First Look : Blueberry
Publié le
3.5.26
Par
Nolt
Retour sur le premier album de Blueberry : Fort Navajo.
C'est en 1963 que la série Blueberry est lancée dans le journal Pilote. Le premier album sera publié en 1965, chez Dargaud. Jean-Michel Charlier (cf. ce dossier consacré à l'auteur) en est le scénariste. Il est associé à Jean Giraud au dessin, qui livre des planches réalistes, au style dynamique : les visages sont expressifs, certains décors grandioses, bien que trop souvent "enfermés" dans des cases trop petites. Déjà, dès les premières pages, on sent la profonde maîtrise du duo. Mais le souffle épique vient bien de Charlier. En effet, à une époque où bien des scénaristes raisonnent encore en termes de pages, voire de strips (avec des "chutes" régulières et des scènes plus ou moins indépendantes), Charlier pense déjà ses intrigues en albums, et même en cycles (ce qu'il fera aussi sur Buck Danny par exemple). C'est celui des guerres indiennes qui débute avec ce Fort Navajo, qui introduit le lieutenant Blueberry.
Le personnage principal se veut quelque peu différent du héros traditionnel, lisse et sans défauts. Blueberry est indiscipliné, bagarreur, insolent, il triche au poker, boit quand il en a l'occasion... bref, même s'il fera également preuve de ruse, de courage et de noblesse d'âme, c'est un type rude, plutôt à l'aise dans l'Ouest sauvage. Notons qu'il a également fait la guerre de Sécession, ce qui est précisé dès le début de ses aventures, même s'il faudra attendre la série dérivée, La Jeunesse de Blueberry, pour connaître les détails de cette période traitant de la guerre civile.
Fort Navajo commence avec une scène de présentation très classique dans l'imaginaire western. Blueberry est confronté à des types quelque peu irrités par le fait qu'il triche au poker et les soulage ainsi de leurs dollars. Cela permet au lecteur de se rendre compte de l'habileté du héros lorsqu'il manie les Colt, mais aussi de son flegme et de son arrogance, signe d'une longue expérience.
Le reste de ce premier épisode de 46 planches accumule ce qui n'étaient pas encore complètement des clichés pour l'époque : le type haïssant les Amérindiens, l'officier inexpérimenté mais courageux, la guerre totale menaçant à cause des agissements de certains inconscients... mais si ces ingrédients fonctionnent encore aujourd'hui, c'est essentiellement grâce à la recette Charlier.
Il est peu de dire que l'auteur maîtrise l'art narratif à la perfection. Le découpage est intelligent, les effets bien amenés, les dialogues ciselés et intemporels (un savoir-faire perceptible également dans Tanguy et Laverdure). Sans aucun manichéisme, Charlier décrit un Ouest sauvage, âpre, dangereux, mais d'où l'honneur et l'héroïsme ne sont pas absents. Blueberry y fait figure de balise morale, malgré ses excès ou défauts, et d'exemple de débrouillardise (se sortir d'une situation épineuse grâce à une tête bien faite sera l'une des caractéristiques des héros créés par le scénariste, que ce soit Valhardi, Marc Dacier, les scouts de La Patrouille des Castors ou Éric dans Barbe Rouge).
Voilà donc une belle entrée en matière pour Blueberry, qui va par la suite devenir marshal, hors-la-loi, et rencontrer un tas de figures historiques, de Cochise (dans ce premier récit) à Wild Bill Hickok, en passant par Wyatt Earp ou encore le général Grant, devenu président des États-Unis.
Un album installant parfaitement un personnage qui deviendra mythique.
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