La Révolution : bilan de la Saison 1
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On vous avait parlé, le mois dernier, de la série Netflix La Révolution, dont la bande-annonce était plus que prometteuse, il est maintenant temps de dresser le bilan de ces 8 épisodes.

Tout d'abord, il faut reconnaître que les points forts que l'on pouvait deviner en visionnant la bande-annonce sont bel et bien là. Les décors sont fort beaux, la photographie est très soignée, la bande-son est plutôt pas mal également. Bref, d'un point de vue formel, non seulement c'est réussi, mais c'est même d'une qualité rare pour une série française.  
Les principales critiques, notamment de la presse, portent plus sur le scénario en lui-même. Qui n'est pas parfait mais possède tout de même quelques qualités. Mais voyons déjà plus en détail le pitch de cette saga fantastico-historique.

Quelques années avant la Révolution, le meurtre atroce d'une jeune femme déclenche, dans un lointain comté, l'ire de la populace et l'enquête d'un médecin, Joseph Guillotin. Ce dernier découvre bientôt l'existence d'une maladie encore inconnue, le "sang bleu", dont les effets sont ravageurs. Les personnes atteintes... décèdent, puis reviennent à la vie en bénéficiant d'une force accrue, de sens plus aiguisés, elles sont même plus ou moins immortelles, mais elles éprouvent aussi une faim insatiable (et difficilement contrôlable) de chair humaine. Seule manière d'éliminer ces morts-vivants : leur couper la tête. 
Le virus se répand dans l'aristocratie locale, transformant les nobles en monstres assoiffés de sang. Monstres qui vont être combattus par la Fraternité, un petit groupe de résistants qui pourrait bien faire trembler les bases du royaume.

Voilà l'histoire dans les grandes lignes. La trame principale s'attache à une poignée de personnages, dont les Montargis, qui dissimulent pas mal de secrets, ou encore ce fameux médecin, un peu fadasse. Tout n'est pas totalement abouti dans le développement du récit. Certaines scènes sont très téléphonées et accumulent les clichés, et l'intrigue met du temps à décoller et se révèle même quelque peu obscure dans les premiers épisodes. On peut même parler parfois de légères incohérences, ce qui n'aide pas non plus. Mais, au-delà de ça, tout n'est pas à jeter, loin de là.



Tout d'abord, les critiques sur l'aspect purement historique n'ont pas lieu d'être, nous sommes ici dans une uchronie, pas une fiction qui s'attache à réellement représenter la réalité de cette époque [1]. Ensuite, les auteurs, Aurélien Molas, Gaïa Guasti, Sabine Dabadie et Hamid Hlioua, mettent en place une gigantesque métaphore zombiesque certes un peu facile mais pas totalement idiote. Les divers éléments, même s'ils renvoient grossièrement à des symboles bien connus (le sang bleu, la Fraternité, les décapitations ou encore le drapeau tricolore), permettent d'enraciner cette saga horrifique dans une Histoire fantasmée et familière.
Qu'il y ait des maladresses au niveau de l'écriture, des longueurs, des scènes ratées, c'est indéniable, mais l'ensemble se laisse voir et tient en haleine, notamment grâce à certains plans élégants, quelques envolées lyriques ou une violence relativement esthétisée. 

Surtout, mine de rien, La Révolution invente un nouveau type de morts-vivants, entre le zombie classique et le contaminé à la 28 Jours plus tard. Les Sangs-Bleus ont un aspect physique à peu près normal, ils conservent leur intelligence (ou leur absence d'intelligence dans le cas de Donatien), mais ils s'avèrent bien monstrueux et inquiétants. 
Enfin, la scène finale, dévoilant un roi sinistre et flippant, donne clairement envie de voir la suite, ces huit épisodes n'étant finalement qu'une longue introduction.

Dans tous les cas, on est devant un gigantesque bond en avant qualitatif pour la fiction française (au moins sur la forme, le fond restant à travailler sans pour autant être honteux). Du coup, l'on a du mal à comprendre les critiques souvent très vives qui ont plu sur cette série, parfois dès la bande-annonce. Il est clair qu'en France, tout ce qui est SF, fantastique, heroic-fantasy, épouvante, on ne sait pas faire. Il suffit pour s'en convaincre de voir les rares tentatives récentes au cinéma, de Seuls, blindé d'absurdités, à l'encore plus creux Grave. La Révolution n'a heureusement pas ce genre de défauts, ou en tout cas, ils ne sont pas aussi nombreux et prononcés. Il s'agit donc d'une évolution louable, que l'on peut encourager sans rougir. Quand on voit de quoi l'on part, entre un Camping Machin, une Joséphine, Ange-Gardien, ou les conneries de cet acabit, difficile de ne pas applaudir des deux mains quand des auteurs tentent de sortir la fiction françaises des ornières "comiques" ou "polar" (voire pire, "dramatiques" [2]), dans lesquelles elle est engluée jusqu'aux coudes depuis des décennies. 

La Révolution est une série ambitieuse, au titre peut-être prophétique si elle parvient à encourager des projets innovants et originaux qui pourraient devenir le trait d'union manquant entre l'originalité, mais le manque de moyens criant, des projets issus du net et les productions plus professionnelles, qui ont perdu l'habitude, pourtant inhérente à leur activité, de prendre de réels risques.



[1] Les armes à feu de l'époque n'ont évidemment pas la précision d'un fusil de sniper moderne, comme on peut le voir dans certaines scènes, mais dans le contexte, ces étranges pétoires "upgradées" passent pour un élément uchronique de plus. On est loin des inepties de The Walking Dead, quand les personnages se protègent de tirs nourris de fusils d'assaut derrière de la tôle ondulée ou une portière de voiture. 
[2] Entendre par là les films parisianistes et égocentrés (dits) d'auteurs, à l'intrigue inexistante et au casting dépressif. 



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Clairement soigné d'un point de vue esthétique et formel.
  • Une approche originale.
  • Un casting dans l'ensemble très réussi.
  • Quelques scènes inspirées et au lyrisme certain.
  • Proprement ahurissant (pour une série française) en ce qui concerne la qualité de la mise en scène.
  • Une écriture parfois maladroite.
  • Nombreux clichés et scènes prévisibles.
  • Quelques longueurs malgré pourtant le faible nombre d'épisodes.
  • Joseph Guillotin, assez terne et sans charisme.
  • Une première saison qui n'est finalement qu'une longue introduction.
Un Chat dans le Culte #2
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Hey les matous ! Ça ronronne dans les gouttières ?
Si vous ne l'avez pas encore lu, je vous conseille le premier Chat dans le Culte. Et sinon, on passe tout de suite au sujet principal, avec une comédie mythique.
Miaw !

La Chèvre
Deuxième film de Francis Veber en tant que réalisateur (après Le Jouet), La Chèvre sort en 1981 et va devenir l'une des grandes comédies culte du cinéma français. Elle met en scène le personnage de François Perrin (Le grand blond avec une chaussure noire, On aura tout vu...), une variante de François Pignon (L'emmerdeur, Les compères, Les fugitifsLe dîner de cons...). À noter que François Perrin/Pignon n'est pas un même protagoniste vivant différentes aventures, mais bien une sorte d'archétype de personnage lunaire, naïf, maladroit, voire parfois un peu benêt.

Ça raconte quoi ?
La fille du PDG d'une grande entreprise disparaît alors qu'elle est en vacances au Mexique. Son père a beau tout tenter pour retrouver sa trace, rien n'y fait. L'un de ses employés a alors l'idée de lui présenter François Perrin, un individu particulièrement malchanceux. Or, la jeune fille disparue a la particularité d'être elle aussi une incroyable poissarde. La théorie étant que deux malchanceux chroniques vont se prendre les mêmes portes dans la figure, trébucher sur les mêmes obstacles, et donc avoir un parcours similaire. Désespéré, le PDG accepte de tenter cette mission de la dernière chance. Il engage Perrin en lui faisant croire que, grâce à son bon sens et son flair, il est en charge de retrouver sa fille. En réalité, il doit servir d'appât, de "chèvre", et Campana, un véritable détective privé, expérimenté et bourru, se charge de l'accompagner pour vérifier les résultats de cette improbable expérience.

Ça fonctionne comment ?
L'on est ici sur du très classique, à savoir l'opposition de deux personnages foncièrement différents, obligés de coopérer et de se supporter. C'est ce que l'on peut retrouver déjà dans La Grande Vadrouille, avec le gentil et naïf Bourvil et le plus dirigiste et colérique De Funès. Mais, ce n'est pas tout. Ici, le duo ne fonctionne pas seulement sur sa disparité mais également sur sa relation asymétrique, l'un en sachant plus que l'autre. Principe que l'on retrouvera, bien plus tard, dans L'Opération Corned Beef, alors que Jean Reno est obligé de supporter le pontifiant Clavier qui ne comprend rien à la situation. Le fait que Campana sache réellement les raisons pour lesquelles Perrin a été engagé participe bien entendu aux ressorts comiques. Enfin, dernier point, Perrin est ici particulièrement sûr de lui. Loin du Pignon du Dîner de Cons, qui se rend compte qu'il gêne ou que l'on se moque de lui et est conscient de ses limites, de ses défauts, Perrin, dans La Chèvre, est suffisamment niais pour se prendre au sérieux, pérorer et même sermonner un Campana pourtant bien plus efficace que lui.

Pourquoi c'est encore bon aujourd'hui ?
Là encore, pas de surprises : casting béton, avec un Pierre Richard et un Gérard Depardieu excellents dans leur propre registre, et surtout une écriture (de Veber, qui signe le scénario également) à la hauteur, avec un nombre de gags (et de gags efficaces !) qui devrait faire rougir les scribouilleux poussifs qui écrivent la plupart des "comédies" françaises actuelles. Le film dure seulement 1h35, ce qui n'est pas énorme (La Grande Vadrouille ou L'Opération Corned Beef, cités plus haut, durent respectivement 2h12 et 1h45), pourtant, il est tellement dense que l'on n'a aucunement l'impression qu'il est si bref. Et, fait rare, les situations comiques perdurent jusqu'à la fin, sans forcément cet emballement qui vire au burlesque et que la plupart des auteurs ou réalisateurs se croient forcés d'employer pour donner un effet de crescendo qui, bien souvent, rend le récit absurde.

La petite anecdote en sus
À l'origine, c'était Lino Ventura et Jacques Villeret qui étaient pressentis pour incarner Campana et Perrin, mais Ventura n'aurait apparemment pas été d'accord sur le choix de son collègue. Quand Depardieu est arrivé sur le projet, il a émis le souhait d'interpréter... Perrin. Veber ayant refusé, l'acteur s'est montré particulièrement insupportable durant le tournage. Enfin, selon la légende, parce qu'en réalité, Depardieu, aussi talentueux qu'il soit, c'est le genre à être chiant tout le temps, de base. Un type qui te pète dessus et qui trouve ça drôle, ça donne plus envie de lui mettre un coup de pied au cul qu'un César entre les mains.




Perrin, s'adressant à Campana, puis à un type qui l'a traité d'abruti, puis de nouveau à Campana, sous la plume de Francis Veber.


— Il m'a traité d'abruti, c'est une affaire entre lui et moi, je vous demande de ne pas intervenir. Vous m'avez traité d'abruti ?
— Oui.
— Je pratique les arts martiaux : judo, aïkido, karaté. La première chose qu'on nous apprend, c'est le contrôle. Un type me traite d'abruti, je ne cogne pas, je le regarde et je m'en vais.
— Et ben tire-toi alors.
— Hmf. Vous avez de la chance. Allez, prenez ce chariot et filez. Hmf... vous avez de la chance.
— Gros connard.
— Haha... vous avez de la chance...
— Pédé.
— Ffffiouuu. Je suis arrivé à un contrôle total, en route ! Pardonnez-moi cette démonstration de force, mais j'ai horreur qu'on me marche sur les pieds.



La Fin des Irin
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La Fin des Irin
est un web-comic, premier tome d'une trilogie suivant un conflit entre deux frères extraterrestres qui ont jadis fait de la Terre une réserve d'esclaves, jusqu'à ce que la variole fasse fuir ces "dieux" de la planète bleue.

L'on rencontre alors Anahita, une jeune femme atteinte d'une maladie rare, qui se révèle être une Irin, métisse entre un humain et l'une de ces divinités venues d'ailleurs. Avec l'aide de Satan, un autre Irin âgé de plusieurs millénaires, elle va découvrir les secrets qui planent sur son origine et va devoir faire la lumière sur un ancien mystère afin de rétablir la vérité au sujet de son père et de sa lignée.

L'histoire qui commence dans un décor que l'on pourrait croire à la croisée des monde de Conan le Barbare et de Stargate provient de l'imagination de Rob McMillan, tandis que les dessins sont l’œuvre de Wouter Gort.
Sur le plan graphique la BD bénéficie de décors variés, de dessins très jolis, voire envoûtants, et de quelques planches à la mise en scène tout à fait réussie. Les premiers moments sont marqués par des scènes violentes qui hanteront les esprits les plus sensibles mais qui trouvent par la suite un contexte qui justifie pleinement les effusions de sang.

Le texte est ponctué d'articles du codex que l'on peut trouver à la fin de certaines pages et ajoute un côté science-fiction "dure" au travers de diverses explications au ton scientifique. Cet aspect Hard SF est justement appuyé par des schémas de molécules et d'appareils que l'on croise au détour des planches.

Ce récit se lit très bien si l'on met de côté le texte dense que l'on peut trouver hors bulles sur quelques écrans. La narration alterne entre passages prenant place dans le passé et le présent et se mêle avec aisance aux dialogues et aux souvenirs des personnages.

La thématique religieuse est naturellement très présente et se retrouve autant dans les dialogues que dans les illustrations, nous laissant nous demander si les créatures que nous rencontrons sont de vrais dieux ou de simples aliens extrêmement avancés sur le plan technologique. Les éléments de l'histoire sont évoqués sans lourdeur pour familiariser le lecteur avec un univers très riche que l'on peut découvrir avec plus de précisions dans les appendices présents sur le site officiel, où l'on peut bien sûr lire également le premier volume de cette saga. 

Ajoutons que les personnages sont tous bien caractérisés et paraissent parfaitement vraisemblables malgré une héroïne principale qui aura sans doute besoin d'un second volume pour se développer et devenir aussi attachante que certains autres protagonistes.

Un web-comic qui témoigne du savoir-faire de ses auteurs au travers d'une histoire bien construite, dont on a envie de connaître le dénouement.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Belle mise en scène.
  • Personnages bien écrits.
  • Un côté Hard SF intéressant.

  • Une héroïne à qui il manque un petit quelque chose.

Doggy Bags - Saison 2, tome 16
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Tous les Jean-Kévin de cette page (sérieux, il y en a encore ?) connaissent donc maintenant DoggyBags (ces petits malins ont lu la chronique du numéro 14 ici, celle du numéro 15 , voire même l'article de Nolt ). Il n'est plus guère utile de revenir sur la description de ce qui se veut une série d'anthologie créée par Run sous le Label 619. Le souci étant que, si c'est bel et bien le cas, les Jean-Kévin en question ont dû se rendre compte que je viens de plagier ma propre introduction du tome 15 comme un doppelgänger de Gad Elmaleh.

Du coup : salut, les Jean-Kévin... et les autres. 
DoggyBags, c'est donc une anthologie de suspense, de frissons et d'horreur mêlant un édito engagé, des nouvelles graphiques un peu pulp, des articles informatifs intéressants relatifs auxdites nouvelles graphiques, un poster gratuit et une nouvelle littéraire. C'est la dernière fois que je vous explique le concept, ça devient lourd, les gars. Faites un effort !
Tiens, j'y pense : pas de fausses pubs, dans ce numéro... c'est dommage.
Au sujet de l'édito, il aborde cette fois un sujet peu original sous un angle qui l'est davantage. En effet, Run confie ici le rôle que le Covid19 (trop punk, je n'écris pas LA Covid 19, malgré l'Académie Française, quel rebelle !) a joué sur sa vision des catastrophes fictives... 
Mais qui n'est pas dans le cas ? Après tout, la gestion de cette crise rend les fictions les plus anxiogènes sur le sujet quasi rassurantes...
Souvent, les DoggyBags tournent autour d'une thématique. Cette fois, le seul point commun évident semble être le meurtre, la mort ou les armes à feu... mais c'est le cas de tous les DoggyBags, quasiment. Soyons clairs : vous ne trouverez pas de politiquement correct, pas de bisounours, pas de safe space, pas de moraline dans ces recueils.
Pour ceux qui n'en ont jamais eu entre les mains, c'est un format 25x17, couverture souple, enfermant un paquet de pages sur du papier certes granuleux mais de qualité... et débordant de goût douteux et d'intérêt pour le louche et le macabre. Si Halloween était Noël, on découvrirait ces bouquins sous les citrouilles, emballés dans du papier de verre.

Pour couronner le tout, il est coutumier chez DoggyBags d'accompagner les histoires d'articles exposant leurs sources d'inspiration et... ça fait froid dans le dos !

Première histoire : ROTTEN HEART (de El Puerto et Tomeus)


Dans le paysage paradisiaque de l'Afrique de l'Ouest, en la si calme année 1984, le dénommé Seinfeld (mercenaire de son état) et ses hommes ont planifié de faire de gros câlins aux seigneurs de guerre locaux pour leur rappeler la toute-puissance du pouvoir de l'amour. Malheureusement, après quelques péripéties, ils devront se rendre à l'évidence : il sera malaisé de dispenser autour d'eux une infinité de sentiments choupinets en ayant pour seuls outils des flingues et des explosifs. Déçus mais déterminés à faire cadeau aux pires salopards locaux de quelques balles et quelques rockets, il se résigneront bien vite à les leur envoyer le plus vite possible par le biais de canons appropriés. 
Plus sérieusement... ça cause d'organisations paramilitaires, religieuses, politiques et/ou criminelles qui s'entretuent pour un butin aussi surprenant que déstabilisant et non, ce n'est pas mignonnet le moins du monde. Ce l'est d'autant moins que c'est crédible et passablement réaliste, malgré la dose de fantastique africain que l'on trouve dans le camp des seigneurs de guerre.
La conclusion de la nouvelle est astucieuse et dérangeante à souhait mais pas plus que l'article qui suit faisant état de certaines croyances entretenues au sein des milices d'Afrique de l'Ouest... Vous saviez que ces gars croyaient en l'existence d'un vaccin pare-balles ? Quand je pense que certains de mes concitoyens ont du mal à croire en l'efficacité de celui contre la poliomyélite...

Deuxième histoire : Tool (de Mud et Evin)


S'inspirant ironiquement du slogan avançant qu'une arme n'est qu'un outil, cette nouvelle graphique repose sur un procédé dont j'avais déjà apprécié l'efficacité dans le très bon roman États de lame de Pascale Fonteneau : faire parler l'arme et non le criminel ! Ici, l'on a droit aux mémoires d'un Colt Python, d'un Beretta 92F, d'un AK-47 et d'un Colt M16... soit les armes utilisées dans les fusillades perpétrées par les frères Stovall le 28 septembre 2001 au Colorado.
Ce n'est pas la première fois que Doggybags met en images des faits divers réels mais cette prise de position au niveau de armes est ici bien vue tant l'obsession des deux frères pour l'armement a joué une place importante... Ici, les armes parlent, ont soif de sang et semblent manipuler les humains, les poussant à commettre des tueries autodestructrices qui sont pour elles autant d'actes érotiques. Perturbant ? Oui. Pertinent ? Aussi. Ce drame attire notre attention sur le cas de ces super-owners entassant les armes de tous calibres non dans le légitime but de simplement les collectionner mais par réelle fascination pour leur potentiel de destruction. Certains possèdent de véritables arsenaux contenant même des armes de guerre, des casques et gilets pare-balles... ce qui fait d'eux des gens bien plus armés que les policiers qui leur font face le jour où ils décident de passer à l'action. Des gens difficilement arrêtables.

Troisième histoire : REAL SOCIOPATH (de Run et Ké Clero)



Les auteurs reviennent ici sur l'affaire Donnah Winger, cette jeune mère américaine massacrée à coup de marteau dont le mari a assisté au meurtre avant de tuer lui-même l'agresseur... 
Affaire qui bouleversa l'Amérique à deux reprises : lorsque l'on dévoila cette histoire et... lorsque l'on dévoila que c'était un mensonge cachant une vérité bien plus glaçante encore.
Rien ne vous sera épargné : c'est cru, violent, sans une once de compassion... ça porte bien son nom.
On vous offre là une plongée en apnée dans la sociopathie. Bienvenue dans le monde enchanté des personnes agissant sous le coup de leurs impulsions immédiates, sans se soucier des conséquences. Run confesse en préambule avoir toujours été terrorisé par ce type d'individus imprévisibles, lui qui est du genre à toujours tout planifier... et c'est avec empressement que l'on se range à son avis après la lecture de ce récit.
Au niveau du dessin, celui de la première histoire est assez simpliste et parfois maladroit mais il sert le propos et fait le taf. La deuxième histoire bénéficie d'un trait précis et détaillé, comme il se doit d'une histoire axée autour d'objets mécaniques de précision. La troisième offre un dessin un peu torturé aux traits anguleux et c'est bien le moins qu'elle méritait. 


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • C'est du DoggyBags dans tous ses excès et toutes ses audaces. Ce qui est très bien.
  • Ça amène son lot d'informations et de réflexions... ce qui n'est pas le cas de toutes les BD qui passent entre nos mains.
  • La qualité de cette collection reste égale et c'est un petit exploit digne d'être salué d'une frénétique rafale de... non... d'applaudissements. De rien d'autre... 

  • Le dessin de la première nouvelle me semble un rien léger par rapport aux autres mais n'est en rien indigne.
  • Ça pourrait choquer les lecteurs les plus sensibles, je suppose... mais la couverture annonce la couleur, non ? Alors qu'ils restent à l'écart de cette lecture et qu'ils nous laissent en profiter !
Du transparent qui mérite d'être vu
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Avec Transparent, on aborde des sujets lourds avec cependant une approche subtile et efficace.

Souvenez-vous, on vous avait déjà parlé de Wanch à l'occasion de la sortie de son excellent In Bloom. On replonge dans l'univers de l'auteur avec un album auto-produit de qualité, qui raconte une histoire en apparence simple mais poignante.

Tout commence avec la libération d'un vieux détenu. Un détenu au visage dur, fermé, aux réactions parfois violentes. Un détenu qui tente de reprendre contact avec la famille qu'il a détruite. Notamment son petit-fils, qui se débat avec les conséquences d'un passé chargé.
Greg, le petit-fils en question, n'a pas d'emploi. Il n'a plus de compagne. Mais il a une fille qu'il aime. Et pour elle, il ferait tout. 
Seulement voilà, quand le destin vous colle aux semelles comme un vieux chewing-gum rance, il est difficile de s'en débarrasser. De ne pas retomber dans les mêmes schémas. De retrouver la lumière lorsque l'on a passé une vie entière dans les ténèbres.
La frontière entre fantasme et réalité est tellement mince qu'il suffirait d'un rien, d'un mot de travers, pour la franchir...

Eh bien... cet auteur est décidément à suivre de près, parce que lorsqu'il se décide à vous raconter une histoire, c'est du genre à vous faire gamberger longtemps après la dernière page tournée.
Encore une fois, comme pour In Bloom, on est dans de l'intime mais qui n'est pas égocentré, dans du réel mais qui est magnifié par l'écriture, dans de la leçon de vie mais qui n'est jamais pédante ou trop démonstrative. Un exploit déjà en tant que tel.



Difficile d'évoquer les qualités de cet album sans trop en dévoiler. L'on va donc rester vague sur les faits, très bien amenés, par petites touches, et se concentrer sur ce qu'ils évoquent chez le lecteur.
Ce qui est au centre de ce récit, c'est non seulement les actes et le poids des mots, mais plus encore les actes manqués et les non-dits. Ce qui n'est pas dit, ce qui n'est pas fait, ce que l'on ne voit pas, ces gens qui sont transparents et souffrent de ces regards vides ou rares, vont faire basculer des destins et entraîner les pires errances.

D'un point de vue graphique, c'est très bien réalisé, à partir de vues réelles évoquant Mons, en Belgique, d'où est originaire l'auteur. Cela a l'avantage d'ancrer le récit dans le quotidien et le "vrai", tout en permettant, notamment grâce à une colorisation qui fait sens et des angles de vue très efficaces, de bénéficier d'effets quasiment cinématographiques (le zoom arrière sur Marie, attendant "son" Eugène, est un exemple de cette maîtrise narrative qui fait le lien entre chaque scène et prend aux tripes).

En ce qui concerne les personnages, on les découvre par bribes presque négligeables, avant que, comme dans la résolution d'un puzzle, une vue plus large nous fasse réaliser à quel point nous, lecteurs, sommes aussi les jouets de nos préjugés et les victimes passives et malléables du drame qui se déroule, pourtant, devant nos yeux, alors que nous ignorons des indices évidents, aussi voyants que la typographie du titre. 
Transparent évoque non seulement la force dévastatrice du manque, mais aussi ces blessures reçues trop tôt, qui jamais ne se refermeront et feront place à des réactions trop dures, trop folles, aux conséquences non voulues, et donc non assumées. Cette belle histoire évoque aussi ces monstres qui salissent tout et rendent suspects même les plus innocents baisers. Elle évoque le pouvoir des Mots, le pouvoir du Jugement, rapide et sans nuances, le pouvoir de l'a priori, le pouvoir d'un système prompt à écraser, conclure et festoyer sur les ruines de vies dévastées en un clin d’œil, ou presque. Elle évoque aussi, avec retenue et gravité, ces chemins définitifs que certains empruntent pour se libérer de l'inacceptable. 

Voilà, donc, que ce soit clair, c'est pas joyeux, mais, bordel, que c'est fichtrement bon, tant sur le fond que la forme !
Qu'un album d'une telle qualité soit auto-édité devrait faire honte aux éditeurs.
  



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une narration subtile et maîtrisée.
  • Des dessins et une colorisation servant parfaitement le récit.
  • Une thématique grave, abordée avec finesse et intelligence.
  • Émotionnellement chargé. 


  • Tellement bon et ambitieux que ça aurait mérité une vingtaine de pages supplémentaires pour développer les personnages et leurs relations.