Éditions Terre de Brume : un goût pour le macabre
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Gros plan sur la maison d'édition Terre de Brume.

Nous avons évoqué il y a peu les œuvres publiées par NéO. Or, presque au moment ou cet éditeur ferme ses portes, en 1990, ce sont les éditions Terre de Brume qui débarquent sur le terrain du fantastique, en 1989. Et cette maison est encore en activité de nos jours, ce qui est un véritable exploit, surtout dans le marasme actuel du secteur de l'édition.

La maison Terre de Brume, basée en Bretagne, va dès ses débuts se spécialiser dans la littérature fantastique, avec au départ une inclination marquée pour les œuvres celtes. Ses collections Bibliothèque Celte ou encore Bibliothèque Arthurienne vont faire la part belle aux contes et légendes de la tradition populaire celtique du XIXe et XXe siècles. Les collections Terres Fantastiques et Terres Mystérieuses prendront la suite.

Rapidement, l'éditeur s'intéresse aussi aux origines du fantastique. Des auteurs de renom, comme Bram Stoker, Lord Dunsany, Walter Scott, James Barrie, Arthur Machen, ou, entre autres, Sax Rohmer, viennent enrichir son catalogue.
Un pôle science-fiction est créé également, avec les collections Poussière d'Étoiles et Terra Incognita. Enfin, la gamme Pulp Science va, elle, traiter de l'origine des phénomènes étranges.




De nos jours, Terre de Brume propose de nombreux romans et recueils de nouvelles traitant du surnaturel, du gothique et de l'épouvante, mais aussi des ouvrages d'aventure ou d'anticipation. Il s'agit souvent d'œuvres fondatrices ou devenues rares, parfois dans des versions plus complètes que ce qui était à l'origine disponible en VF.
L'on peut citer notamment les Allan Quatermain de Henry Rider Haggard ; L'Affaire Kahlenberg de John H. Watson ; L'autre voyage de Phileas Fogg de Philip José Farmer ; Chroniques du Petit Peuple ou Les Trois Imposteurs d'Arthur Machen ; En fuite vers Bradford ou Jack de Minuit de Jean Ray ; La Chose dans les Algues, Le Pays de la Nuit ou La Maison au bord du Monde de William Hope Hodgson ; Les Dieux de Pegana ou Le Livre des Merveilles de Lord Dunsany ; Les Maîtres des Arcanes de Charles Walter Stansby Williams ; Les Vampires du Finistère de Peter Saxon ; Les Vierges de Satan de Dennis Wheatley (déjà évoqué dans cette Parenthèse de Virgul) ; ou bien Mandragore de Hanns Heinz Ewers. 

À cette liste non exhaustive s'ajoutent des récits d'auteurs français, comme le Nosferatu d'Alain Pozzuoli, dont c'est le premier roman, mais aussi des essais et ouvrages spéciaux, tels que le Dictionnaire des Littératures Vampiriques de Jacques Finné et Jean Marigny ou Épouvante et Surnaturel en Littérature du bien connu Howard Phillips Lovecraft

Tout comme la collection Épouvante de J'ai Lu ou les éditions NéO en leur temps, Terre de Brume s'inscrit dans la tradition de ces éditeurs qui vouent un culte au fantastique et tentent de le préserver des effets du temps. Terre de Brume, c'est également une passerelle vers autre chose. Vers le rêve, vers des mondes oubliés et des créatures féroces, mais aussi tout bonnement vers la passion de la lecture, quel qu'en soit le genre. Car à travers ces titres intrigants, ces couvertures à la poésie sombre et effrayante, ces noms d'auteurs fascinants, c'est le goût de la lecture qui est titillé, encore et encore, chez les nouveaux lecteurs qui auront la chance de tomber sur l'un de ces ouvrages en flânant dans une librairie ou en découvrant le site de la maison, sobre et mystérieux, sur le net. Et rien que pour cela, et parce qu'il est encore des éditeurs qui, comme le disait le vieux Gaston Gallimard, ont passé un pacte avec l'esprit, il convient de se réjouir que plus de trente ans après sa fondation, Terre de Brume soit encore là pour enflammer nos esprits.