Thorgal #33 : le Bateau-Sabre
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Pour la trente-troisième aventure de Thorgal, nous voilà de retour sur Terre après la saga de Jolan en Asgard, et cette fois, on a bien compris que l'équipe éditoriale avait décidé de ne pas lâcher de sitôt le Viking à la cicatrice comme personnage principal, qui reprend les commandes dans un album retrouvant bon nombre des caractéristiques ayant fait les grandes heures de la saga.

Résumé : Tandis que Jolan revendique son dû – après avoir aidé Manthor dans sa quête défiant les dieux d'Asgard [voir les épisodes précédents ] – Thorgal poursuit son périple à la recherche de ceux qui ont enlevé son fils adoptif : à bord du Bateau-Sabre filant vers les glaces orientales, il ne doit pas perdre de temps. Pourtant, malgré l'urgence de la situation, et le fait qu'elle le touche en plein cœur, rien ne l'empêchera de s'en détourner quelque peu lorsqu'il sera confronté à la détresse des autres. Son bon cœur le perdra-t-il lorsque, au milieu d’une troupe d’esclaves, il tombe nez à nez avec Lehla, qu'il avait connue gamine, et se demande aussitôt comment il pourrait la faire affranchir ?

Le fait est que l'on retrouve étonnamment vite nos habitudes du temps de Van Hamme : l’histoire est fluide, essentiellement axée sur la mission et la personnalité de Thorgal dont les qualités (astuce, détermination et grandeur d’âme) vont être mises à contribution. Si les esprits chagrins reprocheront un scénario encore assez convenu, la majorité des amateurs de la série ne boudera pas son plaisir devant un récit enlevé et plutôt dense, riche en anecdotes sur le monde de Thorgal (cette Terre parallèle en plein Haut Moyen-Age où les dieux semblent ne pas avoir lâché la partie) et construit suivant des schémas habituels, la magie et les paradoxes temporels en moins : on est ainsi plus proche des Archers (sans atteindre l’extraordinaire intensité de l'un des meilleurs épisodes - et en tous cas le plus récompensé, il faudra bien qu'on en fasse une chronique à la hauteur) que, mettons, du Maître des montagnes et ses itérations narratives aussi malignes que déconcertantes.


Rosinski soigne sa présentation, on sent qu'il est encore habité par le goût de l'illustration d'une franchise qui a dépassé la trentaine de numéros, même si on avait déjà remarqué une réorientation de certains de ses traits et, parfois, quelques planches moins fouillées que d'habitude. Yves Sente, quant à lui, réussit le pari de l'éditeur et se fond dans la structure scénaristique passée pour nous délivrer un album tout à fait honnête, plein d’héroïsme et de fureur. Il a désormais la main sur les intrigues et il semble en mesure de domestiquer toutes les implications de chacun des actes de notre héros, tout en veillant systématiquement à insérer des références à d'anciens épisodes, voire à fournir quelques réponses à de très vieilles questions. Il maîtrise pour l'heure son sujet avec l'arc lié à Kriss de Valnor et l'on assiste à une sorte de respiration dans la narration de ce qui sera ensuite le destin de Jolan.

À ce moment de la série, (nous étions en 2011) on avait de grands espoirs pour la suite, avec des albums respectueux de la matière et du lore déjà bien développé, des personnages qui suivent une route logique et le quota habituel d'événements magiques, d'irruptions mythologiques et de péripéties. On est finalement contents de conserver en Thorgal le héros tutélaire de la série, pas prêts de le lâcher encore pour un Jolan qui a pris du volume et de l'importance, mais n'a pas les reins pour endosser le premier rôle. 




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une histoire enlevée, narrée avec savoir-faire.
  • Des personnages à la conduite et aux pensées cohérentes avec leur passé.
  • Rosinski toujours au top.
  • Sente maîtrise de mieux en mieux son sujet.


  • Jolan ne parvient pas à s'affirmer comme le personnage principal, on a l'impression d'une sorte de retour en arrière qui nuit à l'évolution programmée.
  • Rien de nouveau dans les intrigues avec des situations déjà vues.