Publié le
20.4.19
Par
Nolt
Retour sur The Unwritten, un comic de fantasy lorgnant sur la métaphysique de l'écriture.
Tommy Taylor est le personnage principal d'une série de romans à succès qui met en scène un jeune magicien et a suscité un véritable engouement dans le monde entier, dépassant même en popularité le si médiatique Harry Potter. Les fans attendent avec impatience un hypothétique quatorzième tome, l'auteur ayant disparu depuis fort longtemps.
Tom Taylor, lui, est le fils de l'écrivain et la supposée source d'inspiration du personnage. Il enchaîne les festivals et les séances de dédicace, surfant sur un succès par procuration qui lui permet de vivoter mais qui possède aussi ses mauvais côtés, comme ces dingues qui, de temps en temps, le prennent vraiment pour ce qu'il n'est pas : un sorcier.
Un jour, une rencontre va bouleverser la vie de Tom. Une inconnue l'interpelle en public et révèle que l'une des photos censées le représenter étant enfant est en fait un fake. Elle laisse également entendre que le passé du jeune homme est bizarrement constitué de vides et d'éléments troublants. Il n'en faut pas plus pour déchaîner la colère des inconditionnels de la série, ulcérés d'avoir été menés en bateau par ce qui pourrait n'être qu'un imposteur. D'autres illuminés pensent expliquer le passé mystérieux de Tom par le fait qu'il serait en fait né avec les romans et tout droit issu des lignes couchées sur le papier par son créateur.
Tom Taylor va rapidement constater que, dans l'ombre, de bien dangereux personnages s'intéressent de très près aux mots et à leur puissance...
Publié pour la première fois en VF en 2011 chez Panini, The Unwritten est maintenant en cours chez Urban Comics (2 tomes disponibles à ce jour, dans la collection Vertigo Essentiels). La série compte 71 épisodes en tout et s'est même offert un crossover avec Fables. Et, comme souvent avec le label Vertigo (cf. ce dossier sur les encyclopédies comics), nous avons affaire à un titre original, bien pensé, à la thématique riche et passionnante.
Jetons tout d'abord un œil sur l'équipe créative. Au scénario, Mike Carey (Faker, Neverwhere, God save the Queen, X-Men Origins), un spécialiste de la fantasy et des univers étranges. Au dessin, Peter Gross. Bon, à l'évidence, ce n'est pas l'aspect graphique qui constitue l'attrait principal de cette série. Rien de hideux, simplement un style passe-partout, sans âme (si l'on excepte quelques représentations inspirées, comme celle du "monde de l'autre côté de la porte", très impressionnante).
Pour faire une comparaison, ça ressemble un peu à du Buckingham (le dessinateur, pas le palais). Mais rien de rédhibitoire, d'autant que la thématique offre largement de quoi s'intéresser à ce récit. Le style des planches consacrées à la "fiction dans la fiction" a cependant déjà plus de charme.
Carey évoque la puissance des mots et des histoires ainsi que la magie que manipulent les Conteurs, une vision passionnante qui met en avant cet incroyable pouvoir qui consiste à faire ressentir à distance, à un parfait inconnu, des émotions que l'on va générer par de simples lettres noircissant un banal papier. C'est la définition même de la magie. Pas celle des cabarets, la vraie, qui permet, par des signes et des symboles, d'influer sur le monde physique et l'humeur de nos semblables.
L'auteur va patiemment construire un habile jeu de va-et-vient entre la fiction et le monde réel, chaque chapitre commençant par quelques pages des aventures de Tommy Taylor avant de revenir sur les déboires du véritable Tom Taylor. La frontière entre héros de papier et de chair va cependant vite s'estomper et, à partir de ce moment-là,
les portes de l'Imaginaire vont s'ouvrir sur de vastes interrogations philosophiques.La réflexion porte bien entendu sur l'impact de la fiction sur la vie, mais elle va bien plus loin et questionne sur ce qui fait d'un être humain une "réalité" aux yeux des autres. Ainsi, sans photos, sans numéro de sécurité sociale, sans extrait de naissance ou inscriptions dans un vague registre administratif, est-il possible de démontrer aux autres sa propre existence ? Quelles sont les preuves que nous réfutons ou, au contraire, tenons pour crédibles, presque pas habitude, sans réelle réflexion sur leur importance ?
Plus grave encore - car signe des temps - la puissance de l'information, même erronée, et sa transformation en haine ou vénération de masse par une foule aussi terrifiante que versatile, donne à réfléchir sur nos réflexes et les aléas de la surcommunication.
Attention, ne vous laissez pas refroidir par l'aspect philosophique ou les connexions multiples avec la littérature, The Unwritten est une série qui est très facilement abordable, avec de l'action, du suspense, de vrais méchants et un personnage principal très attachant. Par contre, forcément, lorsque l'on s'intéresse un peu à l'écriture en général, c'est un pur bonheur tant l'on a l'impression de naviguer sur une mer ancienne et familière où il fait bon croiser quelques vieux capitaines au visage buriné par les embruns.
Les références littéraires sont en effet multiples, cela va de Mary Shelley à Conan Doyle, en passant par Oscar Wilde, George Orwell et même Rudyard Kipling auquel tout un chapitre est d'ailleurs consacré. Joli rappel de ce que les britanniques ont pu offrir aux Lettres.
Une excellente idée de départ qui permet d'envisager d'immenses possibilités et qui s'avère être une intelligente et pratique passerelle entre pop culture et écrits plus "institutionnels".
À ne pas rater.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
18.4.19
Par
Vance
On ne peut pas dire qu'il soit discret. Chaque fois qu'un satellite pète ou que la machine d'apocalypse d'un quelconque taré échoue à se mettre en route, qui est-ce qui jaillit des ruines avec un réacteur dorsal et une demi-douzaine de bimbos en remorque ?
Voici comment Nancy McEwan, sa nouvelle partenaire, décrit d'un ton mi-détaché mi-ironique le meilleur agent de terrain du MI-6, sorte de James Bond puissance 10 : Jimmy Regent. D'une élégance à toute épreuve, Jimmy brave le danger le sourire aux lèvres, fustige les ennemis de sa Majesté et séduit ces demoiselles tout en sirotant dès que faire se peut une coupe de Champagne. Que des terroristes ou des savants fous s'associent pour dominer le monde ne l'effraie pas : il plonge au cœur de l'action, capable de dégommer deux hélicoptères de combat avec une balle de golf (jugez-en par vous-même en jetant un œil aux illustrations ci-dessous).
Nul vilain ne résiste à son humour ravageur et à ses talents de combattant hors pair, et chacune de succomber à sa distinction un brin surannée et à sa réputation de séducteur. En dehors de faire systématiquement muter ses partenaires (qui ont eu le malheur de s'enticher de lui, ce qui est strictement proscrit par les services secrets de la Reine), ses supérieurs lui accordent généreusement ce dont il a besoin, quand bien même il ait une fâcheuse tendance à consommer les gadgets plus que de raison. Oui mais voilà : une organisation occulte rassemblant de nombreux membres a décidé la perte de l'atout numéro un du contre-espionnage britannique, et elle ne reculera devant aucune exaction pour parvenir à ses fins, quitte à lancer l'opération Gender Fluide destinée à changer à jamais le visage de la population du Royaume-Uni...
de reconnaissance. Après tout, "Qui aime bien, châtie bien"...Si les super-héros ne sortent guère grandis de son run sur l'extraordinaire série The Boys, ils conservent tant bien que mal, quoique sérieusement écornée, leur influence, leur impact et leur capacité à émerveiller des millions de lecteurs et spectateurs. Voilà donc notre dézingueur en chef, armé de sa verve habituelle et de son goût pour une violence décomplexée, qui s'en prend à une autre icône de la pop culture, la création protéiforme de Ian Fleming que des acteurs charismatiques devaient placer au panthéon des héros modernes (et que des lecteurs attentifs risquent fort de retrouver dans ces pages, bien que pas du tout du tout à son avantage, il faut le reconnaître...).
D'ailleurs, Jimmy Regent n'est même pas un énième avatar de 007, il est son successeur, son digne héritier, encore plus cool, encore plus létal, encore plus séduisant et totalement viril. Et Ennis d'appliquer sa méthode articulée sur deux axes :
- mettre en exergue les qualités intrinsèques de l'archétype auquel il s'attaque (ici, le trio humour/séduction/action)
- puis simplement, presque l'air de rien, poser la question qui fâche, en l'occurrence : "Notre héros a-t-il au moins une fois dans sa vie réfléchi aux conséquences de ses actes au service de la Nation ?"
Car l'essentiel de l'intrigue repose sur la réponse, forcément négative. Et c'est précisément ce genre de question qui démontre l'admiration, le côté groupie de notre auteur/flingueur : pour s'intéresser ainsi à la vie secrète des héros, à ce qui n'est pas dévoilé à l'écran ou sur le papier,
il faut être sacrément fan, avoir absorbé une partie de sa vie les aventures de son idole pour tenter de voir au travers, de densifier davantage le tissu dont est fait le héros en le lestant de backgrounds celés, d'une jeunesse dissimulée, d'origines contestées... Philip José Farmer (cf. cet article) ne procédait pas autrement lorsqu'il s'évertuait dans les années 60 à explorer la sexualité de Tarzan ou Doc Savage, à imaginer la descendance de Jack l'Eventreur ou les origines de Phileas Fogg.La toute jeune maison d'édition Snorgleux a donc entrepris de proposer au public hexagonal cette mini-saga en deux tomes, rassemblant les 9 chapitres de Jimmy's Bastards, nantis de crayonnés et de très intéressantes notes de production. Le second opus est disponible depuis le 15 mars 2019 chez tous vos revendeurs habituels.
C'est à l'artiste Russ Braun qu'est revenu l'honneur et la rude tâche de tenter d'illustrer les délires d'Ennis, et il faut admettre qu'il s'en sort à merveille, travaillant judicieusement les expressions faciales (une qualité capitale pour mener cette œuvre à terme) tout en étant capable d'illustrer convenablement les nombreuses séquences d'action et de respecter les quelques monuments londoniens traversés par nos héros. Et si Jimmy a naturellement droit à un traitement de faveur, c'est bien sa nouvelle partenaire qui tire la couverture à elle, une métis badass s'évertuant à rabrouer avec un bel aplomb l'arrogance naturelle et l'incomparable charme désuet du meilleur espion britannique. Charme qui se dégage d'ailleurs des dessins de Braun qui joue avec bonheur d'un délicat équilibre entre précision et caricature.
Deux albums de bonne facture, à la traduction plutôt soignée et souffrant de fort peu de coquilles (même s'il aurait été avisé de relire les paragraphes de présentation car une erreur telle "...il prend les rennes du personnage anglais...", ça ne fait tout de même pas sérieux).
En dehors de ces détails, c'est de la bombe.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
17.4.19
Par
Nolt
Sur UMAC, vous savez que la BD, c'est plutôt un domaine que l'on connaît bien et que l'on apprécie. Mais ça ne nous empêche pas de nous en moquer parfois, en prenant un peu de recul sur certains titres très connus. Cet article nous donne l'occasion de nous amuser aux dépens de quelques séries issues de la BD franco-belge, des manga et des comics.
Team Premier Degré s'abstenir.
On commence par le "king", Tintin, gentil reporter à la houppette mondialement connue. Enfin, quand je dis "reporter"... vous avez remarqué que le mec travaille tout de même très rarement. Il fait bien quelques reportages à ses débuts (en URSS, au Congo...) mais, très rapidement, on sent que son rédac-chef lui a lâché la bride. Il a le temps de partir au Pérou pour sauver son ami Tournesol (dans Le Temple du Soleil) ; quand il apprend l'accident de Tchang (dans Tintin au Tibet), il est déjà en vacances en train de se la couler douce ; on l'embarque dans une expédition sur la Lune (ce qui prend un peu de temps quand même) sans que cela pose le moindre problème, bref, le personnage a inventé les RTT avant l'heure. S'il écrit peu, il lit tout de même la presse (pour voir les papiers des potes ?). C'est notamment en lisant un article qu'il décide, sans rien demander à personne, de retrouver une statuette volée (dans L'Oreille Cassée). Il ne sait vraiment pas quoi foutre en fait...
Certains ont spéculé sur son homosexualité, sans doute à cause d'une méconnaissance totale du principe de personnage asexué. Il est donc temps de rétablir la vérité à ce sujet. D'ailleurs, un jeune homme qui se désintéresse des femmes, vit sous le même toit qu'un marin barbu et participe à des aventures intitulées Les 7 Boules de Cristal, ne peut être soupçonné d'une quelconque tendance homosexuelle.
Il prend très vite du galon au fil des albums mais stagne depuis longtemps au grade de colonel. Savez-vous pourquoi ? Parce que les généraux ne pilotent pas (véridique).
Imaginez un album Buck Danny dans lequel il serait général : arrivée au bureau à 9h00, paperasse, un petit café, quelques coups de fil, pause déjeuner, petite réunion de travail dans l'après-midi, un dîner mondain en soirée, une tisane et au lit... ça limite tout de même les péripéties.
Tiens, en parlant de péripéties, vous connaissez le Club des Cinq (cf. cet article pour en découvrir une version moderne) ? Bon, à l'origine, il s'agit de romans, mais ils ont donné lieu à des adaptations en BD et même à des machins hybrides, mi-roman mi-BD, avec une page écrite, la suivante dessinée, et ainsi de suite (l'une des grandes idées à la con du monde de l'édition).
Voilà quand même des jeunes qui n'ont pas de bol. Il suffit qu'ils mettent un pied dehors pour tomber sur des voleurs, des faussaires ou des trafiquants en tout genre. De vrais aimants à emmerdes ! Mais le pire dans tout ça, ce sont les parents.
Ils sont totalement inconscients !
Leurs rejetons, ça fait quand même je-ne-sais-combien d'années qu'ils se coltinent malandrins et mecs louches en pagaille dès qu'ils font mine d'aller prendre l'air cinq minutes dans le jardin, mais c'est pas grave, ils leur autorisent tout.
Vous voulez partir seuls en camping dans une région isolée dont on ne sait rien ? Bien sûr, allez-y !
Quoi ? Vous voulez traverser seuls tout le pays en stop ? Chacun de votre côté en plus, histoire de faire une course ? Ben, ouais, pourquoi pas ? Je pense que c'est une bonne idée. Allez-y !
Attendez, il n'y a jamais une assistante sociale qui s'est inquiétée, là ? La plus jeune, Annie, n'a même pas 10 ans !
Bon, c'est vrai, c'était une autre époque. Dans le temps, t'avais le droit de t'écorcher les genoux, de te perdre en forêt, de manger des insectes ou de te faire enlever par un pédophile, c'était considéré comme plus ou moins formateur.
Dans le genre "autre époque", l'on peut aussi citer Les Tuniques Bleues, avec ces bons vieux Blutch et Chesterfield. La série se déroule pendant la guerre de sécession et oppose un petit caporal flemmard et antimilitariste à un sergent maladroit et bourré de principes. Elle a un côté très réaliste puisque les deux s'engagent en fait dans l'armée suite à une mémorable cuite (cf. l'album Blue Retro). Et, en effet, si vous avez déjà pris une bonne murge, vous avez dû vous rendre compte que l'alcool, outre un puissant effet désinhibant, possède la particularité de vous faire passer la pire débilité proférée comme l'idée du siècle.
Du genre "tiens, si on s'engageait dans l'armée" (en pleine guerre en plus) ou "tiens, si j'allais faire le tour de la gendarmerie tout nu en chantant Étoile des Neiges" ou encore "je vais écrire un texto à mon enculé de patron histoire de lui sortir ses quatre vérités".
En général, le lendemain matin, la pertinence de l'idée apparaît tout de suite beaucoup moins évidente. C'est un coup à se réveiller dans une tranchée, une cellule ou au Pôle Emploi.
Mais, parfois, certains mecs n'ont pas besoin d'être bourrés pour devenir un peu... "lents" d'esprit. Dans Saint Seiya (cf. ce film si vous voulez voir un Deathmask partir dans un trip "comédie musicale" absurde) par exemple, c'est un festival. Alors, en gros, pour ceux qui ne connaissent pas,
Seiya, Shiryu, Hyoga et toute la bande sont des guerriers au service d'Athéna. Ils disposent notamment d'une force incommensurable provenant en fait de leur "cosmos" (un peu le Ki des arts martiaux, en plus cool). Suivant la spécialité de chacun, ils sont capables de porter des coups à une vitesse phénoménale (dépassant celle du son ou de la lumière même !), d'atteindre le zéro absolu (-273,15 °C, pratique en cas de canicule) ou d'inverser le sens d'écoulement d'une cascade !Bon, a priori, quand vous baignez dans ce genre d'univers et que vous êtes au service d'une déesse, vous devriez être un poil blasé. Ben eux, non. Les mecs passent leur vie à s'étonner de tout. La réplique qu'ils utilisent le plus souvent, c'est : "c'est impossible !" (cf. cet Écho pour vous en convaincre).
Deathmask envoie l'âme de l'un d'eux dans une autre dimension : c'est impossible !
Saga est en fait le Grand Pope : c'est impossible !
Shaka n'a même pas besoin d'ouvrir les yeux pour nous botter le cul : c'est impossible !
Le P'tit Wrap est maintenant disponible en trois versions : c'est impossible !
Aphrodite, chevalier d'or des Poissons, est bien un mec : c'est impossible ! (heu, j'avoue, là j'étais étonné aussi)
C'est simple, dès qu'ils entendent un chat miauler, ils choppent la chiasse. D'étonnement hein.
Finalement, on finit par se dire que c'est Dragon Ball qui présente l'univers le plus réaliste. Un petit vieux (Tortue Géniale) avec un bouc, qui s'habille mal, se la pète un peu et lorgne sur des jeunes filles qui ont quarante ans de moins que lui, là je dis OK, on est raccord. On avait d'ailleurs le même en France. Et il utilisait aussi un pseudo. Mais si, un chanteur bien connu, fan de whisky et de rock.
Non, pas Dick Rivers. L'autre.
Bon, il est temps d'attaquer la partie consacrée aux comics. Il y a pas mal de choses à dire.
On commence avec Peter Parker. Je sais, personne ne va faire un arrêt cardiaque d’étonnement sur l'originalité du sujet, mais d’une part, bien moins de gens connaissent Luther Arkwright, d’autre part, il y a tout de même de quoi s’interroger avec ce brave Pete.
D'abord, c'est quoi ce délire avec sa tante ? OK, elle fait office de mère de substitution pour Peter (voire de mère naturelle, cf. cette saga), mais de là à être tout le temps fourré dans ses jupes tout en la complimentant sans cesse sur son physique... c'est très œdipien quand même.
Et puis, qu’est-ce que c’est que cette façon d’acquérir des pouvoirs ? Monsieur se fait mordre par une araignée radioactive et hop, je marche sur les murs, je deviens balèze… déjà une morsure d’araignée à la base, on en ressort au mieux avec une boursouflure douloureuse dans la plupart des cas, mais si en plus elle est radioactive, il y a de grandes chances pour que ça n’arrange rien. Si vous avez les dents qui deviennent fluorescentes par exemple, ce n’est pas bon signe.
Ah ben les exemples ne manquent pas, Marie Curie - pour se rattacher à un exemple scientifique - qui s’est bien éclatée pendant des années à manipuler du radium, elle n’en a pas retiré des pouvoirs. Bon, on remarquera qu’elle a eu plus de chance que Pierre, son mari, qui lui est décédé bien avant elle en se faisant renverser par une voiture à cheval (véridique). Bon ben là, pareil, le mec est scientifique de formation, il se fait piétiner par un canasson, il a le bon sens de mourir, il ne se relève pas en proclamant qu’il peut maintenant battre un poney à la course ou qu’il peut déféquer en marchant.
Pour rester dans la science, prenons le cas de Reed Richards. C’est LE cerveau du marvelverse, le mec est capable de tout : voyager dans des univers parallèles, botter le cul d'entités métaphysiques, résoudre des équations qui pourraient causer des saignements de nez à Einstein, bref, lui, on l’a compris, il faisait ses devoirs quand il était à l’école. Pourtant, cela ne l’empêche pas d’échouer dans le seul domaine qui le touche de près : rendre son aspect humain à son pote Ben Grimm, alias la Chose.
— Heu, Reed, comment on fait, là, pour mon problème d’apparence ?
— Oui ben cinq minutes, merde, je suis génie élastique moi, pas dermatologue !
Le mec n’y met pas du sien, ça se voit.
Un truc positif avec les comics par contre, c’est qu’ils ont résolu le problème de la mort. On pourrait penser que mourir a quelque chose de définitif, or non, pas du tout, dans le DCU ou chez Marvel, c’est plus ou moins l’équivalent d’un gros rhume. Tout le monde finit par revenir. Imaginez si l’on transposait ça dans le monde réel, au boulot.
— Il est où Patrick, encore en retard ?
— Non, il est mort ce week-end, il s’est fait renverser par une voiture à cheval.
— Tiens ? Comme Pierre Curie ?
— Comme qui ?
— Non, rien. En 2019, comment on peut se faire renverser par une voiture à cheval bordel !? J’espère qu’il sera là la semaine prochaine, putain, je lui avais confié un dossier super important !
Et même les personnages ultra-secondaires ne peuvent pas rester tranquillement ad patres. S'ils sont apparu une fois dans une case au sein d'une série pourrie dans les années 70, vous pouvez être sûr qu'ils reviendront.
Un aspect bien connu des comics tient également à la manière de dessiner et habiller les personnages féminins. Emma Frost, Power Girl ou Wonder Woman sont plutôt adeptes du petit short ras des fondations et du décolleté tendance vertigineux. Quoi de plus normal ? La nana se choppe des pouvoirs, elle se dit qu’elle va se castagner avec des super-vilains et, du coup, la première idée qui lui passe par la tête, c’est de se foutre presque à poil.
Ah ben je ferais pareil si j’étais une gonzesse.
Soyons francs, elles le disent parfois elles-mêmes, ça permet de déconcentrer l’adversaire. M’enfin, du point de vue de l’éditeur, des nibards sur une cover, ça permet aussi de ratisser large, du gamin prépubère qui n’a pas d’accès internet au vrai pervers qui s’excite uniquement sur du crayon gras.
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| Extrait issu de l'album parodique The Gutter. |
Et en ce qui concerne les costumes des mecs, ce n'est guère mieux. Tout de suite, on a envie de dire "pourquoi ?". Pourquoi des couleurs que même Desigual refuse ? Pourquoi des trucs moulants ? Pourquoi le slip par-dessus le pantalon ? Et surtout, à quoi ça sert une cape ?
On est d’accord, quand c’est bien dessiné, une cape, ça en jette. Par contre, ça en jette uniquement sur "image arrêtée". En dessin quoi. Parce que sinon, avec les capes, vous avez deux choix : la "capounette", un truc ridicule qui n'a aucun intérêt si ce n'est de servir éventuellement de mouchoir improvisé, ou la "vraie" cape. Longue et classe. Essayez simplement de courir ou faire vos courses avec une cape de ce type. Imaginez ensuite ce que ça doit être quand il faut se battre avec, voire sauter d’un immeuble à l’autre… c'est comme si vous étiez obligé de vous trimballer une couette attachée à votre veste.
Donc, évidemment, c’est n’importe quoi ! Sinon les pompiers auraient des capes, les policiers auraient des capes, les légionnaires auraient des capes. S’ils n’en ont pas, c’est pour une bonne raison : une cape, c’est chiant !
Les comics ne sont heureusement pas limités au seul genre super-héroïque.
Commençons avec Girls, la série des frères Luna. Vous ne trouvez pas le début pour le moins... peu vraisemblable ? Le mec vit dans un trou paumé, il se tape une soirée de merde dans un bar miteux, il rentre chez lui la queue entre les jambes et, au final, en plein milieu de la forêt, il tombe sur quoi ? Une fille ultra sexy qui fait du stop. Entièrement nue en plus. Ce n'est pas un rebondissement narratif ça, ça s'appelle un fantasme d'auteur. Ouaip, quand on passe beaucoup de temps à écrire enfermé dans un bureau, on finit par s'imaginer que les forêts sont remplies de petits lutins et de nanas à poil attendant patiemment sur le bord de la route.
Prenons ensuite Preacher. Ce n’est pas une série, c’est un catalogue de tout ce qu’il est possible de faire, dire et dessiner pour se mettre des communautés à dos et se faire censurer ! Je vous rappelle le pitch dans les grandes lignes ? Un révérend, dont la copine se fait sauter par son pote vampire, veut botter le cul de Dieu, parce que c’est un gros connard, et il rencontre, sur sa route, une avocate sado-maso et néonazi et différents chefs d’entreprise ou péquenots dégénérés. Mais… mais enfin ! L’auteur cherche les ennuis ! Où est passé le bon temps où l’on respectait les conventions, avec des gentils "gentils" et des méchants soft et identifiables ? C’est bien simple, avec Ennis, on ne sait pas qui est Tintin, qui est Rastapopoulos, tout cela est très perturbant, surtout pour la "jeunesse", cible apparemment éternelle – selon les médias en tout cas – des comics en particulier et de la BD en général.
dans un monde exclusivement peuplé de… femmes. Tu vas en boite, t’es sûr de ne pas rentrer seul. Ou alors faut vraiment merder. Là c’est la honte, imagine quand tu racontes ça à — Alors ?
— Soirée de merde.
— Quoi, ça s’est mal passé ?
— Il est à peine vingt-deux heures, je rentre seul en tirant la tronche, je te laisse déduire.
— T’es le seul mec… comment t’as pu faire foirer ce rencard ? La nana n’a pas le choix normalement !
— Ben…
— Non ? Ne me dis pas que tu as ressorti ta cape à la con ?
— Mais comme tu le dis, je suis le dernier mec, je pensais que je pouvais m’habiller comme je le voulais. Ça se serait bien passé, putain, s’il n’y avait pas eu ce connard avec sa putain de calèche !
— Une calèche ?
— Une sorte de voiture à cheval, un truc pour touristes, je ne sais pas. La cape s’est prise dans une des roues quand on quittait le resto, j’ai été traîné sur plus de 50 mètres. Regarde mes genoux, dans quel état ils sont... je m'en fous, je ne vais pas au boulot lundi, je dirai que je suis mort.
![]() |
| Tiré de l'album The Gutter. |
Imaginez la réaction de l’éditeur quand le mec se pointe pour lui proposer ça le lundi matin.
— J’ai une super idée pour un nouveau personnage !
— Vas-y, balance !
— La Lanterne Verte.
— La… la quoi ?
— La Lanterne Verte. C’est un mec qui…
— Attends, attends, c’est quoi ce nom à la con ?
— C’est super original, ça va cartonner.
— Tu délires ou quoi mon pauvre Bill ? Pourquoi pas l’Abat-jour Mauve aussi ? Ou bien la Théière Ocre ? Oh ! Copain ! On publie des séries avec des super-héros, pas des catalogues de décoration. Tu fumes tes poils de cul ou bien ? On va revoir le nom hein, c’est pas possible ça. Bon, il obtient comment ses pouvoirs ton connard vert ?
— Heu… j’avais pensé… à… un anneau de pouvoir…
— Tu me charries ? Une putain de bague ? C'est super ringard, pourquoi pas une gourmette tant que tu y es ?
— Non, pas une bague, c'est plus dans le genre… anneau, comme dans Le Seigneur des Anneaux.
— Mais en vert ?
— Heu, oui… en vert. Et il se recharge avec une… une lanterne, quoi.
— OK. T’es viré.
Dans les faits, le mec ne se fait pas virer car, au final, une idée n’est jamais bonne ou mauvaise en soi, seule la manière de raconter l’histoire fera qu’elle fonctionnera ou pas.
Beaucoup de choses sont absurdes ou mal faites dans les comics, et c’est une source d’inspiration sans fin pour qui voudrait se moquer un peu de la BD. Mais on sait tous que cela nous apporte plus qu'un vague sourire moqueur. Cela peut même donner naissance à des œuvres extraordinaires et à de très longues heures de plaisir extatique (j'en rajoute un peu), à tourner les pages en contemplant les héros que l'on suit parfois depuis nos plus jeunes années.
Je ne piétine pas ces monuments avec méchanceté, mais avec le regard que permet un sentiment sans doute proche de la tendresse, pour ne pas dire plus.
Oh, et au cas où ce ne serait pas très clair, j'ai lu toutes les BD dont je parle, je les apprécie et j'en garde un excellent souvenir.
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| Si vous vous habillez exclusivement en vert, orange et violet, ce n'est pas parce que vous êtes daltonien ou que vous avez un goût de chiottes. Vous êtes simplement un super-vilain. |
Publié le
14.4.19
Par
GriZZly
Niourk ?
![]() |
| L'intégrale des trois tomes de Niourk en BD... avec son gros nounours ! |
Oui. "Niourk". "Niourk" est le titre du roman le plus connu de l'auteur de science-fiction français Stefan Wul. Ledit roman, dans les années 50 (oui, 1950... il a environ 70 ans, retenez bien ce détail), était sans doute une sorte d'OVNI dans la production SF de l'époque. Son auteur y abordait en effet des thèmes variés tels que la préhistoire, le récit initiatique, l'écologie...
Dans un univers post-apocalyptique, une tribu de caucasiens en plein cosplay de "La guerre du feu" suit les enseignements de "Celui-qui-sait" aussi appelé plus simplement le vieux (non, pas "le senior", je vous vois venir !).
La civilisation humaine semble avoir régressé jusqu'aux "âges farouches" (si vous me permettez ce clin d’œil). L'enfant noir (et on va calmer tout de suite toute polémique imbécile : c'est son nom... parce qu'il est le seul noir et que c'est un enfant... mais ce sera le héros... du coup, ça va, non ?) vit un peu à l'écart de la tribu jusqu'au jour où il découvre la dépouille du vieux, s'empare de ses secrets et, par la même occasion, du statut social de ce dernier au sein du clan.
L'enfant noir mettra bientôt la main sur un "bâton-tonnerre", vestige d'un âge révolu mais postérieur au nôtre, que l'on devine être une sorte d'arme de tir aux munitions virtuellement inépuisables. Il y voit un cadeau des dieux, ces dieux qui lui parlent dans les ruines de leurs maisons (des enregistrements holographiques dans de vieux centres commerciaux, en réalité).
Quelque temps plus tard, l'enfant noir viendra à l'aide de son peuple non seulement grâce à son arme mais aussi grâce à l'ours qu'il est parvenu à apprivoiser en faisant preuve à son égard d'humanité et de grandeur d'âme.
À partir de là, l'enfant noir assumera contre vents et marées son nouveau statut de guide de tribu qui l'opposera à une race de pieuvres géantes mutantes parfaitement justifiée par l'histoire (ouf!) et qui lui vaudra d'avoir à assumer des décisions de plus en plus difficiles jusqu'à finir par apprendre ce qu'il advint de l'Humanité dans les temps anciens et en tirer une décision absolument radicale.
Dans un univers post-apocalyptique, une tribu de caucasiens en plein cosplay de "La guerre du feu" suit les enseignements de "Celui-qui-sait" aussi appelé plus simplement le vieux (non, pas "le senior", je vous vois venir !).
La civilisation humaine semble avoir régressé jusqu'aux "âges farouches" (si vous me permettez ce clin d’œil). L'enfant noir (et on va calmer tout de suite toute polémique imbécile : c'est son nom... parce qu'il est le seul noir et que c'est un enfant... mais ce sera le héros... du coup, ça va, non ?) vit un peu à l'écart de la tribu jusqu'au jour où il découvre la dépouille du vieux, s'empare de ses secrets et, par la même occasion, du statut social de ce dernier au sein du clan.
L'enfant noir mettra bientôt la main sur un "bâton-tonnerre", vestige d'un âge révolu mais postérieur au nôtre, que l'on devine être une sorte d'arme de tir aux munitions virtuellement inépuisables. Il y voit un cadeau des dieux, ces dieux qui lui parlent dans les ruines de leurs maisons (des enregistrements holographiques dans de vieux centres commerciaux, en réalité).
Quelque temps plus tard, l'enfant noir viendra à l'aide de son peuple non seulement grâce à son arme mais aussi grâce à l'ours qu'il est parvenu à apprivoiser en faisant preuve à son égard d'humanité et de grandeur d'âme.
À partir de là, l'enfant noir assumera contre vents et marées son nouveau statut de guide de tribu qui l'opposera à une race de pieuvres géantes mutantes parfaitement justifiée par l'histoire (ouf!) et qui lui vaudra d'avoir à assumer des décisions de plus en plus difficiles jusqu'à finir par apprendre ce qu'il advint de l'Humanité dans les temps anciens et en tirer une décision absolument radicale.
Vous l'aurez compris, il s'agit là à la fois du récit initiatique de l'enfant noir, d'une sorte de conte philosophique particulièrement humaniste, d'une fable écologiste et d'un bon récit de SF.
Autant ne pas le cacher plus longtemps : j'aime cette histoire pour des tas de raisons mais je vais ici en exposer deux qui me tiennent à cœur.
Il y a tout d'abord ce qu'il va bien falloir appeler son "intemporalité". À une époque où l'on nous parle de racisme et d'écologie à longueur de journaux, ce texte livre sur ces thèmes un éclairage intéressant qu'un homme de 1950 offre à notre génération. Entre ode à l'espoir et avertissement, cette œuvre vaut la peine d'être (re)lue de nos jours.
Autant ne pas le cacher plus longtemps : j'aime cette histoire pour des tas de raisons mais je vais ici en exposer deux qui me tiennent à cœur.
Il y a tout d'abord ce qu'il va bien falloir appeler son "intemporalité". À une époque où l'on nous parle de racisme et d'écologie à longueur de journaux, ce texte livre sur ces thèmes un éclairage intéressant qu'un homme de 1950 offre à notre génération. Entre ode à l'espoir et avertissement, cette œuvre vaut la peine d'être (re)lue de nos jours.
Ensuite, il y a ce charme désuet, cette tendre naïveté, ce parfum exquis de légèreté qu'avait alors la science-fiction... à une époque où la fiction y primait sur la science et où les auteurs n'entravaient pas leur imagination sous prétexte de crédibilité ou, pire encore, de politiquement correct. Reste que cette qualité cache un défaut qui lui est propre : quelques facilités comme des ellipses permettant de ne pas trop avoir à expliquer l'inexplicable à tel point que la SF finit par avoir parfois un goût de fantastique. Surtout, en BD, dans le tome 3 qui semble un peu "rushé" à tel point qu'on se demande si l'auteur n'avait pas l'obligation d'en faire une trilogie.
Mais la bande dessinée, alors ?
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| Les premiers pas de l'enfant noir dans ce que fut notre monde, représenté par... son consumérisme. Avec une transition graphique intelligente entre la nature sauvage et les ruines urbaines... |
Eh bien la bande dessinée a la grande chance d'avoir été dessinée par Olivier Vatine, qui est à la fois un illustrateur de talent, un vrai fan du texte original et, ici, l'auteur d'une adaptation non seulement plutôt fidèle mais aussi intelligente.
Olivier Vatine, c'est le dessinateur de la série Aquablue que tous les vrais bédéphiles connaissent au moins de nom. Et, de son propre aveu, l'envie d'adapter ce texte lui trottait dans la tête comme une "tâche de fond" depuis bien des années avant même de tracer la première ligne. Cela se sent.
Grâce à quelques astuces narratives et quelques trouvailles graphiques, Vatine nous livre une bande dessinée où chaque planche est réfléchie et efficace.
Vatine, c'est un trait assuré, un découpage ciselé, un dessin aéré. La lecture de chaque case est aussi simple que la lecture de l'histoire complète. C'est de la simplicité pas simpliste, du creux qui permet une lecture en creux. C'est pauvre en blabla mais néanmoins riche de sens. En un mot comme en cent, c'est intelligent ! Je sens que je n'ai pas fini d'écrire ce mot, moi !
Vatine, c'est un trait assuré, un découpage ciselé, un dessin aéré. La lecture de chaque case est aussi simple que la lecture de l'histoire complète. C'est de la simplicité pas simpliste, du creux qui permet une lecture en creux. C'est pauvre en blabla mais néanmoins riche de sens. En un mot comme en cent, c'est intelligent ! Je sens que je n'ai pas fini d'écrire ce mot, moi !
Et l'objet-livre ?
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| Le storyboard, l'encrage (dans l'intégrale de 2016) et la version en couleurs. Vatine est lisible et efficace... mais ça, c'est presque une lapalissade. |
En 2018, cette intégrale sort en couleurs, comme les bandes dessinées originales. Et la couleur, à mon sens, est ici utilisée à bon escient et magnifie encore le trait de Vatine. Elle a en effet le bon goût d'habiller le dessin sans pour autant lui voler la vedette. Vatine soigne ses planches et se sert essentiellement des teintes pour y souligner l'atmosphère ambiante. Ne pensez par trouver ici des couleurs aveuglantes, des assemblages inédits de rose fluo et du jaune canari ou des camaïeux insensés. Ici, nous avons une couleur de base assez désaturée, une ombre, un éclaircissement et c'est emballé. Mais quel bel emballage ! Une simplicité qui, une fois de plus, privilégie la lisibilité. Quand je vous dis que c'est intelligent !
Et pour rester dans le registre de l'intelligence, jamais la continuité du récit n'est entravée par le rappel que nous lisons une intégrale. Le choix de n'avoir marqué aucune séparation entre les trois livres (pas de reproduction de la couverture, par exemple) me permet de vous rappeler ce qui me semble avoir été un souci évident de l'éditeur et du scénariste-dessinateur-coloriste Vatine : la lisibilité (vous aviez suivi ?).
Le livre se clôt sur une interview très courte de Vatine (à la fois intéressante et dispensable, bizarrement) et quelques dessins supplémentaires (dessins préparatoires, couvertures d'autres versions...).
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| L'enfant noir contemplant "la ville des dieux". |
Sa quatrième de couverture offre elle au regard une image qui, dès la première lecture, fut étonnamment mon dessin préféré du livre : l'enfant noir, armé de son "bâton-tonnerre", suspendu dans le vide, accroché aux ruines du passé par les lianes du présent, contemplant le passé en attente de son avenir... cette case est quasiment une métaphore de l'œuvre complète.
Le tout servi par un aspect faussement usé qui rappelle le côté "civilisation perdue"... bon, c'est intelligent, cohérent, lisible, je ne vous fais pas l'affront de le rappeler. Oups. Je l'ai fait...
Je crois qu'il n'y a rien ici à reprocher à Olivier Vatine qui ne soit en réalité imputable aussi à l'oeuvre originale.
Si toutes les adaptations d'un média à un autre étaient d'une telle qualité, nous entendrions moins souvent grincer des dents les fans de jeux vidéo voyant leurs idoles prendre vie au cinéma ou en bandes dessinées (Lara Croft, on pense à toi), nous ne serions plus si souvent témoins de batailles rangées entre les défenseurs et les haters des versions live de mangas à succès (Death Note, tu en auras fait couler de l'encre!) et nous serions enfin débarrassés des sempiternels débats accompagnant chaque sortie de blockbusters ou de séries estampillés Marvel ou DC. Qu'est-ce que ce serait bien!
Voilà. Cette intégrale de 160 pages est sortie le 5 avril de cette année. Il vous en coûtera un peu moins de 20 € pour vous la procurer, soit la moitié du prix des trois tomes en format 48 pages.
C'est une affaire. Indubitablement. Économiquement, certes. Mais artistiquement, aussi.
Et ce n'est pas tous les jours que vous pourrez vous vanter d'avoir dépensé 20 boules dans 160 feuilles gribouillées coincées dans un carton glacé... et ce sans le moindre regret.
Cette intégrale de Niourk n'est pas un indispensable mais elle est plus que recommandable, à n'en pas douter !
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
13.4.19
Par
Nolt
Non, je ne suis pas spécialement fan du chien de Tintin, le Milou évoqué ici est le pseudo du chroniqueur BD du mythique (et tant regretté) Hebdogiciel. Et il est grand temps de rendre hommage à son style décapant, son absence de concession et même... sa mauvaise foi.
Remettons les choses dans leur contexte. Nous sommes dans les années 80. Internet n'existe pas. Je suis occupé à survivre au collège et à jouer sur Amstrad. Et à lire. Uniquement, évidemment, ce que les bibliothèques du coin (à portée de vélo disons) ont en stock. Amazon et ebay sont encore de la science-fiction...
Le samedi matin, je vais régulièrement au bureau de presse tout proche, car c'est le jour où sort Hebdogiciel. Il s'agit d'un journal (pas un magazine, un journal) destiné aux possesseurs d'Atari, Commodore, Amstrad et autres bécanes de l'époque, avec notamment de looongs listings de programmes mais aussi de nombreuses rubriques et un ton plus qu'incisif.
Il est nécessaire, avant de réellement aborder Milou et ses chroniques BD, d'évoquer un peu ce fameux "ton" Hebdogiciel. Il ne s'agissait pas de "casser" pour casser, encore moins de se montrer irrespectueux, mais bien de mettre les pieds dans le plat, en dénonçant certaines pratiques, en parlant avec honnêteté de certains produits, bref, d'allier vérité et humour (une ligne éditoriale dont peu peuvent se vanter et qui leur valut quelques procès !).
Les mecs ne se prenaient pas au sérieux, loin de là, mais ils ne se foutaient pas de la gueule du lecteur, qui en avait du coup pour son argent. L'humour n'était pas partagé par tous (Carali, en général, on aime ou on déteste, perso, c'est le premier dessinateur à avoir réussi à me faire pleurer de rire, rien qu'avec la gueule et l'expression de ses personnages), mais là encore, il était plutôt libre et audacieux.
L'on peut toujours, aujourd'hui, leur reprocher une critique à la limite de l'insulte (et la limite est parfois franchie), mais c'était essentiellement perçu, à ce moment, comme une liberté de parole incroyable et jamais vue. Plus d'un quart de siècle après, je continue d'ailleurs de penser qu'Hebdogiciel est ce qui est arrivé de mieux à la presse française traitant de Pop Culture.
Dans ce journal, l'on n'abordait pas seulement l'informatique et les jeux vidéo. Il existait diverses rubriques couvrant les sorties cinéma, la musique, les programmes télé ou encore la BD.
La rubrique BD m'a toujours paru comme étant celle qui était la plus "violente", ou incisive disons. Les autres ne manquaient pourtant pas d'ardeur, c'est dire si Milou pouvait se lâcher et partager ses coups de cœur ou ses indignations avec une force exceptionnelle.
J'ai parfois cité Hebdogiciel en exemple, mais je ne m'étais jamais posé réellement la question d'une possible filiation (c'est un bien grand mot) pouvant exister entre ce journal et UMAC. C'est en publiant sur facebook, il y a quelques années, un vieil article qui m'a fait marrer que j'ai commencé à m'interroger. Notamment
parce qu'une personne, dans les commentaires, m'avait demandé si l'article était de moi. Non, évidemment, je ne connais aucun des pionniers ayant participé à l'ère Hebdogiciel (pas personnellement s'entend), j'étais bien trop jeune pour travailler dans cette rédaction, et à l'époque, j'étais de toute façon occupé à me mettre des profs à dos. Je suis passé aux auteurs et aux éditeurs bien plus tard.Mais cette question bien innocente m'a amené à me rendre à l'évidence : le ton UMAC, si tant est qu'il en ait un, doit beaucoup à Hebdogiciel et, d'une certaine façon, à Milou.
Milou, vous le constaterez dans les scans parsemant cet article, sanctionnait rapidement et ne brillait pas forcément par l'argumentation. Mais, et c'est un "mais" important, le format lui imposait d'évoquer, en peu de mots, de nombreux albums (comme on peut le voir dans la première illustration de cet article, la rubrique BD ne faisait qu'une page). Il fallait aller droit au but, faire passer un sentiment, quitte à ce que certains, par la suite, le jugent peu fondé.
C'est une manière de procéder qui peut se discuter (nous sommes bien plus versés dans l'argumentation technique sur UMAC) mais qui était assumée et changeait de la fadeur habituelle (toujours en vogue aujourd'hui dans la plupart des publications). Et puis le type avait au moins une constance dans ses partis pris et une connaissance réelle de la plupart des auteurs (européens en tout cas).
C'était certes agressif, mais intelligent.
Un principe que je défendrai, bien plus tard, par un aphorisme résumé en "des couilles et des neurones". Un mélange détonnant, et essentiel selon moi lorsque l'on touche à l'art ou au journalisme. Pour être plus explicite et moins vulgaire : l'encre qui imprime durablement le papier (et surtout les esprits) vient souvent de la plume de quelqu'un qui n'est pas trop lâche ni trop bête (les couilles étant purement métaphoriques, il n'est ici pas question de distinction de sexe).
Ce qui est trop facile ou hypocrite se dissout rapidement.
En plus du ton, nous avons emprunté également à ce mag sa philosophie en matière de publicité : on n'en veut pas, ceci afin de garantir notre indépendance (cf. cet article pour plus de précisions).
L'on peut ne pas être d'accord avec Milou et ses avis de l'époque (je ne suis pas, moi-même, d'accord avec tout, loin de là), l'on peut ne pas apprécier son humour (là par contre, j'accroche assez bien), mais l'on ne peut pas lui reprocher de manquer d'intégrité ou de passion pour son sujet.
Reste le problème du pseudo. Parce qu'apparemment, c'est un problème. Même moi, à mon petit niveau, je me suis fait reprocher d'utiliser un pseudo sur UMAC par le boss d'un défunt magazine assez connu
(pour son manque total de sens critique notamment). Bon... moi quand j'ai eu internet, on m'a dit qu'il fallait prendre un pseudo, j'en ai pris un. Je ne me suis pas posé de questions existentielles. Par contre, tous mes écrits papier, ou pro, sont signés de mon vrai nom (et les liens ne manquent pas entre UMAC et mon site perso ou mes ouvrages).Néanmoins, même si l'on ne sait pas qui se cache réellement derrière, le pseudo de Milou ne me pose absolument aucun problème. D'une part parce qu'il s'agit d'un pseudo évident (combien de types se cachent sous de faux "vrais noms" ?). On le voit bien que c'est un pseudo. Ensuite, d'une certaine manière, lorsqu'un pseudo est utilisé régulièrement, que l'on n'en change pas tous les deux jours, et que l'on s'en sert pour défendre des principes personnels, il finit par se confondre avec votre identité première.
Hergé est plus connu que Georges Remi. Et, dans un autre registre, Boulet n'utilise pas non plus un pseudo pour se cacher. Il montre même volontiers sa bouille dans de nombreuses vidéos et interviews. Et si un pseudo permet de parler plus librement, pourquoi pas ? À l'époque, la question se posait certainement de manière plus radicale qu'aujourd'hui.
J'ai choisi, comme exemples d'articles de Milou, essentiellement des chroniques "négatives", pour illustrer le propos et montrer l'acidité du bonhomme, mais évidemment, il en existe autant vantant les mérites de nombreuses BD (j'ai pris Jérôme K. Jérôme Bloche en exemple "positif", un excellent titre, cf. ce First Look).
Me replonger ainsi dans ces vieux numéros est assez étrange, outre le plaisir de l'aspect nostalgique, le parfum d'adolescence, cela permet aussi de se rendre compte à quel point l'époque a changé. Et cela permet de relativiser les articles UMAC considérés par certains
Et puis, il est vrai que les gens ont tendance à oublier les tonnes d'articles où l'on dit du bien des œuvres et de leurs auteurs. Ce sont les mises à mort qui restent dans l'inconscient collectif, rarement les célébrations enthousiastes et bienveillantes, même si elles sont plus nombreuses (cf. notre sélection Best Of).
Pour ce qui est d'Hebdogiciel, et des chroniques BD, l'essentiel est disponible sur ce site. Les scans ne sont pas toujours de bonne qualité mais ça reste une source précieuse et très utile.
Il est difficile
de réellement faire la liste des auteurs ou publications ayant eu une influence sur ses propres écrits. D'une part parce que c'est parfois un processus totalement inconscient, d'autre part parce que certains noms prestigieux, à force de briller, en noient parfois d'autres dans leur lumière. J'ai souvent rendu hommage à Stephen King, mais Dean Koontz, Maurice Leblanc ou Georges Bayard ont sans doute fait encore plus pour me pousser dans le noble domaine des Livres.En ce qui concerne les chroniques, l'écriture d'articles, que ce soit pour ce blog ou d'autres supports, Milou et Hebdogiciel ont sans doute leur part de responsabilités dans mon envie de ne pas épargner les saloperies mal torchées et de dénoncer les incapables. Ce que je défends, je tente de le faire avec une approche personnelle, mais c'est bien ce Milou, génial et sans bornes, qui m'a soufflé à l'oreille, il y a bien longtemps, que l'on pouvait critiquer, même vivement, à partir du moment où l'on y mettait suffisamment de sincérité et de conviction.
La Vérité absolue n'existant pas, c'est donc bien nos petites vérités quotidiennes, en minuscules, sans illusions mais sans contraintes, qui permettent encore de penser qu'il n'est pas vain de parler d'art, que toutes les œuvres ne se valent pas, et que certains excès de langage sont possibles s'ils sont portés par cette saine démarche qui consiste à dire non LA vérité, mais notre vérité. Si possible en l'appuyant par des exemples concrets et des arguments sensés.
Merci Milou. Même si je fais partie de ces "cons" qui ont aimé Martin à travers Alix et Lefranc.
Mieux vaut être parfois le con d'un type futé que l'idole d'un abruti.
Crédits
Les dessins humoristiques sont de Carali, les articles BD sont écrits par Milou.
Tous les scans sont issus du site Abandonware-magazines.org.
En savoir plus
Interview de quelques-uns des pionniers de l'époque sur acbm.com.



































