Expliquons un peu le contexte. JCVD joue Kurt Sloane, un jeune homme qui accompagne en Thaïlande son frangin, Eric, pour y affronter le champion local, Tong Pô. Déjà, je ne sais pas vous, mais perso, Tong Pô, je trouve que ça pue la distribution de baffes comme nom. Autant un Guy ou un Hervé, je sens que je pourrais les démonter, autant un Tong Pô, j'ai comme un vieux doute.
Et effectivement, Tong (ou Pô, je ne sais pas ce qui fait office de prénom là-dedans) va exploser le frangin, il le plie dans tous les sens, au point qu'il finisse sur un fauteuil roulant. Kurt, du coup, est révolté et décide de venger son frère, mais pour cela, il a besoin qu'on lui enseigne le muay-thaï. Ce que va s'empresser de faire Xian Chow, le monsieur Miyagi du coin. Sauf que lui utilise des méthodes un peu plus violentes que le célèbre "frotter-lustrer". Le pauvre Jean-Claude se prend des noix de coco dans le bide, des coups de bâton un peu partout, il se fait à moitié écarteler, noyer, et finit par devoir abattre un arbre avec le tibia. Ce qui fait un peu mal quand même. Ça dépend de l'arbre, certes, mais en général, même un arbre un peu freluquet, si tu veux l'abattre, tu prends une hache, tu ne lui lâches pas 300 mawashi dans le tronc.
Bon, finalement, comme il fait bien ses devoirs, Jean-Claude parvient à devenir un méga-champion grâce à cette méthode d'entraînement accéléré très efficace mais considérée comme de la torture dans la plupart des pays du monde. Pour le récompenser, Xian l'emmène boire un coup dans un boui-boui. C'est cette scène en particulier qui nous intéresse.
Déjà, Jean-Claude s'est fait tout beau. Ah ben, c'est sa première sortie depuis des lustres, il met toutes les chances de son côté. En fait, il a tout misé sur un futal classique, un peu "habillé", et un... je ne sais pas comment s'appelle le truc qu'il porte. On dirait un haut de salopette, croisé dans le dos... un machin un peu léger quoi. Après attention, il faut savoir le porter hein, ça n'ira pas à tout le monde. En fait, ça lui va même pas à lui, mais comme c'est Van Damme, ça passe.
Ils arrivent dans le bar, un truc bien rustique, entre la grange et le tripot clandestin. Kurt et Xian vont s'asseoir à une table, et les clients, qui ont l'air aussi sympathiques et avenants qu'un doberman qui te surprend en train de boire dans sa gamelle, les fixent en tirant la gueule. On sent tout de suite que ce n'est pas vraiment la manière thaïlandaise de souhaiter la bienvenue. Les gars, probablement issus du milieu interlope, sont hostiles.
Xian ne se laisse pas démonter et commande un petit alcool du terroir qu'il avale sans broncher. Jean-Claude, lui, manque de s'étouffer avec. Il faut dire qu'il le boit cul-sec, sans même savoir ce que c'est. Et visiblement, ça a l'air d'être plutôt ce que l'on appelle une "boisson d'homme". Ou un "débouche-chiottes". En tout cas, ça fait bien marrer Xian. Oui, dans les années 80, quand quelqu'un avalait un truc qui pouvait causer un arrêt cardiaque immédiat ou la perte temporaire d'un sens, tout le monde se fendaient la gueule. Ah, c'était une autre ambiance, j'vous jure ! Les machins vegans et les autres conneries de tapettes, comme la prudence ou le bon sens, on s'en tartinait le fion. T'avais par exemple les gamins, sans ceintures, qui jouaient à l'arrière de la 104 sur l'autoroute, le tout sans ABS ou airbags, hahaha ! Et on pouvait fumer partout, dans les bus, les avions, au bureau, tout le monde s'en foutait d'asphyxier les gens autour, hahaha ! Bon après, on avait un gros taux de pertes quand même, mais l'atmosphère était détendue.
Bref, Xian et Kurt s'enfilent une chiée de shots, ce qui donne l'occasion à Jean-Claude de montrer son jeu d'acteur en livrant une époustouflante interprétation du mec bourré. Si vous aimez les grands acteurs dans la veine Actors Studio, genre De Niro, Al Pacino, ben... c'est pas du tout ça. C'est moins à l'italienne déjà. C'est plus... heu... ben, vous verrez bien en regardant la vidéo ci-dessous.
Tout à coup, Xian, qui n'est pas le dernier à la déconne, a une idée de génie : il va mettre un peu d'ambiance en glissant une piécette dans le juke-box. Puis, le vieux maître prend une greluche au hasard, la fourre dans les pattes de Jean-Claude, et les envoie se trémousser sur la piste. Enfin, non, il n'y a pas de piste, il les envoie danser dans un coin où il n'y a pas de tables plutôt.
Et là, c'est le moment de grâce.
Jean-Claude, certainement touché par la déesse de la danse et de l'épilepsie, se met à se déhancher dans un style très libre (c'est tellement, mais tellement pas le lieu pour faire ça !). Peut-être encore plus freestyle que son jeu d'acteur. Et ça claque des doigts, et ça tape dans les mains, et ça fait des mouvements de bassin désordonnés, puis hop, tour complet sur un pied (?!)...
Comment expliquer ça ? Vous vous souvenez de Patrick Swayze dans Dirty Dancing ? Bon, ben c'est pas Patrick Swayze dans Dirty Dancing. Ou alors, c'est lui avec un problème de rotules et sous amphétamines.
C'est parti pour la scène de castagne !
Les Thaïlandais présents, révoltés par le fait qu'un seul Occidental puisse cumuler autant de talents artistiques, fondent sur lui comme un prêtre catholique sur un scout. Mais Jean-Claude, c'est pas un scout, il va pas se laisser emmancher pour deux badges en plus sur sa vareuse ! Hop, il met ses panards dans la gueule de tous les importuns !
Il y en a un qui tente de se protéger à l'aide d'une table, mais Jean-Claude lui assène un puissant coup de pied retourné-sauté, et l'expédie dans la... flotte ? La piscine ? La rivière ? Ouais, il y a une sorte de ru au milieu du bar. Encore un truc de Chinois ça ! Enfin, de Chinois de Thaïlande.
Oh, attention !! Jean-Claude croyait être tiré d'affaire, mais deux méchants l'attaquent par les flancs (c'est pas ça la fameuse "tenaille" ?). Heureusement, il trouve tout de suite la parade en leur balançant un... grand écart facial sauté ? Putain, c'est dans aucun manuel, ça. Je ne suis même pas sûr que ce soit en accord avec les lois de la physique... parce que, en fin de course et sans aucun point d'appui au sol, l'énergie transférée par les pieds aux points d'impact doit être de... j'ai pas la formule sous la main, mais à vue de nez, entre "pas grand-chose" et "foutrement pas assez pour s'en sortir vivant dans ce genre de situation".
Voilà, la bagarre est finie, du coup, Jean-Claude redevient instantanément bourré (jeu d'acteur, tout ça). Alors qu'il semblait en possession de tous ses moyens quand il dansait et se bastonnait, il titube, a du mal à rejoindre sa table, balance tous les verres vides par terre (sans doute parce qu'il a horreur du désordre, les Belges sont très à cheval sur la propreté et le rangement, attention !), puis s'en jette un petit dernier.
Rideau !
Alors, qu'est-ce que tente de nous délivrer comme message ce chef-d'œuvre du septième art ?
Eh bien, au moins trois choses.
1 : Ce n'est pas parce qu'ils avaient déjà des jukebox en Thaïlande dans les années 80 qu'ils avaient forcément de la bonne zik à foutre dedans. Pas un Jean-Luc Lahaye, pas un Rick Astley, ah les ringards !
2 : Contrairement à la légende, l'alcool n'altère aucunement les capacités physiques, ou juste très légèrement quand on arrête de se battre. Ah, ça balaie quelques idées reçues, c'est sûr ! Dire qu'ils nous ont menti pendant toutes ces années, "boire ou conduire, blablabla", pfff...
3 : Un pantalon de bonne qualité doit pouvoir résister à un grand écart facial, même violent. Si après une cabriole, vous avez un énorme trou à l'entrecuisse et les couilles apparentes, un conseil, faites-vous rembourser. Pas de raison qu'en 2021 on ait des falzars moins bons qu'en 1989. Attends, déjà qu'on n'a pas les bagnoles volantes et l'hoverboard, c'est bon, on peut au moins avoir un froc qui ne se déchire pas à la moindre échauffourée, merde !
Il a traversé l’âge d’or de la SF gernsbackienne comme un météore, publiant après-guerre (il est né en 1935) des dizaines de textes sans véritable saveur, parfois intéressants mais manquant systématiquement de la matière, de l’étincelle des plus grands. Connu des fans, auteur productif, méthodique et ordonné, il parvint assez rapidement à vivre de sa plume en explorant à peu près tout ce que le genre proposait alors.
Après une pause où il réorienta son désir frénétique d’écrire vers la vulgarisation scientifique, s’attelant à des traités abordant l’archéologie et surtout la mythologie (l'un des thèmes qui jalonnent son œuvre), il revint à la SF au moment où celle-ci opérait un tournant spectaculaire, consécutif au recueil Dangereuses Visions d’Harlan Ellison (auquel il participa avec une nouvelle stimulante, Les Mouches) et se propulsa sur le devant de la scène grâce à des textes plus profonds, parfois spectaculaires ou introspectifs, qui lui valurent une renommée méritée et sa place au panthéon des conventions. Celui qui avait reçu en 1956 le prix Hugo de l’auteur le plus prometteur recevait enfin le trophée convoité pour son court roman Le Livre des Crânes qui marqua sa génération (1969), la même année que Tous à Zanzibar de Brunner (cf. cet article). Une décennie moins prolifique que les précédentes, mais ô combien plus intéressante, avec la majeure partie de ses chefs-d’œuvre (Les Ailes de la nuit, Les Monades urbaines, Le Fils de l’Homme, L'Oreille interne).
Et pourtant, ce diable d’homme, malgré quelques pauses çà et là, n’a jamais véritablement cessé d’écrire, parfois dans un but ouvertement alimentaire, parfois pour compléter une saga comme celle de Lord Valentin de Majipoor, d’autres fois aussi pour commenter une de ses nombreuses anthologies, parfois encore afin de pondre un texte plus dense et plus riche que les autres, comme Gilgamesh, roi d’Ourouk (1990).
À l’orée de sa période la plus méritoire, juste avant Les Ailes de la nuit mais déjà en 1969, Robert Silverberg proposa L’Homme dans le labyrinthe. Très vite publié en France dans la prestigieuse collection du Club du Livre d’Anticipation chez OPTA, il n’est sans doute pas le texte le plus abordable de la carrière monumentale de l’auteur. Il est même déroutant, voire frustrant, parfois ardu, mais livre nombre de clefs sur l’état d’esprit de Silverberg et sur ses préoccupations, tout en nous ouvrant une porte pertinente sur les perspectives de la science-fiction américaine, qui demeurait encore résolument orientée sur les étoiles et le futur alors que les écrivains britanniques et français exploraient les "territoires de l’inquiétude" de nos sociétés en déliquescence.
On pourrait proposer deux résumés à ce petit roman suivant
le point de vue qu’on cherche à prendre. Ce pourrait être : c’est l’histoire
d’une expédition partie à la recherche du seul homme qui pourra sauver l’humanité
de la menace représentée par une race extraterrestre refusant toute forme de
communication. Mais on pourrait aussi présenter le roman de cette manière :
c’est l’histoire d’un homme qui s’est retiré volontairement du monde, vivant
reclus au fond d’un labyrinthe mortel.
Le lecteur, lui, a un coup d’avance sur cette mission. Car
dès le début il a découvert Muller et son rythme de vie bien organisé – il lui
faut de la rigueur pour survivre au cœur de la cité de tous les dangers, de la
discipline, une mémoire infaillible et une capacité de réaction hors normes.
Muller est bien le seul être intelligent sur Lemnos et il est capable d’user de
certaines des technologies inconnues du labyrinthe pour se sustenter et mener
une existence, sinon confortable, du moins propice à l’introspection. Il ne
semble pas plus que cela souffrir de cette solitude, et l’on ne sait pas encore
ce qui l’a poussé à cette extrémité.
Et donc Silverberg de prendre systématiquement le contrepied
des attentes du lecteur : certes, on aura droit à une belle panoplie de
pièges, traquenards ou chausse-trappes immanquablement mortels qui va
contribuer à méthodiquement décimer l’équipe montée par Boardman ; de
fait, la description méthodique des surprises que recèle ce labyrinthe
immémorial permettra de conserver de l’intérêt pour une histoire qui s’évertue
à divaguer au gré des considérations vaguement philosophiques de nos
personnages - Muller passant le plus clair de son temps à gloser sur les méfaits
de la civilisation et sur ses erreurs de jeunesse – et à effectuer de constants
retours en arrière afin d’étayer les arguments de chacun et d’enfin comprendre
le pourquoi de leurs actes. Ainsi, tout
l’intérêt du récit se décale vers des perspectives resserrées autour de la
personnalité du héros, Dick Muller, l’homme revenu de tout, qui a payé de sa
personne au nom du bien commun et refuse à présent de faire partie de la
société humaine ; au lieu de se concentrer sur le projet initial de
Boardman (recruter le seul homme capable de préserver l’humanité d’un possible conflit
perdu d’avance), on s’attèlera uniquement (en tout cas pour la majeure partie
de l’ouvrage) à déterminer si Muller finira par être trouvé, et s’il acceptera
de coopérer.
Un roman atypique, fascinant par son personnage central (dont le côté bourru, opiniâtre et implacable rappelle le Richard Francis Burton du Fleuve de l'éternité de Philip José Farmer - cf. cet article) et
son décor presque vivant, déroutant par sa structure et son développement, beaucoup plus riche que prévu et se terminant sur un très joli aveu.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Aria fait peau neuve et s'appelle Kildare, Lady Kildare.
On ne s'y attendait pas : c'est un Kildare surprise !
De quoi qu'est-ce que c'est-il que ça cause-t-il donc ?
La première histoire, elle (oui, c'est une anthologie, il y a plusieurs récits), pour tortueuse qu'elle puisse sembler, raconte juste le retour d'un ancien être maléfique et le combat qui va l'opposer à nos héros. La narration s'avère inutilement foutraque, un défaut que j'ai déjà constaté dans d'autres comics de l'époque : greffer des circonvolutions à une trame assez simple pour le simple plaisir de se donner des apparences de complexité semblait alors à la mode...
La seconde histoire, elle, est celle qui avait attiré mon regard à l'époque car elle met en scène un personnage iconique à mes yeux : Angela, l'ange chasseuse de primes que Todd MacFarlane et Neil Gaiman opposèrent à Spawn autant qu'ils en firent parfois une alliée de circonstance. Ce personnage (que je surkiffe, comme diraient les animateurs radio courant après une jeunesse qui ne les écoute pas) a été l'objet d'un litige juridique entre ses deux créateurs et c'est Gaiman qui a remporté les droits sur l'angélique créature... droits qu'il revendra à Marvel, ce sagouin ! Cela aurait dû enterrer la possibilité de voir le vraiment très sympa crossover entre Aria et Angela dans une anthologie Delcourt mais il y est pourtant bel et bien. Il semble que le nombre limité de pages où l'on peut voir Angela avec ses atours angéliques et le fait que l'on ait remplacé toutes les mentions à son prénom par "l'ange" ait suffi pour que cela arrive. Et c'est tant mieux ! Qu'est-ce que ce personnage claque ! Désolé, hein, mais je l'ai toujours aimée.
Ici, elle est réduite en esclavage par un être mystérieux qui s'avérera être une incarnation d'un mal qui rongea l'Angleterre durant la fin du XIXème siècle. En effet, si la première histoire nous est contemporaine, c'est sans compter sur le fait que Kildare est éternelle : la série peut ainsi s'offrir le luxe de raconter des épisodes de sa vie à différentes périodes historiques, à la façon d'une Highlander sexy, féérique, de sang royal et adepte de tous les plaisirs qu'offre la vie (avouez qu'elle est plus rigolote que Duncan, du coup !). Kildare et quelques alliés vont donc se mettre en tête de sauver cette créature céleste injustement martyrisée de façon indigne par un montreur de mystères à la tête d'une sordide foire aux monstres. Divertissant et même parfois défoulant, on sent bien que ce récit se veut plus anecdotique que le premier mais c'est pourtant bien lui qui, personnellement, a eu ma préférence. Au contraire du premier, il cache une certaine profondeur derrière sa simplicité apparente, ce que je trouve autrement plus habile.
Elle a les arômes de la génération de comics qui la vit naître. Pour quelqu'un de mon âge, la lire aujourd'hui a un étrange effet de jouvence : sa naïveté occasionnelle, ses héroïnes typées, ses effets un peu datés... Il n'y a rien à faire, si vous êtes vous aussi quarantenaire, ça devrait fonctionner : vous avalerez les memberberries et vous vous laisserez submerger par la nostalgie en lisant ces histoires authentiquement d'époque que vous aviez sans doute comme moi loupées. Si vous êtes plus jeunes, vous pourriez voir ça comme un témoin d'un passé intéressant mais, parmi les autres séries de mon adolescence citées en ces lignes, je vous en conseillerais d'autres si vous deviez parfaire votre culture "comics indépendants" des années 2000. La plupart étant d'ailleurs, elles aussi, au catalogue des éditions Delcourt.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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| Les véritables protagonistes de cette histoire, et ceux qui les incarnent au cinéma. |
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