La Grande Porte
Par


Frederik Pohl
fait sans conteste partie des membres les plus respectés du glorieux cercle de la science-fiction : dès 1940, il a travaillé dans l'édition de magazines dont Astounding Stories, devenant un rédacteur en chef unanimement reconnu et un anthologiste de renom, avant d'écrire, souvent en collaboration avec d'autres auteurs (surtout Kornbluth et Williamson, mais il a aussi co-écrit avec Asimov). C'est en 1978 qu'il explosa au firmament du genre en publiant, seul, un roman qui fut récompensé des prix les plus prestigieux (Hugo, Nebula, Apollo) : La Grande Porte, visionnaire, plein d'humour, de nostalgie et d'une certaine forme de désenchantement

À l'image de son héros, Robinette Broadhead.

Robinette n'a pas eu de chance dans la vie, depuis que ses parents lui ont choisi un prénom.
Jusqu'au jour où il a pu enfin payer le prix de son passage vers la Grande Porte. La Grande Porte : un astéroïde artificiel construit par la civilisation supérieure des Heechees, dans le voisinage de Vénus. Les Heechees ont disparu depuis des siècles, mais ils ont abandonné à la Grande Porte des centaines d'astronefs programmés pour se rendre en divers points de l'univers.
La Grande Porte, c'est le seuil de mondes inconnus : la possibilité de gagner des fortunes pour les hardis pionniers qui n'ont pas peur de s'embarquer à bord d'un vaisseau étranger dont ils ignorent la destination.
Robinette a été l'un de ces aventuriers. Il est devenu riche.
Alors pourquoi éprouve-t-il le besoin, semaine après semaine, d'aller se confier à l'ordinateur-psychanalyste Sigfrid Von Shrink, qu'il déteste ?

Voilà un ambitieux récit construit sur deux trames parallèles qui finiront par s'interpénétrer et se justifier l'une l'autre, entrecoupées de petits appendices parfois drôles sur le quotidien de la Grande Porte : dans le présent, Bob consulte régulièrement un psychiatre-robot qui tente de lui faire révéler la source de sa souffrance intérieure ; et nous sautons allègrement dans le passé de Robinette Broadhead, de son existence pénible dans des mines sur Terre à son séjour au sein des tunnels de la Grande Porte, à attendre l'expédition qui pourrait le rendre multi-milliardaire - ou le tuer. Et incidemment nous en apprenons petit à petit davantage sur les Heechees, cette race d'êtres disparus qui a laissé derrière elle des artefacts incroyables comme ces vaisseaux automatisés ainsi que d'autres objets dont l'utilisation demeure un mystère. La course aux vestiges heechees est du coup devenue une sorte de ruée vers l'or technologique, certains d'entre eux ayant déjà permis d'améliorer considérablement le quotidien des Terriens. Mais les missions ne sont jamais garanties, le taux d'échec est élevé et nombre d'équipages ne s'en sont pas sortis indemnes ; quant à ceux qui sont revenus, rares sont les bienheureux qui en auront rapporté de quoi vivre tranquillement jusqu'à la fin de leurs jours.




Fred Pohl use d'un style dynamique, s'adonne à quelques tentatives de techno-babble sans verser dans la hard science et s'évertue à conserver un côté aventureux à son roman : on sait que Bob s'en est sorti et qu'il a touché le pactole, mais pourquoi ressent-il cette profonde culpabilité qui le pousse à s'adonner aux pires turpitudes ? Les chapitres psychanalytiques étant souvent courts, ils parviennent à ne pas lasser le lecteur qui préfèrera sans doute la description de l'univers de la Grande Porte, ses dérives capitalistes, ses décors singuliers (des tunnels creusés dans un astéroïde aménagé) et sa faune hétéroclite, personnages plus ou moins paumés mus par une même passion et terrassés par la même angoisse.

Intéressant, et suffisamment intrigant pour mériter d'être développé plus avant (d’autres livres viendront en effet développer cet univers). Ce qui explique sans doute la farandole de prix décrochés.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un des romans les plus récompensés de la SF.
  • Un univers fascinant qu'on a hâte de découvrir au travers de pérégrinations d'aventuriers désespérés.
  • Une écriture agréable dotée d'un humour un peu désenchanté.


  • Les parties psychanalytiques sont parfois pesantes, mais elles sont généralement courtes et servent à entretenir le suspense.