Comparatif illustré des différentes éditions des albums de Tintin
Par
Tintin, dans ces illustrations, va prendre de moins en moins de place, ce qui est logique puisque, lorsque le héros est de dos,
il indique alors une menace qui doit être perceptible et donc devenir le sujet central de l'image. Peu à peu, le dessin souligne et soutient le titre.


Les albums en N&B comportent néanmoins
quelques pleines-pages en couleurs.
Nous vous proposons aujourd'hui un petit voyage dans le temps et les albums du grand Hergé.

Si cela fait des décennies qu'aucune nouvelle aventure de Tintin (officielle en tout cas) n'a été publiée, il faut bien admettre que les rééditions sont nombreuses et que le profane peine parfois à s'y retrouver. Nous allons laisser de côté les albums spéciaux (albums doubles de France Loisirs, Intégrales, mini-albums, albums sortis à l'occasion d'un événement spécial, comme Tintin et la Lune, etc.) pour nous concentrer ici sur les trois éditions "classiques" : les fac-similés en noir et blanc, les fac-similés des premières éditions en couleurs, et enfin les albums "modernes".

Tous les albums ne disposent pas de différences énormes. Par exemple, entre le fac-similé couleurs des 7 Boules de Cristal et l'édition la plus récente, il n'y a pratiquement pas de modifications (si ce n'est quelques détails secondaires sur la couverture ou une teinte légèrement différente lors des scènes de nuit dans les pages BD). Aussi, nous avons choisi un album plus ancien, dont les différentes éditions contiennent de nombreux changements, pour présenter ces trois versions. Il s'agit de L'île Noire.

Comme nous allons le voir en détail, ces trois albums présentent une ambiance radicalement différente. Les modifications vont porter sur de nombreux domaines, comme les décors, les tenues des personnages, les véhicules, la colorisation, mais aussi la composition même des planches ou encore le texte et le lettrage.
À travers cette évolution d'une même aventure, c'est aussi le savoir-faire d'Hergé qui s'affine, l'auteur maîtrisant de mieux en mieux la grammaire propre à la BD et les différents effets narratifs pour parvenir enfin au style épuré mais ô combien envoutant qu'on lui connaît.

Par souci de commodité, ces trois éditions seront désignées ci-dessous sous les appellations NB (pour noir & blanc), FS (pour fac-similé en couleurs) et VM (pour version moderne).

Allons mes amis, il est grand temps d'embarquer pour l'Écosse et ses mystères !
(cet article est un complément à notre grand dossier Tintin)


Dans le train




Voilà une scène qui permet déjà de constater l'évolution de la mise en page. Dans l'édition NB, les cases sont plus grandes : une page entière correspond à une demi-planche des éditions couleurs. Notez que la scène, sur le fond, ne change pas réellement, c'est bien sur la forme que les modifications s'opèrent.


Les véhicules





Certains éléments auraient pu "dater" prématurément les récits d'Hergé, comme bien entendu les différents moyens de transport employés. Ici, l'on constate une mise à jour fort bienvenue de l'appareil qui frôle Tintin et les Dupont/Dupond ou encore d'une automobile prenant un subit coup de jeune.


Les costumes


Les tenues, même si elles ne sont pas forcément essentielles, évoluent également. L'on passe par exemple d'une livrée de chauffeur à un costume bien plus moderne. Le décor, minimaliste dans les précédentes versions, est également un peu plus soigné dans la VM.


La lande écossaise




Bien que cela réponde à une tout autre logique, les décors ont eux aussi évolués. Les versions NB et FS sont notamment bien plus dépouillées, comme on peut le voir ici. 


Le lettrage


Même si parfois le texte demeure inchangé, le lettrage (domaine technique parfois méconnu mais ô combien important) évolue lui aussi. Mais... pas toujours de la meilleure des façons. Ainsi, le lettrage NB, en capitales, était bien plus lisible (et intemporel) que ce qui a suivi. Notons que le lettrage VM supprime néanmoins les césures, toujours désagréables esthétiquement. Certaines cases souffrent cependant encore d'énormes erreurs de centrage. 


Whisky & marques




À l'occasion, Hergé profite de quelques modifications pour faire des références à son propre univers. Ici, le whisky Johnnie Walker fait place à la marque Loch Lomond, le scotch préféré du capitaine Haddock (qui n'a évidemment pas encore fait son apparition à l'époque de L'île Noire). Anecdote amusante, Hergé pensait ainsi utiliser une marque de son invention, mais en réalité, le whisky Loch Lomond existait bel et bien (depuis très peu de temps) en 1965, date du changement de nom figurant sur la citerne VM. 


Symétrie et arrondi 




Souvent, les modifications sont très terre-à-terre et basiques, comme ici, une entrée de tunnel imparfaite et corrigée dans la VM. Notons au passage l'évolution du train ou des vêtements de Tintin. 


La Course du temps




Un changement d'époque ici très clairement perceptible avec l'intervention des pompiers. On passe d'une pompe manuelle sur roues à un véritable véhicule. Hergé, qui a connu les débuts de l'aviation ou de l'automobile, a su "rattraper le coup" et apporter des modifications qui maintiendront son œuvre phare dans la modernité pendant un temps, puis dans l'intemporalité.


L'apparition de l'île




L'on se rend compte ici de la force et de l'utilité réelle de certaines modifications. Dans les deux premières versions (NB et FS), le château surplombant l'île noire n'est pas mis en valeur, l'action est linéaire. Dans la VM, avec le même nombre de cases et un déroulement de l'action identique, Hergé va totalement changer l'impact de la scène. Cette fois, en agrandissant et en mettant en exergue l'une des cases, le château est mis au premier plan, en devenant le "sujet" principal de cette case, il pèse littéralement sur Tintin et fait ressentir au lecteur la menace qui plane sur le héros. Propre, efficace, intelligent... Hergé, quoi. 


Le cadrage


Si les plus gros changements s'opèrent entre la FS et la VM, l'on peut ici se rendre compte de différences subtiles entre NB et FS. En effet, la colorisation ou le lettrage ne sont pas les seuls éléments à intervenir. L'on constate dans ces cases que l'action a été totalement recadrée. Le fait de ne plus couper Tintin permet de rendre la scène plus harmonieuse. Mieux, l'évolution apportée par la VM permet, tout en conservant Tintin intact, de supprimer le bout de décor sans intérêt à sa gauche et de donner plus d'importance à la bourgade qu'il découvre. L'on a véritablement l'impression de passer d'un premier jet un peu improvisé, à une correction intelligente, puis à une scène totalement aboutie, délivrant un "message" optimal. 


Dynamique et point d'orgue




Un changement très technique mais permettant de comprendre la virtuosité d'Hergé. Dans les versions NB et FS, nous assistons à la même scène de 6 cases, identiques en tout point. Dans la VM, Hergé va se "débarrasser" de la première case en l'intégrant à la demi-planche précédente (en modifiant donc sa taille). Puis, il va fusionner les cases 2 et 3. Ce qui permet bien des choses... tout d'abord, il ne marque plus le temps d'arrêt inutile entre l'étonnement du chauffeur et le combat entre Tintin et le docteur Müller. Il en résulte déjà une meilleur fluidité de la lecture. Ensuite, Hergé corrige une erreur grossière d'orientation. Dans les versions NB et FS, le chauffeur arrive par la gauche, puis le coup de feu part sur la droite, et le chauffeur se retrouve à droite, ce qui n'a aucun sens d'un point de vue narratif (c'est même gênant pour le lecteur). Dans la VM, le chauffeur arrive par la gauche, il y demeure, et le coup de feu part dans cette même direction. Enfin, le décor est plus fouillé, plus réaliste, et le plan large donne un effet plus dramatique à la scène. Le nombre d'améliorations apportées par ce simple changement de dynamique des cases est énorme. Encore une fois, l'on constate qu'Hergé maîtrise de plus en plus son art, il décèle et corrige ses propres erreurs et accentue ce qu'il faut pour donner un maximum de sens à chaque case. 


Version anglaise et censure




Je termine cette petite revue (qui pourrait être bien plus longue tant l'œuvre d'Hergé est passionnante et techniquement extraordinairement "juste") par un comparatif cette fois entre la quatrième de couverture de L'île Noire, en version moderne française, et The Black Island, en version anglaise. À l'origine, je souhaitais simplement parler de la différence de qualité entre ces albums (la version anglaise, en softcover, est très "cheap", avec des deuxième et troisième de couverture totalement blanches par exemple), mais un détail m'a à la fois frappé et révolté.
Vous l'avez remarqué ? Dans cette version anglaise, l'album Tintin au Congo est tout simplement... absent. J'imagine que c'est pour des raisons absurdes, liées aux polémiques stupides concernant Hergé (j'en ai parlé en détail dans ce dossier, je ne reviens pas dessus). Je ne vais pas m'égosiller, je ne vais pas partir en guerre contre des ignorants jugeant la complexité d'un homme et d'une vie dans le confort et la tiédeur de notre époque. Je suis juste triste. Pour cet homme intègre et intelligent, accusé de tous les maux. Pour cette œuvre, belle et instructive, que des abrutis incapables de la comprendre condamnent. Pour les lecteurs de demain, qui auront dans leur bibliothèque les débris d'une littérature que beaucoup s'acharnent aujourd'hui à aseptiser et dépecer.
Et puis, n'oubliez pas une chose... même si Hergé était le monstre que certains décrivent (ce que son œuvre dément), s'il faut, pour s'assurer que nos concitoyens se comportent bien, contrôler ce qu'ils lisent, c'est non seulement faire peu de cas de leur libre-arbitre mais aussi de nos libertés. Vous savez, ces fameuses libertés essentielles, rognées chaque année, mais qui demeurent l'argument principal qui fait passer toutes les iniquités...





La lecture met en ébullition, dissipe la sécheresse, active les facultés, déchrysalide l'intelligence et met en liberté l'imagination.
Antoine Albalat

X-Men : Proteus
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Au sein de l'indispensable Epic Collection de Marvel, dont Nolt a longuement défendu les qualités dans cet article, les X-Men sont en bonne place, très légèrement moins représentés que les sagas issues d’Amazing Spider-Man ou des Avengers, mais au niveau des pointures comme Captain America, Hulk ou les Fantastic Four. Et s’il y a bien un nom qui a durablement marqué de son empreinte les aventures de nos mutants préférés, avant Whedon et Morrison, c’est bien Chris Claremont. Il n’est pas exagéré de dire que le duo qu’il a formé avec John Byrne (magnifiquement complété par l’encrage de Terry Austin) a constitué l’un des sommets de la production de Marvel Comics.

Le passage de cette formidable équipe artistique dans les Uncanny X-Men a atteint son apogée lors de l’incontournable, et inégalée, saga du Phénix Noir : les très nombreuses rééditions de cet arc passionnant, plus ou moins complètes, plus ou moins luxueuses, plus ou moins dotées de suppléments pertinents, montrent à quel point l’imaginaire collectif s’est investi dans le destin de Jean Grey, devenue une Marvel Girl timorée lors de son enrôlement dans la première équipe des X-Men, qui s’est sacrifiée ensuite pour sauver d’abord ses partenaires d’une mort certaine, avant de renaître sous l’incarnation de Phénix, de préserver notre réalité des atteintes d’une galaxie à neutrons (!) avant encore de se sacrifier pour empêcher le monde de succomber à sa fureur destructrice. Destin hors normes, imparfaitement résumé par ces quelques phrases, et qui donna lieu à des épisodes flamboyants, intenses et captivants, parmi ce que la Maison des Idées a édité de mieux.

Or, aujourd’hui, nous allons explorer les prémisses de ce point d’orgue éditorial avec le volume #6 de l’Epic Collection consacrée aux X-Men : Proteus. Un album quasi indispensable et d’une densité exceptionnelle contenant les épisodes 111 à 128 de la série (datés de 1978 à 1979), un excellent Annual (avec un George Pérez inspiré) et deux épisodes bouche-trous passables, dont un Annual de The Incredible Hulk qui ne doit sa présence dans l’ouvrage qu’à l’intervention de John Byrne comme dessinateur et à celle d’Angel dans une histoire avec des Sentinelles frisant le ridicule…

La véritable action débute donc avec Mindgames. On se situe peu de temps après le retour des X-Men sur Terre après leur périple cosmique aux côtés de l’équipage du Starjammer, dans le but d’aider Lilandra à démettre son frère dément (D’Ken) de ses fonctions de Majestor de l’empire de Shi’ar. On peut regretter que la compilation ne soit pas remontée jusque-là car c’est dans le fameux épisode où les mutants affrontent la Garde Impériale au pied du Cristal de M’Kraan, qui renferme la Fin de Toutes Choses, que John Byrne prenait la relève du vénérable Dave Cockrum et hissait la série d’un cran.


Le pitch de départ de Mindgames est osé, et il faut admettre qu’on a du mal à l’avaler : ça commence avec notre brave Hank McCoy enquêtant… dans un cirque. Bien qu’il soit désormais membre des Avengers, sa relation passée avec les X-Men lui fait commettre parfois quelques entorses au règlement. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir ses anciens partenaires mutants transformés en bêtes de foire et en artistes itinérants. Soupçonnant quelque sombre machination, il découvre qu’en outre ses vieux amis s’avèrent incapables de le reconnaître ! Seul, enchaîné dans l’ombre, Logan gémit, l’esprit torturé : il sent que quelque chose ne tourne pas rond et l’irruption du Fauve a été le déclic pour sa libération – qui entraînera celle de ses équipiers.


Schéma qui deviendra classique par la suite, avec Wolverine comme dernier recours lorsque la situation semble désespérée. Alors que Cockrum avait plutôt mis en avant Tornade et Diablo, John Byrne a manifestement jeté son dévolu sur le mutant griffu : Canadien d’adoption, Byrne a sans doute voulu miser sur un personnage atypique au potentiel majeur, et on sait qu’il a régulièrement participé à l’écriture des scripts de cette époque. Toujours est-il qu’on a du mal à avaler que Jean Grey puisse s’être complètement fait hypnotiser, au point même de changer totalement de comportement, alors que Logan et même le Fauve résistent beaucoup mieux à l’agression psychique à l’origine de cette métamorphose. Les explications, sur le qui et le comment, s’ensuivront et, si elles ne sont pas vraiment satisfaisantes, permettront de découvrir le véritable instigateur de cette opération, et d’engendrer une confrontation magistrale entre l’équipe de Xavier et leur meilleur ennemi. Confrontation qui est donc le second round entre les Nouveaux X-Men et leur adversaire, le premier ayant eu lieu quelques épisodes plus tôt sur l’Ile de Muir. Scott Summers, conscient des défauts de ses partenaires (bien que plus adultes et sans doute plus puissants, ils sont aussi plus individualistes, n’interviennent pas de manière coordonnée, ce qui nuit à la cohésion et à l’efficacité de leurs actions), aura fort à faire pour tenter ce nouveau pari. Il y parviendra presque, mais au prix de la scission involontaire de l’équipe : le cataclysme provoqué par leur combat épique en Antarctique séparera les X-Men en deux groupes, chacun persuadé de la disparition de l’autre.

Le lecteur se régalera alors de deux lignes de scénario pour le prix d’une : tandis que Jean et Hank regagnent leurs pénates et apprennent la triste nouvelle à leur mentor, le reste des X-Men trouve refuge en Terre Sauvage, l’occasion pour eux de panser leurs blessures avant d’affronter des périls spectaculaires qui révèleront la sauvagerie et le charisme de Wolverine, totalement dans son élément (il faut le voir discuter avec le Tigre à dents de sabre de Ka-Zar !). De son côté, Xavier ne voit plus d’intérêt à demeurer sur Terre et accepte l’offre de sa bien-aimée Lilandra, qui l'invite à la suivre dans les étoiles. Il en profitera pour se pencher sur le cas de Jean, étudiant de plus près de quelle manière elle a sauvé l’univers de la menace du cristal de M’Kraan. Sur Terre, son ex-compagne Moïra McTaggert fait de même et compile les données sur les nouveaux pouvoirs de Phénix, laquelle, après avoir pris des vacances et retrouvé le sourire (un interlude qui a été plus tard rétrospectivement illustré et qu’on peut retrouver dans des suppléments du type Complete Collection), commence à avoir d’étranges cauchemars, des visions réalistes qui altèrent sa perception de la réalité. Un certain Jason hante ses rêves où elle s’incarne en une lady impitoyable venue d’une autre époque…



Mais tandis que les X-Men se fraient un chemin vers le retour à la civilisation, via d’abord le Japon (où Logan rencontrera Mariko) puis le Canada (pour une première rencontre avec la Division Alpha au complet), se profilent deux menaces majeures : l’évasion d’un mutant dangereux tapi dans les couloirs du centre de recherche de l’île de Muir et un certain Club des Damnés dont on entendra reparler par la suite. Cet album s’achèvera donc sur le combat farouche entre les X-Men et Proteus, où chacun paiera de sa personne afin de contrer l’irrésistible ascension d’un mutant tout puissant. On en apprendra davantage sur les pouvoirs quasi infinis de Phénix, dont Jean ne parvient pas encore néanmoins à réaliser le potentiel (mais qui inquiètent au plus haut point – en ayant ô combien raison ! – le professeur Xavier et la généticienne McTaggert). Scott Summers affirmera davantage son statut de leader, parvenant enfin à se faire respecter même d’un Wolverine de plus en plus attaché à ses partenaires ; la vie sentimentale de ces deux mâles alpha sera également mouvementée, chacun cherchant à oublier Jean dans les bras d'une autre. Colossus se rachètera auprès de son équipe après une série d’échecs cuisants et une douloureuse remise en question consécutive à un astucieux lavage de cerveau, dans un épisode sur un mystérieux tueur à gages facétieux faisant écho à un Team-up entre Spider-Man et Captain Britain, déjà illustré par Byrne.

Un épisode se détache dans le lot, qui est au départ un intermède dans les tragédies s’abattant sur nos héros : Psi War (#117) se focalise sur Charles Xavier et nous montre une facette encore inconnue de lui, un souvenir de son passé, où il était encore un jeune homme valide et visionnaire, conscient de sa particularité génétique, à la recherche d’autres êtres comme lui. On sait que c’est vers cette époque, où il sillonnait les côtes méditerranéennes, qu’il a rencontré Erik Lennsherr, le futur Magnéto (chose qui sera narrée dans un épisode ultérieur). Ici, il arpente les rues du Caire et se fait surprendre par une toute jeune pickpocket (clin d’œil habile à un futur personnage), laquelle le mènera à un chef de gang qui s’avèrera un redoutable ennemi. Pour la première fois, Xavier rencontrait un mutant, s’étant déjà forgé un petit empire personnel, et usant de ses facultés pour se hisser au-dessus des hommes. Cet être viendra par la suite hanter les existences de nos héros, devenant un adversaire aussi dangereux et impitoyable qu’un Apocalypse.


Si Xavier finit par l’emporter, non sans mal, il en gardera un souvenir pénible, un sentiment de perte. C’est à l’image de l’orientation générale de la série : ses protagonistes n’ont aucun répit et souffrent davantage qu’ils ne se réjouissent. Les rares moments de détente sont systématiquement achevés dans la douleur ou le drame : revenus de l’enfer, ils auraient bien mérité une bonne période de repos en Terre Sauvage, non ? Une baignade au soleil, des indigènes chaleureux… mais rien n’y fait, et un ancien ennemi se charge de se rappeler à leur bon vouloir.  Qu’ils arrivent au Japon et que Wolverine compte fleurette à une ravissante inconnue : un tremblement de terre (forcément) suspect vient les interrompre. Qu’Ororo se promène dans son ancien quartier à New York et la voilà agressée par des voyous ; qu’elle aille au grenier arroser ses plantes et la voilà agressée par un extraterrestre ! Que Peter, Kurt et leurs compagnes respectives se rendent au Lincoln Center pour une représentation du Bolchoï et les voilà kidnappés. 

Chacune des victoires du groupe se teinte invariablement d’amertume, de désillusions et laisse autant de traces et de cicatrices dolentes : les X-Men vont certes défaire leurs ennemis d’un jour mais ils perdront des équipiers ; l’un d’eux y laissera ses pouvoirs, un autre y perdra son innocence, car si Wolverine ne dédaigne pas devoir se salir les mains quand il le faut (la grimace de dégoût de Kurt et Ororo lorsqu’il se débarrasse des sentinelles à l’entrée du temple de Garokk vaut son pesant d’or), les autres n’y sont pas prêts.

Un excellent numéro, très complet, bourré d’aventures distrayantes et riche en péripéties, annonçant des lendemains terrifiants et exaltants. L’album est comme toujours complété par quelques suppléments intéressants, dont beaucoup de planches de crayonnés souvent sublimes, une planche alternative sur la captivité de Tornade, des couvertures originales et d’autres bonus. Se situant 10 ans avant la naissance d'Excalibur (cf. cet article), il permet de voir l'évolution du style Claremont avec des intrigues qui étaient encore à l'époque fluides, quoique riches en trames sous-jacentes : les autres équipes X n'existent pas encore, Wolverine est en devenir et les traumas fondateurs n'ont pas eu lieu. Cela permet également de profiter du travail fantastique opéré par le duo d'artistes illustrateurs, les crayonnés dynamiques de Byrne étant clarifiés et précisés par la méticulosité d'Austin, un peu de la même manière que lorsque Bob Layton passait derrière Romita Jr au moment de leur run sur Iron Man (cf. cet article).

Un album quasi indispensable, quasiment rien à jeter, ce qui est assez exceptionnel compte tenu de la densité du volume. Un petit mot sur la langue originale : il faut parfois s'accrocher quant au jargon dont abuse Wolverine, et on s'aperçoit ainsi de l'écart énorme avec ce que proposaient les traductions françaises.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Les prémisses de la saga du Dark Phoenix, événement majeur du monde Marvel .
  • Une équipe artistique bien rôdée, chaque membre étant totalement complémentaire des autres.
  • Une compilation pleine de péripéties où les X-Men se retrouvent aux quatre coins de la Terre (voire dans l'espace avec le professeur Xavier).
  • Des adversaires surpuissants et des combats d'une rare intensité, où l'équipe devra d'abord tenter de se coordonner plutôt que de compter sur les pouvoirs de chacun.
  • Des épisodes denses qui n'oublient pas de faire évoluer un peu certains personnages.
  • Wolverine est enfin à sa place, à la fois plus sauvage et plus tendre.


  • Un premier épisode en demi-teinte.
  • Si l'annual sur Arkon est très réussi, les autres épisodes bouche-trou sont dispensables.



Maudit sois-tu 2/3 - Moreau
Par

"Le seul tort de l'homme, finalement, est de ne pas admettre sa mort..."


Nous avons déjà abordé dans un précédent article cette série proposée aux éditions Ankama sous la plume de Philippe Peleas et les pinceaux de Carlos Puerta. Je vous invite par conséquent à un petit retour dans le passé de UMAC pour comprendre quel est leur projet avec Maudit sois-tu.
Voici venir le deuxième volume de cette série, intitulé Moreau, qui se focalise évidemment sur le fameux docteur bien connu des fans de fantastique. Mais si, vous savez : le fameux savant reclus sur son île, qui expérimente sur des animaux afin de les faire évoluer jusqu'à en faire des sortes d'animaux-humains capables de parole et de pensée et tenus par la fameuse Loi :
"Ne pas marcher à quatre pattes. C’est la Loi. Ne sommes-nous pas des Hommes ?"
"Ne pas laper pour boire. C’est la Loi. Ne sommes-nous pas des Hommes ?"
"Ne pas manger de chair ni de poisson. C’est la Loi. Ne sommes-nous pas des Hommes ?"
"Ne pas griffer l’écorce des arbres. C’est la Loi. Ne sommes-nous pas des Hommes ?"...

Autant dire de suite qu'il ne sera guère utile de revenir sur l'esthétique de l'ensemble qui est tout à fait conforme à celle du premier tome. Pas plus utile de revenir sur les objectifs et la méthodologie de cet enthousiasmant projet mêlant personnages de fiction et figures historiques réelles... tout cela a été abordé dans le fameux premier article.
Alors, que nous reste-t-il ? Eh bien l'histoire, pardi ! 

Si les événements du tome 1 avaient lieu en 2017, ce tome 2 débute lui en 1848 afin de révéler le passé qui motiva toute l'action du premier opus. Flashbackons donc, mes amis, flashbackons !

Dans ce tome, nous allons côtoyer quelques-uns des plus brillants esprits de leur temps et quelques personnages de fiction parmi les plus fameux de la littérature et du cinéma. Sans trop vous révéler la raison de leur présence en ces lieux, sachez que le Docteur Moreau va inviter en son manoir nuls autres que l'érudit Charles Darwin (peu de temps avant qu'il ose proclamer devant des assemblées de scientifiques que les hommes descendent d'un simple animal et non d'un dieu supposé), la visionnaire Mary Shelley (plusieurs décennies après avoir écrit Frankenstein), l'impulsive Emily Brontë (encore jeune mais ayant déjà écrit Les Hauts de Hurlevent) et l'audacieux Richard Burton (officier militaire, explorateur, écrivain et diplomate ayant la réputation d'avoir expérimenté la plupart des perversions humaines).

Qui dit Moreau dit forcément entités mi-humaines, mi-animales. Et, forcément, notre distribution de luxe va être confrontée à ces créatures... Mais là où le scénario est remarquable, c'est que, en effet, chacune de ces grandes figures a, à sa façon, un lien logique avec les œuvres de Moreau.
C'est audacieux mais ça fonctionne très bien et l'album file à toute allure en navigant entre élégance victorienne, érudition, action et questionnements philosophiques.
Comme le tome 1, l'album contient un carnet de réflexions développant les liens logiques entre les personnages et, en quelques pages, c'est un condensé d'intérêts divers... une sorte de cabinet de curiosités en papier.


Sans trop en avoir l'air, cette BD nous questionne volontairement sur les implications morales et philosophiques d'un des éternels fantasmes de la science humaine : celui de créer un humain, traditionnellement aussi semblable dans le fantastique à son créateur que l'homme est semblable à Dieu selon les Écritures.
Moreau engendre des êtres dont il exige le plus possible d'humanité, le moins possible d'animalité.
Père créateur affligé du complexe de Dieu, Moreau est à sa façon un Frankenstein à l'orgueil démesuré.
Savant niant l'implication divine dans la création d'une vie intelligente, il est une sorte d'incarnation de la volonté de nier Dieu qui sous-tend les théories darwiniennes de L'Origine des espèces.

Les pistes de réflexion, au sortir de cet album, sont nombreuses et fascinantes... et les dernières planches annonçant un ultime tome consacré à Mary Shelley ne manquent pas d'attiser notre réflexion. 

Nous avons donc là un album qui divertit tout en nous faisant réfléchir. Que demander de plus ?



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Ben... on reprend ceux du tome 1...
  • Un scénario efficace et intelligent.
  • Des dialogues bien écrits.
  • Une maîtrise graphique indéniable.
  • Un réemploi pertinent de personnages charismatiques de la culture populaire, titillant notre imaginaire collectif.
  • Un questionnement philosophique qui s'invite sans effort.

  • Le style graphique peut toujours ne pas plaire ou dérouter... mais j'affirme que ce serait une faute de goût, na ! 
  • Certaines cases sont si réalistes que l'on a parfois une impression de roman-photo... ce n'est pas vraiment un défaut mais l'effet est parfois déroutant (pendant la partie de chasse, par exemple).
Chroniques des classiques : Rêve de Fer
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« Rêve de fer est né d’une plaisanterie. J’ai fini par me mettre à l’écrire, et c’est devenu beaucoup moins drôle… »

C’est ainsi que Norman Spinrad évoque la création d’un de ses textes les plus célèbres.

Beaucoup moins drôle, c’est le moins que l’on puisse dire. Publié en 1972, nommé au Nebula, récompensé du prix Apollo en 1974, Iron Dream a fait couler des flots d’encre bileuse et engendré bon nombre de spéculations par son propos, sa structure et surtout les thèses abordées. Déroutant, lancinant, écœurant, il a peut-être été qualifié de scandaleux à l’époque, quand bien même ces temps se prêtaient assez bien à ce genre d’initiatives littéraires. Néanmoins, ce n’est pas le scandale qui pouvait faire reculer un Spinrad issu du Bronx, écrivant pour exister, doté d’un talent dingue et qui avait déjà secoué la planète SF avec son redoutable Jack Barron & l’éternité, interdit de publication en Angleterre pour sa liberté insensée de ton - et qualifié même de « pornographique » ! Les temps changent, que voulez-vous ! Et Spinrad avait senti les vents du changement, spéculant sur la speculative fiction, suscitant l’admiration par ses nouvelles osées et brillantes, puis ses romans d’abord étonnamment classiques, avant d’être enrôlé par Harlan Ellison dans sa brigade d’auteurs prometteurs, destinés à renverser les idoles de la SF de papa. Dans sa préface à la nouvelle Carcinoma Angels qu’il avait choisie pour son recueil Dangereuses Visions t. 2 (1967), Ellison (qui n’a pas sa langue dans sa poche non plus) ne tarissait pas d’éloges sur cet écrivain détonnant :

Je pense qu’il écrit comme un dingue. Quand il est mauvais, il devient illisible, ce qui est tout de même rare. Quand il est bon, il s’attaque à des thèmes et à des styles qui ne peuvent tenter qu’un dément (sachant à l’avance que la tâche est impossible) et il a l’audace de les présenter et de les réussir de façon spectaculaire.

À cette époque, certains directeurs de publication l’évitaient comme la peste, d’autres le courtisaient sans vergogne, et il n’avait pas encore terminé de rédiger son Jack Barron… Les amateurs de SF déplorent sans doute qu’il n’ait pas davantage consacré son énergie à leur genre de prédilection tant il est vrai qu’il n’y a, depuis Rêve de fer, fait que quelques incursions de temps à autre, notamment depuis qu’il s’est installé à Paris, fuyant l’Amérique reaganienne bien trop rigide pour ses pulsions révolutionnaires.

On pourrait en dire des choses sur cet écrivain étrange, visionnaire et provocateur, capable de prophétiser sur la venue d’un président de couleur aux États-Unis (Jack Barron & l’éternité, 1969), de rédiger un roman sur Vercingétorix (The Druid King, 2003, dont la version cinéma deviendra un des pires films de l’histoire) ou d’imaginer un vaisseau fonctionnant à l’énergie psycho-sexuelle (La Dernière Croisière du Dragon-Zéphir, 1983). Et si vous avez l’impression que je m’égare ou que je divague, vous n’avez pas tort : le fait est que parler de Rêve de fer m’est beaucoup plus difficile que je ne le pensais.  À dire vrai, et contrairement à l’habitude que j’ai prise voici quelque temps sur UMAC, lorsque j’ai refermé le livre, je n’ai pas su comment l'évoquer élégamment, ou du moins avec clarté et/ou concision ; je me suis demandé si je n’allais pas éluder, passer à autre chose, à une lecture qui m’aura au moins enchanté ou diverti. Le fait est que je suis passé à autre chose, et les livres, albums et comics se sont enchaînés. Sauf que Rêve de fer demeurait obstinément sur mon bureau, refusant de se laisser ranger sur son étagère, immobile et inoffensif, destiné à être pour longtemps coincé entre Les Seigneurs de l’instrumentalité et Le Pianiste déchaîné. Se rappelant à moi. Scandant mon devoir. Méprisant ma lâcheté. Se moquant de mon impuissance.

Car ce misérable petit livre de poche m’en a fait voir. J’ai plusieurs fois eu la tentation de l'abandonner : non seulement le texte ne me plaisait pas, mais en plus de ne pas réussir à m’emporter, me passionner, m’émouvoir ou m’émerveiller, il me laissait un arrière-goût rance, comme une puanteur tenace. Les mots, parfois, ont une odeur, et celle de Rêve de fer sentait les égouts.

Il faut pourtant lire ce roman, ou à tout le moins en connaître l’existence. Car il s’agit avant tout d’un tour de force littéraire, une entreprise risquée et ô combien délicate qui a dû mettre en péril la santé mentale de son auteur. Certes, l’idée du livre dans le livre n’est pas nouvelle. L’idée de se substituer à un auteur l’est moins (Philip José Farmer s’est d’ailleurs plusieurs fois amusé à faire semblant d’être le faire-valoir ou le factotum de personnages imaginaires – Tarzan dans La Jungle nue, Phileas Fogg dans Chacun son tour ou Kilgore Trout dans Le Privé du cosmos). Mais ici, Spinrad va plus loin. Car Rêve de fer n’existe pas : ce n’est qu’une couverture, une coquille vide. Tournez la première page et vous tomberez sur le véritable titre du roman : Le Seigneur du Svastika. Et c’est signé Adolf Hitler.

Bon, si les censeurs automatiques me laissent la place de m’expliquer, voici ce qu’il en est : Hitler est un Autrichien émigré fraîchement aux USA dans les années 20. Artiste méconnu, peintre à ses heures, il se lance dans la littérature de science-fiction par quelques romans poussifs, avant de connaître une certaine renommée avec Le Seigneur du Svastika, qui décrochera d’ailleurs le prix Hugo en 1954, couronnant sa carrière.

D’un côté l’uchronie : la Seconde Guerre mondiale n’a pas eu lieu et Hitler n’a mis ses thèses par écrit que dans des romans populaires, explorant le mythe de la race pure, du héros transcendant et d’un empire millénaire. De l’autre, l’exercice de style : qu’aurait écrit Hitler s’il n’avait pas été un homme politique ? Exercice aussi périlleux qu’hasardeux, né d’une plaisanterie, donc…

Voici Spinrad dans la peau d’un Adolf laborieux, narrant par le menu l’ascension de Feric Jaggar, un Pur Homme héritier d’une tradition autocratique qui mènera son pays à la conquête d’une Europe alternative du futur, anéantissant le péril des Dominateurs et des hordes mutantes. Les parallèles sont légion, les métaphores lourdes de sens. Avec une application qui force le respect, l’auteur new-yorkais s’ingénie à écrire ce que pourrait être le récit d’un sauveur providentiel rétablissant l’Ordre et une Morale acerbe dans un État décadent, rongé par la vermine déviante incorporée dans ces êtres dégénérés victimes des émanations d’un cataclysme. Contre eux, monstres ignobles, puants, avilis et abâtardis, seul le pouvoir de Sang pur, la Force brute adossée à des principes de légitimité et une notion d’héritage génétique, pourra avoir l’effet rédempteur escompté. Jaggar s’en vient dans son pays d’origine (la Grande République d’Heldon) comme un héros inespéré qui forcera le peuple à sortir de son confort fangeux pour se relever et vaincre le péril ignoré. Jaggar leur ouvre les yeux, de force, et leur montre combien leur postérité est en péril, combien le système politique est fragilisé car infiltré par l’ennemi, retors et protéiforme, qui sait orienter habilement les actions des masses issues de la fange.

Lire Rêve de fer est une expérience assez hallucinante. Ce n’est ni difficile ni ennuyeux, pourtant le livre m’est tombé des mains plus d’une fois. Car tout y est poussé à l’extrême, et le style ne s’embarrasse d’aucun adjectif, d’aucune proposition subordonnée pour souligner la pureté génétique d’Heldon et de ses habitants au détriment de la répugnance que leur engendrent les mutants des pays voisins. À la perfection géométrique et stylistique de la Grande République répond le chaos, la crasse et la misère des autres contrées. À la perfection génétique et esthétique des Purs Hommes répond la grossièreté, la laideur, la difformité et la puanteur des rebuts hybrides peuplant misérablement les autres pays. 

Les descriptions pullulent, mettant systématiquement en valeur la beauté, la légitimité et l’ordonnance liées à la pureté génétique par opposition à la menace de plus en plus concrète des hordes vêtues de hardes se pressant aux frontières, sous la coupe des Dominateurs venus de l’Est, êtres abjects capables de dominer la volonté des plus faibles. Et quand l’action survient, elle est brutale et sans fard : le sang gicle, les viscères se répandent, les humeurs éclaboussent les parois et les os se brisent. Car Jaggar, de Pur Homme, devient Sur Homme et les pauvres créatures qui l’affrontent se voient pulvérisées par sa rage vengeresse, écrasées par sa fureur hégémonique, broyées par son bras purificateur. Montant sur la capitale pour y prendre le pouvoir, il s’entoure de cohortes ajustées dans des tenues qui feraient le bonheur de fétichistes du clou et du cuir. Le noir et le rouge s’unissent sur ses uniformes, flottent sur les capes enserrant les épaules des dignitaires d’un régime qui vise haut et loin, embrasent les drapeaux destinés à surmonter les capitales des pays du monde entier. Les vieux politiciens véreux ne feront pas long feu devant son charisme imposant, sa droiture vindicative et son verbe enflammé et il remettra de l’ordre dans le gouvernement avant de s’attaquer aux pays limitrophes. La guerre est déclarée, et inévitable : il faut frapper vite et fort avant que l’ennemi fourbe soit prêt à envahir la République. Nanti des pleins pouvoirs, dotant son armée des techniques issues des plus brillants cerveaux de la nation pure mais également des meilleurs spécimens humains au génotype imparable, il tourne son regard vers l’Est et ses mutants innombrables. Sa seule crainte : qu’un Dominateur mette la main sur le Feu des Anciens, cette puissance atomique abolie qui ravagea jadis des régions entières, laissant ruines fumantes et plaines empoisonnées. Armé du Commandeur d’Acier, arme terrible à la puissance comparable au marteau de Thor, il se fraie un chemin de sang et de tripes vers l’aboutissement de son projet : l’Empire de Mille Ans, et le règne d’une Humanité pure qui lorgne déjà vers d’autres planètes…

Voici une lecture qui exige un minimum de préparation et de second degré. Spinrad a poussé le vice jusqu'à y ajouter une post-face sur Hitler, sa vie, son œuvre. 

À proprement parler, c’est… insupportablement lourd. Même les premiers romans de SF pré-campbellienne étaient plus digestes et subtils. Tour à tour ignoble et fascinant, le texte se parcourt avec une sorte de nausée préalable, qu’on parvient à grand peine à contrôler en s’amusant à trouver les parallèles tellement évidents avec une Histoire (bien réelle cette fois) écrite dans autant de sang et de tripes. C’est bien moins drôle qu’Iron Sky, moins percutant qu’Uber. C’est souvent abject. Et c’est ce qui fait la force de ce roman.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un texte qui a fait date dans l'histoire de la SF.
  • Un exercice de style aussi périlleux qu'intrigant.
  • Une prouesse stylistique construite sur un projet mûrement réfléchi.


  • Un style terriblement lourd.
  • Une histoire d'une navrante banalité, parcourue de poncifs et d'épanchements verbeux.

Playmobil Novelmore #4 : Chevaliers, Canons et Loups
Par




On continue notre exploration de l'univers
Novelmore avec cette boîte de 68 pièces.

Cette fois, nous nous intéressons à un engin hybride, entre véhicule et arme lourde. Il s'agit en effet d'une plateforme, tirée par un imposant attelage de cinq loups, et qui embarque deux canons à eau. Bon, forcément, un canon à eau, ça n'a pas l'air très menaçant, mais quand on sait que les adversaires principaux de l'armée de Novelon sont les Burnham Raiders, versés dans la manipulation du feu, des explosifs et de la lave, cela fait tout de suite sens.

En ce qui concerne les personnages, l'on en obtient deux avec ce set : Gwynn, une intrépide guerrière (qui est d'ailleurs l'un des personnages principaux de la série animée), armée de sa petite épée caractéristique (qui ressemble un peu à l'Aiguille d'Aria Stark) ; et Will, moins célèbre mais fort bien équipé lui aussi, avec une lourde armure et une hache de combat.  

Niveau accessoires, l'on dispose de quelques sacs, d'un fouet, d'un bouclier et de divers projectiles.
Le montage de l'ensemble est aisé et ne contient qu'un seul autocollant.  

Avec ces canons mobiles, vous voilà prêt à affronter les terribles Raiders !