Publié le
28.3.17
Par
Nolt
L'on découvre aujourd'hui un récit bouleversant et d'une rare qualité dont le titre est une question quelque peu énigmatique : Où sont passés les grands jours ?
Cette BD en deux tomes, publiés en 2014 et 2015, est éditée chez Bamboo, dans la collection Grand Angle. Le scénario est de Jim, les dessins et la colorisation sont d'Alexandre Tefenkgi.
Autant vous prévenir tout de suite, le récit ne contient
pas d'enquête policière, de combats, de vaisseaux spatiaux, de dragons ou de vampires, il s'agit d'une réflexion, douce-amère, sur la vie. La vraie. Et ça n'en reste pas moins extrêmement plaisant à lire. Une histoire qui peut se rapprocher d'un Blankets par exemple, au moins en termes de qualité. C'est vous dire si les auteurs sont bons.Où sont passés les grands jours se trimballe tout de même deux petits défauts, que l'on va évacuer immédiatement, histoire d'être tranquille. Tout d'abord, les points de suspension sont utilisés n'importe comment. Et tout le temps. Ah si vous aimez ça, vous allez vous régaler, il y en a partout : à la place des points, après les points d'exclamation, après les points d'interrogation... c'est du déstockage de masse. Plus sérieusement, la ponctuation a un sens, une fonction dans le texte, et balancer comme ça des points de suspension partout, ça les rend inefficaces. C'est comme s'il n'y en avait pas. Sauf qu'il y en a et que c'est gonflant.
Deuxième point, l'aspect juvénile du visage des personnages. Ils sont censés avoir la quarantaine alors qu'ils font à peine vingt ans. Mais bon, on finit par s'y faire.
Il y aurait bien encore un ou deux trucs à soulever, sur les élisions sauvages ou quelques répétitions, mais on va dire qu'on n'en a rien à foutre étant donné... qu'on n'en a rien à foutre.
Et avant de passer à la longue liste des qualités, voyons un peu le pitch.
Hugo est lettreur. Il vit avec Alice et leur petite fille. Il rêve d'écrire. Mais depuis quelque temps, il déconne. Vraiment. Parce qu'il ne digère toujours pas le suicide de son meilleur ami, Fred. Il se plonge dans d'anciens souvenirs, met son couple en danger, ment à ses amis. Il a gardé le numéro de Fred dans son portable, alors un jour, il l'appelle. Et quelqu'un répond. Bien sûr, ce n'est pas son vieux pote, le numéro a simplement été réattribué, mais Hugo décide de se confier à cet inconnu. De l'appeler Fred. Parce que Hugo ne va vraiment, vraiment pas bien.
Commençons par l'aspect graphique : un pur régal. Les plans sont bien pensés, le style est efficace, esthétique et rehaussé de jeux de lumière travaillés et d'une colorisation tout en douceur et en tons pastel. L'on peut noter également quelques métaphores graphiques qui ne sont pas dégueulasses. C'est beau, c'est propre, ça claque.
Niveau écriture, c'est simple : c'est excellent
. Et pourtant, avec ce genre de sujets, l'on peut vite tomber dans le larmoyant, le sentencieux, voire l'ennui. Autant d'écueils habilement évités par le scénariste. L'histoire est à la fois subtile, profonde, passionnante, émouvante et drôle. Ah ben, si c'est pas un vieux combo des familles ça !L'on pourrait croire que ce n'a rien à faire dans ce genre de récit, mais Jim parvient à maintenir un réel suspense sur plusieurs points que l'on ne découvre que peu à peu. L'intérêt est constant. Il aborde également des sujets importants et universels sans en faire des caisses, en attirant gentiment le lecteur à lui (un lecteur, c'est une bestiole fragile, lorsque l'on veut le faire aller quelque part, mieux vaut lui prendre doucement la main que lui filer des coups de pied au cul).
Les réflexions sont pertinentes, certaines scènes très drôles viennent alléger un peu l'atmosphère (on est bien d'accord que l'on n'est pas du tout devant un Gaston Lagaffe hein là ? on parle de suicide, de gens qui se déchirent...) et l'on se prend régulièrement de grandes bouffées d'émotion en pleine gueule. Et ce n'est pas tout.
Le personnage principal, très loin d'être monolithique, est si bien écrit que l'on éprouve d'abord de la sympathie pour lui, avant d'avoir envie de lui péter la gueule, puis de le prendre en pitié, bref, non seulement c'est un joli
maelström émotionnel (pas si facile que ça à créer, surtout à propos d'un seul protagoniste), mais cela rend compte en plus de la complexité de l'individu (pas juste Hugo, les gens en général) qui ne peut se résumer à son seul plus grand défaut... ni à ses seules qualités.Et faire en sorte que Hugo ne soit pas juste un logo mais une vraie personne, cohérente mais avec ses contradictions et ses parts d'ombre, c'est fort.
Au fil de ces 150 pages, les auteurs évoquent, avec justesse et pudeur, l'amitié, la jeunesse perdue, la solitude, les amours, les saloperies du quotidien. Et deux ou trois autres trucs.
Où sont passés les grands jours ? fait partie de ces livres qui ont un effet réel sur vous. Qui changent votre façon de voir le monde. Pas forcément pour toujours, les mauvaises habitudes reviennent vite, mais qui vous laissent entrevoir autre chose que la grisaille et l'aigreur.
Il y a trop de choses vraies dans cette BD pour qu'elle ne fasse pas mal. Mais c'est une bonne douleur. Une douleur qui contribue à entamer cette croûte que l'on acquiert au fil des ans et qui contribue à vous désensibiliser. Comme si nos sens étaient nettoyés, notre regard affuté, notre vie plus lumineuse.
C'est pour cela que l'on continue à tourner des pages. Pour se faire un peu secouer, certes, mais surtout pour se sentir un peu plus propre, reboosté, revitalisé. Et là pour le coup, l'on se dit que l'on a parfaitement rentabilisé jusqu'au moindre centime de cet achat.
À ne pas rater.
Vraiment, c'est pour votre bien.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
26.3.17
Par
Nolt
Nous vous avions déjà parlé de
cette sitcom de manière succincte lors d’une sélection, totalement subjective,
de séries cultes. Mais Seinfeld mérite bien d’avoir une chronique dédiée tant
la série est, encore aujourd’hui, unique et incroyablement efficace.
Les 178 épisodes vont être
diffusés entre 1989 et 1998 sur NBC. En France, il faudra attendre 1993 pour
une diffusion, confidentielle, sur Canal+. De nos jours encore, la série est
dramatiquement méconnue dans nos contrées malgré sa qualité. Et lorsqu’elle est
diffusée sur un canal anonyme dans les profondeurs d’une
box, c’est souvent
en… français uniquement. Et ça, c’est inacceptable.
box, c’est souvent
en… français uniquement. Et ça, c’est inacceptable.
Parce qu’il faut absolument
voir cette série en VO. Tant pis si vous ne maîtrisez pas bien l’anglais et que
vous n’aimez pas les sous-titres, c’est indispensable. D’une part parce que la
VF est dégueulasse. Mais vraiment dégueulasse. Ensuite parce que la simple
intonation des voix en VO est un plus énorme qui fait que l’on ne regarde plus
tout à fait la même chose.
Au niveau du pitch, c’est très
simple, c’est une série sur rien. Comme l’explique Jerry Seinfeld, d’une façon
un peu provocatrice (mais pas totalement fausse) : « a show about
nothing ».
En réalité, il s’agit de la
vie de Jerry Seinfeld, humoriste de stand-up très connu aux États-Unis,
accompagné de son meilleur ami George, de son ex, Elaine et de son voisin,
Kramer.
Un épisode peut être centré
sur le fait d’attendre une table dans un restaurant ou sur la rareté d’une
place de parking libre dans New York par exemple. C’est ce qui fait dire aux
auteurs (Seinfeld et Larry David) que la série ne porte sur « rien »
alors qu’elle aborde tout.
L’élément essentiel qui
contribue au ton particulier de la série, c’est qu’elle ne respecte pas du tout
les codes politiquement corrects de la sitcom classique. Peut-être ne l’avez-vous
pas remarqué, mais dans la plupart des sitcoms, il y a une morale et des
moments « émouvants ». Elles n’ont pas pour seul but de faire rire
mais aussi de démontrer quelque chose. Et ce, quelle que soit la qualité de la
sitcom. Dans Friends par exemple, il y a des passages obligés où les personnages sont
blessés, souffrent, se disputent, puis font un pas en avant et se réconcilient.
La morale est toujours sauve. La situation conflictuelle toujours résolue
positivement. Dans Larry & Balki (Perfect Strangers), de la même manière
Larry va apprendre très souvent de Balki (ou plus rarement, inversement). L’un
des personnages nourrit l’autre et le fait grandir. Et il y a aussi cet aspect
dans Alf. Ou les Simpson. Il y a toujours un moment où un dilemme sérieux (dont
on a ri) est résolu par une morale acceptable socialement.
On rigole mais on respecte les
conventions.
Dans Seinfeld, ce rapport à la
morale n’existe pas. Ce qui en fait une série plus acide, plus réaliste et…
bien plus drôle.
Attention, il ne faut pas en
déduire que les personnages n’ont pas de limites. Ils ne vont pas jusqu’à tuer
des gens par exemple. Enfin… non, bref, disons qu’ils ne vont pas jusque-là
pour simplifier. Mais ils n’ont pas ce « recul » bienséant qui
caractérise habituellement les personnages. Ils ne « grandissent »
pas, surfent sur leurs défauts, n’apprennent jamais, sont égoïstes, pleutres,
manipulateurs. Bien que jamais méchants volontairement, ils ne tirent pas de leçons de ce qu'ils vivent. Ce qui est une rupture énorme dans la manière classique de raconter des histoires.
Jerry Seinfeld est le pivot
central, le personnage le plus lisse bien qu’il ne soit pas exempt de défauts, ses
blagues « innocentes » peuvent d’ailleurs avoir un effet désastreux
(cf. le cas des enfants qui aiment les poneys). Il peut se montrer lâche,
condescendant, content de lui, et pourtant, il fait office de personnage
raisonnable et mature si on le compare à son entourage.
George Costanza est pour
beaucoup le personnage le plus attachant de la série. À moitié chauve, courtaud,
complexé, instable et totalement immature, il est celui qui se retrouve dans
les situations
les plus improbables (son test de QI ou le message chanté sur
son répondeur restent des moments cultes pour les fans). Il est celui que l’on
aimerait voir gagner mais qui échoue systématiquement. Il est cependant loin d’être
idiot, c’est aussi cela qui en fait un personnage en dehors des normes, car son
intelligence et sa culture ne l’aident en rien (du coup… pas de morale).
les plus improbables (son test de QI ou le message chanté sur
son répondeur restent des moments cultes pour les fans). Il est celui que l’on
aimerait voir gagner mais qui échoue systématiquement. Il est cependant loin d’être
idiot, c’est aussi cela qui en fait un personnage en dehors des normes, car son
intelligence et sa culture ne l’aident en rien (du coup… pas de morale).
Elaine Benes, seul personnage
féminin important dans la série, est plus anecdotique. C’est un peu une
Seinfeld bis dans le sens où elle a ses défauts et qualités. Elle est dans la
norme, n’a pas de peine à séduire, mais échoue à construire sur le long terme,
souvent parce que ses exigences, comme celles de Jerry, sont basées sur des
détails et une recherche de la perfection qui confine à la sociopathie. Elle se
montre également superficielle à de nombreuses occasions, surtout dans ses
relations amoureuses, et confirme ainsi le caractère révolutionnaire de la
sitcom, osant présenter un personnage féminin comme dévoré par les mêmes démons
que les protagonistes masculins (ce qui est très, très rare).
Enfin, Cosmo Kramer est un
personnage lunaire, à part, qui sera même décrit, pour son manque de tact,
comme « une plante et non un être humain ». Il peut néanmoins faire
preuve d’empathie, mais sa maladresse chronique en fait une calamité ambulante.
C’est le plus « visuel » des personnages en cela qu’il montre son
inadaptation à la société en se frottant physiquement à ses symboles (ouvrir
une porte, conduire un véhicule ou porter un paquet est une épreuve épique pour
lui).
La thématique est très
difficile à définir puisque le point de départ de la série est de toucher à tout,
donc à rien de spécifique [1]. L’on peut tout de même classer les sujets en deux
catégories : les sujets structurants, qui vont soutenir tout un épisode,
et les sujets anecdotiques, qui vont enrichir une conversation ou une scène
unique.
Dans le cas des sujets
anecdotiques, l’on peut par exemple avoir un débat (très sérieux) sur le fait que Superman ait
ou non un super-sens de l’humour. En ce qui concerne les sujets structurants,
cela peut être le fait de prendre une limousine qui ne vous était pas destinée,
ou le choix du prénom d’un enfant. Oui, il y a de quoi faire des histoires avec
ça. Et de bonnes histoires (cf. cet article).
En dehors de cela, la série
regorge de moments épiques, où il faut par exemple absolument remplacer la cassette
(on est dans les années 90, OK ?) d’un répondeur. Ou rendre un stylo. Si
les running gags sont nombreux (les bretzels, l’architecte…), les références
externes à la série sont parfois également mythiques, comme la reconstitution d’une
sortie
de stade où quelqu’un a craché sur les protagonistes des années
auparavant, qui parodie la reconstitution du parcours de la « balle
magique » dans le procès final du JFK d’Oliver Stone. Incompréhensible si
l’on n’a pas vu le film mais magistral si on a la scène en tête.
de stade où quelqu’un a craché sur les protagonistes des années
auparavant, qui parodie la reconstitution du parcours de la « balle
magique » dans le procès final du JFK d’Oliver Stone. Incompréhensible si
l’on n’a pas vu le film mais magistral si on a la scène en tête.
La série, en plus de quelques
récompenses (dont l’Emmy Awards et le Golden Globe de la meilleure série
comique), a fait un carton d’audience sur NBC et a été régulièrement citée
parmi les séries exceptionnelles : en 2002, TV Guide lui attribue le titre
de meilleure série de tous les temps. Depuis, elle atteint régulièrement le
podium de tous les classements (tapez sur Google « best sitcom ever »,
vous la verrez toujours parmi les premiers). En 2016… la série, soit près de 20
ans après sa fin, est encore classée en cinquième position dans le top 100 du
magazine Rolling Stone (qui regroupe des séries et aussi des émissions), juste après
Breaking Bad et Mad Men [2].
Si vous n’avez pas vu Seinfeld…
c’est dommage, parce que c’est carrément un truc qu’il faut voir au moins une
fois, mais ce n’est pas grave, parce que ça n’a pas vieilli et parce que c’est
disponible en DVD et que vous avez du coup pas mal d’heures de pur bonheur devant
vous.
Alors, niveau DVD, il existe
une intégrale en import avec des sous-titres français, dans les 55 euros (pour 8/9
saisons, c’est honnête [3]).
Par contre, j’ignore si cette
intégrale propose aussi les bonus (excellents) des DVD sortis en France, et qui
proposent des versions alternatives des épisodes (des petites scènes d’intro
disons) et, surtout, des commentaires des épisodes par les acteurs et Larry
David, des sujets sur l’écriture, enfin bref, ça double carrément la durée et
la valeur du binz. Parce que les anecdotes sont énormes.
Et du coup, je vais vous en
raconter une. En gros. Lors d’une scène un peu étrange, Jason Alexander, qui
joue George, est allé voir Larry David. Il lui a dit : « Je ne peux
pas jouer ça, personne, personne au monde ne ferait ça dans une situation
pareille ! »
Et Larry lui a répondu : « C’est
exactement ce qui m’est arrivé la semaine dernière, et c’est exactement ce que
j’ai fait. »
C’est ça aussi qui est dingue
dans Seinfeld, c’est que la plupart des situations et des personnages sont
vrais. Par exemple Kramer existe réellement. Le plus barré des persos est réel.
Il s’appelle aussi Kramer dans la réalité. Et quand la série est sortie… il a
voulu soutirer du fric à NBC. Ce qu’aurait carrément fait le vrai-faux Kramer ! ;o)
La télévision n’est pas
merdique en soi. C’est un tuyau, tout dépend de ce que l’on fait circuler
dedans. Seinfeld fait partie de ces programmes qui donnent vraiment envie de s’intéresser
au tuyau, malgré les saloperies qui l'encombrent.
[1] Rappelons qu’une série sur
« rien », cela veut dire en réalité une série sur rien de « spécial »,
ce que NBC a bien compris (notons aussi que la création de la série est d’ailleurs
développée à l’intérieur même de la série, ce qui est une bonne idée mais aussi
ce que l'on appelle un canon récursif).
[2] Ben… R.E.S.P.E.C.T.
#arethafranklin #jesuisunesitcomquigèresarace
[3] La première saison est si
courte qu’elle forme une seule réelle saison avec la deuxième, du coup, il y a
9 saisons officielles mais, dans les faits, c’est plutôt 8 en matière de
contenu DVD.
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Publié le
21.3.17
Par
Nolt
Sortie aujourd'hui de mon roman, Le Sang des Héros, chez Nestiveqnen Éditions. ;o)
Amis Belges, Suisses et Québécois, n'hésitez pas à vous renseigner chez votre libraire habituel, car l'ouvrage est également disponible chez vous.
C'est dans l'une des bases de l'armée que se retrouvent Amber (qui peut défier les lois de la gravité), Terry (qui pratique la télékinésie), Kiera (dotée d'un sixième sens), Mike (à la force surdéveloppée) et Ebenezer (un métamorphe). Alors que les amitiés se nouent, le groupe est confronté à un télépathe violent dont le comportement va être encouragé par un officier incompétent.
Quand un drame survient, les supras n'ont d'autre choix que de faire justice eux-mêmes et tenter d'affronter un monde qui n'a pas été rendu meilleur par la prolifération des super-pouvoirs. Mais au bout de leur périple, un secret terrifiant les attend. Un secret qui pourrait changer le monde et faire d'eux des héros. Ou des criminels.
Les pouvoirs sont dangereux. La vérité l'est plus encore.
Une tragédie moderne, une histoire d'amitié également, abordant, à travers la thématique des super-pouvoirs, les excès liés à la nature humaine et les dérives de tout système social organisé.
Liens directs
Versions numériques
Si vous êtes en Moselle, n'hésitez pas à venir me faire un petit coucou le 15 avril, au Cultura de Terville (zone du linkling) ou le 29 avril, à la librairie Hisler de Thionville (galerie marchande Géric), où je serai en dédicace.
Informations libraires
Diffuseur France : CED
Distributeur France, Belgique et Suisse : Belles Lettres Diffusion S.A.S
Diffuseur/distributeur Québec : Agence du Livre
Publié le
20.3.17
Par
Tacgnol
Bite fighter est une BD improbable, le 13e opus de la collection BD Cul des Requins Marteaux dans laquelle chaque volume propose une histoire complète, avec un auteur différent. Pour ce numéro symbolique, c’est Olivier Texier qui s’y colle avec un mélange détonnant de combats en arènes, de pensées écologistes et d’amour, tout cela dans un univers post-apocalyptique ultra viril !

Ce récit de science-fiction se place après la guerre du Golfe de 1972, où le monde industriel — qui avait tant misé sur les énergies fossiles pour sa croissance — se retrouve ravagé, ses ressources épuisées. Il survit désormais au moyen de la permaculture. En Californie, la population s’est tournée vers la nature, sans abandonner son confort de vie. Mais voilà, des irréductibles emploient encore ces polluants, dont le fameux Masked Warrior et toute sa clique.
1991. Le jeune Kato possède un cœur tendre. Pratiquant le kung-fu, il complexe de ne pas être auto-suffisant quant à son potager. Il envie aussi un couple soudé d’amis, Ty (ex-lutteur) et Buzz (ex-catcheur), des jardiniers aguerris, bodybuildés et propriétaires d’une maison 100 % passive. Ils sont toujours pleins de bons conseils pour le jeune adulte : drague, agriculture... Afin de se sentir utile, Kato décide d’aller combattre dans des arènes de free-fight. Pour son premier match, où il représente son quartier, il invite ses amis. Ty l’accompagne, Buzz décline l’offre. Kato s’y prend une belle raclée. La présence d’un adversaire équipé en énergie fossile le déstabilise. Ty est kidnappé et subira les pires sévices anaux. Kato prévient Buzz qui va tenter de le libérer… mais peine perdue. Le cœur de guimauve de Kato s’avère être son talon d’Achille : il se laisse séduire par les hommes virils qui l’entourent. Désormais seul, le jeune héros doit lutter contre les champions de chaque arène dans laquelle on combat autant que l’on baise, afin de retrouver et délivrer Tyler, dans des affrontements brutaux et sanglants, où tous les coups seront permis !
Bite Fighter s’avère une agréable surprise. Sous une apparence de BD torchée à la va-vite, on découvre que l’auteur maitrise les faux mauvais dessins : expression, choix des plans, rien n’est laissé au hasard [1]. La plupart des dialogues sont hilarants au possibles, frisant l’absurde. Le petit format, quant à lui, rappelle les illustrés imprimés sur du papier bon marché comme les collections ElviFrance ou Aredit/Artima. Ce récit d’action porno-homo-écolo se lit vite. La mise en scène efficace, riche en rebondissements foisonne de clins d’œil. Les enjeux clairs sont posés rapidement. L’intrigue de Bite Fighter se calque donc sur un schéma classique de films de baston ou de jeux vidéo : un combattant qui passe d’arène en arène où la puissance de la bite (et de l’amourrrrrr) mène à la victoire. Le bémol vient d’une fin un peu précipitée, un retour à une situation d’équilibre salutaire pour nos héros, pleine de bons sentiments...
Inspiré d’un véritable nanar vidéo-ludique de baston, Pit-Fighter, développé par Atari dans les années 90, Bite Fighter en reprend les personnages hauts en couleur, de Masked Warrior en passant par C.C. Rider, Chainman Eddie… ainsi que leurs design ridicules et gentiment SM pour certains. Il en parodie aussi le logo et le visuel. Il ne manquerait plus que la musique électronique 8 bits pour couronner le tout.
Inspiré d’un véritable nanar vidéo-ludique de baston, Pit-Fighter, développé par Atari dans les années 90, Bite Fighter en reprend les personnages hauts en couleur, de Masked Warrior en passant par C.C. Rider, Chainman Eddie… ainsi que leurs design ridicules et gentiment SM pour certains. Il en parodie aussi le logo et le visuel. Il ne manquerait plus que la musique électronique 8 bits pour couronner le tout.
Sous la recherche d'une harmonie mondiale, ce qui fait plus enrager les héros n’est pas tant les agressions sexuelles que peuvent subir certains de leurs compagnons, mais l’emploi des énergies fossiles ! Bite Fighter use du classique et éternel affrontement entre l’éros et le thanatos, avec des personnages débordants de désirs et d’ambitions. Kato s’éprendra même de son violeur auquel il inculquera la valeur de l’amour ! Quant à Ty, il subira un magnifique moment de masturbation prostatique de la part de l’un de ses tortionnaires. Car dans cette histoire, les méchants aussi possèdent des sentiments et les scènes de sexe proposent de l’amour libre consentant où l’on s’affranchit du couple.
Ce coulis de virilité cache une seule femme, à barbe, adepte des énergies fossiles et de la civilisation industrielle ainsi qu’un personnage particulier : une shemale [2], femme fatale pourvue d’un pénis qui aide autant Kato qu’elle le trahit… signe de sa nature trompeuse ?
Bite Fighter, comme tous les livres de cette collection, est proposé dans une édition de qualité avec léger relief sur la couverture située sur les parties des messieurs, faisant de cette expérience sensuelle une partie intégrante de la lecture. Des citations, des fausses publicités parsèment les pages : « n° 1 de la BD indébandante », le prix abordable de « touze euros », en vente « partouze »…
Bite Fighter est un délire foutraque complet en 136 planches, brossant un univers post-apocalyptique écologiste intéressant. Une civilisation d’amour libre, de redécouverte de soi et de la nature, le tout emmené par le côté très linéaire des jeux vidéo de baston. Métaphore politique, dérision au millième degré, outrancière et crue, cette BD peut autant être adorée que détestée. L’humour, timide au début de l’histoire, le temps de s’imprégner de l’univers, vire au grotesque au fil des pages. Il en va de même des scènes de sexe. Cette BD n’est clairement pas à mettre entre toutes les mains, à cause des fornications débridées qui pourraient choquer les moins tolérants ou les réfractaires aux gros plans de fist fucking anal.
Pour en découvrir plus, Olivier Texier explicite le processus créatif de cette improbable BD de baston sur son blog.
[1] Dans le même genre, je vous renvoie à Mutant Hanako, un manga tout aussi outrancier et faussement mal dessiné qui a été chroniqué sur UMAC.
[2] Il s'agit d'une femme transgenre (homme à la naissance) ayant suivi un
traitement hormonal
et s’étant fait retirer une partie de sa pilosité, mais
n’ayant pas (ou pas encore) subi d’opération chirurgicale visant à
transformer son appareil génital.
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Publié le
17.3.17
Par
Virgul
Les sélections UMAC dans l'actu de la pop culture
-- JACK KIRBY AU CHÂTEAU DE MALBROUCK --
C'est dans ce cadre que l'artiste sera mis à l'honneur lors de l'exposition "Les héros dessinés, de la guerre de Troie à la guerre des Étoiles", qui se tiendra d'avril à octobre dans le magnifique cadre du château de Malbrouck.
Les visiteurs pourront bien entendu découvrir d'autres auteurs, notamment des planches originales du célèbre Jacques Martin (auteur des séries Alix, Lefranc...). Les artistes locaux contribueront également à l'évènement, nous pourrons ainsi admirer des planches, en hommage à Kirby, réalisées par Daniel Gattone et Emmanuel Bonnet (Red Cat). Une excellente initiative que d'apporter la BD au cœur du seul château du XVe siècle entièrement conservé (et restauré) en Lorraine !
#papier&vieillespierres
-- ÉPOUVANTE DANS LE MAINE --
Reste à espérer que le résultat soit meilleur que le ridicule Under the Dome...
#frissons
-- ANOMALIES TEMPORELLES --
Cette BD humoristique s'attache au destin de Franck, jeune ado de 13 ans, qui va être projeté en plein paléolithique. Plus de smartphone, de pizzas, ni de net donc pour le jeune garçon qui devra faire face à quelques brutes épaisses, échapper à des bestioles plutôt dangereuses, et inventer le feu, le savon et... les voyelles.
Une idée originale portée par Olivier Bocquet et le graphisme dynamique de Brice Cossu. Le tome #2 sortira en août.
#humourdescavernes
-- CATHARTIC POST-FOLK --
D'une part le style s'inscrit dans les courants "post" de la folk et du metal, avec des influences diverses (et pas dégueulasses) allant de Swans à Radiohead en passant par Alanis Morissette (avec une touche de rock industriel et de folklore anglo-irlandais). D'autre part l'on peut suivre l'évolution des morceaux du groupe (qui prépare son premier album, "Ours may be...") sur sa page facebook.
Un son puissant, sombre et mélancolique, porté par un duo expérimenté ayant déjà pas mal bourlingué sur les scènes françaises et anglaises.
#chargeémotionnelle
-- LA SCIENCE À LA PORTÉE DE TOUS --
Il s'agit de vulgarisation scientifique particulièrement bien foutue. Les vidéos sont très bien réalisées, les sujets passionnants et le ton plutôt détendu et humoristique. Oui, on peut être drôle et pas chiant du tout en parlant du spin, de la relativité ou du principe d'incertitude.
Pour ceux qui, échaudés par l'approche scolaire, pensent encore que la science est un domaine ennuyeux et opaque, faites-vous le cadeau de pénétrer dans ce domaine incroyable décrivant les merveilles de l'univers. Car c'est bien de cela qu'il s'agit ici, non pas d'assommer tout le monde avec des équations mais d'expliquer, en termes relativement simples, ce qu'elles impliquent. L'espace-temps, la mécanique quantique, la gravitation, autant de sujets fascinants qui sont abordés ici avec intelligence et bienveillance.
Excellent. Et comme on peut le voir sur l'image ci-dessous, pas dénué de références à la pop culture.
#curiositébienplacée
-- POISCAILLE --


































