Publié le
15.10.22
Par
Nolt
C'est à un voyage très complet au cœur du mythe de Cthulhu que nous convie cet ouvrage de plus de 200 pages.
Autant le dire tout de suite, Les Mythes de Lovecraft présente un contenu de grande qualité. Ce qui n'est pas si courant que ça (cf. cet ouvrage consacré à Stephen King et blindé d'erreurs, d'approximations et de coquilles). En effet, le nom de Lovecraft fait vendre et attire certes des passionnés mais aussi parfois des opportunistes ou simplement des gens très vite dépassés par l'ampleur d'une tâche dont ils peuvent sous-estimer la complexité. Ce n'est heureusement pas le cas ici, les éditions Ynnis ayant visiblement apporté une grande attention à la qualité des textes compilés dans ce livre.
L'ouvrage est organisé en quatre grandes parties. La première est consacrée à H.P. Lovecraft, la seconde aux autres auteurs ayant contribué au mythe (ou l'ayant inspiré), la troisième décrit dans le détail les créatures du mythe, et enfin la quatrième s'attarde sur les différentes déclinaisons, en jeux notamment.
Le grand format (24 x 27 cm environ) et le papier glacé de qualité permettent de mettre en valeur les très nombreuses illustrations qui aèrent les articles. Ces derniers sont particulièrement agréables à lire et contiennent une foultitude d'informations en tout genre. L'on regrettera de rares tournures malheureuses (comme "les auteurs et autrices", pourquoi inventer un terme inélégant et absurde alors que "auteurs" désignent déjà les femmes de lettres ?), mais il faut dire que je chipote un peu.
Le "bestiaire" présentant dieux, créatures et serviteurs est particulièrement exhaustif. Chaque "fiche" de créature contient une courte citation servant d'introduction, une description de la bestiole et de son rôle au sein du mythe, une ou plusieurs illustrations ainsi que la liste des récits dans lesquels elle apparaît.
L'on a droit aussi à la présentation des lieux notables (Innsmouth ou R'lyeh par exemple), des différents ouvrages impies et des explorateurs malchanceux qui ont souvent mal fini.
En ce qui concerne la section dédiée à la pop culture et aux différents produits dérivés, là encore, c'est assez dense et vaste puisque films, jeux de rôles et de société, jeux vidéo et bandes dessinées sont passés en revue. De passionnants domaines à aborder néanmoins avec précaution, cette lecture pouvant causer divers effets secondaires, comme se lancer éperdument dans la quête de quelques objets de collection relativement coûteux (d'autant que des photos de figurines sont également présentes)...
Voilà donc un ouvrage agréable qui permet de (re)découvrir le célèbre écrivain de Providence et son mythe en faisant voyager le lecteur d'îlots d'analyses subjectives mais pertinentes en continents d'informations parfaitement présentées.
Joli et fort intéressant.
Les Mythes de Lovecraft - Ynnis Éditions
35 euros
205 pages
Déjà disponible
Publié le
13.10.22
Par
Nolt
Mais va voir un psy bordel, au lieu de gâcher du papier !
Alors, évidemment, ce genre de littérature doit exister aussi. Là n’est pas la question. Le problème vient du fait que l’on ne récompense QUE ce genre de littérature (sauf très rares exceptions, comme Pierre Lemaitre). Parce que pour les génies inspirés qui remettent ces prix, les livres n’ont de valeur que lorsqu’ils sont bouffis d’orgueil et dénués d’inspiration. Pas de divertissement, s’il vous plaît, c’est vulgaire ! Pas de personnages, de récits, d’idées, de rythme ou d’audace ! Cette littérature-là, que personne (ou presque) ne lit, qui est grise et compassée, froide comme un cadavre au cœur de l’hiver, se doit d’être hostile et désagréable, presque inabordable, pour être respectée.
Car bien sûr, les membres de l’Académie Suédoise (ce sont eux qui décernent le torchon dont il est question) estiment que l’intelligence de la forme ou la richesse du propos ne peuvent aller se nicher dans un roman de genre, trop populaire et poli (ne pas emmerder ses lecteurs et faire passer du fond en soignant la forme étant une forme de politesse pour l’écrivain respectable) pour mériter l’intérêt de ceux qui passent leur temps à se féliciter entre eux, dans d’obscures salons où le lecteur véritable ne mettra jamais les pieds.
Ernaux ? Mais enfin, est-ce que ceux qui se réjouissent de ce prix ont au moins déjà ouvert un de ses bouquins ? Les effets de manche grotesques se disputent aux platitudes. C’est le mariage improbable de la vanité du fond et de la vulgarité de la forme. Il est tout de même incroyable que les auteurs qui pratiquent « l’auto-fiction » soient ceux dont la vie n’a absolument rien d’exceptionnel. Parce que, Ernaux, elle n’est pas astronaute ou exploratrice. Elle est née en Normandie, dans une famille de petits commerçants, elle est devenue prof, s’est mariée, a eu deux enfants, puis a divorcé… wow, ça a l’air passionnant, je t’en prie Annie, rue-toi sur ton traitement de texte pour nous compter tout ça dans le détail en 17 romans !!
En ce qui concerne sa vision de l’écriture, c’est encore pire. Elle revendique elle-même un « style neutre » (ah ben ça, oui, on avait vu que c’était bien neutre, trop neutre même, mais ce n’est pas forcément le terme qui me serait venu à l’esprit) et une « absence de métaphores » (ça tombe bien, l’écriture, ce n’est pratiquement que ça, sinon l’on se condamne à aligner les lieux communs et les expressions toutes faites). Elle semble, à 82 ans, n’avoir rien compris, ou presque, de l’essence même de son métier. Consacrer sa vie à une seule tâche et trouver le moyen de ne rien y entraver, oui, ça méritait peut-être un prix Nobel après tout…
Oh et puis merde, franchement, tant mieux ! Ce monde inepte, ridicule et cynique mérite de tels « héros », tant qu’à faire n’importe quoi, autant aller jusqu’au bout de la démarche. Donnons le Goncourt à Angot et le Femina à Legardinier ! Célébrons les handicapés de la Plume, les cuistres et les béotiens ! Roulons-nous dans la fange des impérities revendiquées et des petites ambitions ! Jouissons à n’en plus finir de ces pages déjà jaunies par la vacuité avant même d’avoir été embrassées par les horloges ! Chantons les louanges des traîne-savates et des petits fonctionnaires de la littérature ! Au diable le lyrisme, l’intelligence, la technicité et le noble artisanat, glorifions le vide, fêtons l’aridité, louons le règne de cette Nuit qui s’insinue partout et assombrit chaque mot, chaque virgule…
Pour le prochain Nobel, j’imagine que Marlène Schiappa est en bonne place. Une dinde dont le QI est inférieur à la pointure de ses godasses et qui écrit des livres de cul, niveau bêtise et vulgarité, elle n’est pas encore en mesure de rivaliser avec une Ernaux, mais elle n’a que 40 ans, il ne faut donc pas désespérer, elle a encore suffisamment d’années devant elle et de temps de cerveau disponible pour inscrire son œuvre au panthéon de la littérature atrophiée et multi-récompensée.
Publié le
8.10.22
Par
GriZZly
Thomas Shaper, alias Robert Fury, nous livre la suite et la fin de l'histoire
du Jukebox Motel, cette envoûtante vieille bâtisse isolée.
Le premier tome nous avait beaucoup plu et le second (oui, deuxième et dernier, Jean-Kévin) est dans la droite ligne de son prédécesseur. Il va nous être malaisé de parler de ce tome-ci sans trop en dévoiler mais tentons l'exercice...
Entre son intoxication à la peinture, sa paternité toute récente et un peu culpabilisante, ses amitiés fluctuantes, le contrat qui le lie à un marchand d'art cupide, son lien étrange avec le Jukebox Hotel et les idéaux qu'il voudrait dorénavant respecter après les avoir mis à mal, Tom va avoir fort à faire.
Et c'est précisément tout ce que cet album va s'employer à narrer : comment un homme enlisé dans autant de problèmes va-t-il bien pouvoir s'en sortir ? Par quelle habile pirouette va-t-il parvenir à devenir l'homme qu'il aspire désormais à être ?
Eh bien, en usant des ressorts émotionnels et narratifs installés tout au long du tome 1, pardi ! En effet, comme dans une œuvre bien écrite.
C'est fou, non ? Ça existe encore, ces machins ? Vous savez : les auteurs qui savent écrire... Il faut croire que oui. Et c'est bien agréable.
C'est fou, non ? Ça existe encore, ces machins ? Vous savez : les auteurs qui savent écrire... Il faut croire que oui. Et c'est bien agréable.
En revanche, l'histoire ne bascule jamais franchement dans un fantastique qu'il nous sembla pourtant voir poindre par moments... Non, ce n'est pas une histoire extrêmement glorieuse ou palpitante... Non, notre protagoniste principal n'est pas irréprochable... Non, les motivations des personnages ne sont pas toujours claires... Mais tout cela rend justement ce diptyque terriblement humain. On y croit, à cet étrange peintre, ami de Johnny Cash, ayant fait fortune un peu par hasard grâce à l'engouement généré par une de ses toiles. On croit à ses revers de fortune, à ses complexes, à ses doutes, à ses hontes et à ses moments de flamboyance.
L'intégralité des qualités que l'on reconnaissait à la première partie est toujours présente ici et le tout a le bon goût d'être cohérent tout en parvenant à boucler absolument tous les arcs narratifs ouverts au fil du récit.
Notre seul conseil, par conséquent, sera le suivant : allez donc lire notre chronique relative à La Mauvaise Fortune de Thomas Shaper (très chouette jeu de mot autour de la polysémie de "fortune" collant parfaitement à l'histoire, d'ailleurs) et ajoutez-y la certitude que tout va pour le mieux qualitativement dans le tome suivant... Si cela vous convient, foncez vous procurer ces deux bandes dessinées signées Tom Graffin et Marie Duvoisin dans la collection Grand Angle de chez Bamboo (une collection devenue incontournable depuis quelque temps, tant la qualité et la diversité de ce qu'elle propose continue à surprendre).
Une réflexion très actuelle sur ce qu'est le bonheur, au-delà des apparences, des attraits de la fortune, des gloires éphémères, de la célébrité et autres artifices. Une sorte d'ode à une simplicité salutaire et aux relations humaines enrichissantes.
Simplement un bel ouvrage !
Simplement un bel ouvrage !
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
7.10.22
Par
Nolt
Bon, les amis, autant se le dire tout de suite, là on n'est pas du tout sur du Bang ou du Shogun, si votre but c'est de faire une partie rapide entre amis pendant l'apéro, vous pouvez oublier tout de suite AWAW, vous n'êtes probablement pas la cible. Parce que ce jeu, il va falloir le mériter. Lire les 200 pages de règles, déjà. Et les nombreux appendices. Préparer le terrain et les armées. Trouver une place chez vous pour étaler cartes, tables de résolution et tout votre bordel. Et dénicher quelqu'un d'assez fou pour s'embarquer sur une partie qui va durer probablement quelques... semaines ? Mois ?
Maintenant qu'on vous a un peu fait peur, commençons par le début.
AWAW est un wargame à l'échelle stratégique se déroulant sur les théâtres d'opération européen et pacifique durant la Seconde Guerre mondiale. Huit puissances majeures sont jouables : France, Angleterre, Allemagne, Italie, URSS, États-Unis, Japon et Chine. La simulation est très poussée, puisqu'elle comprend, outre les opérations militaires, des volets diplomatiques, économiques et scientifiques. Même la météo est simulée. Bien sûr, comme souvent dans les wargames, le ravitaillement va s'avérer crucial.
Un tour de jeu représente trois mois dans la réalité (chaque année étant décomposée en 4 tours, correspondant aux 4 saisons). La plupart des actions nécessitent des points de ressources économiques, appelés BRP. C'est ce qui va vous permettre de construire des unités, développer votre recherche ou encore déclarer la guerre à certains pays.
Un tour de jeu représente trois mois dans la réalité (chaque année étant décomposée en 4 tours, correspondant aux 4 saisons). La plupart des actions nécessitent des points de ressources économiques, appelés BRP. C'est ce qui va vous permettre de construire des unités, développer votre recherche ou encore déclarer la guerre à certains pays.
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| Une petite partie des planches de pions présentes dans le jeu. |
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| Les cartes sont détaillées et indiquent notamment zones industrielles et ressources pétrolières. |
Assemblées, 2 cartes (représentant donc un théâtre d'opération) recouvrent une surface de 110 x 75 cm.
En ce qui concerne les unités, nous sommes sur des pions (bien plus pratiques que des figurines, notamment pour l'empilement) de différentes couleurs affichant des symboles OTAN. Outre le type d'unité (infanterie, paras, blindés, aviation, destroyer...), l'on trouve sur ces pions diverses indications, notamment la puissance, la mobilité et parfois certains renseignements secondaires (le nom de la division ou du bâtiment).
La boîte contient 2800 pions, répartis sur 10 planches. L'on retrouve divers marqueurs, les armées des puissances majeures citées plus haut, mais également les troupes de certains pays mineurs (Irlande, Pays-Bas, Suède, Norvège, Ukraine, Belgique, Pologne, Turquie...). Bref, il y a de quoi faire.
Un rangement en plastique (avec une vingtaine d'emplacements) ainsi que des sachets sont fournis. D'une manière générale, le contenu est soigné, très complet et relativement pratique (sauf les règles, livrées en feuillets détachés qu'il faut relier, mais elles existent aussi en PDF et en français, et sont facilement trouvables sur le net).
Le nombre de joueurs peut varier de 2 à 6 (voire plus en fait) et l'on peut même tenter des parties solo.
Un rangement en plastique (avec une vingtaine d'emplacements) ainsi que des sachets sont fournis. D'une manière générale, le contenu est soigné, très complet et relativement pratique (sauf les règles, livrées en feuillets détachés qu'il faut relier, mais elles existent aussi en PDF et en français, et sont facilement trouvables sur le net).
Le nombre de joueurs peut varier de 2 à 6 (voire plus en fait) et l'on peut même tenter des parties solo.
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| Une infime partie du théâtre pacifique, où les unités aéronavales joueront un rôle déterminant. |
Passons au vif du sujet et au point qui fait peur : la jouabilité.
Il faut dire que AWAW se traîne une réputation (pas entièrement fausse) d'usine à gaz. Et il est vrai que l'immense richesse du jeu le rend également relativement complexe. Peu de gens ont notamment envie de s'attaquer au pavé de règles. Ceci dit, il convient de préciser plusieurs points à ce sujet.
Tout d'abord, il faut savoir que 10 % des règles sont utilisées 90 % du temps, ce qui est courant dans ce genre de jeu, vu l'extrême particularité de certains points. De plus, les concepteurs ont fait le choix d'être volontairement redondants, afin que les joueurs puissent facilement trouver l'info qu'ils recherchent. Par exemple, une information concernant les effets de la météo sur les unités blindées se trouvera à la fois dans la rubrique météo et dans la partie unités. De plus, cette version étant la troisième édition du jeu, lui-même dérivé d'autres jeux plus anciens (Advanced Third Reich et Rising Sun), les auteurs ont intégré de nombreuses précisions grâce aux retours et questions des joueurs. Enfin, il est tout à fait possible d'écarter certains éléments (la recherche par exemple) pour se laisser le temps de maîtriser les règles essentielles.
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| Le jeu prévoit aussi d'éventuelles attaques atomiques. Sympa, non ? |
Il faut encore aborder la question du prix. Cette lourde boîte est estimée à 190 euros sur certains sites, on peut toutefois la trouver en neuf aux alentours de 150, ce qui est correct vu le contenu et la portée du jeu mais reste un investissement conséquent. Là encore, ce n'est pas vraiment le grand public qui est visé.
Il s'agit donc d'un excellent jeu, ambitieux et passionnant, mais qui cible une catégorie de joueurs très particulière : ceux dont l'imagination est enfiévrée lorsqu'ils contemplent pendant des jours des petits carrés sur des hexagones. Probablement les mêmes qui ont passé autrefois des heures sur Tobruk 1942 ou Battlefield Germany (cf. cet article) et qui connaissent donc le plaisir subtil de refaire l'Histoire tout en étant à la tête des plus prestigieuses armées.
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| Différents tableaux et résumés aident à "digérer" les règles. |
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
1.10.22
Par
GriZZly
Mangeaille et picoles entre amis, peintures et enchères,
voyages dans le temps et meurtres de sang froid.
Le premier tome de Safrane Chu nous avait plutôt plu et c'est donc avec entrain que nous nous ruâmes sur ce deuxième bouquin.
Premier constat : John Layman et Dan Boultwood remettent le couvert, ce qui assure une continuité narrative et graphique à la série... et c'est pas plus mal quand on considère ce qu'est Safrane Chu. Pas sûr que des tas d'auteurs puissent se livrer à un tel exercice tant c'est en dehors de la plupart des codes.
Cette fois, notre ciboparse (elle capte les connaissances, capacités et secrets des gens avec qui elle casse la dalle) va se lancer dans un braquage improbable dans le monde des amateurs de pinard de luxe. Elle y découvrira même un cru permettant de remonter dans le temps en se téléportant à l'endroit et à l'époque de sa mise en bouteille... Voilà qui est bien pratique lorsque l'on convoite quelques antiquités et que l'on sait que l'effet se dissipera dès l'ivresse évaporée !
Son fidèle acolyte Eddie Molay est encore de la partie et s'avère toujours aussi ringard, inutile et potentiellement encombrant ; le vieux papy Ong Chu, quant à lui, reste le genre de grabataire qui ne cesse de grabater et dont nos tourtereaux usent et abusent pour leurs escroqueries diverses et variées, comme si le pauvre vieux catatonique en chaise roulante n'était qu'un outil parmi d'autres.
Sur leur chemin se dresseront d'anciens ennemis et de nouveaux ; à leur côtés émergeront de nouveaux associés... mais nul n'est ici à l'abri d'un courant d'air intra-auriculaire généré par une balle impromptue, à part nos "héros".
La commande est passée, l'assiette est servie et la recette est respectée mais il nous est impossible de ne pas ressentir comme un arrière-goût étrange... un peu comme si, conscient que le piquant était son point fort, un marchand de tacos en vendait avec une teneur en épices et en piments interdite par les accords de Genève.
Avoir une héroïne sexy à la violence décomplexée, continuellement transgressive et dotée de tous les savoirs et toutes les capacités que l'on peut maîtriser à condition d'avoir partagé un mets avec un spécialiste de la discipline est un parti pris de départ que l'on peut entendre... Qu'elle soit dans l'excès est donc naturel. Que le tout se passe dans un univers "plus cartoon, t'es un toon", soit. Que le scénario semble n'être là que pour servir de fil sur lequel enfiler scènes de violence, humour crétin et roublardise, admettons...
Mais nous sommes plus embarrassés par la vanité contradictoire de ce tome. Safrane apprenant énormément de choses lors de chacune de ses aventures grâce à ses talents de ciboparse, l'on serait en droit de la voir évoluer bien davantage. Il n'en est malheureusement rien. Et ce bémol a tendance à se répercuter sur notre perception de l'ensemble : pourquoi tant de victimes et de dégâts dans le sillage de la jeune femme si c'est pour qu'elle en retire au final si peu ? Tout cela semble alors trop gratuit et certains des meurtres de Safrane passent dès lors pour du vice de sociopathe... Mais a-t-on envie de suivre les aventures d'une clopeuse alcoolique dérangée tuant de sang froid, quand bien même fut-elle gaulée comme une ambassadrice Aubade dopée aux hormones féminines ? Rien n'est moins sûr et, pour ma part, elle a perdu la sympathie que j'avais pour elle à plusieurs reprises.
Comprenons-nous bien, je ne donne pas ici de leçon de morale à l'auteur : il est bien libre de faire crever dans la douleur 99 % de ses personnages si ça le réjouit... mais que cela ne fasse en rien avancer le récit est plus problématique narrativement parlant.
Quand on n'a plus rien d'autre à raconter que la mort d'un homme, c'est qu'on n'a rien à dire. Et trop souvent, ici, des personnages sont tués pour simplement les faire disparaître de la narration, sans que cela ait la moindre incidence sur le monde environnant.
Quand on n'a plus rien d'autre à raconter que la mort d'un homme, c'est qu'on n'a rien à dire. Et trop souvent, ici, des personnages sont tués pour simplement les faire disparaître de la narration, sans que cela ait la moindre incidence sur le monde environnant.
C'est donc animé d'une légère déception que je termine mon assiette. Je n'hésiterai pas à me servir à nouveau au même buffet mais ce sera essentiellement en espérant un assaisonnement plus digne des ingrédients de base.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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