Marvel Epic Collection
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Gros plan sur la mythique Marvel Epic Collection.

Comme vous avez pu le constater, il nous arrive parfois de présenter des comics en version originale, souvent lorsqu'ils ne sont pas disponibles en français. Dans les mois qui viennent, nous allons aborder une série d'ouvrages particuliers, que nous chroniquerons de temps à autre, tome par tome, mais il nous a semblé intéressant de commencer par un article plus général, présentant la collection dans son ensemble ainsi que ses particularités.

Il s'agit donc de la collection Marvel Epic, qui s'impose sans conteste comme le format de référence en ce qui concerne le rapport qualité/prix. Bon, forcément, il faut être anglophone pour en profiter (car cette gamme n'est pas dispo en français), mais si lire en anglais ne vous pose pas de problème, c'est vraiment l'idéal pour se constituer une belle bibliothèque.
Alors, pourquoi diable affirmer que ce format est meilleur qu'un autre ? Eh bien, nous allons voir ça en détail.

Il existe d'autres collections dites "économiques" en anglais, notamment les Marvel Essential. Ces derniers présentaient toutefois deux défauts majeurs : ils étaient tous en noir & blanc, et imprimés sur du papier de mauvaise qualité (type papier journal). Les Marvel Epic, tout en conservant l'aspect épais et peu onéreux, sont en couleurs et bénéficient d'un papier de bonne facture. Au niveau de l'aspect général, ça en jette tout de même un peu plus.
Autre avantage, les Epic contiennent du matériel additionnel assez fourni, alors que les Essential ne proposaient aucun bonus.
Si l'on compare ces comics avec les Omnibus par exemple, outre le prix très élevés de ceux-ci, il faut souligner qu'ils n'ont jamais été très pratiques à manipuler. Les Epic, plus légers et pourvus de couvertures souples, sont bien plus optimisés pour la lecture, ce qui est quand même pas mal pour un livre.

D'un point de vue pratique, chaque ouvrage contient entre 400 et 500 pages environ, pour des prix allant de 23 à 36 euros, suivant les tomes (ça reste quand même une somme, mais les sorties sont très espacées). Les publications ne sortent pas dans l'ordre chronologique (le tome 17 d'une série peut sortir avant le tome 2) afin d'offrir rapidement aux lecteurs un grand choix d'époques et de styles. Toutes les grandes figures Marvel sont concernées : Spider-Man, Wolverine, les Avengers, Iron Man, Thor, Daredevil, Hulk, Captain America, Doctor Strange, les Fantastic Four, les X-Men, le Punisher, l'on trouve même des séries moins populaires, comme Excalibur, Ms. Marvel, les Defenders ou encore Moon Knight.
Bref, il y a de quoi faire.


La présentation est également soignée, avec un sommaire détaillé listant les titres et numéros des épisodes, l'année, les auteurs, etc. Il arrive souvent qu'un récit, publié dans une série principale, soit accompagné par des annuals et des one-shots thématiquement liés. En général, tout cela est très bien choisi. Chaque épisode est bien entendu introduit par sa couverture originale.
Niveau bonus, l'on retrouve des infos en tout genre, sur les personnages, leurs repaires, leurs pouvoirs, leurs ennemis, etc. Mais aussi des crayonnés, des illustrations, des arbres généalogiques, des récits parodiques (une rencontre humoristique entre Spidey et un drôle de Batman par exemple), des infos sur les auteurs, etc. Tout cela est particulièrement intéressant.
Même la gestion des couleurs est bien foutue, avec pourtant une colorisation parfois criarde à certaines époques, mais un choix de papier, non glacé, qui atténue le côté flashy, ce qui rend les splash pages et les poses savamment étudiées encore plus impressionnantes et agréables à regarder.

Enfin, avantage énorme cette fois sur les collections VF (de type Intégrale) : vous échapperez aux traductions infectes et illisibles proposées par Panini. Cet éditeur a trouvé le moyen de saloper la plupart de ses collections "historiques" avec un texte non seulement blindé de fautes mais également non-adapté au contexte (voir encadré plus bas). Aussi, pour aborder les séries Marvel de la meilleure manière, rien ne vaut le texte original, non trituré par des incapables et des sagouins.
Même au niveau esthétique, la collection Epic s'en sort honorablement : un code couleur pour chaque série, petite illustration thématique sur la tranche, belles covers... on est loin de l'immonde jaquette orange des Intégrales Panini (avec une hardcover vierge en dessous !).

Les Marvel Epic disposent, pour certains personnages au moins, de pas mal de tomes. Si l'on prend le Tisseur, 10 volumes sont déjà disponibles (les tomes 1, 2, 3, 7, 15, 17, 18, 20, 21 et 22). Ceux-ci regroupent des sagas et/ou moments forts tels que la dernière chasse de Kraven (Kraven's Last Hunt, cet ouvrage contenant d'ailleurs également le mariage de Peter et Mary Jane), les premiers pas de Peter Parker (Great Power, avec un max de bonus vintage), l'apparition de Venom (Venom), la mort de Gwen Stacy (The Goblin's Last Stand) ou encore l'un des combats du Monte-en-l'air contre les Sinister Six (Return of the Sinister Six).
Il faut noter qu'il existe également deux autres collections similaires, Complete Collection et Complete Epic, qui elles ne sont pas basées sur une chronologie mais des runs (les X-Factor de Peter David, les New Avengers de Bendis...), des sagas (Onslaugt, la Saga du Clone...) ou encore des séries complètes (Runaways, Spider-Man loves Mary Jane...). Là encore, le rapport volume/prix est plus qu'intéressant. Par exemple, le premier tome de New Avengers, qui fait plus de 500 pages, est à 26,50 euros, le premier tome des Runaways, qui fait environ 450 pages, est à 25 euros, etc. La présentation et la qualité sont identiques (cover souple, papier de qualité).

Bref, à moins de ne pas comprendre un mot d'anglais, voilà les collections (sans censure ou texte hasardeux) à posséder absolument. Le soin général apporté aux ouvrages, la qualité du matériel proposé et leur prix mesuré en font le format idéal pour les collectionneurs.
Nous vous donnons rendez-vous dans quelque temps pour la chronique complète du premier comic issu de cette gamme !




Le désastre Panini

Lorsque nous affirmons que les textes, notamment des Intégrales publiées par Panini, sont illisibles, personne n'est évidemment forcé de nous croire sur parole. Nous avions déjà, à plusieurs reprises, mis en avant divers exemples sur l'ancienne version de UMAC.
En voici quelques-uns de compilés, avec bien entendu à chaque fois les références des ouvrages.

Précisons que si le nom d'une traductrice, Geneviève Coulomb, revient souvent, ce n'est absolument pas elle qui est en cause en premier lieu, mais bien les responsables de Panini qui valident des textes cradingues qu'ils ne prennent même pas la peine de faire relire.

Deux types de problèmes se posent donc.
Le premier, ce sont les fautes pures et simples. Les exemples ne manquent pas. Ainsi, dans l'Intégrale Spider-Man 1980, l'on peut trouver ceci :
- le Punisher m'a tiré à balles anesthésiantes
- il faut que je le fasse parler... de façon ou d'autre
- je ne meurs pas si pour si peu
- que dal
- la vielle (pour "vieille")
- s'enlève (à la place de "s'élève")...

Dans l'Intégrale 1982, l'on peut noter :
- il et bien décidé
- ceci est autre histoire
mais aussi des textes impropres, comme un dialogue faussement reporté dans le descriptif de la case suivante (voir ci-dessous). On passe sur toutes les nombreuses erreurs de ponctuation et d'accord, ou sur la confusion entre futur et conditionnel...


L'on trouve des choses étonnantes aussi dans les X-Men, notamment dans la saga du Phénix Noir, où Coulomb est encore à la manœuvre :
- que ça arrête !
- vous êtes eux ?
- elle a fait tout cela comme en se jouant
- j'ai assumé ma forme d'acier organique...

Tout cela n'est pas limité aux Intégrales, dans le X-Men Extra #79, l'on pouvait trouver diverses conneries qui finissent par revêtir un aspect comique :
- on voit pourquoi tu étais copain de l'autre (ah que c'est joliment dit !)
- on essaie, mais on est eus à chaque tournant
- je tiens à te surveiller au doigt et à l'œil
- il est mort à bout d'usure
- elle peut pas faire de vitesse (en parlant de quelqu'un qui ne peut se déplacer rapidement)
- le complexe souterrain en sous-sol de l'école (par opposition aux souterrains que l'on construit hors-sol sans doute)

Parfois, la traduction donne exactement l'inverse de ce qui est dit dans la version originale. Ainsi, dans la saga du Phénix Noir, un "except that all our foes can fly" (tous nos ennemis peuvent voler) devient "sauf que l'ennemi n'a pas de personnel volant". Un contre-sens d'autant plus évident que dès la case suivante, le personnage évoque les ennemis qui volent ! Et puis, bon sang, qu'est-ce que c'est que ce choix de vocabulaire débile ? Le "personnel volant" ? On parle de la Garde Impériale shi'ar, pas du personnel d'un airbus !

Et bien entendu, Coulomb détient aussi la palme de la bourde historique, grâce à sa magnifique adaptation du X-Men Extra #58, dans laquelle elle a traduit le mondialement connu 9/11 par... 9 novembre. En plus, le 11 septembre était cité après deux autres évènements historiques très connus (les premiers pas sur la Lune et l'assassinat de JFK), preuve que, vraiment, certains traducteurs se foutent complètement de ce qu'ils lisent, car si une erreur peut toujours survenir, une date lambda au milieu de faits mondialement connus aurait dû logiquement allumer tous les gyrophares mentaux de la traductrice.

Donc, là, je crois que l'on a vu la "qualité" du texte (basé sur très peu d'exemples en comparaison de la masse d'inepties que contiennent ces ouvrages), passons maintenant au deuxième problème récurrent avec (surtout) les Intégrales : le style (on retrouve les mêmes expressions dans des Deadpool ou X-Men).
Allez savoir pourquoi, Geneviève Coulomb a opté pour une sorte de jargon issu du milieu interlope parisien des années 40/50. On a perpétuellement l'impression d'assister à un dialogue entre Jean Gabin et Edith Piaf. Pour des récits se déroulant à New York dans les années 80, 90 ou 2000, c'est quand même très étrange.
Exemples :
- le môme Parker
- la môme Pryde
- les gonzes
- tu mords le topo
- mon rigolo (en parlant d'un flingue !! mais bordel, qui appelle un flingue un "rigolo" ??)
- le schnick
- foutraque
- calter
- on va se ratatiner un cogne
- tu te cailles le raisin
- rachtèque
- arsouille
- je suis allé piquer l'artiche (c'est un portefeuille)
- je galéjais pas
- pour le bitos (le bonnet)
- lui faire rendre tripes et kapok !
- tu te retrouveras à bavocher dans un fauteuil…
- … version épouvante et sans matafs !
- bath journée !
- désolé d’avoir bousillé ton carbi
- il se monte en mayonnaise à propos de cette louloute
- et alors tintin pour le biturer
- je me taille un cendrier dans ton caberlot
- dégoise, pitre !
- il serait badour en caleçon
- t’as plus qu’à t’esbigner
- tu plafonnes du neutron
- ça en jetterait un jus !
- les nabus de fouilly-les-oies
- le gars a dû mettre les adjas
- monsieur belvédère me patafiole
- chmilbliz (qui doit être vaguement inspiré du célèbre schmilblick)
Là encore, on passe sur les "crotte", "connard" et autres "ducon la joie" qui passent assez mal dans la bouche de Peter Parker...

Le pire, c'est que bien des années auparavant, les mêmes épisodes avaient été adaptés proprement, sans cet espèce d'argot de l'après-guerre, dans les Strange et autres Nova (revues qui étaient malheureusement censurées au niveau des dessins). Parfois, on se demande même si la traductrice bosse sous acide ou si elle ne fait pas exprès de saccager les textes. Ainsi, un ancien et très correct "Attention, voici venir votre ami l'Araignée !" se transforme en "Spider-Man en piste ! Glaglatez Navarrais, Maures et Castillans...!"
Wow, ça c'est du free style, hein ?
Ou encore un très sobre "Je le vaincrai ! Coûte que coûte !" qui devient "Il va s'en mordre les doigts ! Je le choperai coûte que coûte... lui mettrai la tatouille du siècle !"
Et oui, la célèbre "tatouille" arachnéenne...

Voyons un autre exemple avec un extrait tiré de la série Uncanny X-Men. Sur l'image ci-dessous, vous pouvez voir la version originale à gauche, aisément compréhensible, et la traduction de Coulomb, validée par Panini. "Vous z'ici, je vous croyais z'aux z'eaux" ?? Mais, qu'est-ce que ça veut dire ? Et pourquoi tous ces "z" devant les mots ? C'est du pur délire, qui ne tient compte ni du texte original, ni du contexte, ni même des règles de français. Il n'y a que chez Panini que de telles âneries peuvent passer...


Autrement dit, il vaudrait mieux que vous vous mettiez sérieusement à l'anglais si vous avez des lacunes. C'est sans doute d'ailleurs la plus grande qualité de Panini : l'éditeur et son impéritie auront plus fait pour l'apprentissage de la langue de Shakespeare que tous les profs d'anglais de ces cinquante dernières années, collèges et lycées compris.