Écho #20 : Intégrale Jo, Zette & Jocko
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Retour sur l'Intégrale Jo, Zette & Jocko, sortie en début d'année.

Après la version Journal des Bijoux de la Castafiore, nous restons dans l'univers d'Hergé avec ce volume unique regroupant les cinq albums existants, à savoir : 

- Le Testament de Monsieur Pump 
- Destination New York
- Le Manitoba ne répond plus
- L'Éruption du Karamako
- La Vallée des cobras

Cette série, bien moins connue que Tintin, est destinée à la base à un public plus jeune. Elle met en scène des enfants, plutôt débrouillards et intelligents, accompagnés d'un singe (?!) lui aussi futé. Hergé, ici, emploie des personnages féminins dans les rôles principaux et, surtout, les protagonistes évoluent dans un cadre familial (à la demande de l'abbé Courtois, directeur à l'époque du journal Cœurs Vaillants). L'auteur fait preuve également de plus de fantaisie, car même si ces récits lorgnent vers l'aventure, l'espionnage voire la science-fiction, il n'hésite pas à introduire des éléments moins réalistes, parfois à la limite du burlesque.

Graphiquement, les personnages sont très proches de figures bien connues présentes dans les aventures de Tintin. Certaines scènes ont même un net parfum de déjà-vu (par exemple, le majordome tentant de ne pas renverser son plateau fait furieusement penser à Nestor, confronté au même problème dans Les 7 Boules de Cristal). 

Tout cela est certes un brin daté mais se lit encore très bien. Au niveau du contenu, on est sur du brut de chez brut : aucun bonus, même les couvertures d'origine ne sont pas présentes (incompréhensible, les couvertures font partie intégrante de l'œuvre, on se demande pourquoi elles ne viennent pas introduire chaque épisode).

Un tome de 272 pages, vendu 30 euros et publié par Casterman.
Ça se tente.




Les Bijoux de la Castafiore, version Journal de Tintin
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Analyse complète de la nouvelle version de l'album Les Bijoux de la Castafiore.

Évidemment, pas question ici de nouvelle BD mais bien, comme Moulinsart et Casterman ont l'habitude de le proposer, d'une énième déclinaison du matériel existant. Ce qui nous est vendu est en fait la version "journal de Tintin" de cet album. Revenons déjà brièvement sur l'intrigue (déjà évoquée dans ce Top 3). Ce récit est très particulier puisqu'il s'agit d'une habile "non-aventure" où tout n'est que fausses pistes et trompe-l'œil. Le cadre familier (le château de Moulinsart) permet aussi de découvrir les personnages dans un contexte plus intimiste. Enfin, l'association Haddock/Castafiore est bien entendu source de nombreux gags, pour certains très réussis.

Passons maintenant à cette variante et à ce qui la différencie de la version moderne. Il faut savoir que, contrairement à L'Île Noire par exemple (cf. ce comparatif illustré), cet album est bien trop "récent" (dans la chronologie globale de l'œuvre d'Hergé) pour avoir nécessité de gros remaniements. Ce sont donc quelques éléments mineurs qui vont changer. Voyons cela en détail (pour simplifier, nous appellerons cette nouvelle publication la version "journal" par opposition à la version "album").

Les changements de plan ou de cadrage (qui étaient légion et faisaient sens dans L'Île Noire et certains albums anciens, bénéficiant d'une refonte totale, comme Les Cigares du Pharaon) sont ici pratiquement inexistants. Haddock en train de danser est ainsi cadré plus près du sol dans la version album, mais il faut vraiment être attentif pour noter cette évolution mineure. Une autre case (représentant Haddock en train de téléphoner et Nestor se relevant d'une chute dans l'escalier) sera également scindée en deux dans l'album, alors que la version journal lie un peu maladroitement les deux actions.
Les décors et véhicules sont tous identiques, tout comme la construction des planches. Seule une vignette supplémentaire ouvre la version journal (un plan large de la campagne environnant le château). 

Les couleurs, l'encrage et le texte séparés puis réunis.


Les plus grosses modifications concernent la couverture (différente et plutôt jolie) et surtout la colorisation. Globalement, la version journal propose des couleurs plus pastel, ou moins marquées disons, et des bulles sur fond jaune pâle. L'ensemble possède un certain charme d'ailleurs. D'autres changements mineurs sont également présents, comme la couleur de la veste et de la cravate de Haddock ou les robes de chambre d'Irma et de Bianca. Là encore, rien d'époustouflant. 

Le texte ne subit lui aussi que d'infimes variations. Certaines fautes sont corrigées, des mots sont parfois remplacés ou des phrases légèrement rallongées, mais il n'existe aucune différence profonde dans les différents dialogues. La typo est la même et le lettrage est quasiment identique (quelques césures en plus ou en moins). Une curiosité cependant : chaque planche est surmontée d'une phrase d'introduction. Ça ne sert à rien mais c'est effectivement une différence avec la version album. 

Au final, c'est donc dans les quelques pages de bonus que réside l'essentiel de l'intérêt de cette version "journal". On y (re)découvre le contexte de la création de cette aventure (liée au fameux récit avorté du Thermozéro, cf. notamment notre grand dossier Tintin) ainsi que les sources d'inspiration d'Hergé. L'on a droit également à un peu de matériel original, comme un plan succinct de Moulinsart, des crayonnés, des annonces publicitaires d'époque ou encore une reproduction des différents stades d'une planche, avec les crayonnés encrés, les couleurs, le bleu de lettrage et la superposition de l'ensemble. En tout, 14 pages additionnelles à l'intérêt certain.

Alors, cette version journal vaut-elle le coup ? Si vous êtes un collectionneur acharné, certainement. Si par contre vous vous attendez à un bouleversement significatif de cette BD, clairement vous serez déçu. L'histoire est rigoureusement la même, sans aucune scène ajoutée ni aucune modification notable. Comme toujours, les ayants droit se contentent de faire du neuf avec du vieux et comptent uniquement sur la nostalgie (et le portefeuille) des fans. 
Dispensable donc, mais forcément très tentant tout de même.     

Le plan du château, créé pour les besoins de ce récit.

Exemple de crayonné.

Exemples de modifications mineures du texte et des couleurs. 

Une scène identique, à un léger détail près au niveau du texte (l'ajout de "pas une allusion" dans la version album).

La seule vignette supplémentaire par rapport à la version album.

En haut, un exemple de phrase introductive. Case 4 : des modifications minimes ("ennuis" sera remplacé par "soucis" dans la version moderne,
et le trait d'union fautif dans "comme-ça" sera suppprimé).

                                                                                                                                                                                                                                                                   


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une jolie couverture.
  • Des bonus apportant un plus certain.
  • Des changements insuffisants pour réellement justifier une telle version.
From Amazing to Spectacular
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Une plongée dans la riche histoire du Tisseur avec Spider-Man : From Amazing to Spectacular.

Voilà un imposant ouvrage (29 x 36,5 cm) qui revient sur un fort long parcours éditorial à l'aide de très belles illustrations grand format. Des débuts du Monte-en-l'air au spider-verse en passant par le mythique run de Straczynski (cf. ce dossier et cette Parenthèse de Virgul), la Saga du Clone, Civil War ou encore One More Day, le voyage, bien que non exhaustif, couvre une large partie des événements ayant impactés le destin de Peter Parker.

Attention, ce livre n'est pas disponible en français, le texte est donc en version originale. De nombreux auteurs viennent remettre en contexte les sagas qu'ils ont écrites et apportent diverses informations, de qualité inégales. Cela va de l'évidence (voire du simple slogan publicitaire) à l'anecdote réellement intéressante. Évidemment, l'on est ici dans l'auto-célébration, donc n'attendez pas d'analyses fines et pleines de recul sur le surplace narratif imposé par Marvel... Le lecteur apprendra tout de même l'essentiel sur les relations entre Peter et ses proches (ou ses adversaires) et l'imbrication des différents récits. 

L'essentiel de l'intérêt de ce livre réside toutefois dans l'aspect visuel, digne des plus beaux artbooks. On s'en prend plein les yeux tout en se remémorant de lointains (ou plus récents) morceaux de bravoure. Une belle manière de se pencher sur l'évolution graphique de la série historique du Tisseur tout en revenant sur d'autres incarnations du personnage (comme Spider-Man 2099 ou Superior Spider-Man).

Un peu plus de 180 pages pour 45 euros. Largement conseillé pour tous les fans de ce bon vieux Tisseur.
Nous vous proposons un bref aperçu de l'ensemble avec la galerie ci-dessous.









Cette dernière photo présente également un comic de taille standard afin de vous donner une idée de l'envergure de l'ouvrage.
                                                                                                                                                                 


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Visuellement sublime.
  • La plupart des sagas importantes sont abordées.
  • Aucun aspect critique.
Écho #19 : Saint Seiya Time Odyssey 2
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Sortie ce mois du deuxième tome de la série française se déroulant dans l'univers de Saint Seiya, Time Odyssey.

On vous en avait déjà parlé longuement dans cet article. La suite de cette saga en 5 tomes, par Jérôme Alquié et Arnaud Dollen est donc disponible.
Niveau texte, les problèmes ont été réglés. Le premier tome contenait de nombreuses coquilles, cette fois, c'est bien plus propre et agréable à lire. Ouf ! Par contre, quelques soucis de lettrage (avec des I avec empattements qui apparaissent un peu aléatoirement dans les noms de techniques). D'ailleurs, à ce propos, toujours le même mélange bizarre entre noms français et anglais, sans que l'on comprenne bien pourquoi.

Le gros point fort reste bien sûr l'aspect visuel. C'est tout simplement somptueux. À ce niveau-là, c'est très clairement une réussite. Pour ce qui est du scénario, qui se précise maintenant, là, c'est autre chose...
L'ambiance de la série est respectée, mais justement, tout cela ressemble à une accumulation de clichés et de passages obligés. Le récit se résume à de longues tirades que l'on a l'impression d'avoir entendues mille fois (en tout cas, si vous êtes un lecteur assidu de Saint Seiya) entrecoupées par des combats insipides et sans aucune dramatisation réelle. Même chose pour la caractérisation des personnages, calquée sur ce que l'on connaît déjà (la sœur d'Aphrodite, par exemple, dont le destin fait beaucoup penser à celui d'un personnage bien connu dans la partie Asgard). 
Chronos et ses Heures ne sont finalement qu'une déclinaison de plus d'une recette déjà trop employée et qui n'est ici même pas revisitée. Tout cela manque autant d'ambition et d'originalité que de savoir-faire.

Joli mais plombé par un scénario terne et sans intérêt. 







Doomsday Clock
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Une suite au célèbre Watchmen, forcément, ça ne laisse pas indifférent. Tout de suite, on se penche sur Doomsday Clock.

Il y a 30 ans, le justicier, génie et homme d'affaires Ozymandias a mis au point une terrible machination pour sauver l'humanité d'elle-même. Aujourd'hui, ses manigances ont été révélées au grand jour et son monde court à sa perte. Bien décidé à trouver une solution, Ozymandias va tout tenter pour retrouver le Docteur Manhattan, seul être capable de stopper la catastrophe.

Il y a cependant un problème, Jon Osterman a quitté cet univers pour celui de la Ligue de Justice. C'est donc là qu'il faudra aller le chercher. Dans un monde lui aussi au bord de la guerre totale à cause d'une crise mondiale causée par ces armes nouvelles que sont les surhumains...

Voilà le pitch, alléchant il faut le reconnaître, proposé par Geoff Johns. Le scénariste va développer, sur environ 400 pages, un récit qui se veut être à la fois une suite et un hommage à Watchmen. Premier problème qui se pose : c'est compliqué d'allier les deux. Pour faire une bonne suite, il faut plutôt s'éloigner du récit originel, en innovant, donc en "oubliant" un peu ce qui a été fait, alors que pour réaliser un hommage, il faut sans cesse se référer à l'œuvre de base. Ce qui donne un jeu d'équilibriste très casse-gueule.

Heureusement, Johns a suffisamment d'expérience pour éviter un naufrage complet, il apporte même une thématique intéressante et de bonnes idées. Notamment tout ce qui concerne l'aspect métaphysique, plus que politique. La crise politique qu'il expose a quelque peu une saveur de déjà-vu (la gestion géopolitique des surhumains a été abordée dans de nombreuses séries, que ce soit Supreme Power (cf. ce dossier), Stormwatch/The Authority et bien d'autres titres), alors que le thème de l'affrontement sans fin, d'une opposition se déclinant dans de multiples versions, fait écho aussi bien au concept de multivers qu'à la continuité des comics. Il s'agit également, à travers Superman et le Docteur Manhattan, d'opposer deux visions des comics super-héroïques mais aussi du monde : l'une est positive mais manichéenne, l'autre plus réaliste mais désenchantée. 



Bien entendu, ce que l'on attendait surtout, c'était la confrontation entre deux mondes légendaires. Or, et c'est sans doute le principal problème de l'histoire livrée par Johns, tout cela manque de lyrisme et de moments épiques. C'est intelligemment fait la plupart du temps, mais cela reste très (trop !) froid. Difficile de vibrer vraiment, même le grand final échouant à générer un véritable moment d'intense émotion.
La représentation des personnages est également loin d'être parfaite. Si le Docteur Manhattan est très bien mis en scène (tout comme Ozymandias, dans une moindre mesure), on ne peut pas en dire autant d'un Rorschach aseptisé et bien moins charismatique que son modèle. Grosse déception aussi pour le Comédien, que l'on tire d'entre les morts pour faire de la figuration.

Du côté de DC Comics, ce n'est guère mieux. En fait, c'est surtout Superman (et Batman, bien qu'ayant un rôle moins central) qui vont être mis à contribution. Le reste est un défilé d'apparitions très souvent anecdotiques. Ce qui peut se comprendre aussi, dans un tel récit, tous les personnages ne peuvent pas être développés, mais là, c'est quand même très peu en comparaison du nombre de planches. 
Au niveau graphique, c'est le bien connu Gary Frank qui officie. Alors, visiblement, le parti pris, c'est de coller au style de Gibbons. Pourquoi pas en ce qui concerne la mise en scène (les gaufriers, les cases symétriques, qui se "répondent", etc.), mais le dessin a un côté très terne. On a déjà vu Frank faire bien mieux, que ce soit sur Shazam ou Batman par exemple. Du coup, les confrontations, déjà peu efficaces d'un point de vue narratif, sont également plombées par un style qui convient parfaitement aux petites cases mais pas du tout aux rares plans plus larges.

Maintenant, est-ce qu'il faut lire quelque chose avant ce Doomsday Clock ? Alors, oui, le plus évident, c'est Watchmen, histoire de comprendre tout de même de quoi il retourne. Par contre, c'est plus ou moins le seul passage obligé, même si l'album Le Badge (également publié par Urban Comics) peut être utile, non seulement parce qu'il fait office d'intéressante introduction (en compagnie de Batman et Flash), mais aussi parce qu'il contient un résumé succinct de points importants (surtout centrés sur Flashpoint en réalité). 

Au final, voilà une saga qui est quelque peu décevante, même s'il faut dire que l'on en attendait peut-être trop. Elle n'a en tout cas rien de honteux, malgré les pleurnicheries des habituels ronchons qui n'aiment pas qu'on touche à "leur" jouet. On se demande bien pourquoi... même si demain DC sortait Les Watchmen font du ski, cela n'enlèverait rien à l'œuvre de Moore (et je serais prêt à payer pour voir sa tête à ce moment-là !).
À conseiller donc, si vous aimez les personnages cités plus haut, même si clairement on ne peut s'empêcher de ressentir une pointe de déception à la lecture de planches certes honnêtes mais qui ne parviennent pas à créer le maelstrom d'émotions et les confrontations épiques que le lecteur était en droit d'attendre, surtout avec un tel sujet. 




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une thématique intéressante.
  • La rencontre de personnages mythiques.
  • La construction de certaines planches.
  • Les éléments hors BD qui parsèment le récit (articles, lettres, etc.).
  • Un manque de lyrisme et d'audace lors des scènes clés.
  • Un style graphique parfois bien terne.
  • Un Rorschach expurgé de pratiquement tout ce qui le rendait fascinant.