Publié le
25.4.26
Par
Nolt
Gros plan sur la maison d'édition Terre de Brume.
Nous avons évoqué il y a peu les œuvres publiées par NéO. Or, presque au moment ou cet éditeur ferme ses portes, en 1990, ce sont les éditions Terre de Brume qui débarquent sur le terrain du fantastique, en 1989. Et cette maison est encore en activité de nos jours, ce qui est un véritable exploit, surtout dans le marasme actuel du secteur de l'édition.
La maison Terre de Brume, basée en Bretagne, va dès ses débuts se spécialiser dans la littérature fantastique, avec au départ une inclination marquée pour les œuvres celtes. Ses collections Bibliothèque Celte ou encore Bibliothèque Arthurienne vont faire la part belle aux contes et légendes de la tradition populaire celtique du XIXe et XXe siècles. Les collections Terres Fantastiques et Terres Mystérieuses prendront la suite.
Rapidement, l'éditeur s'intéresse aussi aux origines du fantastique. Des auteurs de renom, comme Bram Stoker, Lord Dunsany, Walter Scott, James Barrie, Arthur Machen, ou, entre autres, Sax Rohmer, viennent enrichir son catalogue.
Un pôle science-fiction est créé également, avec les collections Poussière d'Étoiles et Terra Incognita. Enfin, la gamme Pulp Science va, elle, traiter de l'origine des phénomènes étranges.
De nos jours, Terre de Brume propose de nombreux romans et recueils de nouvelles traitant du surnaturel, du gothique et de l'épouvante, mais aussi des ouvrages d'aventure ou d'anticipation. Il s'agit souvent d'œuvres fondatrices ou devenues rares, parfois dans des versions plus complètes que ce qui était à l'origine disponible en VF.
L'on peut citer notamment les Allan Quatermain de Henry Rider Haggard ; L'Affaire Kahlenberg de John H. Watson ; L'autre voyage de Phileas Fogg de Philip José Farmer ; Chroniques du Petit Peuple ou Les Trois Imposteurs d'Arthur Machen ; En fuite vers Bradford ou Jack de Minuit de Jean Ray ; La Chose dans les Algues, Le Pays de la Nuit ou La Maison au bord du Monde de William Hope Hodgson ; Les Dieux de Pegana ou Le Livre des Merveilles de Lord Dunsany ; Les Maîtres des Arcanes de Charles Walter Stansby Williams ; Les Vampires du Finistère de Peter Saxon ; Les Vierges de Satan de Dennis Wheatley (déjà évoqué dans cette Parenthèse de Virgul) ; ou bien Mandragore de Hanns Heinz Ewers.
À cette liste non exhaustive s'ajoutent des récits d'auteurs français, comme le Nosferatu d'Alain Pozzuoli, dont c'est le premier roman, mais aussi des essais et ouvrages spéciaux, tels que le Dictionnaire des Littératures Vampiriques de Jacques Finné et Jean Marigny ou Épouvante et Surnaturel en Littérature du bien connu Howard Phillips Lovecraft.
Tout comme la collection Épouvante de J'ai Lu ou les éditions NéO en leur temps, Terre de Brume s'inscrit dans la tradition de ces éditeurs qui vouent un culte au fantastique et tentent de le préserver des effets du temps. Terre de Brume, c'est également une passerelle vers autre chose. Vers le rêve, vers des mondes oubliés et des créatures féroces, mais aussi tout bonnement vers la passion de la lecture, quel qu'en soit le genre. Car à travers ces titres intrigants, ces couvertures à la poésie sombre et effrayante, ces noms d'auteurs fascinants, c'est le goût de la lecture qui est titillé, encore et encore, chez les nouveaux lecteurs qui auront la chance de tomber sur l'un de ces ouvrages en flânant dans une librairie ou en découvrant le site de la maison, sobre et mystérieux, sur le net. Et rien que pour cela, et parce qu'il est encore des éditeurs qui, comme le disait le vieux Gaston Gallimard, ont passé un pacte avec l'esprit, il convient de se réjouir que plus de trente ans après sa fondation, Terre de Brume soit encore là pour enflammer nos esprits.
Publié le
25.4.26
Par
Nolt
Une nouvelle race de vampires, sur toile de fond de révolution industrielle et de profonds bouleversements, voilà le point de départ de la série American Vampire.
Skinner Sweet est un hors-la-loi. Pas un desperado romantique ni un voyou au grand cœur, c'est une pourriture de la pire espèce. Froid comme un serpent, rusé comme un renard, il n'hésite pas à buter même des gosses lorsqu'il le faut. Il est ce que l'Ouest sauvage a produit de pire. Fort heureusement, l'agence Pinkerton a pu mettre un terme à sa carrière de criminel en l'appréhendant. Il ne reste plus qu'à le pendre et à oublier son regard mauvais.
Mais tout n'est pas si simple. Non seulement les complices de Sweet le font évader mais, dans la bagarre qui s'ensuit, le tueur reçoit une goutte de sang dans l'œil. Du mauvais sang. Qui changera à tout jamais sa nature.
Sweet a été contaminé par un vampire. Un vampire à l'ancienne, venu des vieilles terres d'Europe, qui craint la lumière du jour et s'habille en chochotte. La rencontre entre les buveurs de sang de la littérature et l'Amérique va faire faire un bond à l'évolution des Dentus. Car Sweet, lui, marchera au soleil et sera plus fort, plus rapide... "larger than life", à l'image de ce continent où tout est possible.
45 ans plus tard, en 1920, deux jeunes filles débarquent à Hollywood, attirées par les lumières d'un cinéma naissant qui, déjà, crée de fausses idoles. Elles vont vite découvrir que l'Ouest n'a rien perdu de sa sauvagerie. Celle-ci a simplement... changé de forme.
Vertigo (cf. ce dossier et la partie dédiée à l'encyclopédie Vertigo) est un label en général synonyme de qualité. Ici encore, la règle est respectée. C'est à Scott Snyder (Clear, Swamp Thing, Absolute Batman) que l'on doit le concept et le scénario de American Vampire. Stephen King, qui a participé à l'écriture, nous dévoile dans la préface que, d'abord contacté pour trouver un slogan promotionnel, il a fini par prendre le train en marche et écrire les origines de Sweet, ce qui constitue donc, contrairement aux adaptations issues de ses romans (La Tour Sombre, Le Fléau), sa première création directe pour un comic.
Les dessins sont l'œuvre de Rafael "hot dog, jumping frog" Albuquerque (heu, désolé pour le surnom inventé, c'est une petite vanne musicale, pas sûr que quelqu'un la comprenne). L'aspect visuel est en tout cas plutôt enthousiasmant, avec de jolis aplats, de vraies "gueules", un certain dynamisme pendant les scènes d'action et des plans souvent efficaces.
Pour l'intrigue, l'on peut être tenté de se dire qu'une histoire de vampires, c'est loin d'être original. C'est pourtant mal connaître les auteurs qui, avec leur "Dracula made in Wild West", nous parlent presque plus de leur pays que des amateurs d'hémoglobine. Car la thématique au centre de ce long récit de 10 tomes, publiés par Urban Comics en VF, est bien au sens large l'Amérique, mais aussi l'illusion, les rêves brisés et même la cruauté des mirages hollywoodiens.
La métaphore peut même aller plus loin et rejoindre l'Histoire, en faisant un parallèle entre ces nouveaux vampires, dont les parents sont européens mais qui, confrontés à l'âpreté de ces terres nouvelles et hostiles, deviendront plus féroces que leurs pères, et l'évolution des États-Unis, fondés par les fils du vieux continent qui dépasseront en tout (en bien souvent, en mal parfois) les lointains cousins italiens, français, allemands ou irlandais. Même nos rapport si complexes, teintés d'envie, d'admiration et de craintes, avec nos amis d'outre-Atlantique peuvent se retrouver au sein de ce récit, à la fois divertissant et profond.
Vengeance, amour, violence, monstruosité et héroïsme, autant de thèmes finalement au cœur de vies que, bien à l'abri de notre confort actuel, nous avons choisi d'oublier ou de romancer. Les vampires de Snyder ne sont pas romantiques. Ils ne boivent pas du True Blood dans un bar, ils ne sont pas non plus l'attraction du lycée local avec leurs tronches de cake, "pâles" et "mystérieuses". Eux, ils mordent, ils arrachent, ils tuent. Non parce qu'ils sont des vampires, mais parce que c'est ce que fait chaque être vivant. Et si vous n'êtes pas obligé de sentir le sang frais au fond de votre palais, soyez certain que c'est parce que quelqu'un, quelque part, mord et tue à votre place. Pour que vous puissiez avoir de la viande sous cellophane au Leclerc du coin et oublier que, vous aussi, n'êtes qu'un prédateur qui s'enivre de civilisation et rêve qu'il pourra un jour vivre sans tuer. Ce qui est impossible. Et pour les vampires, et pour nous.
Une excellente utilisation du mythe vampirique et une belle évocation d'une Amérique aussi dure que fascinante, le tout agrémenté d'un recul sur soi d'autant plus impressionnant qu'il fait très souvent défaut aux auteurs français.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
24.4.26
Par
Virgul
Si vous aimez la Science-Fiction et ses nombreux sous-genres, jetez-vous sur l'énorme dossier (qui servira aussi d'index) concocté par notre ami Vance et qui est consacré à ce pan énorme de la littérature.
Vous y trouverez de nombreuses sagas, récentes ou plus anciennes, et des œuvres originales et audacieuses, qui montrent l'extrême richesse et la vivacité du genre.
De Aldiss à Van Vogt, en passant par Herbert, Asimov, Verne, Zelazny, Ballard ou, entres autres, Simmons, (re)découvrez des mondes lointains et fantastiques, des quêtes épiques, des technologies parfois effrayantes et une foultitude d'idées bizarres qui hantent encore les pages de nombreux ouvrages !
Pour y accéder, rendez-vous dans notre rubrique Dossiers, ci-dessus, ou cliquez sur l'image ci-dessous.
Miaw !
Publié le
23.4.26
Par
Virgul
Du collector à prix raisonnable, ce n'est pas si souvent !
En général, tout ce qui touche à l'univers de Goldorak est hors de prix, mais pour une fois, la marque Plastoy frappe très fort en proposant des bustes (des tirelires en fait, cf. cet article) absolument magnifiques à un prix modeste (environ 30 euros).
Le Grand Stratéguerre est tout simplement sublime, tout comme Minos dont le visage s'écarte pour laisser place à Minas, première version.
Deux Golgoths sont également disponibles. Plus petits, moins impressionnants que les personnages, ils demeurent toutefois bien réalisés.
Pas grand-chose à dire de plus, si ce n'est que ces objets collector devraient ravir les grands nostalgiques de la guerre contre Véga.
Petite précision, Minos et le Grand Stratéguerre n'étant pas à la même échelle, on vous conseille de ne pas les exposer forcément côte à côte.
Miaw !
Petite précision, Minos et le Grand Stratéguerre n'étant pas à la même échelle, on vous conseille de ne pas les exposer forcément côte à côte.
Miaw !
Publié le
18.4.26
Par
Nolt
Nouvel album hommage au héros de Morris : La Longue Marche de Lucky Luke.
Luke est mandaté par un riche entrepreneur pour retrouver son neveu, aperçu par un trappeur dans une tribu d'Amérindiens, les Pieds-Bleus. Le cow-boy solitaire localise l'enfant, mais il ne tarde pas à s'apercevoir que son patron souhaite en réalité se débarrasser de cet héritier gênant, qui pourrait le déposséder de ses biens. D'ailleurs, le richissime et terrible Cramp a engagé d'autres mercenaires pour lui ramener le gamin. Dont les célèbres frères Dalton.
Les Pieds-Bleus, conscients du danger, confient alors l'enfant à Luke. Ce dernier doit lui faire passer la frontière canadienne, afin qu'il puisse faire valoir ses droits. Mais le voyage ne sera pas de tout repos, d'autant que la cohabitation entre l'homme qui tire plus vite que son ombre et l'enfant s'avère pour le moins compliquée...
Après L'homme qui tua Lucky Luke et Wanted Lucky Luke, voilà un troisième opus de Matthieu Bonhomme (qui signe scénario, dessins et colorisation). Le travail de l'auteur, qui modernise grandement le personnage tout en conservant ses bases et de nombreuses références, est toujours aussi bon. Visuellement, les planches sont très belles, la colorisation, subtile et maîtrisée, permettant de magnifier les décors enneigés. Le scénario, quant à lui, est également plus "sérieux" que celui de la série classique. Cela projette Luke dans un cadre plus réaliste (toute proportion gardée, on n'est tout de même pas sur du Blueberry) et donne une impression de douce évolution, contrôlée et mesurée.
Au niveau de l'intrigue, nous avons ici un récit très classique, de "grand méchant riche" détruisant les terres des "gentils sauvages" et voulant buter un gamin innocent. C'est donc surtout dans la relation entre Luke et l'enfant qu'il doit protéger que vont se nicher les moments les plus intéressants. L'auteur joue en effet sur le côté solitaire du célèbre cow-boy, sur ses maladresses parfois (du moins, dans la communication avec un marmot), pour faire surgir de l'émotion entre deux cases. Quelques moments attendrissants viennent ainsi rythmer les pérégrinations des deux héros, ce qui donne une certaine profondeur à l'ensemble.
L'humour, subtil, est lui aussi de la partie, avec un Luke, paniqué, qui refuse de fumer avec les Amérindiens pour sceller un pacte, allusion amusante au fait que la censure est passée par là il y a maintenant de nombreuses années, remplaçant les clopes du vieux baroudeur par des brindilles d'herbe (ce qui lui vaudra d'ailleurs un surnom étonnant). L'arrivée des Dalton, en invités "de luxe", est aussi une source de gags, même si globalement, le lecteur reste un peu sur sa faim, la confrontation entre eux et Luke étant finalement assez convenue.
Revenons également sur le format, ici du 74 planches, ce qui est un énorme point positif, le classique et totalement obsolète format 44 planches étant de nos jours une contrainte absurde qui nuit à bien des récits. Le bon format pour une histoire devrait être calculée au cas par cas, selon ce que l'auteur souhaite développer et selon son style. C'est donc une très bonne chose, Bonhomme pouvant se permettre, dans cet album, d'avoir de grandes cases rendant justice aux décors les plus impressionnants ou d'oser de longues scènes silencieuses qui installent une atmosphère particulière et nourrissent le suspense.
Un bon album, agréable à l'œil et bien conçu.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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