Kaatastroff
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On fait le point sur Kaamelott, volet II partie 1, et ce n'est pas folichon...

Après un premier film décevant, Alexandre Astier a livré il y a quelque temps la deuxième partie de sa "trilogie" finale (qui comportera en fait quatre films...), maintenant disponible en édition collector blu-ray (à 45 balles, faut le vouloir !). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on atteint ici des records en matière de médiocrité et de ratage complet. La liste des défauts de ce film semble interminable. Une sorte d'effondrement total qui rend la conclusion de la saga Kaamelott assez pathétique. 
Faut-il s'étonner de ce naufrage ? Pas forcément, Astier ayant déjà montré ses limites avec son premier long-métrage, le prétentieux et vain David et Madame Hansen, ou lors de son exoconférence, succès public qui pourtant était truffé de problèmes importants et indéniables (redites, affirmations fausses bien que soutenues par des scientistes, humour qui tombe à plat, mise en scène désastreuse, ego trip grotesque, bref, les fans hurlaient encore au génie alors que le bateau prenait déjà l'eau). Je précise que je n'ai rien personnellement contre le gars, je l'ai même défendu longuement et en argumentant dans son sens lorsqu'il était attaqué par des connasses sans cervelle (cf. cet article).

Mais voyons précisément tout ce qui est raté dans ce film de 2h20.
Dès les premières minutes, ce qui frappe le spectateur et finit par agacer rapidement, ce sont les hurlements. Tous les personnages passent leur temps à brailler, s'énerver et s'engueuler. Au bout de quarante minutes, cela devient insupportable. C'est assez fou, on dirait qu'Astier ne connaît plus que ce seul ressort scénaristique : des gens qui crient et sont agacés. 
La réalisation, quant à elle, s'avère plate et fainéante. Un plan large et fixe pour planter un changement de décor, puis des scènes sans inspiration et ressemblant à du théâtre filmé (ou à un téléfilm bas de gamme). Aucun effort, aucune ambition de ce côté-là. 


Des acteurs qui ont l'air de se faire chier, peut-être par solidarité avec le public.


Et ça continue ! Le jeu des acteurs est spectaculairement mauvais. Or, même si les enfants Astier manquent peut-être d'expérience (car le réalisateur a casé toute sa famille), tout le casting ne peut être à ce point nul. C'est donc bien encore Astier et sa direction d'acteurs qui est à incriminer. Pire, même les personnages historiques finissent par sonner faux à force de redites et d'exagérations.
Bel effet réalisé sous Amstrad 6128.
Niveau intrigue, l'on n'est pas mieux loti. Les nouveaux personnages sont très mal introduits, voire pas du tout présentés ; le récit se perd dans des sous-intrigues fades et mal maîtrisées ; et Arthur est plus antipathique que jamais, enfermé dans son rôle de dépressif démissionnaire. D'ailleurs, il nous refait le coup de l'épée replantée... putain, vraiment ? Il n'y a pas autre chose à faire que ça ? C'est qui le conseiller technique du gars, Kurumada

Et pire que tout, rien n'est drôle. Ce qui fonctionnait avant, dans la série TV, tombe complètement à plat, comme si l'auteur était totalement rincé. On a l'impression régulièrement d'être devant une mauvaise parodie tellement c'est du Kaamelott mais sans inspiration. L'écriture est évidemment le point le plus négatif. Le scénario, les dialogues, les personnages et leur éventuelle évolution, tout est plombé par un surplace narratif et une maladresse aussi étonnante que lourdingue. Rien ne semble évoluer, de Lancelot toujours au bord de la folie à Arthur traînant des pieds, en passant par l'incitation à faire un héritier (avec une potion, encore !), le tavernier qui a absolument besoin de Karadoc pour faire tourner la boutique, Merlin qui se méfie d'un autre druide... chaque minute n'est qu'un recyclage poussif de ce qui a déjà été mille fois mieux traité.


Une partie des nouvelles têtes qui n'inspirent rien si ce n'est de l'indifférence. Normal : aucun personnage n'est correctement introduit.


Reste encore à aborder l'absence de Franck Pitiot, alias Perceval. Ce dernier ayant réussi à lire le scénario du second opus avant le tournage (une pratique contraire aux habitudes d'Astier), il a décidé de ne pas rempiler, certainement déçu du premier film et de la direction que prenait celui-ci. Comment ne pas le comprendre ? La réaction d'Astier est alors ahurissante. Il se félicite presque du départ de son ami et acteur phare. "Ça permet d'aller dans d'autres directions." ; "Il est là sans être là." ; "C'est presque une bonne nouvelle."... bref, c'est du "je m'en fous, j'ai pas besoin de lui". Sauf que, en réalité, c'est un énorme coup dur. Et Astier n'est pas suffisamment idiot pour ne pas le savoir. Non seulement Perceval est central dans l'histoire (il est censé avoir une destinée plus importante que celle d'Arthur lui-même), mais c'est en plus le personnage le plus populaire chez les fans. Il ne s'agit pas cette fois de Vanessa Guedj (Angharad, la suivante de la reine), avec qui Astier s'était engueulé, et qui présentait son départ, goguenard, comme une péripétie sans conséquences. Cette fois, c'est l'un des piliers de Kaamelott qui abandonne, déçu par une écriture devenue désastreuse. 

Il y a eu de la tendresse et même du galochage entre ces deux-là, on espérait plus,
mais on revient encore au statu quo, sans que rien ne puisse le justifier.
Là encore, il faut souligner l'immense défi constitué par le fait d'être seul aux commandes de tout. Un défi si casse-gueule que même les plus grands s'abstiennent de n'écouter qu'eux, au contraire, ils s'entourent en général de "garde-fous". Astier écrit, réalise, monte, produit, écrit la musique, décide du casting, du packaging des DVD et pourquoi pas du contenu des sandwichs sur le tournage. Or, on le constate, Astier n'atteint pas ici ses limites, il les a dépassées depuis fort longtemps, empêtré dans sa certitude d'être infaillible et omnipotent. "Je déçois les gens ? Ben c'est pas grave, je fais ce que je veux !" ; "Mon acteur principal se barre ? Ben qu'il se casse, l'histoire sera encore mieux sans lui !" ; "Une trilogie c'est trois films ? Ben moi j'en fais quatre et je t'emmerde !"...
Et je caricature à peine. Oui Astier a eu du génie à une époque (ce qui n'en fait pas un génie, c'est une distinction subtile que peinent à faire la plupart des gens), oui les premières saisons de Kaamelott étaient exceptionnelles, oui le virage sombre de la cinquième saison et le changement de format étaient à l'époque un tour de force, mais cela n'en fait visiblement pas un auteur capable de se renouveler, de prendre du recul sur sa propre œuvre ou même de corriger des erreurs évidentes. Pour cela, il lui faudrait accepter de collaborer avec des gens dont le rôle est justement de signaler à l'auteur qu'il se plante. Pas de lui restreindre sa liberté, mais de l'empêcher de faire n'importe quoi. Par excès de confiance, il n'a pas voulu de cela, et le résultat est là : un réalisateur clairement en déficit de savoir-faire qui n'est même pas compensé par la qualité d'une écriture devenue stérile et pitoyable. 

Énorme déception donc, car ce Kaamelott II n'est même pas un nanard qui peut se regarder au second degré, c'est un long et pénible voyage chaotique à travers les tares d'un auteur trop vite encensé alors qu'il demeure un artiste avec ses limites, ses égarements et ses travers. Quel gâchis ! 





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Absolument rien, ce qui est plus triste que surprenant vu la dérive de l'auteur depuis un bon moment.

  • Des gens qui gueulent tout le temps, ce n'est pas forcément drôle, ça peut même devenir pénible.
  • Une direction d'acteurs execrable.
  • Une réalisation terne et purement fonctionnelle.
  • Des nouveaux personnages dont tout le monde se fout (donc, encore un gros problème d'écriture).
  • L'absence de Perceval.
  • Un Arthur atrocement antipathique à force de jouer sur le registre du gars "qui s'en fout".
  • Des scènes sans surprise, plombées par un radotage narratif sans inspiration.