Publié le
25.8.18
Par
Vance
Au mois de juillet 2005, le docteur Alice Tanner, jeune Anglaise diplômée en
littérature médiévale, se trouve dans la région de Carcassonne pour y
participer à titre bénévole à des fouilles archéologiques dans le secteur du
pic de Soularac à la demande d’une vieille amie. Un hasard extraordinaire lui
fait découvrir l’entrée d’une grotte dans laquelle elle tombe sur les
squelettes de deux corps enlacés, au pied d’une paroi comportant des signes
inconnus qu’il lui semble pourtant pouvoir déchiffrer. Immédiatement, une enquête se met en place et Alice se rend compte qu’elle vient de mettre un pied dans un engrenage terrifiant : les morts et les disparitions se multiplient autour d’elle et elle ne sait plus à qui se fier. D’autant qu’on l’attend à Carcassonne même afin d'y discuter d’un étrange héritage et que ses rêves sont de plus en plus peuplés d’étranges mais précises visions d’un passé où elle suit l’histoire d’Alaïs, jeune occitane de 17 ans vivant dans la cité en juillet 1209 (au tout début de la croisade contre les Cathares), et à qui son père remet un manuscrit qui mènerait au secret du Graal. A huit siècles d’intervalle, les deux femmes se retrouvent inextricablement liées à la préservation de ce mystère convoité par des puissances obscures et sans scrupules, contenu dans trois livres, un anneau et un trésor inestimable.
Voici un roman qui, s'il n'est pas toujours aisé à lire, saura accrocher les plus acharnés, désireux d'aller au bout de cette quête littéraire. La structure de ce récit est aujourd’hui assez
classique : on suit, comme dans un montage alterné au cinéma, les
aventures parallèles de ces deux femmes au prénom si proche et unies par
bien davantage que le goût pour l'étrange. Alice est décidée, fière
et plutôt indépendante, ce qui la rapproche de son double, cette jeune Alaïs,
fille de l’intendant du vicomte Trencavel, avide de savoir et riche d’une
foi et d’une fidélité inébranlables.
Alors qu’Alice se retrouve, malgré elle, embourbée dans une affaire qui la dépasse, dans laquelle les officiers de police semblent étonnamment soucieux de sa sécurité et où de nombreux personnages s’intéressent de trop près au fruit de ses découvertes tandis que les filatures et les surveillances ne lui laissent aucun répit, Alaïs vit de l’intérieur la montée des tensions dans les cités du Pays d’Oc qui, en raison de leur tolérance envers le catharisme, s’apprêtent à subir de plein fouet la hargne et la soif de conquête des seigneurs du Nord ; ces derniers, sous couvert de la Croix, sont sur le point de prendre possession des riches terres du Sud, soutenus par l’Église et la Couronne de France. Les pourparlers se multiplient, les alliances se font et se défont : Trencavel se verra débouter par son oncle, le comte de Toulouse, et même par son suzerain, le roi d’Aragon, mais il demeurera solide dans sa volonté de défendre sa cité bien-aimée contre l’host français. Ce dont il ne se doute point, c’est que certains seigneurs du Nord se rendent en ses terres pour s’emparer des livres détenus par les gardiens d’un secret millénaire, remontant à la lointaine Égypte et dont le savoir scellé parmi les symboles cabalistiques permet d’entretenir l’espoir d’une vie éternelle… La Connaissance, le Pouvoir dont les puissants ne sont jamais rassasiés.
Alors qu’Alice se retrouve, malgré elle, embourbée dans une affaire qui la dépasse, dans laquelle les officiers de police semblent étonnamment soucieux de sa sécurité et où de nombreux personnages s’intéressent de trop près au fruit de ses découvertes tandis que les filatures et les surveillances ne lui laissent aucun répit, Alaïs vit de l’intérieur la montée des tensions dans les cités du Pays d’Oc qui, en raison de leur tolérance envers le catharisme, s’apprêtent à subir de plein fouet la hargne et la soif de conquête des seigneurs du Nord ; ces derniers, sous couvert de la Croix, sont sur le point de prendre possession des riches terres du Sud, soutenus par l’Église et la Couronne de France. Les pourparlers se multiplient, les alliances se font et se défont : Trencavel se verra débouter par son oncle, le comte de Toulouse, et même par son suzerain, le roi d’Aragon, mais il demeurera solide dans sa volonté de défendre sa cité bien-aimée contre l’host français. Ce dont il ne se doute point, c’est que certains seigneurs du Nord se rendent en ses terres pour s’emparer des livres détenus par les gardiens d’un secret millénaire, remontant à la lointaine Égypte et dont le savoir scellé parmi les symboles cabalistiques permet d’entretenir l’espoir d’une vie éternelle… La Connaissance, le Pouvoir dont les puissants ne sont jamais rassasiés.
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| Image tirée de la mini-série produite par Ridley Scott (2014). |
Alaïs, instruite de ce secret par son père, l’un des
Gardiens, deviendra ainsi une personne trop importante aux yeux des
traîtres qui cherchent à mettre la main sur le Graal : ces dits traîtres
sont partout, dans sa cité, dans sa maison, et dans sa famille même. Elle
préférera recourir aux services de Sajhë, un gamin des rues qui s’est entiché
d’elle, et d’Esclarmonde, une vieille guérisseuse qui l’a vue grandir,
plutôt que de s’attarder auprès de sa sœur, trop belle et trop ambitieuse, voire
de son jeune mari, Guilhem du Mas, valeureux guerrier prêt à en découdre
avec l’ennemi.
Alors que la chute de la fière cité de Carcassonne semble
inéluctable, Alaïs échafaudera les plans les plus ingénieux et désespérés pour s’enfuir, afin que la promesse faite à son père de préserver le
secret millénaire soit tenue. Des contreforts de Pyrénées aux forteresses
cathares, jusqu’à Montségur, elle partagera le sort de ces milliers de
malheureux qui n’avaient d’autre tort que celui de chercher le bonheur dans une
conception plus humaniste que chrétienne de leur religion.
Car le catharisme, sans être véritablement au centre de
l’ouvrage, est largement abordé : les Bons homes, comme ils aimaient
à s’appeler, ou les Parfaits, sont décrits au travers de leurs habitudes,
leurs
prières et leur attitude aussi résignée que respectable. Martyrs de la foi, ils
paieront cher leur attachement à des valeurs rejetées par l’Église de
Rome : il ne fait pas bon s’en prendre aux dogmes en place alors que les Croisades
battent leur plein. Pour autant, ainsi que le souligne l’auteur dans un rappel
historique en préambule, c’était la première d'entre elles organisée sur un sol européen. Et
elle devait mener, assez vite, à la création de la Très Sainte Inquisition.
leurs
prières et leur attitude aussi résignée que respectable. Martyrs de la foi, ils
paieront cher leur attachement à des valeurs rejetées par l’Église de
Rome : il ne fait pas bon s’en prendre aux dogmes en place alors que les Croisades
battent leur plein. Pour autant, ainsi que le souligne l’auteur dans un rappel
historique en préambule, c’était la première d'entre elles organisée sur un sol européen. Et
elle devait mener, assez vite, à la création de la Très Sainte Inquisition.
Alaïs n’est point une Cathare, pourtant, pour les avoir
côtoyés, elle les comprend, les défend et partage nombre de leurs points de vue. Par
son biais, leur hérésie apparaît transfigurée, sorte de manichéisme bon
enfant s’inspirant des Bogomiles et des Zoroastriens. Peut-être
y a-t-il un peu de complaisance dans les phrases de Kate Mosse, romancière britannique tombée
amoureuse (comme tant d’autres !) de cette région où
l’esprit des Parfaits imprègne encore chaque pierre, chaque brin d’herbe,
chaque cours d’eau. L’auteur a d’ailleurs – quelle chance elle a ! – une
maison à Carcassonne dont elle sait décrire, avec un plaisir évident, chaque
coin de rue, chaque façade, avec un soin méticuleux doublé d’une sorte de vénération. Les
visites et courses-poursuites d’Alice Tanner n’en paraissent que plus réalistes,
d’autant qu’elles éveillent en chaque touriste, chaque explorateur amateur, l’écho de visions similaires :
Carcassonne est si belle, savez-vous ? Certes, la cité surplombant
fièrement la vallée où s'étend la ville moderne n’apparaît aujourd’hui que comme une
maquette grandeur nature relativement fidèle (en tout cas conforme aux visées de Viollet-le-Duc)
mais elle rayonne d’une histoire pleine de rebondissements, entre alliances et
mésalliances, dans une région tiraillée entre l’Aragon, le comté de Toulouse et
la Provence, où les secrets pullulèrent (Rennes-le-Château n’est pas loin,
à peine une heure de route, ainsi que le donjon d’Arques et le paysage
des Bergers d'Arcadie, fameux tableau "à clef" de Nicolas Poussin – les connaisseurs apprécieront
– alors que le spectre morbide des châteaux cathares se profile à l’horizon) et au sein de laquelle les chasseurs de trésors n’hésitent pas à retourner la terre, explorer les
tombes et interroger, d’un regard empli de fols espoirs, les pierres gravées,
les chemins de croix codés, les ruines silencieuses et les doyens de chaque
village. Tant qu’ils cessent de faire sauter, çà et là, des pans de muraille ou
de rochers, laissons-les rêver : après tout, une rumeur persistante nous
rappelle que Marie et Joseph d’Arimathie auraient abordé ces
côtes après avoir quitté une Galilée vouée aux gémonies après la
Crucifixion du Messie : l’une aurait été porteuse d’un enfant pouvant
changer la face du monde ; l’autre aurait eu sur lui la coupe ayant recueilli
quelques gouttes du précieux sang du Christ. La Coupe de l’Alliance
Éternelle. La Coupe du Graal. Si on y rajoute les commanderies
templières établies dans le secteur, le trésor des Wisigoths, les mines d’or (à présent épuisées) des Romains et les millions de francs dénichés par le curé Béranger
Saunière, il y a de quoi faire tourner la tête aux chercheurs de tous poils.
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| Vue de Carcassonne à destination des lecteurs britanniques qui ont aimé le livre. |
Toutefois, et très sagement, Mosse s’en tient à son
récit : sur fond de catharisme, explorant le destin tragique de ceux qu’on
nommait également les Albigeois, elle délivre ce qui s’avère être une belle histoire
d’amour ; amour d’une jeune femme un peu trop idéaliste pour un mari qui
la trahira, amour d’un garçon pour celle qui ne le verra jamais que comme son
ami, amour d’une dame pour un pays auquel elle se sent confusément
appartenir. Alice, cherchant à échapper à la machination dont elle est le
centre, voudra également connaître le sort de sa double du passé : leur
destin se nouera, là, au pic de Soularac, à 800 ans de distance, sous
l’influence de ceux qui cherchent à s’ancrer dans l’Histoire jusqu’à en devenir
immortels. Néanmoins, le Graal est-il fait pour eux ?
Gérard Marcantonio a su à l’évidence traduire
agréablement ce texte où l’auteur s’est volontairement embarrassé de tournures
anciennes (« Votre jambe vous douloit-elle encore ? ») et
de termes occitans (un glossaire nous le rappelle en fin
d’ouvrage). Cela nuit parfois au rythme, qui se délite à la fin du premier
tiers, d’autant que les deux héroïnes sont un peu dans l’expectative, Alice ne
sachant pas du tout quoi faire et Alaïs se retrouvant quelque peu éclipsée par
les considérations politiques. On aimerait parfois les pousser, les aiguillonner dans leurs recherches. Cependant, assez habilement, Kate Mosse
entretient un certain suspense par l’intervention de personnages œuvrant dans
l’ombre et qui en savent bien davantage que les protagonistes. Ainsi, la quête
d’Alice nous apparaît-elle plus confuse que celle d’Alaïs, au point qu’il
faille l’intervention d’un tiers pour nous en narrer une partie. Alice est
ainsi un peu le point faible du livre, on a du mal à s’identifier à elle, à ses
relations un peu floues, d’autant que son passé semble la lier à celle qu’elle
voit en rêve. Sa relation avec Will apparaît du coup d’autant plus artificielle.
Pourtant, l’intérêt demeure grâce à l’Histoire et, même si
les pérégrinations d’Alaïs vont de pair avec des descriptions un peu lourdes,
elles se trouvent au contraire enrichies par l’emploi intelligent (car
parcimonieux) de l’occitan.
Fruit d’un important travail historique, best-seller
européen en 2005, traduit en trente-six langues, Labyrinthe manque de cette
sapience inégalable et de ces trop nombreuses références qui ressortent des écrits d’Umberto Eco, mais
ravira les amateurs d’histoire mystérieuse qui ont apprécié le Da Vinci
Code, même si l'on peut regretter son manque de fondement scientifique.
Une autre vision du Graal, qui peut décevoir et frustrer,
mais qui permet surtout de recevoir l’illumination : on n’a qu’une hâte,
retourner en pays d’Aude, en terre cathare, et y goûter en toute quiétude à des
matins ensoleillés au pied de remparts millénaires.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
23.8.18
Par
Nolt
Les forces magiques sont à l'œuvre dans Mystic Arcana ! On jette un sort, dès maintenant, pour en savoir plus.
L'Eau pour Namor, empereur des Mers. Le Feu pour cet être de flammes de l'âge d'or. La Terre, défendue avec courage, pour le soldat au bouclier. Et l'Air pour cet autre surhumain qui courait plus vite que le vent. Les premiers héros de l'âge d'argent étaient également issus de ces éléments : un homme qui s'étire et coule comme un liquide, un monstre de pierre, une femme transparente comme l'air et une nouvelle Torche.
Quatre éléments.
Quatre types de magie.
Et tout un monde qui pourrait disparaître si Ian McNee ne réussit pas sa quête. Le Tarot a parlé, Ian devra retrouver une épée, une rose, une couronne et un miroir. Quatre artefacts qui, une fois réunis, pourront sauver les Royaumes Mystiques. Ou précipiter leur perte.
Après cette petite et énigmatique introduction, rentrons tout de suite dans le vif du sujet. Cette mini-série, rééditée en 2007 aux États-Unis dans un superbe TPB, est divisée en quatre parties. Chaque chapitre comprend une sorte de one-shot centré sur l'un des fameux objets magiques, lui-même lié à un héros, et un court épisode évoquant la quête de McNee.
L'histoire principale est donc diluée, à petites doses, dans ces épisodes apparemment sans lien entre eux. Ces derniers nous promènent de l'ancienne Égypte à la mythique Avalon, en passant par l'Europe de l'Est. Les personnages mis en avant lors de ces petits voyages sont Magik (Illyana Raspoutine), Black Knight, Wanda Maximoff (alias la Sorcière Rouge, à l'origine des évènements de House of M) et la jeune Nico Minoru (des Runaways).
Tout cela est écrit par David Sexton, Louise Simonson, Roy Thomas, Jeff Parker et C.B. Cebulski. Les dessins sont de Eric Nguyen, Steve Scott, Tom Grummett, Juan Santacruz et Phil Noto. Vous l'aurez compris, chaque partie possède donc sa propre équipe créative.
Pour être honnête, cette saga n'est pas spécialement bouleversante ou originale. Mais si l'on prend le temps
de vous en parler, c'est qu'il y a une bonne raison. L'ouvrage dont il est question ici contient également The Marvel Tarot et The Book of Marvel Magic, des éléments qui vont apporter, mine de rien, une énorme valeur ajoutée à l'ensemble.The Marvel Tarot tout d'abord. Voilà quelque chose de magistralement réalisé (par Sexton) et de particulièrement beau à regarder. Sexton dévoile les principales cartes de son tarot (les arcanes majeures) en en expliquant le sens et en évoquant les personnages auxquels elles sont liées. Mieux encore, le tout est présenté avec des illustrations, d'une rare richesse, basées sur de vieux grimoires ou des fragments de notes, le tout accompagné par un tas de bricoles disparates, comme de vieilles pièces, des plantes séchées, des papillons et toute une mosaïque de petites choses, parfois difficilement identifiables, qui donnent l'impression de jeter un œil sur le bureau désordonné d'un vieux mage.
Bien que ce soit très joli, il ne s'agit pas d'un artbook et des éléments très intéressants accompagnent les cartes, comme une Table de Correspondances qui permet de voir ce qui découle des fameux éléments. Le lecteur pourra donc découvrir à quoi s'associent l'eau, le feu, l'air et la terre, non seulement à travers les couleurs correspondantes, les points cardinaux, les saisons, les animaux, les signes astraux, mais aussi par rapport aux forces de la nature, aux races mystiques et extraterrestres ou même... aux différentes formes de Adam Warlock ou aux héros faisant partie des Defenders ! On a droit également à une planche représentant les différents plans d'existence, à un topo sur les différentes magies, à une petite recherche sur la signification de "Agamotto", bref, un tas d'infos magiques et marvelliennes.
La plus grosse partie des "bonus" de cette édition librairie concerne Mystic Arcana : The Book of Marvel Magic, une
sorte de mini encyclopédie comme l'on a déjà pu en voir dans d'autres ouvrages (le Civil War Companion par exemple) mais qui est ici focalisée sur les personnages et objets magiques.C'est moins joli à regarder que le Tarot mais le contenu informatif est très dense. On retrouve pour chaque perso ses caractéristiques principales (force, intelligence, rapidité...), son vrai nom, sa première apparition, son affiliation, un tas d'autres précisions et, forcément, un historique de ses faits d'armes marquants.
En plus des personnes, un appendice répertorie les épées, talismans et livres magiques ayant déjà été utilisés dans l'univers Marvel. Un pur bonheur pour un Maître de Jeu en panne d'inspiration. La série et la date d'apparition de l'objet sont à chaque fois précisées. Autrement dit, voilà largement de quoi faire le tour de la question !
Ce livre (uniquement disponible en VO) est pratiquement identique aux Marvel Deluxe français (jaquette sur hardcover, papier glacé) et coûte une trentaine de dollars. Un prix largement justifié au regard de la richesse de l'ouvrage qui, s'il ne contient pas une histoire époustouflante en soi, s'érige au rang d'indispensable de par un contenu additionnel travaillé, inspiré et très complet.
Une belle curiosité pour magiciens amateurs.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
21.8.18
Par
Vance
Un travail remarquable, une œuvre de mémoire nécessaire dans laquelle la fiction ravive puis supporte le souvenir, l'enveloppe et l'illumine. Prix Renaudot Essais en 2010.
Le journaliste Mohammed Aïssaoui nous explique comment, après avoir appris la mise aux enchères des archives sur "l'Affaire de l'esclave Furcy", il s'est penché sur cette histoire magnifiquement tragique et a décidé de nous la faire revivre, complétant les rares témoignages sur cette époque transitoire (la Restauration) par quelques passages imaginés, afin que la fiction vînt enrichir les faits. Mais quels sont-ils ? Un jour de l'an 1817, un jeune esclave nommé Furcy, employé comme majordome dans une riche exploitation de l'île Bourbon (ancien nom de la Réunion), se présente au Tribunal d'Instance de Saint-Denis pour y demander qu'on rétablisse ses droits à la liberté. Grâce à des papiers qu'il a retrouvés, il peut démontrer sa condition d'homme libre maintenu en esclavage. Il est débouté, et même mis en prison sous une accusation fallacieuse. Mais il n'en démord pas et, soutenu par sa famille ainsi que par des juristes intègres touchés par sa situation, il s'acharnera pendant 26 ans jusqu'à la conclusion du procès, à Paris, par la Cour de Cassation et la Cour royale.
De cette investigation
patiente et méthodique, soutenue par une passion visible, naît un ouvrage
stimulant et parfois émouvant, un peu maladroit dans son écriture avec cette
alternance inhabituelle entre le récit circonstancié et le
témoignage du rédacteur, entre ce passé qui nous a été caché et dont on sait
peu et le présent de la recherche dans les archives. L'esclavage est dûment présenté à l'époque (les
lendemains douloureux d'une Révolution étouffée par l'Empire) comme une
convention, un mal nécessaire, voire un rouage indispensable à l'équilibre
économique des colonies : l'auteur insiste pour qu'il soit perçu davantage en tant que système économique bien rodé et terriblement rentable que comme idéologie immorale millénaire. Si Napoléon avait finalement - et assez logiquement - fait abroger son abolition issue de la Révolution (les rédacteurs de la Déclaration des Droits de l'Homme ne pouvaient omettre aucun ressortissant de l'espèce), les mentalités avaient permis tout de même une avancée majeure dans le droit hexagonal : "Nul n'est esclave en France" est l'un des principes solennels scandés par les défenseurs de la cause de Furcy. D'ailleurs, dès la fin du XVIIIe siècle, les Anglais affranchissaient déjà sur leurs terres des esclaves par milliers : le monde civilisé était prêt pour la suppression de cet odieux asservissement des hommes par d'autres hommes. Cependant, c'était sans compter sur le pouvoir de l'argent, balayant tous les principes moraux, les étouffant sous son talon doré et faisant taire jusqu'à l'éthique des puissants.
L'esclavage (qui ne fut nullement l'apanage des États européens) était, sur les colonies du début du XIXe siècle, un système incontestablement fonctionnel, qui dépassait les cadres déjà discutables de la religion et de la justice : il en allait de la pérennité d'un mode de vie entièrement fondé sur cette main-d'œuvre inespérée issue d'un commerce pourtant nauséeux à propos duquel commerçants et exploitants préféraient se voiler la face. L'abolition était ainsi dans l'air du temps et la mentalité métropolitaine prête à s'en saisir, mais c'était compter sans les notables colons, incapables d'envisager l'avenir sans leur armée de manutentionnaires noirs qui, s'ils n'étaient pas payés pour leurs tâches, leur coûtaient déjà bien assez. Mieux : la plupart des Noirs nés chez leurs maîtres étaient sinon réticents, du moins fort hésitants quant à leur affranchissement possible : on ne naît pas esclave, nous serine l'auteur avec raison, on le devient. Et l'apprentissage de la liberté ne se fait pas aisément, ni sans douleur.
L'esclavage (qui ne fut nullement l'apanage des États européens) était, sur les colonies du début du XIXe siècle, un système incontestablement fonctionnel, qui dépassait les cadres déjà discutables de la religion et de la justice : il en allait de la pérennité d'un mode de vie entièrement fondé sur cette main-d'œuvre inespérée issue d'un commerce pourtant nauséeux à propos duquel commerçants et exploitants préféraient se voiler la face. L'abolition était ainsi dans l'air du temps et la mentalité métropolitaine prête à s'en saisir, mais c'était compter sans les notables colons, incapables d'envisager l'avenir sans leur armée de manutentionnaires noirs qui, s'ils n'étaient pas payés pour leurs tâches, leur coûtaient déjà bien assez. Mieux : la plupart des Noirs nés chez leurs maîtres étaient sinon réticents, du moins fort hésitants quant à leur affranchissement possible : on ne naît pas esclave, nous serine l'auteur avec raison, on le devient. Et l'apprentissage de la liberté ne se fait pas aisément, ni sans douleur.
Et de suivre l'extraordinaire histoire de ce jeune homme
patient, posé, placide et étonnamment cultivé qui décida un jour de revendiquer
sa liberté, laquelle lui revenait de droit, sa mère étant née libre et ayant
voyagé sur les terres de France, ce qui lui conférait légitimement ce statut. Une
liberté qui lui avait été cachée et qui lui sera encore niée. Maintes fois. Cependant Furcy attendra que l'heure vienne, son heure, celle où enfin la Justice lui
rendra éventuellement ses droits.
![]() |
| "Abolition de l'esclavage dans les colonies françaises" - François-Auguste Biard |
Une véritable aventure judiciaire dépassant le cadre de l'existence d'un seul homme pour toucher à des vérités fondamentales et des drames ethniques. Facile et rapide à lire, on regrettera parfois la tendance de l'auteur à se justifier ou à expliquer, en se répétant, combien son investigation fut ardue tant les archives sur les populations asservies sont lacunaires (après tout, on ne confère pas d'identité à une marchandise et la généalogie des descendants d'esclaves reste, encore aujourd'hui, presque impossible à retracer du fait de l'absence de traces écrites). Les passages fictionnels sur le mode du récit sont bien plus passionnants et engendrent un véritable suspense envers le destin de cet individu admirable qui a enduré de nombreuses déceptions en s'accrochant, littéralement, à la Déclaration des Droits de l'Homme.
On a bien porté 20 years a slave à l'écran, d'une façon
souvent ostentatoire, on pourrait faire un film magnifique à partir de
l'histoire de Furcy.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
19.8.18
Par
Nolt
On se penche aujourd'hui sur les Avengers avec les mythiques épisodes contant La Guerre Krees/Skrulls.
Mar-Vell, Quicksilver, Wanda Maximoff et la Vision sont opposés à Ronan et à une Sentinelle Kree particulièrement puissante. La routine pour des Vengeurs habitués aux situations de crise. Cette fois cependant, la menace est de niveau galactique... dans l'immensité de l'espace, deux peuples ennemis se livrent une guerre sans merci. Et la terre se trouve par hasard au milieu de l'affrontement entre Krees et Skrulls.
Pire encore, Mar-Vell étant d'origine Kree, les Vengeurs sont la cible d'une enquête officielle et, rapidement, de la colère d'une foule terrifiée à l'idée d'une invasion. Captain America, Iron Man et Thor, les membres historiques du légendaire groupe de héros, vont être amené à prononcer sa dissolution. Bientôt, même les Inhumains seront pris dans la tourmente. La terre peut-elle vraiment se protéger de ces peuples de guerriers qui l'ont érigée en champ de bataille ?
Panini a profité en 2009 de l'évènement Secret Invasion pour rééditer ces épisodes en Marvel Best Of. Initialement, ceux-ci avaient été publiés en France, par Aredit, dans Thor Pocket (une revue petit format en noir & blanc).
Cette saga, qui date tout de même de 1971, est scénarisée par Roy Thomas (Conan, Mystic Arcana). Aux crayons l'on retrouve Neal Adams, Sal Buscema et John Buscema. Tout cela a presque 40 ans et cela se voit malgré le joli emballage et le papier glacé, c'est donc plus une récréation nostalgique qu'un récit exceptionnel. Cela débute d'ailleurs par un combat (contre Ronan et la Sentinelle) assez long, saupoudré d'un bavardage guère inspiré. Heureusement, on passe à la vitesse supérieure après quelques épisodes.
Car tout n'est pas à jeter dans cette histoire, loin de là. On assiste à la chute des Vengeurs qui perdent la confiance du public et subissent un interrogatoire officiel de la part du Comité des Affaires Aliens
(qui n'est pas sans rappeler la plus récente Commission des Affaires Surhumaines), on a droit à une "aventure intérieure" de l'Homme-Fourmi explorant le corps synthétique de Vision, on peut même assister à la réflexion de quelques personnages s'interrogeant sur la nature moderne et non-manichéenne des conflits. Tout cela est plutôt sympa pour l'époque mais est bien entendu relaté dans un style narratif aujourd'hui complètement dépassé. C'est donc avec un œil indulgent qu'il convient de parcourir ces planches.Les personnages sont assez nombreux, outre les Vengeurs déjà cités, l'on peut noter la présence de Nick Fury, Carol Danvers (qui n'était pas encore Ms. Marvel), Black Bolt et même de quelques guests ne faisant qu'une courte apparition comme Namor ou la Torche originelle (qui a donné son nom au Camp Hammond de l'Initiative).
Au niveau du contenu éditorial, vous aurez droit aux traditionnelles covers ainsi qu'à une intro de Roy Thomas qui explique un peu la genèse de cette saga. Il avoue à cette occasion que lui et Neal Adams avaient un tel niveau de collaboration qu'ils sont persuadés, tous les deux à 100%, d'être à l'origine de certaines idées, comme de redonner aux "vaches skrulls" (un coup de Richards) l'apparence des Fantastic Four.
Le temps n'épargne rien. Si ces épisodes ont un réel potentiel "historique", ils ne peuvent prétendre supporter les standards actuels. On regrettera notamment une action tonitruante - et parfois ennuyeuse - mise en avant au détriment des relations entre les protagonistes, trop peu développées.
Collectionneurs et curieux se jetteront sur l'ouvrage, le lecteur occasionnel a, lui, tout intérêt à se rabattre sur des productions plus récentes (comme les New Avengers par exemple).
Dispensable.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
17.8.18
Par
Vance
Un univers partagé sur le thème super-héroïque, présenté dans une anthologie impulsée par George R.R. Martin avait tout pour séduire.
Outre les partenaires de jeu (de rôles, car ce sont bien plusieurs campagnes sur un jeu de rôles qui sont à l'origine des personnages peuplant ces récits) de l'auteur de Game of Thrones, on trouvait quelques grands noms de la SF américaine qui avaient accepté de s'embarquer dans le projet, tel Roger Zelazny, le père de la saga des Princes d'Ambre. Et les éditions J'Ai Lu avaient mis les petits plats dans les grands avec cet élégant ouvrage, un peu massif mais au format encore pratique, issu de leur collection "Nouveaux Millénaires" et doté d'une très belle couverture au look vintage, laissant entrevoir d'innombrables potentiels.
Le résumé de quatrième de couverture est en effet plus qu'alléchant : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un accident permet à un virus extraterrestre d'affecter une partie de la population, lui conférant des pouvoirs incroyables, tandis que d'autres succombent en masse. Parmi les "affectés" survivants, quelques-uns conservent une apparence humaine mais disposent de capacités exceptionnelles : ce sont les As (l'on considère qu'ils ont tiré les bonnes cartes dans la redistribution génétique issue de l'épidémie) qui s'apparentent donc aux super-héros de comics. Mais la grande majorité préfèrent vivre dans l'ombre, le virus les ayant transformés en quelque chose d'horrible, déviant, malsain qui les place immédiatement au ban de la société : on les nomme Jokers.
ont tenté de présenter un univers cohérent dans lequel les super-héros
naîtraient et évolueraient d'une façon foncièrement plus crédible que dans les
textes de l'Age d'Or du genre. Ainsi, cela fait belle lurette qu'on ne parle plus de
relique mystique, d'artefact extraterrestre, d'accident cosmique ou d'araignée
radioactive pour tenter d'expliquer l'apparition de pouvoirs chez les individus
"augmentés" du monde Marvel, DC ou chez la concurrence. Les mutants
sont passés par là, notamment, ainsi que des auteurs issus de la littérature de
science-fiction ou même de la télévision - ce qui explique les nombreuses réécritures des
origines de chaque héros.
Une fois digérée la déception, reste au moins l'attrait
purement littéraire de l'ouvrage (on n'évoque ici que le tome 1 français, la série en comportant aujourd'hui 27). Or, il a les qualités et défauts inhérents au
principe même d'anthologie : certains textes s'avèrent fascinants, captivants même,
ou dotés d'un style alerte et dynamique, d'autres le sont beaucoup moins,
parfois soporifiques, ringards ou simplement plats. Le tout est heureusement
rehaussé par de malicieux interludes, imaginés par George Martin lui-même, qui montre
sa capacité à écrire sous différents points de vue (cela va du récit
circonstancié au rapport d'investigation, en passant par l'article de journal ou le colloque scientifique) ; ses annexes de fin, prétendument rédigées par des experts, sont ainsi particulièrement savoureuses et donnent à la fois
plus de sel et plus de consistance à l'œuvre.
On obtient ainsi une vision relativement fluide sur cinq décennies
(entre 1945 - et l'épopée de Jetboy qui, malgré sa bravoure, ne parviendra pas
à empêcher que le virus extraterrestre soit répandu sur la Terre - et les
années 1980, où les As ont fini par s'intégrer à la société américaine,
travaillant pour le gouvernement, tandis que les Jokers fomentent des révoltes
pour réclamer des droits civiques supérieurs) pendant lesquelles les grands
événements historiques ont été plus ou moins impactés par "l'incident" initial : la montée du communisme, le maccarthysme, les Guerres du Viêt-Nam et de Corée comme les élections présidentielles
américaines ou la tension politique Est-Ouest. Ce qui donne une uchronie
sympathique, conçue intelligemment à partir de personnages épars issus de
parties échevelées de jeu de rôles et auxquels a été conférée une origine
commune (les effets incontrôlés d'un xénovirus) ainsi que des destins et une
temporalité divergents.
Rien de révolutionnaire ou de grandiose, mais une édition française relativement agréable à lire grâce à une alternance de styles et de personnages stimulante.
À noter que des pointures de la scène comics comme Chris Claremont ont rédigé des textes parus dans des tomes ultérieurs (J'Ai Lu en a traduit et édité sept, comportant souvent du matériel supplémentaire par rapport à l'édition originale datant de la fin des années 1980).
Rien de révolutionnaire ou de grandiose, mais une édition française relativement agréable à lire grâce à une alternance de styles et de personnages stimulante.
À noter que des pointures de la scène comics comme Chris Claremont ont rédigé des textes parus dans des tomes ultérieurs (J'Ai Lu en a traduit et édité sept, comportant souvent du matériel supplémentaire par rapport à l'édition originale datant de la fin des années 1980).
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