Publié le
11.10.21
Par
GriZZly
Aaah ! Un film avec Jim Caviezel !
J'aime bien, cet acteur. Qu'est-ce que ça va donner ?
Il m'est arrivé, par le passé, de chroniquer des films Saje Distribution. Le hasard a fait que c'étaient à chaque fois des films traitant de sujets religieux : Le jeune Messie et Samson. Bizarre, pour un gars athée comme une tasse, non ? Ouais, une tasse. Une tasse athée. Ouais, j'ai honte. Bien sûr, oui.
C'est donc un réel plaisir de changer un peu de thème et de me lancer dans la chronique de ce film intitulé... pardon ? Infidel ? Ça veut toujours dire "infidèle", ça, en anglais, ou ça a changé depuis peu ?
D'accord... je vais encore causer de religion, donc... Okay. Finalement, je crois que Dieu existe mais le gars me déteste, ça doit être ça...
Allez, bon : Infidel est un film américain de 107 minutes sorti en 2020 (à tel point qu'il y est même fait mention du coronavirus) et produit par Cyrus Nowrasteh.
Dès l'arrière de sa jaquette, le DVD s'adresse à moi en me posant une question existentielle cruciale : "Seriez-vous prêt à tout sacrifier pour votre foi ?" Comment te dire, film ? Si l'âme existait et avait une valeur marchande, je l'aurais découpée en morceaux minuscules que j'aurais vendus aux plus offrants sur une plateforme de ventes en ligne tant je n'aurais aucune idée de quoi en faire. Ça te va, ça ?
Il n'est pas fait pour moi, ce film.
Mais j'apprécie plutôt l'acteur et la photographie a l'air assez propre. Même la jaquette, ma fois, a une bonne tête... Allez, on se fait violence et on regarde ça de façon objective, autant que possible.
Mais j'apprécie plutôt l'acteur et la photographie a l'air assez propre. Même la jaquette, ma fois, a une bonne tête... Allez, on se fait violence et on regarde ça de façon objective, autant que possible.
Washington, six mois plus tôt. Doug (Jim Caviezel) vient chercher sa femme, Elizabeth (Claudia Karvan), à son travail (au département d'état) par une nuit pluvieuse. Ils vont ensemble à une soirée en l'honneur de la jeune Meena (Noor Taher) qu'apprécie son épouse mais c'est au père, Javid (Aly Kassem), que Doug est lié professionnellement : ils travaillent ensemble dans une boîte de développement de logiciels. On fête l'obtention de diplôme de la jeune femme. L'ambiance est festive mais le collègue de Doug installe une atmosphère un rien désagréable en ne cessant de qualifier ses invités non musulmans d'infidèles, malgré un large sourire dont il est difficile de savoir s'il est sincère ou non... Sympa, mec. Accueille-moi de la sorte chez toi et tu ne m'y reverras pas de sitôt, mon gars !
Mais la scène nous permet de savoir que Doug est catholique, du genre vraiment croyant... et un peu médiatisé, aussi. Il écrit apparemment un blog assez populaire sur le sujet.
De retour chez eux, Elizabeth reçoit un coup de fil paniqué de la mère de Meena. Il semblerait que la jeune femme soit partie de la soirée avec son petit copain et qu'elle ne donne plus signe de vie. En bonne américaine, Elizabeth essaie de la réconforter d'une réplique du genre : "Boarpf, t'inquiète ! Il faut que jeunesse se passe !" Pas sûr que ça rassure beaucoup la maman musulmane de Meena qui connaît son mari et imagine sans doute que ça ne se passera pas comme ça ; d'autant plus qu'il a déjà montré, auparavant, des signes évidents d'inimitié envers le jeune homme dont leur fille s'est entichée.
Et effectivement, Javid n'a pas l'air jouasse : il détache du mur le coin d'un tapis persan qui y est fixé, passe une porte que le tapis dissimulait, entre dans une pièce sombre, pose une bâche au sol, y dépose des outils et... la caméra tourne pour nous montrer la pauvre Meena ligotée à une chaise et bâillonnée dans un coin de la pièce. Fondu au noir. Ah ouais... quand même. Euh, film... On est à 12 minutes, là, et tu me présentes déjà un père prêt à torturer sa fille, voire pire, ou je rêve ? La vache ! Je ne m'attendais pas à ça.
Intérieur nuit. De retour chez Doug et Elizabeth. Le téléphone sonne et les réveille. On demande à Doug d'aller chez Javid ; je me demande un peu pourquoi, d'ailleurs. Une fois sur place, un inspecteur emmène Doug dans la fameuse pièce secrète de Javid. On y découvre la panoplie complète du parfait petit terroriste islamiste avec un drapeau de l'Etat Islamique, des vidéos de décapitation, des sabres et autres joyeusetés... ce qui marquera le plus Doug sera une photo de son collègue, souriant, avec un lance-rockets sur l'épaule.
La police laissera Doug rejoindre son épouse et s'en aller sans même lui demander de témoigner davantage. Scène étrange qui ne semble être là que pour faire avancer le scénario. Le policier est traité d'islamophobe par l'avocate de Javid et hop, comme pour se dédouaner de cette accusation, il emmène Doug voir la cachette susmentionnée. Ou un truc m'a échappé ou c'est quand même assez léger.
La police laissera Doug rejoindre son épouse et s'en aller sans même lui demander de témoigner davantage. Scène étrange qui ne semble être là que pour faire avancer le scénario. Le policier est traité d'islamophobe par l'avocate de Javid et hop, comme pour se dédouaner de cette accusation, il emmène Doug voir la cachette susmentionnée. Ou un truc m'a échappé ou c'est quand même assez léger.
Une semaine plus tard, Doug est sur le point de partir au Caire pour parler de sa foi. Oui, le gars est un prêcheur, apparemment. Un prêcheur invité en Égypte... sur les conseils de, devinez qui... oui ! Sur les conseils de Javid. Et devinez quoi, derechef... Eh bien, ce corniaud semble bien décidé à y aller quand même parce que, évidemment, quand une occasion s'offre à vous de parler de votre foi à des gens d'une autre religion dans un pays réputé hostile à ce genre de démarche et que l'invitation est signée de la main d'un type que tout désigne comme un fou de Dieu, on n'a qu'une hâte : c'est d'aller causer du petit Jésus là-bas !
Un milliard de fois plus lucide que son illuminé de mari, Elizabeth tente bien de le dissuader d'y aller mais l'autre grand crétin l'écoute à peine et prend son air suffisant pour lui expliquer qu'il est comme ça et que rien ne le fera changer d'avis. Putain d'égoïste inconscient d'espèce de grenouille de bénitier fanatisée !
Un milliard de fois plus lucide que son illuminé de mari, Elizabeth tente bien de le dissuader d'y aller mais l'autre grand crétin l'écoute à peine et prend son air suffisant pour lui expliquer qu'il est comme ça et que rien ne le fera changer d'avis. Putain d'égoïste inconscient d'espèce de grenouille de bénitier fanatisée !
Sa femme, qui bosse donc pour le département d'État et a donc accès a des gadgets sympas (je suis sûr que ces salauds ont des stocks de PS5, pendant que nous, on rame à en trouver une !), lui donne quand même un moyen de lui faire passer des messages de façon invisible pour quiconque autre qu'elle-même.
Évidemment, il se fout ouvertement de sa tronche comme l'abruti qu'il est mais accepte d'emmener ça avec lui.
Elizabeth lui dit être persuadée que, s'ils avaient une famille, il ne partirait pas sans cesse ainsi.
Dans la scène suivante, après le départ de ce mec qu'elle doit avoir choisi pour sa belle gueule et pas pour ce qui flotte dedans, elle nous fait cadeau d'une scène "plus cliché, tu meurs" de flashback sous la douche où l'on apprend que Doug et elle ont fait un accident au cours duquel elle a perdu le bébé quelle portait.
Dans la scène suivante, après le départ de ce mec qu'elle doit avoir choisi pour sa belle gueule et pas pour ce qui flotte dedans, elle nous fait cadeau d'une scène "plus cliché, tu meurs" de flashback sous la douche où l'on apprend que Doug et elle ont fait un accident au cours duquel elle a perdu le bébé quelle portait.
Personnellement, le seul fait que mon dieu puisse laisser se produire une telle injustice m'aurait amené à le renier de long en large, du nord au sud, de l'est à l'ouest et du devant jusqu'au plus profond de son divin derrière, histoire de voir si ses voies sont si impénétrables qu'on le dit. Et c'est bien ce que fit Elizabeth qui déclara alors : "Je vais être claire : j'en ai fini avec Dieu..."
Mais Doug, non... non, le Doug, il doit sans doute se dire que c'est une mise à l'épreuve de sa foi. Alors, on zoome sur ses yeux tout mouillés de larmes quand il apprend qu'il vivra désormais avec une femme qui refusera de mettre les pieds à l'église. Ben oui, c'est un drame, ça, hein...
Mais restons sérieux deux minutes : évidemment que ça doit faire chanceler ta foi, Dougie ! Évidemment ! Mais non, toi, tu trouves le réconfort dans l'adoration du grand ordonnateur de l'Univers qui a autorisé que ton enfant meure sans même avoir vu le jour !
Râââh ! Ce type de "raisonnement" (et c'est le pire emploi du mot "raisonnement" depuis qu'il existe) m'énerve au plus haut point ! Je ne pige pas les croyants, il n'y a rien à faire.
Au Caire, Doug doit donner une conférence à l'université al-Azhar. Rien que ça !
- En octobre 2007, Muhammad Sayyid Tantawy, alors grand imam d'Al Azhar, a pris position contre la liberté d'expression et pour le durcissement des sanctions envers les journalistes.
- En 2016, Ahmed el-Tayeb a réédité la fatwa sur les musulmans chiites, qualifiant le chiisme de cinquième école de l'islam. Cependant, les clercs éduqués à l'université al-Azhar défendent publiquement les croyances sectaires en appelant les chiites « infidèles » et encouragent l'isolement et la marginalisation des musulmans chiites en Égypte.
- En 2016, le grand imam d'Al-Azhar, Ahmed el-Tayeb, a déclaré que l'abandon de l'islam (l'apostasie, donc) était puni de mort. À son avis, les crimes, les voies de fait et la trahison sont des formes d'apostasie et doivent être punis. Les apostats doivent rejoindre l'islam ou être tués.
- L'université est opposée aux réformes libérales de l'islam et a par exemple émis une fatwa contre la mosquée Ibn-Rushd-Goethe de Berlin qui interdit de se couvrir le visage (avec des voiles tels que la burqa et le niqab) dans ses locaux, qui permet aux femmes et aux hommes de prier ensemble et qui accepte les fidèles homosexuels. La fatwa vise toutes les mosquées libérales présentes et futures.
La paix d'esprit de tous les peuples, vous dites ?
Toujours est-il que Doug est là-bas et est interviewé pour un show télévisuel local. Il jette des ponts entre Islam et Catholicisme et tout se passe bien jusqu'à ce que le présentateur lui parle de l'amour des musulmans pour Jésus (qui, rappelons-le à toutes fins utiles, est effectivement reconnu comme un prophète très respecté en Islam). Et là, cette sombre andouille de Doug décide de dire ce qu'il a sur le cœur sans y mettre les formes et balance que Jésus n'est pas un prophète mais qu'il est Dieu et qu'il aimerait être le Dieu de tous, y compris les musulmans... Le gars y va de son petit prêche catholique peinard, sur une chaîne de télévision musulmane diffusée dans 45 pays de par le monde !
Sérieux, tu n'as pas envie de bouffer quelques hosties trempées dans du cyanure pour en finir de suite, Doug ? Ce sera moins douloureux et plus rapide que ce qui risque de t'arriver par la suite.
L'animateur, d'un professionnalisme et d'une bienveillance œcuménique qui inspire le respect (remercions le film pour ça : au moins n'est-il pas totalement manichéen... mais bon, il ne porte pas un message brûlant d'amour envers les musulmans quand même, soyons clairs) tente bien de reformuler ses dires mais non, le Doug persiste, comme une chèvre qui continue inlassablement à tirer sur la corde qui la retient au lieu de songer à la ronger !
Ayant vu ça à l'écran, dans son bureau, Elizabeth est atterrée (j'ai rarement ressenti autant d'empathie pour un personnage : évidemment qu'on se dit tous : "Mais qu'est-ce qu'il a fait, ce con ?"). Dès qu'elle l'a au téléphone, elle lui fait part de ses inquiétudes mais il persiste avec son "J'ai dit ce que j'avais sur le cœur." Et là, j'ai giflé mon téléviseur.
De retour du magasin de multimédia, après un branchement rapide, je constate qu'Elizabeth informe Doug que Javid et sa femme se sont enfuis d'Amérique (alors que leur fille reste introuvable et que Javid est tellement soupçonné de terrorisme que les autorités doivent chercher partout s'il n'a pas récemment appris à piloter des avions de ligne). Les frontières des USA sont d'une porosité à faire rougir de honte la plus rouge des terres d'argile !
Alors qu'il est encore au téléphone, Doug va entendre des gens à la porte de sa chambre d'hôtel. Ils vont entrer, lui mettre une rouste des familles, l'assommer, le rouler dans un des tapis de l'hôtel en mode wrap géant, l'amener au parking et le balancer dans une camionnette. Deux personnes n'ayant rien à voir là-dedans vont s'inquiéter de ce qui se passe mais elle se feront froidement refroidir (c'est logique, notez bien) par les kidnappeurs. On bute les coreligionnaires mais on garde en vie l'infidèle... bon... soit. Je vous ai dit que je ne comprenais pas la logique des croyants ?
À partir de là commencent les ennuis de Doug lors d'une captivité où il devra continuer sous la contrainte d'écrire son blog... et de tenter de communiquer avec l'extérieur grâce à la combine que son épouse lui avait recommandée.
La relation entre Doug et ses geôliers est étrange : leur leader est à la fois très menaçant et plutôt sympathique par son air débonnaire... En tout cas, ils n'ont pas apprécié que leur meilleur agent (Javid) se soit fait repérer. Or, la femme de Doug bossant pour la CIA et Doug ayant été mené jusqu'à la planque de Javid par l'inspecteur en charge de l'enquête, ils imaginent que notre petit couple est à l'origine de l'intervention policière chez Javid ; confusion on ne peut plus logique, en effet...
Mais c'est lorsque Doug va tenter de s'échapper (avec les moyens physiques et la capacité de réflexion en situation de danger d'un blogueur, ce qui est cohérent) en vain que sa situation déjà pas idyllique va grandement se compliquer.
C'est aussi à partir de là que sa femme va s'impliquer personnellement dans une quête visant à le retrouver.
Et c'est ici que s'achève mon résumé qui vous racontait tout de façon éhontée... En gros, le gars va bien-bien-bien piger à quel point ramener sa religion dans le monde musulman n'est une bonne idée que si ladite religion commence par "i" et termine en slam. Et sa femme, elle, va remuer Ciel et Terre (mais surtout la Terre, quand même !) pour lui venir en aide.
Mais du coup, que vaut ce film ? Allons-y gentiment et prenons du recul.
Tout d'abord, parlons de ce brave James Patrick Caviezel (que certains d'entre vous ne connaissent peut-être qu'à travers le personnage de John Reese dans Person of Interest). Le bonhomme est né dans une famille catholique conservatrice et ça se voit vachement dans sa filmographie. Pour rappel, c'est quand même le Jésus de La Passion du Christ de Mel Gibson.
Du coup, sa présence dans le rôle d'un prêcheur qui a du mal à tenir sa langue n'est pas une réelle surprise. Son jeu d'acteur, ici, pour crédible qu'il soit, me semble quand même plusieurs crans en-dessous de sa partenaire Claudia Karvan que je ne connaissais pas mais qui est ici crédible jusque dans les scènes les moins évidentes à défendre. Je vous ai causé du flashback dans la douche... c'est tellement nul, comme idée, que réussir à s'en sortir sans être ridicule est une prouesse. Et non seulement elle s'en sort bien mais en plus, elle y est émouvante.
Mais en ce qui me concerne, je suis d'une totale neutralité en matière de religions : aucune ne m'agrée.
Du coup, je ne vois là qu'un objet cinématographique et, sincèrement, il est loin d'être indigne.
Certes, certains personnages sont caricaturaux, mais pour avoir rencontré des croyants vraiment zélés, je n'hésiterais pas à dire qu'il leur arrive fréquemment d'être eux-mêmes caricaturaux (et c'est même le terme le moins agressif qui me vienne au sujet de certains). Alors, ces personnages sont peut-être simplement tragiquement réalistes.
La photographie est plutôt réussie : les couleurs suggèrent bien à la fois le climat et l'ambiance. Rien à reprocher de ce côté-là.
Le soucis technique viendra davantage du montage, peut-être : certaines scènes semblent parfois sortir de nulle part juste parce que "Ah ouais, on devait raconter ça, aussi... je la mets où, cette séquence ? Oh, ben là, tiens, allez, soyons fous !" ; comme notamment la séance de Doug aux toilettes lors de sa détention qui arrive très (trop) tôt dans la narration.
Certaines scènes, aussi, souffrent de soucis de cohérence, comme cette photo de Doug prise par un geôlier avec un téléphone portable en mode paysage mais que la réceptrice reçoit en format portrait... Alors oui, ça reste plausible, je sais : la fonction "crop" existe aussi sur mon téléphone mais ça reste un peu maladroit, dans un film, ça ressemble à un faux raccord.
Pour en revenir à Claudia Karvan, il y a une scène d'une grande maîtrise où son jeu est juste parfait et qui restera dans ma mémoire : cette femme américaine dont l'homme a été emprisonné arbitrairement après son kidnapping au Caire se retrouve dans les rues d'une ville arabe, seule et plutôt démunie...
Et là, toute l'équipe de tournage semble s'être donné le mot pour faire de son mieux : tout, absolument chaque élément du décor, chaque jeu de comédien est d'une neutralité absolue ; elle traverse juste des rues dont les habitants s'affairent et mènent leur vie comme n'importe quel humain le ferait n'importe où de par le Monde... mais malgré cela, pendant quelques dizaines de secondes, on ressent avec le personnage d'Elizabeth comme une sorte d'oppression quasi tangible. Impossible, il me semble, de ne pas être là en parfaite empathie avec elle. C'est là une scène de vrai cinéma dans ce qu'il a de plus noble : une émotion passe sans être placardée, sans être vraiment incarnée, juste parce qu'elle est finement jouée par une actrice au top et très bien filmée par une équipe au mieux de son talent.
Et là, toute l'équipe de tournage semble s'être donné le mot pour faire de son mieux : tout, absolument chaque élément du décor, chaque jeu de comédien est d'une neutralité absolue ; elle traverse juste des rues dont les habitants s'affairent et mènent leur vie comme n'importe quel humain le ferait n'importe où de par le Monde... mais malgré cela, pendant quelques dizaines de secondes, on ressent avec le personnage d'Elizabeth comme une sorte d'oppression quasi tangible. Impossible, il me semble, de ne pas être là en parfaite empathie avec elle. C'est là une scène de vrai cinéma dans ce qu'il a de plus noble : une émotion passe sans être placardée, sans être vraiment incarnée, juste parce qu'elle est finement jouée par une actrice au top et très bien filmée par une équipe au mieux de son talent.
Malheureusement, cette scène est suivie par une des plus nulles du film où la pauvre femme subit une tentative d'agression sexuelle par un gars qui la manipule en lui faisant croire qu'il a des nouvelles de son mari. Était-ce vraiment nécessaire ?
À ce propos, j'ai lu des avis s'insurgeant contre l'improbabilité de l'irruption de ceux qui viendront la sauver de cette agression. Certains y voient même un deus ex machina. À croire que les gens sont devenus débiles... Les gars, quand on critique un film, il faut le regarder jusqu'au bout ! De toute évidence, ces sauveurs la suivaient depuis le début, vu qui ils sont... Je ne pense pas que le Mossad laisse souvent les choses au hasard.
Parce que, oui, comme dit plus tôt, le film mérite certaines critiques mais certains sont d'une mauvaise foi (le comble !) crasse en ce qui le concerne.
Par exemple, certains y voient "un pamphlet pro-cathos / anti-musulmans". No shit, Sherlock ! C'est un film américain se terminant par un panneau annonçant : "Ce film est dédié aux Américains détenus dans les prisons iraniennes." Tu as trouvé ça tout seul ?
Mais en fait, c'est bien plus compliqué que ça : les cathos ne s'en sortent pas mieux que les musulmans ; ils sont présentés comme des fanatiques inaptes à rester raisonnables, quitte à se retrouver dans les pires des situations.
Et pour les musulmans, on en montre en effet se comportant en salauds intégristes mais il en est d'autres (comme l'animateur de l'émission télé et son public) qui, de toute évidence, sont davantage désireux d'une union sacrée que d'un bain de sang.
On dit ce film manichéen mais c'est juste un jugement hâtif sans doute inspiré par l'atmosphère actuelle qui rend toute critique de l'Islam impossible sous peine d'être traité d'islamophobe. Ajoutez à ça le sentiment anti-USA qui plane sur nos contrées depuis quelque temps et vous comprendrez mieux le ton souvent très critique envers ce film.
À dire vrai, je le trouve pour ma part assez nuancé : nous y trouvons certes des musulmans aveuglés par leur foi mais Doug l'est tout autant, tout chrétien qu'il soit. Nous trouvons aussi des catholiques et des musulmans du Moyen-Orient très bien intentionnés. Le procès qu'on fait parfois au film est plus caricatural que le film lui-même. Voilà en quoi cette chronique me semblait utile et me tenait à cœur.
Mais Infidel ne mérite pas les critiques hypertrophiées que je vois fleurir parfois sur la toile. C'est un film cinématographiquement honnête, scénaristiquement assez passionnant, socialement intéressant et assez respectueux, au final, de chacune des cultures mises en scène.
Je ne lui reprocherais sans doute que deux choses, en ce qui me concerne :
- sa scène d'évasion finale qui a certes l'honnêteté de montrer qu'elle ne se fait ni sans heurts ni sans victimes mais qui semble néanmoins parfois un rien miraculeuse dans son organisation ;
- son argument de vente "inspiré d'une histoire vraie"... parce que, bon... ça nécessiterait une taille de caractère 92 fois plus grandes pour "inspiré" que pour "d'une histoire vraie", quand même ! C'est le même genre de "inspiré d'une histoire vraie" que The Conjuring, quoi, en somme !
- son argument de vente "inspiré d'une histoire vraie"... parce que, bon... ça nécessiterait une taille de caractère 92 fois plus grandes pour "inspiré" que pour "d'une histoire vraie", quand même ! C'est le même genre de "inspiré d'une histoire vraie" que The Conjuring, quoi, en somme !
Mais j'ai passé un bon moment avec ce film. Il est parfois maladroit, parfois pertinent. Ce n'est pas un chef-d'œuvre mais il vaut bien plus que ce qu'en disent nombre de ses détracteurs.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
9.10.21
Par
GriZZly
C’est avec un grand plaisir que nous donnons aujourd’hui la parole à Fabien « Le Fab » Dalmasso, auteur de la série Orépia, parue aux éditions Soleil, dont nous parlions il y a peu.
Ce jeune (hahaha, merci ! ndFab) auteur né en 1980 tâte autant du clavier que de la tablette graphique. Vous avez pu voir son nom sur la couverture d’albums tels que Un pour tous ! La jeunesse des Mousquetaires ou Reflets d’acide.
— Bonjour, Fabien, et merci de nous accorder un peu de ton temps pour répondre à quelques questions. La première pourrait être on ne peut plus basique, on pourrait te demander de nous présenter ce nouvel album. Mais on n’en fera rien, vu qu’on l’a lu et chroniqué… On est donc prêts, d’emblée, à entrer dans le gras. Du coup, Fabien, première question : quelles sont tes influences, au niveau narratif ; d’où te vient cette idée de mélanger high et light fantasy ? Suis-je totalement azimuté de percevoir des pincées de Pratchett et d’Astier dans ton écriture ?
— Eh bien déjà bonjour également, et merci de m’accorder ces quelques pages d’expression libre.
Pour répondre à ta première question, je dois bien t’avouer qu’avant que tu n’en fasses la remarque, je n’avais pas du tout pensé mon scénario en terme de high ou light fantasy. Ce sont d’ailleurs des classifications que j’emploie peu. Alors par contre, oui, évidemment, il y a des influences fantasy dans mon récit, puisque c’est un genre qui a ses codes et dont je suis assez friand. Mais mes inspirations vont plus vers des classiques du jeu vidéo comme World of Warcraft, ou certains cycles plus ou moins connus, comme un certain Seigneur des Anneaux, mais aussi Les Seigneurs des Runes, de David Farland. En terme d’univers, le résultat final est plutôt une conséquence positive de la première version du récit qui ne mettait pas en scène des êtres de fantasy, mais des animaux anthropomorphes. L’évolution vers un bestiaire plus classique m’a permis de m’appuyer sur des éléments connus, d’en introduire d’autres de ma conception, et de mixer le tout au sein d’un univers original. Mais il n’y a pas de vision initiale d’une certaine façon d’agencer les styles de fantasy au service d’un récit. La dynamique des personnages est principalement inspirée de celle que j’avais mis en place sur WaoW, ma série parodique sur World of Warcraft qui a eu son petit succès autour des années 2010.
Pour répondre à ta première question, je dois bien t’avouer qu’avant que tu n’en fasses la remarque, je n’avais pas du tout pensé mon scénario en terme de high ou light fantasy. Ce sont d’ailleurs des classifications que j’emploie peu. Alors par contre, oui, évidemment, il y a des influences fantasy dans mon récit, puisque c’est un genre qui a ses codes et dont je suis assez friand. Mais mes inspirations vont plus vers des classiques du jeu vidéo comme World of Warcraft, ou certains cycles plus ou moins connus, comme un certain Seigneur des Anneaux, mais aussi Les Seigneurs des Runes, de David Farland. En terme d’univers, le résultat final est plutôt une conséquence positive de la première version du récit qui ne mettait pas en scène des êtres de fantasy, mais des animaux anthropomorphes. L’évolution vers un bestiaire plus classique m’a permis de m’appuyer sur des éléments connus, d’en introduire d’autres de ma conception, et de mixer le tout au sein d’un univers original. Mais il n’y a pas de vision initiale d’une certaine façon d’agencer les styles de fantasy au service d’un récit. La dynamique des personnages est principalement inspirée de celle que j’avais mis en place sur WaoW, ma série parodique sur World of Warcraft qui a eu son petit succès autour des années 2010.
Et pour ne pas oublier toute la question : je suis un immense fan de Pratchett (ndGriZZly : tout fan de Pratchett est forcément un type bien qui mérite d'être salué pour son intelligence, son bon goût, son humour et sa faculté à faire la différence entre un nain et une naine du premier coup d'œil malgré la barbe !), donc il est possible qu’une infime partie de son génial talent ait déteint sur ma façon de raconter certaines choses, mais ce n’est pas voulu. Quant à Astier, malgré tout le respect que j’ai pour son talent et son travail, je dois avouer que je suis resté totalement hermétique à son approche de l’humour - à mon grand regret, c’est pas faute d’avoir essayé plusieurs fois -, donc il n’y a rien à chercher de ce côté-là (ndGriZZly : tu es pardonné, nul ne saurait être parfait !).
— Pourquoi avoir choisi de mettre en scène un groupe d’aventuriers hétéroclites dans un monde de fantasy, sachant pertinemment que certains commentateurs ne manqueraient pas d’y voir un manque d’originalité : « Gneugneugneu, encore une histoire d’aventuriers échappés de Donjons & Dragons » ? Qu’y a-t-il, à tes yeux, de si intéressant avec ce schéma pour que l’on y revienne sans cesse ?
— Ce qu’il y a d’intéressant avec ce schéma, c’est qu’il fonctionne, et qu’il permet de faire à peu près n’importe quelle configuration d’histoire à partir de là : frères d’armes, compagnons d’infortune, amis d’enfance, ennemis forcés de collaborer, les choix sont infinis. Et puis bon, quelle histoire ne commence pas par une rencontre ? Ou par un évènement qui va mener à une rencontre (bon, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, ça existe sûrement) ? Mais d’une façon générale, ce sont les interactions des personnages qui donnent de la dynamique au récit, aux dialogues, et c’est encore plus vrai quand on veut y mettre un peu d’humour. Des personnages a priori éloignés, mais qui ont fini par s’apprécier, tout en ayant trop de fierté pour se l’avouer, c’est un mix parfait pour que le lecteur ne s’ennuie pas : ça permet l’humour, l’action, la bravoure, mais aussi l'approfondissement de chaque personnage ; comment il évolue en fonction de son vécu avant de rencontrer la compagnie, et comment il a évolué depuis.
La compagnie d’Adhémar est quelque part entre ces deux moments. Ils se connaissent depuis un bout de temps, mais n’ont pas encore vécu la grande expérience qui va faire d’eux plus que de simples compagnons d’armes forcés.
— Pourquoi avoir choisi de présenter les humains comme une espèce « oppressive », même si c’est un trope fréquemment utilisé ?
![]() |
| La version anthropomorphique abandonnée. |
Bref, quand la version animaux est devenu une version fantasy plus classique, les chiens sont devenus des humains, dont la culture prédomine, pas forcément pour les meilleures raisons, et les autres personnages sont devenus des reflets de l’humanité, de ses erreurs ou de son passé, bref, de tout ce qu’elle ne veut pas reconnaître, par peur de devoir remettre en cause sa place prépondérante dans ce monde de fantasy. On peut bien sûr faire quelques parallèles avec le monde moderne, mais ce n’est pas le but premier du récit.
— Quel serait ton personnage préféré, dans le groupe de héros que tu nous décris dans Orépia ? Et pourquoi ?
— J’ai une affection particulière pour Savaric (« Sav »), le gobelin. C’est un personnage a priori insignifiant, issu d’une espèce qui est à peine mieux considérée que le rat, mais qui s’est extrait de sa condition par goût de la connaissance et volonté de ne pas être victime de son image. Il n’est pas taillé pour l’aventure, et pourtant c’est un membre indispensable de la compagnie. Il est cultivé, loyal et de bon conseil, en plus d’assurer l’intendance et la trésorerie. Il n’hésitera pas non plus à vous larder de coups de couteau si la survie d’un de ses amis en dépend.
— La première chose que mes proches ont dit en voyant la couverture du tome 1 d’Orépia fut : « C’est un Chevalier d’or ? » On ne va pas se mentir : entre le look d’Adhémar et ta vitrine bourrée de figurines de Chevaliers du Zodiaque, on détecte chez toi un certain goût pour cet univers… On est sensiblement de la même génération, alors soyons directs : serions-nous en contact avec un ancien passionné du Club Dorothée ?
— Bien évidemment. Mais pour autant, l’apparence de chevalier d’or d’Adhémar n’est pas volontaire. Certes il est doté d’une classe naturelle, et d’une armure de type paladin, mais le choix du doré revient à Cyril, notre coloriste. Ce n’était pas une demande expresse de ma part. Ça lui a semblé le prolongement naturel de la description « classe » du personnage. Je n’avais pas du tout fait le lien avec les chevaliers d’or jusqu’à ce qu’on m’en fasse la remarque avec les premiers retours du lectorat (ndGriZZly : sérieux ?). Après, oui, en revanche, je suis issu d’une forte culture manga, ça se voit si on regarde les albums que je dessine également. C’est aussi pour ça que je suis très fier de travailler avec JaeHwan, qui est un dessinateur coréen très à l’aise sur ce format, qui a accepté de se plier au format BD dont il a moins l’habitude.
— À ce propos, comment un auteur français voit-il son histoire illustrée par une pointure du manwha (les bandes dessinées coréennes) ? Était-ce une volonté personnelle ou un choix de l’éditeur ?
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| La version définitive, bye bye, les "zanimos". |
Pour résumer, lorsqu’il y a quelques années, j’ai scénarisé WaoW, dont je parlais un peu plus tôt, l’éditeur d’alors m’a permis de travailler avec un autre dessinateur coréen qui a permis à WaoW d’avoir une patte graphique exceptionnelle, qui l’a amené plus loin que la simple parodie. Je suis resté en contact avec René Park, notre traducteur. Lors de tractations plus récentes, il m’a dit qu’il connaissait d’autres dessinateurs coréens, et nous avons commencé à évoquer l’idée d’une collaboration. À ce moment, j’avais déjà fait pas mal de recherches sur Orepia avec mes propres dessins. Mais je n’arrivais pas à lui donner la dimension épique que j’avais en tête. René m’a présenté JaeHwan et son équipe, ils ont fait quelques essais (c’était encore la version avec animaux) et ça a matché tout de suite. On a ensuite monté le projet sans tarder et on l’a envoyé aux éditeurs. Merci à l’équipe de m’avoir fait confiance sur ce projet, je suis convaincu que sans les qualités graphiques de JaeHwan, je ne l’aurais jamais signé seul.
— Tu t’es défini, lors de notre conversation préliminaire, comme un « champion de la catégorie frustrations et déceptions », dans le monde de la BD… Peux-tu nous expliquer un peu ton parcours, du coup… ça m’a intrigué.
— Disons que la vie d’auteur n’est pas de tout repos. Je n’appartiens pas à cette catégorie d’auteurs dont le travail est assorti d’un trait qui touche au sublime. Malgré tous mes efforts, je suis bon sans être excellent (mais j’y travaille constamment). C’est déjà une première frustration, que de toujours me sentir à la traîne sur le niveau général.
Ensuite, c’est vrai que j’ai un peu cumulé les mésaventures dans le milieu, entre les deux petits succès qu’ont été WaoW et Reflets d’Acide. Ça touche à beaucoup de choses, comme des albums repoussés sans raison qui ont fait chuter le lectorat, des éditeurs qui se sont plantés financièrement en embarquant mes droits d’auteurs dans leur faillite et mes séries avec, ou encore des séries à succès pour lesquels aucun éditeur n’a fait l’effort de pousser la comm' pour gagner du lectorat. Il y a aussi cette série sur laquelle j’ai travaillé, sur laquelle on m’a promis cinq tomes et pour laquelle, au final, je n’en ai fait que deux... sur la couverture desquels mon nom n’apparaît même pas.
Un exemple parmi d’autres : sur Un Pour tous, j’avais établi des partenariats avec des vendeurs de matériel d’escrime qui voulaient distribuer la BD dans toutes les compètes d’escrime de France. J’ai fait suivre à l’éditeur, qui ne s’est jamais montré réellement intéressé, malgré les ventes faciles que ça représentait. Idem pour le partenariat avec la Fédération Française d’Escrime, qui s’est mis en place grâce à mes maîtres d’armes d’escrime, lorsqu’on en était au tome 3 et que la série était déjà condamnée commercialement. C’est agaçant de se démener sans avoir de retour.
Mais bon, il y aussi des erreurs de jugement de ma part. J’ai parfois trop ouvert ma gueule, et ça s’est retourné contre moi. Il vaut mieux éviter de s’attirer les foudres de l’éditeur ou celles d’un auteur plus connu. Mais ça, c’est mes conneries, j’ai mal joué, et j’en ai fait les frais.
Entre ça et le covid, j’ai passé deux années de creux pendant lesquelles j’ai pensé arrêter totalement la BD pro, mais il faut croire que je n’en ai pas encore fini avec le sujet.
Aujourd’hui, j’aborde tout ça avec plus de philosophie. Je suis reconnaissant d'être payé pour mon travail, de collaborer avec des personnes que j’apprécie et de pouvoir rencontrer mes lecteurs en dédicaces. J’évite de trop prendre parti car je suis conscient que j’ai encore du chemin à faire et c’était une erreur de jeunesse que de me croire déjà arrivé... alors que la route commençait à peine. J’ai cessé d’attendre l’explosion de mes ventes, et je me concentre sur le plaisir que j’ai à raconter des histoires.
— Aurais-tu un conseil à donner à quiconque rêverait de devenir auteur ? Y a-t-il selon toi un parcours à privilégier, des qualités à avoir à tout prix … ?
— Il n’y a pas de parcours particulier à suivre. On a la chance, en BD, d’être d’abord jugés sur notre dessin et notre capacité à raconter une histoire. Que ça passe par une école ou par du travail personnel, l’important c’est le résultat. Ce qu’il faut, c’est surtout apprendre à s’améliorer par soi-même, repérer ses défauts, travailler ses points faibles, prendre les avis et conseils des plus expérimentés que soi et chercher constamment à pratiquer et à progresser. On atteint régulièrement des plafonds de verre et il faut aller chercher au fond de soi pour les briser. Ça arrive à tous les auteurs régulièrement. Moi, j’en sors juste et je sens déjà se profiler le prochain. C’est une lutte sans fin. Il y a parfois un don, parfois même du génie mais, à la base, il y a surtout du travail. Et de la persévérance. Se faire jeter avec un projet, ça arrive souvent, même aux auteurs chevronnés. Mais ça n’est pas une raison pour se décourager. Il faut y retourner, et y retourner encore (en prenant en compte les axes d’amélioration), jusqu’à ce que ça finisse par passer. Bon, on va pas se mentir, pour certains, ça ne passe jamais et il faut se destiner à autre chose. Et même pour ceux qui passent, ce n’est pas gagné pour autant. La route est longue et les possibilités de chutes nombreuses.
Pour se faire éditer, au sens pratique, c’est surtout le réseau qui joue. Il faut aller à la rencontre des auteurs, des éditeurs, montrer son travail (aux pros ou sur les réseaux sociaux). Aujourd’hui les moyens sont multiples. Chaque rencontre faite un jour peut être un marchepied pour plus tard. Donc, il ne faut pas négliger cet aspect.
— Avant de revenir à des choses plus légères, j’ai cru comprendre que cet album est malheureusement endeuillé, suite à la disparition d’un de ses artisans… Souhaites-tu profiter de ces quelques lignes afin de lui rendre hommage ?
— Oui, comme je l’ai mentionné plus tôt, JaeHwan, à l’instar de nombreux artistes asiatiques, travaille avec des assistants. Son principal assistant, responsable de cet encrage si authentique qui a fait la qualité de l’album, nous a malheureusement quitté en décembre 2020, lorsque l’album en était à ses deux tiers. Il a été très compliqué ensuite de lui trouver un remplaçant car je ne retrouvais pas la qualité de trait initiale. Un œil averti remarquera d’ailleurs quelques fluctuations de style en fin d’album, heureusement lissées par l’excellent travail de couleurs de Cyril. Nous avons fini par atteindre un résultat satisfaisant, bien qu’un peu différent, sur les dernières pages de l’album et la couverture. Merci donc au nouvel assistant qui a pris le relais et assurera le tome 2.
— As-tu des maîtres ou des sources d’inspiration dont tu aimerais nous parler (en bande dessinée ou dans n’importe quel art) ?
— Oulah, la bonne question ! Comme tout le monde, je ne me suis pas construit tout seul et mes références et goûts sont multiples. Je suis à la fois un enfant du franco-belge et du manga et j’ai grandi avec cette dualité qui fait aujourd’hui parfaitement partie de ma façon de raconter ou de dessiner.
Le seul « maître » que je me reconnais au sens strict, car son dessin est inscrit dans l’ADN du mien, c’est Akira Toriyama de Dragon Ball. J’ai toujours admiré l’incroyable pureté de son dessin, qui va à l’essentiel sans jamais faire d’erreur, et sa façon simple de nous raconter une histoire à partir de laquelle on peut sortir plein de sujets sans qu’il ait eu besoin de nous les asséner en pleine poire.
Mais encore une fois, les artistes que j’admire, passés ou présents, et même futurs, car je suis beaucoup de jeunes auteurs, sont très nombreux. Je n’ai qu’une seule certitude : ils sont tous meilleurs que moi et je n’ai pas fini de leur courir après pour ne pas me laisser distancer.
— Les éditions Soleil, c’est la maison-mère de Lanfeust. C’est de la BD avec une couverture cartonnée, du papier glacé et des couleurs riches. Qu’est-ce que ça fait de tenir en mains un de ces beaux objets et de lire son nom sur la couverture ?
— C’est une fierté, bien sûr. Même si aujourd’hui Soleil est détenu par Delcourt, ça reste l’éditeur de toutes mes BD's de référence, du temps de mon adolescence. J’ai dévoré les productions Soleil, surtout entre 15 et 25 ans (1995 à 2005, grosso modo) et leur vision de la fantasy m’avait totalement embarqué. Il y avait Lanfeust, bien sûr, mais aussi Zorn & Dirna qui est une série qui m’a complètement scotché à l’époque, tant graphiquement que scénaristiquement. (ndGriZZly : Zorn & Dirna est un de mes monuments bédéistiques à moi aussi et je me permets de conseiller à nos lecteurs de se jeter sur l'histoire de ces deux frères et sœurs, seuls vecteurs de mort définitive dans un univers de fantasy que la mort a déserté... c'est très beau et ça fourmille d'idées géniales !).
Alors oui, voir mon bouquin estampillé du logo Soleil, ça me donne une sensation de fierté, d’accomplissement. Pour autant, encore une fois, je ne m’estime pas du tout au niveau des très grands auteurs qui ont fait les grandes heures de cette maison. Le syndrome de l’imposteur n’est jamais très loin.
— Et du coup, que penses-tu des bandes dessinées au format numérique ?
— Personnellement, ma préférence va au papier, c’est comme ça que je me sens le plus à l’aise pour lire. Mais je n’ai rien contre les autres formats. Pour aller au bout du principe, je suis assez fan du concept vertical des webtoon optimisés pour la lecture sur smartphone. Je m’y suis frotté un peu et c’est une toute nouvelle façon d’envisager la narration. C’est très stimulant. Mais bon, à 40 ans presque passés, il semble que je suis plus attaché au papier et que je décroche plus facilement quand je tente de lire au format numérique. C’est peut-être générationnel ou juste moi qui commence à devenir "trop vieux" pour suivre les nouvelles tendances. Comme tous les médias, la BD va évoluer, mais ce n’est pas pour autant que sa forme traditionnelle est condamnée. Il en faut pour tous, et c’est très bien comme ça.
— Les bandes dessinées sont innombrables dans les rayons des librairies et, parfois, l’on s’y perdrait. Quels seraient selon toi les incontournables du genre que l’on se doit d’avoir lus (toutes origines et époques confondues) ?
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| AKIRA de Katsuhiro Otomo... un incontournable ! |
Côté manga, mon incontournable, c’est Akira. C’est une œuvre magistrale, tant par le dessin que le scénario, et qui n’a pas vieilli. Pour beaucoup, dont moi, c’est le premier contact avec le manga "papier" dans les années 90, mais c’est aussi le plus abordable pour son format pas si éloigné de la BD traditionnelle de chez nous. Mes autres titres de référence en manga sont Dragon Ball, Gunnm, Kenshin le vagabond, Full Metal Alchemist, Dragon Quest, Saint Seiya et Bastard (dont je ne verrai jamais la fin, snif). Plus récemment, Naruto, One Punch Man ou encore My Hero Academia sont des titres que j’apprécie tout particulièrement.
Côté BD, c’est varié. L’incontournable français reste Astérix, tant pour la qualité du trait d’Uderzo que la finesse des scénarios de Goscinny. C’est un monument intelligent, accessible et diablement bien ancré dans l’analyse de la société française. Il suffit de voir comment on se prend la tête en ce moment pour se rendre compte que les querelles de village gaulois ne sont pas inspirées de nulle part.
Mon autre classique absolu, c’est Les 7 vies de l’Epervier. C’est pour moi un chef-d’œuvre, qui mêle avec brio histoire de France, drame historique, récit de cape et d’épée et une touche de fantastique, le tout servi par un dessin brillant qui ne fait que s’améliorer. Je l’ai découverte quand j’avais 15 ans au CDI de mon lycée, et je la relis régulièrement.
Au niveau des titres phares : Lanfeust, Rapaces, Skydoll, Sillage, Krän le barbare, mais il y en a tant d’autres. Ces dernières années, ma principale claque en BD, fut Charly 9. Ce récit historique mis en scène de façon hyper audacieuse m’a vraiment captivé.
Je suis aussi lecteur de comics, mais ce sont surtout des anthologies de super-héros, Star Wars, etc… et je ne suis pas assez calé pour citer des auteurs en particulier.
— Toi qui aimes l’humour dans la bande dessinée, quel est, selon toi, l’album de BD le plus drôle que tu aies lu ?
— Alors, j’ai deux exemples : un en BD et un en manga. Et les deux n’ont rien à voir.
En BD, c’est Les Bidochon. Le trait de Binet, sa mise en scène de ces antihéros et encore une fois la critique sous-jacente d’une certaine idée de la beaufitude attachante, ça m’a toujours fait mourir de rire, parce qu’on se reconnaît dedans, quel que soit notre propre niveau de culture.
En manga, c’est Love Hina, dont les situations me faisaient me bidonner jusque dans les rayons des librairies. Potentiellement parce que j’étais moi-même un ado assez mal à l’aise avec la gent féminine en ce temps-là, et que les situations que rencontre le héros me faisaient m’identifier à lui facilement.
En BD, c’est Les Bidochon. Le trait de Binet, sa mise en scène de ces antihéros et encore une fois la critique sous-jacente d’une certaine idée de la beaufitude attachante, ça m’a toujours fait mourir de rire, parce qu’on se reconnaît dedans, quel que soit notre propre niveau de culture.
En manga, c’est Love Hina, dont les situations me faisaient me bidonner jusque dans les rayons des librairies. Potentiellement parce que j’étais moi-même un ado assez mal à l’aise avec la gent féminine en ce temps-là, et que les situations que rencontre le héros me faisaient m’identifier à lui facilement.
— Pour ceux qu’Orépia aurait convaincus, peut-on savoir si tu as prévu d’en faire une série sur le long terme ? As-tu déjà un nouveau projet en cours chez Soleil ou ailleurs ?
— Pour l’instant, on est parti sur 2 tomes, qui permettent de développer ce que j’ai à raconter. Si le public suit, j’ai l’idée d’un tome 3 qui pourrait apporter un chapitre supplémentaire et complémentaire au récit. Après ça, l’univers laisse des ouvertures nombreuses et la possibilité de multiples destins à aborder. Mais ça, on verra si les lecteurs en ont envie et si je trouve quelque chose de valable à raconter. Je préfère arrêter ma série quand j’ai dit ce que j’avais à dire, plutôt que de l’étirer sans fin (... l’honnêteté - et le peu de chances que ça arrive - me pousse à dire qu’en cas de gros succès, les perspectives financières me motiveront d’autant plus à trouver des idées... parce que bon, il faut avouer, comme tout le monde, j’aime bien gagner de l’argent !).
Pour être plus sérieux, je veux déjà que les lecteurs, qu’ils soient nombreux ou pas, prennent plaisir à lire ces deux tomes. Je n’ai aucune emprise sur ce qui adviendra par la suite, en bien ou en mal (ndGriZZly : lisez le tome 1, les gars : c'est très frais et ça donne envie de connaître la suite ; ce qui sera possible si vous le lisez !).
Côté projet, j’ai signé une série pour grands ados chez Glénat, que je dessine et scénarise et dont le tome 1 est prévu pour juin 2022. Je travaille aussi, en fond, sur un projet manga... mais il faut encore que je bosse pour atteindre le résultat escompté.
Quant à Orepia 2, il est déjà en chantier et sortira vraisemblablement en septembre 2022, un an après le premier tome. Toujours chez Soleil, j’ai aussi scénarisé Nëkro (basiquement, c’est Tanguy chez les nécromants) qui sortira en deux tomes l’an prochain, avec le très talentueux Piotr Meneguzzo au dessin.
— Rêvons un peu : parmi les très nombreuses licences déjà existantes dans le monde des comics, des mangas et de la bande dessinée, à laquelle rêverais-tu de pouvoir un jour prêter ta plume, et pourquoi ?
— Dragon Ball, parce que le kiff absolu ! Il y a pas mal d’adaptations vers la BD de titres japonais connus en ce moment. J’adorerais pouvoir proposer une histoire dans ce monde-là, en explorant un peu des perspectives avec mon méchant préféré (ndGriZZly : je sais qui c'est mais je ne le dirai pas, nananèreuh !). Mais bon, on est dans le domaine de l’utopie, à ce stade. Si ça se fait, je pense qu’il y aura d’autres auteurs bien plus talentueux que moi prêts à relever ce challenge haut la main. Il n’y a qu’à voir ce qui a été fait sur Albator et Goldorak (coucou les copains), c’est sublime (ndGriZZly : Fabien parle du Capitaine Albator par Jérome Alquié qui est effectivement hautement recommandable et du futur Goldorak par Xavier Dorison et Denis Bajram, déjà chroniqué en avant-première sur UMAC).
— Merci, Fabien, pour ta disponibilité. La tradition veut que l’on termine tous nos entretiens par une question rituelle… alors, la voici : « Si tu pouvais avoir un super-pouvoir, lequel serait-ce et pourquoi ? »
— Fut un temps où j’aurais donné des réponses assez basiques mais je crois qu’actuellement, ce dont j’aurais besoin, c’est d’un pouvoir de distorsion du temps. Entre le dessin, mon job de prof de SVT (eh ouais ! -ndGriZZly : nul n'est parfait, te répond le prof de français) et ma famille que je ne tiens pas à délaisser, j’aurais bien besoin de pouvoir rajouter quelques heures de travail et de sommeil à chaque journée.
Merci à vous pour cette très chouette série de questions et, pour ceux que ça intéresse, n’hésitez pas à m’interpeler via mes pages Facebook, Instagram ou ma chaîne Youtube. J’essaie toujours autant que possible de répondre à tout le monde (ndGriZZly : je confirme, cet entretien en est la preuve !).
À bientôt !
À bientôt !
Publié le
8.10.21
Par
GriZZly
Batman est devenu une figure emblématique mondialement connue et reconnue.
Quoi de plus logique, par conséquent, qu'une anthologie dessinée et écrite par des artistes de divers pays ?
Ah, je l'aime, ce Batman. On ne peut me soupçonner du contraire : c'est de loin mon héros de comics préféré, peu importe si ça fait de moi, aux yeux de certains, une sorte de vache à lait. J'ai accepté maintes choses de sa part. Je l'ai accepté dans mille versions de lui-même, allant de la charismatique figure du héros parangon de justice à la plus pathétique et ridicule autoparodie honteuse...
Mais cette petite anthologie reprenant des récits de douze pages en provenance de quatorze pays m'a fait vivre son pesant de mauvais moments pour à peu près autant de jolies trouvailles.
Je pourrais m'étendre sur la logique mercantile et opportuniste du produit qui est évidente mais je m'en contrefous et d'autres le font ou le feront mieux que moi : peu importe ce qui motive l'apparition d'un Batman sur mes étagères, si le cru est bon, je me contrefiche de savoir ce qui en a stimulé la création.
Je pourrais me limiter à un résumé de chacune de ces petites histoires et me laver les mains de leur qualité. Mais non, je ne suis pas assez gentil et bienveillant pour cela.
Je vais donc, pour une fois, être foutrement subjectif. Salement et bassement égoïste. Et je vais dire ce que je pense de chaque chapitre de ce recueil, sans fioritures. Ce ne sera pas toujours long parce qu'il n'y a aucune joie à faire ce que je vais faire ni aucune gloire à taper à coup de pelle sur une idole momentanément essoufflée.
Je risque par contre de m'attarder un peu sur les quelques moments de grâce que l'on y trouve, parce que quand on vient de boire une pleine tasse de substance putride récoltée au fond des marais, on prend plaisir à boire un verre d'eau limpide.
1) « VILLE GLOBALE » PAR BRIAN AZZARELLO ET LEE BERMEJO (USA)
Ce n'est pas une histoire, c'est un monologue de Batman où il menace en voix off toute personne qui voudrait s'en prendre à sa ville... Scénaristiquement, c'est aussi intéressant que la déclaration d'amour d'un chiroptère à la grange délabrée où il pionce tous les jours.
Ça joue sur le côté badass menaçant de Batman comme déjà fait mille fois auparavant et c'est donc d'une originalité tutoyant celle d'un jour de pluie sur la côte belge. Merci bien, Azzarello.
Si on n'a pas l'habitude de ces soliloques de Batou, on peut sans doute se laisser emporter mais une anthologie est rarement conçue pour des non initiés.
Au niveau du dessin, par contre, on a du splendide Bermejo avec son trait réaliste et ses couleurs chaudes et crasseuses. Les couleurs n'y sont que textures, lumières et ombres, c'est magnifique.
C'est donc beau mais creux. Visuellement satisfaisant mais malheureusement plutôt chiant.
2) « PARIS » PAR MATHIEU GABELLA ET THIERRY MARTIN (FRANCE)
Martin dessine comme un gamin de 1960 et l'histoire de Gabella est d'un niaiserie confondante.
Je ne pige pas. C'est Batman, les mecs, sortez-vous les doigts du fondement !
On vous donne l'opportunité de faire intervenir Batman à Paris et vous nous pondez un jeu du chat et de la (chauve-)souris entre Bat et Cat dans les couloir du Louvres pour finir sur un pseudo rebondissement sorti d'à peu près nulle part ?
Mais merde ! Vous aviez les gargouilles de Notre-Dame et vous faites juste se chamailler Batman et Catwoman comme deux ados débiles dans un musée restitué par la main d'un gosse paresseux ?
Quand Aleksi Briclot et Alex Nicolavitch décrochent l'opportunité d'amener Spawn à Paris, ils accouchent du génial Spawn : Simonie. Et vous... vous nous faites un truc qu'un fanzine refuserait sous peine de perdre son public ! Je ne suis pas déçu, je suis en colère face à cette injustice, ce gâchis. Et je me mets sur les rangs pour représenter la Belgique la prochaine fois : je ne suis ni dessinateur pro ni écrivain mais je m'en tirerai bien mieux (et je ne suis pourtant même pas prétentieux non plus !).
3) « FERMÉ POUR LES VACANCES » PAR PACO ROCA (ESPAGNE)
L'Espagne est une destination populaire pour y passer ses vacances. Mais comme Bruce Wayne est un héros, il parviendra à surmonter les envies de farniente pour endosser la cape.
Voilà.
Ben quoi ?
Oui, c'est le propos de ces douze pages.
Ah ben, ils savent se vendre, les Espagnols, hein ! La vache !
Oui, c'est le propos de ces douze pages.
Ah ben, ils savent se vendre, les Espagnols, hein ! La vache !
La moitié des planches à admirer Wayne se brossant les dents, matant la télé ou s'offrant un verre dans des cases uniformément carrées et dépourvues de phylactères, c'est carrément bandant !
Oubliez ce que j'ai dit sur le duo français : Roca nous prouve ici que les deux compères, avec leur visite du Louvres, ont quand même offert le minimum syndical. Non, je rigole, c'était nul... Mais j'ai, du coup, un peu de mal à qualifier cette historiette de Bruce en vacances parce que je ne connais pas de qualificatif plus péjoratif que "nul"... je rigole, j'en connais une trouzaine mais je vais tâcher de rester poli.
On passe au récit suivant ? Parce que celui-ci me donne envie d'empaler un toréador sur une corne de minotaure...
4) « JANUS » PAR ALLESSANDRO BILOTTA, NICOLA MARI ET GIOVANNA NIRO (ITALIE)
Ce n'est pas bon non plus mais ça tente un truc : Batman affronte un super-vilain, Janus, qui porte un masque avec un visage devant et un autre derrière. La face avant parle du futur et l'arrière du passé. C'est peu de chose mais le concept est sympa.
Malheureusement, le récit se déroule en chronologie inversée et, au lieu de nous surprendre en nous révélant à la dernière case un élément éclairant tout du futur que nous avons déjà lu, on ne peut que constater que... ben... ouais... l'histoire est dans le désordre, quoi, en somme. Et ? Ça n'apporte rien.
C'est de l'esbrouffe.
C'est de l'esbrouffe.
Triste constat pour une BD qui a pour elle quelques idées et un dessin honnête.
Maintenant que j'y pense, l'Italie est aussi un lieu de villégiature, non ? Pourquoi ne voit-on pas Bruce s'y gratter les boules devant un épisode de Gomorra en buvant un petit Chianti, alors ? C'est con, ils sont passés à côté d'une bonne idée, là, non ?
Maintenant que j'y pense, l'Italie est aussi un lieu de villégiature, non ? Pourquoi ne voit-on pas Bruce s'y gratter les boules devant un épisode de Gomorra en buvant un petit Chianti, alors ? C'est con, ils sont passés à côté d'une bonne idée, là, non ?
5) « DES LENDEMAINS QUI CHANTENT » PAR BENJAMIN VON ECKARTSBERG ET THOMAS VON KUMMANT (ALLEMAGNE)
Là, on voit un peu d'intérêt à l'exercice !
C'est du vrai Batman dans un contexte inédit et ça raconte une histoire que n'aurait sans doute racontée aucun scénariste ricain, avec un dessin sympa et original pour l'univers de Batman. Voilà, c'était compliqué ?
Rien à voir mais... visitez Prague. C'est une ville magnifique, croyez-moi.
Le Joker en écoterroriste de l'extrême, Batman se faisant dépasser par la perfidie de l'âme humaine et l'extrémisme de certains engagements politiques.
Oui, là, oui : il y a un propos, un dépaysement, mais en gardant certains thèmes propres aux aventures de notre Caped Crusader, comme la corruption.
Voilà une lecture sympa.
Ce Batman made in Germany, je veux bien en lire un album complet : il m'intéresse.
Vous voyez, c'est possible, je ne suis pas si difficile que ça : un dessin honorable et une histoire qui raconte quelque chose, c'est tout ce que je demande. Et ça semble déjà inaccessible à un paquet d'auteurs, bizarrement !
Oui, là, oui : il y a un propos, un dépaysement, mais en gardant certains thèmes propres aux aventures de notre Caped Crusader, comme la corruption.
Voilà une lecture sympa.
Ce Batman made in Germany, je veux bien en lire un album complet : il m'intéresse.
Vous voyez, c'est possible, je ne suis pas si difficile que ça : un dessin honorable et une histoire qui raconte quelque chose, c'est tout ce que je demande. Et ça semble déjà inaccessible à un paquet d'auteurs, bizarrement !
6) « LA MESSE ROUGE » PAR STEPAN KOPRIVA ET MICHAL SUCHANEK (RÉPUBLIQUE TCHÈQUE)
Sur ce, on a ici un autre récit sympa de ce recueil mais malheureusement, il l'est presque trop : une intrigue politique, ça a du mal à tenir en douze pages en gardant un certain rythme et de la place pour l'action.
Ça plante bien le décor... ce serait à mon sens un super pitch pour un projet plus ample. Je serais carrément preneur.
Mais en l'état, c'est précipité.
Mais en l'état, c'est précipité.
L'histoire ne colle pas au format et c'est bien dommage parce que cette idée de criminel télépathe dont le Parti Communiste veut amplifier le pouvoir de suggestion pour en faire une arme permettant de prendre le contrôle de l'Europe de l'Est dans les années 80, c'est carrément culotté et intéressant. Mais c'est trop court et du coup assez peu crédible.
Voilà une autre équipe dont je lirais volontiers par contre un album entier consacré à l'ami Bats.
7) « MON BAT-MAN » PAR KIRILL KUTUZOV, EGOR PRUTOV ET NATALIA ZAIDOVA (RUSSIE)
Voilà. Sans conteste la meilleure histoire de tout le volume et ce n'est presque pas une histoire de Batman.
Un petit garçon reçoit, de la main de son papy, un stylo Batman. Ce stylo orné d'une figurine va nourrir son imagination et celle de ses camarades au point qu'il deviendra dessinateur et représentera dans les journaux russes ledit personnage qu'il imagine juste en "héros qui sauve les gens".
L'image de son héros sera parfois écornée par la propagande soviétique mais, à chaque fois, le dessinateur reviendra à sa conviction première : Batman, c'est le parangon de la justice, il se bat pour les opprimés contre les tyrans.
En douze pages, ça nous raconte à quel point un héros imaginaire peut être porteur d'espoir et ça amène une réflexion sur l'immortalité de nos modèles puisque, le récit se permettant d'osciller entre réalité et imaginaire, le dessinateur rencontrera Batman sur ses vieux jours. Pour de vrai ! Mais Batman n'aura pas vieilli.
C'est terriblement bien dessiné, c'est touchant, c'est poétique et ça transcende l'univers de Batman en l'universalisant... J'ai apprécié l'idée et son traitement de bout en bout. Vous voyez que c'est faisable !
8) « LE BERCEAU » PAR ERTAN ERGIL ET ETHEM ONUR BILGIC (TURQUIE)
À la suite d'une sorte de jeu de piste taillé sur mesure pour le meilleur détective du monde, il découvre que tout cela était destiné à lui faire perdre du temps...
Le récit pose ici une machination visant à éloigner Batman de Gotham. Cela colle tellement bien avec la personnalité des ennemis récurrents de Batman fomentant ce plan que l'histoire trouverait presque mieux sa place comme épisode filler de la série régulière.
Vraiment pas mal.
Mais convenu. Très convenu.
Au regard des autres récits courts de cette anthologie, celle-ci fait bonne figure surtout grâce à la révélation finale mais reste néanmoins assez oubliable.
Je garderai quand même en mémoire la complicité que l'on perçoit dans les dialogues entre les membres de la Bat family. Agréable.
9) « DÉFENSEUR DE LA VILLE » PAR TOMASZ KOLODZIEJCZAK, PIOTR KOWALSKI ET BRAD SIMPSON (POLOGNE)
À Varsovie (Warsaw, en anglais... "scie de guerre"... je me demande à quoi une telle arme pourrait bien ressembler), Bruce Wayne tente de négocier le rachat d'une entreprise.
La gestionnaire refuse de voir Gotham s'immiscer dans sa ville, elle est sûre que ça va amener corruption et violences chez elle. S'ensuit une scène où elle se fait agresser et où Batman la sauve. Elle réalise que Gotham a ses bons côté et hop, Wayne acquiert la société.
Sans blague.
C'est juste ça.
C'est benêt, hein oui ? Oui mais c'est tout ce que vous aurez, il faudra vous en contenter !
C'est juste ça.
C'est benêt, hein oui ? Oui mais c'est tout ce que vous aurez, il faudra vous en contenter !
Le dessin est relativement banal, la mise en couleurs est datée...
J'ai du mal à en dire plus mais l'histoire elle-même ne disant pas grand-chose...
10) « FUNÉRAILLES » PAR ALBERTO CHIMAL ET RULO VALDÉS (MEXIQUE)
Une autre bonne histoire que celle de ce Bruce Wayne apercevant, depuis sa limousine, une femme en détresse dans la foule de Mexico. En se mettant à sa recherche dans la peau de son alter ego, il retrouvera le corps d'une femme assassinée et sera mis en contact avec la atormentada, le fantôme d'une femme agressée qui demande réparation pour les femmes victimes de violence.
Tant dans son traitement graphique très séduisant que dans sa poésie latente ou dans son fantastique bien amené, cette histoire est séduisante. Et elle se satisfait plutôt bien de son format de douze pages. La moindre case compte et est signifiante (alors que, comble des combles parmi les gens qui comblent, certaines autres histoires comme le récit français usent parfois de cases de remplissage pour quelque chose d'aussi court).
L'atmosphère est très soignée, aussi.
La pluie, la boue, la foule, les néons... tout ici est réaliste et sublime le récit.
La pluie, la boue, la foule, les néons... tout ici est réaliste et sublime le récit.
11) « OÙ SONT PASSÉS LES HÉROS ? » PAR CARLOS ESTEFAN, PEDRO MAURO ET FABI MARQUES (BRÉSIL)
Batman au Brésil combat la corruption, la pauvreté, le populisme... c'est et ça a toujours été son rôle. Ici, les auteurs déplacent juste le Caped Crusader dans un environnement réel bien trop proche de Gotham dans ses thématiques principales et le laissent faire ce qu'il fait le mieux.
Invoquer un héros dans leurs rues devient vite un prétexte pour évoquer ceux qu'ils considèrent comme étant les vrais héros du quotidien au nombre desquels mes collègues professeurs brésiliens, ceux qui permettent aux enfants d'aujourd'hui de devenir les héros de demain, ceux qui sauveront peut-être de ses vices un Brésil que les auteurs diagnostiquent comme étant très mal en point.
À mi-chemin entre le récit et le témoignage, l'on a ici l'histoire qui est sans doute la plus engagée et la plus utile. Pas la meilleure, non... mais il est bon qu'elle existe.
À mi-chemin entre le récit et le témoignage, l'on a ici l'histoire qui est sans doute la plus engagée et la plus utile. Pas la meilleure, non... mais il est bon qu'elle existe.
Graphiquement, elle semble sortir des années 90 mais c'est un style qui peut plaire.
12) « MUNINN » PAR INPYO JEON, PARK JAEKWANG ET JUNGGI KIM (CORÉE DU SUD)
Une vraie histoire de Batman. Avec un début, un milieu et une fin et un petit retournement final... Plutôt sympa. Mais la Corée, ici, n'est présente que sous son aspect technologique.
Les auteurs (dont le très bon dessinateur Junggi Kim) nous narrent les déboires de Batman avec une nouvelle armure très hautement technologique.
L'histoire contient une trahison, une vraie intrigue, un ennemi relativement intéressant et une révélation... c'est pas mal, en douze pages !
L'histoire contient une trahison, une vraie intrigue, un ennemi relativement intéressant et une révélation... c'est pas mal, en douze pages !
Mon regret est surtout ce manque de présence de la Corée en tant que territoire... Mais c'est un moindre mal, ce me semble, au vu d'autres historiettes que l'on a croisées ici.
Dernière remarque : je trouve certains passage un rien ridicules par leur démesure ou leurs onomatopées à l'ancienne. Au final, un "mouais" relativement convaincu.
13) « BATMAN ET PANDA GIRL » PAR XIAODONG XU, ZIAOTONG LU, KUN QIU ET NAN YI (CHINE)
Pfouah, ce malaise ! Je n'ai rien d'un SJW mais cette histoire doit être considérée comme vachement "problématique" par nos amis à cheveux mauves ! Et pour une fois, j'aurais du mal à leur donner tort.
Le positif : l'armure chinoise de Batman est plutôt classe et le dessin est soigné...
Le négatif : presque tout le reste. Bruce Wayne va manger de la fondue épicée en Chine sur les conseils d'Alfred. Au restaurant, une jeune serveuse chinoise (et donc fortiche en arts martiaux virevoltants, évidemment) va reconnaître en lui un fan de Batman qu'elle adore elle aussi. Comment ? Ben, parce que Bruce a posé son masque de Batman sur la table, tiens ! Oui, oui je sais ! Mais ce n'est pas tout. La fondue était super bonne mais la méchante filiale chinoise de Wayne Enterprises qui a des allures mafieuses veut racheter toute la rue du petit resto pour l'occidentaliser de force. Pardon ? Bruce est tout chafouin. Du coup, au lieu de juste passer un coup de fil au siège et de pousser une gueulante, il enfile une tenue de Batman made in China et va péter la gueule de ses employés bridés... vaguement aidé en cela par la gosse qui se déguise en une pâle copie de Robin en se faisant appeler... Panda Girl ! Je crois que même l'imitation du Chinois par Michel Lebb passe mieux, à notre époque.
Oh ! Et la police de caractère est toute bizarre, aussi... Pas la même que celle du reste du bouquin. On dirait une traduction faite par un amateur pour un vieux site de téléchargement illégal.
Oh ! Et la police de caractère est toute bizarre, aussi... Pas la même que celle du reste du bouquin. On dirait une traduction faite par un amateur pour un vieux site de téléchargement illégal.
14) « LA VALEUR D’UN HÉROS » PAR YUICHI OKADAYA (JAPON)
L'idée initiale est intéressante : un journaliste obsédé par le combat de Batman (un Batman au character design sympa, assez proche du samouraï) pour la justice n'a de cesse d'illustrer, à l'aide de gravures, des articles à sa gloire dans un journal local.
Malheureusement, cela éveille l'animosité des autorités. En effet, la police cherche à arrêter la diffusion de ces bien trop populaires dessins de celui qui n'est qu'un justicier dont l'action reste illégale.
Cette idée de mettre en avant la censure, le manque de liberté d'expression est intéressante mais, malheureusement, la fin est d'une mollesse absolue malgré une rencontre entre Batman et ledit dessinateur... On y a droit à un discours de l'artiste affirmant à Batman qu'il continuera à le dessiner malgré le danger car son combat l'inspire. Ouah !
Le dessin en noir et blanc est terriblement manga et c'est un bon point... dommage que cette fin soit si décevante.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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