Alfred Hitchcock 1 - L'Homme de Londres
Publié le
6.11.19
Par
Vance
Voir Noël Simsolo écrire sur la vie d'Alfred Hitchcock n'a rien de surprenant : ce n'est pas la première fois que ce touche-à-tout cinéphile s'exprime sur la carrière ou l'œuvre du Maître du suspense. En revanche, rédiger ainsi sa biographie par le biais d'une bande dessinée est déjà plus singulier, même s'il n'en est pas à son coup d'essai (il a déjà usé du même procédé pour Sergio Leone et Sacha Guitry, plus récemment). Un exercice dans lequel il est passé maître, donc, et qui a pour but d'initier le profane ou le cinéphile amateur.
Pour ce faire, l'auteur délaisse ses techniques d'écrivain de polar pour une stratégie éprouvée : Hitchcock lui-même va raconter sa vie, sa carrière en profitant d'un dîner de fin de tournage à Monaco. Et lorsqu'il hésite à donner son point de vue, Simsolo l'y pousse par le biais de reporters de circonstances (en l’occurrence Cary Grant et Grace Kelly - jusqu'à ce qu'elle aille se coucher et laisse les deux hommes terminer leur entretien dûment arrosé). Ainsi, "Hitch" (comme il aimait qu'on le surnomme) se livre plus facilement et dispense bon nombre d'anecdotes, parfois croustillantes, confirmant ou nuançant les rumeurs dont on lui fait part.
Le premier tome, publié chez Glénat le 30 octobre 2019, se concentre sur la première partie de sa vie, par forcément la plus connue des amateurs de cinéma, mais celle qui fit de lui un metteur en scène au style unique, maître de son art et suffisamment bankable pour pouvoir travailler aux États-Unis où il acquerra non seulement ses lettres de noblesse mais le titre de "Maître de la peur". Hitchcock se présente ainsi comme un original dès sa naissance : catholique anglais, il est de facto un personnage atypique dans la société britannique. Un père très strict, une mère aimante mais omniprésente lui donnent les inflexions et la structure d'une vie future marquée par des principes inamovibles, une confiance en soi totale - du moins pour son art -, une fidélité solide (malgré les très nombreuses tentations disponibles sur les plateaux de tournage) et une ambition raisonnable. Doué, talentueux, méticuleux, Alfred Hitchcock est avant tout un travailleur acharné, passionné par ce qu'il fait. Lors de ses premiers stages au cinéma (en tant que graphiste), il est présent dans tous les secteurs de l'industrie du film, afin de se familiariser très tôt avec le processus créatif. Du coup, lorsque vient le moment de prendre le taureau par les cornes, il sait qu'il maîtrise suffisamment l'art de la mise en scène pour sauter sur la première occasion qu'on lui présente. Certes, les producteurs anglais lui mettront souvent des bâtons dans les roues, mais Hitch saura faire front, confiant dans sa technique et ses idées tout en faisant évoluer ses connaissances en se rendant autant que possible au cinéma, mais surtout au théâtre. Admirateur des expressionnistes allemands dont il reprend certaines techniques, il se voit confier régulièrement des adaptations de pièces pas toujours intéressantes - mais l'occasion faisant le larron, cela lui permet une certaine liberté qui lui fera expérimenter nombre d'astuces filmiques, allant jusqu'à s'auto-citer très tôt, construisant précocement une véritable filmographie d'auteur.
La grande majorité de ses films de la période anglaise est ainsi abordée, souvent par le truchement de quelques anecdotes ou témoignages. Il s'est ainsi mis très tôt à apparaître dans ses propres films, au grand dam des figurants dont il piquait le job. Il était capable d'être extrêmement sévère avec ses acteurs, qu'il estimait secondaires dans le déroulement du film (bien qu'il ait eu énormément de respect pour certains, dont l'acteur fétiche de Fritz Lang, Peter Lorre, qu'il parviendra à engager pour la première version de L'Homme qui en savait trop). Gourmand davantage que gourmet, il partageait nombre de manies avec son contemporain Winston Churchill (dont le cigare éternellement allumé) et s’accommodait

Cela dit, la grande majorité des petites histoires publiées dans ces planches étaient déjà disponibles dans les grands livres traitant du cinéma ou de la personne d'Alfred Hitchcock, et notamment l'indispensable Hitchcock/Truffaut qui permet très souvent d'offrir un parallèle intéressant

L'aspect graphique enfin n'est pas le point fort de l'album, même s'il faut reconnaître au dessinateur Dominique Hé la recherche constante d'un minimum de ressemblance, au moins pour les grandes figures historiques ; il s'est notamment investi dans les différentes silhouettes de Hitch, s'inspirant notamment de celle qui illustrait la série de courts-métrages Alfred Hitchcock présente. Sinon, la mise en page et le découpage demeurent très classiques, avec des cases très petites, aux décors sobres et à l'encrage discret ; on remarquera qu'avec cette réalisation, les enchaînements manquent de dynamique - ce qui d'ailleurs n'était pas le but de l'ouvrage. Il ne faut pas s'attendre à du palpitant, du trépidant, plutôt à une succession de scénettes illustrant des moments-clefs de la vie d'un des plus grands cinéastes du XXème siècle.
Une expérience à poursuivre avec la seconde partie, à paraître.
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