Retour sur un itinéraire dans l'Imaginaire
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Long et plein d'embûches fut le chemin.


Il y a 5 ans, Jeff (du site MDCU) nous avait fait l’amitié de conter son "aventure comics" sur la première version de UMAC. J’ai pensé faire plus ou moins la même chose en essayant de dresser un petit bilan sur mon rapport, déjà ancien, aux comics, voire aux livres en général.
Même si je suis partisan de toujours regarder "vers le sommet de la montagne", ce n’est pas désagréable parfois de se poser un peu pour se remémorer le chemin parcouru.

Je dois avoir 4 ou 5 ans quand je découvre mes premiers comics. Il s’agit d’albums Lug grand format, de Spider-Man (appelé encore à l’époque l’Araignée) et des Quatre Fantastiques. C’est surtout ce bon vieux Spidey qui va me marquer durablement, bien que je ne le réalise pas encore. Pourtant, ma culture BD, durant mon enfance et même mon adolescence, sera essentiellement franco-belge. Contrairement à bien des lecteurs de ma génération, je passe en effet un peu à côté de la mythique période Strange. Je connais la revue, je l’achète de manière sporadique, mais je ne suis pas alors un grand adepte du genre super-héroïque et du côté feuilletonnant.
Je vais donc, pendant mes jeunes années, dévorer pas mal de BD européennes : Tintin, Astérix, Lucky Luke, Achille Talon (dont je préfère les aventures complètes plutôt que les recueils de gags), Les Tuniques Bleues, Buck Danny, Michel Vaillant, Alix, Lefranc, Tanguy & Laverdure, Jérôme K. Jérôme Bloche… bref, un paquet de titres très connus et facilement trouvables (amazon et ebay n’existent pas, je m’arrange avec ce que proposent les librairies ou grandes surfaces du coin, ou avec le bouquiniste ambulant qui vient le samedi au marché).
Je garde quand même un œil sur les comics, mais je n’accroche pas vraiment.

Bien sûr, je ne lis pas que des bandes dessinées. Si j’ai découvert les romans par le biais d’auteurs jeunesse, comme Blyton, Buckeridge, Volkoff (sous le pseudonyme Lieutenant X), le duo Boileau-Narcejac (et leur Sans Atout) ou George Bayard, je passe vite aux romans pour adultes. Je découvre à 12 ans Leblanc et son Arsène Lupin, auteur que je considère, encore aujourd’hui, comme l’un des Grands de la pop culture. Je passe ensuite à des lectures plus sombres et violentes, en puisant allègrement dans la collection Épouvante de J’ai Lu ou dans les romans de gare du label Gore. Premiers contacts avec les univers du grand King ou de Dean Koontz.
Il m’arrive, avec quelques francs en poche, de prendre mon vélo pour aller farfouiller dans les librairies de Thionville. C’est presque un rituel. Il y a le plaisir de l’inconnu, de la découverte, le fait de faire un effort physique pour se rendre sur place. Et puis les frissons sous la couette, le soir venu, lorsque l’on tourne les pages.

Ai-je pensé à cette époque devenir auteur ou travailler dans l’édition ? Non, pas sérieusement. L’idée m’a effleuré l’esprit lorsque j’étais petit, mais c’est un peu comme lorsque l’on dit vouloir devenir policier ou astronaute, l’on ne sait rien de la réalité de ces métiers et l’on sait même, presque inconsciemment, que c’est là un souhait qui n’engage à rien. Les rives de l’âge adulte paraissent si lointaines…
À l’adolescence, si je continue à lire énormément, je ne vais jamais avoir l’idée d’écrire sérieusement (pourtant, je noircis déjà des agendas vierges que mon père ramène de l’usine) ou même de m’intéresser à un métier de l’édition. Comme beaucoup de jeunes, je suis dans le flou, j’ignore ce que je veux faire réellement. L’école, la société, les parents n’aident pas vraiment, tous poussant à trouver un "vrai" métier. Le déclic se fera plus tard.

Il a lieu en 2002. Aussi fou que cela puisse paraître si l’on considère l’addiction qui viendra ensuite, à cette date, je ne suis toujours pas devenu un lecteur compulsif de comics. Je viens de quitter un job alimentaire et de prendre une décision radicale : je vais vivre de ma plume. Ou en tout cas, trouver un job en rapport avec les livres. Je ne me laisse pas de date butoir, je suis dans une optique "c’est ça ou rien". Je ne veux pas de plan B. Peu importe le temps que ça prendra, peu importe les efforts, le temps, l’énergie, dans mon esprit, c’est ça ou crever. Et je ne suis pas certain que ce soit réellement une métaphore.
Heureusement, si j’ai bien des défauts, je crois avoir au moins la persévérance au nombre de mes quelques qualités. Pendant des mois, je vais écrire, sans jamais être satisfait de rien. C’est normal, je me lance dans un métier, très technique, dont je ne sais encore rien, ou presque. Si je pense avoir une certaine aisance au niveau de l’expression écrite, ce n’est pas encore ce que l’on peut appeler un "style". Et je tâtonne sur bien des aspects techniques : le rythme, la construction des personnages, l’identification, l’utilisation appropriée de certains effets, les ruptures… tout est à apprendre. Je tombe dans tous les pièges, les ornières, me prends en pleine gueule tous les écueils. Mais j’ai la conviction aussi de progresser. Au bout de quatre ans, enfin, je pense produire des nouvelles intéressantes. Mais je ne me sens en rien légitime. Inconsciemment, j’ai envie de faire valider mon travail.

Un peu avant cette "validation", en me baladant dans une librairie, je tombe sur un Deadpool. Je feuillète un peu. Je ne suis pas fan du personnage (il faut être un virtuose de l'écriture pour le rendre vraiment drôle), mais le style graphique me donne envie de retrouver les personnages de mon enfance, et en premier lieu Spidey. Je commence à acheter quelques ouvrages, un peu au hasard.
Mais c’est surtout le kiosque qui va attirer mon attention. Je vais d’abord lire régulièrement la revue consacrée à Spider-Man, puis celles des Avengers, de l’univers Ultimate, des X-Men, puis… j’en viens à systématiquement tout acheter. Je suis pris d’une frénésie, j’achète des Intégrales, des comics en VO, des encyclopédies, puis je passe à l’univers DC, puis aux séries indépendantes, je découvre alors réellement, pour la première fois, l’immense variété de la bande dessinée américaine.

En parallèle, j’écris toujours. J’ai l’idée de me "tester" en envoyant des nouvelles aux magazines qui en publient. Je découvre rapidement qu’en France, ces magazines se comptent sur les doigts d’une main. Et que l’on a même pas mal de doigts en trop.
Je commence par Khimaira, un magazine qui traite de fantastique et de science-fiction. J’envoie mon premier texte, Blessures de Lame, qui est retenu et publié. Par la suite, Maître Roland Habersetzer, expert en budo et écrivain lui aussi, me fera l’honneur de publier cette nouvelle, qu’il qualifiera de "belle histoire de dojo qui donne matière à réflexion", sur son site. Mais à ce moment-là, ce premier test réussi est loin pour moi d’être suffisant. J’envoie ma deuxième nouvelle au magazine Lanfeust Mag. Cette fois encore, elle est acceptée. Je reçois d’ailleurs à cette occasion mes premiers droits d’auteur. Plus symboliques qu’enrichissants, mais ces premiers euros récoltés par la plume ont une douce saveur. Nous sommes en 2006.

Je suis encore loin d’avoir confiance en moi, deux textes, ce n’est pas suffisant. Mais j’ai déjà fait le tour des magazines que l’on trouve en kiosque. Les fanzines confidentiels ne m’intéressent guère.
Reste les concours.
Eux sont nombreux mais l’on trouve de tout. Du truc non rémunéré, organisé par des gens qui ne connaissent rien à l’écriture, et qui permet de gagner un jambon de pays, au véritable concours sérieux, permettant de récolter un peu d’argent et légitimé par la présence d’écrivains et éditeurs confirmés. Dans un premier temps, je me renseigne et tente donc de faire le tri. J’en sélectionne cinq. Mes nouvelles remportent des prix dans quatre d’entre eux, dont un premier prix dans un concours présidé par l’écrivain et éditeur Philippe Ward, ainsi qu’une deuxième place au prix Vedrarias, présidé par Alain Absire. C’est ce dernier qui, sans le savoir, va changer mon état d’esprit. Radicalement.
Je rencontre Alain Absire à l’occasion de la remise des prix, dans la région parisienne. Je suis un peu stressé, j’ai du mal avec les relations sociales. L’ensemble du jury, des participants et de leurs proches sont réunis pour un cocktail. Les écrivains amateurs virevoltent autour d'Absire, guettant le conseil, le coup de pouce. Il faut dire que le type a décroché le Femina en 1987 et qu’il est président de la Société des Gens de Lettres. Il sait de quoi il parle.
Je préfère, personnellement, squatter le bar où je tente d’écluser une bouteille de vin blanc, faute de whisky. Contre toute attente, c’est Absire qui, se rapprochant, m’adresse la parole. J’avais déjà remarqué qu’il semblait avoir apprécié mon texte lors de la remise des prix, mais ce qu’il me dit à ce moment va agir comme un déclic. Ce sont pourtant des paroles fort simples : "C’est bien ce que vous faites. Il faut continuer."
Enfin, je me sens "autorisé" à écrire. Je vais passer à l’étape suivante : les romans.
Parallèlement, je continue à amasser et dévorer des comics. J’ai passé des années à décortiquer des romans, à tenter de comprendre leur fonctionnement, le nez dans le moteur, aussi ces comics sont une vraie détente, même si je vois maintenant, presque naturellement, les défauts techniques ou la grande maîtrise de leurs auteurs.

Je commence à avoir une collection de comics assez volumineuse, et j’ai l’idée de faire alors une sorte de liste. Je suis un grand adepte des listes, classements, procédures et cie. Mentalement, je me situe entre le robot et l’autiste (pour vous donner une idée, dans The Big Bang Theory, pour moi, le mec normal, c'est Sheldon). J’ai l’idée en fait de faire des sortes de fiches de lecture plutôt qu’une simple liste de comics (je ne dispose pas encore d’outils du genre BD Gest, que j’utiliserai des années durant). Je rajoute des résumés… tout cela me prend trop de temps pour finalement pas grand-chose. C’est alors que j’ai l’idée de parler de ces comics sur un blog. Les blogs sont très populaires à l’époque mais sans intérêt, car employés massivement par des gens sans doute très sympathiques mais qui racontent surtout leur journée, dont tout le monde se fout. L’outil par contre me semble intéressant et simple d’utilisation.
La première version d’UMAC est donc née de mon besoin compulsif de classer et ficher les machins que je collectionne. Couplée à mon besoin d’écrire.  
J’en profite pour attirer votre attention sur le fait que le site UMAC actuel est très différent de la première mouture. Tout d’abord, ce n’est plus vraiment un blog (même si nous gardons blogspot comme "hébergeur", parce qu’il est gratuit et que je dispose d’un compte suffisamment ancien pour n’être pas limité par rapport aux images ou vidéos). La version actuelle a été entièrement codée par Tryixie (il ne s'agit pas d’un modèle blogspot) et de nombreuses plumes m’ont rejoint dans l’aventure. Et en plus, on parle maintenant de bien d’autres sujets que les seuls comics.
Bref, je ne le sais pas encore, mais UMAC va m’apporter pas mal de choses. Dont, indirectement, mon boulot actuel.

On peut mélanger comics et franco-belge, mais mieux vaut ne pas se tromper lors des moments importants.


Ce que je découvre en matière de comics est un peu fou. Ça va du très bon Civil War à Strangers in Paradise, en passant par Bone, Powers, Fables, The Boys… sans parler de l’essentiel de la production d’un Straczynski (cf. ce dossier).
En parallèle, j’écris mon premier roman (premier manuscrit en fait, puisqu’il ne sera jamais publié). Je n’ai pas encore de méthode de travail très élaborée, et le résultat est… mitigé.
Je n’ai, de cette période, que des souvenirs de travail acharné et de longues heures de lecture.

Grâce à UMAC et la ligne éditoriale que je défends (je suis notamment très virulent concernant les dérives de certaines adaptations VF ; cf. cet article récent), je suis bientôt contacté par le rédacteur en chef de l’époque du magazine Geek. Celui-ci me demande de participer à un numéro spécial sur les super-héros (domaine dans lequel je suis devenu malgré moi une sorte "d’expert"). Notre collaboration va s’étaler sur près de deux ans. Cela me donne l’occasion de travailler différemment. Alors que sur UMAC, je n’avais pas de contraintes, je dois ici agir dans un espace plus resserré (mais avec une grande liberté de ton). Simples reviews, articles, dossiers, entretiens, tout cela s’avère intéressant, d’autant que je parviens à transposer dans le magazine le principe de "passerelles" que je défends sur UMAC. Il s’agit en gros de partir de la pop culture pour aboutir à des domaines bien différents, comme l’Histoire ou la science.
Quelque temps plus tard, c’est cette fois François Hercouët, responsable de la toute jeune filiale comics de Dargaud, qui rentre en contact avec moi, me demandant si j’accepterais de travailler pour lui comme correcteur. Évidemment, je saute sur l’occasion de pouvoir appliquer sur le terrain des principes dont je dénonce l’absence depuis des années. Ce sera le début d’une longue collaboration qui me permettra de travailler sur de très nombreux titres comics, mainstream ou plus pointus.
Je vais également répondre favorablement à la demande de Guillaume Matthias, qui est en train de mettre sur pied les toutes jeunes éditions WEBellipses, et qui me propose de l’accompagner sur le projet en écrivant des articles de fond pour son webzine. Là encore, je peux aborder des sujets variés en les reliant à des domaines passionnants (que l’école avait pourtant réussi à rendre rébarbatifs).

Dans le domaine de la relecture et de l’adaptation de texte, les contacts se multipliant, j’en viens à travailler sur des livres qui ne se limitent plus aux seuls comics. Ouvrages techniques, romans, livres jeunesse, BD chinoises, encyclopédie… les genres sont on ne peut plus variés.
Ces activités, qui continuent encore actuellement au sein du studio Makma d’Edmond Tourriol et Stephan Boschat, ont également contribué (en plus de revenus indispensables) à aiguiser ma plume, que ce soit par la rigueur qu’elles nécessitent ou les connaissances très variées qu’elles apportent. Et puis, lorsque l’on veut devenir écrivain, autant se dénicher un taf en rapport avec l’édition.
Peu à peu, je vais travailler sur les séries les plus légendaires (cf. cette liste non exhaustive), jusqu’à Amazing Spider-Man. La boucle est bouclée, l’adulte a rejoint l’enfant.

Alors que je me lance dans l’écriture d’un autre roman (qui deviendra Le Sang des Héros, publié chez Nestiveqnen), je mène également de front un autre projet : une bande dessinée parodique sur l’univers des comics. Je n’aime pourtant pas emprunter des personnages que je n’ai pas créés, mais ici ils ne me servent pas à raconter une fiction mais plutôt à commenter les usages d’un milieu éditorial que je commence à bien connaître.
Mais voilà, cette fois, je ne peux travailler seul, il va me falloir trouver un dessinateur. Je pars confiant au départ mais en viens vite à me décourager… soit les artistes intéressés ne peuvent mener à bien un aussi long projet (deux travailleront sur quelques épisodes), soit certains amateurs, après moult promesses, ne donnent plus signe de vie. Une attitude qui a le don de me mettre en rogne. Qu’on abandonne un projet, soit, mais que l’on n’ait même pas les couilles et la politesse de le dire clairement… enfin bon, ces gens sont oubliés aujourd’hui.
Fort heureusement, je croise un jour sur facebook Edmond Tourriol, auteur lui-même, cofondateur du studio Makma (pour lequel je travaillerai plus tard, à cette époque ce n’est pas encore le cas) et traducteur de très nombreux comics, dont The Walking Dead ou Green Lantern pour ne citer qu’eux. Je lui demande alors s’il n’a pas quelqu’un dans ses contacts qui pourrait être intéressé par mon projet (à l’époque, j’ai même déjà un éditeur mais toujours pas de dessinateur fixe). Il me présente alors Sergio Yolfa, un dessinateur talentueux et efficace, qui deviendra non seulement mon compère sur The Gutter mais aussi sur UMAC, où il dessinera une série de capsules humoristiques et, plus généralement, tout ce qui concerne Virgul, notre mascotte (un chat sympathique mais caractériel).
Et maintenant que j’ai le dessinateur… je perds l’éditeur suite à un différend sur lequel je ne m’étendrai pas. Nouvelle recherche qui aboutira cette fois à Nats Éditions. Cette fois, l’ambiance est radicalement différente. Natalie, notre éditrice, se révèle dynamique et compétente en plus d’être adorable.
The Gutter sort finalement le 29 février 2016. Le tirage étant modeste et la distribution assurée par l’éditeur, ce n’est évidemment pas une sortie digne d’un Astérix, mais la BD est tout de même présente en librairie, sur Amazon, la Fnac, etc. Et les retours des lecteurs, sur le net ou en dédicaces, sont très bons.
J’avoue que je suis très fier de cette BD dont on a même soigné les nombreux bonus (d’ailleurs, une édition limitée collector est en préparation, mais j’aurai l’occasion d’en reparler très prochainement).
Ceci dit, la BD est loin d’être mon domaine de prédilection. J’ai en tête quelque chose de très différent…

Rédacteur, correcteur, scénariste, tout cela est très bien mais ce qui m’intéresse, ce sont les romans. Non seulement parce que c’est ma culture de base en tant que lecteur mais aussi parce que, en tant qu’auteur, c’est le support qui me permet de travailler aussi bien la forme que le fond.
L’écriture de mon nouveau manuscrit commence très différemment de celle de Passeur de Feu (ma précédente tentative). Une longue période de réflexion et de documentation la précède. Je construis également un plan, que j’appelle en réalité une feuille de route. Je suis également conscient des ornières dans lesquelles j’étais tombé précédemment. Tout cela, plus un travail de relecture fort long, me permet d’aboutir à un manuscrit que, cette fois, je juge réellement abouti.
La période de démarchage des éditeurs commence alors. Parce que j'ai des exigences que j'estime essentielles et que je ne souhaite pas brader, cette recherche durera plus de deux ans et demi.
L’on en vient ici à une précision importante, concernant aussi bien les publications confidentielles que j’évoquais plus haut que certaines microstructures ayant des pratiques plus que douteuses. Pour moi, l’aspect commercial de mon travail est important. Je suis sidéré quand j’entends des auteurs dire qu’ils n’écrivent pas pour être publiés. Bien sûr que ce ne doit pas être la motivation première, encore moins l’idée de s’enrichir (un premier roman d’un auteur inconnu, même dans une grande maison, se vend à quelques centaines d’exemplaires seulement ; ne rêvez pas, vous n’achèterez donc pas une villa avec vos droits mais plus certainement une tente Quechua… et encore, le petit modèle !), mais un roman, une nouvelle ou une BD sont faits pour être lus. Et, comme le boulanger qui adore sans doute son métier mais doit aussi vendre ses croissants, un auteur n’a pas à rougir de considérer avec sérieux cet aspect pratique.
Cela commence par la sélection des maisons d’édition. Certaines n’ont que peu d’intérêt car créées à la va-vite par des amateurs qui ne connaissent rien du véritable travail de l’éditeur. D’autres sont clairement des escroqueries destinées à soulager l’auteur de quelques euros (cf. cet article). Il y a aussi la mauvaise solution qui consiste à s’auto-éditer, j’en ai déjà suffisamment parlé, je ne reviens pas dessus.
Chacun fera comme bon lui semble, mais personnellement j’ai toujours été soucieux de publier à compte d’éditeur, dans une maison sérieuse. Il a fallu quatorze ans pour que mon premier gros projet aboutisse. Ce qui ne me paraît pas si long que ça, finalement. Quatorze ans pour apprendre un métier, mieux, un art, celui du Conteur, ça reste même assez court, même si la patience n’est plus à la mode dans un monde où la plupart des gens veulent des "astuces" pour obtenir tout, tout de suite. Et donc en général rien, jamais. 

Lorsque Le Sang des Héros sort en librairie, à la rentrée 2016, je suis certes très content mais je connais trop la réalité du milieu éditorial pour m’emballer ou imaginer qu’il s’agit d’un aboutissement. C’est juste une étape supplémentaire. J’ai signé chez Nestiveqnen, une maison que je connais depuis longtemps mais que je n’avais pu solliciter au départ, son service des manuscrits étant fermé pendant un long moment, noyé sous les sollicitations.
L’éditeur dispose d’un diffuseur et d’un distributeur, il a une bonne réputation, une vraie ligne éditoriale, des covers souvent magnifiques, et le contrat proposé est tout à fait honnête, même avantageux.
Je vais avoir deux chocs (très positifs) après cette publication. D’abord en voyant mon roman aux côtés des livres d’un certain… Stephen King, et dans le rayon "meilleures ventes" des Cultura. Ensuite en lisant une critique, très positive, dans le magazine Lanfeust Mag. Ce sont des moments rares, fugitifs, qui permettent de savourer l’instant, de prendre la mesure du chemin parcouru et des obstacles franchis sans compromissions, sans raccourcis ou pis-aller. Ce qui n’est déjà pas si mal.

Ma vie serait différente sans les livres. Je ne parle pas que des miens, je parle des livres en général, ceux que je découvre encore, à l’heure actuelle, et ceux qui m’ont construit, en tant qu’auteur et individu. Ma vie serait plus terne sans Spidey et Tintin. Elle serait plus étriquée sans Orwell et Racine. Elle serait en tout cas très différente sans Leblanc, King, Herbert ou Keyes.
Ces personnages, ces auteurs, constituent mon univers, mon refuge, le lieu où je me sens bien et à ma place.
Pourrai-je un jour vivre de mes seuls droits d’auteur ? Je l’ignore. Mais mon taf alimentaire actuel, qui consiste à améliorer le contenu d’ouvrages signés par d’autres, me convient. Je reste dans l’encre et le papier. Dans l’Imaginaire. Pas l’Imaginaire qui remplace le réel, mais celui qui permet de le supporter, de le magnifier et de voir au-delà.

J’ai plusieurs projets BD en cours. Mon prochain roman est écrit. J’ignore quand tout cela sera publié. J’ignore si cela sera bien reçu. Si ça se vendra ou restera confidentiel. Mais ce que je sais, c’est que je vais faire ça, encore et encore. Parce que c’est ce que je sais faire, ce que j’aime faire, et ce qui me rend heureux. Et puis, je suis trop vieux pour me permettre d’être raisonnable.
Niveau comics, j’avoue que l’engouement est retombé. Si je continue à en lire (et corriger) dans le cadre professionnel, j’en achète très rarement. Mais, de temps en temps, l’envie me vient d’ajouter une figurine, un buste, un TPB ou quelques Heroclix à ma collection. Je ne sais pas si c’est du fétichisme ou de l’achat compulsif, j’ignore si c’est sain ou non (je m’en fiche un peu, faut dire). Mais, j’aime être entouré de ces visages, de ces livres, de ces silhouettes. Ce sont mes bibelots à moi, mes "napperons" sur la télé, mes ramasse-poussière. Encore ce matin, j’ai acheté deux jouets (vraiment des jouets, très cheap, très plastoc) représentant le Quinjet des Avengers et le Milano des Guardians. Et vous savez quoi ? J’en souris encore de bonheur…
C'est sans doute cela que je retiens de ces personnages, de ces fictions : ils peuvent vous faire frissonner sans réellement vous terroriser, ils peuvent vous toucher et vous mettre les larmes aux yeux sans vous déprimer, mais quand ils vous rendent heureux, c'est pour de bon.

Qui sait ce que les auteurs et leurs personnages ont fait de nous ?

Sélections UMAC : 3 "produits dérivés" The Walking Dead
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Outre les comics et les séries TV, l'univers de The Walking Dead se décline à l'heure actuelle au travers de nombreux produits dérivés (jeux vidéo, making of, figurines, guide des personnages, croquettes pour chat, vibromasseur...). Nous vous proposons aujourd'hui une sélection variée présentant trois déclinaisons de qualité : un roman, un jeu de plateau et un artbook.


L'Ascension du Gouverneur

À une époque, Philip Blake n'était pas un assassin. Pas plus qu'un tyran. C'était un brave type, parmi tant d'autres. C'était un bon père également. C'est grâce à lui que son petit groupe, composé de ses meilleurs amis, de son frère et de Penny, sa petite fille, va réussir à survivre dans un monde qui s'écroule.
Parce que Philip est fort. Courageux.
Parce qu'il fait ce qui doit être fait.
Et puis un jour, alors que le mirage de la normalité semble presque être redevenu palpable, il fait ce qui n'aurait pas dû être fait. C'est alors le début de la fin. Pas la fin d'une vie, mais de toute vie.
Pas la fin d'un homme, mais la fin de l'humanité...

Vous l'aurez compris, il s'agit donc ici du premier roman tiré de l'univers de Walking Dead. Comme son titre (Rise of the Governor en VO) l'indique clairement, il revient sur le passé de l'un des personnages emblématique de la série, un être d'ailleurs totalement haïssable dans le comic.
Pour l'aider à conter ses origines, Robert Kirkman a fait appel à Jay Bonansinga, un romancier expérimenté ayant à son actif quelques thrillers mâtinés de fantastique. L'association se révèle en tout cas fructueuse puisque le résultat est franchement bon, si l'on excepte le choix (de l'éditeur ?) de mettre tout le récit au présent. L'on finit par s'y faire mais outre le style un peu rebutant au début, l'on peut se demander si cette décision n'est pas liée au fait que le public visé est composé de "braves demeurés amateurs de BD". Simple paranoïa, peut-être, mais on a déjà vu tout aussi absurde en matière de décision éditoriale (notamment le charcutage des romans jeunesse).
Mis à part ça, le texte se révèle sans défaut.

Le récit en lui-même (qui fait environ 340 pages) commence peu après le début de l'épidémie. L'on fait connaissance avec le petit groupe qui n'est d'ailleurs pas très différent à la base de celui de Rick : des êtres plongés dans l'enfer post-apocalyptique, qui doivent survivre au jour le jour, en recherchant des vivres, un abri sûr, en composant également avec l'absence d'autorité et de règles sociales.
Bien entendu, il existe des éléments, présents dans les comics, dont on avait déjà connaissance, ce qui pourrait faire redouter un petit manque d'intérêt ou de suspense. Pourtant, il n'en est rien. Tout d'abord, la lente transformation de Blake est parfaitement décrite, au point même que l'on en vienne à oublier à quel point il a pu agir en monstre pour finalement trembler pour lui et ses proches. Ensuite, ce diable de Kirkman nous réserve une grosse surprise finale qui humanise encore plus celui qui deviendra le sinistre et redouté Gouverneur.
Là encore, l'on voit à quel point un environnement monstrueux parvient, de manière presque tragiquement naturelle, à transformer radicalement un homme. Ou peut-être, ce qui n'a rien de bien réjouissant, à le révéler tel qu'il est réellement.

Si les toutes dernières pages sont un peu prévisibles, l'on passe un "terrible" (donc excellent) moment en suivant cette plongée dans l'horreur, cette fuite sans fin où les protagonistes tentent d'échapper presque plus à eux-mêmes qu'aux zombies. Cerise sur le carnage, si vous n'avez pas lu les comics, ce roman se suffit amplement à lui-même. Mieux encore, il peut constituer une excellente introduction à la série. Nul doute qu'alors, lorsque vous rencontrerez le Gouverneur au même moment que Rick, vous ne pourrez pas vous empêcher de pester contre le dramatique gâchis qui a fait de ces deux survivants des adversaires plutôt que des alliés...

Kirkman réalise ici un tour de force, habile, vicieux presque, mais bien connu des conteurs. Il nous enlève l'objet de notre haine, il remet en perspective toute une série d’événements, pour nous laisser, seuls, démunis, avec à la fin nos doutes et une lancinante tristesse.
Un très bon roman à dévorer sans aucune pitié.


Jeu de Plateau

Nous quittons le domaine romanesque pour aborder un jeu Walking Dead sorti en version française durant l'été 2012.

Voyons de quoi il retourne. Tout d'abord, bonne nouvelle, tout est dessiné par Charlie Adlard. Les lecteurs ne seront donc pas dépaysés. Ensuite, le but du jeu est de trouver un abri sûr. Pour cela, vous serrez obligé d'en visiter trois (le troisième étant le "jackpot").

Les déplacements se font sur une carte, avec marquage hexagonal, qui représente les environs d'Atlanta. Les personnages jouables sont Rick, Tyreese, Shane, Glenn, Andrea et Dale, chacun ayant des particularités propres, représentées par des dés de différentes couleurs. D'autres personnages, les compagnons, ne sont pas jouables mais modifient vos capacités, tout comme les ressources qu'il s'agira de trouver (munitions, nourriture, essence).
Là où cela se complique c'est que chacun de vos mouvements génère l'arrivée des méchants zombies, représentés par un jeton, la face cachée de ce dernier indiquant le nombre de zombies présents. Plus la partie dure, plus les hexagones sont donc infestés de zombies, les possibilités de trouver un chemin sûr vers la prochaine destination s'en réduisant d'autant.

Les combats sont résolus avec le bon vieux système du jet de dés. En gros, soit vous faites un bon tirage, et les zombies sont out, soit vous merdez et vous ramassez un point de Fatigue (au bout de trois, vous connaissez le même sort que la plupart des personnages de la série !). Vous pouvez bien entendu vous aider des munitions trouvées ici et là en jetant un dé spécial supplémentaire, mais si un coup de feu survient (un "blam !"), alors... vous attirez encore plus de zombies.
Là où le jeu rejoint un peu la thématique de la série, c'est dans la possibilité de s'allier avec un autre joueur pour se sortir d'un mauvais pas. Mais, rien ne vous interdit non plus de le trahir, histoire de le laisser se débrouiller seul avec une horde de morts-vivants et ainsi sauver votre peau, héhé.

La boîte, qui coûte une quarantaine d'euros, contient de nombreux jetons, marqueurs et cartes, tous de bonne facture. 
Pour ce qui est du système de jeu, il parvient (au moins en théorie) à retranscrire une bonne partie des points principaux de la BD, à savoir la volonté de construire un groupe (les compagnons), la difficulté de trouver des ressources cruciales ou encore les déplacements hasardeux, surtout si l'on se met à tirer dans tous les sens.
Les règles sont claires et le système de jeu fonctionne plutôt bien, avec notamment un crescendo au niveau de la difficulté.

Évidemment le fait d'avoir lu la série et de connaître les personnages sera sans doute pour beaucoup dans l'immersion et l'ambiance ressentie. À ce sujet, on aurait bien apprécié de pouvoir jouer le Gouverneur par exemple.

Un jeu bien pensé et bien réalisé.



Artbook

C'est en novembre 2011 que sort, en VF chez Delcourt, cet artbook consacré aux comics Walking Dead. Tout de suite, le détail du contenu.

Cet artbook est en fait un recueil contenant toutes les covers des cinquante premiers épisodes, plus celles des TPB et des éditions Deluxe cartonnées. En gros, chaque épisode est décomposé en deux pages, l'une consacrée à la couverture, colorisée, en grand format, et l'autre accueillant les commentaires des auteurs et divers petits croquis préparatoires.
Le texte est une sorte de conversation informelle entre Robert Kirkman et Tony Moore (ce dernier ayant continué à dessiner les covers jusqu'au 24ème épisode), puis, dans un second temps, Moore est remplacé par Charlie Adlard, le second dessinateur de la série.

Les artistes ont un regard souvent critique à l'égard de leur travail mais malheureusement, même si l'on découvre quelques petites anecdotes sur la manière de procéder ou les différences de points de vue, l'aspect technique n'est que survolé et parfois même un peu répétitif. On découvre surtout un Kirkman ayant une idée étonnamment précise de la composition des covers, éléments qu'il considère apparemment comme très importants et dont il se sert pour "jouer" avec le lecteur, l'entraînant parfois volontairement sur des fausses pistes.

Ceci dit, l'essentiel de l'intérêt réside tout de même dans les illustrations qui permettent de se remémorer certaines scènes clé et de prendre la mesure de tout le chemin parcouru par Rick et ses compagnons. La qualité de ces mêmes covers est, elle, assez inégale (TWD n'est pas spécialement réputé pour ça). L'on trouve aussi bien de l'excellent (épisodes #9, #15, #17, #21...) et du très quelconque (épisodes #10, #34, #43...). 
Techniquement, l'ouvrage se présente avec une couverture en dur (qui est illustrée malgré la présence d'une jaquette, un plus toujours appréciable) et évidemment un papier glacé du plus bel effet. Le tout à l'époque pour 17,50 euros, mais ça peut se trouver d'occasion de nos jours pour un prix moindre.

Un livre d'illustrations plutôt agréable, en forme de petit bilan sur la partie légendaire de cette série qui, par la suite, baissera grandement en qualité. 






La Parenthèse de Virgul #27
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On reconnaîtra, de gauche à droite, le Punisher, Rorschach, un biker de SOA, et Daryl de TWD.
Le chat au milieu, en peignoir, c'est celui qui dit "il y a un putain de problème, enculé ?".



De l'évolution du Badass
Hello les Matous !
Pour cette nouvelle parenthèse, on va faire un pas dans le sale, dans la zone trouble, là où même les tigres ne s'aventurent que rarement. Brrr...
Bon, vous pensiez que John McClane et Martin Riggs étaient des flics un peu rebelles ?
Pff, haha, nan… aujourd’hui, on vous présente trois policiers (ou détectives privés) vraiment badass, du genre à faire passer ce bon vieux Harry Callahan pour un personnage de Disney.
Et du coup, on va essayer de dégager trois étapes essentielles dans l'évolution risquée qui consiste à recouvrir de sable et de sang la frontière imaginaire entre Bien et Mal.
Ouep. Carrément !





Sam Spade – Crasse, Corruption et Cynisme

Sam Spade est une création de Dashiell Hammett, qui introduit ce détective atypique dans le roman Le Faucon de Malte (plus connu de nos jours sous le titre Le Faucon Maltais). Spade sera également le héros de plusieurs nouvelles, mais c’est surtout son attitude et sa mentalité qui vont marquer à l’époque et même devenir le symbole d’un genre en soi : le hardboiled (littéralement « dur à cuire », que l'on adaptera bien souvent par « roman noir » en français).
Sam Spade est en effet l’un des premiers personnages de polar à louvoyer entre lumière et ombre, entre lois et méthodes peu avouables. Cynique, désabusé, quelque peu misogyne (mais nous sommes au début des années 30, l’époque est tout autre), Spade s’avère complexe et très humain au final. Futé mais pas parfait, ambigu, le personnage navigue dans un flou moral fascinant qui permet aussi de rendre compte de la complexité du milieu dans lequel il évolue.
Malheureusement, sa plus célèbre incarnation au cinéma, sous les traits d’Humphrey Bogart, va largement aseptiser un Sam devenu bien plus propre et présentable. Ainsi, alors qu’il va clairement être le modèle servant à la création de Philip Marlowe (et des nombreux personnages qui reprendront ce modèle non manichéen et ce profil de gentil salopard malmené par un système corrompu), le grand public n’en aura, par le biais d’Hollywood et de sa machine à affadir les meilleurs alcools, qu'une image tiédasse et niaise.


Bud White – Valeurs, Violence et Vérité

Bud White, à la base, est également issu d’un roman. De James Ellroy cette fois. Par contre, son incarnation au cinéma, dans L.A. Confidential, sorti en 1997, sera bien plus respectueuse du personnage.
Bud est un flic violent, taciturne, qui s’arrange avec la loi tant que cela sert la justice. Le gars cogne dur, est fidèle en amitié, et s’avère être une boule de haine et d’impulsivité. Ce qu’il ne supporte surtout pas ? La violence envers les femmes. Il va ainsi proposer une "danse" à un repris de justice qui était en train de tabasser sa compagne. Inutile de dire que quand on danse avec Bud, on risque de s’en souvenir.
L’on apprendra par la suite que Petit Bud, étant gamin, a vu son père buter sa mère alors qu’il était attaché et ne pouvait que contempler l’horreur qui se déroulait devant lui. C’est le genre d’enfance qui déglingue bien un gosse. Et qui le remplit d’une violence sans fin. Par contre, il a toujours le choix, en la canalisant, de sélectionner ses victimes. Bud, lui, a choisi d’être un mec bien. Pourtant, le système le considère comme une brute, et lui-même n’a pas une très haute opinion de lui, mais impossible pour le lecteur ou le spectateur de ne pas prendre le parti de ce type aux principes aussi rigides qu’une barre à mine mais au cœur tendre.


Vic Mackey – Pression, Pleurs et Perdition

Vous trouviez Sam un peu trop borderline ? Ou Bud quelque peu violent ? Nous voilà rendu à un niveau supérieur. Pas à un niveau supérieur de violence, mais de morale fluctuante.
Vic Mackey est bien entendu le personnage principal de l’excellente série The Shield. Interprété par un Michael Chiklis brillant, au physique atypique, Mackey va longuement hanter les rêves et cauchemars de ceux qui auront assisté à la destruction presque systématique de tout ce qui comptait dans la vie de ce personnage.
Il faut dire qu’il est marqué, dès le départ, par une action criminelle inattendue (et ultime) qui va peser sur sa vie pendant des années. Ce choix difficile, qu’il pensait être le meilleur sur l’instant, bien loin de le protéger, va le conduire à sa perte. Une perdition particulièrement douloureuse, vicieuse et cinglante. Cela va durer 7 saisons, à un rythme ahurissant (seule la quatrième est un peu en dessous).
L’épisode final est en général fort en émotion chaque année, mais celui de la septième et ultime saison est un pur chef-d’œuvre d’écriture et de lyrisme.
Que dire de Mackey, si ce n’est qu’il est à la fois ce que l’on aimerait être et ce que l’on ne voudrait jamais devenir, sorte de fusion ultime de ce flou excitant entretenu, presque un siècle auparavant, par un Spade balbutiant...


Real Badass

Si l’on se sert de ces trois personnages, l’on peut dresser une sorte de cartographie de l’évolution du badass.
Le premier stade, que l’on appellera l’étape Spade, est un jeu. Le personnage sait où est la frontière, il s’amuse à la franchir, tout en admettant que le monde est finalement fait de nuances de gris plutôt que de blanc et de noir. Il est un peu amer mais il garde le cap. Et si les cartes semblent brouillées, c’est surtout pour les observateurs.

Le deuxième stade, que l’on appellera l’étape White, est un peu plus tactile. Le personnage ne se contente plus d’aller de l’autre côté pour se faire peur ou tendre un piège. Il y va régulièrement. Parce qu’il en a besoin, parce que ça fait partie de lui. Mais, s’il cogne sur des salauds et pisse sur la loi, c’est encore pour servir la justice. Ou la représentation qu’il s’en fait. Il peut encore se sentir bien.
Le troisième stade, que l’on appellera l’étape Mackey, représente le réel basculement. Pourtant, le personnage se croit encore bon, intelligent, juste, mais il n’existe plus de limite reconnue comme telle à ses agissements. À ce niveau-là, le personnage badass, dans la fiction, sert bien plus ses intérêts que ceux de la justice. Et pour l’observateur extérieur, plus rien, ou presque, ne le distingue du criminel.

Et, au-delà de la fiction et de ses durs à cuire plus ou moins célèbres, il y a sans doute dans ces étapes essentielles un peu de l’évolution de la société, voire même de l’évolution des individus. Tout cela à divers niveaux, bien entendu, et de manière plus ou moins métaphorique… mais, combien d’entre nous peuvent se vanter de ne pas avoir dérivé d’un Spade certes amer mais encore élégant, vers quelque chose de plus sombre, de moins avouable ?

Si nos héros, au fil du temps, deviennent moins propres, c’est sans doute que, quelque part, nous ne sommes plus tout à fait certains de notre hygiène morale. C’est sans doute aussi que l’on sait, depuis bien longtemps, que l’on ne sera jamais un super-héros de comic ou un super-vilain, mais probablement un amalgame bizarre, entre les deux, une sorte de salopard sympathique et humain, ce qui vaudra toujours mieux qu’un gendre idéal avec du sang sous les ongles et une collection de dents qui ne lui appartiennent pas dans le tiroir de son bureau.

Voilà, ça ne se termine pas sur une note très gaie, mais comme ça, si tu étais de ces béotiens qui employaient "badass" dans le sens de "cool", "chouette" ou "trop bien", tu sais maintenant que t’es à l'ouest et que le terme désigne quelque chose de brûlant, gênant et peu enviable. En même temps, quand il y a "mauvais" et "cul" associés dans le même terme, ça sent plus les hémorroïdes et les grimaces de douleur que le thé vert et les sourires extatiques.
Miaw !


Thanos : aux origines d'un monstre
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Retour sur la mini-série Thanos Rising, présentant l'enfance et les débuts de l'un des plus grands super-vilains du marvelverse.

Lorsque Jim Starlin crée Thanos en 1973, dans Invincible Iron Man 55, le personnage n'est encore qu'un vague ennemi de plus pour Tony Stark. Il n'a alors ni la carrure ni le charisme qu'on lui connaît aujourd'hui. Quarante ans plus tard, après bien des péripéties, le Titan Fou va bénéficier d'une mini-série dévoilant son enfance et les origines de sa fascination pour la Mort.
Aux commandes, l'on retrouve Jason Aaron au scénario et Simone Bianchi aux dessins. La saga sera publiée en français en kiosque en 2013, dans Marvel Universe, puis elle sera rééditée, toujours par Panini mais cette fois en librairie, dans un Marvel Dark en 2016.

Tout commence avec la venue au monde du petit Thanos, fils de Sui-San et A'lars, sur Titan, au sein de la cité souterraine des Éternels. Deux faits notables marquent cette naissance : le petit est atteint d'une anomalie génétique (du genre qu'on remarque facilement) et, surtout, sa maman va tenter de le tuer immédiatement après l'avoir vu. Disons que lorsque ta propre mère essaie de te buter au premier regard, on ne part pas sur du "physique avantageux".
Mais le papa intervient et, malgré son physique atypique, Thanos mène une enfance plutôt normale. Personne ne se moque de lui à l'école, au contraire, on vient le chercher pour jouer. Mais Thanos, doté d'une intelligence largement supérieure à la moyenne, n'est pas vraiment intéressé par les jeux de son âge. Il a soif de savoir. Il se pose des questions. Sur lui. Sur le monde. Sur la vie et la mort. Et pour y répondre, l'enfant va lentement glisser vers... le meurtre.


Cette histoire, malgré ses qualités, n'a pas toujours été très bien accueillie par les fans de Starlin et du personnage (comme notre ami Vance par exemple, cf. ses articles sur le perso : La Fin de l'Infini, La Révélation de l'Infini ou encore La Fin de l'Univers Marvel). Il faut dire que Aaron, même s'il a signé de belles réalisations dans le domaine super-héroïque (cf. son Docteur Strange par exemple), est plutôt un spécialiste du polar âpre et tendu (Scalped, Southern Bastards) et des personnages malmenés par la vie et à la dérive.
Ce qui peut surprendre dans l'approche de l'auteur, et ce qui va aussi à la fois "humaniser" Thanos mais tout autant le banaliser, c'est la tentative d'explication très terre-à-terre de sa sociopathie cosmique.

En effet, même si l'on ne peut rester de marbre face au petit gamin violet, rejeté par sa mère et quelque peu délaissé par son père, sa lente transformation en adolescent éconduit par la femme de ses rêves en fait un cliché que beaucoup jugeront indignes du grand et terrible Thanos. Pourtant, Aaron parvient à rendre l'aspect glaçant et morbide du personnage, notamment dans des scènes de tortures et vivisections qui, si elle ne sont pas dévoilées en détail, ont un réel impact (destinant ces épisodes à un public clairement adulte).
Mais est-ce suffisant ? Probablement pas, car là où un Tom King, dans son excellente série sur Vision, parvenait à rendre tragique et bouleversant un personnage non-humain, Aaron ne va pas réussir sa montée en puissance dans les épisodes dévoilant un Thanos adulte. Le personnage reste en effet froid et quelque peu monolithique malgré ses tourments.
Du côté de l'aspect visuel, là encore la réussite n'est pas complètement au rendez-vous. Si le style de Bianchi convient bien lorsqu'il faut camper un Thanos juvénile, se cherchant encore, il échoue (sauf en ce qui concerne les covers, plus travaillées) à retranscrire la puissance et le côté impressionnant du personnage adulte que l'on connaît.

Au final, le bilan s'avère mitigé. Si le lecteur en apprend plus sur le passé de Thanos, celui-ci, au lieu de gagner en profondeur, est comme aseptisé par une approche trop conventionnelle qui fait de lui un "simple" psychopathe.
Clairement, même si la lecture de ces 5 épisodes n'est pas désagréable, cette légende cosmique aurait mérité une écriture plus ciselée et un souffle lyrique qui ne dépasse pas ici le niveau du petit courant d'air.

À tenter.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Parfaitement accessible, même si l'on ne connaît rien du personnage.
  • Quelques scènes impressionnantes par leur côté malsain et violent.
  • Un Thanos enfant plutôt touchant.
  • Une "love story" très niaise dans son traitement.
  • Un Thanos adulte qui ne parvient pas à convaincre et à réellement endosser son costume.
  • L'aspect visuel, pas toujours à la hauteur du personnage.
10 albums DC Comics à 4,90 €
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Urban Comics vient de mettre à jour son planning de publications (cf. cet article).
Outre quelques décalages liés au confinement, c’est surtout une opération estivale très séduisante qui se profile.

En effet, Urban propose 10 comics au format souple à 4,90 € seulement, le tout étant disponible à partir du 24 juin.

Cinq de ces titres concernent Batman,  les autres mettent en scène Harley Quinn, Superman, Wonder Woman et la Justice League. Une aubaine si vous souhaitez découvrir l’univers DC sans pour autant vous ruiner et en profitant de récits souvent très bons.

Au programme :

Tome 01 – Batman : White Knight (cf. cet article)
Tome 02 – Batman : La Cour des Hiboux (qui comprend La Cour des Hiboux et La Nuit des Hiboux)
Tome 03 – Harley Quinn : Complètement Marteau (déjà réédité pour la sortie du film Birds of Prey)
Tome 04 – Wonder Woman : Année Un (contenant deux tomes pour former un arc complet)
Tome 05 – Superman : Red Son (cf. ce dossier)
Tome 06 – Justice League : La Promesse (équivalent de Justice)
Tome 07 – Batman : Silence (cf. cet article)
Tome 08 – Joker : Le Deuil de la Famille
Tome 09 – Batman : Le Chevalier Noir (premier tome de l’intégrale éponyme, cf. cet article)
Tome 10 – Injustice : Année Un (rassemblant les tomes 1 et 2 de l’Année Un, cf. cet article)

Plusieurs récits culte donc, comme le très récent White Knight, qu’on conseille fortement et l’incontournable Silence.

À ne pas rater.