Thorgal #32 : la Bataille d'Asgard
Publié le
26.1.26
Par
Vance
Dans l'épisode 29 (Le Sacrifice) de cette très belle saga de bande dessinée mêlant mythologie, aventures, histoire et science-fiction (cf. notre "First Look" sur le premier épisode), l'illustre Jean Van Hamme rédigeait son dernier scénario et, officiellement, le héros éponyme Thorgal passait au second plan au profit de son fils aîné, Jolan, né avec d'incroyables capacités héritées de ses ancêtres venant des étoiles (des pouvoirs de télékinésie pouvant altérer la matière jusqu'à la transformer). C'est Yves Sente qui devait prendre la relève, Grzegorz Rosinski restant aux pinceaux. Une tâche pas du tout évidente que de passer après un créateur multi-récompensé.
Le « relaunch » de la série, s’il ne permet pas encore de nous offrir des moments aussi épiques et intenses que par le passé, distille un parfum agréable de saga initiatique : c’est donc le jeune Jolan qui devient le centre du récit, même si Sente semble ne pas avoir eu le courage de se débarrasser du père (trop) charismatique - on a vraiment l'impression d'un rétropédalage sans doute imposé par l'éditeur. Après Moi, Jolan et Le Bouclier de Thor, épisodes charmants où Jolan apprenait à dominer ses pouvoirs, à en relativiser l’importance (il se retrouve dans un groupe de jeunes gens tout aussi « doués ») et surtout à user de qualités plus adultes – et directement inspirées de son père – pour s’imposer, à présent on a droit à la révélation des buts cachés de Manthor, ce mage aux pouvoirs énormes sur lequel les dieux eux-mêmes n’ont pas de prise.
C’est que Manthor nourrit un rêve secret, lié à sa mère, déesse déchue : il désire lui redonner ce qu’elle a perdu, et pour cela, il lui faut quelqu’un pour aller en Asgard quérir un fruit magique. Jolan est cet élu : il devra puiser en lui beaucoup de courage et de détermination mais aura également besoin d'un minimum de chance, sachant qu’il risque de trouver Thor (présenté comme un dieu rustre et colérique, bien loin de l’imagerie Marvel) et surtout le fourbe Loki sur son chemin. Naguère, son père put compter sur son ingéniosité et son charme pour se sortir d’épreuves similaires en Asgard ou dans le Deuxième Monde (lieux où aucun mortel n'avait réussi à survivre jusque lors). Jolan, lui, dispose d'atouts différents, et il aura pour alliés tous les pantins animés de son "Armée qui vit".
Mais sera-ce suffisant pour tromper la vigilance d'êtres divins (et plutôt vindicatifs) ? Rien n'est moins certain, d'autant que les motivations de Manthor, révélées dans le volume précédent, ne seront sans doute pas du goût des membres de ce panthéon de divinités un peu trop sûres d'elle, concentrées sur leurs petites querelles et incapables de concevoir qu'un humain puisse interférer avec leur existence immortelle. Comme dans les grands récits mythologiques, les héros sont ceux qui se montrent aptes à déceler les failles d'êtres supposément omnipotents, mais souffrant pourtant des mêmes défauts que les mortels.
Les dessins de Rosinski ont repris manifestement de la vigueur, avec toujours ce soin apporté aux visages (quoique légèrement plus anguleux qu’auparavant, avec des rictus faisant penser aux personnages de Clayton Crain) : c’est, avouons-le, très agréable à suivre. La suite ne sera pas toujours de cet acabit.
Voir aussi :
- Thorgal #3 : Les Trois Vieillards du pays d'Aran
- Thorgal #35 : Le Feu écarlate
- Thorgal #39 : Neokóra
- Thorgal Saga : Wendigo
- Thorgal Saga : Shaïgan
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