Thorgal #32 : la Bataille d'Asgard
Par

Dans l'épisode 29 (Le Sacrifice) de cette très belle saga de bande dessinée mêlant mythologie, aventures, histoire et science-fiction (cf. notre "First Look" sur le premier épisode), l'illustre Jean Van Hamme rédigeait son dernier scénario et, officiellement, le héros éponyme Thorgal passait au second plan au profit de son fils aîné, Jolan, né avec d'incroyables capacités héritées de ses ancêtres venant des étoiles (des pouvoirs de télékinésie pouvant altérer la matière jusqu'à la transformer). C'est Yves Sente qui devait prendre la relève, Grzegorz Rosinski restant aux pinceaux. Une tâche pas du tout évidente que de passer après un créateur multi-récompensé.


Résumé des épisodes précédents : Pour sauver son père Thorgal, Jolan a accepté son « sacrifice » : se mettre au service de Manthor, un mystérieux mage retiré dans une dimension intermédiaire entre Asgard et la Terre des humains. Après avoir passé plusieurs épreuves, Jolan s’avère être l’élu qui, à la tête de l’Armée qui vit, se rendra en Asgard pour y défier les dieux eux-mêmes… Dans le même temps, sur Terre, Thorgal pense pouvoir jouir d’une vie paisible dans un village viking, en compagnie de sa femme Aaricia, de sa fille Louve et d’Aniel, l’enfant de sa vieille ennemie Kriss de Valnor ; mais ce dernier vient d’être enlevé par des Mages rouges et le voici donc, encore une fois, parti sur leurs traces… 

Le « relaunch » de la série, s’il ne permet pas encore de nous offrir des moments aussi épiques et intenses que par le passé, distille un parfum agréable de saga initiatique : c’est donc le jeune Jolan qui devient le centre du récit, même si Sente semble ne pas avoir eu le courage de se débarrasser du père (trop) charismatique - on a vraiment l'impression d'un rétropédalage sans doute imposé par l'éditeur. Après Moi, Jolan et Le Bouclier de Thor, épisodes charmants où Jolan apprenait à dominer ses pouvoirs, à en relativiser l’importance (il se retrouve dans un groupe de jeunes gens tout aussi « doués ») et surtout à user de qualités plus adultes – et directement inspirées de son père – pour s’imposer, à présent on a droit à la révélation des buts cachés de Manthor, ce mage aux pouvoirs énormes sur lequel les dieux eux-mêmes n’ont pas de prise. 


C’est que Manthor nourrit un rêve secret, lié à sa mère, déesse déchue : il désire lui redonner ce qu’elle a perdu, et pour cela, il lui faut quelqu’un pour aller en Asgard quérir un fruit magique. Jolan est cet élu : il devra puiser en lui beaucoup de courage et de détermination mais aura également besoin d'un minimum de chance, sachant qu’il risque de trouver Thor (présenté comme un dieu rustre et colérique, bien loin de l’imagerie Marvel) et surtout le fourbe Loki sur son chemin. Naguère, son père put compter sur son ingéniosité et son charme pour se sortir d’épreuves similaires en Asgard ou dans le Deuxième Monde (lieux où aucun mortel n'avait réussi à survivre jusque lors). Jolan, lui, dispose d'atouts différents, et il aura pour alliés tous les pantins animés de son "Armée qui vit". 


Mais sera-ce suffisant pour tromper la vigilance d'êtres divins (et plutôt vindicatifs) ? Rien n'est moins certain, d'autant que les motivations de Manthor, révélées dans le volume précédent, ne seront sans doute pas du goût des membres de ce panthéon de divinités un peu trop sûres d'elle, concentrées sur leurs petites querelles et incapables de concevoir qu'un humain puisse interférer avec leur existence immortelle. Comme dans les grands récits mythologiques, les héros sont ceux qui se montrent aptes à déceler les failles d'êtres supposément omnipotents, mais souffrant pourtant des mêmes défauts que les mortels.


On retrouve par moments la magie qui opérait dans les pages rédigées par Van Hamme, bien que le souffle épique peine à nous éblouir (peut-être parce qu’on a plus de mal à s’identifier à un garçonnet astucieux qu’au beau et valeureux Viking à la cicatrice ?). La partie « terrienne » avec la course poursuite engagée par Thorgal justement est le parent pauvre de l'album : convenue et tirant en longueur, elle ne semble exister que dans le but d’emmener notre héros jusqu’aux confins orientaux, ouvrant ainsi davantage encore l'univers vers l'Orient (après avoir voyagé en Afrique, en Amérique et dans le Grand Nord).



Les dessins de Rosinski ont repris manifestement de la vigueur, avec toujours ce soin apporté aux visages (quoique légèrement plus anguleux qu’auparavant, avec des rictus faisant penser aux personnages de Clayton Crain) : c’est, avouons-le, très agréable à suivre. La suite ne sera pas toujours de cet acabit.  


Voir aussi :

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Beau et plein de péripéties.
  • Rosinski en pleine forme.
  • Moins de SF et plus de magie : Asgard !


  • Décousu et parfois convenu.
  • Jolan est sympathique mais n'a pas encore les épaules pour endosser le costume de héros.
  • Yves Sente fait du bon boulot mais l'absence de Van Hamme se fait malheureusement sentir.