Publié le
2.7.18
Par
Nolt
En 2009, Milady sortait Le Dernier des Templiers. Retour sur cette excellente série d'heroic fantasy mettant en scène de petits animaux.
Karic rêve en songeant aux légendes anciennes, des histoires d'un autre temps où les templiers étaient encore unis et assuraient paix et justice. Malheureusement pour la petite souris, ce temps est révolu. Un traître est sur le trône et la perfidie règne partout, la souricité menaçant de s'écrouler sous les intrigues et les mensonges.
Bientôt,
Valcriquet, le petit village de Karic, est attaqué par une horde de rats. Son frère Leito est grièvement blessé, sa mère et sa sœur sont enlevées, même maître Deishun, l'ancien templier en exil, est tombé pendant l'assaut. Pour Karic, désespéré, il faut à tout prix se raccrocher à quelque chose, à un mince filet d'espoir, aussi ténu soit-il. Il va alors suivre Pilote, un être mystérieux qui fera de Karic son écuyer.En plus des innombrables dangers que les deux souris rencontreront sur leur route, elles devront également démêler le vrai du faux, faire face aux complots des Liseurs de Blé ou à ceux des Prêtres-Druides. Car partout, l'ambition et la course au pouvoir ont corrompu les êtres. Et dans cette terre de ténèbres et d'oppression, bien peu vouent encore un culte à l'idéal des templiers. Mais sous l'œil de Wotan, tout peut s'accomplir et la plus frêle des créatures devenir un héros de légende...
Si Milady Graphics, le label BD des éditions Bragelonne, a trop rapidement disparu du marché, l'éditeur a pendant un temps accumulé les publications de qualité, Locke & Key en tête, tout en fournissant un travail exceptionnel (certains titres, comme Grandville, bénéficiant de bonus fort intéressants, développés exclusivement pour la version française).
Parmi le catalogue Milady figurait également The Mice Templar, une série étonnamment novatrice sur laquelle nous revenons longuement aujourd'hui. Brian J.L. Glass en signe le scénario et Michael Avon Oeming (qui officiait sur Powers) les dessins, l'idée originelle revenant toutefois à ce dernier.
Dans un premier temps, rien de bien nouveau en apparence : un âge sombre, un élu, un ordre secret, un roi illégitime, autant d'ingrédients déjà bien connus. L'originalité du traitement de cette histoire tient essentiellement dans l'utilisation d'animaux anthropomorphiques. Ainsi, là où d'habitude l'on voyait - parfois avec ennui - les traditionnels elfes, trolls et autres dragons, les auteurs mettent ici en scène des souris, des fouines ou des hiboux. Le procédé, aussi enfantin qu'il puisse paraître, n'empêche pourtant pas la maturité du propos et la dureté de certaines scènes. Car dans Mice Templar, on pleure, on saigne et on meurt pour de bon.
Ce côté réaliste provient également, en partie, de l'ambiance graphique. Oeming emploie ici le style simple et efficace qu'on lui connaît, avec des jeux d'ombres, de contrastes ou des effets de transparence. Il parvient à rendre des visages de souris relativement stylisés parfaitement émouvants. En quelques coups de crayon, il dégage l'essentiel d'une scène ou d'un personnage et la magie opère, charmant le lecteur et insufflant de la vie dans les yeux de ces petites bestioles aux grandes oreilles. De plus, repoussant le cadre trop étroit de la simple ou double planche,
Oeming se fait un petit plaisir avec une très belle scène dessinée sur... une quadruple planche (qui se déplie en fait). Pas courant et ça fait toujours son petit effet.La crédibilité de cet univers tient aussi à la richesse du background, chaque race animale faisant partie d'un tout complexe où se mêlent religion, politique et culture. Certains prédateurs naturels, comme les grenouilles, sont ainsi représentés comme des divinités étranges et maléfiques. Les animaux doués de raison ne sont pas non plus séparés de manière manichéenne et bien des souris sont ouvertement ou non dans le camp du "Mal". Il faut également noter la subtilité avec laquelle le scénariste mélange croyances et machinations politiques, tout le monde se servant de tout le monde et œuvrant, en secret, pour atteindre des buts plus ou moins nobles.
Au final, alors que l'on pourrait se trouver devant une énième déclinaison de l'œuvre de Tolkien, Oeming et Glass s'offrent le luxe d'être à la fois originaux, profonds et touchants. Des qualités qui permettent d'emmener cette série sur des sentiers pas si battus que ça. Ou en tout cas, pas avec autant d'aisance dans la démarche.
Passons à la réalisation technique qui mérite, à elle seule, bien des louanges. Beau papier glacé, une traduction de qualité, mais ce sont essentiellement les bonus et petits à-côtés qui sont remarquables. On commence par une longue préface (pas chiante) de Bill Willingham (Fables). Nous avons droit également à une belle galerie d'illustrations. Du classique donc pour l'instant, mais ça ne s'arrête pas là. On continue avec une postface des auteurs, une chronologie très détaillée des évènements marquants du monde de Mice Templar (qui mélange mythes liés à la création du monde et faits historiques), une carte du monde où se déroulent les évènements, une étude plutôt longue sur les thèmes de la série comparés aux mythes connus (ça va de la légende arthurienne à Star Wars en passant par la mythologie nordique ou de vieilles légendes irlandaises) et l'on termine par un topo sur toute l'équipe créative, coloriste, lettreur et divers autres intervenant compris.
Milady a même poussé la perfection à l'époque jusqu'à offrir une checklist de toutes les œuvres d'Oeming et Glass.
Bref, un travail exemplaire dont certains vendeurs d'autocollants pourraient bien s'inspirer, histoire de voir au moins une fois dans leur vie à quoi ressemble un vrai boulot d'éditeur.
Une série magnifique qui revisite et transcende des codes pourtant connus.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
29.6.18
Par
Nolt
Retour sur un graphic novel semi-autobiographique qui utilise le mythe de Superman pour parler de sujets graves et intimes. Le titre est évocateur : C'est un oiseau...
Steve est scénariste. Plus précisément, il écrit des comics. Un jour, on lui propose le Graal : travailler sur Superman. Un rêve pour beaucoup d'auteurs. Sauf que pour Steve, c'est le début du cauchemar.
Il n'accroche pas vraiment avec le personnage. Il le trouve ridicule, irréaliste, violent même. Alors qu'il cherche l'inspiration, sa vie privée semble s'écrouler autour de lui. Son père disparaît, sa petite amie le quitte, il en vient même à frapper un ami...
Et puis il y a cette chose dont on ne parle pas. Ce secret honteux qui frappe sa famille depuis des générations. Une maladie dont peu de gens connaissent l'existence. La chorée de Huntington. Elle est héréditaire. Il n'y a aucun traitement. Elle est mortelle dans 100% des cas et attaque le système nerveux jusqu'à transformer ceux qui en sont atteints en pantins désarticulés incapables de contrôler leurs gestes. Ils ne peuvent plus marcher, ne peuvent plus embrasser leurs proches, ne peuvent plus écrire.
Steve a peur. Il cherche à mettre des mots sur l'indicible. À comprendre ce satané Superman qui n'est puissant que sur le papier. De l'autre côté des planches, lorsque l'on meurt, c'est pour de bon.
Voilà probablement, dans notre longue liste des meilleurs comics (cf. ce dossier), l'un des plus touchants et profonds.
Le scénario est signé Steven T. Seagle, les dessins sont l'œuvre de Teddy Kristiansen. Graphiquement, c'est tout simplement exceptionnel. L'artiste alterne différents styles avec une virtuosité magistrale. C'est typé, inventif, parfois presque abstrait, mais toujours très expressif. Un parfait exemple de la complémentarité entre texte et dessin et de ce que l'art séquentiel peut apporter pour sublimer un récit.
L'histoire, quant à elle, n'a que très peu à voir avec Superman évidemment. Il y a bien une petite réflexion sur le personnage et son symbolisme, mais l'essentiel est bien ailleurs.
Seagle possède ce don rare et précieux qu'ont les grands écrivains : il parvient à vous intriguer et à vous embarquer dans son univers dès les premiers mots. En abordant ses personnages d'une manière détournée,
apparemment anecdotique, il les rend plus crédibles, plus consistants, plus proches du lecteur.L'auteur se livre surtout à une réflexion introspective sur le poids du non-dit, l'isolement, la difficulté à communiquer ou même à supporter les autres. Et bien sûr tout cela est fait avec une rare finesse et sans jamais devenir ennuyeux ou pompeux. Certaines répliques font même preuve d'un humour assez inattendu et d'autant plus percutant.
Enfin, Seagle va également parler de son métier en évoquant quelques-uns de ses aspects, comme ce fameux besoin de "ne rien faire" qui consiste précisément à se donner les moyens de "recharger" l'esprit en situations, personnages ou anecdotes, et qui fait aussi partie du processus créatif. Un élément paradoxal que les écrivains comprennent bien, leurs proches un peu moins.
Bref, l'ouvrage est surprenant, maîtrisé et d'une justesse imparable. Un incontournable de plus dans la gamme Vertigo qui en compte déjà tant.
Intelligente, émouvante et même drôle parfois, voilà une œuvre qui prouve, s'il en était encore besoin, qu'un livre ne perd rien de sa force s'il est en partie constitué de dessins. Il s'agit même là d'une de ces BD fascinantes qui vous marquent et contribuent à vous construire en tant qu'individu. Parce que l'art, au fond, ça sert aussi à ça. Faire passer les saloperies de la vraie vie en saloperies de papier que l'on peut maîtriser.
Presque une analyse en somme, sauf que l'auteur, si tout va bien, ne paie pas pour livrer ses angoisses et peut même parvenir à en vivre.
L'ouvrage a été édité par Panini en 2010 (avec un texte valable pour une fois) puis réédité par Urban Comics en 2016.
Rigoureusement indispensable, forcément.
À offrir à ceux qui rigolent quand vous leur dites que vous lisez des comics.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
28.6.18
Par
Nolt
Nous vous proposons aujourd'hui de revenir sur deux sagas qui ont fait polémique en leur temps et qui concernent le Tisseur : d'une part la Saga du Clone, de ses origines à ses développements plus actuels, d'autre part One More Day et ses conséquences.
Voilà qui devrait vous permettre de connaître l'essentiel de deux des plus importants évènements ayant impacté les séries de notre ami Spidey.
Comme toujours, pour accéder au contenu, rendez-vous dans notre rubrique Dossiers, ou bien cliquez sur les images ci-dessous.
Enjoy !
Publié le
27.6.18
Par
Virgul
Et l'on en profitera pour faire un petit point sur l'équipe de X-Factor Investigations.
Miaw !
L'Homme-Multiple
James Madrox, personnage créé en 1975 par Chris Claremont, possède un pouvoir bien particulier qui lui permet de générer un double de lui-même après un choc physique, même léger. Pratique lorsqu'il faut se castagner avec quelqu'un, d'autant que ses ennemis hésitent à le frapper, chaque coup générant un nouvel adversaire. Autre avantage, Madrox peut expédier ses doubles un peu partout, pour aller prendre des cours de kung-fu, faire des études de droit ou encore aller apprendre le japonais, pour ensuite les réabsorber, s'appropriant ainsi leurs souvenirs et connaissances. Ce pouvoir a néanmoins quelques inconvénients, en effet, certains doubles peuvent avoir parfois un comportement étrange voire agressif. L'un va hésiter à venir en aide à Madrox lui-même, un autre va pousser un type au suicide alors qu'il était chargé de le sauver, bref, ils sont parfois imparfaits, certains étant basés sur une seule facette, poussée à l'extrême, de la personnalité de Jamie. Voilà qui rajoute du piment à l'affaire !
Madrox a ouvert, bien après les évènements de House of M, une agence de détective privé à New York, dans Mutant Town. L'on a pu, en France, suivre ses enquêtes dans la revue Astonishing X-Men de Panini, mensuel dans lequel est parue la série Madrox,
remplacée après quelque temps par sa suite directe X-Factor, toutes deux scénarisées par l'excellent Peter David (notons que quelques X-Men Universe et Marvel Monster ont complété la série).L'ambiance tendait alors vers le polar surnaturel, saupoudré de nombreuses touches d'humour, un cocktail particulièrement agréable à lire. C'est également dans cette série que David, en brillant scénariste, a décrit ce qui reste comme l'un des plus énormes coups de théâtre de l'univers Marvel.
À l'époque, Cyrène (Theresa "Terry" Cassidy) attend un enfant de Madrox. Madrox accepte d'épouser Terry alors que celle-ci vient juste d'accoucher. L'ambiance est détendue, émouvante même lorsqu'ils décident d'appeler leur enfant Sean, en mémoire du défunt père de Terry. L'heureux évènement apaise toute l'équipe, réunie pour l'occasion à la maternité. Et, quand Madrox prend son fils dans ses bras pour la première fois... il l'absorbe involontairement !
Il s'avère en fait que c'est un double qui avait couché avec Theresa (Jamie n'en savait rien car il était ivre ce soir-là et, ayant absorbé ensuite le double, il en avait les souvenirs). Le bébé n'est donc pas vraiment humain (et s'est évaporé !), ce qui n'a pas empêché sa mère de nourrir des sentiments à son égard pendant de longs mois. Une sorte de méga fausse couche en quelque sorte.
Choc, larmes, hystérie, Terry brise l'un des doigts de son ex "futur" mari et lui demande de partir. Inutile de dire que la suite sera très dure à gérer pour James et son équipe...
Si vous avez l'occasion de mettre la main sur ce fantastique run de Peter David, n'hésitez pas, il s'agit de l'une des meilleures séries X (consacrées aux mutants donc, rien à voir avec la pornographie) de tous les temps ! Et en attendant, pour avoir un aperçu du ton de la série, vous pouvez jetez un œil aux scènes #38, #52 et #68 de notre Bêtisier Marvel.
On termine avec un petit topo sur l'équipe de départ de X-Factor Investigations, histoire de vous aider à vous remettre les personnages en tête.
Monet Yvette Clarisse Maria Therese St. Croix
Le nom est long mais en général on l'appelle Monet ou, mieux encore, "M". Belle, intelligente, cultivée, sûre d'elle, la miss dispose d'une super-force, de la capacité de voler (dans les airs hein, pas dans les magasins), de sens ultra-développés et, comme si cela ne suffisait pas, elle est également télépathe et perçoit les auras mutantes. Autant dire que dans un groupe, M se révèle vite être une alliée précieuse. Froide, voire parfois carrément hautaine, Monet est la fille de l'ambassadeur Cartier St. Croix qui exerçait ses fonctions à Sarajevo, là où elle est née. Elle reste, après le Jour M, une des mutantes de premier plan.
Guido Carosella
Connu sous le pseudo de Strong Guy (ou Malabar en VF, mais bon, ça fait un peu "chewing-gum"), Guido eut une enfance agitée et fut longtemps maltraité par ses camarades jusqu'au moment où il fut frappé de plein fouet par un bus et s'en releva sans le moindre dommage. A partir de ce jour-là, bizarrement, on l'embêta beaucoup moins.
Doté d'une force et d'une endurance exceptionnelle, Guido peut absorber l'énergie cinétique mais ne peut la stocker indéfiniment sous peine de graves dommages. Ancien garde du corps, c'est un ami fidèle de Jamie Madrox.
Son humour constant et son côté jovial cachent mal les blessures psychologiques dont il souffre depuis que sa nature mutante s'est manifestée et que son aspect physique a changé.Theresa Rourke Cassidy
Cette flamboyante rousse irlandaise est la fille de Banshee (le Hurleur) et porte le surnom de Cyrène. Ses pouvoirs lui viennent de sa voix. En la modulant, elle peut notamment déclencher une frappe sonique destructrice ou encore produire une énergie suffisante pour lui permettre de voler. Elle peut aussi, toujours grâce au son de sa voix, séduire son interlocuteur au point parfois d'en prendre quasiment le contrôle (c'est elle qui, de cette façon, apprend la vérité sur le Jour M en faisant parler, après l'avoir séduit, Spider-Man). Enlevée et violentée par un ennemi de X-Factor, elle a ensuite dû faire face au décès de son père, des évènements qui ont fragilisé encore plus cette ancienne alcoolique.
Julio Esteban Richter
Ce mutant ayant perdu ses pouvoirs lors du Jour M, il est le seul être sans capacités spéciales de l'équipe (ce qui ne le rend pas inutile pour autant, c'est lui notamment qui sauvera Cyrène des griffes de son kidnappeur). Très déprimé après la perte de ses pouvoirs, Rictor a même songé au suicide avant d'accepter la proposition de Madrox de rejoindre son agence. Il entretient une profonde amitié avec Rahne, pour qui il eut autrefois des sentiments amoureux.
Rahne Sinclair
La jeune femme a dû quitter son poste d'enseignante à l'institut Xavier après que sa relation avec Josh Foley (Elixir), l'un de ses élèves, fût révélée au grand jour. Wolfsbane (Félina en VF) a ensuite rejoint l'agence de Madrox. Elle peut se transformer en loup et, sous cette forme, disposer des sens aiguisés et de la rapidité de cet animal. Sa lycanthropie n'est pas soumise aux cycles lunaires. D'origine écossaise, elle est aujourd'hui naturalisée américaine.
Layla Miller
C'est la plus étrange membre de l'équipe. La jeune fille est apparue pendant les évènements de House of M et a joué un rôle important dans le rétablissement de la réalité "normale". Elle avait la possibilité de déclencher, chez les personnes de la réalité altérée par Wanda Maximoff, une réaction leur permettant de se souvenir de leur véritable passé. Elle dispose également d'importantes capacités précognitives, bien que certains pans du futur puissent parfois lui échapper. Elle a annoncé à Madrox qu'ils finiraient tous deux par... se marier !
Publié le
25.6.18
Par
Nolt
Attention, voici certainement la série la plus inattendue et la plus fun du moment : Cobra Kai !
Il y a 34 ans, Johnny Lawrence, petite frappe membre du dojo Cobra Kai, perdait le tournoi de All Valley face à un Daniel Larusso humble mais déterminé.
De nos jours, Johnny végète en ruminant sa défaite qui a grandement impacté sa vie. Seul, dans un appartement minable, il est devenu aigri et asocial. Son fils, qu'il voit rarement, le méprise. Et, en plus, il traverse une mauvaise passe. Après avoir perdu son boulot et avoir été injustement tasé par la police, des gamines emboutissent sa Pontiac Firebird qui finit... chez un concessionnaire
Larusso. Car Daniel, lui, a fait fortune. Ses publicités passent en boucle sur les télévisions locales. Il a une femme superbe, vit dans une magnifique propriété. Et puis, il a gardé ses valeurs. D'ailleurs, quand il rencontre Johnny qui vient récupérer son véhicule, il lui offre les réparations. Un beau geste qui constitue l'humiliation de trop pour Lawrence qui accepte, à la demande d'un de ses jeunes voisins malmené à l'école par des brutes, de reprendre le karaté.Johnny va du même coup reprendre sa vie en main. Il va relancer le Cobra Kai. Devenir senseï à son tour. Et raviver une ancienne rivalité.
Alors, là, pour une première, Youtube fait très très fort. La plateforme de vidéo a en effet lancé, le mois dernier, sa première grande série, basée sur la mythique trilogie des années 80 : Karaté Kid.
Il ne s'agit cependant pas d'un reboot mais bien d'une suite, réalisée par Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg, et avec les mêmes acteurs reprenant leurs rôles. L'on retrouve donc Ralph Macchio et, surtout, William Zabka, exceptionnel. Car l'idée de génie est de faire de Johnny Lawrence le personnage principal de la série, en inversant totalement la perception que le spectateur avait trois décennies plus tôt.
Johnny devient une sorte d'anti-héros taciturne mais très sympathique (on le sait, le personnage qui morfle est celui qui attire la sympathie et à qui l'on s'identifie dans un récit, cf. cet article), alors qu'à l'inverse, Daniel a quelque chose de suffisant et maladroitement moraliste qui ne le rend guère agréable.
Bien entendu, de nouveaux personnages adolescents complètent le casting. Et là encore, l'on a droit à quelques surprises. C'est en effet Lawrence et le Cobra Kai qui "récupère" l'ado solitaire, injustement harcelé et maltraité, alors que les gosses de Larusso font partie des snobinards hautains et moqueurs (son fils surtout est insupportable).
L'écriture se révèle très habile, en rendant les personnages bien plus complexes qu'à l'origine, notamment en mettant de côté l'opposition manichéenne qui avait pourtant fonctionné dans le long-métrage de John G. Avildsen. Ici, Larusso fait bien allusion
avec nostalgie et respect à son ancien Maître, mais il fait également l'idiot dans des pubs et, pire, porte des jugements définitifs et faux sur son "ennemi". D'un autre côté, même si Lawrence est plus sage qu'à l'époque et qu'il a été malmené par la vie, il reste attaché à des "valeurs" qui n'ont que peu à voir avec la philosophie martiale nippone dont il devrait se réclamer. Chaque personnage porte en lui sa part d'ombre et de lumière, un peu à la manière du Yin et du Yang, symbolisant la dualité de l'être. Le récit n'en est que plus riche et plus proche de l'esprit martial traditionnel.Cependant, si la triologie originelle était dans la droite ligne des films de karaté de l'époque, Cobra Kai va bien au-delà, notamment grâce à un humour subtil et constant. Les références sont bien sûr nombreuses et il serait bon d'avoir vu au moins le premier Karaté Kid pour les apprécier. Et si en plus vous avez vraiment connu les années 80, alors là, vous allez pleinement savourer cette suite inspirée !
Car s'il est un mot qui résume la série, c'est "jubilatoire". Les acteurs sont très bons (Zabka en tête, si sa carrière n'est pas relancée après ça, c'est à ne plus rien comprendre), le scénario est bien foutu, les scènes de combat sont jouissives et relativement "réalistes", les références sont bien placées, bref, c'est un sans faute.
Les deux premiers épisodes (environ 27 mn chacun) sont disponibles gratuitement sur Youtube, en version originale sous-titrée. Les huit autres, formant la première saison, sont par contre payants (et il sera difficile de ne pas mettre la main au portefeuille puisque la série n'est pas vouée à être diffusée à la télévision apparemment).
Le succès critique et commercial est déjà tel qu'une deuxième saison est sur les rails.
Ce qui ne devait être qu'une curiosité un peu étrange s'avère une série addictive et surprenante de qualité. On ne peut que vous conseiller très vivement ce mélange de teen-movie, d'action et de comédie tendance eighties !
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