, que ce soit les tensions avec Wolvie ou les potins autour de Mary Jane et Tony. Tout cela contribue à donner à l'ensemble un aspect crédible et humain.

L'intrigue s'encombre cependant parfois de scènes surréalistes, comme lorsque la tante May se retrouve aux commandes d'une armure Mark I d'Iron Man (ce n'est pas une blague !). Un peu too much. D'ailleurs, la tantine, soi-disant si fragile qu'on peut la faire crever si on lui annonce un truc en élevant un peu la voix, commençait déjà à l'époque à reprendre du poil de la bête (expression ô combien de circonstance) puisqu'elle fricotait avec Jarvis (elle traumatisera son neveu - qui n'avait pas besoin de ça - quelques années plus tard en faisant des galipettes devant lui avec le gentil pôpa Jameson).
Mis à part l'incroyable May ("heuargh... brbll... mon cœur... argh... heu... ah non, ça va mieux... il est où Jarvis ?"), cette saga offre donc de bons moments, de l'émotion, un combat franchement éprouvant, un peu d'humour, le tout avec une flopée de personnages secondaires parfaitement employés. Il faut néanmoins attirer l'attention sur le fait que l'intérêt supposé de cette "évolution" est bien moindre qu'à l'époque, puisque l'on sait que ça n'a eu d'impact, même léger, sur rien (ce qui fait tout de même très peu).


Passons maintenant au traitement paninien de la réédition en Marvel Deluxe.
Arf, misère, je ne sais plus quoi dire... c'est un peu comme un gamin qui ne fait que des conneries, au bout d'un moment, on baisse les bras en se disant "tant pis, il finira dealer ou candidat de télé-réalité".
Déjà, on trouve bien trop de coquilles pour une réédition (surtout à ce prix !). Fautes de conjugaison ("dis" au lieu de "dit"), de concordance des temps, mots qui manquent (comme dans "il est temps pour neveu", ou encore "avec l'aide ceux pour qui"), bref, ce n'est pas relu et c'est clairement honteux. Une ou deux coquilles, ça passerait encore (ça arrive à tout le monde), mais là c'est trop en comparaison de la très faible densité de texte. Certains romans de 500 pages comportent moins de fautes.
Et en plus des conneries involontaires, on a droit aussi aux choix idiots, telle que la suppression des adverbes de négation, ce qui a des conséquences fâcheuses sur la fluidité du texte mais aussi sur l'image des personnages (cf. cet article), le lecteur ayant l'impression que ces derniers s'expriment comme des ploucs.

Alors, pas loin de 30 euros pour un truc plein de fautes, sans bonus (à part les covers, et encore, les alternatives sont réduites) ni même une introduction présentant le contexte, et avec une pauvre jaquette faisant office de cache-misère pour la hardcover uniformément noire, ben... ça ne fait pas envie. Pourtant, il aurait été facile de trouver du matériel pour enrichir le binz. Il existe notamment un sketchbook The Other d'une trentaine de pages, vendu aux US à moins de 3$, ou encore un What if...? par Peter David, avec Venom en vedette, qui montrait l'évolution du Tisseur s'il avait rejeté la partie arachnéenne de sa personnalité. Mais bon, vous n'aurez rien de tout ça ! Enfin, pas par le biais de Panini en tout cas.

L'histoire est sympa mais le Deluxe est bien trop onéreux, surtout si l'on considère le manque de travail et d'implication de l'éditeur. Et en plus, comme il n'est plus trouvable en neuf (encore la marque de fabrique de Panini !), des spéculateurs le vendent maintenant à des prix complètement ahurissants. Autrement dit, optez pour la VO si vous maîtrisez l'anglais.
Un récit de qualité mais mal adapté par Panini et ayant trop vite été oublié par Marvel.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Spidey avant OMD.
  • Un mélange bien dosé d'action, d'humour et d'émotion.
  • Un adversaire charismatique.
  • De superbes planches.

  • VF médiocre.
  • Aucune valeur ajoutée de la part de Panini.
  • Absence totale de conséquences de la saga.