Publié le
5.1.17
Par
Vance
Un roman de science-fiction d’Edmond Hamilton (1947) édité par Hachette en 1952.
Un empire galactique. Des étoiles à perte de vue, chacune accompagnée de
mondes peuplés d’étranges créatures. Des vaisseaux naviguant par milliers sur
les marées stellaires, s’affrontant en d’improbables armadas au milieu
d’explosions cataclysmiques et de faisceaux multicolores. De nobles héros,
élancés, vaillants, séduisants, un peu téméraires, à l’œil vif et à
l’intelligence pratique. Des femmes fatales, au caractère solide et à la
beauté sidérale. Des ennemis implacables. Des armes absolues, capables
d’anéantir un système solaire, voire une galaxie entière.
Du suspense ! De la romance ! De l’action !
La garantie d’un dépaysement total.
Le space opera, c’était cela. Guère davantage, et
souvent aussi naïf que ces annonces façon Hollywood le laissent croire. C’était
le standard d’une époque révolue, où la SF se publiait en magazines bon
marché (les pulps, qui tirent ce surnom de la qualité du papier)
dans lesquels les plus grands auteurs de l’Age d’Or (et Asimov le
premier) ont pu faire leurs armes. Le spectre de la Guerre mondiale puis celui
de la Guerre froide fournissaient à ces écrivains la possibilité de traduire
leurs craintes, leurs cauchemars sous les traits de personnages monstrueux,
souvent non-humains, qui venaient sur notre belle planète enlever nos femmes,
lesquelles étaient immanquablement (dé)vêtues de robes légères afin de donner aux
illustrateurs le prétexte à des couvertures furieusement tentatrices. Et pour
détourner l’attention du lecteur avide d’aventures exotiques, on l’entraînait
en des mondes inconnus sur lesquels, les décors mis à part, se rejouaient les
dramaturgies classiques où vengeance, jalousie, avidité et héroïsme flamboyant
se taillaient la part du lion.
On ne fait pas de politique dans le space opera. On n’y
parle qu’assez peu de la sauvegarde des espèces ou de la protection de la
Nature (il faudra attendre pour cela la toute fin du XXe siècle et la résurrection d'un genre tombé en désuétude). En fait, on s’y dispute, on s’y affronte à la tête de puissantes
armées : les vaisseaux spatiaux remplacent les galions ou les chars
d’assaut et il y a toujours un traître planqué quelque part dans l’entourage du
prince.
Cela dit, si ces romans prêtent aujourd’hui à sourire, ils
n’en ont pas pour autant perdu leur pouvoir attractif : si les années 60
ont balayé ces poncifs en recentrant la SF sur des domaines plus
« sérieux », lui conférant par là même ses lettres de noblesse grâce
à la plume d’auteurs engagés et talentueux, il n’en reste pas moins que, à
l’instar du western au cinéma, ce sous-genre n’est pas mort. Le temps de le
digérer, de l’assimiler et de trouver le bon moment pour le ressortir des
cartons. Dan Simmons, avec l'hénaurme Hypérion, a prouvé qu’on
pouvait écrire de la SF de haute volée qui demeure pourtant fidèle aux principes
du space opera. Peter F. Hamilton (l'Aube de la nuit, l'Etoile de Pandore) en est même devenu le nouveau pape avec ses sagas cosmiques à tiroirs dans lesquelles le genre humain s'aperçoit systématiquement que, malgré ses avancées scientifiques, il ne connaît rien ou presque de l'immensité de l'espace. Les comics ne sont pas en reste (Letter 44 rappelle vaguement le début de l'Etoile de Pandore). Alors pourquoi renier les Pères fondateurs ?
Parmi ces derniers, Edmond Hamilton (1904-1977, à ne pas confondre donc avec le Hamilton britannique cité plus haut, l'un ayant inspiré l'autre) est une référence en la matière, spécialiste (avec ses
amis E.E. Smith et Jack Williamson) de ces récits fondés sur
l’épopée stellaire : chez lui, les vaisseaux sont des croiseurs
intergalactiques qui filent cent fois plus vite que la lumière à travers l’espace
sidéral.
Les belligérants usent d’armes atomiques, de faisceaux de
lumière cohérente quand ce n’est pas une arme secrète tel ce disrupteur qu’on avait utilisé en 129 411 afin de repousser les
monstrueux envahisseurs venus d’un des Nuages de Magellan… C'est dans cet univers que va se retrouver John Gordon, modeste employé new-yorkais qui a accepté d'échanger son esprit avec celui du prince Zart-Ann, grand scientifique vivant 200 000 plus tard. Un univers dans lequel, bien entendu, les princesses sont sublimes :
voici Lianna, reine de Fomalhaut, fiancée de Zarth
Arn.
Fierté, beauté, conscience de sa valeur et de son autorité,
telles étaient les qualités que Gordon lut sur le visage finement ciselé, les
lèvres rouges et légèrement dédaigneuses, les yeux gris et froids de la
princesse…
Pas étonnant que ce brave Américain du XXe siècle en
tombe amoureux – sans savoir que son alter ego la hait profondément. Mais c’est
aussi compter sans son épouse morganatique, Murn :
Ses longs cheveux noirs flottaient sur ses épaules nues,
encadrant un visage adorable dont les yeux bleu foncé rayonnaient de bonheur.
Une enfant ? Ce n’était pas un corps d’enfant qui transparaissait sous la
chemise de nuit arachnéenne…
Gordon, fasciné, émerveillé par ce que peut procurer un
empire interstellaire foisonnant, va profiter de la situation jusqu’à ce qu’il
se rende compte qu’il ne lui est pas possible de retourner d’où il vient, alors
même que se profile une guerre terrible à laquelle il sera forcé de prendre
part, au milieu d’intrigues politiques aussi nébuleuses que
nauséabondes. Il sait à présent qu’à un moment ou un autre, il se verra
contraint d’user du disrupteur dont il est censé posséder le secret –
mais voilà, il n’est qu’un imposteur…
Allons, c’est moins puéril qu’un Buck Rogers mais
de la même veine, c’est assez enlevé, parfois suranné et toujours léger, sous
des tournures empesées et un tempo d'un autre temps. On n’est pas très loin du cadre de Star Wars, la
mythologie et l’aspect initiatique en moins. Peut-être moins réussi que son
cycle des Loups
de l’Univers, ce roman n’en reste pas moins agréable à lire. Il s’est vu
adjoindre, bien plus tard, une suite (image ci-contre), assez dispensable sauf pour ceux qui
seraient tombés sous le charme désuet des personnages.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
4.1.17
Par
Thomas
Convergence est le premier tome de Zodiac Legacy, nouvelle saga de romans conjointement écrit par le légendaire Stan Lee (qu'on ne présente plus) et Stuart Moore, un auteur assez « Marvelien ». Il a été le scénariste de Wolverine Noir et de nombreux chapitres sur Iron Man, les X-Men, Namor, etc. mais aussi de Spider-Man durant Fear Itself et également éditeur d'Alias (Jessica Jones) puis auteur de la novélisation de Civil War (cf. notre chronologie Marvel). Convergence mentionne une écriture associée entre les deux artistes mais on ne sait pas où est la part de Stan Lee dedans ; s'il a imaginé l'histoire, définit les grandes lignes narratives, vaguement collaboré ou carrément participé activement à sa rédaction. Il vient tout de même de fêter ses 94 ans (le 28 décembre dernier), n'écrit plus des masses depuis quelques années et Zodiac Legacy est toujours en cours de publication aux États-Unis.
Quid du contenu ? Convergence débute à Hong-Kong, lors d'une visite scolaire dans un musée. Steven, quatorze printemps, américain d'origine asiatique en voyage pour l'occasion, se découvre (durant une scène improbable de pièce cachée et rituel de ladite convergence) de fabuleux pouvoirs, matérialisés par une énergie verte l'entourant (le chi) sous forme de Tigre et lui procurant la force de ce dernier. Une évocation évidente aux signes du zodiaque chinois. Stevens est épaulé puis guidé par Jasmine, qui partage, elle, le pouvoir du Dragon (le plus puissant de tous) avec le terrible Maxwell auquel les deux ont échappé. Cet homme souhaite maîtriser tous les pouvoirs existants, il va donc falloir retrouver ceux récemment associés à la Chèvre, au Cochon, au Lapin et au Coq. Les autres œuvrant déjà pour Maxwell, via son organisation les Vanguards. Dans ses rangs, ce puissant ennemi peut donc déjà compter sur le Cheval, le Chien, le Singe, le Bœuf et les furtifs Rat et Serpent.
Après une phase introductive un peu poussive, Steven embarque donc avec Jasmine (et Carlos, fidèle allié scientifique) pour un périple. Ils croisent la route de Roxanne en France, une chanteuse adolescente plutôt antipathique. Clairement le moins bon passage du livre : dans une ville non-définie de l'Hexagone, Roxanne est la leader du groupe de musique Les Poules (sic) et son pouvoir, un cri, est lié au signe du... Coq (re-sic). Sa mère est par ailleurs on ne peut plus cliché et s'émancipe bien soudainement de sa fille (comme la plupart des parents des plus jeunes héros). La petite troupe fait ensuite escale en Irlande et rencontre Liam (forcément), alias la Chèvre, qui a l'air invincible, mais aussi Josie, du signe du Cheval, qui travaille pour Maxwell. C'est une des bonnes idées du récit : l'alternance de point de vue. Si le début se focalise (trop) sur Steven et, de façon plus éparse, sur les personnages secondaires le temps de quelques paragraphes, pour Josie l'on est carrément à sa place. Idem pour la suite avec d'autres protagonistes. C'est d'ailleurs à ce moment du récit (après un bon tiers) que l'ensemble devient nettement plus passionnant. Le groupe se divise en deux équipes, l'une à la recherche de Duane (le geek de service et « Cochon » également — toutes ces appellations tendent à faire sourire par rapport à notre culture occidentale [1]) et l'autre de Kim, le Lapin, pouvant se téléporter. Les Vanguards contre les Zodiac vont ensuite pouvoir s'affronter, entre des phases d'entraînement interrompues et quelques passages s'arrêtant sur les motivations de chacun des deux camps.
Divisé en quatre parties (Convergence, Les Recrues, L'Assaut, La Porte du Dragon) étalées sur quarante chapitres puis deux épilogues, ce premier tome fonctionne assez bien. L'écriture a beau être simpliste et l'ensemble avoir un petit air de déjà-vu, piochant à droite à gauche dans des classiques indémodables (des comics X-Men aux mangas Hunter X Hunter par exemple), avec un parcours initiatique du héros rappelant les mythes ancestraux et modernes [2], ces débuts de Zodiac Legacy sont plutôt réussis. Malgré tout, ils forment davantage une immense « introduction » qu'une réelle plongée dans un monde nouveau. Il faut attendre la fin du livre pour bénéficier de quelques surprises pas forcément prévisibles, ce qui est toujours gage de qualité. En revanche, si le côté trop manichéen s'estompe doucement, il y a encore trop de mystères lancés rapidement pour donner envie de lire la suite (où chaque protagoniste doit absolument être enrichi pour parfaire le tout). Un procédé certes habile et efficace, mais un tantinet facile voire « conceptuel » (un des retournements de situation apparaît par exemple à la fin du premier épilogue, tel un cliffhanger d'une série télé dont on attend le prochain épisode avec impatience). Le roman est destiné aux enfants et adolescents mais l'adulte peut aisément prendre part au voyage. Voyage qui passe également par une géographie notable : Chine, France, Groenland, Australie, Irlande... mais sans réelle immersion, faute d'une description de lieux ou d'ambiance assez pauvre.
Clairement ciblé pour un jeune lectorat (identification au héros, phrases simples et courtes — mais efficaces), le roman est même imagé par Andie Tong (Tron: Betrayal, Spectacular Spider-Man, The Batman Strikes !). Il n'y en avait pas forcément besoin pour avoir une vision du texte en tête (d'autant plus que ses illustrations sont assez inégales mais ce n'est pas très important dans ce cas précis puisque nous lisons avant tout un roman), mais c'est assez plaisant et à prendre comme un bonus dans une édition particulièrement soignée. C'est d'ailleurs un atout de ce livre, publié chez Pika Roman (un label qui inaugure, comme son nom l'indique, des romans au lieu des traditionnels mangas cher à l'éditeur) en octobre 2016. L'épais ouvrage de près de 500 pages [3], dont 450 consacrées au récit principal (les autres à des bonus : début du tome deux accompagné de ses croquis préparatoires et brève présentation des auteurs) est clairement un bel objet. Chaque numéro de page est coloré en rouge bordeaux ; cela paraît anodin mais quand tout le livre joue sur des teintes uniquement écarlates, à commencer par la couverture, les ouvertures de chapitres, quelques symboles éparses entre les paragraphes (pour signifier des changements de lieux ou de personnes), des effets d'encre coulée et les dessins monochrome de Tong, cela donne in fine un qualitatif esthétique assez rare pour un roman (qui coûte 14,90€). Les teintes rougeâtres apposés sur les illustrations forment une suite d'images assez classiques mais qui permettent à Convergence d'avoir sa propre identité.
On imagine déjà très bien l'adaptation en dessin animé, voire en série télévisée ou carrément portée sur grand écran, ce serait l'aboutissement logique (pré-établi dès le début ?) d'une œuvre de ce genre. Étrangement, les références à la culture populaire, ou plutôt celle des comics, sont absentes du récit. Le jeune Stevens Lee (Stan Lee, Stevens Lee...) est bien fan de « La Mangouste d'Acier » mais ne fait jamais référence à « Spider-Man » ou d'autres super-héros (si possible issus de l'univers Marvel). Ce n'est pas un problème en soi puisque les auteurs font le choix de créer une « nouvelle culture de l'imaginaire » au sein du roman. Seulement, lorsqu'est évoquée (étrangement) la série Downton Abbey [4] — qui ne devrait pourtant pas trop parler aux plus jeunes — on se demande pourquoi ne pas avoir conçu uniquement des nouveaux noms d'œuvres évoquées par les protagonistes (ou n'en citer que des réelles), plutôt que de jongler entre les deux de cette façon. C'est un peu bizarre mais pas gênant pour autant, c'est davantage une curiosité anecdotique qu'un réel défaut.
S'il n'y avait pas le label Disney (éditeur originel), et le nom de Stan Lee, Convergence serait-il passé inaperçu ? Difficile à dire... Ce premier tome de Zodiac Legacy n'est pas de la grande littérature, sur l'écriture tout du moins, c'est davantage une curiosité sympathique [5] dont Stan Lee définit bien dans ses remerciements d'avant-propos l'élégance la plus simpliste et efficace de notre ère : « À tous ceux qui aiment rêver et partir à l'aventure dans des récits qui excitent et stimulent leur imagination. Plus j'y pense, plus je me dis que nous sommes tous comme ça. » Sur le fond, les personnages sont relativement attachants, côté héros comme ennemis, l'ouvrage bénéficie d'un bon rythme et a le mérite de concevoir un nouvel univers plutôt original et bien pensé. On aurait aimé un approfondissement de certains protagonistes, de l'historique des pouvoirs zodiacaux, du passif et des connexions entre plusieurs êtres et, surtout, des réelles intentions de Maxwell (qui est souvent décrit comme n'étant pas un homme si terrible que cela)… Tous ces doutes poussent à vouloir connaître la suite, qui sous-entend justement pas mal de réponses bienvenues. La légèreté de l'ensemble (sur tous les plans, dont l'humour également) et ce monde inédit prime sur les points faibles (assez présents tout de même) de Convergence. Toutefois, il est clair qu'un enfant ou un pré-adolescent y trouvera son bonheur !
Tigre & Dragon
Après une phase introductive un peu poussive, Steven embarque donc avec Jasmine (et Carlos, fidèle allié scientifique) pour un périple. Ils croisent la route de Roxanne en France, une chanteuse adolescente plutôt antipathique. Clairement le moins bon passage du livre : dans une ville non-définie de l'Hexagone, Roxanne est la leader du groupe de musique Les Poules (sic) et son pouvoir, un cri, est lié au signe du... Coq (re-sic). Sa mère est par ailleurs on ne peut plus cliché et s'émancipe bien soudainement de sa fille (comme la plupart des parents des plus jeunes héros). La petite troupe fait ensuite escale en Irlande et rencontre Liam (forcément), alias la Chèvre, qui a l'air invincible, mais aussi Josie, du signe du Cheval, qui travaille pour Maxwell. C'est une des bonnes idées du récit : l'alternance de point de vue. Si le début se focalise (trop) sur Steven et, de façon plus éparse, sur les personnages secondaires le temps de quelques paragraphes, pour Josie l'on est carrément à sa place. Idem pour la suite avec d'autres protagonistes. C'est d'ailleurs à ce moment du récit (après un bon tiers) que l'ensemble devient nettement plus passionnant. Le groupe se divise en deux équipes, l'une à la recherche de Duane (le geek de service et « Cochon » également — toutes ces appellations tendent à faire sourire par rapport à notre culture occidentale [1]) et l'autre de Kim, le Lapin, pouvant se téléporter. Les Vanguards contre les Zodiac vont ensuite pouvoir s'affronter, entre des phases d'entraînement interrompues et quelques passages s'arrêtant sur les motivations de chacun des deux camps.
Divisé en quatre parties (Convergence, Les Recrues, L'Assaut, La Porte du Dragon) étalées sur quarante chapitres puis deux épilogues, ce premier tome fonctionne assez bien. L'écriture a beau être simpliste et l'ensemble avoir un petit air de déjà-vu, piochant à droite à gauche dans des classiques indémodables (des comics X-Men aux mangas Hunter X Hunter par exemple), avec un parcours initiatique du héros rappelant les mythes ancestraux et modernes [2], ces débuts de Zodiac Legacy sont plutôt réussis. Malgré tout, ils forment davantage une immense « introduction » qu'une réelle plongée dans un monde nouveau. Il faut attendre la fin du livre pour bénéficier de quelques surprises pas forcément prévisibles, ce qui est toujours gage de qualité. En revanche, si le côté trop manichéen s'estompe doucement, il y a encore trop de mystères lancés rapidement pour donner envie de lire la suite (où chaque protagoniste doit absolument être enrichi pour parfaire le tout). Un procédé certes habile et efficace, mais un tantinet facile voire « conceptuel » (un des retournements de situation apparaît par exemple à la fin du premier épilogue, tel un cliffhanger d'une série télé dont on attend le prochain épisode avec impatience). Le roman est destiné aux enfants et adolescents mais l'adulte peut aisément prendre part au voyage. Voyage qui passe également par une géographie notable : Chine, France, Groenland, Australie, Irlande... mais sans réelle immersion, faute d'une description de lieux ou d'ambiance assez pauvre.
« Personne n'est un super héros. Dans le monde réel, les gens commettent des erreurs, et puis ils vont de l'avant. »
Clairement ciblé pour un jeune lectorat (identification au héros, phrases simples et courtes — mais efficaces), le roman est même imagé par Andie Tong (Tron: Betrayal, Spectacular Spider-Man, The Batman Strikes !). Il n'y en avait pas forcément besoin pour avoir une vision du texte en tête (d'autant plus que ses illustrations sont assez inégales mais ce n'est pas très important dans ce cas précis puisque nous lisons avant tout un roman), mais c'est assez plaisant et à prendre comme un bonus dans une édition particulièrement soignée. C'est d'ailleurs un atout de ce livre, publié chez Pika Roman (un label qui inaugure, comme son nom l'indique, des romans au lieu des traditionnels mangas cher à l'éditeur) en octobre 2016. L'épais ouvrage de près de 500 pages [3], dont 450 consacrées au récit principal (les autres à des bonus : début du tome deux accompagné de ses croquis préparatoires et brève présentation des auteurs) est clairement un bel objet. Chaque numéro de page est coloré en rouge bordeaux ; cela paraît anodin mais quand tout le livre joue sur des teintes uniquement écarlates, à commencer par la couverture, les ouvertures de chapitres, quelques symboles éparses entre les paragraphes (pour signifier des changements de lieux ou de personnes), des effets d'encre coulée et les dessins monochrome de Tong, cela donne in fine un qualitatif esthétique assez rare pour un roman (qui coûte 14,90€). Les teintes rougeâtres apposés sur les illustrations forment une suite d'images assez classiques mais qui permettent à Convergence d'avoir sa propre identité.
Les Chevaliers du Zodiaque
On imagine déjà très bien l'adaptation en dessin animé, voire en série télévisée ou carrément portée sur grand écran, ce serait l'aboutissement logique (pré-établi dès le début ?) d'une œuvre de ce genre. Étrangement, les références à la culture populaire, ou plutôt celle des comics, sont absentes du récit. Le jeune Stevens Lee (Stan Lee, Stevens Lee...) est bien fan de « La Mangouste d'Acier » mais ne fait jamais référence à « Spider-Man » ou d'autres super-héros (si possible issus de l'univers Marvel). Ce n'est pas un problème en soi puisque les auteurs font le choix de créer une « nouvelle culture de l'imaginaire » au sein du roman. Seulement, lorsqu'est évoquée (étrangement) la série Downton Abbey [4] — qui ne devrait pourtant pas trop parler aux plus jeunes — on se demande pourquoi ne pas avoir conçu uniquement des nouveaux noms d'œuvres évoquées par les protagonistes (ou n'en citer que des réelles), plutôt que de jongler entre les deux de cette façon. C'est un peu bizarre mais pas gênant pour autant, c'est davantage une curiosité anecdotique qu'un réel défaut.S'il n'y avait pas le label Disney (éditeur originel), et le nom de Stan Lee, Convergence serait-il passé inaperçu ? Difficile à dire... Ce premier tome de Zodiac Legacy n'est pas de la grande littérature, sur l'écriture tout du moins, c'est davantage une curiosité sympathique [5] dont Stan Lee définit bien dans ses remerciements d'avant-propos l'élégance la plus simpliste et efficace de notre ère : « À tous ceux qui aiment rêver et partir à l'aventure dans des récits qui excitent et stimulent leur imagination. Plus j'y pense, plus je me dis que nous sommes tous comme ça. » Sur le fond, les personnages sont relativement attachants, côté héros comme ennemis, l'ouvrage bénéficie d'un bon rythme et a le mérite de concevoir un nouvel univers plutôt original et bien pensé. On aurait aimé un approfondissement de certains protagonistes, de l'historique des pouvoirs zodiacaux, du passif et des connexions entre plusieurs êtres et, surtout, des réelles intentions de Maxwell (qui est souvent décrit comme n'étant pas un homme si terrible que cela)… Tous ces doutes poussent à vouloir connaître la suite, qui sous-entend justement pas mal de réponses bienvenues. La légèreté de l'ensemble (sur tous les plans, dont l'humour également) et ce monde inédit prime sur les points faibles (assez présents tout de même) de Convergence. Toutefois, il est clair qu'un enfant ou un pré-adolescent y trouvera son bonheur !
Le deuxième tome, Le Retour du Dragon, dont le début est proposé à la fin du livre sortira cette année. Outre-Atlantique c'est le troisième (The Balance of Power) qui sera en vente dès mars prochain.
[1] Ce qui donne parfois des extraits franchement amusants : « Steven avisa Roxanne, libérée, qui s'avançait vers le Boeuf. [...] Le Cheval et le Singe aidaient le Chien à se relever. »
[2] Joseph Campbell en parle avec grande précision dans Le Héros aux mille et un visage (cf. cet article pour plus de détails), devenu un classique de la littérature, publié pour la première fois en 1949 et bénéficiant de mises à jour à chaque réédition. L'auteur, spécialiste des mythes, théorise l'archétype du Voyage du Héros : en étudiant les mythologies il y trouve un schéma narratif quasi-identique (jeune héros se découvrant un destin, Bien contre Mal, appel de l'aventure, guides, alliés atypiques...). On trouve désormais cette façon de faire dans beaucoup d’œuvres populaires (Star Wars, Le Hobbit, Harry Potter, Matrix...) et dans la plupart des shônen mangas (One Piece, Naruto, Dragon Ball, Hunter X Hunter...).
[3] Si le nombre de pages peut rebuter certains lecteurs, soyez rassurés : la taille de la police d'écriture est relativement grande, l'ensemble se lit assez rapidement. Par ailleurs, sur 450 pages allouées au roman, on en compte 70 d'illustrations. Le récit pur et dur s'étale donc sur « seulement » 380 pages.
[4] Une excellente série britannique que nous évoquions justement il y a quelques semaines sur le site. La chronique — rédigée par le même auteur que celle-ci — qui présente Downton Abbey et dresse en même temps (et sans révélations majeures) le bilan de ses six saisons est à lire ici.
[5] À l'instar du manga Ultimo, également co-créé par Stan Lee il y a quelques années. La chronique de cette bande dessinée japonaise est à découvrir dans les archives d'UMAC.
Crédits images : © 2016 Disney
[1] Ce qui donne parfois des extraits franchement amusants : « Steven avisa Roxanne, libérée, qui s'avançait vers le Boeuf. [...] Le Cheval et le Singe aidaient le Chien à se relever. »
[2] Joseph Campbell en parle avec grande précision dans Le Héros aux mille et un visage (cf. cet article pour plus de détails), devenu un classique de la littérature, publié pour la première fois en 1949 et bénéficiant de mises à jour à chaque réédition. L'auteur, spécialiste des mythes, théorise l'archétype du Voyage du Héros : en étudiant les mythologies il y trouve un schéma narratif quasi-identique (jeune héros se découvrant un destin, Bien contre Mal, appel de l'aventure, guides, alliés atypiques...). On trouve désormais cette façon de faire dans beaucoup d’œuvres populaires (Star Wars, Le Hobbit, Harry Potter, Matrix...) et dans la plupart des shônen mangas (One Piece, Naruto, Dragon Ball, Hunter X Hunter...).
[3] Si le nombre de pages peut rebuter certains lecteurs, soyez rassurés : la taille de la police d'écriture est relativement grande, l'ensemble se lit assez rapidement. Par ailleurs, sur 450 pages allouées au roman, on en compte 70 d'illustrations. Le récit pur et dur s'étale donc sur « seulement » 380 pages.
[4] Une excellente série britannique que nous évoquions justement il y a quelques semaines sur le site. La chronique — rédigée par le même auteur que celle-ci — qui présente Downton Abbey et dresse en même temps (et sans révélations majeures) le bilan de ses six saisons est à lire ici.
[5] À l'instar du manga Ultimo, également co-créé par Stan Lee il y a quelques années. La chronique de cette bande dessinée japonaise est à découvrir dans les archives d'UMAC.
Crédits images : © 2016 Disney
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Publié le
2.1.17
Par
Nolt
Le All New Spider-Man #8 sortant demain en kiosque, nous avons pensé qu'un petit point sur l'univers arachnéen n'était peut-être pas inutile en ce début d'année.
Pour ceux qui ont lâché le Tisseur depuis un moment, accrochez-vous, vous risquez d'avoir quelques surprises. Peter Parker est en effet maintenant à la tête de Parker Industries et se retrouve avec du pognon plein les poches (qu'il distribue généreusement à des œuvres caritatives). Voilà qui peut faire grincer des dents après le saccage de One More Day, saga censée revenir aux "fondamentaux" du personnage en virant Mary Jane. Quesada à l'époque confondait piteusement les dits fondamentaux et leurs effets. Il est dans la nature du personnage d'avoir des soucis dans sa vie personnelle et des proches à protéger, mais il n'est nullement indispensable que ce rôle soit tenu par une tantine. Une épouse pouvait tout à fait faire l'affaire et rendre le personnage plus mature (ce qui semblait logique et complémentaire avec la série Ultimate Spider-Man et son héros adolescent). Bref, l'on sait que les choix de la Maison des Idées ont fait fi à l'époque de la plus élémentaire logique. Et l'on tombe aujourd'hui dans l'absurde puisque cela ne semble pas poser de problèmes de faire de Parker un Stark bis. Alors même que ses problèmes d'argent, les petits boulots, les pannes de toile, le côté un peu "loser" faisaient justement partie de l'âme du personnage.
Autre point déjà soulevé dans le bilan de Spider-Verse, et qui dénature également le personnage : les menaces que le Monte-en-l'air doit gérer. Ces dernières sont de plus en plus énormes (terrorisme international, saloperies cosmiques...) alors que, même si Spidey pouvait de temps en temps tomber
sur de "gros" trucs, il a toujours fait office de héros de "proximité", gérant les petites frappes et les super-vilains locaux. Le simple fait qu'il ne soit pas censé être un héros très puissant dans le marvelverse en faisait un sympathique "second couteau" (dans la fiction, puisque éditorialement c'est la star de Marvel).
Mine de rien, ces deux points ont transformé le personnage d'une manière violente, sans pour autant le faire évoluer (un comble !), puisqu'il est toujours célibataire, en train de fricoter à moitié avec MJ, égocentré au possible malgré une générosité de façade, etc. Surplace au niveau narratif et destruction des bases du personnage. Joli strike.
Voyons maintenant les derniers épisodes de plus près. Aux manettes, toujours Dan Slott, très bon pendant la période Superior et mauvais ou quelconque avant et après. Celui-là, on ne pourra pas dire qu'il n'a pas eu le temps de prendre ses marques. D'ailleurs, ça se ressent, notamment dans l'humour apporté à certaines scènes (le coup de fil à Potts) et dialogues (avec même quelques références à la période dorée de Straczynski). Malheureusement, l'on n'échappe pas non plus aux intrigues fadasses et à de l'action bas de gamme, sans intensité émotionnelle. La conclusion de l'arc concernant le Zodiaque est notamment d'un ennui abyssal (avec le gros méchant bien débile qui attend gentiment qu'on le pousse, le dos tourné).
Heureusement, les scènes plus calmes et intimistes sont plus réussies, l'arrivée de Stark dans l'équation étant potentiellement propice à des échanges d'anthologie (bien que la situation ait déjà été vue).
Bref, Slott s'accroche aux branches et sauve les apparences avec quelques vannes mais l'orientation catastrophique donnée au perso et l'incapacité de l'auteur à créer de l'action qui ne soit pas barbante fait du titre historique du Tisseur une série passable, au mieux, qui n'a plus grand-chose "d'amazing".
Actuellement, la revue est complétée par Spider-Man 2099, de Peter David. Nouveau costume (intégré d'ailleurs à notre dossier sur les tenues de Spider-Man) et voyage dans le temps sont au menu pour O'Hara. Ce dernier est en effet dans le passé, c'est-à-dire notre présent. Il bosse d'ailleurs pour... Parker.
Le personnage
n'est pas inintéressant, avec un côté plus borderline et moins nunuche que l'original (un peu comme Scarlet Spider d'ailleurs). Le nouvel arc, à base de magie, de ligne temporelle alternative et de monstres à tentacules, est encore trop peu développé pour être véritablement jugé. David parvient néanmoins à mettre bien plus d'intensité que Slott dans les affrontements, tout en gardant d'ailleurs une pointe d'humour.
D'un point de vue éditorial, la VF du numéro de décembre tient la route si l'on excepte l'énorme "je n'avez pas mérité ça". Enfin, bon, 80 pages de BD, c'est beaucoup de texte hein, les pauvres vendeurs d'autocollants ne peuvent pas tout voir (oui, c'est de l'ironie Sheldon).
De petits résumés des épisodes précédents sont présents (merci Urban pour l'influence positive).
"Christian Grasse" (probablement en réalité un stagiaire qui passait par là) nous gratifie de l'une de ses énormités dans le speech final, en évoquant justement le mariage du héros, il affirme qu'il est "vrai qu'une situation sentimentale incertaine est idéale, car dès que le protagoniste est installé dans sa relation, les choses deviennent un peu ennuyeuses".
Affirmation erronée présentée comme une évidence mais qui n'en demeure pas moins une ineptie. Si un mariage fictif devient ennuyeux, c'est parce qu'il est mal écrit. C'est la faute de l'auteur, pas de la situation. Il n'existe aucune idée bonne ou mauvaise par nature, c'est la manière de les mettre en scène, de les traiter, qui fera qu'elles seront ou non attractives. Un Spidey marié n'est pas condamné à être chiant, pas plus que Panini n'est condamné à demeurer une usine à conneries.
Voilà, donc si vous supportez les éditeurs qui ne connaissent rien à ce qu'ils font et que vous n'êtes pas trop regardant sur la qualité des récits, pourquoi pas. Sinon, vous pouvez toujours ressortir les vieux TPB en VO avec un petit pincement au cœur et un brin de nostalgie.
Pour ceux qui ont lâché le Tisseur depuis un moment, accrochez-vous, vous risquez d'avoir quelques surprises. Peter Parker est en effet maintenant à la tête de Parker Industries et se retrouve avec du pognon plein les poches (qu'il distribue généreusement à des œuvres caritatives). Voilà qui peut faire grincer des dents après le saccage de One More Day, saga censée revenir aux "fondamentaux" du personnage en virant Mary Jane. Quesada à l'époque confondait piteusement les dits fondamentaux et leurs effets. Il est dans la nature du personnage d'avoir des soucis dans sa vie personnelle et des proches à protéger, mais il n'est nullement indispensable que ce rôle soit tenu par une tantine. Une épouse pouvait tout à fait faire l'affaire et rendre le personnage plus mature (ce qui semblait logique et complémentaire avec la série Ultimate Spider-Man et son héros adolescent). Bref, l'on sait que les choix de la Maison des Idées ont fait fi à l'époque de la plus élémentaire logique. Et l'on tombe aujourd'hui dans l'absurde puisque cela ne semble pas poser de problèmes de faire de Parker un Stark bis. Alors même que ses problèmes d'argent, les petits boulots, les pannes de toile, le côté un peu "loser" faisaient justement partie de l'âme du personnage.
Autre point déjà soulevé dans le bilan de Spider-Verse, et qui dénature également le personnage : les menaces que le Monte-en-l'air doit gérer. Ces dernières sont de plus en plus énormes (terrorisme international, saloperies cosmiques...) alors que, même si Spidey pouvait de temps en temps tomber
sur de "gros" trucs, il a toujours fait office de héros de "proximité", gérant les petites frappes et les super-vilains locaux. Le simple fait qu'il ne soit pas censé être un héros très puissant dans le marvelverse en faisait un sympathique "second couteau" (dans la fiction, puisque éditorialement c'est la star de Marvel).Mine de rien, ces deux points ont transformé le personnage d'une manière violente, sans pour autant le faire évoluer (un comble !), puisqu'il est toujours célibataire, en train de fricoter à moitié avec MJ, égocentré au possible malgré une générosité de façade, etc. Surplace au niveau narratif et destruction des bases du personnage. Joli strike.
Voyons maintenant les derniers épisodes de plus près. Aux manettes, toujours Dan Slott, très bon pendant la période Superior et mauvais ou quelconque avant et après. Celui-là, on ne pourra pas dire qu'il n'a pas eu le temps de prendre ses marques. D'ailleurs, ça se ressent, notamment dans l'humour apporté à certaines scènes (le coup de fil à Potts) et dialogues (avec même quelques références à la période dorée de Straczynski). Malheureusement, l'on n'échappe pas non plus aux intrigues fadasses et à de l'action bas de gamme, sans intensité émotionnelle. La conclusion de l'arc concernant le Zodiaque est notamment d'un ennui abyssal (avec le gros méchant bien débile qui attend gentiment qu'on le pousse, le dos tourné).
Heureusement, les scènes plus calmes et intimistes sont plus réussies, l'arrivée de Stark dans l'équation étant potentiellement propice à des échanges d'anthologie (bien que la situation ait déjà été vue).
Bref, Slott s'accroche aux branches et sauve les apparences avec quelques vannes mais l'orientation catastrophique donnée au perso et l'incapacité de l'auteur à créer de l'action qui ne soit pas barbante fait du titre historique du Tisseur une série passable, au mieux, qui n'a plus grand-chose "d'amazing".
Actuellement, la revue est complétée par Spider-Man 2099, de Peter David. Nouveau costume (intégré d'ailleurs à notre dossier sur les tenues de Spider-Man) et voyage dans le temps sont au menu pour O'Hara. Ce dernier est en effet dans le passé, c'est-à-dire notre présent. Il bosse d'ailleurs pour... Parker.
Le personnage
n'est pas inintéressant, avec un côté plus borderline et moins nunuche que l'original (un peu comme Scarlet Spider d'ailleurs). Le nouvel arc, à base de magie, de ligne temporelle alternative et de monstres à tentacules, est encore trop peu développé pour être véritablement jugé. David parvient néanmoins à mettre bien plus d'intensité que Slott dans les affrontements, tout en gardant d'ailleurs une pointe d'humour.D'un point de vue éditorial, la VF du numéro de décembre tient la route si l'on excepte l'énorme "je n'avez pas mérité ça". Enfin, bon, 80 pages de BD, c'est beaucoup de texte hein, les pauvres vendeurs d'autocollants ne peuvent pas tout voir (oui, c'est de l'ironie Sheldon).
De petits résumés des épisodes précédents sont présents (merci Urban pour l'influence positive).
"Christian Grasse" (probablement en réalité un stagiaire qui passait par là) nous gratifie de l'une de ses énormités dans le speech final, en évoquant justement le mariage du héros, il affirme qu'il est "vrai qu'une situation sentimentale incertaine est idéale, car dès que le protagoniste est installé dans sa relation, les choses deviennent un peu ennuyeuses".
Affirmation erronée présentée comme une évidence mais qui n'en demeure pas moins une ineptie. Si un mariage fictif devient ennuyeux, c'est parce qu'il est mal écrit. C'est la faute de l'auteur, pas de la situation. Il n'existe aucune idée bonne ou mauvaise par nature, c'est la manière de les mettre en scène, de les traiter, qui fera qu'elles seront ou non attractives. Un Spidey marié n'est pas condamné à être chiant, pas plus que Panini n'est condamné à demeurer une usine à conneries.
Voilà, donc si vous supportez les éditeurs qui ne connaissent rien à ce qu'ils font et que vous n'êtes pas trop regardant sur la qualité des récits, pourquoi pas. Sinon, vous pouvez toujours ressortir les vieux TPB en VO avec un petit pincement au cœur et un brin de nostalgie.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
30.12.16
Par
Nolt
En mai 2015, UMAC changeait d’url,
de forme et de ligne éditoriale. Maintenant que nous avons un peu de recul, il
n’est peut-être pas inutile de faire le point pour vous informer sur ce que
nous vous réservons en 2017.
UMAC va bientôt débuter sa
douzième saison, une longévité relativement exceptionnelle sur le net qui n’a
été possible que grâce à un changement radical intervenu voilà maintenant un an
et demi mais qui était déjà discernable les années précédentes.
En effet, alors que les
chroniques étaient à l’origine dédiées exclusivement aux comics, il est arrivé
un jour où ce seul domaine (déjà répétitif en soi à cause de certains choix
étranges des Deux Gros Radoteurs que sont Marvel et DC) est devenu trop étroit.
J’avais envie de parler de pop culture au sens large et d’accueillir d’autres
plumes, d’ouvrir UMAC à d’autres horizons.
En cela, je vois un parallèle
amusant avec Hebdogiciel, dont je revendiquais la filiation au niveau du ton,
sans concession. Le journal, à l’origine un hebdo consacré à la programmation (sur de vieilles bécanes qui font aujourd’hui sourire, genre Amstrad ou
Commodore) a fini par élargir son domaine d’activité au cinéma, à la
télévision, la BD ou encore la musique. Et si l’on peut partir de lignes de
code pour arriver à englober l’ensemble des domaines que l’on aime, ce doit
bien être possible à partir de comics. ;o)
Pour ceux qui restent fidèles
au sujet d’origine, rassurez-vous, l’on continue à parler de comics (et à
proposer des titres intéressants et hors des sentiers battus, cf. cet article par exemple).
Néanmoins, le côté pop culture sera comme aujourd’hui très présent, avec
notamment de nombreux articles consacrés aux romans, manga, séries TV,
films ou jeux (de plateau, de rôle, vidéo…).
Les nouvelles rubriques continuent,
notamment UMAC’s Digest, qui nous permet d’aborder de manière un peu plus
légère, sous forme de news, les sujets que l’on souhaite mettre en avant. L’on
postera de temps en temps également nos Step Back in Time, qui permettent d’évoquer
d’anciens souvenirs. La rubrique Retroreading, que j’ai inaugurée avec d’anciens
romans de Koontz, sera poursuivie avec d’autres auteurs, par Vance notamment.
Et bien évidemment, j’ai la
chance de continuer les Bad Fucking Resolutions avec mon complice sur The Gutter,
Sergio. Les BFR nous permettent d’apporter une touche feuilletonnante et
magazine au site, tout en nous moquant gentiment de nos centres d’intérêt (avec
la participation active de Virgul, notre mascotte). Et cette petite touche dessinée et humoristique est encore un clin d’œil aux anciens d’Hebdogiciel (je
n’oublie pas que Carali, dans la précédente version d’UMAC, nous avait autorisés
à reprendre certains de ses dessins).
Sur la forme (qui souvent
entraîne une modification du fond), toujours pas de pubs ou partenariats. Pas
de fenêtres à fermer, de machins qui clignotent ou de sujets qui passent à la
trappe parce qu’on « doit » être sympa avec l’attaché de presse. UMAC
ne nous rapporte pas un centime, éventuellement juste parfois des inimitiés, et
c’est très bien comme ça (j’y parle parfois tout de même de mes propres
ouvrages, mais ça serait quand même un peu con de me censurer, d’autant que j’adore
ce que je fais).
Tous les articles ont comme
point de départ une envie. Celle de faire découvrir une œuvre exceptionnelle, de
dénoncer un foutage de gueule, d’évoquer un domaine qui nous étonne, nous
passionne. Parfois, certains projets tombent à l’eau, faute de temps ou de contacts.
Ainsi, la rubrique Science, qui me tenait beaucoup à cœur, et dans laquelle je
rêvais d’accueillir certains vulgarisateurs, n’a pour l’instant pas pu se
développer comme je le souhaitais. J’y travaille encore et ne désespère pas.
Voilà, en gros, nous allons
essayer de continuer sur la bonne voie, celle que l’on trace en se souciant de
l’essentiel et en oubliant le superflu. C’est un parti pris qui isole parfois mais qui grandit également, je le crois, celui qui s’y astreint.
En cela je suis aidé par des
gens, auteurs, professeurs, dessinateurs, graphistes, journalistes, tous
bénévoles et talentueux, que je voulais remercier : Didizuka, Jiji83,
Vance, Thomas, Tryixie, Serge et, bien entendu, ce coquin de Virgul !
Nous n'avons pas la prétention de nous proclamer "premiers" en je ne sais quel domaine, ni de rivaliser avec des usines à news qui postent 15 "articles" par jour. Ce que nous revendiquons, c'est une rigueur, une indépendance et un amour infini de l'art qui nous permettent de ne pas nous transformer en moutons lorsque l'on est en face d'un étron. Ce qui n'est tout de même pas si mal de nos jours...
Nous n'avons pas la prétention de nous proclamer "premiers" en je ne sais quel domaine, ni de rivaliser avec des usines à news qui postent 15 "articles" par jour. Ce que nous revendiquons, c'est une rigueur, une indépendance et un amour infini de l'art qui nous permettent de ne pas nous transformer en moutons lorsque l'on est en face d'un étron. Ce qui n'est tout de même pas si mal de nos jours...
Bonne année à tous.
Puisse 2017 vous réserver le
meilleur.
#WeOwnTheCat
#WeOwnTheCat
Publié le
30.12.16
Par
Tacgnol
Prévu en deux gros volumes, Ryûko constitue la nouvelle trouvaille de l’éditeur poitevin, le Lézard Noir, qui propose dans son catalogue des titres originaux et variés. Avec Ryûko, il ne déroge pas à sa règle. Ce manga n’a pas été sorti par une maison d’édition nippone ; il résulte du travail d’un artiste plasticien, Eldo Yoshimizu, qui s’est auto-édité. Il est connu pour certaines de ses sculptures et pour avoir œuvré pendant 20 ans dans la publicité.
Envoutante Japonaise gracile aux longs cheveux de jais, Ryûko dirige depuis la mort de son père un clan de Yakuza, les Dragons noirs, dont les activités s’étendent jusqu’au Moyen-Orient. Lorsque ce dernier était encore en vie, Barrel, la fille du roi Jibril du Forossyah (un pays fictif) situé près des bords de la Mer Noire, échoua à la mafieuse. Celle-ci prit la responsabilité de l’élever, contre l’avis de son père. 18 ans plus tard, le bébé s’est métamorphosé en jeune femme éprise de liberté. Suite à un coup d’État militaire fomenté par le Général Rachid, Barrel découvre ses origines et Ryûko apprend que sa mère vivrait toujours, au Japon. Elle quitte le Forossyah pour l’Empire du Soleil Levant afin de fouiller son passé.
Tonitruant, dynamique, sans temps mort… le contenu de ce premier volume décoiffe ! Le récit enchaine les révélations dans des tempêtes de violence où le passé et le présent se télescopent voire se mélangent, tout en sautant géographiquement entre le Japon et le Forossyah, sans oublier un détour par l’Afghanistan. Ryûko concentre dans ses pages des fusillades, des courses-poursuites et des explosions, ainsi qu’un scénario des plus simple : l’héritière du clan des Dragons noirs recherche des réponses liées à la disparition de sa mère et à la naissance de Barrel. Pour se faire, l’auteur utilise les classiques secrets mis à jour, la vengeance et la dette d’honneur. L’action, les belles femmes, les intrigues politiques demeurent des recettes éculées, mais qui, dans les mains d’un artiste libre du joug d’une maison d’édition, devient une œuvre des plus attrayantes à lire notamment grâce à sa force graphique malgré des passages confus. Les scènes d’action oscillent entre le brillant et le brouillon, les dessins des visages sont parfois inégaux : il s’agit du premier manga de cet auteur. Ainsi, il échappe à l’académisme et apporte un souffle à une production assez standardisée.
Son esthétique vintage léchée saute aux yeux lorsqu’on ouvre le livre. Jouant avec la plume et le pinceau pour une grande expressivité, le dessin oscille entre un trait brut, vif et une ligne élégante.
Son graphisme est l’héritier d’un faisceau d’auteurs ayant œuvré dans les années 70 tels que Osamu Tezuka [1], Leiji Matsumoto... [2] et dans les années 80 pour la minutie de la représentation des décors, des armes et des véhicules : Masamune Shirow [3], Katsuhiro Otomo... [4] des références artistiques que certains pourront trouver démodées, mais qui restent fortes. Eldo Yoshimizu dépoussière le Gekiga, ces mangas pour adultes où le sexe, la violence, les sujets de société, les tranches de vie sont traités dans un style plus réaliste, plus dur que les autres bandes dessinées.
Dans cette atmosphère sombre, Ryûko s’inspire de l’actrice Meiko Kaji, célèbre dans son rôle de Sasori – La femme Scorpion —[5], et de Yamaguchi Sayako, mannequin de la même époque, aux longs cheveux noirs et à la frange au carré. Comme ces deux femmes, elle partage leur sensualité, mais aussi leur charisme.
Le découpage de ce manga dénote une ambition cinématographique et esthétique qui s’éloigne parfois des narrations plus traditionnelles ; l’artiste compose des mises en page plus expérimentales, superposant cases et bulles. Il joue en permanence avec la structure des planches, des cadrages, des aplats. Par ce biais, il lorgne aussi du côté du Shôjô manga, ces bandes dessinées dont le public premier est féminin, mais qui propose une véritable recherche scénographique afin de travailler sur les impressions et les ressentis ainsi que les multiples actions et temporalités qui se chevauchent à un même instant d’une histoire. Pour qui n’a pas l’habitude, la superposition prête parfois à confusion à la lecture. Il vaut mieux rester attentif. Les onomatopées de Ryûko font partie intégrante des images et leurs apportent dynamisme et rythme. Elles ne sont ni retouchées ni sous-titrées. Le son écrit, du fait de sa graphie, se comprend. Néanmoins quelques-unes ont été traduites et redessinées par l’auteur dans certaines bulles dédiées. Les dialogues concis complètent les illustrations. Avant de paraître sous forme reliée, Ryûko fut présenté dans diverses galeries tokyoïtes depuis 2011.
Le livre en lui-même est de très bonne facture : couverture cartonnée sans jaquette où la séduisante Ryûko pose sur sa moto, pages au papier épais, d’un noir profond qui écrase quelque peu les images. Le prix est modique pour un ouvrage de cette qualité. La traduction de Miyako Slocombe est fluide et sans fausse note.
Pas besoin de synopsis, la couverture résume le plus spectaculaire du manga : du rouge (sang, passion…), des véhicules, des femmes, des flingues.
Présenté dans une édition soignée, Ryûko, malgré ses moments confus, est une vraie réussite plastique, dont les planches regorgent d’énergie. Les jeux de liens temporels et géographiques entre les personnages forts au lourd passé tissent une trame où les tourbillons de douleurs et de violences semblent inéluctables. Et si le récit parait simple, il n’empêche pas le plaisir de la lecture. Il n’en demeure pas moins que le second et dernier volume sera décisif quant à l’intérêt scénaristique du titre.
[1] Osamu Tezuka est le fondateur du manga moderne après la Seconde Guerre Mondiale. Il a posé les bases de cette industrie culturelle, dans à peu près tous les genres, grâce à une nouvelle grammaire graphique et narrative piochant dans le cinéma et la littérature.
[2] Leiji Matsumoto est un mangaka connu pour son personnage de pirate interstellaire : Harlock (Albator, en français) et ses femmes aux très longs cheveux.
[3] Masamune Shirow mangaka renommé notamment pour Appleseed et Ghost in the Shell dont les dessins des véhicules et des armes sont très détaillés et crédibles.
[4] Katsuhiro Otomo, l'auteur d'Akira, manga post-apocalyptique se déroulant à Néo-Tokyo. Ses découpages sont très soignés et cinématographies, les designs des véhicules, des décors et des armes, très précis.
[1] Osamu Tezuka est le fondateur du manga moderne après la Seconde Guerre Mondiale. Il a posé les bases de cette industrie culturelle, dans à peu près tous les genres, grâce à une nouvelle grammaire graphique et narrative piochant dans le cinéma et la littérature.
[2] Leiji Matsumoto est un mangaka connu pour son personnage de pirate interstellaire : Harlock (Albator, en français) et ses femmes aux très longs cheveux.
[3] Masamune Shirow mangaka renommé notamment pour Appleseed et Ghost in the Shell dont les dessins des véhicules et des armes sont très détaillés et crédibles.
[4] Katsuhiro Otomo, l'auteur d'Akira, manga post-apocalyptique se déroulant à Néo-Tokyo. Ses découpages sont très soignés et cinématographies, les designs des véhicules, des décors et des armes, très précis.
[5] Sasori – La femme Scorpion — est un film japonais réalisé par Shunya Ito, sorti en 1972, dans lequel une femme, surnommée Sasori, s'évade de prison pour assouvir sa vengeance.
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