Schumacher, Malraux, l'Art et la Foule
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Voilà que les excuses deviennent une mode chez les auteurs lorsque leur œuvre n’a pas eu l’heur de plaire au grand-public. Une pratique aussi inquiétante qu’absurde sur laquelle il convient de revenir. Encore et encore.

Après le pauvre Ben Ramsey, scénariste de Dragon Ball Evolution, qui avait présenté ses excuses après avoir été menacé de mort par des « fans » ayant le QI d’une soupe à la tomate en train de refroidir, après les romanciers qui consultent des « experts » pour ne pas risquer de choquer leurs fragiles lecteurs (cf. Mendeleïv vs la Police de l'Écriture), c’est au tour de Joel Schumacher de présenter ses excuses officielles et de faire acte de repentance pour son Batman & Robin.
Précisons tout de suite un point capital : que le film soit bon ou pas (et en l’occurrence, il est vrai qu’il est plutôt naze) n’a aucune importance.

D’une part un auteur (réalisateur, romancier, scénariste, compositeur, bref, un créatif) a le droit de se tromper, de proposer des choses à contre-courant, d’expérimenter et même de faire des daubes alimentaires. Si l’on est en face d’un manque de travail flagrant ou de sérieux, la presse ou les spectateurs peuvent bien entendu exercer leur droit à la critique, c’est la règle. Mais les menaces, les insultes et le harcèlement ne font pas partie des réactions acceptables.
D’autre part, un auteur ne doit rien à personne. Il devrait s’excuser de quoi ? Auprès de qui ? Si ce qu’il fait est merdique, ça ne se vendra pas, la voilà la sanction véritable.

En prenant le risque de s’excuser, certains tombent dans un engrenage très dangereux qui laisse à penser aux plus cons déséquilibrés qu’ils sont en droit d’exiger quelque chose. On voit pourtant mal sur quels critères cette exigence pourrait se baser. L’art, bien que reposant sur des bases techniques dont on peut juger la présence et la pertinence, est également subjectif.
Cette dictature molle de la masse, encouragée par les comportements de meute issus du net et le sentiment d’impunité qu’ils procurent, n’est bien évidemment en rien légitime, mais pire, elle peut conduire à terme à une uniformisation créative, plus aucun auteur n’osant sortir des rails attendus par peur de l’ire de la plèbe.
Imaginez un monde cinématographique où chaque film serait calibré sur le cahier des charges Marvel actuel par exemple. Est-ce que l’on a vraiment envie de ne voir que des longs-métrages mièvres, prévisibles au possible, sans une once d’originalité, avec des vannes misérables qui feraient passer les pires répliques des années 80 pour le summum de l’écriture ?
Eh bien pour que ça n’arrive pas, les auteurs doivent être libres. Libres aussi de faire de la merde pour pouvoir, avec la même liberté, aller là où on ne les attend pas, innover, désarçonner, surprendre, bref, faire leur métier de Conteurs.  

Surtout, dans le cas de ce pauvre Joel Schumacher, on se demande ce qui lui a pris. Je sais bien qu’il n’est plus tout jeune, m’enfin, 20 ans après, ça sert à quoi de remettre ça sur le tapis, pour s’excuser en plus ? On assume les trucs qu’on fait, enfin !
Et, à moins d’avoir soldé ses couilles sur ebay, on ne s’excuse pas sous prétexte que des abrutis vous le demandent ! Au contraire. Tu bouscules quelqu’un dans la rue, OK, tu t’excuses. Tu fais un film qui ne plait pas, ben c’est ton droit. Tu n’as lésé personne, t’as juste fait ton job.
Je suppose que dans la meute de ceux qui ricanent le plus fort il doit y avoir des électriciens parfaits, qui n’ont jamais salopé une installation, des boulangers parfaits, qui n’ont jamais raté une baguette, des conducteurs de bus parfaits, qui n'ont jamais eu aucun accrochage avec leur véhicule, et bien entendu l'immense horde des fans parfaits qui, sous prétexte d'aimer un personnage, en viennent à vouloir le confisquer, comme si leurs attentes compulsives pouvaient faire office de copyright.

Pourquoi les réalisateurs (et les auteurs en général) devraient-ils être tenus à un résultat quelconque ? Lorsque vous allez voir un film, que vous vous rendez à un concert, que vous achetez un livre, vous faites un pari. Vous vous dites, « je pense que ce truc va me plaire ». Parfois, c’est le cas. D’autres fois, non.
Parfois, les raisons de la colère (ou de la déception) sont évidentes et scandaleuses : le chanteur est arrivé bourré sur scène, sans pouvoir articuler une parole intelligible, le réal se tapait complètement du jeu des acteurs et voulait terminer au plus vite un film de commande, Christine Angot avait encore une fois l’impression que raconter son quotidien avec vulgarité et sans aucun respect pour la langue qu’elle torture pouvait faire office de livre. Mais, tant pis, c’est leur droit. Il suffit de ne plus leur faire confiance, de ne plus aller voir leurs films, leurs concerts, de ne plus acheter leurs livres.
Aussi nul qu’il soit, un artiste n’a pas à s’excuser de tenter de faire son job.

Revenons un instant sur la suite des déclarations de Joel Schumacher (cf. cet article des Inrocks par exemple). Le réalisateur se plante de belle manière en évoquant l’évolution des films Batman. Il dit notamment que, si l’on compare les films de Nolan aux siens, l’on peut constater l’évolution des goûts du public (faux) et qu’une version « divertissante et familiale » comme la sienne n’est plus possible (faux).
Schumacher se trompe en premier lieu en croyant voir dans l’évolution des techniques narratives la simple expression du goût du public. Ce n’est pas ça du tout. Les gens ne veulent pas forcément du sombre et du réaliste, il n’y a qu’à voir le succès de certaines comédies. Simplement, on ne peut plus raconter les histoires aujourd'hui comme on le faisait dans les années 80 ou 60. Et ce n’est pas une question d’orientation ou de style (réaliste/burlesque, sombre/léger). Toutes les approches sont encore possibles, mais en tenant compte non de l’évolution du goût mais de l’évolution du monde.

Si l’on prend les premiers Spider-Man de Stan Lee, avec des origines torchées en quelques cases pour laisser place à de l’action farfelue, objectivement, dans l’absolu, ce n’est pas terrible. Mais, à l’époque, ça fonctionnait.
Si l’on prend des films ayant cartonné dans les années 80, Top Gun, Die Hard, l’on voit aujourd'hui qu’ils sont bourrés de clichés énormes, typiques de l’époque.
Toutes les œuvres ne vieillissent pas « mal », certaines sont intemporelles parce qu’elles n’empruntent que peu à leur présent. Alien par exemple, de Ridley Scott, est plus moderne que Aliens, sa suite. Pourtant, James Cameron a fait un bon film et c’est un excellent réalisateur, mais Aliens possède trop de codes « marqués » (la testostérone des Marines, le lieutenant incompétent, le salaud prévisible, les répliques « humoristiques » totalement improbables) pour être vu au premier degré 30 ans après. Étant adolescent, je considérais Aliens bien supérieur au premier opus. Aujourd’hui, je constate que c’est faux. Ce n’est pas un mauvais film, et il ne s’inscrit même pas dans le même genre que le premier, mais narrativement, il n’a pas les mêmes qualités.


La technique narrative n’a rien à voir avec le genre, le fond ou l’atmosphère de ce que l’on raconte. Enfin, si, d’une certaine manière, mais la qualité de la narration n’influe pas sur ce que l’on a décidé de mettre en scène. On peut être vieillot en étant « sombre ». Et l’on peut être moderne ou intemporel en étant « léger ». Par contre, il est vrai que certaines facilités autrefois sur-employées ne passent plus de nos jours, mais il s’agit là plus de vraisemblance que de réalisme.   
C’est assez surprenant qu’un technicien comme Schumacher ne fasse pas clairement la distinction entre tous ces domaines. À moins que ses propos aient été un peu trop résumés, voire tronqués, par la presse.

Bref, pour en revenir aux excuses, c’est assez désespérant. On vit dans un monde où n’importe qui se permet n’importe quoi sous prétexte qu’il est planqué derrière un écran. Et jamais ces gens-là, trop heureux de jouer les caïds virtuels alors qu’ils rasent les murs et baissent les yeux dans le réel, ne s’excusent.
Par contre, des auteurs bradent leur dignité et oublient tout sens commun en présentant des excuses indues, pressés par une foule dont on sait pourtant qu’elle est la mère des tyrans.
Cette foule, il ne faut jamais rien lui céder. Car l’on ne crée pas pour plaire, mais, comme l’a dit Malraux, peut-être bien pour soustraire au temps quelque chose et suggérer un monde de vérités au regard duquel toute réalité humaine n’est qu’apparence. Ah, c’est un poil lyrique et grandiloquent, j’admets, mais c’est du Malraux, niveau intérêt du fond et élégance de la forme, ça en jette quand même plus que du Matt Pokora bordel !

Ceux qui recueillent les faveurs de la foule sont comme des esclaves qui auraient des millions de maîtres.
Christian Bodin

First Look : Michel Vaillant (nouvelle saison)
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Nouvel article First Look consacré non pas à la série originelle de Michel Vaillant, mais à la seconde époque, commencée en 2012.

La première série Michel Vaillant, débutée en 1959, s'est arrêtée en 2007 en affichant pas moins de 70 albums au compteur (sans compter les hors-séries et spin-offs). Jean Graton, créateur du titre et des célèbres Vaillante, a inscrit ses personnages et cet univers automobile, très réaliste, au panthéon des légendes de la BD. C'est son fils, Philippe Graton, qui donne une nouvelle impulsion à la série il y a cinq ans, en faisant appel au scénariste belge Denis Lapière et aux dessinateurs français Marc Bourgne et Benjamin Bénéteau.
Alors que le sixième tome de cette seconde saison (intitulé Rébellion) vient de sortir en début de mois, nous vous proposons de découvrir les particularités de cette évolution pour le moins réussie.

Au Nom du Fils est un album donnant clairement le ton en s'inscrivant dans la grande saga familiale des Vaillant et non dans le seul sport automobile. Bien sûr, cet aspect a toujours été plus ou moins présent, mais il est ici central.
L'on commence d'ailleurs par une réunion de famille qui permet de faire le point sur la situation. Les Vaillante ne sont plus en F1, la marque a subi la crise économique et doit s'adapter aux évolutions de la société, notamment en allant lorgner du côté des moteurs électriques, une hérésie pour Henri, le patriarche.
En attendant son retour sur le devant de la scène F1, Michel participe au championnat des voitures de tourisme grâce à un nouveau sponsor. Mais le pilote n'a pas vraiment la tête à la compétition, obnubilé qu'il est par les problèmes de son fils...


L'aspect course pure, bien que présent, est ici réduit au strict minimum. Le lecteur rêvant d'affrontements dantesques, du genre L'honneur du Samouraï ou Steve Warson contre Michel Vaillant, en sera pour ses frais. De plus, il ne s'agit pas d'une aventure isolée, avec un début et une fin, mais bien de la mise en place d'une longue intrigue (dont les répercussions, énormes, se font encore sentir dans le dernier tome en date).
Le ton est résolument plus sombre (il deviendra même dramatique par la suite), le réalisme, qui a toujours été la marque de fabrique de la série, est encore accentué par divers aspects économiques et techniques, et trois générations de Vaillant cohabitent maintenant : Henri et son caractère bien trempé, les deux frères, Michel et Jean-Pierre, et leurs fils, dont Patrick, maintenant adolescent et tenant un rôle important dans ce tome.

L'écriture est fluide et efficace, les dessins de très bonne facture, et le nouveau "méchant", Ethan Dasz, est un digne successeur du célèbre Leader. Dans les rares réserves, l'on peut noter les courses, très esthétiques mais manquant de suspense au regard de ce que l'on a pu connaître (même si clairement le but de cette seconde saison est différent à ce niveau) mais aussi l'absence de notes de bas de page concernant certaines termes techniques (je suis loin d'être persuadé qu'un non-amateur de courses automobiles sache ce qu'est le WTCC par exemple).
Mais on ne va pas ergoter non plus, cette nouvelle saison est passionnante et a su négocier un virage serré et crucial.

Très conseillé. Et pas seulement aux lecteurs intéressés par les bagnoles.



Les autres BD de la rubrique First Look : 

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le clan Vaillant !!
  • Superbes planches.
  • Très bien documenté.
  • L'approche sombre et réaliste.
  • Le côté feuilletonnant.

  • Courses un peu bâclées.
  • Manque quelques notes explicatives pour faciliter la compréhension des non-spécialistes.
Fire Punch
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Le premier tome de la série Fire Punch sort dans deux jours, voilà qui nous donne l'occasion de vous faire découvrir cet univers (très violent !) un peu en avance.

Le manga de Tatsuki Fujimoto a été à la base publié sur internet, sur la version numérique du magazine Jump. C'est maintenant la version papier qui débarque en France, le 21 juin, chez Kazé. Deux avertissements figurent sur les premières pages de ce premier opus. Le premier indique qu'il s'agit d'une fiction n'ayant aucun rapport avec des personnages ayant existé, ce dont on se serait douté vu le récit. Le second précise qu'il s'agit d'une histoire réservée aux personnes âgées de plus de 16 ans et que le contenu peut heurter la sensibilité de certains lecteurs. Ce qui est assez vrai puisque l'auteur ne fait pas vraiment dans la dentelle.

Fire Punch se déroule dans un monde post-apocalyptique où règnent froid et famine. Nous suivons deux adolescents, Agni et sa sœur Luna, qui tentent de maintenir en vie la population de leur petit village. En effet, Agni fait partie des élus, des humains ayant développé des pouvoirs exceptionnels. Comme il peut se régénérer, sa sœur lui coupe régulièrement le bras d'un bon coup de hache afin de... nourrir les villageois.
Comme vous le voyez, ça commence fort.


Quand des hommes armés, au service du roi de Behemdorg, débarquent dans le village pour le piller, Agni s'interpose. Mais la situation dégénère rapidement lorsque les troupes du roi découvrent des traces de cannibalisme.
Le village est alors rasé par un élu générant des flammes ayant la particularité de consumer leur cible jusqu'à ce que mort s'ensuive. Agni, en plus d'assister à la mort des siens, est ainsi condamné, à cause de son propre pouvoir, à brûler pour l'éternité...

Ce premier tome installe les personnages, plante le décor et familiarise le lecteur avec ces fameux élus, aux pouvoirs particuliers (un autre peut par exemple produire de l'acier à partir de rien). L'on apprend notamment que cet hiver perpétuel est dû à une élue appelée la Sorcière de Glace.
Les scènes sont parfois très dures, que ce soit au niveau des images (corps calcinés) ou de l'aspect psychologique (un enfant forcé à boire de l'urine). Les thématiques sont toutes très borderline, outre le cannibalisme déjà évoqué, il est également question d'inceste. Tout cela génère une atmosphère lourde et éprouvante qui destine forcément la série à un public adulte.

Graphiquement, le style de Fujimoto fait des merveilles. Les visages sont expressifs, les scènes très lisibles, les décors minimalistes mais plutôt réussis. Le tout dégage une réelle émotion et ne verse pas dans le voyeurisme malgré les sujets pour le moins scabreux.
Un titre fort, bien réalisé, mélangeant survie, vengeance et fantastique.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Thématiques osées et scènes choc.
  • Dessins clairs et expressifs.
  • Des personnages attachants mais aussi de vrais salauds délicieusement haïssables. 
  • Qualité de la VF.

  • Sens de lecture inepte (cf. cet article).
UMAC's Digest #39
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Les sélections UMAC dans l'actu de la pop culture



-- INCULTE --

Le roman d'Alan Moore, Jérusalem, sortira en France cet été (le 30 août), aux éditions Inculte. Il s'agit d'un énorme pavé, à l'ambition affichée et au style disons... ben c'est du Moore quoi. Donc c'est documenté, plein de références, soutenu, dense, à la limite de l'indigeste et de la prétention, avec des phrases à rallonge (comme Proust, Moore est avare de ponctuation et pense sans doute que chaque phrase doit être une prouesse technique le mettant en valeur). Faut aimer.
Par contre, le traducteur français qui s'est attaché à cette tâche dantesque, Claro, tient une sorte de journal de bord en ligne passionnant, où l'on peut découvrir l'œuvre mais aussi le soin apporté à cette adaptation, les recherches qu'elle a nécessité, les termes à double-sens. Bref, une véritable aventure en soi, qui rend compte de toute la difficulté et de la minutie d'une traduction digne de ce nom.
#gouroubarbu 





-- PUTACLICK --

Un an déjà nous sépare de la sortie de Youtubers Life. On profite de cet anniversaire pour revenir sur cette simulation qui permet de suivre les traces d'Antoine Daniel, Norman ou EnjoyPhoenix. Le jeu consiste, évidemment, à faire des vidéos qui engrangeront visites, likes et pognon. Quelques choix basiques pour définir les caractéristiques de votre personnage et vous pourrez lancer votre chaîne virtuelle !
Les vidéos peuvent être agrémentées d'effets visuels, vous pouvez décider de faire des commentaires en chantant, etc. Le matériel dont vous disposez pourra aussi être peu à peu upgradé (micro, caméra, PC...). A priori, le thème a l'air spécial, mais l'idée, bien dans l'air du temps, est plutôt futée (le jeu a d'ailleurs très bien marché) et l'aspect gestion est assez complet (votre personnage doit aussi bosser, manger, dormir, au risque de finir ruiné ou d'apparaitre avec une gueule de déterré sur le net). 
Répétitif tout de même, mais si vous aimez les Sims et Squeezie, ça peut le faire.  
Dispo sur Steam. 
#télé2.0 





-- AUTOMATES --

Le premier tome de Syberia, adaptation BD du jeu éponyme, est sorti au mois de mai aux éditions Le Lombard. Kate Walker, une jeune avocate new-yorkaise, débarque à Valadilène, petite bourgade des alpes françaises, pour négocier le rachat d'une fabrique d'automates pour le compte d'un fabriquant de jouets. Coup dur cependant, un notaire, sur place, lui apprend qu'il existe un héritier encore en vie pouvant être considéré comme légalement propriétaire des usines Voralberg. La voilà maintenant obligée de courir après cet héritier fantôme, ce qui va l'amener à plonger dans l'Europe de l'Est et ses mystères.
Le scénario est l'œuvre de Hugo Sokal (fils de Benoit Sokal, créateur du jeu). Les superbes planches sont réalisées par Johann Blais, qui parvient à allier mystère, poésie et esthétique. La série en BD se veut être un complément du jeu mais le récit est accessible même si l'on n'a jamais joué à celui-ci.
#poupéesanglante 





-- NOUVEAU LOOK --

Le site des éditions Nestiveqnen vient de faire peau neuve et s'avère maintenant aussi pratique qu'esthétique. Rappelons que l'éditeur est spécialisé dans les littératures de l'Imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction), et qu'il propose des versions numériques de ses romans à des prix vraiment attractifs (on vous conseille Le Sang des Héros, complètement au hasard). ;o)
Nestiveqnen a reçu une nouvelle récompense récemment, avec le Grand Prix de l'Imaginaire 2017, attribué à Paul Martin Gal pour le recueil de nouvelles La Cité des Lamentations.
Et dans les futurs projets de l'éditeur, signalons un ouvrage dédié à l'univers sombre et angoissant de Lovecraft (auquel Neault participera). Nous ne manquerons pas d'ailleurs de vous en reparler le moment venu.
Page facebook de Nestiveqnen.
#coupdepinceau 






-- AMNÉSIE PARTIELLE --


Nous évoquions le premier tome de la série culte XIII il y a peu, nous abordons cette fois le spin-off XIII Mystery dont le onzième opus vient de sortir. Chaque volume revient sur un personnage secondaire, avec des résultats mitigés. 
Dernièrement, ce n'était pas la folie (Martha Shoebridge, Felicity Brown, Calvin Wax) mais ce tome spécial Jonathan Fly rehausse le niveau (et l'intérêt) grâce à ses dessins, signés TaDuc, très proches de ceux de William Vance, de quoi se replonger avec délice dans l'univers de XIII. Le scénario, quant à lui, lève un peu le voile sur le père de ce bon vieux XIII. Dans les faits, on n'apprend pas grand-chose de plus que ce qui était suggéré dans la série mère, mais ça fait clairement plaisir de voir s'animer (dans notre esprit) un pan du passé à travers un prisme inédit. 
Les fans seront ravis.
#mieuxqueJasonBourne






-- GUERRIÈRE AMAZONE --


Wonder Woman de Patty Jenkins est une belle réussite malgré ses nombreux défauts : première partie ratée, effets visuels pas forcément habiles, personnages secondaires à peine esquissés, ennemis peu développés, etc. Pourtant la magie opère grâce au couple que forment Gal Gadot et Chris Pine. L'actrice israélienne est époustouflante de justesse, candeur et "badass-attitude", et le film repose en majeure partie sur ses épaules. 
Quatrième volet du DCEU (l'univers partagé de DC Comics au cinéma), Wonder Woman est un succès critique, public et commercial à peine une semaine après sa sortie. Le long-métrage se rapproche de la formule gagnante assez convenue du concurrent mais est plus séduisant, malgré un côté finalement peu féministe, dommage. Une suite a déjà été confirmée et on retrouvera l'amazone dans Justice League au cinéma le 15 novembre prochain. 
Pour une critique plus détaillée, n'hésitez pas à vous rendre sur Comics Batman, le site de Thomas.
#fun



DC Rebirth : Justice League
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Sorti il y a quelques jours, c'est sur le premier opus de Justice League, version Rebirth, que nous nous penchons aujourd'hui.

Nous vous l'avons expliqué il y a peu de temps dans un article consacré à la nouvelle ère de DC Comics, appelée Rebirth, nous sommes en face d'un relaunch classique mais porté par une idée potentiellement énorme. Du coup, l'on s'est dit que l'on allait suivre ça de près, et notamment voir ce que cette plus ou moins vraie-fausse évolution peut donner pour l'équipe la plus emblématique de l'éditeur.
Ce premier tome de Justice League, écrit par Bryan Hitch et dessiné par Hitch également, ainsi que Tony S. Daniel et Jesus Merino, contient le Justice League Rebirth #1 et les Justice League (nouvelle version) #1 à #5. Un premier arc... plus que décevant.

Quel choix étrange de donner le scénario de l'on-going phare à Hitch, certes très bon dessinateur mais beaucoup moins à l'aise avec l'écriture.
Essayons déjà de voir en gros de quoi il est question.
Le monde doit faire face à de multiples tremblements de terre mais aussi à l'attaque d'entités géantes très étranges, constituées d'être humains, qui souhaitent mettre un terme à l'humanité pour des raisons disons... pour le moins vagues. Toute la bande d'encapés essaye évidemment de les contrer. Batman, Flash, Wonder Woman, mais aussi Simon Baz et Jessica Cruz (deux Green Lantern) et le nouveau Superman (qui est en fait l'ancien, venu d'un monde parallèle, et qui prend la place du Supes de l'ère Renaissance) vont tout faire pour les mettre en échec.


Là, dans ces quelques phrases, vous avez très exactement tous les six épisodes de résumés. On démarre au milieu de l'action, par des combats, et cela se poursuit tout du long. C'est chiantissime. Mais vraiment, ennuyeux à mourir.
Les personnages ne sont pas du tout développés ou simplement caractérisés. Sans forcément une présentation "classique", quelques scènes peuvent en général en dire long sur leur passé, leur psychologie, etc. Or, ici, il n'y a rien de tout ça. Les protagonistes sont parfaitement vides et interchangeables. Autrement dit, si vous êtes un nouveau lecteur intéressé par cette soi-disant nouvelle "porte d'entrée", vous n'allez rien apprendre sur ces héros et vous n'éprouverez de l'empathie pour aucun d'eux.

Du coup, l'on se dit que le récit s'adresse alors aux fans, aux habitués. Mais même pas. Tout est convenu, prévisible, sans aucune dramatisation, aucun moment intimiste, aucun humour, rien. Le seul début de quelque chose, si l'on peut dire, au milieu de ce néant, c'est l'embryon de relation entre Batman et le nouveau Superman, le premier se méfiant du second.
Outre le fait que le côté paranoïaque de Batman n'ait rien de fondamentalement nouveau, cet aspect de l'intrigue est de toute façon minime.



Ce qui est hallucinant quand même, c'est que, autant l'on peut comprendre qu'une série s'essouffle au bout d'un certain temps, autant démarrer les premiers numéros en étant déjà en apnée, ça n'augure quand même pas grand-chose de bon (on est loin de certains épisodes de la fin de la période précédente, cf. cet article).
De ces 120 planches de BD, l'on ne retient que cette action chaotique omniprésente et sans intérêt. Impossible de se passionner pour l'intrigue, inexistante, et impossible de s'intéresser aux péripéties touchant des personnages que l'auteur ne prend pas la peine d'installer, même sur une demi-planche (mis à part un peu Superman, et encore).

Comment diable les pontes de DC Comics ont-ils pu valider ça ? Ou alors ils lisent vraiment en diagonale et savent que, de toute façon, que ce soit bon ou pas, ça se vendra. Avantage du cynisme appliqué au marché de niche. Ou alors ils sont incompétents au point de faire passer Panini pour un véritable éditeur.
Bon, sinon, graphiquement, pas de souci. C'est très joli.
Niveau VF, nickel. Edmond Tourriol encore une fois à l'œuvre, et on sait que ce n'est pas le manchot de la bande. Par contre, le petit texte introductif (qui est, je pense, une production interne) donnait des sueurs froides au départ, avec une coquille (sans importance, ça peut arriver) mais aussi une belle grosse boulette : "palier à". Alors, c'est "pallier" déjà, avec deux "l", et c'est un transitif direct, sans "à". Par exemple on ne dit pas "pour palier à ce problème" (deux fautes, la phrase ne veut rien dire) mais "il faudrait de bons correcteurs pour pallier les insuffisances des rédacteurs" (texte propre).
Enfin, globalement, pas de quoi râler, Urban propose les habituels (et pratiques pour les novices) topos sur les personnages. L'ouvrage est également complété par des variant covers, un sketchbook (un poil petit question taille) et des comparaisons entre les looks actuels des persos et leurs versions précédentes.

Un vrai sérieux dans l'adaptation, mais une couillonnade pure au niveau de l'intérêt de ce truc, écrit avec les pieds.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • De jolies planches.
  • Une bonne VF.

  • Absolument aucun intérêt (voir le détail ci-dessous).
  • Des personnages inexistants et creux.
  • De l'action non-stop mais ennuyeuse par manque de construction dramatique.
  • Ni originalité, ni réflexion, ni humour, ni émotion. Le VIDE.
  • Très mauvais début pour une série pourtant populaire, et qui fait office de vitrine pour Rebirth, puisqu'elle parvient à décevoir les novices comme les habitués. 
Ur : King, Kindle Rose et réécriture
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Petit retour sur une nouvelle de Stephen King un peu particulière et intitulée Ur.

Le contexte de la publication de ce récit est déjà en soi assez inhabituel. Il s'agit d'une nouvelle ayant accompagné la sortie du tout premier modèle de Kindle d'Amazon. Ce n'était donc à la base disponible que sur ce support, afin d'en faire la promotion. King a d'ailleurs intégré le fameux Kindle (cf. cet article pour découvrir les avantages et inconvénients de la version Paperwhite, il s'agit d'un point de vue de lecteur, non d'un partenariat) à son histoire (et de belle manière, comme nous allons le voir).
Cette nouvelle a depuis été remaniée et publiée en 2015 (2016 en VF) dans le recueil Le Bazar des Mauvais Rêves, lui aussi un peu à part puisqu'il contient des nouvelles inédites, des versions révisées de nouvelles plus anciennes, ou encore Sale Gosse, une nouvelle (numérique) à la base exclusivement réservée au public français et allemand.
Mais intéressons-nous tout d'abord à cette énigmatique Ur.

Bien que cela fasse penser à l'éventuel prénom d'un homme de Néandertal ou au cri de joie d'un sanglier, Ur est en réalité une fonction à part dans le menu Kindle qu'un professeur vient tout juste d'acquérir. Wesley Smith est un passionné de littérature, un amoureux des livres, mais après une rupture quelque peu... violente, il se met en tête de se moderniser, histoire de prendre une revanche aussi relative que puérile sur son ex.
Wesley reçoit ce qu'il imagine encore être un simple "gadget" et prend possession d'un modèle rose [1] apparemment non commercialisé. Mieux encore, il découvre dans le menu de son appareil les fonctions Ur. Il va alors comprendre que son Kindle peut télécharger les œuvres des auteurs de... mondes parallèles. Stupéfait, il se met notamment à lire Les Chiens de Cortland, un roman d'Hemingway totalement inédit. Du moins, dans ce monde-ci.

La nouvelle n'est pas très longue (surtout pour du King) mais très bien ficelée. Comme toujours, l'auteur parvient à rendre ses personnages crédibles et attachants avec une aisance déconcertante. En plus du fait que le texte soit très bon, il convient de préciser qu'il se rattache à la mythologie de la Tour Sombre [2]. Non seulement à cause, bien entendu, des univers parallèles, mais aussi par le biais de petits détails ou de protagonistes très inquiétants.
Rien de totalement indispensable pour ceux qui s'intéressent à The Dark Tower, mais plutôt agréable si l'on veut prolonger le plaisir et rassembler le plus d'éléments possibles sur ce multivers passionnant.

Le recueil contient de petites pépites, des textes plus expérimentaux (de la poésie pas franchement convaincante), des nouvelles assez courtes et anecdotiques et, comme nous l'avons vus, d'anciens textes remaniés. Le procédé en lui-même génère quelques interrogations légitimes.
Stephen King explique (dans l'avant-propos de l'ouvrage et les textes introductifs qui accompagnent chaque nouvelle et les resituent dans leur contexte) qu'une histoire n'est jamais totalement terminée, qu'un auteur peut décider, indéfiniment, de la modifier, corriger, réviser.
C'est un peu étrange comme point de vue. Lorsque cela concerne la longue saga de La Tour Sombre, écrite sur plusieurs décennies, sans trop savoir, de son propre aveu, où King mettait les pieds, l'on peut aisément comprendre l'envie de revoir les premiers jets publiés, afin de rendre le tout plus cohérent. Lorsqu'il s'agit de textes isolés (nouvelles ou romans), cette intervention est déjà plus difficilement justifiable.

Un individu, et donc a fortiori un auteur n'ayant jamais vraiment fini d'apprendre son Art, change tout au long de sa vie. Il est normal qu'à 20 ans, l'on n'écrive pas de la même manière qu'à 30. Ou 40. Il y aurait non seulement un côté quelque peu schizophrénique à réécrire perpétuellement d'anciens textes avec la vision, pas plus parfaite d'ailleurs, du présent, mais c'est aussi nier ce que l'auteur a été. Et si l'on a été particulièrement prolifique, il vaut mieux, à 50 ou 60 ans, se préoccuper de ses écrits actuels plutôt que de chercher à adapter indéfiniment les anciens. Le King de 40 ans était suffisamment bon et rigoureux pour que le King de 60 balais n'ait pas à venir passer la gomme derrière lui.
Il est nécessaire à un moment de laisser l'œuvre vivre d'elle-même, dans l'esprit des lecteurs. Tant qu'elle n'est pas publiée, c'est le moment pour bosser, modifier, revoir mille fois la même phrase, la même scène. Mais une fois le document de travail transformé en livre, il faut lui souhaiter bon vent et ne plus aller farfouiller dans son moteur. Car la seule manière d'ôter toute imperfection d'une histoire, c'est de ne pas l'écrire. Cette quête de la perfection a tout son sens en amont, pendant l'écriture, mais plus du tout (sauf correction de coquilles par exemple) ensuite.
Bon, évidemment, s'il y a bien un auteur à qui l'on va passer quelques excentricités ou coquetteries, c'est bien le vieux briscard du Maine. M'enfin, le sujet méritait d'être abordé.

Pour en revenir au recueil, n'hésitez pas à vous procurer ce Bazar des Rêves (surtout si vous n'aviez pas déjà lu les fameuses nouvelles à la publication "spéciale" que sont Ur et Sale Gosse). C'est un bon gros bouquin, dans lequel l'on se perd avec plaisir, guidé par un vieil ami. Et comme toujours, la magie est là. Les frissons, le sentiment de déjà-vu parfois, l'amertume, l'émotion, tout est identique mais différent. Et toujours aussi excitant, que ce soit la balade d'un gamin sur son vélo, le menant à une aire de repos désaffectée, une dune étrange que l'on pensait prévisible et qui offre un gros retournement de situation, un accrochage en voiture, une compétition de feux d'artifice qui tourne mal, tout cela offre l'essentiel et un peu plus. Du divertissement, certes, mais aussi, sous la surface, des réflexions pas si simplistes que les monstres et les choses de la nuit pourraient le faire croire. Car King aborde aussi des questions morales, sociétales et philosophiques. Avec une élégance et une universalité qui manquent souvent aux écrivains "sérieux".

Très conseillé.      



[1] King a réellement reçu, à l'époque, un modèle unique de couleur rose.
[2] cf. notamment ces articles : En route vers la Tour Sombre : étape finale / La Tour Sombre : ce qu'il faut lire avant / La Tour Sombre : la descente


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • King. What else ?
  • Les liens, même ténus, avec la Tour.
  • Un condensé d'émotions variées.
  • Quelques textes, comme Morale, vraiment dérangeants (dans le bon sens du terme).
  • Les nombreuses précisions et anecdotes de King.

  • Quelques nouvelles manquant parfois d'originalité ou de force, bien qu'elles soient narrativement parfaites.
  • Quelques textes anciens remaniés alors que l'on préfèrerait de la nouveauté.