Mezkal
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"Je me sens comme une ombre. Un courant d'air qui ne ferait que traverser son époque. Je crois bien que la dernière fois que j'ai ri, c'est quand j'ai joué avec mon père aux cow-boys et aux indiens. J'avais 4 ans."


Ainsi commencent les 188 pages de ce gros album sorti aux éditions Soleil. Ce sont les premiers mots par lesquels se présente le personnage central : un Américain du nom de Vananka Darmont.
 
Un putain de prénom indien, une gratte bas de gamme et une carte d'anniversaire à la con chaque année ; voilà les seuls trucs que Vananka garde de son paternel, musicos de génie mais clairement pas père de l'année (quelle que soit la foutue année) qui s'est barré de la maison familiale avant même que Vananka sache pisser tout seul sans repeindre les chiottes.

Vananka est un looser, une sombre merde sans aucune estime de soi qui vit encore chez sa mère et se fait exploiter par un patron dégueulasse dans un job vide de sens. Le genre d'individu qui sert de terreau à l'Amérique ; pour que les USA s'épanouissent, il faut que des millions de Vananka leur servent de compost humain.

Mais aujourd'hui, Vananka va se surpasser pour fêter le jour de sa naissance et va carrément réussir à merder au point de se faire virer d'un boulot ne nécessitant pourtant pas un Q.I. très généreux ! C'est que Vananka n'en a rien à foutre : tout lui semble vain.

Retour chez maman. Carte d'anniv' du pater en provenance de Mexico dans la boîte aux lettres, matou déglingué qui traîne, assiette de pâtes chaudes sur la table, musique de fond sur le vieux pickup... mais maman ne répond pas. Qu'est-ce qu'elle fout, encore, la daronne ? Ah ben génial : elle s'est flinguée à coup de médocs et d'alcool. Joyeux anniversaire, ducon !


"Est-ce que ma mère m'a aimé un jour ? Va savoir, ta mère reste ta mère quelle que soit la vie qui va avec". Rongé par ces réflexions et après avoir pété la gueule à un type venant réclamer le remboursement des dettes de sa mater, Vananka décide de prendre la route dans son costard de deuil, la guitare en bandoulière... ça lui donnerait un air d'Antonio Banderas dans Desperado s'il en avait la belle gueule et les cheveux longs au lieu d'une tronche fendue d'une cicatrice sans doute récoltée dans une bagarre et des cheveux osant la combinaison audacieuse "banane et mulet".

Autostop avec des routiers trumpistes aux airs de consanguins dégénérés et bouffis, petits jobs de zikos dans des rades, voyage en bétaillère sous le regard amusé de motards racistes... Vananka taille la route façon hobo direction le Mexique. Et c'est là, dans le désert tabassé de soleil de ce pays aride, qu'il va tâcher de donner un sens à sa chienne de vie. C'est aussi là que tout va partir plus encore en couilles. Pourtant, ça semblait déjà pas mal compliqué de faire pire. C'était sans compter sur Vananka qui a un don pour ce genre de choses : c'est un aimant à emmerdes ! 

En vrac (et pour ne pas gâcher trop la surprise aux futurs lecteurs), il va rencontrer un gosse aveugle dont le grand-père est un vieux chaman et dont la sœur, Leila, est une bombasse chaude comme un chile guajillo. Ils tiennent une ferme qui vivote et Vananka va les aider à la faire fructifier en ensemençant les champs... et la frangine, au passage.

C'est sans compter sur Felipe, le cousin de la belle indienne, qui est une sorte de truand local sans aucune limite, les connexions de ce dernier avec la pègre mexicaine, des fédéraux carrément azimutés, des bikers psychopathes, toute une faune hétéroclite bardée d'autant d'armes que de vices et la propension manifeste de Leila à succomber à toutes les addictions possibles... Vananka est tellement dans la merde jusqu'au cou qu'il devrait tailler ses cravates dans des slips ! 


Entre récit initiatique à la recherche du père, road movie en BD halluciné, romance impossible et histoire de cartels, cette bande dessinée déglingue pas mal de codes et a tout pour plaire et pour déplaire.
Très compliqué de rester mitigé face à ces 188 pages signées Kevan Stevens (au scénario) et Jef (au dessin).

Parlons du dessin, donc. C'est pile poil le genre d'approche graphique qui (le premier qui rigole, je lui tricote un nœud papillon avec ses zygomatiques) me faisait peur quand j'étais gosse. Ca vous semble excessif ? Eh bien c'est précisément parce que ce trait est excessif que ça me faisait flipper. Autour du héros au look un peu ringard s'agglutine, en ville, une faune bigarrée et répugnante qui me mettait instantanément mal à l'aise. J'avais ressenti ça avec certains numéros de Tank Girl ou de Ranxerox, si mes souvenirs sont bons ; ce qui peut sans doute être vu comme un compliment, à l'heure actuelle, pour le travail de Jef... Et même une fois arrivé au Mexique, si les "gentils" (il faut le dire vite !) ont des traits harmonieux et réalistes, certains méchants sont des caricatures difformes proprement dégueulasses ; matez donc les bikers ci-dessous, sérieusement... ils sont ignobles. Et c'est de toute évidence fait exprès : ce sont de gros bouffons et tout chez eux est ridicule : même leur dessin et leur mise en couleur sont plus naïfs que ceux du reste de la BD. La démarche consistant à offrir un style spécifique à certains personnages selon la crédibilité qu'on veut leur allouer est appréciable. Mais le résultat final offre évidemment des têtes de gros cons à certains antagonistes... Un fois cette logique intégrée, force est de constater que le dessin de Jef est intelligent, signifiant et efficace ; même s'il est parfois un peu moche, exprès !


La mise en page a elle aussi ses codes et sait se faire nerveuse dans les bastons et les gunfights, la mise en couleurs est soignée... Plus on réfléchit à chacun des éléments et plus on se rend compte que, dans sa démesure et malgré ses partis pris excessifs, Mezkal coche un paquet de cases rendant l'album très attractif pour tout public amateur de déglingue, de violence et de trash car, non seulement tout cela est présent mais, en plus, justifié. En effet, l'histoire, pour caricaturale qu'elle soit, n'en reste pas moins cohérente de bout en bout dans son univers.

Pour la plupart des lecteurs, Mezkal passera sans doute pour un ovni bédéistique. En temps normal, je serais même le premier à me dire "Ouah, la vache ! Ce n'est pas pour moi, ça !".
Toutefois, il se fait que je me suis simplement laissé abuser par la couverture de l'album qui me semblait particulièrement sensible, presque nostalgique (allez savoir pourquoi je pensais ça)... Autant dire que, dès les premières pages, les aventures de Vananka m'ont donc surpris. J'étais bien à côté de la plaque et n'aurais pas dû me fier à cette seule couverture.

Au final, bien m'en a pris. 
Mezkal, c'est la quête initiatique d'un looser malaimé qui finit en héros à la Tarantino dans un décor et une atmosphère navigant entre Mad Max et Breaking Bad. Chaque recoin de planche cache un détail choquant ou un truc marrant à la Gotlib derrière un gros biker beurré ou un latino dont la seule ligne de dialogue possible semble pouvoir être un tonitruant "Hijo de puta, cabrón !".
Mezkal, c'est l'histoire d'un gaijin virtuellement immortel et porté par une magie qui le dépasse qui va devenir un samourai mexicain moderne, troquant son look Reservoir Dogs contre son négatif parfait pour symboliser la façon dont il a transcendé ses doutes.
Ca vous intrigue ? C'est fait exprès : j'essaye d'hameçonner comme je peux un lectorat potentiel pour ce gros bouquin... parce que, même s'il n'est pas de ceux que je chéris, il a objectivement tout pour plaire à un certain public qui est friand des références qu'il véhicule avec bonheur et avec lesquelles il jongle.
Gros défouloir de violence et de cul, Mezkal a le bon goût d'avoir une histoire a raconter, de nombreuses ambiances bien transcrites à faire passer et des personnages hauts en couleurs à faire connaître.

Vananka, que l'on apprend à mépriser en début d'ouvrage, gagne ses lettres de noblesse aux yeux du lecteur au fil des pages et, pour une fois, ce n'est ni abrupt, ni artificiel : sa progression vers l'espèce de représentation iconographique de la vengeance qu'il incarne à la fin est lente et bien construite. Il a en cela un parcours diamétralement opposé à celui de l'être de son cœur, Leila, qui révèle peu à peu toute la noirceur et les travers dont elle est capable.

En littérature, on parle parfois de "livre coup de poing". Mezkal est une "bande dessinée pied dans les couilles avec des godasses de chantier renforcées". Moi qui ne suis pas accoutumé à la lecture de bandes dessinées aussi décomplexées, je me suis parfois demandé comment les auteurs pouvaient à ce point se permettre de violenter leurs personnages.
Pourtant, au bout du compte, ça contribue à leur construction... une étrange construction qui peut passer par une destruction systématique préalable.

J'aimerais, par mes mots, faire comprendre que, même en n'étant pas la clientèle-cible de cet ouvrage, j'ai été impressionné par certaines de ses qualités ; ce qui justifierait sans doute que nombre de gens plus friands que moi de ce genre particulier se précipitent sur lui à sa sortie.
Il y a dans la narration et dans la mise en images une expertise assez fascinante en ce qu'elles sont capables en peu de temps de nous emporter à divers endroits ou à faire remonter en nous diverses références, parfois pour les intégrer, voire les sacraliser ; parfois simplement pour s'essuyer les santiags dessus.

Mezkal est cru et explicite mais aucunement gratuit. Mezkal porte bien son nom : notre héros est une larve de papillon plongée dans un environnement comparable à de l'alcool à 55°... mais comme c'est une foutue larve hargneuse comme une teigne, elle va siphonner le tord-boyau et devenir le papillon le plus badass qu'une bouteille d'eau-de-vie ait connu ! 


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une quête initiative musclée et sexy sans aucune retenue.
  • Un héros qui évolue vraiment.
  • Un dessin très efficace et évocateur.
  • 188 pages de gros délire qui tache.
  • Tellement de bikers que ça m'offre un prétexte pour exhiber ce Virgul à moto.
  • Une couverture aussi trompeuse que l'idée première que l'on se fait de son héros.
  • Une BD clairement pas pour tout le monde !
  • Certains délires sont quand même parfois un rien trop perchés.
La suite officielle de Saint Seiya est une réussite !
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Saint Seiya Next Dimension - Le mythe d'Hadès
est le titre du manga qui est la suite officielle des célèbres Chevaliers du Zodiaque. La série est d'ailleurs écrite, dessinée et colorisée (on y reviendra) uniquement par Masami Kurumuda, auteur de l’œuvre mère. N'y allons pas par quatre chemins : cette suite est réjouissante sur plusieurs points ! Elle a bien sûr quelques défauts mais on ferme volontairement les yeux dessus tant le plaisir de renouer intelligemment avec l'univers canonique est immense.

Rappelons la fin de Saint Seiya : Athéna était sauvée par nos Chevaliers de bronze, Hadès vaincu par Seiya qui semblait mourir (ou s'évanouir ?) dans les dernières cases, le torse transpercé par l'épée du célèbre Dieu des Enfers. Un dénouement abrupte et perturbant. Ce n'est pas un secret, le mangaka souhaitait continuer de développer son récit et y faire affronter ses héros contre Zeus ! Entre raisons éditoriales et personnelles, Masami Kurumada précipita sa conclusion et mis de côté sa plus célèbre création. Adaptations et suites multiples se succèdent alors au fil des années, l'auteur y est parfois consultant ou crédité comme scénariste, alternant le bon (The Lost Canvas en mangas, Soul of Gold en animes par exemple) et le moins bon voire médiocre (Épisode G - Assassins en mangas, Omega en animes, entre autres). Reste qu'on ne savait toujours pas très bien ce qu'il advenait de Seiya et des autres Chevaliers...

On l'apprend dans Next Dimension, débutée en 2006 et publiée en France depuis fin 2010 (le treizième tome sortira en avril 2022) où les deux premiers volumes posent les fondations de cette nouvelle série. Dans un premier temps (intégralité du premier tome) nous suivons les Chevaliers d'Or du passé Shion (Bélier) et Dohko (Balance), plus de deux cent ans avant la Guerre Sainte. Leur compagnon d'arme Suikyo (Coupe) est le maître de Tenma (Chevalier de bronze de Pégase, le parfait homologue de Seiya) et d'Alone, réincarnation d'Hadès. Quand Suikyo et Alone trahissent le Sanctuaire, c'est une nouvelle guerre qui se prépare... 

Dans un second temps et notamment au présent (en 1990), les jours de Seiya sont comptés, l'épée d'Hadès enfoncée dans son cœur, il est handicapé et dans le coma. Shun et Athéna s'allient pour trouver une solution et combattent de nouveaux ennemis (intégralité du deuxième tome). Tous deux retournent dans le passé afin de détruire l'épée d'Hadès et sauver Seiya. Rien ne se passe comme prévu, ils sont séparés et Athéna redevient nourrisson, atterrissant près du Palais du Grand Pope. Cette dernière n'a que trois jours pour revenir dans le présent sinon elle mourra ! Shun se retrouve avec Tenma, ce nouveau duo doit désormais franchir les fameuses Maisons des Chevaliers d'Or du Sanctuaire pour rejoindre Athéna. Puis c'est parti (dès le troisième tome donc) pour une course contre la montre épique et toujours d'actualité au treizième volume.

Bien sûr, cela rappelle forcément l'arc iconique de la série originelle mais Kuramada travaille son titre avec malice : on navigue habilement entre le passé (la majorité du récit) et le présent (où l'on retrouve Marine et Shaina par exemple) et on croise foule de nouveaux personnages charismatiques sans être perdu. Il est fortement conseillé de lire les douze volumes à la suite, il n'y a même pas une journée d'écoulée depuis le premier tome ! Dommage que le rythme de publication soit aussi lent...

Le mangaka étant méticuleux, assurant lui-même scénario, dessins, encrage et a priori la colorisation (à l'ordinateur), il livre méthodiquement une salve de sept ou huit chapitres, publiés à la suite entre décembre et janvier puis souvent entre juillet et septembre. Une anomalie dans le monde du manga. Actuellement, Next Dimension compte un peu plus de cent épisodes et le maître vient de fêter ses soixante-huit ans.

Au-delà du retour au Sanctuaire et des affrontements face aux Chevaliers d'Or, on renoue bien évidemment avec Hyoga et Shiryu ainsi qu'Ikki. In fine, seul Seiya est quasiment absent (remplacé par Tenma) ains que les Chevalier d'Or du présent (à l’exception de Shaka – on vous laisse découvrir comment et pourquoi – et bien sûr Dohko). Si la menace d'Hadès est présente tout au long de la fiction, un autre redoutable ennemi esquisse bien vite ses traits, un mystérieux treizième Chevalier d'Or : Ulysse de l'Ophiuchus !

Sait Seiya Next Dimension jongle brillamment entre personnages familiers (ou clones assumés de ceux-ci, comme Tenma/Seiya) et nouveaux protagonistes ambigus comme Suikyo cité plus haut, les Chevaliers d'Or de l'époque (Shijima, Izo, Gestalt, Caïn, Kaider, etc.) ou encore des héros ou antagonistes un peu en marge du récit comme l'ange Toma, Artémis ou d'autres un peu plus loufoques comme Hécate et Deathtoll. La galerie est dense et variée mais comme toujours mémorable en quelques instants.


Évidemment, on retrouve les grosses facilités scénaristiques qui permettent d'accélérer la narration ou à l'inverse la freiner comme des combats inévitables entre Chevaliers de bronze et d'Or malgré des échanges verbaux en amont (type "Je te crois et te fais confiance mais je ne peux pas te laisser passer quand même, il faut que tu me prouves que tu es capable de combattre jusqu'à ta mort !"). Une fois de plus, une partie de la Garde d'Athéna la trahit sans état d'âme (alternant fidélité entre Hadès et Ulysse)... De même, un lion géant en armure et un Chevalier qui revient à l'état de larve/cocon de façon étrange dénotent fortement avec l'univers initial de Saint Seiya mais pourquoi pas... Comme par hasard, les Chevaliers de bronze croisent ceux avec lesquels ils sont plus ou moins connectés (Shiryu et son maître Dohko par exemple). Quelques dialogues sont clichés au possible ("J'abandonne mon fils pour aller me battre car je sais qu'il deviendra viril comme son père" - sic). MAIS BON... On accepte ces écarts qualitatifs pour ne pas bouder notre plaisir, tant les points positifs restent nombreux, tout en surfant sur la vague nostalgique et le plaisir coupable.

Plus qu'une extension de la série initiale, cette véritable suite propose ENFIN des dessins entièrement en couleur. Si Kurumada n'a étrangement pas évolué sur son style (les visages sont toujours aussi particuliers, certains décors assez pauvres), toute la démesure et magnificence des armures prennent une autre dimension (c'est le cas de le dire) avec une colorisation parfaite ! On émet un peu plus de réserve sur l'ajout numérique de couleurs pour les cheveux ou certains fond de case mais globalement c'est superbe. Les mangas en couleur étant rares, raison de plus pour ne pas louper celui-ci !

Quel plaisir de voir du "vrai" Saint Seiya (donc avec les traits de Kurumada) en couleur dans un livre (et non en anime). L'ensemble est disponible chez Panini Manga, chaque tome coûte 9,29€ (depuis 2022, 8,99€ auparavant).  Si vous aimez les Chevaliers du Zodiaque, que ce soit la première série d'animation ou les mangas initiaux, foncez sur Next Dimension !


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Enfin la VRAIE suite officielle et canonique d'une série mythique.
  • De nouveaux personnages charismatiques et intéressants...
  • ... et le retour d'anciens protagonistes.
  • Un rythme prenant.
  • La thématique du voyage dans le temps bien développée et plausible.
  • Une revisite inédite de l'arc du Sanctuaire, suffisamment originale pour se démarquer du récit emblématique initial.
  • Une narration haletante, qui rend hommage à l'univers déjà installé tout en l'enrichissant brillamment.
  • Une histoire simple (de prime abord) mais efficace et qui se densifie au fil des chapitres.
  • Les dessins entièrement en couleur.


  • Quelques grosses facilités scénaristiques.
  • Des situations ubuesques qui dénotent parfois avec la fiction.
  • (Inaccessible si on n'a pas lu Saint Seiya.)
Vesper #1- L'Amazone
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Vesper est une nouvelle série de fantasy regorgeant de noms farfelus, de pouvoirs divers et variés et de personnages aux vices innombrables... Ce tome 1 en annonçant cinq autres vaut-il l'investissement ?


Voilà plusieurs jours que je me pose cette question. Après avoir refermé cette BD signée Jérémy (Les Chevaliers d'Héliopolis, Layla, Barracuda, Complainte des landes perdues), j'étais terriblement mitigé. 
J'aime généralement la fantasy... mais suis-je client de cette fantasy particulière, de cette vision spécifique du sous-genre sword and sorcery qu'offre cet album ?
J'apprécie plutôt ce type de trait mais ne va-t-on pas ici dans une exagération indigeste ?
J'aime la couleur directe mais j'accroche peu à celle-ci... pourquoi ?
Je lis des mangas et je joue à des jeux vidéo japonais mais n'en ai-je pas soupé de ce design et de ces inspirations ?

Et puis j'ai pris une décision toute bête : évacue tes ressentis et sois factuel ! Allons-y donc avec les faits, crénom !

Jérémy se lance donc ici tout seul comme un grand dans la création d'une BD en six tomes. Scénario, dessin, mise en couleurs... le gars fait tout. Il a même développé un jeu vidéo se basant sur son univers et disponible sur Steam, la bien connue plateforme de distribution de jeux : Vesper : Ether Saga.
Du coup, respect. Un tel investissement relève de la passion et les gens passionnés sont inspirants.

Alors, quand on sait qu'il a travaillé avec Jean Dufaux sur La Complainte des Landes perdues (Dargaud) et avec Alejandro Jodorowsky sur Les Chevaliers d’Heliopolis (Glénat), on n'a qu'une envie, c'est voir ce que ça donne quand ce jeune belge de 37 ans ouvertement fan de jeux de rôles, de jeux de stratégie et de jeux vidéo se met lui-même au scénario. Malheureusement, comme vous avez pu le deviner... je ne suis étrangement pas client de ce travail... et j'en suis le premier étonné. Mais en aucun cas cela ne m'empêchera de rester objectif et de souligner ici les qualités innombrables de Vesper. Pas plus que ça ne m'empêchera de creuser les raisons pour lesquelles ça ne fonctionne pas tout à fait avec tous les lectorats.


Ici, nous sommes en l’an 1159 du calendrier ekklesien. Vesper, l’héroïne à qui la série doit son nom, est une hybride mi-humaine, mi-chimère qui parle la langue éthérée. Vous devinerez sans peine qu'il s'agit là de la langue de la magie. Etant donné que l'on n'en est pas à un concept rebattu près, cette magie lui permet de maîtriser le feu et la glace. Et comme on s'en doute, elle va avoir à se transcender pour surpasser mille et une épreuves... ainsi que le suggère l'image ci-dessous : user de la langue de magie sans l'organe du même nom, c'est de suite plus compliqué !

Il se fait que Vesper est au service du prince Crimson Nyx (que ses parents ont dû baptiser grâce à une recherche dans un générateur de noms de fantasy pour rôlistes comme il y en a des dizaines sur le net), gros guerrier bien bourrin dont elle a fait son amant, avec qui elle ambitionne de créer un royaume égalitaire permettant à tous de vivre sur une terre convoitée par pas mal de peuplades diverses. 

Au début du tome 1, Vesper assiège la ville de Valestiel où se sont réfugiés les Sorajis, un peuple qui a migré vers le royaume de Sylvaestris... et oui, tout ce bordel est déjà un souci : en quelques planches, je me retrouve avec une tonne de noms à retenir pour un univers dont j'ignore encore s'il m'intéressera et pour lequel mon investissement est encore quasiment nul. N'y avait-il pas moyen de m'offrir d'abord quelques planches intrigantes sur l'un ou l'autre personnage et diluer ces informations au détour de cases n'ayant pas pour unique but de me faire ingérer ces noms ? 

Mais bon... l'arrivée massive des Sorajis n’a pas plu aux locaux et cela a déclenché une guerre durant laquelle, en première ligne, Vesper va user de sa magie.
Et ce n'est pas bien malin, vu qu'elle bataille dans un camp pour lequel la langue éthérée est un sacrilège. C'est moi ou on veut me vendre comme héroïne une abrutie arrogante au seul prétexte qu'elle serait badass et gaulée comme une bimbo du Salon de l'Auto ?
Les Sorajis se rendent, forcément... quand on affronte avec des épées une meuf capable de déclencher contre soi la fureur des flammes et la morsure de la glace, ça semble une réaction on ne peut plus raisonnable.
Crimson Nyx rejoint la belle rouquine sur le champ de bataille et, bien vite, ça finit en galipettes dans sa tente d'officier. 
Mais entretemps, le cardinal Murgleis reçoit l’inquisiteur Redgrave (qui a lui aussi hérité d'un blase pioché sur findanepicname.com) qui veut évincer Crimson. L’usage inconsidéré et pour tout dire totalement con de magie par Vesper va lui servir de prétexte pour ce faire.
Les deux amants seront donc séparés par les troupes de l'Aurora Crux (ouais, les gens de l'inquisiteur, quoi !) et tous deux condamnés à des sorts peu enviables... et c'est un foutu euphémisme !

La suite nous apprendra que Vesper est d'origine plus ou moins, euh... disons "démoniaque", que sa mère (une sorte de sorcière œuvrant dans les ténèbres du Nocivus, hum...) va lui offrir l'aide d'un sidekick horripilant sous la forme d'une chimère au design de fennec en armure capable de se transformer à l'envi en... euh... en SoulCalibur (désolé mais une épée démoniaque avec un gros œil dessus, j'appelle ça comme ça).

La suite est une combinaison de trahisons, de loyauté, de complots, de manipulations, de croyances religieuses, de magie et de torture... mais je ne vous en divulgue pas plus, vous verrez cela par vous même au cas où.


Qu'est-ce qui fonctionne graphiquement ?
Essentiellement le dessin de Jérémy, pour qui aime ce type d'approche relativement réaliste. Même si, par exemple, le design des Sorajis ne m'a en rien convaincu ; onl'impression d'une race issue du métissage entre des démons de Khorne et des Hommes-Bêtes de Warhammer. Et que dire, alors, de celui de la monture finale de Vesper, que je vous offre ici à droite ? Pourquoi y vois-je un Dracaufeu ? 

Qu'est-ce qui ne fonctionne pas graphiquement ?
La mise en couleurs. Non pas que le travail soit mal effectué, loin de là... mais, très étrangement, il ne semble pas être approprié au style de dessin. L'exemple le plus flagrant est encore une fois ces pauvres Sorajis : on peine à croire à leur pelage roux tant les poils sont peu marqués et la colorisation est uniforme. Pelage roux du même roux que les cheveux de Vesper, d'ailleurs...
Je ne reviendrai pas sur le cliché tellement usé jusqu'à la lie qu'on voit au travers consistant à faire de son héroïne une plantureuse rouquine incendiaire (littéralement incendiaire, en plus : elle invoque le feu !) mais que ce roux soit aussi celui des poils des Sorajis, celui du pagne de l'inquisiteur, celui du sang dans nombre de cases, celui des griffes d'un monstre, celui du dos de "Dracaufeu", celui de la cape de la mère de Crimson et du tatouage de ce dernier (de mémoire) est révélateur... la palette de couleurs est vraiment, vraiment trop restreinte et trop peu nuancée. 
On en arrive même à des cases où des toiles de tente, des vêtements et des amures ont tous la même teinte sépia, noyant la planche de beige et de marron. Ce n'est pas laid, ça pourrait plaire sous prétexte de "cohérence chromatique"... mais c'est surtout assez lassant, visuellement.

Et scénaristiquement, alors ?
Ce n'est pas compliqué : on a ici une BD écoresponsable adepte du recyclage.
Par conséquent, si vous êtes, comme l'auteur, un amateur de ce type de fantasy, vous reconnaîtrez en lui l'un des vôtres et il vous sera sympathique mais il n'apportera strictement rien à vos propres rêveries déjà alimentées par maintes œuvres autrement plus inspirées. On peut être refroidi par ces redites et cette complaisance dans la brutalité et le gore assez mal servie par une colorisation trop terne... Pour un vieux de la vieille, cet album n'en fait de toute évidence pas assez, ni dans l'originalité, ni dans le style, ni dans l'impact visuel.
Mais si vous êtes plus jeune que l'auteur ou novice en matière de fantasy, vous trouverez en Vesper un monde intrigant qui constitue sans doute un sas d'entrée dans le genre tout aussi honorable que bien d'autres.

Au-delà de toutes ces considérations, je rappelle que cet auteur fait tout de A à Z... Même s'il ne m'a pas passionné (pour les raisons évoquées plus haut), ce livre est l'œuvre d'un passionné. Et rien que pour ça, il mérite mon respect. Alors, si vous connaissez peu ce genre et que vous avez envie d'encourager une initiative audacieuse, donnez sa chance à Vesper.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une œuvre de passionné.
  • Un scénario efficace.
  • Un dessin convaincant.
  • Un univers foisonnant. 
  • Une œuvre trop référencée, pour qui connaît déjà la sword & sorcery.
  • Un scénario assez convenu, pour qui a pratiqué les jeux de rôles.
  • Une mise en couleur un peu fade.
  • Un univers peut-être un peu trop généreux en détails peu utiles qui peut s'avérer un rien indigeste.
Entretien "Knives and Steels"
Par


Nous recevons aujourd’hui Jean-Philippe, créateur de la chaîne Knives and Steels, consacrée au couteau sous toutes ses formes, qu’il soit destiné au bushcraft, à la survie, à la randonnée, la pêche et bien d’autres activités encore.


UMAC : Jean Philippe, tu as donc une chaîne youtube consacrée au vaste domaine de la coutellerie, depuis quand existe-t-elle et comment t’es venue cette idée ?
Jean-Philippe : Bonjour, la première vidéo a été publiée le 7 mars 2021, il y a donc environ 9 mois. Je réalise des vidéos depuis 2011, d'abord en tant que simple amateur, puis je me suis lancé à mon compte. Entre les réalisations de vidéos pour des clients, j'ai continué à en réaliser par passion dans divers domaines tels que la pêche, la randonnée, les paysages. J'ai toujours apprécié les loisirs de pleine nature et donc je me suis équipé pour randonner, camper, observer. J'ai aussi toujours possédé au moins deux ou trois couteaux et, depuis quelques années, cet outil m'a de plus en plus intéressé. Je ne suis pas collectionneur, mais je m'intéresse aux différents types de couteaux. Comme j'aime me promener seul dans la nature et que j'y réalise souvent des vidéos, je n'avais pas forcément toujours  de sujet à filmer, comme des animaux, et je me suis dit que ça pouvait être intéressant de mettre en scène un couteau avec quelques techniques de coupe. C'est comme ça que j'ai réalisé une première vidéo de couteau il y a environ 3 ans, puis j'ai réalisé des vidéos sur d'autres thèmes. Je continuais cependant à m'intéresser aux couteaux et j'ai vu qu'il existait sur ce sujet des chaînes YouTube mais presque toutes présentaient les couteaux de la même manière, couteau sur un coin de table avec commentaires en direct et sans forcément proposer de documentaires. Alors je me suis dit que ça pourrait être intéressant de présenter l'univers des couteaux au grand public de manière informative et esthétique, avec de belles vidéos mettant en valeur les couteaux dans différents environnements, différentes ambiances et aussi avec des animations graphiques. Et puis comme j'aime m'informer, cette chaîne est l'occasion de toujours continuer à en apprendre sur le sujet.

— Tu proposes notamment des sujets thématiques mais aussi des présentations très soignées de différents modèles, combien de temps faut-il pour réaliser ce genre de vidéos ?
— Il faut savoir que dans le domaine de la vidéo il y a d'infinies possibilités (rythme du montage, variété des plans, choix des musiques, titrages, animations graphiques, etc...). On peut réaliser une vidéo en prise directe sans changement de plan et ça ne prend donc pas beaucoup de temps pour produire une vidéo dans ce format. Pour ma part j'essaie de proposer une bonne diversité de plans sous différents angles, dans différentes situations, et il me faut au moins déjà 3 ou 4  heures pour filmer les multiples scènes. Je traite ensuite les images (colorimétrie, contraste, stabilisation de certains plans...). Ça me prend aussi au moins 3 ou 4 heures . Reste ensuite à effectuer le montage, sélectionner les séquences, choisir une musique, rédiger un texte, enregistrer une voix off, insérer des titres, créer des animations. Tout cela prend en moyenne deux jours de plus. Donc pour une simple réalisation de présentation de couteau, il faut y consacrer au moins une vingtaine d'heures de travail. Pour la réalisation d'un documentaire comme ceux que j'ai faits sur les aciers de coutellerie, il faut compter environ 10 jours de travail. Ça fait beaucoup de boulot mais quand on à l'habitude de bosser en tant que professionnel, on ne peut pas se résoudre à faire des vidéos « à l'arrache » même si c'est « seulement » pour YouTube. Et puis j'ai espoir que ces vidéos deviennent en quelque sorte une référence dans ce domaine.

— Quels sont les éléments qui font un « bon » couteau ?
— Il y a deux grands types de couteaux. Les couteaux à lame fixe et les couteaux pliants. Le principal élément à prendre en compte est la qualité de l'acier qui forme la lame. Il existe aussi deux grands types d'aciers. Les aciers dit « carbone » sensibles à l'oxydation, donc à la rouille, et les aciers inoxydables. Il y a plus d'une centaine d'aciers de coutellerie dont une vingtaine très répandus. Ces aciers ont des propriétés différentes sur le plan de leur résistance à l'oxydation, leur solidité, leur conservation du tranchant et leur facilité d'affûtage. Enfin il faut aussi prendre en compte la qualité des matériaux qui composent le manche (matériaux synthétiques tels que résines, plastiques, fibre de carbone, métaux comme l'aluminium, le titane et enfin le bois...). La qualité de fabrication et de finition est aussi importante.



— Existe-t-il encore de nos jours des évolutions technologiques qui améliorent ou révolutionnent le domaine du couteau ?
— On peut dire que si les chinois ont longtemps été sous-traitants, il existe désormais de nombreuses marques chinoises qui proposent des modèles de couteaux pliants d'un excellent rapport qualité/prix et qui innovent beaucoup en sortant d'innombrables modèles chaque année. On va dire que les principales innovations se font sur les formes de lames, le design. Il y a aussi quelques innovations dans le domaine des aciers avec l'apport d'éléments dans leur composition qui améliore résistance et conservation du tranchant, mais ce sont souvent des aciers très chers. On peut dire qu'actuellement il y a une impressionnante diversité de couteaux, des modèles pour tous les goûts à tous les prix, qu'ils soient industriels, ou fabriqués par des artisans. Le couteau, à lame fixe à base de fer, a finalement peu changé depuis sa création il y a environ 3000 ans. La fonction reste la même mais les designs ont évolué. Les couteaux pliants offrent une multitude de systèmes d'ouverture et de verrouillage de la lame. C'est surtout du côté des couteaux de poche qu'il y a donc des innovations techniques.

— L’un des éléments les plus importants demeure bien entendu la lame et sa composition. Y a-t-il des aciers recommandés pour des usages spécifiques ?
— Il y a les aciers inox pour les couteaux  régulièrement au contact de l'eau, et les aciers dits « carbone » plutôt employés pour les couteaux de survie. Ces derniers sont moins chers, bien tranchants et faciles à affûter, mais ils nécessitent un peu plus d'entretien. Un des aciers les plus courants pour les couteaux de survie est le 1095. Les aciers inox les plus utilisés sont le 14C28N, le 12C27, le 440C. Enfin il existe des aciers très haut de gamme qui conservent longtemps leur tranchant comme par exemple les aciers inox appelés CPM-S35VN et le M390. Mais le mieux est de regarder les vidéos que j'ai réalisées si vous souhaitez bien comprendre ce sujet.

— Le marché est très vaste, avec des couteaux à plus de 200 euros, voire plus, d’autres à moins de 20… sur quoi se fait cette différence de prix ? Existe-t-il du matériel de bonne qualité abordable ?
— La différence de prix s'explique en grande partie par le type d'acier dont est formée la lame et les matériaux du manche. Par exemple, un couteau pliant composé d'un acier haut de gamme, et d'un manche en fibre de carbone ou titane, coûtera selon les marques entre 120 et plus de 300 euros.
Mais il existe de très bons couteaux pour moins de 60 euros. La qualité de fabrication est excellente et les aciers sont de bonne qualité. Par exemple on trouve des couteaux de poche en acier D2 ou 14C28N pour environ 60 euros avec plaquettes de manche en G10 (une sorte de résine très résistante) qui sont vraiment parfaits (beaux et performants). Par contre vous aurez l'embarras du choix car il existe des centaines de modèles...

— D’un point de vue légal, le port du couteau est interdit, le transport autorisé pour « raison légitime », tout cela est un peu flou, non ?
— En fait, il faut retenir qu'il ne faut pas porter de couteau dans les lieux publics, en ville, dans les magasins, dans les transports en commun, lors de manifestations ou événements. Si vous exercez une activité dans la nature qui justifie le port d'un couteau, alors en principe vous n'aurez pas de problème, et plus votre couteau sera petit, plus il sera toléré car moins assimilable à une arme.



— À la fois outil polyvalent et arme, l’usage du couteau est très démocratisé mais on a l’impression que malgré tout, mis à part les spécialistes, peu de gens connaissent véritablement bien ce domaine. Existe-t-il des idées reçues ou des légendes farfelues à ce sujet que tu voudrais dénoncer ou que tu trouves amusantes ?
— En fait le couteau est un outil ambivalent, c'est l'outil ancestral pratique utilisé à travers les âges mais qui au fil de l'histoire a aussi permis à certains hommes de commettre des crimes. C'est un objet qui peut permettre de survivre mais aussi d'ôter la vie. On a donc forcément un rapport particulier au couteau. On l'aime car il est utile, mais on l'appréhende aussi car on peut se blesser avec. On remarque que le couteau est très présent dans les films ou séries d'aventure, c'est à la fois un outil et une arme symbolique. Et c'est un des objets les plus utilisés que tout adulte possède au moins dans sa cuisine.  

— Quelles sont les bases pour entretenir correctement un couteau ?
— Le meilleur moyen d'entretenir son couteau est d'en faire un usage approprié. Ne pas taper la lame sur de la roche par exemple, s'il est susceptible de rouiller, alors le sécher après utilisation avant de le ranger dans son étui. Il faut quand cela est nécessaire l'aiguiser pour que le tranchant redevienne efficace, et pour les aciers qui rouillent très facilement, on peut un peu graisser la lame. Je dirais aussi qu'il faut faire attention de ne pas se blesser avec car ça m'arrive encore et c'est bien aussi d'entretenir l'usage de ses doigts...

— Si tu avais un ou deux modèles à conseiller, en couteaux pliants et à lame fixe, quels seraient-ils ?
— Celui qui veut s'acheter un premier couteau de camp à lame fixe pourra commencer par un Mora Companion version lame carbone ou inox (acier 12C27), car pour une quinzaine d'euros c'est un très bon couteau, fiable. Celui qui veut mettre le prix dans un bon couteau à lame fixe peut regarder les modèles de la marque italienne Lionsteel. Mais si je devais conseiller un petit couteau à lame fixe, c'est celui que je viens de m'offrir pour le présenter prochainement sur la chaîne. Il s'agît du Brisa Trapper 95 version émouture scandinave en acier N690Co, un très bon acier inox. Le manche est en micarta et il est livré avec un bel étui en cuir pour 115 euros. Ça peut déjà paraître cher mais dites-vous qu'un couteau de qualité se conserve à vie contrairement à une paire de chaussures de sport...
Pour les couteaux pliants, les meilleurs rapports qualité/prix sont les modèles de marques chinoises comme Civivi, Kizer, Ruike, Bestech, Real Steel... On ne peut pas trouver mieux pour une soixantaine d'euros. Je conseillerai le Ruike Hussar P121 pour découvrir le plaisir d'utiliser un couteau pliant avec ouverture flipper et verrouillage de la lame par liner lock. Il ne coûte que 38 euros et il est top.

— Nous terminons toujours les entretiens sur UMAC avec la question traditionnelle : si tu pouvais choisir un super-pouvoir, quel serait-il et pourquoi ?
— Je pense que j'aimerais pouvoir me téléporter instantanément à n'importe quel endroit. Simplement parce que je suis fasciné par la diversité et la beauté des paysages de notre planète.




Enemy #2 - Les autres
Par

Deux clans ennemis constitués de gosses abandonnés sur une planète dévastée.
Un troisième qui se voudrait neutre et au service des deux.
Une d'entre eux disparue et qui laisse un grand vide... 


Nous en étions là à la fin du tome 1 de Enemy, la nouvelle série d'Ange et Savarese aux éditions Soleil.
L'histoire va suivre son cours dans ce tome 2 en laissant quasiment tomber les flashbacks devenus inutiles : il est temps pour ces ados abandonnés aux confins de l'univers d'aller de l'avant !

Voulant sans doute nous éviter des frustrations inutiles, le récit se focalise désormais sur les réponses à apporter à nos questions légitimes. Quoi de plus logique puisqu'elles sont aussi celles des protagonistes ?
Qui sont-ils ? 
Pourquoi les a-t-on abandonnés là ?
Quel était ce terrible conflit qui a éclaté à proximité et après lequel ils semblent avoir été laissés sur place ?
Y a-t-il moyen de reprendre contact avec l'Humanité ?
Mia est-elle vraiment morte ou est-elle encore en vie ?
Et, enfin, qui sont... les autres, ces étranges créatures anthropomorphes sans doute extraterrestres dont on ignore même encore si elles sont ou non hostiles ?
Sont-ce les descendants d'autres belligérants du combat qui a eu lieu il y a des années en bordure de la ville ?
Faut-il les craindre ou... le danger vient-il encore d'ailleurs ?

Bref, n'ayez aucun doute : le duo connaît son travail et sait distiller autant de réponses que nécessaire au fil de son récit pour que la lecture soit digne d'intérêt, tout en faisant poindre assez de nouvelles questions pour maintenir intacte l'envie de tourner les pages.


D'une forme de science-fiction intimiste, la série passe peu à peu à des thématiques plus larges mais n'en reste pas moins avant tout un éventail de portraits (où l'on apprend comment unetelle encaisse les chamboulements que le réel impose à sa foi ou l'homosexualité d'untel...).
Plus cela avance, plus le titre Enemy me semble inspiré de ce qui reste à mes yeux un classique de la science-fiction au cinéma : Enemy mine, avec Dennis Quaid. 

Dans Enemy mine, un militaire humain engagé dans un conflit contre une mystérieuse race extraterrestre va être abattu en plein vol lors d'un combat aérien par un vaisseau ennemi qui va, lui aussi, s'écraser à la surface de la planète. Ennemis, ces deux rescapés vont peu à peu s'apprivoiser, jusqu'à un des dénouements les plus humanistes, à mes yeux, de l'histoire du cinéma. 
Je sais que certains (parmi les rares personnes connaissant ce film) se gausseront de moi et de mes goûts étranges, d'aucuns voyant même en ce petit bijou des eighties une sorte de nanar... Mais j'irai jusqu'à affirmer que, s'il me fallait choisir entre le prétentieux, mal branlé et intentionnellement imbitable Interstellar (que je viens enfin de regarder en dépit de mes réticences totalement fondées) et le modeste, émouvant et interpelant Enemy mine, j'opterais pour l'ancêtre sans hésiter tant tout y est davantage sincère et pertinent, jusque dans ses maladresses.

Le travail d'Anne et Gérard Guéro serait-il inspiré de près ou de loin par ce film germano-américain de Wolfgang Petersen datant de 1985 ? Si tel était le cas, j'en serais ravi (et je les remercierais d'avoir l'honnêteté de ne même pas essayer de le cacher plus que ça, au vu du titre qu'ils choisirent pour leur série).

Enemy use de ce genre de science-fiction : la grande histoire d'un conflit intersidéral ne sert que de toile de fond à une fresque humaine autrement plus authentique que les "piou-piou" dans l'espace. Je ne doute pas qu'un lecteur ou un spectateur se sente plus diverti par un space opera grandiloquent mais l'implication émotionnelle, elle, y est bien plus éphémère. 

Or, en cette période où tout peut être montré, où le dessin (en BD) et les images de synthèse (au cinéma) ont eu raison de toutes les barrières et de toutes les impossibilités techniques, j'en viens à regretter cette époque où l'on se concentrait davantage sur la qualité de narration et sur les relations entre les personnages. L'énorme majorité des films à succès actuels souffre de ce biais : tout y est visuellement tellement impressionnant qu'on finit par en être blasés et, le scénario et les dialogues étant souvent trop négligés, on finit par s'emmerder ferme !

Ici, on a une BD et la possibilité, donc, de dessiner n'importe quoi dans la plus titanesque des démesures... et ça viendra peut-être. Mais on prend son temps, on nous présente d'abord l'univers, les protagonistes, les potentiels antagonistes... et, forcément, cela augmentera notre implication. Et ça fait un bien fou de n'être pas simplement gavés de spectacle et de couleurs mais délicatement nourris d'un vrai scénario (fût-il estampillable "pour ados", ce qui est peu ou prou le cas ici) ! Quitte à ce que le récit gagne en ampleur par la suite, mais il reposera alors sur de solides bases construites sur la crédibilité de son univers et des relations interpersonnelles qui l'habitent.


Le dessin et la mise en couleurs de Savarese sont d'une qualité constante et les seules choses qui m'ont parfois un peu sorti de l'univers de la BD résident en une étrange maladresse dans certains lettrages faisant partie du dessin, comme certains mots apparaissant sur l'écran ventral des roboéducs qui semblent trop peu précis pour un affichage numérique ou, au contraire, certaines onomatopées si régulières qu'on les croirait tapées dans Wordart là où on attendrait plus de vie.

En dehors de ces détails tellement bénins qu'on a envie de leur jouxter le Niger, le Burkina-Faso, le Togo et le Nigéria, tout est très beau et bien pensé.
J'aime particulièrement, par exemple, l'idée très simple et élégante de tracer pour les flashbacks des cases aux angles arrondis. La colorisation reste la même, aucun bandeau n'annonce le retour en arrière... mais c'est immédiatement compréhensible. J'ignore si le procédé a déjà été employé ailleurs mais il est d'une telle efficacité que je préconise d'y faire appel aussi souvent que possible à l'avenir ! C'est la preuve d'une belle maîtrise de la grammaire bédéistique par cette jeune dessinatrice qui, d'ailleurs, prouve une fois de plus dans ce tome un talent indéniable pour le dessin mais aussi un sens certain de la mise en page.
Nous savons tous à quel point la sémantique de la mise en page gagne en importance dans les bandes dessinées depuis que les comics et les mangas ont débarqué en nos européennes contrées et se sont permis de mettre des coups de pieds énergiques à nos vieilles habitudes. La BD moderne ne se conçoit plus en strips et Ornella Savarese l'a bien compris : même si ses incursions dans le monde des cases scalènes et irrégulières sont encore timides, elles sont toujours porteuses de sens. 


En un mot comme en mille, voici la digne suite du tome 1 : tout aussi soignée, tout aussi intrigante, tout aussi prometteuse. Aucune communication n'a été faite, à ma connaissance, au sujet du nombre potentiel de tomes à venir pour cette série. Si cela sous-entendait qu'il pourrait y en avoir tant que le succès est au rendez-vous, je me permettrais de réitérer ici mon appel : si vous êtes intrigués par mes retours de lectures intentionnellement très lacunaires sur Enemy, n'hésitez par à encourager le travail d'une jeune dessinatrice talentueuse (née en 1995 !) et de deux scénaristes chevronnés en vous procurant les deux premiers tomes de cette série que je considère comme un vent frais dans la bande dessinée de science-fiction moderne. Elle mérite de bénéficier d'assez d'attention pour gagner l'opportunité éditoriale d'explorer son univers.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • De la SF relativement intimiste, facile d'accès et pleine de fraîcheur.
  • Graphiquement, c'est une réussite !
  • Prendre son temps pour raconter les choses, ça peut donner l'impression qu'il y a quelques longueurs...