La longue marche de Lucky Luke
Par



Nouvel album hommage au héros de Morris : La Longue Marche de Lucky Luke.

Luke est mandaté par un riche entrepreneur pour retrouver son neveu, aperçu par un trappeur dans une tribu d'Amérindiens, les Pieds-Bleus. Le cow-boy solitaire localise l'enfant, mais il ne tarde pas à s'apercevoir que son patron souhaite en réalité se débarrasser de cet héritier gênant, qui pourrait le déposséder de ses biens. D'ailleurs, le richissime et terrible Cramp a engagé d'autres mercenaires pour lui ramener le gamin. Dont les célèbres frères Dalton.
Les Pieds-Bleus, conscients du danger, confient alors l'enfant à Luke. Ce dernier doit lui faire passer la frontière canadienne, afin qu'il puisse faire valoir ses droits. Mais le voyage ne sera pas de tout repos, d'autant que la cohabitation entre l'homme qui tire plus vite que son ombre et l'enfant s'avère pour le moins compliquée...

Après L'homme qui tua Lucky Luke et Wanted Lucky Luke, voilà un troisième opus de Matthieu Bonhomme (qui signe scénario, dessins et colorisation). Le travail de l'auteur, qui modernise grandement le personnage tout en conservant ses bases et de nombreuses références, est toujours aussi bon. Visuellement, les planches sont très belles, la colorisation, subtile et maîtrisée, permettant de magnifier les décors enneigés. Le scénario, quant à lui, est également plus "sérieux" que celui de la série classique. Cela projette Luke dans un cadre plus réaliste (toute proportion gardée, on n'est tout de même pas sur du Blueberry) et donne une impression de douce évolution, contrôlée et mesurée. 




Au niveau de l'intrigue, nous avons ici un récit très classique, de "grand méchant riche" détruisant les terres des "gentils sauvages" et voulant buter un gamin innocent. C'est donc surtout dans la relation entre Luke et l'enfant qu'il doit protéger que vont se nicher les moments les plus intéressants. L'auteur joue en effet sur le côté solitaire du célèbre cow-boy, sur ses maladresses parfois (du moins, dans la communication avec un marmot), pour faire surgir de l'émotion entre deux cases. Quelques moments attendrissants viennent ainsi rythmer les pérégrinations des deux héros, ce qui donne une certaine profondeur à l'ensemble.

L'humour, subtil, est lui aussi de la partie, avec un Luke, paniqué, qui refuse de fumer avec les Amérindiens pour sceller un pacte, allusion amusante au fait que la censure est passée par là il y a maintenant de nombreuses années, remplaçant les clopes du vieux baroudeur par des brindilles d'herbe (ce qui lui vaudra d'ailleurs un surnom étonnant). L'arrivée des Dalton, en invités "de luxe", est aussi une source de gags, même si globalement, le lecteur reste un peu sur sa faim, la confrontation entre eux et Luke étant finalement assez convenue. 

Revenons également sur le format, ici du 74 planches, ce qui est un énorme point positif, le classique et totalement obsolète format 44 planches étant de nos jours une contrainte absurde qui nuit à bien des récits. Le bon format pour une histoire devrait être calculée au cas par cas, selon ce que l'auteur souhaite développer et selon son style. C'est donc une très bonne chose, Bonhomme pouvant se permettre, dans cet album, d'avoir de grandes cases rendant justice aux décors les plus impressionnants ou d'oser de longues scènes silencieuses qui installent une atmosphère particulière et nourrissent le suspense. 

Un bon album, agréable à l'œil et bien conçu. 





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Des planches magnifiques, avec notamment une colorisation au top.
  • Un récit classique mais solide.
  • Un Luke très humain, dévoilant quelques failles.
  • Un format permettant de ne rien précipiter et d'offrir des décors extra-larges.
  • La couverture de l'édition standard, sublime. 
  • Les Dalton, employés d'une manière un peu trop classique.
  • Le mythe des méchants Blancs et des gentils Amérindiens, trop servi pour être encore digeste, surtout à une époque où des mondialistes sans âme ni honneur poussent les peuples européens à la détestation d'eux-mêmes.