Adolescence est une mini-série
disponible sur Netflix. Sa particularité tient surtout à son mode narratif :
chaque épisode (d’environ une heure) est constitué d’un long plan-séquence en
temps réel.
Et c’est là que les problèmes
surviennent.
Tout commence par une intervention de la police au domicile d'une famille lambda. Les forces de l'ordre défoncent la porte et débarquent chez ces gens, au petit matin, pour appréhender leur fils de 13 ans. C'est immersif, c'est éprouvant, mais dès le premier épisode, les limites de l'exercice imposé se révèlent : le trajet du domicile de l'ado au poste de police, par exemple, s'effectue en temps réel. Et c'est loin d'être le seul moment creux et pénible. Quand il s'agit de relever les empreintes du prévenu, on se tape le tout, "tu mets ton pouce ici", "maintenant l'index", "OK, le majeur...", etc. Même chose pour les photos de l'identité judicaire : "assis-toi ici, ne bouge plus... très bien, mets-toi de côté maintenant... bien, l'autre profil..."
Vous l'avez compris, il faut être très patient pour visionner les quatre épisodes de cette histoire très bancale. Car, sur le fond, il n'y a pas grand-chose à raconter. Il n'y a pas d'enquête, pas de rebondissements, pas de fausses pistes, tout est réglé et limpide dès le départ, les preuves sont accablantes, et les scènes vont donc s'accumuler dans une sorte de long tunnel à la fois voyeuriste et ennuyeux.
Il y a bien quelques très rares scènes qui surnagent (le premier interrogatoire de l'ado, plutôt intense), mais c'est bien peu pour justifier tout le reste. En fait, l'intrigue passe complètement au second plan et seule la forme, cette réalisation certes ambitieuse mais complètement inappropriée, est mise en avant.Le problème avec ce genre "d'exploit" technique (autant pour les cadreurs que les acteurs), c'est qu'il n'a de sens que s'il est mis au service de l'histoire. Or, ici, la technique nuit au récit. Elle le rend terriblement lourd et limité.
Et il y a bien d'autres défauts dans cette mini-série assez cagneuse. Notamment une impression d'invraisemblance dès le premier épisode, où tous les intervenants sont "parfaits". Qui a déjà été confronté à une machine administrative sait fort bien qu'en son sein naviguent des gens fort différents. Certains sont incompétents, d'autres pressés ou de mauvaise humeur, certains sont blasés, indifférents, d'autres antipathiques. C'est souvent un soulagement de rencontrer, dans ce genre de faune, une personne un peu compatissante et agréable. Or, dans cette introduction, tout le monde est parfait. Le flic est super sympa, l'avocat est super sympa, l'infirmière est super sympa, le gars de l'accueil est super sympa... On dirait un infomercial pour les institutions britanniques !
Les autres épisodes n'ont pas de défauts aussi évidents mais demeurent plombés par ce parti pris catastrophique du "temps réel". Dans le deuxième épisode, on suit les flics dans une école, alors qu'ils déambulent dans les couloirs ou montent et descendent des escaliers. Dans le troisième, on a droit à un très long entretien entre l'ado et une psy, entretien qui dans tout autre œuvre aurait duré 5 ou 10 minutes, et non 50. Enfin, le quatrième épisode se penche sur la réaction de la famille. C'est le plus lunaire. Des abrutis ont tagué la camionnette du père, il va donc tenter de la nettoyer (il remplit un seau avec de l'eau et du savon, puis il va frotter la carrosserie, toujours en temps réel) mais ça ne marche pas, il décide donc d'aller dans un magasin de bricolage pour acheter un produit plus approprié, et là encore, tout est en temps réel : le trajet interminable, l'arrivée sur le parking, la recherche d'un vendeur, les conseils de ce dernier...
Et il convient en effet de s'interroger sur ce que les auteurs veulent raconter et mettre en avant.
Le naufrage du système éducatif et de la société occidentale en général ? Hmm... si c'est le cas, ce n'est pas très abouti. Une condamnation du harcèlement (dont on ne voit rien) ? Si c'est ça, c'est encore plus maladroit, car le "harcelé" est totalement antipathique et les harceleurs absents. Alors quoi ? Ce n'est pas une énigme policière, tout est révélé dès le premier épisode. En fait, à part le côté prétentieux d'une réalisation qui se veut teintée de virtuosité mais n'est que guirlande bon marché et beauf sur un sapin terne, il n'y a rien à rechercher dans Adolescence, qui bien qu'objet de curiosité demeure une coquille vide au voyeurisme malsain et au message trouble.
On peut mettre un peu de meringue dans une merde, ça ne change pas sa véritable nature ni la grimace attendue lors de sa dégustation.
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