Cobra Kai - Saison 2
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YouTube vient de lancer la suite de son excellente série Cobra Kai !

Nous vous avions longuement parlé l'année dernière de Cobra Kai (cf. cet article), une série reprenant les personnages principaux de la saga Karaté Kid. La saison 2 vient tout juste de débuter, avec notamment le grand retour de John Kreese, ce qui devrait largement pimenter la rivalité entre Johnny Lawrence et Daniel Larusso.

Bon, pour être honnête, le premier épisode de cette deuxième saison s'ouvre sur un combat un peu poussif et très éloigné de l'aspect plus "réaliste" des confrontations présentes dans la saison 1. M'enfin, ce n'est pas une raison suffisante pour ne pas se ruer sur cette suite.

Rappelons que Cobra Kai s'éloigne très largement du manichéisme de Karaté Kid et se permet même le luxe d'inverser les rôles (Lawrence étant bien plus sympathique que Larusso) grâce à une écriture habile et intelligente.

Le premier épisode est disponible en accès libre, par contre, pour profiter de la suite, il vous faudra prendre un abonnement Premium.


Gros Plan sur les Dark Avengers
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Les Avengers sont actuellement sur le devant de la scène avec la sortie de Endgame, mais saviez-vous qu'une équipe de super-vilains les avait remplacés il y a quelques années ?
Tout de suite, on se penche en détail sur les Dark Avengers !

Après l'évènement Secret Invasion, l'univers Marvel bascule dans le Dark Reign (cf. notre chronologie Marvel). L'on assiste alors à l'avènement de Norman Osborn (alias le Bouffon Vert), qui va passer aux yeux de la population pour un héros et devenir le responsable de la sécurité des États-Unis. À ce titre, il prend la tête du HAMMER (organisation qui remplace le SHIELD, dissout) et fonde une nouvelle équipe de Vengeurs, dont les membres proviennent en grande partie des Thunderbolts (une équipe d'anciens super-vilains repentis) dont Osborn avait la charge.

Intéressons-nous maintenant à la composition de cette équipe de Dark Avengers. Osborn, plus manipulateur que jamais, a réussi à réunir du lourd, usurpant, par la même occasion, l'identité d'anciens héros.
Spider-Man est ainsi en réalité Venom ; Hawkeye n'est autre que Bullseye ; la nouvelle Ms. Marvel est en fait Opale (Moonstone) ; et le rôle de Wolverine est assuré par son propre fils, Daken. Il faut encore ajouter au groupe Sentry (cf. cette Parenthèse de Virgul), Arès (ce sont bien les vrais cette fois) et Noh-Varr, qui se fait maintenant appeler Captain Marvel.
Outre ces sept surhumains, précisons qu'Osborn lui-même n'est pas négligeable dans son armure d'Iron Patriot (sorte d'amalgame entre Iron Man et Captain America).
Autrement dit, l'équipe a carrément du potentiel, surtout avec des poids lourds comme Sentry ou Arès.


Dark Avengers, c'est aussi bien entendu une série, publiée à partir de 2009 et comprenant 16 numéros et un annual. L'on retrouve au scénario un Brian Michael Bendis (cf. notre dossier sur cet auteur) en grande forme, quant à la partie graphique, elle est assurée par Mike Deodato, qui va livrer des planches à l'esthétique poussée, flirtant parfois avec le sublime, et au découpage travaillé.
En France, ces épisodes furent publiés par Panini, à partir d'octobre 2009, dans le mensuel Dark Reign.

Outre des scènes de combat parfois spectaculaires, la série est marquée par le traitement habile des personnages, notamment leurs relations souvent houleuses et empreintes de cynisme. L'aspect psychologique est assez poussé, que ce soit pour Sentry dont on connaît les problèmes de schizophrénie, mais aussi et surtout Osborn, qui ressort certes vaincu de sa grande épopée, mais également grandi tant son génie, sa cruauté et sa capacité à influencer même de vieux briscards sont ici mis en avant. Et le tout est parsemé de quelques vannes, histoire de faire bonne mesure.


L'une des premières missions des Dark Avengers consistera à porter secours au Docteur Fatalis, souverain de Latvérie, qui subissait alors une attaque de la part de la Fée Morgane. En effet, Osborn ne pouvait rester l'arme au pied en assistant à la destruction de l'un de ses alliés. Rappelons que Fatalis était alors membre de la Cabale (sorte de "dark" Illuminati, cf. la note en bas de cet article), un groupe ésotérique fondé par Osborn et également composé à l'origine de Loki, The Hood, Namor et Emma Frost.

Les Dark Avengers vont être démantelés après la chute d'Osborn, marquant la fin de l'évènement Siège. Il s'agit d'une énorme confrontation entre les forces dirigées par Norman Osborn et Asgard, appuyé par ses alliés.
Une nouvelle équipe sera toutefois formée plus tard (après la saga Feat Itself), avec l'appui de l'AIM et de l'Hydra. Elle comprendra un "Wolverine" (Gorgone), un "Hulk" (Skaar, cf. Planet Hulk et ses suites), une "Ms. Marvel" (Deidre Wentworth), un "Hawkeye" (Trickshot, le propre frère de Clint Barton), un "Spider-Man" (en réalité une divinité péruvienne), une "Sorcière Rouge" (June Covington) et un "Thor" (Ragnarök, un clone de Thor déjà utilisé pendant Civil War).

Comme souvent en fiction, le côté "sombre" a son charme et ses avantages. Ces Avengers très "borderline" n'échappent pas à la règle et constituent une équipe aussi fascinante que redoutable.
Qui sait si elle ne se reformera pas de nouveau un jour ?


De la Soumission à l'Ordre Établi (feat. Dark Vador)
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Quand une petite fille démontre que l'on peut être à genoux et demeurer insoumis.


Avez-vous vu la vidéo de cette petite fille qui fait allégeance à Dark Vador, à Disneyland, lors d'un spectacle Star Wars ? C'est facilement trouvable sur YouTube. Elle s'appelle Sariah Gallego, elle a huit ans (avait huit ans en tout cas au moment des faits), et elle est absolument géniale.

La première fois que j'ai vu cette vidéo, j'ai cru que la gamine était impressionnée (elle est censée combattre Vador), ce qui serait aisément compréhensible, étant donné le public, le décor, son jeune âge, l'aura de Vador, etc.
En réalité, il n'en est rien. Une interview, très douce et sympathique, a pu nous démontrer, quelque temps plus tard, que Sariah était non seulement une fan absolue de Star Wars (elle possède des centaines de figurines articulées !) mais qu'en plus, elle avait largement préparé son coup. Elle a tout simplement décidé d'être un Seigneur Sith, ce qui, à son âge, est un petit exploit.

Entendons-nous bien, basculer du côté obscur n'a rien de bien réjouissant, pas dans la vraie vie en tout cas, mais ici (un combat arrangé où l'on fait monter le jeune public sur scène), il convient de décrypter un peu l'attitude de l'enfant.
Imaginez un peu. Vous avez huit ans. Vous êtes entourés d'adultes qui, pour vous, ressemblent à des géants, vous participez à un spectacle bien mis en scène, très calculé, dans lequel l'on attend que vous teniez un rôle précis et évident. Il faudra jouer au gentil, au Jedi, comme naguère l'on préférait tenir le rôle du cowboy plutôt que de l'amérindien, ou de l'Américain plutôt que de l'Allemand. Le tout sous le regard de la foule, complice.
Résister à ce genre de phénomène, de règle sociale tacite, est aussi peu évident que de proclamer tout à coup que la Terre est ronde alors que les autorités en place la pensent plate. Et pourtant, dans l'esprit sans malice de cette petite fille, dégourdie et courageuse, une idée a germé. Puisque ce sont toujours les Jedi qui gagnent, pourquoi ne pas rejoindre le camp adverse ?

L'attitude peut s'expliquer. Il ne s'agit pas de politique (l'enfant n'a pas envie de faire le Mal au sens où l'on pourrait l'entendre) mais d'empathie. Prendre parti pour le perdant, le faible, celui qui est critiqué et montré du doigt, est finalement une attitude digne et respectable, aussi précieuse que rare.
Et combien d'adultes peuvent s'enorgueillir de pouvoir le faire ?
Combien, quand tous choisissent un chemin facile, vont affronter la jungle et se frayer une voie à coups de machette ? Combien, alors qu'un individu est raillé, laissé de côté, montré du doigt, pourront faire fi de l'opinion des autres et lui tendre la main ?
S'agit-il vraiment ici d'un simulacre d'allégeance ou bien d'un pied de nez, extraordinaire, à un système de prêt-à-penser qui nie aux individus jusqu'au droit de raisonner en dehors de certains dogmes ?


C'est, à partir d'une petite bravade d'enfant, faire beaucoup d'extrapolations, sans doute.
Mais si l'on regarde, à travers l'Histoire ou les expériences scientifiques, la soumission des individus à l'autorité, réelle ou supposée, Sariah est non seulement une exception mais même une chance.
Attention, ne nous méprenons pas. Le respect de règles communes et d'une autorité est évidemment indispensable dans une société. Même Stanley Milgram, qui a mené à ce sujet des expériences faisant froid dans le dos (on peut notamment en voir un bref aperçu dans le film I comme Icare, dans lequel des cobayes pensent envoyer des décharges électriques, sous l'autorité d'un scientifique, à un pauvre bougre qui doit mémoriser des couples de mots), n'a jamais remis en cause cette nécessité.
Revenons tout de même un instant sur le processus de l'obéissance (faire ce que l'on attend de nous). Le premier stade d'obéissance est appelé état agentique. L'individu cesse d'agir en tant qu'entité pensante et devient l'agent d'une autorité qu'il respecte (personne n'aura l'idée saugrenue d'obéir à une autorité jugée néfaste ou incapable). Plus les agissements exigés de l'autorité sont en décalage par rapport à la morale de l'individu, plus l'individu compense par un niveau élevé d'anxiété. Néanmoins, il ne peut pas, de but en blanc, cesser d'obéir, car cela serait alors admettre, même à un niveau inconscient, qu'il avait tort, dès le départ, de suivre certains ordres.


— La disparition de la notion de responsabilité est la plus lourde conséquence de la soumission à l'autorité.

Stanley Milgram


Pour marquer le désaccord sans pour autant désobéir et ne plus suivre la norme, les individus peuvent simplement ricaner, développer des mécanismes de négation de la réalité ou même aider, en secret, les "victimes" de leur soumission à l'autorité.
Lorsque la tension liée au conflit résultant de la confrontation entre la morale individuelle et l'obéissance à l'autorité ne peut plus être baissée artificiellement grâce à des "soupapes" improvisées, l'obéissance cesse.
Milgram insiste notamment sur le fait que de tels conflits, et de tels processus d'obéissance, ne sont pas forcément générés par des sociétés exclusivement dictatoriales mais peuvent l'être, bien également, par des sociétés dites "démocratiques".

L'expérience de Stanford (du nom de l'université dans laquelle elle se déroula), si elle se limite au milieu carcéral, n'en est pas moins également édifiante. Il s'agissait de faire jouer le rôle, à 18 sujets, de prisonniers et de gardiens. Ils furent tous sélectionnés pour leur maturité et leur stabilité émotionnelle.
L'expérience devait durer deux semaines, elle s'arrêta au bout de seulement six jours. Tous les participants prirent rapidement leur rôle au sérieux. Un tiers des gardiens fit preuve de sadisme, deux prisonniers durent être évacués avant la fin de l'expérience en regard des traumatismes subis. Parmi les cinquante personnes qui encadraient ou avaient connaissance de l'expérience, une seule s'opposa, pour des raisons morales, à sa poursuite, ce qui permit d'y mettre fin alors que les conditions étaient déjà très fortement dégradées.

Dès le deuxième jour, il y eut une révolte, suivie de contre-mesures des gardiens qui se servirent d'extincteurs pour contenir les prisonniers puis, très habilement, les divisèrent en petits groupes afin de leur laisser penser que certains collaboraient plus que d'autres.
Spontanément, les gardiens utilisèrent l'accès aux commodités, tout comme la privation de nourriture, comme moyens de contrainte. Les gardiens allèrent si loin dans leur rôle que leur attitude a aujourd'hui un nom en science comportementale : l'effet Lucifer.
La jeune femme qui permit de mettre fin à l'expérience n'y était en rien liée... elle venait simplement interviewer les participants. Horrifiée par les conditions qu'elle découvrit, elle s'en ouvrit au professeur dirigeant l'étude qui, heureusement, y mit fin avant un quelconque drame.
Le film allemand Das Experiment, sorti en 2001, s'inspire de cette expérience de 1971 et en imagine les pires effets.

Le film Das Experiment explore les possibles conséquences de Stanford si l'expérience s'était poursuivie.

Milgram a démontré une capacité à obéir par rapport à une autorité reconnue. L'expérience de Stanford a démontré qu'une situation précise, avec des consignes vagues, pouvait également conduire un individu à se transformer en tortionnaire, et ce avec une rapidité extraordinaire, simplement parce qu'il pense se conformer au rôle que l'on attend de lui.
L'homme est ainsi fait.
Nous n'avons pour la plupart, contrairement à ce que nous croyons, que peu de réelles capacités à nous soustraire à notre environnement immédiat, à notre culture, à nos croyances, aux autorités que nous connaissons et reconnaissons.
Il est difficile de dire "non".
Il est difficile de se montrer différent.
Dans I comme Icare, c'est notre capacité à désobéir à un ordre inique
 qui est testée. Et vous ? Jusqu'où seriez-vous allé ?
À l'inverse, se laisser porter par le courant a du bon. Cela demande moins d'efforts. Cela permet d'être "comme tout le monde". De ne pas se faire remarquer. Et puis, après tout, arrêter une personne, ce n'est pas bien grave. Conduire un train, ce n'est pas bien grave. Signer un ordre, tenir un registre, rien que de bien normales occupations. Compter des gens. Rien.
Poser des barbelés, bah...
Fermer une cellule, distribuer des pyjamas...
Faire des tatouages. Rien, ou pas grand-chose, à l'évidence.
Ouvrir une valve, ce n'est rien non plus.

Dans ce monde terrifiant qui est le nôtre, une gamine de huit ans nous a donné une raison d'espérer. Sariah n'aurait jamais conduit un train, fermé une cellule, ou même ouvert un putain de robinet. Elle nage à contre-courant, elle se fout de ce qu'on attend d'elle, elle prend ses propres décisions.
Quand la plus terrible des autorités (celle des adultes à l'égard des enfants) l'exigeait, quand la plus terrible des situations (l'attente de la foule) l'exigeait, cette petite fille a dit :  Non ! Je me tape des Jedi. Je suis une Sith !
Beaucoup y voient une occasion de rire. Certains une raison de se morfondre. J'y vois personnellement l'inéluctabilité de la résilience. De l'opposition face aux dogmes. De la résistance face à la pression, voire à l'oppression.
Tant qu'il y aura ce genre de petites filles pour prendre d'autre Voies que celles adoubées par la bienséance, les États et la philosophie dominante, alors nul pays, nulle nation, nul groupe ne pourra imposer, de manière permanente, une domination néfaste quelconque.

Les Jedi ont besoin des Sith, comme le yin a besoin du yang. Non pour trouver une justification à leur existence ou pour s'offrir, de temps en temps, quelques duels joliment chorégraphiés, mais pour maintenir l'équilibre. La mesure. Le juste milieu.
Cette petite fille échappe à Milgram, elle échappe à Stanford, elle échappe à notre raisonnement courant. Non en agissant bêtement mais en nous montrant qu'après tout, tout ne dépend que de nous. Et de nous seuls.
En nous démontrant aussi que l'on peut être petit, que l'on peut même s'agenouiller, et paraître pourtant terriblement grand...

Il est des circonstances où ne plus se conformer à l'ordre établi devient héroïque.



La première version de cet article, I want to be a Sith Lord, a été publiée dans le webzine des éditions WEBellipses.

Logicomix
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Mathématiques fondamentales et philosophie sont réunies dans l'étonnant Logicomix qui retrace le parcours, bien réel, d'hommes cherchant à percer les secrets de l'univers.

Le petit Bertrand Russel est né au Pays de Galles, en 1872. Élevé d'une manière très stricte par ses grands-parents, il grandit à Richmond Park, dans une maison pleine de secrets. Il s'interroge sur l'absence de ses parents, sur les cris qui le terrifient la nuit. Il est intrigué par l'immense bibliothèque de son grand-père et se demande bien pourquoi certains de ses livres sont interdits. Il a besoin de réponses. De logique.
En 1939, alors que le monde s'apprête à basculer dans la guerre, Russel donne une conférence aux États-Unis sur le rôle de la logique dans les affaires humaines. Le petit garçon est devenu une légende, celui qui, en découvrant le paradoxe qui porte son nom, a mis à mal la théorie des ensembles. Celui aussi qui a consacré toute sa vie à chercher les bases logiques irréfutables qui permettraient aux mathématiques de reposer sur de solides preuves et non des axiomes intuitifs.
Devant un auditoire qui réclame son engagement dans le mouvement pacifiste prônant l'isolement des États-Unis et la non-intervention, Russell va conter une histoire extraordinaire. Celle d'une quête de la Vérité qui mènera nombre de chercheurs aux portes de la folie...

Voilà un comic atypique et passionnant. Le concept et l'histoire sont de Christos Papadimitriou et Apostolos Doxiadis. Les dessins sont l'œuvre de Alecos Papadatos. L'ouvrage a été publié en VO par Bloomsbury Publishing, sous le titre Logicomix : An Epic Search for Truth. Il a ensuite été adapté en français, en 2010, par les éditions Vuibert.


Tout d'abord, si vous êtes allergique aux mathématiques, n'ayez pas peur, il ne s'agit pas d'un essai abscons ou d'une sorte de "Logique pour les Nuls", mais bien d'une histoire, avec ses rebondissements, ses moments émouvants et son suspense. Les auteurs nous racontent en fait, essentiellement par le biais des souvenirs de Russell, les péripéties qu'ont connu la logique et les maths, de la fin du XIXème siècle jusqu'à la deuxième guerre mondiale. Pour cela, ils nous font croiser d'illustres personnages (Wittgenstein, Hilbert, Gödel...) et nous présentent certains de leurs concepts les plus importants. Pour ces derniers, s'il est vrai que les Principia Mathematica ne sont pas à la portée du premier venu (même des mathématiciens d'ailleurs), d'autres peuvent aisément se comprendre et rejoignent des notions philosophiques élémentaires.

Prenons par exemple le fameux paradoxe de Russell. Il fait apparaître une faille - de taille ! - dans la théorie des ensembles de Cantor. Un ensemble est une collection d'éléments ayant une propriété commune. Par exemple, l'ensemble des nombres pairs. L'on peut également parler d'ensembles d'ensembles. L'ensemble de tous les ensembles étant un ensemble, il se contient donc lui-même, ce qui ne pose pas de problème. Par contre, l'ensemble de tous les ensembles ne se contenant pas eux-mêmes aboutit à un paradoxe : si l'ensemble des ensembles qui ne se contiennent pas eux-mêmes ne se contient pas lui-même, il doit en faire partie. Et s'il en fait partie, il n'a plus rien à y faire.
C'est un peu comme le paradoxe du barbier qui doit raser uniquement les habitants d'un village qui ne se rasent pas eux-mêmes alors qu'il habite le même village. En toute logique, il ne peut ni se raser, ni ne pas se raser.
Bien entendu ce genre d'apories peut paraître absurde, car, intuitivement, chacun comprend qu'il existe surtout un problème d'énoncé auto-référentiel, mais lorsqu'il s'agit de trouver un langage universel pour soutenir les domaines scientifiques et prouver leur efficacité et la validité de leurs raisonnements, cela devient tout à coup essentiel.


Ludwig Wittgenstein, sous la plume de Apostolos Doxiadis.

— Les choses dont on ne saurait parler logiquement... sont les seules qui soient vraiment importantes.





Les auteurs réussissent, en plus de 330 pages, à suffisamment élargir leur propos afin de ne laisser personne sur le bord des planches. L'on parle de mathématiques, certes, mais aussi de philosophie, de libre-arbitre, de mysticisme et même de théâtre classique... autant de domaines qui s'entremêlent et tissent une toile intellectuelle impressionnante.
La thèse des auteurs, selon laquelle la plupart des grands logiciens étaient prédisposés à la folie, semble audacieuse mais souligne la nécessité, pour penser "autrement", d'être, sinon psychotique, du moins sacrément en dehors des normes.
Au niveau graphique, le style employé est très fluide, agréable, et certains effets permettent de souligner habilement les passages les plus importants, voire même d'apporter un autre niveau de compréhension.

Le final est simplement magnifique tant il est vertigineux. Les auteurs, au bout de leur voyage initiatique au cœur de la science, en reviennent à la littérature et se servent d'écrits anciens pour démontrer l'importance de la logique individuelle, le droit à l'erreur et la force des passions humaines, échappant à toute équation.
Ils ont également eu la bonne idée d'insérer à la fin un carnet de notes nous renseignant sur les différents personnages et, surtout, sur les principes et idées maniés tout au long du récit.

Instructif, original et prenant.
À conseiller notamment à ceux qui ont toujours vu dans les maths une source d'ennui mortel.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une fascinante plongée dans l'Histoire, la philosophie et la logique.
  • Des moments d'émotion et de suspense qui font de ce récit bien plus qu'une simple BD de vulgarisation.
  • Un style graphique très cartoony, qui ne manque pas de charme.
  • Les notes explicatives.
  • La couverture de la VF n'est pas très engageante et ne rend vraiment pas justice à la narration, très loin d'être rébarbative.
Patrick Melrose, la mini-série
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Mais que vaut donc cette mini-série Showtime distribuée chez nous par Koba Films et comptant cinq épisodes adaptés des cinq livres de Edward St Aubyn : Never Mind, Bad News, Some Hope, Mother's Milk et At Last ?


Le cas Cumberbatch


Il faut arrêter de ramener Benedict à Sherlock,
vous voyez bien que ça l'affecte !  
Avant tout : oui, le rôle principal est tenu par Benedict Cumberbatch (si on était dans une publicité diffusée à la télévision française, un astérisque renverrait en bas d'écran à une traduction piteuse comme "Benoît Lot d'Encombrement"). Et si je commence par là, c'est parce que vous n'êtes pas sur UMAC pour lire une critique que vous pourriez trouver ailleurs... si ? Ben allez donc la lire ailleurs, alors ! 
Car autant vous prévenir : cette "critique/chronique/je-ne-sais-trop-quoi" va être foutrement subjective parce que je n'ai comme compétences en cinéma que celles qu'ont quasi tous les spectateurs. 
De plus, je ne compte pas étaler ma science dans un vocabulaire technique mal maîtrisé mais bien vous expliquer ce que j'ai pensé de cette mini-série que j'ai regardée en entier (et là, je jette un regard taquin à certains sites dont les pages sont ouvertes sur mon écran... et dont les rédacteurs doivent avoir regardé deux des cinq épisodes au grand maximum, au vu de leurs articles).
Le Benedict est un cas particulier au cinéma et dans les séries. Je ne vous cacherai pas que j'aime beaucoup ce comédien de théâtre passé au petit puis au grand écran. Le gars n'est plus jeune que moi que de 30 jours et c'est avec une expérience de vie pile de la même longueur que la mienne qu'il aborde donc ses rôles. Ça me permet de voir tout le talent qu'il déploie et le sens de l'observation dont il fait preuve. 
Pourtant, souvent, l'ami Benedict se voit remercié de ses performances par des avis de journaleux tels que "C'est comme un épisode de Sherlock mais sans Watson". Ouais, et ça, c'est comme une critique mais sans pertinence. Cumberbatch a un physique particulier, dégingandé mais néanmoins élégant, voire dandyesque. Le gars est forcément cantonné à des emplois qui lui correspondent, ce qui ne l'empêche pas d'apporter à chacun de ses rôles des variations suffisantes pour ne pas les rendre interchangeables. Reprocher à Cumberbatch de jouer le dandy cynique, c'est comme reprocher à Stallone d'avoir joué le mec à gros bras... Alors certes, vous pouvez avoir aimé L'embrouille est dans le sac (le remake de Oscar avec Stallone) où Rocky/Rambo campe le rôle auparavant dévolu à Louis De Funès. Oui, il y est plutôt bon. Eh bien si les contre-emplois vous plaisent, regardez donc Docteur Strange, Benedict Cumberbatch y campe le super héros de l'écurie Marvel de fort belle façon, ma foi, et laissez-moi apprécier Cumberbatch en mode "so british".

Accessoirement (et puisque j'ai prévenu que j'allais aborder cet article sur un ton très subjectif), ce n'est pas dans Sherlock ou Docteur Strange que j'ai découvert l'ami Ben'... mais bien dans une vidéo montrant le casting voix pour le doublage original du dragon Smaug, dans la trilogie Le Hobbit. Ces quelques secondes m'ont suffi : regardez cet extrait (ici), regardez son regard, l'ondulation de son cou, les changements de sa voix... ce gars "joue grand" sans surjouer, il ose en faire beaucoup sans dépasser les bornes, il trouve le ton juste et ose s'effacer au profit du rôle. En quelques secondes, je fus convaincu et conquis... bien plus par lui que par le fait de faire de ce livre très court une trilogie, d'ailleurs... mais c'est un autre débat !
Que l'on soit donc bien d'accord sur ce point : vous ne lirez pas de ma plume que Cumberbatch "fait du Cumberbatch" car vous ne lirez cela que de la part de gens imperméables à la finesse de son jeu et qui devraient retourner regarder des documentaires animaliers commentés par Alexa, l'I.A. développée par Amazon. 
Ceci étant dit, je trouve ici Cumberbatch aussi bon qu'à son habitude et même très à l'aise dans certaines formes d'humour que l'on ne lui connaissait pas encore.

Du coup : "Bravo, Benedict ! Great job!"


Le cas Patrick Melrose


Patrick Melrose est un dandy sarcastique, fils d'une riche héritière américaine et d'un aristocrate anglais autoritaire. Au moment où commence l'histoire, on le découvre accro à tellement de substances stupéfiantes que ses globules blancs dealent de la coke dans le bar clandestin de ses globules rouges. Auto-destructeur et grand adepte d'une autodérision qui confine à la haine de soi, Patrick est encore en pleine descente d'un trip bien chargé quand il apprend sans trop s'en émouvoir la mort de son paternel à New York.
Le début donne le ton... pourrait-on croire. Parce que la série, bien que restant toujours dans un registre cynique et nous présentant des personnages relativement dépravés ou déglingués, ne se privera pas pour changer de rythme ou d'ambiance à maintes reprises de façon souvent élégante. Cela est essentiellement dû aux maints flash-backs à différentes époques : on voyage entre 1967 et 2005 sans que cela soit jamais perturbant tant les codes graphiques et la colorimétrie (ouais, je sais, j'avais promis de ne pas sortir de termes techniques) sont adaptés à chaque période.

Le lancer d'urne funéraire...
Pas sûr de voir cette épreuve inclue aux J.O. de 2024.  
Dans un premier temps, Patrick va vivre le décès de son père comme une délivrance et tentera donc de se débarrasser de ses addictions, pour se libérer de tous les fantômes du passé qu'il espère bien réduire en cendres en même temps que son vieux... mais, de la même façon que se débarrasser de cette fichue urne funéraire sera compliqué, les souvenirs et les traumatismes de son enfance douloureuse ne se laisseront pas faire non plus et c'est un Patrick Melrose plus encore friand de psychotropes que l'on suivra par la suite durant tout ce qu'il espère être son parcours vers une vie normale, débarrassée de tout ce qui le ronge.
Parce que, en matière de traumatismes d'enfance, Patrick fait très fort "grâce" à son père qui n'a rien du papa modèle. Hugo Weaving a en effet ici le courage d'incarner un personnage qui s'adonne à ce que je pourrais sans doute appeler personnellement le plus abject des crimes dont un homme est capable. Au sein de cette caste britannique bourgeoise où l'entre-soi est roi et l'omerta fait loi, ce personnage détestable fait régner une sorte de silence pesant sur ses pratiques, silence dont on ignore s'il est motivé par l'ignorance ou une passive complicité. Dès l'épisode 2, ayant lieu durant l'enfance de Patrick, on est témoins de la façon dont son père a un impact négatif sur tout et tous... 

Mention spéciale aussi pour cet enfant jouant Patrick jeune.
Ses rares moments très expressifs étant ceux où il souffre,
son absence d'expressivité le reste du temps suggère
un repli sur soi très cohérent avec l'histoire.
Cette mini-série est donc l'adaptation par David Nicholls de l'œuvre à succès partiellement autobiographie (pauvre gars !) d'Edward St Aubyn.
La réalisation y est soignée et marquée, surtout, par un usage de couleurs très vibrantes. Le rouge est rouge, le bleu est bleu... la palette est aussi saturée de couleurs que les veines de Patrick de produits divers. Ça peut déplaire... moi, ce n'est pas mon truc. Mais j'avoue que c'est bien fait, que c'est bien dosé et ce n'est en rien un critère de disqualification.
On y voit quelques plans-séquence assez bien utilisés, des transitions jouant sur des rappels d'environnements ou d'objets... c'est bien foutu et l'écriture a de toute évidence nécessité le soin appliqué du réalisateur qui, sans rien inventer vraiment, rend une copie parfaitement honnête.
Là où la série est remarquable, outre sa distribution, c'est au niveau du rythme des épisodes. Le premier épisode est halluciné et, selon le réalisateur, inspiré de After Hours de Martin Scorsese, alors que le deuxième, narrant des souvenirs d'enfance de Patrick en Provence, ressemble davantage à un Godard ou à une adaptation perverse et sadique de l'œuvre de Marcel Pagnol.
Le rythme est sans cesse bousculé pour coller avec ce que l'image raconte mais, en plus, le découpage passé/présent/futur est une sorte de patchwork qui permet, par exemple, de faire intervenir Cumberbatch tout naturellement dès le premier épisode, ce qui eut été impossible dans un récit narré dans l'ordre chronologique.

Évidemment, parfois, certaines longueurs narratives dans une époque qui nous intéresse moins peuvent faire naître une frustration : on a très envie de connaître la suite de telle ou telle intrigue qui nous passionne mais on se bouffe à la place 15 minutes n'en finissant plus de ce dialogue certes bien écrit mais dont on n'a pas grand-chose à faire... c'est inévitable, avec ce type de construction entamant forcément plusieurs histoires à la fois. Que ce soit par saucissonnage temporel, comme ici, ou géographique (comme dans Game of Thrones, si vous voulez), ça crée des pauses narratives. C'est comme ça.

Oh, au passage, j'ai parlé des dialogues bien écrits. Et oui, c'est vraiment bien écrit, ciselé, cynique, fin, intelligent... mais du coup presque trop peu réaliste. Qui donc parle ainsi "à l'improvisade" ? Bon, je vous rassure, dans la bouche de riches bourgeois anglais, ça choque moins que dans celles des ados de la série Dawson. Mais quand même, certains passages sont vraiment "trop écrits" !

Une image floue de l'enfance de Patrick Melrose peut suffire à se faire une première impression...
Vous le sentez poindre, le malaise ? 

Le casting


Non, pas "Le cas Sting"... on ne parle pas du Dune de David Lynch, essayez de suivre, un peu !
Le casting de cette mini-série est assez prestigieux et joue de façon particulièrement propre et convaincante.
Hugo Weaving (le Mister Smith de Matrix) offre à Patrick Melrose un père à la cruauté n'ayant d'égal que la perversité et un charisme à la hauteur de la crainte qu'il inspire à son entourage.
Les femmes sont loin d'être laissées pour compte avec des rôles riches et non monolithiques.
Jennifer Jason Leigh joue la mère de Patrick, dominée par son époux et aveuglée par la peur qu'il lui inspire. Un rôle qui verra le personnage sombrer jusque dans un état de délabrement assez terrible et plutôt bien défendu par la comédienne.
Anna Madeley est la femme de Patrick, dévouée à son mari mais qui devra composer avec les démons de l'homme qu'elle aime.
Jessica Raine incarne un personnage que l'on croit d'abord un peu secondaire mais qui se révélera être une amie très proche de Patrick, à la fois soutien moral et point faible de celui-ci. Un rôle très changeant, tantôt ironique, tantôt dépressif.
Mais la meilleure performance féminine à mes yeux est celle de Holliday Grainger, qui incarne une jeune hippie rebelle et provocante qui finira par embrasser le matérialisme et le cynisme de la bourgeoisie anglaise, offrant d'ailleurs à Patrick Melrose un astucieux miroir inversé : l'heure de son ascension sociale coïncidence avec la chute de Patrick et c'est quand Patrick commence à s'en sortir qu'elle perd tout ce qu'elle avait convoité. 

Holliday Grainger, magnifique dans son interprétation comme à l'image.
Comment avoir un charme incendiaire sans une once de vulgarité ! 


Et donc, au final... ça vaut quoi ?


Les deux thèmes principaux sont sans conteste possible les addictions (et le difficile chemin vers la sobriété) et les violences familiales (je sais, c'est un terme très doux au vu des faits narrés mais je ne veux point "divulgâcher", comme le dit... euh... j'ignore qui dit ça, en fait !).
Je ne suis fort heureusement spécialiste d'aucun de ces deux thèmes mais je peux analyser un peu leur traitement : l'un comme l'autre sont présentés avec une pudeur toute anglaise. On voit leurs conséquences mais rarement l'acte lui-même.
Certes, on a droit à une aiguille s'enfonçant dans un bras en gros plan mais jamais en même temps que le visage de Cumberbatch, ce qui est plus neutre, plus distancié. Et quand il se pique en plan large, son bras plié cache la seringue. 
Pour les violences, en dehors de la scène où le petit Patrick se fait tirer les oreilles (ceux qui ont vu la série s'en souviendront forcément), tout n'est que suggestion pour les violences physiques et exposition pour les violences psychologiques ou morales.
Et cette élégance british de l'emballage était un choix absolument nécessaire pour se fondre dans l'hypocrisie ambiante du milieu dont la série dresse un portrait peu flatteur.

La haute société anglaise, façon Patrick Melrose,
c'est un milieu... absolument infect !
Pour nous aider à faire passer les thématiques abordées, on a eu le bon goût de nous les servir enrobées d'humour. Vous y trouverez bien entendu de la comédie de mœurs puisque la série entière est une satire de la haute société anglaise de la fin du XXème siècle, du comique de situation, du comique de mots en grand nombre avec les traits d'esprit de différents personnages et même du comique gestuel, à de rares moments (voire même du comique gestuel un peu foireux quand Patrick, défoncé au possible, s'étale de tout son long dans un restaurant).

Il y a évidemment des gens qui ne supporteront pas cette série : les thèmes abordés ne sont pas très "Disney-friendly", les dialogues sembleront parfois capillotractés à certains, la sobriété de jeu de plusieurs des acteurs pourra paraître fade aux habitués du surjeu façon US...
Mais pourtant si. Si, c'est bon. C'est vraiment bien foutu. Si je n'avais, personnellement, qu'un reproche à formuler, ce serait une sorte de "tout ça pour ça". On a au final le chemin jonché d'embûches d'un homme bien né mais détruit par la vie qui va chercher le bonheur en se délestant de tout ce qui faisait son milieu... c'est peu.
Mais c'est néanmoins tellement agréable à regarder et tellement bien joué que je ne peux que recommander l'achat de l'intégrale de cette série qui sortira le 2 mai en DVD et en Blu-ray chez Koba Films.

Non mais vraiment, ce thème... il fallait oser en faire une série, quand même !

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • La distribution regroupant des acteurs et actrices de haut niveau.
  • L'audace d'aborder le thème de l'enfance maltraitée.
  • La réalisation peu inventive mais efficace.
  • L'humour indispensable à ce genre de thème (sans quoi ce serait vraiment impossible à traiter).
  • Pour me faire plaisir : Holliday Grainger.

  • Certaines longueurs.
  • Le découpage narratif qui peut perdre certains spectateurs parmi les moins attentifs.
  • Les scènes de défonce parfois montrées de façon trop facile et attendue... on a tous vu Trainspotting, c'est bon!