La Malédiction qui s'abattit sur Gotham
Publié le
9.8.26
Par
Nolt
Retour sur un comic plongeant Batman dans l'univers de Lovecraft.
Port de Gotham. Années 1920. Un navire se traîne depuis la Terre Victoria, perdue au sein de l'Antarctique. Dans ses cales se trouve une découverte majeure extraite de la froide poigne de glaces anciennes. Mais, alors qu'un Bruce Wayne encore hanté par un passé lointain et sanglant retrouve sa ville, un mal obscur commence à se répandre dans les rues de la cité. Dans l'ombre, un puissant sorcier manipule des forces terribles et impies.
Pour Batman, c'est un nouveau combat qui débute. Un combat contre des forces titanesques et d'anciennes entités à l'insatiable appétit.
Sortie en version française en 2016, cette mini-série en trois épisodes a été écrite plus d'une quinzaine d'années auparavant par Mike Mignola (Hellboy) et Richard Pace. Les dessins sont l'œuvre de Troy Nixey. Commençons par cet aspect qui, s'il n'est pas totalement raté, est loin d'être parfait. Nixey s'attache ici à créer une ambiance gothique et sinistre, amplifiée par la colorisation de Dave Stewart. Les beiges et ocres et les bleus glacés contrastent fortement avec les plus menaçants et éclatants verts et jaunes, le tout servi par des aplats et de profonds noirs qui rappellent le propre style de Mignola. C'est donc loin d'être laid, malheureusement, Si les décors sont relativement réussis, des visages méconnaissables, aux traits maladroits, et une mise en scène souvent confuse viennent brouiller cet aspect graphique qui s'avère au final décevant.
Concernant le scénario, le choix des auteurs peut sembler pour le moins douteux. Tout ici est basé sur l'atmosphère et la relecture des alliés ou ennemis du Dark Knight, ce qui ne serait pas forcément une mauvaise idée si un semblant d'histoire venait soutenir ce cauchemar gothamien et lovecraftien. Or, l'écriture est d'une pauvreté affligeante. L'intrigue est convenue et minimaliste ; les personnages ne sont absolument pas développés (ils ne suscitent donc aucune émotion, à l'exception peut-être d'un Harvey Dent particulièrement horrifique, mais tout l'effet repose sur le visuel uniquement) ; les affrontements sont illisibles ; quant aux dialogues, ils sont plats et servent essentiellement à faire passer des informations au lecteur.
Tout cela donne un récit assez lourdingue et loin d'exploiter le potentiel des Grands Anciens menaçant Gotham. D'autant que l'univers parallèle, hors continuité, permettait de laisser libre cours aux plus folles idées. Eh bien les idées, ne les cherchez pas, il n'y en a pas.
Concernant l'édition publiée par Urban Comics, on reste sur du très passable. L'éditeur se plante dès le résumé de quatrième de couverture en annonçant que le navire de Wayne revient du Grand Nord. Ah, pas de bol, l'Antarctique, c'est au sud (la même erreur figure d'ailleurs encore à ce jour sur le site de l'éditeur). Rien de bien grave, mais ça dénote tout de même au minimum une certaine... nonchalance. D'autant que la traduction n'est pas exempte d'erreurs, avec toujours cette incapacité apparente des traducteurs à comprendre la concordance des temps. ("Je savais que je mourrai ici" : impossible d'employer le futur dans cette phrase, c'est le conditionnel présent qui doit impérativement suivre le verbe au passé, donc "que je mourrais ici". Si l'on prononce correctement le verbe, la faute se perçoit même phonétiquement.)
Notons toutefois que l'ouvrage contient également en bonus l'épisode Batman : Legends of the Dark Knight #54, écrit et dessiné par Mignola. L'intérêt intrinsèque est très discutable mais ça a le mérite de rester dans le thème. Divers crayonnés ainsi que quelques planches préliminaires de Richard Pace complètent le tout.
Un récit qui, sur le papier, avait tout pour devenir mythique mais dont la faiblesse du scénario, tant au niveau des enjeux que des personnages, le condamne à la catégorie des simples curiosités.
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