Publié le
3.6.26
Par
Nolt
UMAC : Bonjour Alex, bienvenue sur UMAC et merci de nous accorder un peu de ton temps ! Tu es le créateur de la chaîne youtube La Fuite en Vidéo, qui propose des critiques de films, séries et documentaires, mais aussi des vidéos plus spécialisées, sur ton propre parcours. Pourrais-tu pour commencer tenter de te définir ? Tu es vidéaste, musicien, mais tout cela semble un poil réducteur pour qualifier ton univers.
Alex : Me définir c’est délicat ! J’ai l’impression de tanguer entre deux facettes de ma personnalité depuis l’enfance. Un fataliste mi-désabusé mi-amusé, sauvé par la lecture de Cioran à l’adolescence. Un gamin passionné par les arts comme moyen de voler des instants de bonheur et de fuir une facette désolante du monde et de sa réalité. Après avoir brillamment raté mon Bac, je suis devenu publicitaire, sans conviction, mais parce que je n’étais pas mauvais. À côté je publiais des poèmes dans des revues littéraires comme Digraphe (Flammarion). Plus tard j’ai commencé à faire de la musique, à sortir des albums et je n’ai plus arrêté. Mais comme pour l’écriture, je me suis un peu mis des bâtons dans les roues moi-même en dépit parfois de réelles opportunités. Je ne sais toujours pas vraiment pourquoi j’ai fait ça… bref ! Il y a quelques années, au tout début du confinement, j’ai ouvert une chaîne YouTube sur un coup de tête pour m’amuser dans le but de partager ma passion de ce que la société décrit comme futile et est pour moi vital : l’artistique, de la musique à la littérature, et surtout le cinéma. Je pensais me lasser au bout de trois mois et finalement quelque chose d’un peu magique s’est produit avec les gens et je suis toujours là.
— Tu as un style disons très personnel, un peu à contre-courant de ce qui se fait sur youtube. Tu ne quémandes pas de likes ou de partages, tu fais des vidéos parfois très longues, en plan fixe. Et j’avoue que ça fait du bien de voir parfois des gens comme toi qui privilégient le contenu à la forme et aux modes. Tu as par exemple maintenant une petite tradition, après ta vidéo principale, publiée normalement chaque dimanche, tu feuillettes et commentes un magazine des années 80. Pour moi, qui suis de 72, forcément, les années 80, ça me parle ! Comment en viens-tu à ce genre d’idées, plutôt novatrices à mon sens ?
— Sincèrement je pense que mes idées à la con viennent spontanément au gré de mes réflexions et que là où un vidéaste YouTube qui veut « percer » s’interdirait de faire quoi que ce soit qui nuise au développement de sa chaîne, moi je m’en fiche total et je fonce. Je vais feuilleter un vieux mag et me dire « tiens ça pourrait être sympa de le faire en vidéo pour partager ça ! ». Je me dis que si ça me plaît à moi, ça plaira forcément à quelques autres et je me lance. J’ai conscience que je ne fais rien de ce qu’il faut faire pour réussir sur les réseaux mais je préfère donner de bons moments à 500 personnes que de me forcer à ne pas être moi-même pour en séduire 10 000 avec des vidéos que je n’aimerais pas regarder.
— Tu es un grand collectionneur, on peut le voir à ton décor dans ton bureau et aux objets et figurines que tu présentes régulièrement (voir les photos qui illustrent cet entretien). C’est parfois un peu difficile d’expliquer le rapport affectif que l’on peut avoir à certains objets (surtout quand ça a tendance à envahir des pièces entières, je connais ça aussi !), comment tu définirais ça ? Est-ce que, une fois l’objet possédé, il a autant de valeur à tes yeux ou est-ce une quête perpétuelle ?
— J’ai toujours été fétichiste des objets liés à mes passions et à chaque période de ma vie où j’en ai eu les moyens, j’ai acheté des conneries (jouets ou figurines, livres, disques, posters, revues…). Je ne me vois pas comme un collectionneur car pour moi ça implique une forme de rigueur que je n’ai jamais eue, mais je comprends qu’on me perçoive ainsi vu le nombre de petits objets à la con qui m’entourent ! Pour moi c’est en grande partie l’enfant que je suis en partie resté qui s’exprime. Ma joie est totalement infantile quand j’ai enfin un jouet ou objet que j’ai énormément désiré. C’est régressif. Par exemple je n’ai aucune idée de la valeur de beaucoup de mes trucs. Ma femme s’inquiète parfois niveau assurance en cas d’incendie ou autre. Je la comprends mais j’aime mes jouets pour les sentiments qu’ils provoquent en moi, pas pour leur valeur financière. Par exemple je ne revends jamais ce que j’ai acquis. Je l’ai fait par le passé dans des moments difficiles parce que je n’avais pas le choix mais c’était pour payer une facture, pas pour faire un bénéfice sur le dos d’autres passionnés. J’adore aussi l’accumulation. Je trouve ça… réconfortant ? Des gens qui voient mon bureau sont parfois choqués et me disent que c’est surchargé et étouffant tous ces objets et affiches, que la pièce ne respire pas. Mais moi c’est dans les espaces épurés et vides que je me sens oppressé étrangement !
— Mythique, pour moi ce serait sans doute un des jouets, en métal et plastique, Popy lié à Goldorak, San Ku Kaï ou Ulysse 31. Ou la poupée Actarus de Ceji Arbois. Parce que quand je les observe aujourd’hui, ça me renvoie directement au sentiment d’émerveillement parfaitement disproportionné que j’éprouvais enfant pour eux.
— Tu as posté des vidéos, passionnantes, sur ton parcours en tant que musicien, sur ta relation amicale avec Serge Gainsbourg, sur un voyage épique aux États-Unis quand tu étais jeune, sur tes expériences paranormales dans une maison bien flippante, sur ton travail dans la pub, sur ta passion pour Michael Jackson (on y reviendra)… as-tu encore d’autres sujets de ce genre en tête ?
— Hélas non ! J’ai vraiment fait le tour ! Enfin, pas tout à fait. Il y a une période de ma vie où j’aurais énormément à dire mais je ne peux pas parce que c’est trop glauque et je ne vois pas quel plaisir on pourrait éprouver à m’écouter raconter les nombreux moments horribles de mon enfance. J’y fais parfois rapidement référence dans mes vidéos quand je trouve que c’est utile mais sans entrer dans les détails. J’ai tout relaté par écrit il y a trois ans. Parce que l’écrit, c’est très différent. Je me dit qu’un jour peut-être je rebosserai un peu ce récit autobiographique de mon enfance et le partagerai. On verra bien.
— J’ai évoqué rapidement Michael Jackson, il s’agit d’un artiste que tu aimes beaucoup et que tu connais très bien, pour avoir lu moult ouvrages à son sujet. J’avoue que, à force de t’entendre en parler, avec autant de passion, j’ai eu envie de voir le biopic qui lui a été récemment consacré. Mais en réalité, la grosse révélation, pour des gens comme moi qui ne sont pas fans, c’est que cet immense artiste était certes naïf, bizarre peut-être, mais certainement pas apparemment un pédophile comme les médias ont voulu le faire croire. Pourrais-tu nous en dire plus sur ce sujet très clairement méconnu par le grand public ? Y a-t-il eu des condamnations, des preuves, ou au contraire a-t-on des témoignages sérieux l’innocentant ? Ce n’est pas « fun » comme sujet, mais si ça peut permettre de rendre justice à un innocent, ça vaut le coup d’être abordé.
— Le défi c’est de te répondre sans que ça fasse trente pages haha ! Disons que dans les faits, cet homme a payé pour son étrangeté indiscutable et son comportement factuellement « anormal ». Je suis le premier à concevoir qu’il est déstabilisant et peut-être même déplaisant pour des adultes d’en voir un autre passer son temps libre entouré d’enfants avec lesquels il se comporte lui-même comme un enfant. Michael a dit très tôt (avant Thriller) qu’il n’était heureux qu’en compagnie d’animaux et d’enfants parce qu’ils avaient en commun de le considérer pour l’humain qu’il était et non pour ce qu’il représentait financièrement ou en termes de popularité. Il y a longtemps Phil Collins a répondu à un journaliste : « Quand les gosses voient MJ, ils voient un être humain. Quand les adultes le voient, ils ne voient que sa fortune. » Ce n’est pas si simple mais ça résume pas mal de choses tout de même. Les tabloïds ont beaucoup menti et continuent encore. Et des escrocs ont vu la cible parfaite pour tenter des extorsions de fonds. Je ne suis pas dans le déni et si un seul accusateur sérieux était apparu, réclamant justice et non pas un gros chèque, ça aurait tout changé, mais même le FBI qui a cherché durant dix ans n’en a trouvé aucun.
![]() |
| Un aperçu du fantastique bureau d'Alex. |
— Tu es un grand fan du metal des années 80, notamment la tendance « glam ». Pourrais-tu nous donner trois albums incontournables ou méconnus mais qui méritent le détour ?
— Je vais vraiment parler pour mes goûts personnels hein ! Je dirai l’album Under Lock And Key de Dokken, l’album Night Songs de Cinderella et l’album Invasion Of Your Privacy de Ratt. Il y en a plein d’autres mais bon, je joue le jeux !
— Tu es aussi un lecteur boulimique apparemment (un des derniers vu l’état de l’édition), tu apprécies beaucoup Stephen King notamment. Que penses-tu de ses derniers romans ? Et surtout, que penses-tu du gars derrière l’auteur, notamment quand il colporte des propos mensongers sur un père de famille (Charlie Kirk) qui se fait assassiner pour ses idées ? C’est un peu sulfureux, mais je dois dire que le Géant du Maine m’a beaucoup choqué.
— Je dois énormément à Stephen King dont les romans m’ont incroyablement marqué dans les années 80. Hélas à partir de la fin des années 90, j’ai cessé de lire chacun de ses livres systématiquement comme je le faisais avant car je trouve que le niveau a chuté et ça me parle infiniment moins qu’avant. Sa plume est selon moi moins inspirée et acérée. Pour ce qui est de ses diatribes politiques sur les réseaux sociaux, je trouve ça pathétique et assez triste en fait. Il croit sans doute pouvoir influencer son lectorat en étant si virulent. Les artistes qui cherchent à endoctriner leur public sur leurs visions politiques, j’ai toujours trouvé ça irrespectueux et parfaitement déplaisant. C’est aussi déclarer qu’on méprise humainement une partie de ses « fans ». Bref…
— Tu es tout de même un peu étiqueté « spécialiste » ciné, pourrais-tu conseiller trois films, récents ou non, méconnus mais à voir absolument ? (si tu n’en trouves pas de spécialement méconnus, tu as le droit aussi de citer des classiques que tu aimes particulièrement).
— Rent-a-Pal de Jon Stevenson sorti en 2020 reste un de mes plus gros coups de cœur de ces dernières années. Plus récent, Heel (également connu sous le titre Good Boy) de Jan Komasa, sorti fin 2025, qui est juste remarquable d’intelligence. Et il faut absolument voir Obsession qui vient de sortir et sera sans aucun doute un de mes films préférés de 2026.
— On a pour point commun d’avoir tous deux vécu dans le « monde d’avant », un monde certes imparfait mais qui avait encore du sens et des valeurs nobles à défendre. Que penses-tu des dérives wokistes actuelles, qui imprègnent autant le cinéma que les médias ou le milieu politique ?
— Je suis extrêmement fataliste. Comme mon idole Bret Easton Ellis l’a si bien exprimé dans son essai White, j’observe un genre de glissement résolument catastrophique vers un monde où la résilience n’est plus une qualité mais une tare. Un monde où au lieu de s’endurcir et se battre, on se victimise jusqu’au délire sur tout et n’importe quoi à même de nous contrarier. Je vois aussi chez une partie de la jeune génération un révisionnisme radical décomplexé avec une couche de mauvaise foi assumée. Je sais que je passe souvent pour un vieux con réac, mais là on a atteint un seuil où il devient compliqué de faire autrement. Quelle chance j’ai eu d’être un enfant des années 70 puis un ado des années 80. Je n’en avais pas conscience mais bon sang, pour rien au monde je ne voudrais être plus jeune !
— Tu as eu une enfance difficile, une adolescence agitée, qu’est-ce qui fait que, au final, tu es devenu une bonne personne, instruite, calme, créative, et pas une racaille ivre de haine ? C’est quoi l’ancre qui arrime du bon côté quand tu dois faire face à des situations aussi dures, surtout si jeune ?
— C’est une question qu’on m’a très souvent posé dans ma vie dès lors que les gens apprenaient ce que j’ai vécu, mais la vérité c’est que je l’ignore. Je crois que ce n’est tout simplement pas ma nature. J’ai pourtant vraiment eu toutes les excuses et aussi les opportunités pour très mal tourner humainement. À chaque fois j’ai refusé de prendre ces chemins-là parce que ce n’était pas moi. J’en suis heureux mais c’est vrai que c’est assez miraculeux !
— Le fait de poster des vidéos régulièrement et d’avoir une communauté change forcément un peu le rapport avec les gens, comment est-ce que tu gères ça ?
— La chaîne a fait énormément de bien au misanthrope qui a toujours sommeillé en moi. J’ai toujours été très sélectif dans mes relations d’amitié. Trop. Avec tous ces échanges humains, ces connexions avec des personnes parfois très différentes, je me suis adouci et je pense sincèrement que je n’ai jamais autant respecté et apprécié les autres. Bon il y a des limites et des exceptions, évidemment !
— Y a-t-il un film ou une série que tu attends avec impatience ? Quelle série récente t’as le plus marqué ? On a beaucoup apprécié par exemple Plur1bus sur UMAC, tu en as pensé quoi ?
— J’ai bien aimé l’ambiance hypnotique et contemplative de Plur1bus mais ça n’a pas été un coup de cœur comme pour énormément de gens autour de moi, j’avoue. Moins noble que Plur1bus, mais j’ai beaucoup aimé la seconde saison de la série Ted, dans un genre… impertinent. Et j’ai adoré la première saison de Dexter Resurrection. Sinon, un film que j’attends avec impatience, c’est le I Play Rocky de Peter Farelly, qui relate le combat du très jeune Sylvester Stallone avec son scénario.
— À la fin de chaque entretien, on a l’habitude de poser cette question : si tu devais avoir un super-pouvoir, ce serait lequel et pourquoi ? Mais on va un peu l’étoffer. Quel pouvoir, pourquoi, OK, mais il faut savoir aussi qu’une bande-son se déclenche dès que tu utilises ce pouvoir (ou qui t’accompagne tout le temps si c’est un truc qui dure dans le temps, comme la super-force, contrairement à l’invisibilité par exemple, qui est ponctuelle). Tu choisis quoi comme bande-son ?
— Depuis gamin où on se pose forcément cette question les uns aux autres en cours de récré, j’ai toujours hésité entre deux pouvoirs… Voler bien sûr, qui est sans doute le plus cité sur la planète. De jour ça ne m’intéresse pas mais je sais que chaque nuit, je passerais mon temps dans le ciel à virevolter en observant les lumières en bas, à slalomer sans but entre les nuages juste pour le plaisir. J’observerais les avions et les quelques ovnis que je croiserais. Ca ne servirait à rien du tout mais ça me ferait un bien fou, je serais trop heureux. En bande-son me vient spontanément en tête le morceau Living Waters de Philip Glass, composé pour le documentaire animalier Anima Mundi mais réutilisé ensuite dans le film The Truman Show.
![]() |
| Films, musique, produits dérivés, les sujets abordés dans La Fuite en Vidéo sont nombreux, et Alex s'y montre passionnant, humble et drôle ! Inutile de vous dire qu'on vous conseille ses JDV. |









