Thorgal : la Trilogie de Brek Zarith
Publié le
1.5.26
Par
Vance
Reprenons le cours des aventures de notre Viking préféré [voir le Dossier Thorgal] en abordant le premier arc narratif important de la saga (bien que l'on puisse considérer que les deux premiers volumes se suivent directement). Il arrive juste après Les Trois Vieillards du Pays d'Aran qui lançait véritablement la franchise sur les rails qui allaient faire son succès. La "Trilogie de Brek Zarith" (dénomination non officielle) va ainsi constituer le creuset des trois facettes spécifiques du personnage : son appartenance à un peuple nordique de marins explorateurs et conquérants ; ses origines extraterrestres ; sa capacité à entrer dans le domaine des dieux et à en ressortir vivant.
En nous présentant de manière équilibrée ses qualités intrinsèques (astuce, adresse, équité et surtout une volonté hors du commun) dans des péripéties mêlant magie mystique et science futuriste, Jean Van Hamme en fait un héros typique des univers d'heroic fantasy chers à Michael Moorcock (destin funeste, magie du Chaos, sciences de la Loi et dimensions parallèles). Par sa nature, mais également grâce à ses aptitudes, Thorgal est apte à défier les dieux du panthéon scandinave - et il le fera plus souvent qu'à son tour, même si cela ne sera jamais volontairement.
À l'issue de l'épisode 3, Thorgal repartait avec son épouse Aaricia pour se retirer loin des terres vikings où il avait grandi : les raids incessants menés par ses congénères le répugnent, lui qui refuse d'ôter la vie de son prochain sans raison autre que celle de défendre ses proches. N'aspirant qu'à la paix et la tranquillité, il se dirigeait vers le sud dans l'espoir d'y dénicher un endroit paisible où il pourrait faire souche.
Épisode 4 : La Galère noire
Thorgal est enfin heureux. Sa femme est enceinte de lui et leur existence dans ce petit village de pêcheurs représente tout ce qu'il souhaitait. Il aide la communauté de paysans autant qu'il le peut et Caleb, le chef de celle-ci, lui dit combien sa présence est précieuse. Il n'empêche que, de temps à autre, il aime à s'esquiver avec son cheval pour retrouver un peu de ce qu'il a laissé derrière lui : la joie sauvage de galoper cheveux au vent sur la plage lui fait oublier les contraintes des corvées quotidiennes et le caractère routinier de sa nouvelle vie.
Évidemment, un coup du sort vient bouleverser cette sérénité inespérée : d'abord Shaniah, la fille de Caleb, qui s'éprend de lui (on peut la comprendre : une ado qui s'ennuie et voit dans ce bel étranger un passeport pour l'aventure). Puis un fuyard qui lui vole son cheval. Un fuyard que des troupes de guerriers lourdement armés viennent chercher le lendemain matin : c'est alors que Shaniah accuse Thorgal d'avoir favorisé la fuite de cet homme...
Si l'on ne tient pas compte de la suite, l'épisode possède des ressorts dramatiques similaires aux précédents. Il est centré sur la captivité de Thorgal qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour résister, s'enfuir et regagner le village et les bras de sa bien-aimée. L'album va dès lors insister sur son extraordinaire persévérance, qui provoquera l'ire du prince Véronar à la tête de ce détachement de soldats (le fils de Shardar-le-Puissant, un monarque régnant sur une partie des Îles britanniques) mais également l'admiration de l'officier commandant, qui sait reconnaître la valeur d'un homme.
Le découpage reproduit également le déracinement du personnage principal : on passe de la stabilité terrienne des paysans à l'enfer des cales de la galère, d'un éclairage solaire à la pénombre.
Pour l'heure, nulle magie ou référence aux origines de Thorgal, mais une fin terrible, pleine de désespoir et marquée du sceau de la fatalité. Notre héros s'en sortira vivant, de justesse, mais aura perdu le goût de vivre. Malgré le titre et le drame, Rosinski utilise une palette de couleurs très vives qui constituent un agréable contraste : les champs de blé, les paysages maritimes, les maquillages de la cour du prince illuminent les pages dont certaines adoptent un découpage dynamique.
Épisode 5 : Au-delà des ombres
Un an a passé depuis la tragédie. Shaniah s'occupe comme elle peu de Thorgal qui n'est plus que l'ombre de lui-même, plongé dans la léthargie, pauvre hère s'enfonçant dans le chagrin. Cette fois, les dessins épousent sa psyché : les premières pages sont des scènes nocturnes baignées de gris sale et d'ocres. Des pastels qui resteront ternes pendant une bonne partie du volume.
Voici qu'un voyageur fortuné s'enquiert de Thorgal : il a besoin de lui pour une mission dont il serait le seul être sur Terre à pouvoir l'accomplir. Il travaille pour un noble qui cherche à reconquérir son trône. Mais avant de pouvoir faire de Thorgal leur allié, il leur faudra le réveiller de sa torpeur. C'est alors que, usant d'une ancienne magie, le voyageur persuade notre héros qu'il a le pouvoir de sauver sa femme - mais qu'il lui faudra aller en un lieu dont lui seul est revenu : le Deuxième Monde.
C'est là que la série devient une saga : des lieux et des personnages récurrents apparaissent et font progresser l'intrigue comme notre connaissance du destin singulier de Thorgal. Divinités, magie et illusions vont dominer cet opus qui marque une forme de résurrection et augure d'une suite pleine de révélations.
Épisode 6 : La Chute de Brek Zarith
Thorgal et le prince déchu Galathorn fourbissent leur plan : avec l'aide des Vikings de Jorund-le-Taureau, ils envisagent de faire tomber Shardar et de reprendre le trône de Brek Zarith. Évidemment, les motivations de Thorgal ne sont pas aussi triviales : s'il a une chance de sauver son épouse, il la saisira, quitte à s'allier à ses anciens congénères.
Pendant ce temps, Shardar mène des expériences sur Aaricia, usant d'une magie ancienne qui lui révèle des secrets insoupçonnés. Il sait également que, non seulement une armée s'apprête à débarquer, mais que ses propres courtisans fomentent un complot...
Un album tourbillonnant, avec un antagoniste terriblement malin et manipulateur, doté de connaissances assez déroutantes qui lui permettent d'anticiper sur les événements futurs tout en usant de stratagèmes antiques.
L'appât de l'or aura raison de bon nombre de personnages de valeur mais Thorgal, animé d'intentions plus pures, triomphera de tous les pièges et artifices semés sur sa route. Jusqu'à la surprise finale.
Trois épisodes qui marquent incontestablement un tournant dans la saga, l'orientant vers un récit plus mûr, plus adulte, plein de bruit, de fureur et de tragédies. C'est plus sanglant, plus épique et plus onirique, et Rosinski affirme son coup de pinceau avec des teintes plus osées, des dominantes pourpres et des visages mieux définis.
La révélation finale entraînera une pause dans la saga qui dévoilera ensuite quelques éléments de la jeunesse de Thorgal, avant l'arc le plus réussi de toute la série.
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