Batman / Spawn
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La malédiction des crossovers continue de frapper avec Batman/Spawn.

Fin 2023, Urban Comics publie un ouvrage, intitulé Batman Spawn, revenant sur deux récits sortis en 1994 et faisant se rencontrer le Dark Knight et un encore tout jeune Spawn, puisque créé deux ans plus tôt. Nous allons passer très rapidement sur le premier opus, War Devil, qui est scénarisé par Doug Moench, Chuck Dixon et Alan Grant. S'y mettre à trois pour pondre un tel récit insipide, il fallait oser. En gros, tout part de l'assassinat six ans plus tôt d'un entrepreneur louche sur lequel Batman enquêtait. Son retour subit va obliger les deux encapés de service à collaborer, après bien entendu s'être foutu copieusement sur la gueule. Graphiquement, c'est encore pire, avec des dessins (et surtout un encrage grossier, cf. cet exemple) de Klaus Janson. 48 planches médiocres pour délayer une rencontre aussi terne que l'ennemi qu'affrontent les deux héros. À croire que, lorsque l'on fait rencontrer deux têtes d'affiche issues d'univers différents, le but est d'obtenir le scénario le plus nul possible (cf. Superman & Batman vs Aliens & Predator ou encore Judge Dredd vs Aliens). 

On passe ensuite à l'épisode de 52 planches, bien plus réussi, écrit par Frank Miller (cf. notre dossier consacré à l'auteur) et dessiné par Todd McFarlane (Amazing Spider-Man, Batman : Year Two, Hulk). 
Bon, quand on dit "réussi", ça reste relativement moyen au niveau de l'écriture, mais on partait de tellement loin avec l'histoire précédente que celle-ci fait l'effet d'une glace à la vanille après un burger cramé. 
Cette fois, Batman et Spawn (qui vont bien s'esquinter bien sûr, ce serait dommage de réfléchir avant de cogner) vont être confrontés à une curieuse humaniste qui a pour but de massacrer le plus de gens possibles, tout cela à l'aide de sans-abris recyclés en cyborgs.




Graphiquement, c'est fort joli et l'on ne peut qu'être soulagé par l'arrivée de McFarlane. Le dessinateur enchaîne les poses musculeuses et félines dont il est le spécialiste ; on a droit à un défilé de trognes bien atypiques ; et la colorisation, largement plus subtile que celle de l'épisode précédent, supporte bien mieux le côté criard du papier glacé. 
Pour ce qui du travail de Miller, même si le scénario n'atteint pas des sommets, l'auteur parvient tout de même à esquisser une critique sociétale sur les agissements des humains qui n'est pas sans fondements et s'avère assez acide. Critique portée par une adversaire qui aurait mérité d'être plus développée (mais visiblement, la priorité était à la castagne). À part une petite pointe d'humour avec Alfred (le majordome de Wayne) et un petit côté gore sur certaines scènes, rien de bien exceptionnel à signaler. Tous les poncifs issus de ce genre de rencontre sont là. De plus, le final est vite expédié, peu palpitant et la dernière planche se termine même par une pirouette qui confine au ridicule.

Tout cela nous donne un comic franchement dispensable, même si le duo Miller/McFarlane parvient à susciter un semblant d'intérêt (ce qui est tout de même bien peu). Notons pour info que leur récit s'inscrit dans l'univers de Dark Knight Returns, même si la précision n'a pas en soi grande importance. Pour compléter tout cela, Urban a cru bon de nous gratifier de la version encrée intégrale de War Devil ! Quel choix éclairé... le pire des deux épisodes, une deuxième fois ! 
S'ajoutent à cela diverses illustrations ou crayonnés. Signalons enfin le très bon lettrage de Cromatik Ltd, un studio mauricien qui signe ici un sans faute, que ce soit au niveau du calage, du blanc tournant ou même de la taille de la police, bien souvent inutilement trop petite sur d'autres productions du même genre. 

Une simple curiosité qui ne parvient malheureusement pas à offrir aux deux personnages une intrigue à la hauteur de leur popularité.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Les dessins de McFarlane.
  • Quelques éléments à retenir du scénario de Miller.
  • Le premier épisode, d'une médiocrité rare, que ce soit au niveau de l'écriture, des dessins, de l'encrage ou de la colorisation.
  • Le côté convenu et peu inspiré de l'ensemble.
  • Un bonus (la version encrée du pire épisode) de remplissage.
  • Le prix. Presque 20 balles pour ça, heu... non.