Wolverine : Vengeance
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Hickman. Capullo. Wolverine.

Trois noms que tout lecteur de comics connaît, qu'il aime ou pas. Le projet de les rassembler semble presque un cadeau à destination des fans : "Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, pour le grand retour de Greg Capullo chez Marvel, nous vous offrons une aventure de votre héros préféré rédigée par Jonathan Hickman !"

Ça a de la gueule.

D'autant que Panini, une fois n'est pas coutume, a mis les petits plats dans les grands et propose aux plus fortunés (ou chanceux) d'entre vous une édition Prestige grand format en noir et blanc, imprimée sur du papier à fort grammage, avec un dos relié en toile. En tourner les pages procure un ravissement impossible à ressentir sur n'importe quelle liseuse, quelque pratique qu'elle puisse être. La taille est imposante pour un comic book, mais on a vu plus grand déjà avec par exemple le Black, White & Blood et surtout l'édition grand format de l'Arme X.

On se retrouve face à ces grands aplats de noirs profonds, sans nuances, sur lesquels ressortent les contours des personnages, les silhouettes plus ou moins musculeuses... et ces griffes. Capullo est un vieux de la vieille et il semble avoir opté pour des griffes assez proches de celles qu'on observait à l'époque du run de Frank Miller (donc plutôt des lames), même si elles surgissent bien sur le dos de la main de Logan. La couverture choisie pour cette édition, celle de l'épisode 4 de cette mini-série qui en comprend cinq, est un choix adéquat - et l'absence de couleurs lui rend véritablement hommage (vous pourrez comparer avec la galerie de couvertures offertes en fin de volume, la version couleurs est nettement moins impressionnante).

Alors OK, l'objet-livre est réussi. Mais quid du scénario ?

Rassurez-vous si vous aviez déserté les terres marvelliennes : Hickman a écrit un one-shot hors continuité (pour ce que j'en ai compris). Certes, certains personnages connus vont en côtoyer d'autres plus obscurs, mais pour peu qu'on soit attentifs, la lecture se déroule sans trop d'accrocs. Quant à ceux qui reprochent constamment à l'auteur ses intrigues artificielles à tiroirs bourrées de références et nuisant aux interactions entre les héros, ce n'est pas vraiment le cas ici : l'histoire est totalement centrée sur Wolverine, de l'échec de sa mission à l'accomplissement de sa vengeance. Pas de prélude nébuleux, pas de plans, de codes ou de schémas.




On entre tout de suite dans le vif du sujet.

Cela commence en Terre Sauvage. Logan y passe ses vacances (on sait depuis la saga Proteus qu'il apprécie cet endroit où il peut donner libre cours à sa sauvagerie et repousser ses limites sans avoir à se préoccuper de ses proches ; voir également Wolverine : Kill Island). Mais voilà-t'y-pas que Nick Fury arrive tambour battant. Il le recrute d'office pour participer à une mission de la dernière chance : l'astéroïde M (le repaire de Magnéto) s'est écrasé sur Terre et l'impulsion électro-magnétique qui a suivi a anéanti toutes les technologies de la majeure partie de la surface de la planète. L'Amérique, l'Europe et une partie de l'Asie ont été rasées par le cataclysme. Fury regroupe les héros survivants pour se rendre sur le seul site au monde qui continue d'être alimenté par un réacteur à fusion - et qui dispose donc encore d'électricité. Sauf qu'il est aux mains de la Confrérie des Mauvais Mutants et que leur leader, le Cerveau, est loin d'être un philanthrope.

Bon gré, mal gré, Logan accepte sans se douter qu'il court à la catastrophe : le Cerveau s'est entouré de terribles adversaires, de vieilles connaissances qui vont balayer les coéquipiers du mutant griffu, les exterminant jusqu'au dernier. Fin de l'épisode.
À moins que...
À moins que, comme d'habitude, Logan revienne. Et il n'aura qu'une idée en tête, une obsession : se venger de ceux qui (lui) ont fait ça.

Cette situation, on la connaît. Rappelez-vous déjà à l'époque de leur premier assaut contre le Club des Damnés : les X-Men avaient été facilement vaincus, seul Wolverine s'en était sorti et il était revenu leur rendre la monnaie de leur pièce. Plus proche de nous, dans l'arc Ennemi d'État de Mark Millar (2008), Logan partait en croisade pour se venger de ceux qui, lui ayant fait un lavage de cerveau, l'avaient poussé à commettre des atrocités sur ses anciens partenaires.

Et ce ne sont que deux exemples parmi les nombreux récits de vengeance auxquels le Canadien nous a habitués : une lourde défaite précède un retour en grâce sanglant et meurtrier pendant lequel il ne se prive pas de laisser libre cours à la rage qui l'anime en permanence. Le scénariste a opté pour la simplicité en reprenant les mêmes codes, et en lui faisant affronter ses meilleurs ennemis (je vous en laisse la surprise, l'un d'entre eux est vraiment inattendu), en allant de plus en plus loin dans le processus. Néanmoins, Hickman oblige, Logan ne foncera pas tête baissée - disons qu'il saura préparer ses opérations et aura systématiquement un coup d'avance sur ses ennemis, trop habitués à ce qu'il n'obéisse qu'à ses instincts. Ce qui colle assez avec un individu qui jouit d'une aussi grande expérience et d'une science du combat inégalable.




Le résultat est loin d'être désagréable. Le dessin de Capullo, qui s'est un peu adouci, conserve un certain charme et convient bien à la brutalité des événements qui s'abattent sur notre héros. L'encrage en noir et blanc renforce l'aspect viril et bestial, marque davantage les traits et confère une élégance étrange au récit. Toutefois, on risque d'être un peu décontenancé sur certaines cases manquant de lisibilité, les enchaînements d'action lors des combats ne sont pas toujours très intelligibles et il faut se référer parfois aux phylactères pour comprendre de quoi il retourne. N'empêche, tourner ces pages épaisses constitue un plaisir sensoriel assez rare.

La déception viendra surtout du fait qu'on n'est jamais vraiment surpris, sauf par l'identité de certains individus : le déroulement de cette épopée vengeresse suit des rails parfaitement huilés et même la conclusion s'avère logique - et déjà vue par ailleurs. Ceux qui n'apprécient pas les scénarios enchevêtrés de Hickman seront peut-être agréablement étonnés par la relative simplicité de celui-ci, mais d'autres peuvent à raison se sentir floués, en attendant davantage.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une édition de très grande classe.
  • Le retour d'un dessinateur incontournable.
  • Un one-shot hors continuité.
  • Wolverine unleashed !


  • La gestion des combats n'est pas toujours très intelligible.
  • Un sentiment de déjà-vu.
  • Des personnages qui peuvent surprendre ceux qui n'ont qu'une connaissance partielle des comics.