Retour sur la réalisation de Star Wars : Rogue One
Publié le
8.5.17
Par
Thomas
À l'occasion de la sortie en DVD et Blu-Ray de Rogue One : A Star Wars Story (son titre complet), un film que nous avons beaucoup aimé, voici un portrait de son metteur en scène Gareth Edwards, rédigé avant la sortie du long-métrage [1]. Il est complété par les aléas du tournage et de ce qui en a découlé.
En 2010, le public découvre le film Monsters. Angoissant et horrifique, ce premier long-métrage de Gareth Edwards, 35 ans à l’époque, surprend et reçoit un bel accueil. Les fameux monstres du titre ne sont pas spécialement montrés. Pas de surenchère d’effets spéciaux et de gore. Au contraire, la force de Monsters résulte de la tension permanente et du duo d’acteurs principaux : Scoot McNairy (qui a depuis joué dans Argo et Batman vs Superman : l'Aube de la Justice) et sa compagne dans la vie, Whitney Able, plus discrète. Gareth Edwards avait écrit le scénario et s’est occupé à la fois de la création des décors, de la direction de la photographie et bien sûr de la mise en scène. Il était aussi responsable du design des monstres ! En signant un joli score au box-office avec un film indépendant, Edwards se bâtit immédiatement une solide réputation.

Pressions de la production : un écho à Trank et Ayer


L’Empire (Disney) contre-attaque
Quelques mois avant la sortie de Rogue One, Gareth Edwards a été victime du même sort que ses deux confrères puisqu’il a gentiment été écarté de son propre film, à cause de la noirceur de celui-ci. Le tournage de son Star Wars a redémarré (en été 2016, soit après la fin officielle du tournage), le ton des projections ayant été jugées pas assez grand public et familial… Pire, le réalisateur est remplacé au montage par Tony Gilroy, à qui l'on doit Jason Bourne : L’Héritage. Edwards s'énervait quelque peu à l'époque en déclarant qu'« il y [avait] vraiment une frontière mince dans Star Wars : si on va légèrement à gauche ce n'est plus Star Wars, c'est un autre film de SF, ça ne semble pas juste. Et si on va légèrement à droite, on ne fait que copier ce que George [Lucas] a fait. Le processus de réalisation de ce Rogue One était donc une danse pour faire de ce film quelque chose de nouveau, qui paraisse frais ». Réjouissant sur le papier. Mais visiblement la chose était vue d'un très mauvais œil par la firme aux grandes oreilles.
Signes d’inquiétudes évidents chez Disney : le compositeur français Alexandre Desplat a quitté à son tour le vaisseau mi-septembre 2016, soit trois mois avant la sortie internationale ! Remplacé par Michael Giacchino, une valeur sûre et talentueuse, Desplat avançait un problème d’agenda. Difficilement crédible selon l'hebdomadaire Le Point, qui évoquait au moment des faits de nouvelles pressions internes. Cela confirmait aussi que Gareth Edwards n’avait plus la main sur son film…
Le talentueux réalisateur multitâches pouvait-il proposer plus original que Le Réveil de la Force ? Oui, et il a réussi (c'était loin d'être difficile). Mais avec la pression et les multiples chamboulements, a-t-il livré SA version de Rogue One ? Pas sûr. Il tenait quand même à rassurer les fans avant la sortie : « Le ton sera sombre », ajoutait-il en complément des propos de Kathleen Kennedy, productrice et présidente de Lucasfilms depuis le rachat de Disney. Celle-ci affirmait que « l'histoire ne changera pas et le film qui sortira sur les écrans est celui que nous avons toujours voulu faire ». Gareth Edwards n’hésitait pas non plus à dire que « si vous ne prenez aucun risque, qu’est-ce que vous apportez de neuf ? ». Allô, J.J. Abrams ?
Heureusement pour nous, la version diffusée dans les salles, disponible depuis quelques semaines en DVD et Blu-Ray, nous a prouvé que si l'œuvre de Gareth Edwards n'était pas forcément « entièrement » conçue par lui-même, elle était plutôt réussie (en est-elle ressortie grandie ? On ne le saura sans doute jamais). En effet, on a appris peu après la sortie de Rogue One que (attention spoilers) la scène finale avec Dark Vador avait été un rajout imposé par Disney et que le sort funeste de tous les héros était également souhaité par Disney ! Edwards avait écrit son scénario en sauvant son couple de héros, persuadé que Disney refuserait de les tuer, hors les producteurs ont là aussi imposé une mort pour tout le monde. Un rappel intéressant du rôle de superviseur que devraient avoir tous les producteurs (sans pour autant intenter à l'aspect créatif et la vision souhaitée du réalisateur) mais on aurait aimé voir LA version d'Edwards d'une façon ou d'une autre quand même. Rappelez-vous des scènes des bandes-annonces totalement coupées du montage final… Peut-être qu'Edwards a trouvé un bon équilibre (de la Force) pour ne pas accepter toutes les pressions de la production (à l'instar d'Ayer et son Suicide Squad) ni pour tout refuser (comme Trank et ses Quatre Fantastiques). Bien joué Gareth mais propose-nous un jour un montage de ta vision !
[1] Cet article est paru en octobre 2016 dans le magazine Ciné Saga #15, entièrement consacré à Star Wars - Rogue One. Le second paragraphe (sur Godzilla) avait malheureusement et involontairement été supprimé, il est donc rétabli sur cette version. La dernière partie a été ajoutée puisque le film est sorti entre temps.

[1] Cet article est paru en octobre 2016 dans le magazine Ciné Saga #15, entièrement consacré à Star Wars - Rogue One. Le second paragraphe (sur Godzilla) avait malheureusement et involontairement été supprimé, il est donc rétabli sur cette version. La dernière partie a été ajoutée puisque le film est sorti entre temps.