Step Back in Time #7 : shoot, pouvoirs & enquêtes
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Séquence nostalgie avec le retour de nos Step Back in Time, commencés sur la précédente version d'UMAC (cf. ces articles). Au menu aujourd'hui : un jeu Megadrive, une bonne série télé de derrière les fagots et du polar jeunesse.


-- CONSOLE : à dada sur une drôle de bestiole --


Si l'on peut s'enthousiasmer pour certains jeux récents, au graphisme époustouflant et au gameplay réaliste, il est bien entendu toujours possible d'avoir un coup de cœur pour ces jeux qui font... "jeux", comme les Mario chez Nintendo ou le volontairement rétro Shovel Knight.
L'avantage de ces jeux ne basant pas tout sur les dernières innovations techniques ou l'aspect "vrai" reste qu'ils parviennent à souvent moins mal vieillir que les autres. C'est le cas de Wonder Boy III : Monster Lair.

À l'époque, lorsque le jeu sort sur Megadrive, je suis sur un petit nuage ! Pour y avoir longuement joué en salle d'arcade, je sais d'avance qu'il s'agit d'un petit bijou (et effectivement, il deviendra, avec Kid Chameleon, l'un de mes meilleurs souvenirs sur cette console).
Ce Wonder Boy commence comme un jeu de plateforme classique avant de dévoiler sa particularité : de très longues phases de shoot'em up à scrolling horizontal. Dans ces niveaux, le personnage chevauche alors une sorte de mini-licorne rose volante (le LSD a fait beaucoup pour le monde des jeux) et doit buter les ennemis qui débarquent par grappes de douze. Pour bien déglinguer ces salopards, il sera possible de récolter de nombreuses armes différentes (à l'utilisation limitée dans le temps) : boules de flamme tournoyantes, cercles qui se dédoublent, missiles...


Question adversaires, c'est assez varié et basé sur le règne animal (perroquets, abeilles, serpents, pingouins/bonshommes de neige...). Chaque niveau se termine classiquement par un boss qui va progressivement changer de couleur au fur et à mesure qu'on lui balance des tirs dans la trogne (ou ailleurs). Là encore, les développeurs se sont parfois laissé franchement aller, l'on affrontera par exemple un champignon-machine à sous. Ah, il fallait oser l'association quand même. On déplore d'ailleurs l'absence d'une asperge-tondeuse à gazon.

Avec son design mignon, ces décors variés et son action non-stop, Monster Lair, sans être trop difficile, s'avérait idéal pour passer un bon moment. Avec un peu d'entrainement - et une fois les déplacements des boss bien en tête - il était possible de terminer le jeu en moins de trois quarts d'heure, presque sans y penser.
Bref, du casual sans prétention mais parfaitement réalisé et terriblement prenant. À tester absolument si le retrogaming vous intéresse.



-- SÉRIE TV : effets à l'ancienne --


Si aujourd'hui les films et séries impliquant des super-pouvoirs sont monnaie courante, dans les années 80, c'était loin d'être le cas. Il est donc normal que Misfits of Science, intitulé Superminds en France, ait marqué les esprits.

Alors, quand on dit "marquer les esprits", il ne faut rien exagérer, disons qu'il ne fallait pas rater le coche car l'expérience a été assez brève : un pilote de 90 minutes et 15 épisodes. Voyons déjà de quoi il était question.
Le docteur William Hayes s'occupe de recherches paranormales pour le compte de la société Humanidyne. Il est le leader d'un petit groupe de surhumains comprenant Elvin Lincoln, un Noir de 2,14 mètres qui peut rapetisser jusqu'à une trentaine de centimètres, John Bukowski, un rockeur qui, suite à un accident, peut lancer des décharges électriques et se déplacer à grande vitesse, et enfin Gloria Dinallo, jeune fille née avec des pouvoirs de télékinésie.

Les épisodes, maniant l'humour, parodiaient ou faisaient souvent référence à un film ou une autre série (Indiana Jones, Wargames, Deux flics à Miami...). L'atout charme en était incontestablement la belle Gloria, autrement dit la très jeune Courteney Cox qui allait devenir, bien plus tard, une star grâce à son personnage de Monica dans Friends.
Évidemment, avec un regard actuel, les effets spéciaux sont complètement dépassés. Mais certaines idées étaient aussi assez étranges dès le départ. Ce pauvre Elvin par exemple, qui peut rétrécir jusqu'à trente centimètres... mais qu'est-ce que c'est que ce pouvoir de merde ? Ce n'est pas assez petit pour pouvoir vraiment passer inaperçu ou pour se faufiler sous une porte, ça n'apporte en fait pratiquement aucun avantage, si ce n'est la joie de voir les trucages hideux quand l'un de ses compères le porte dans ses mains.


D'un autre côté, la réalisation n'était pas si mauvaise et parvenait à trouver des astuces pour "montrer" par exemple la télékinésie en action (Gloria se tenant la tête, les yeux exorbités, et clignotant rapidement en négatif). C'est très kitsch de nos jours mais ça passait très bien à l'époque. De toute façon, dès que Gloria montrait son doux minois, on se foutait pas mal des effets spéciaux. ;o)
Et puis, non seulement le générique était cool (ooh, like science, straight from my heaaaart !), mais, malgré la mode de l'époque, il n'avait pas été odieusement trituré en français. On imagine avec horreur une VF par Bernard Minet.

Attention à tous les bandits !
Voici venir Elvin, Gloria et Johnny ! 
Ils sont trois, ils ont des pouvoirs !
Télékinésie, électricité et petit Noir !
Superminds, Superminds, héros de la science !

Tain, mais je l'entends le chanter en fait.
Enfin, tout ça pour dire que c'était très sympa de découvrir ça sur les défuntes TV6 ou La Cinq. Si ça vous tente, c'est dispo à 27 euros en DVD.



-- ROMANS : sous la plume de Boileau-Narcejac -- 


Je dois beaucoup, dans mes (très) jeunes années, à Blyton ou Bayard en ce qui concerne ma fascination pour le Papier et les Livres, mais si le Club des Cinq et la série des Michel restent très célèbres, il existe d'autres romans très bien écrits et parfaitement adaptés au jeune public. Parmi ceux-ci, les excellents Sans Atout de Boileau-Narcejac.

Expliquons tout d'abord la particularité de la signature. Boileau-Narcejac est le nom de plume du duo formé par Pierre-Louis Boileau et Pierre Ayraud, dit Thomas Narcejac. Les deux hommes sont exceptionnels à plus d'un titre. Outre le fait que certains de leurs récits aient été adaptés par des grands noms du cinéma (Hitchcock, Clouzot), il est rare de voir des écrivains fonctionner aussi efficacement en tandem (l'écriture à quatre mains ayant tendance à "lisser" le style) et encore plus rare de voir des auteurs de polars à succès se lancer, avec le même succès justement, dans la littérature jeunesse.
Leurs Sans Atout sont écrits avec un respect infini des enfants, non en édulcorant (enfin, ça reste de la littérature jeunesse évidemment, ça ne convient pas à un adolescent ou un adulte) mais justement en ne les prenant pas pour des imbéciles, les énigmes policières étant fort bien construites.
Et comment oublier quelqu'un qui ne vous prend pas pour un con et vous respecte ?

François Robion (OK, le nom n'est pas extraordinaire) est un adolescent futé mais désordonné, qui a été affublé du surnom de Sans Atout après que son professeur, suite à un énième oubli du gaillard, lui a fait remarquer que l'ordre était l'un des plus grands atouts dans la vie.
Mais des atouts, il n'en manque pourtant pas puisqu'il parvient régulièrement à dénouer les fils d'énigmes complexes.

Du château familial de Kermoal à Londres, d'un tableau qui porte malheur à un fantôme tueur, François va se frotter à des monstres souvent bien humains.
Plus moderne que Le Club des Cinq (et plus âgé que son leader), plus solitaire aussi que le Michel de la série éponyme (qui était souvent accompagné de son cousin Daniel), Sans Atout s'avère être un héros futé, sympathique et plus profond parfois que ses cousins de fiction. François prend parfois des décisions subtiles, destinées non pas à se conformer à la loi ou la morale mais à ses convictions personnelles, pour épargner par exemple une peine inutile à l'une de ses connaissances.
Certains thèmes sont également très matures (la perte du "territoire" de l'enfance, la famille recomposée...) et démontrent que l'on peut parler de tout aux enfants pour peu que l'on ait un peu de tact et d'énormes compétences.

Concrètement, les livres sont encore facilement trouvables et ont connu bien des versions, avec changement de couvertures. Ce ne sont d'ailleurs pas forcément les plus récentes (trop "enfantines") qui sont les plus réussies. En poche, les aventures de Sans Atout se dénichent à moins de 7 euros. J'espère simplement que le contenu n'a pas été trituré, à l'image de bien des pans de la littérature jeunesse (cf. cet article).

Les gamins lisent de moins en moins aujourd'hui. C'est triste. Non pas pour les livres et les auteurs mais pour eux, pour ces jeunes qui se privent d'un plaisir, d'une sensation, d'univers que ne remplaceront ni les films ni les jeux.
Le papier, cette matière si fragile, peut apporter beaucoup. Surtout à un enfant. Alors, si vraiment, jeune ami lecteur [1], tu n'aimes pas lire, ne condamne pas tout en bloc, ce n'est pas la bonne méthode. Essaye simplement d'autres auteurs, d'autres formes. On peut aimer Mario Kart et détester Tetris. Ou ne pas accrocher à Star Wars et être fasciné par Matrix. Les livres sont comme les autres pans de la pop culture. Ils sont Légion.
Et dans la multitude, l'un d'eux t'attend forcément.


[1] Je fais semblant de m'adresser directement à un enfant, mais j'imagine que j'ai bien plus de chance de voir ici leurs parents. De mon expérience de lecteur, d'auteur et de père, je n'ai retenu qu'une chose : ce qui nous a plu ne plaira peut-être pas à nos enfants. Il ne nous revient pas de leur imposer des lectures mais de faciliter leur accession aux livres, quels qu'ils soient.