Publié le
9.8.23
Par
Vance
Nous l'avons assez dit ici, et parfois avec déférence voire respectueuse crainte : la propension de King à laisser libre cours à sa plume dans les descriptions souvent minutieuses d'un élément de décor, du caractère d'un personnage, n'est en aucun cas un frein pour qui apprécie les histoires qu'il tisse, les intrigues qu'il échafaude, les joies et les peines dans lesquelles il plonge ses protagonistes, et les lecteurs avides avec eux, en totale communion. Donc les 729 pages en français de l'édition brochée sortie en mars 2023 chez Albin Michel ne sont pas du tout pour rebuter ceux qui ont avalé sans heurt les 608 de l'Institut, les 924 de 22/11/63 ou les 1183 pages du Fléau (dans le même format ; rajoutez-en 25 % pour les versions poche). Quand on aime...
Autre point commun avec quelques-uns parmi les près de cinquante romans précédents : l'histoire est racontée à la première personne, par (donc) le protagoniste principal, qui deviendra de ce fait, contre son gré, le héros du conte de fées qui s'annonce. Car sa vie n'a tout d'abord rien de tel : Charlie vit avec son père et se prépare à poursuivre ses études. Il a bossé dur pour y arriver, et notamment parce qu'il a perdu sa mère dans un stupide accident survenu sur "ce foutu pont" de Sycamore Street, et qu'il a dû pendant de longs mois tenir la famille à bout de bras le temps que le paternel parvienne à sortir de sa dépression alcoolique. Si dès le début on sympathise avec ce pauvre gamin qui va s'étendre sur ces malheurs qui ont ponctué sa jeunesse (et qui serviront de point de départ d'une série de circonstances amenant le "conte de fées" du titre), l'on s'aperçoit aussi qu'il ne ressemble pas vraiment aux héros d'histoires similaires : Charlie n'a rien d'un geek solitaire, enfermé dans un monde de jeux vidéos et de chimères tirées des comics ou des romans de SF à bon marché. C'est un grand gaillard d'un mètre quatre-vingts qui a récemment été une vedette sportive du lycée, auteur d'un exploit qui lui valut les honneurs de la presse locale. La vie aurait pu lui sourire dans un pays qui respecte autant ce genre de héros ordinaires, mais la tragédie qui frappa son foyer en décida autrement et il dut faire des choix drastiques pour parvenir à rester à flot tandis que son père se noyait dans l'alcool.
Avec son habileté et son aisance habituelles, Stephen King nous raconte l'histoire de Charlie, de ce foutu pont qui aurait pu ruiner sa vie et de sa rencontre avec M. Bowditch, un singulier vieillard vivant reclus dans une maison que d'aucuns estiment hantée. De fil en aiguille, en raison des drames qui ont marqué son passé récent (et que l'auteur de la Tour sombre se plaît à rappeler incessamment, comme pour s'excuser et justifier ce qu'il va advenir), notre brave garçon va se rapprocher de cet ermite et notamment de sa chienne, Radar, qui naguère encore terrorisait les enfants du quartier. Et le vieil homme, mal en point suite à une chute, devra compter sur l'aide inopinée de ce jeune athlète poli, solide et sincère. Ainsi, Charlie va entrer dans la vie de cet ermite, et découvrir les secrets que recèle sa demeure aux allures de "Psycho House" (mais si, vous savez, c'est ainsi qu'on surnomme le manoir à côté du motel de Norman Bates dans le film Psychose !). Et au milieu de ces secrets, le plus grand, le plus important, la source de tout le mystère qui entoure la vie du vieil homme : un passage vers un autre monde.
Cet autre monde servira de cadre aux deux derniers tiers de l'ouvrage, un univers où les animaux ont des proportions étonnantes, où l'air est pur et où la magie existe : une magie qui est l'une des deux raisons qui vont pousser Charlie à entreprendre un voyage qu'il sait périlleux. Il doit le faire pour tenter de sauver une vie mais il découvrira en chemin que ce monde fabuleux est touché par un mal qui le hante, qui obscurcit le ciel et ronge jusqu'au corps de ses habitants, un monde où des meutes de loups ravagent les campagnes la nuit et où les survivants tentent de fuir loin de la capitale où règnent le chaos et la folie... Parti sur des motifs un rien égoïstes, Charlie se transformera bien malgré lui en sauveur désigné de tout un peuple et, partant, lorsqu'il comprendra quelle est la nature du mal qui s'étend là-bas, en sauveur de son propre monde - le nôtre.
Dans ce pays étrange et merveilleux, où des gens parlent sans bouche, où les criquets ont la taille de chats adultes, où l'on croise des géants et des sirènes, où les fenêtres vous regardent et où les morts sortent de leurs tombes, Charlie devra accepter son sort, risquer sa peau et tenter de mettre fin à la malédiction qui s'en est emparé. Il le sait - et le répète (un peu trop) souvent : il n'a rien du héros ou du "prince Sharlie" acclamé par les foules, mais il fera ce qui doit être fait. Parce qu'il est avant tout un bon gamin et qu'il a trop à perdre, parce qu'il y a encore des gens qu'il aime et qui l'aiment et donc, comme dirait Sam Gamegie :
Il y a du bon en ce monde, Monsieur Frodon, et il faut se battre pour cela.
Je ne découvris que plus tard la vérité au sujet du cabanon.
Ou encore :
C'est à partir de là que vous devenez incrédules.
Cependant, il faut reconnaître que la nature même de l'histoire, déclamée par le titre, la pose sur des bases indiscutables, sur des rails inamovibles : Charlie devient le héros d'un conte et il va aller d'épreuves en épreuves, toutes plus terribles les unes que les autres, affrontant des ennemis de plus en plus coriaces mais pouvant compter sur des adjuvants, ces personnages qui l'aideront d'une manière ou d'une autre. Et comme c'est Charlie qui raconte sa propre aventure, c'est qu'il finira par s'en sortir, n'est-ce pas ? Le fait est que le déroulement devient dès lors transparent et les surprises promises par cet univers "autre" en sont presque atténuées : non seulement les beaux dessins de Gabriel Rodriguez (celui-là même qui a illustré les Locke & Key !) & Nicolas Delort ont tendance à dévoiler un peu des pages suivantes, mais notre propre culture nous permet d'anticiper la plupart des pièges, péripéties et créatures placés sur la route du héros. C'est à la fois confortable, surtout si l'on est au bord d'une piscine, dans un canapé ou sur la plage, et déroutant.
Alors oui, sur ce plan précis, Conte de fées s'avère un brin décevant, même si (ou parce que ?) l'on est ravi par la tournure que prennent les événements. Malgré la noirceur qui couve dans les bas-fonds de ce royaume enchanteur et la menace qu'elle engendre, l'ensemble demeure sans doute trop gentillet, trop propre, trop prévisible - d'autant que King insiste sur les motivations de son personnage en nous serinant ses défauts, son passé, et les circonstances troubles dans lesquelles il a vécu après le décès de sa mère. Une redondance qui alourdit régulièrement la lecture quand bien même elle s'expliquerait par l'âge et l'expérience de l'auteur de ce témoignage écrit. Heureusement, contrairement à nombre de héros modernes, Charlie ne se perd pas en atermoiements et hésite rarement : le temps, après tout, lui est compté.
Enfin, d'une manière assez inexplicable, l'émotion peine à se manifester alors que tous les ingrédients sont là pour faire pleurer dans les chaumières. Encore une fois, c'est bien davantage dans sa première partie que l'on ressentira la dose congrue de compassion et d'attendrissement pour ce garçon affligé par le destin. De la même manière, alors que tout concourt à nous fournir un lot conséquent d'horreurs indicibles et de monstres innommables, Conte de fées ne vous fera sans doute guère frissonner. Après tout, cela reste un conte de fées, et qui a peur encore du Grand Méchant Loup ?
Pas un chef-d'œuvre donc, mais un roman sincère et redoutablement efficace, qui vous comblera pendant de longues heures.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
|
|
|
Publié le
6.8.23
Par
GriZZly
"Quand on n'a plus rien à perdre, on peut prendre tous les risques..."
Il est rare que l'on commence une chronique en parlant de l'auteur de la bande dessinée que l'on va aborder mais, ici, le palmarès du bonhomme le mérite sans doute. Il s'agit d'Eric Stalner, dont le nom ne doit pas nécessairement stimuler la libido bédéistique de notre lectorat mais qui a pourtant à son actif un grand nombre d'œuvres de qualité.
Dressons une liste rapide du travail du monsieur... Tout d'abord avec son frère :
- Chez Glénat : Les Poux, Le Boche, Le Fer & le Feu.
- Chez Dargaud : Fabien M., Malheig.
- Chez Glénat : Le Roman de Malemort, Le Triangle secret, Voyageur, La Zone.
- Chez Dargaud : La Croix de Cazenac, La Liste 66...
Depuis quelques temps, il a intégré la très recommandable collection "Grand Angle" de Bamboo avec L'Oiseau rare, Bertille & Bertille et, comme vous pouvez le constater, 13h17 dans la vie de Jonathan Lassiter.
En quoi cette énumération peut-elle bien être utile ici, allez-vous nous demander ? Eh bien à vous faire réaliser sa boulimie de travail, déjà... mais aussi et surtout son éclectisme.
Navigant entre les genres et les époques, écrivant autant qu'il dessine, Stalner n'a de limites que ses envies et, cette fois, c'est vers la haute société américaine des sixties qu'elles l'ont porté.
Depuis Bertille & Bertille, cet auteur a envie de se pencher sur des rencontres improbables et, donc, des duos de personnages tout aussi inattendus.
1962, Keanway, USA. Nous rencontrons bien vite Jonathan Lassiter qui, le même jour, se fait larguer par sa fiancée, virer par son patron et détrousser par un pickpocket. Une chouette journée, en somme ! Mais, dans le petit pub quasi désert où il escompte bien noyer sa peine, il rencontre Edward, un homme aussi distingué que cynique qui fête là, seul face à son verre, un mystérieux anniversaire. Une relation étrange va alors se tisser entre eux et, un peu contre son gré, Jonathan va se voir embarquer dans les adieux d'Edward à la petite ville dont il connaît les moindres rouages et les plus viles turpitudes. De petites surprises en innocentes incivilités, leur escapade va bientôt mener le jeune homme à être témoin et parfois acteur de faits de plus en plus graves, jusqu'à un aboutissement détonant.
Cette bande dessinée n'est pas pour tout le monde. Voilà une étrange façon de débuter un paragraphe, n'est-ce pas ? D'autant plus que nous allons bien vite nous lancer dans une telle défense de celle-ci que cela prendra quasiment des airs de campagne de promotion. Mais, définitivement non, ce n'est pas fait pour tout le monde. En revanche, les gens à qui elle plaira vont tout simplement succomber ! Ne nous étendons pas ici sur ce qui pourrait déplaire à certains car, c'est tout simple, c'est exactement tout ce qui pourrait séduire les autres !
En effet, lorsque l'on connaît un peu nos contemporains (attention, la suite risque de révéler quelques facettes un rien misanthropes de ma pourtant si attachante personnalité, hum...), il n'est pas difficile de deviner la réaction de certains face à cet album.
L'on voit d'ici, par exemple, leur regard interdit face à cette couverture façon "splitscreen en quasi totale bichromie". Il n'est pas plus malaisé d'imaginer leurs commentaires lorsqu'ils constateront que cette palette de couleurs limitée de la couverture a toute sa raison d'être, étant la même que dans tout l'album. Je ne saurais que trop anticiper le rejet qu'ils témoigneront lorsqu'ils comprendront (lentement, ces gens comprennent lentement) que ce choix n'est pas seulement esthétique mais qu'il s'attache aussi à créer une ambiance suggérant les années soixante et convoquant un certain cinéma noir faits de thrillers et de polars. Je me marre déjà tant je suis certain que quelques-uns se demanderont même où son passés les cadres noirs autour des vignettes... Quoi de plus simple que de visualiser leur incompréhension devant le comportement de dandy d'Edward ? Quoi de plus logique que leur affolement face au côté verbeux de certaines planches ?
Parce que oui, notre époque compte fort heureusement tonnes de gens qui aimeront cette belle BD à la narration élégante, aux cases soignées, aux personnages parfois archétypaux, parfois extravagants mais toujours crédibles et réceptacles possibles de notre empathie. Mais elle est aussi farcie de gens qui ne sauront, par manque de goût, de bagage culturel, de curiosité, d'intelligence ou de poésie, apprécier ce tome à sa juste valeur. Le drame étant que ces gens sont pourtant ceux à qui cette lecture devrait faire le plus de bien.
Il faut dire que, outre son histoire plaisante à laquelle ces cucurbitacées resteront forcément insensibles, elle interroge aussi le lecteur sur les carcans de notre société et le sens que nous donnons à nos existences... et s'il est bien des individus qui devraient se remettre en question, ce sont les pédoncules qui ne parviennent pas à aimer ce genre d'objet, bord d'aile de merle !
Mais soit ! 13h17 dans la vie de John Lassiter est donc un généreux one shot de 103 pages dont on vous recommande chaudement la lecture et dont je vous déconseille personnellement de me dire que vous ne l'avez pas au moins un peu apprécié si vous tenez à pouvoir manger des aliments solides dans les semaines à venir.
C'est beau, un peu drôle, un peu cynique, un peu provocateur, un peu philosophique, un peu référencé... mais c'est surtout un peu un coup de cœur, comme vous l'aurez remarqué.
Et c'est vachement frustrant, aussi... parce qu'il est trop bon, ce Stalner ; ça fout des complexes. En plus, il se lance des défis en nous balançant des angles de vue originaux, des architectures complexes, des voitures d'époque (la vache, que j'aime ces caisses, ça a une autre gueule que les boites à chaussures de notre époque !) et des éclairages contrastants (phares, gyrophares, flammes...) au sein de cette bichromie générale...
Vous l'aurez compris : c'est bien, jetez un œil dessus ! Ni pour nous ni pour l'auteur... mais pour vous !
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
|
|
Publié le
6.8.23
Par
Nolt
Hello les amis !
On se retrouve pour un article qui parle de flingues. Alors, après les jouets (cf. ce très joli M41A) et les pistolets orientés tir sportif (cf. ce tout aussi joli Colt 1911), on va cette fois évoquer les armes de défense personnelle. Un sujet complexe qui va nous demander d'éclaircir différents points légaux, techniques et philosophiques afin de l'aborder sereinement.
Comme vous l'avez peut-être remarqué, on ne vit pas dans un monde idéal peuplé par de gentils Bisounours. Il est donc nécessaire de se préparer à certaines situations, tout en espérant bien entendu qu'elles ne surviennent pas. C'est exactement ce que vous faites en voiture quand vous accrochez votre ceinture de sécurité.
Certains seront tentés d'objecter "mais c'est le rôle de la police de neutraliser les criminels". Alors, oui, mais après l'agression. Les policiers et gendarmes ne sont pas vos gardes du corps, il ne vous aura pas échappé qu'ils ne sont pas là en permanence, à veiller sur vous. Ils interviennent donc après un événement fâcheux, quand vous les appelez si vous êtes encore en vie, jamais sur l'instant.
Et d'un point de vue plus philosophique, pour moi, un individu responsable se doit de pouvoir protéger sa famille. Vous êtes libre de ne pas être d'accord avec ça, c'est votre droit, si c'est le cas, cet article ne vous concerne pas.
Voyons maintenant quelques principes légaux et techniques. Notamment la fameuse "légitime défense".
Pour qu'un acte de défense soit considéré aux yeux de la loi (cf. ce site) comme légitime, plusieurs conditions doivent être réunies :
- l'attaque dont vous êtes la cible doit être injustifiée (si on vous attaque parce que vous menacez quelqu'un d'autre, ce n'est plus le même cas)
- la défense doit être engagée pour se protéger soi-même ou une autre personne
- la défense doit être immédiate (on ne se venge pas un quart d'heure après)
- la défense doit être nécessaire (pas d'autres possibilités d'échapper au danger, par exemple, vous ne pouvez pas fuir)
- enfin, la défense doit être proportionnelle à la gravité de l'attaque
En général, le dernier point est très mal compris par la majorité des gens. Nous allons donc l'éclaircir.
Beaucoup de gens pensent que la proportionnalité concerne l'arme mise en œuvre. Par exemple, "si on m'attaque avec un couteau, j'ai le droit de me défendre avec un couteau". Eh bien non, ce n'est pas ça du tout. La proportionnalité doit concerner le danger et les moyens employés pour y faire face. Par exemple, un type essaie d'étrangler une jeune femme, sa vie est donc en danger. Elle parvient à saisir un couteau, elle le plante dans la gorge du type. Ça, c'est de la légitime défense. Si votre vie est menacée, vous avez le droit d'employer des moyens létaux pour vous défendre. En tout cas, c'est ce que dit la loi. Ça ne veut pas dire que vous n'aurez pas d'ennuis par la suite, mais d'un point de vue légal, vous êtes dans votre droit.
Notons que si vous repoussez, de nuit, quelqu'un qui s'est introduit chez vous par force ou par ruse, vous n'avez rien à prouver, vous êtes supposément en état de légitime défense de fait. Même chose contre des pillards.
Précisons également que vous avez le droit de défendre un bien, mais pas de tuer pour ça. Les armes présentées ici ne servent pas à la "défense du domicile" mais à "votre défense personnelle, au domicile" (puisque vous n'avez pas le droit de porter ces armes à l'extérieur). Là encore, la distinction est importante.
Enfin, il convient aussi de revenir sur le terme "non létal" lorsqu'il concerne les armes. Une arme non létale, ce n'est pas une arme qui n'est pas censée tuer, quelles que soient les circonstances. C'est une arme qui n'est pas conçue à la base pour être mortelle. C'est très différent du coup.
Une petite cuillère, ce n'est pas censé être létal. Mais si je vous la plante dans l'œil jusqu'au cerveau, il y a des chances pour que vous soyez victime de quelques effets secondaires, comme la mort par exemple. Plus sérieusement, un pistolet qui tire des cartouches à blanc est une arme non létale. Mais si vous la plaquez sur la tempe de votre voisin et que vous tirez, il y a de grandes chances pour que cela mette un terme définitif à vos soirées barbecue le week-end. Et pas parce qu'il boudera hein, mais parce qu'il sera décédé.
Donc une arme, même non létale, est toujours dangereuse (cf. le rappel des règles de sécurité en fin d'article).
Ouf, ça faisait pas mal de trucs à aborder, hein ?
Bon, allez, on passe cette fois au cœur du sujet : la gamme T4E d'Umarex.
Nous allons aborder trois modèles : le HDS 68, le HDR 68 et le HDR 50.
Le sigle T4E signifie "training for engagement". Le HD signifie "home defense" (à traduire donc par "défense au domicile" et pas "du domicile"), et le R ou le S qui suivent sont employés pour "shotgun" ou "revolver".
Nous avons donc ici deux revolvers (un assez grand et un vraiment énorme) et un shotgun. Leur principe de fonctionnement est identique. Contrairement aux gomm-cogne en calibre 12/50 (dont on parlera un jour plus en détail), on n'utilise pas ici de cartouches classiques mais des sparclettes de C0². Par contre, contrairement au Colt 1911 qui employait le même système, ici, les sparclettes sont placées dans l'arme sans être percutées. Qu'est-ce que ça change me direz-vous ? Eh bien, avec une arme destinée au tir sportif, l'utilisation est immédiate, vous placez votre cartouche de gaz quand vous avez décidé de faire une séance de tir et elle se percute automatiquement. Pour une arme destinée à vous défendre, ce mode de fonctionnement serait impensable (on ne peut pas laisser indéfiniment une sparclette percutée dans une arme). Ici, pour que l'arme soit opérationnelle, il faudra donc frapper un coup sec sur le bouchon présent sous la crosse.
Au niveau des munitions, on a pas mal de choix. Billes en caoutchouc, billes en caoutchouc mais lestées, billes en métal, billes marquantes (avec peinture), au poivre, etc.
À vous de voir ce qui vous semble le plus efficace.
En ce qui concerne les modèles présentés ici, la différence va essentiellement se faire sur la puissance, le nombre de coups et l'encombrement.
Le HDR 50 est le modèle le plus facilement maniable, il dispose de 6 coups mais n'a qu'une puissance de 11 joules maximum (et il emploie donc des billes de calibre 50).
Le HDS 68 est un modèle deux coups, qui dispose d'une puissance de 16 joules (et tire du calibre 68).
Enfin, le HDR 68 est un peu un mixte des deux, puisqu'il allie un nombre de coups conséquent (5) et une puissance élevée (16 joules, puissance théorique qui passe à 20 joules avec les billes acier Devastator).
Et là, à ce stade, si vous êtes intéressé, vous avez une question évidente qui vous vient à l'esprit : "Est-ce que ces armes peuvent réellement neutraliser un criminel venu me délester de ma télévision ou me dépuceler le cul ?"
Comme souvent avec les réponses honnêtes et sensées, celle-ci sera nuancée et longue. Parce que, évidemment, pas question de répondre par un simple "oui" ou un "non". Il y a trop en jeu.
Commençons par dire que ces armes sont... dangereuses, on ne le répétera jamais assez. Et elles sont d'abord dangereuses pour vous et vos proches si vous ne savez pas les manipuler ou les prenez à la légère.
Maintenant, si vous tirez sur quelqu'un et que vous le touchez au niveau du bide, est-ce qu'il va être plié en deux et se coucher gentiment au sol ? Hmm... non. Une bille de caoutchouc, ou même d'acier, propulsée par du C0², ce n'est pas une balle propulsée par de la poudre. Rappelons que, ici, ce sont des armes non létales. Il est donc très difficile de maîtriser un criminel déterminé avec ça. Ça tape, attention, ça peut faire très mal, mais c'est loin d'être toujours efficace au point de vous mettre systématiquement hors de danger.
Une fois que l'on a admis cela, bien des gens se désintéressent de ces armes et ne jurent que par un bon vieux calibre 12 qui va éparpiller le malandrin énervé. Et c'est là que la plupart des gens font une erreur grossière : simplifier une situation qui est loin d'être simple.
Voilà donc quelques points qui jouent plutôt en faveur de cette gamme :
1. C'est financièrement très abordable, que ce soit les armes ou les munitions (comptez moins de 200 euros pour l'arme, les sparclettes et les munitions en nombre suffisant).
2. On peut (encore) se les procurer très facilement.
3. Ces armes sont très simples d'emploi et ne nécessitent quasiment aucun entretien.
4. Elles ont, comme toutes les armes, un effet dissuasif important.
5. À courte portée, elles peuvent faire du dégât.
6. Contrairement à un calibre 12, vos tympans ne vont pas être maltraités si vous faites feu, surtout dans un milieu confiné.
Par contre, une telle arme ne devrait jamais, selon moi, être employée seule. Il me semble sensé d'avoir sur soi un "back-up", une solution de repli, de type couteau, matraque, lampe tactique, etc. Pourquoi ? Parce que, si vraiment le gaillard d'en face se torche des billes que vous lui balancez, il va falloir y aller à l'ancienne. Et il vaut mieux, donc, être préparé à ça. Rappelons que nous sommes dans un contexte où vous vous battez pour votre vie et celle de vos proches. Ce n'est pas un tournoi de chevaliers. Ça va être sale, douloureux et violent. Pas question, donc, de tout miser sur l'effet dissuasif par exemple. Parce que, parfois, certains abrutis ne sont dissuadés par rien.
En conclusion, voilà donc une gamme qui est très loin d'être parfaite ou efficace à 100 %, mais qui peut rendre bien des services dans un grand nombre de situations, sans vous ruiner et en partant du principe que vous tentez de sauver la vie du criminel qui est venu vous menacer chez vous.
S'il fallait en choisir une en ne tenant compte que de l'aspect pratique, foncez sur le HDR 68 (5 coups en 16 ou 20 joules). Par contre, pour l'aspect esthétique, c'est le HDS qui l'emporte haut la main.
⚠ Les Règles de Sécurité
- Une arme est toujours considérée chargée. Même si elle ne l'est pas. Ça a l'air bizarre, mais c'est très compréhensible. Si vous commencez à développer deux types de comportement, l'un avec des armes considérées chargées, l'autre avec des armes considérées non-chargées, vous allez, un jour, vous tromper. C'est juste une question de temps. Et les erreurs, avec les armes, ne pardonnent pas. Alors, même si vous êtes certains que votre flingue est déchargé, en fait, non, il est chargé. Toujours.
- On ne pointe pas une arme en direction de quelque chose que l'on ne veut pas détruire. Si votre canon se retrouve en face de votre télévision ou, pire, de l'un de vos proches, ou de votre foutu pied, alors vous ne savez pas manipuler votre arme. Même dans le stress des combats, les soldats apprennent par exemple à effectuer leurs déplacements sans pour autant "viser" leurs collègues. Se retrouver avec une arme (considérée chargée) pointant vers quelqu'un dans un stand de tir devrait aboutir à une sanction immédiate et définitive.
- On ne se balade pas avec le doigt sur la queue de détente. L'index reste hors du pontet tant que la décision de tir n'est pas prise.
- Lorsque la décision de tir est prise, il faut être certain de sa cible et de son environnement immédiat. Il ne suffit pas de simplement viser un carton, il faut être certain que rien ne se trouve derrière, que la balle sera stoppée, que personne n'est en train de faire l'imbécile à côté (ou pas très loin), etc. Vous êtes responsable de tout ce qui se passe entre la décision de tir et l'impact.
- Outre ses 4 règles de sécurité basiques, l'on peut ajouter également le port de lunettes de protection, même avec des répliques airsoft.
Publié le
6.8.23
Par
Nolt
Coup de projecteur sur un artbook consacré au talentueux - et parfois contesté - Greg Horn.
L'ouvrage, intitulé The Art of Greg Horn, a été publié en 2004 aux États-Unis puis est ressorti, l'année suivante, dans une version brochée moins onéreuse.
Pour ceux qui n'ont jamais entendu parler de ce brave Greg, sachez qu'il est essentiellement connu, chez Marvel, pour son travail sur les covers de séries telles que Elektra, Emma Frost ou encore Ms. Marvel. Son style, ultra-réaliste, est basé sur les jeux de lumière et la peinture digitale, techniques réputées pour filer la chiasse aux "puristes" aussi sûrement qu'un verre de gnôle que votre arrière grand-père concoctait dans sa cambrousse natale.
Pour être honnête, il est vrai que certaines œuvres de Horn, notamment ses covers pour Secret Invasion, peuvent laisser perplexes, avec par exemple un Hulk qui ressemble plus à une sorte d'Errol Flynn qui aurait carburé aux épinards et à la créatine plutôt qu'au monstre que l'on connaît bien. Toutefois, malgré un côté un peu "lisse", un grand nombre de ses illustrations sont, elles, de véritables sources d'émerveillement, pour peu que l'on accepte de laisser de côté certaines idées reçues. Si l'on peut éventuellement débattre de la noblesse ou non des outils utilisés, et notamment de la supériorité du crayon classique sur le numérique, il faut être de bien mauvaise foi pour refuser de voir que le résultat obtenu est bien souvent fort agréable à l'œil.
Cette petite mise au point établie, voyons ce que l'on trouve dans ce recueil.
Bien évidemment, les personnages Marvel sont présents. Wolverine, Iron Man, Black Widow, Elektra, Ghost Rider, Spidey ou encore Emma Frost sont à l'honneur, parfois accompagnés d'un court commentaire de l'auteur. Ils ne représentent pourtant qu'une petite partie de l'ouvrage qui nous offre un tour d'horizon très complet des domaines abordés par Horn, que ce soit la publicité, les magazines ou les jeux vidéo. Du coup, les dessins sont très variés, on passe du Seigneur des Anneaux à Ghost Recon, G.I. Joe, Resident Evil, Halo, Tomb Raider ou Battlestar Galactica.
Les univers sont donc multiples et couvrent des genres hétéroclites ; sport, militaires à gros flingues, SF, bagnoles ou jolies filles (et si vous vous dites qu'après autant de clichés, il ne manque que la bière, vous n'êtes pas tombé loin puisque vous aurez droit à une rasade de Bacardi dans la section pub).
Le tout est complété par un tutorial "pas à pas", une checklist, quelques croquis et des photos personelles du monsieur (elle est bien jolie miss Horn !).
Le prix maintenant. La seconde édition, brochée, avec couverture souple, était plutôt attrayante car l'on pouvait se la procurer pour moins de 18 €, port compris, ce qui est un prix très honnête pour un grand format de 144 pages disposant d'un papier glacé et épais. Aujourd'hui, l'artbook peut se trouver d'occasion à des prix très variables (de 25 à 50 euros, voire plus). [1]
Bon, évidemment, pour ce genre de bouquin, le mieux est encore d'y jeter un œil pour se faire sa propre idée, ce que l'on vous propose tout de suite !
[1] Même si beaucoup de gens ont tendance à l'oublier, le principe de base, c'est que l'occasion vaut moins cher que le neuf. Même quand un ouvrage n'est plus édité. Il y a des exceptions : si vous possédez un vieux Tintin en bon état, datant des années 50 ou 60, évidemment que l'album aura pris de la valeur. Mais tout n'est pas "de collection" pour autant. Si vous achetez 40 euros une BD qui en valait 20 cinq ans auparavant, non seulement vous faites une très mauvaise affaire, mais vous entretenez également une flambée des prix injustifiée.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
|
|
Publié le
2.8.23
Par
GriZZly
On ne peut pas dire que la situation s'améliore ; mais on s'en doutait.
Voici donc le volume 2 d'Aurora, toujours issu de la collaboration entre Bec (au scénario) et Raffaele (au dessin).
Il va être malaisé de dire autre chose de cette suite que ce qui fut déjà dit sur le tome 1 qui était intitulé Phénomènes, déjà chroniqué ici-même (relisez l'article, les gars ; je ne vais pas le réécrire !). Toutefois, l'histoire avance...
Là où le bât blesse, c'est qu'elle avance dans la direction prévue - une direction on ne peut plus prévisible, en effet, puisqu'annoncée dès le tome 1, en raison de la structure narrative particulière de celui-ci ; rappelons qu'il s'ouvre sur des événements ultérieurs au reste du volume... événements par lesquels nous savons donc qu'il faudra bien que passe le récit.
Pour originale que soit cette approche, elle condamne l'auteur à réussir à captiver le lecteur malgré cette sorte d'autospoil, si vous permettez ce néologisme. Y parvient-il ?
Eh bien, par moments, au travers de surprises que nous réservent certains enfants de l'Aurore dans leur histoire personnelle, oui... mais c'est tout et ce n'est pas toujours suffisant pour vraiment susciter l'intérêt continu, surtout si l'on est relativement familier de ce type de récits - car, en ce cas, même une bonne partie de ces surprises s'avèrent en réalité assez prévisibles.
C'est le souci des œuvres extrêmement référencées : si l'on a les références, on voit souvent venir ce qui va arriver.
Cette audace d'écriture du tome 1 qui lui permettait de s'ouvrir sur des événements sanglants contemporains au présent de narration de la fin du tome 2 constitue donc un piège pour ce second album. Toutefois, la suite, elle, nous est inconnue et, si nous savons qu'il va falloir que "la meute" des enfants de l'Aurore se rassemble et se coordonne, si nous avons bien compris que ses intentions sont assez loin d'être pacifistes, il n'en reste pas moins que l'on ignore presque tout de ses ambitions en dehors du fait que, du haut de leur nombre de 220.000 individus, ils disent incarner la fin des temps.
Les tomes suivants devraient donc moins souffrir de ce handicap.
Autre petit souci de la série : on assiste à la croissance et l'épanouissement de quelques-uns de ces gosses mais aucun d'entre eux ne saurait parvenir à s'attirer notre sympathie, quoi qu'il lui arrive de positif ou de négatif : étant tous insensibles, ils n'éveillent en nous aucun empathie, aucune compassion.
Le récit nous semble manquer d'un naïf, d'un candide, d'un regard extérieur attachant qui pourrait être l'œil du lecteur normalement constitué.
Il semble que Bec soit bien conscient de cela car il a prévu un personnage qui pourrait, selon nous, remplir ce rôle : Viktoria Bell, une enfant de l'Aurore... mais la dernière née d'entre eux car sa mère a accouché en Antarctique, à 250m du Pôle Sud... Elle perçoit comme les autres gamins les messages, elle ressent ses semblables mais n'a aucun de leurs troubles comportementaux, est parfaitement adaptée socialement et ne se sent pas obligée de répondre à l'appel de la meute qu'elle perçoit malgré tout...
Néanmoins, le narration externe omnisciente se plaisant à zapper d'un enfant à l'autre, son histoire est pour le moment une parmi d'autres (ce qui est assez logique tant que sa route ne s'éloigne pas trop de celle de ses semblables). Gageons que cette demoiselle va prendre de plus en plus d'importance et que son statut exceptionnel permettra bientôt un point de vue interne avec juste ce qu'il faut d'implication.
À voir.
Notons qu'il ne s'agit nullement de Viktoria sur l'illustration ci-contre, mais... nous tenions à partager avec vous cette case. Pour son esthétisme, bien entendu !
Une BD tout à fait recommandable dans le genre, donc, mais qui souffre de l'obligation très européenne (coucou, les éditions Soleil !) de devoir être reliée par volumes d'une soixantaines de planches. Si les tomes 1 et 2 avaient été un seul et même gros volume, il n'y aurait eu aucun souci de narration à leur reprocher.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
|
|
|


































.png)


