Publié le
21.2.26
Par
Nolt
Voyage dans le passé de la pop culture, partie 10 ! Au sommaire : de la BD franco-belge quelque peu méconnue, un aventurier de l'espace et des vampires. Enjoy !
-- BD : balades en taxi et histoires courtes --
On commence par s'arrêter dans les années 90 avec Taxi Girl, une bande dessinée créée à l'époque par Laudec et Raoul Cauvin (l'un des "papas" des célèbres Tuniques Bleues). Prépubliée dans le Journal de Spirou, la série connaîtra deux albums édités par Dupuis : Vous êtes libre ? en 1994 et Vous aimez les bêtes ? deux ans plus tard.
Comme le titre l'indique clairement, les auteurs nous invitent à suivre une jeune femme, Pearl, qui exerce la profession de chauffeur de taxi. Et c'est bien de cela qu'il s'agit : le quotidien d'un chauffeur de taxi, ce qui va sérieusement limiter les possibilités, d'autant que les récits vont de une ou deux pages à cinq ou six, autrement dit, pas de quoi réellement développer une intrigue.
Très vite, la série tourne en rond malgré sa brièveté. Les resquilleurs qui partent sans payer, le mec un peu bourré ou l'agresseur déjoué par Cannelle, le chien de l'héroïne, constituent l'essentiel des archétypes déclinés ici. Tout cela n'est, la plupart du temps, pas très inspiré malgré quelques gags originaux qui font leur petit effet (comme le cactus de Noël) et de rares détours hors de Paris (dont une rencontre animée avec un... taureau).
Graphiquement, certains reprochent parfois à la série son aspect réaliste, mais ce n'est là qu'une question d'inclination personnelle, des personnages "à gros nez" ne rendraient pas ces récits meilleurs. Et justement, c'est même le côté semi-réaliste des planches qui donne au titre ce charme particulier qui permet tout de même de passer un moment sympa.
Pas le plus grand succès de Cauvin, forcément, et un concept trop étriqué pour réellement permettre une déclinaison variée, mais une petite curiosité tout de même qui réserve quelques (trop rares) surprises.
Les deux albums se trouvent encore d'occasion à des prix tout à fait modiques.
-- SÉRIE TV/BD : kitsch et aventures spatiales --
Cap maintenant sur la fin des années 70 et le tout début des années 80 avec Buck Rogers ! Avec seulement 2 saisons (et 37 épisodes), la série n'a pas forcément eu un impact aussi important que certains classiques (pour comparaison, la série originelle Star Trek comprenait 79 épisodes), mais les jeunes téléspectateurs français de l'époque (sortie au cinéma du pilote en 1979, puis première diffusion en 1983 sur TF1) ont découvert avec ravissement cet univers futuriste, aujourd'hui très kitsch par certains aspects (des costumes en passant par certains personnages, comme le... vampire de l'espace et son monosourcil ridicule).
À la base, tout vient d'un comic américain, publié dès 1929 dans la presse US (Buck Rogers est d'ailleurs considéré comme le premier strip de SF). C'est Philip Francis Nowlan qui crée le personnage dans une nouvelle, puis va l'adapter en BD avec Dick Calkins aux crayons. Pendant plusieurs décennies, le héros verra ses péripéties être couchées sur papier avant de faire un bond vers le petit écran.
L'histoire est assez originale puisque ce vieux Buck est à la base un astronaute qui, en 1987, part pour une mission de routine qui va suffisamment mal tourner pour le propulser 500 ans plus tard, dans un monde peuplé d'avancées fantastiques mais aussi de menaces en tout genre. Le charme de la série TV doit beaucoup à son casting, avec un charismatique Gil Gerard dans le rôle titre et une superbe et charmante Erin Gray campant le colonel Wilma Deering (un duo rappelant, par certains côtés, celui de Mission Casse-Cou, dans un tout autre registre). L'intégrale est disponible en version américaine avec des sous-titres français.
En France aussi, Buck Rogers va se décliner en BD. N'oublions pas que nous sommes en plein phénomène Star Wars et que les sagas spatiales, encore peu nombreuses, fascinent et attirent les jeunes lecteurs. C'est dès 1980 que Buck Rogers et la Princesse Ardala va être publié par les éditions Deux Coqs d'Or dans leur collection "Télé Librairie". Il s'agit d'un album assez luxueux (hardcover, papier glacé) de 64 planches, qui décrit l'arrivée de Buck au XXVe siècle et contient une aventure complète, plutôt spectaculaire. La colorisation, bien flashy, peine à donner du cachet aux décors, mais dans le moment, tout le monde s'en fiche, moi le premier, et l'on tourne les pages avec fébrilité, totalement conquis par l'intrépide Buck. Cette BD peut encore se trouver relativement facilement et sans se ruiner.
Toujours en 1980 et chez le même éditeur, c'est cette fois un récit illustré (donc pas une BD, mais bien du texte avec des illustrations d'ambiance) qui sort sous le titre Buck Rogers - Le Héros du XXVe siècle. Bien avant cela, en 1977, c'est un recueil de strips en noir et blanc qui était sorti en VF chez Pierre Horay Éditions. Là, l'ambiance est radicalement différente, l'on découvre un Buck dont l'aspect physique est très loin de celui de la série TV ou même des comics. Le personnage est plus chétif, les décors dépouillés et de lourds pavés de texte viennent appesantir l'ensemble, qui demeure tout de même intéressant mais plus sur le plan historique que celui du pur divertissement.
Bref, un héros au charme certain et au potentiel énorme, qu'il est étonnant de ne pas voir plus exploité de nos jours.
-- CINÉMA : humour & épouvante --
Notre machine à remonter le temps nous dépose maintenant en 1968. Nous nous dirigeons vers un cinéma en compagnie de jeunes gens s'exprimant dans un français parfait, aux nuances riches. Les dames portent des ensembles élégants et sont souriantes. Le temps est agréable en cette soirée d'avril. L'affiche, au fronton du bâtiment, annonce en lettres de sang Le Bal des Vampires. Il s'agit d'un film de Roman Polanski, avec la magnifique Sharon Tate dans l'un des rôles principaux. L'excitation gagne le petit groupe, pressé de rejoindre la salle obscure...
Ce classique, intitulé The Fearless Vampire Killers en version originale, est disponible pour une dizaine d'euros en DVD. Le long-métrage mélange comédie et frissons avec une réussite certaine et dure 1h48. L'histoire se veut relativement simple : le professeur Abronsius, un vieil original persuadé de l'existence des vampires, et son assistant, le jeune Alfred, écument la Transylvanie à la recherche de malfaisants aux dents longues. Alors qu'ils font étape dans une petite auberge, la jeune Sarah, qui ne laisse pas Alfred indifférent, a la mauvaise idée de se faire enlever. Le duo décide donc de la récupérer et se met en route pour le château du Comte Von Krolock où se prépare un bal pour le moins... singulier.
Certes il s'agit ici d'une parodie mais l'on est bien loin du burlesque à la Hot Shots ou dans le goût des séries Y a-t-il (un flic, un pilote...). L'on est ici dans le subtil et, même si les auteurs se moquent des vampires, ils les respectent suffisamment pour ne pas totalement les déposséder de leur aura maléfique et de leur aspect inquiétant.
Les décors et les costumes sont également soignés et contribuent largement à l'ambiance inquiétante qui se dégage du film. Bien sûr, celui-ci a quelque peu vieilli, mais la patine obtenue ne nuit nullement au récit et renforce même la beauté envoûtante de sa photographie. Entre les scènes sous la neige, celles se déroulant au château ou dans l'auberge, l'on ne peut s'empêcher de ressentir une fascination et une angoisse que peu de parodies parviennent à générer. Ce mélange fort bien dosé entre dérision et menace latente est sans doute au cœur de la réussite de ce long-métrage vieux de près de 60 ans mais toujours efficace.
Une bonne occasion de revoir la regrettée Sharon Tate et de s'encanailler avec des vampires qui ont le bon goût, malgré leur second degré, de ne jamais verser dans la bouffonnerie.
À bientôt les amis pour un prochain bond dans le passé de la Pop Culture !
Publié le
19.2.26
Par
Vance
Depuis quelques mois, un livre hante les chroniques chez Univers Multiples, un livre régulièrement référencé, cité, qu'on aperçoit même glissé dans des étagères de bibliothèques, un livre dont le nom a ressurgi, entouré d'un vent de passion, lors de la diffusion de la première saison de True Detective : il s'agit, bien entendu, du Roi en jaune.
Voilà une œuvre dont le nom résonne chez bon nombre de lecteurs : ils en ont perçu les échos dans de lointaines références égarées dans leurs souvenirs embrumés. Y aurait-il un rapport avec Le Masque de la Mort rouge ? Non, on s'aperçoit qu'on fait fausse route, néanmoins l'on sent, au fond de de soi, intimement, qu'on n'est pas loin d'Edgar Poe. C'est alors que des images, des bribes fuligineuses tentent de faire sens : des landes désolées, une cité en ruine, un ciel nocturne aux constellations inconnues, un lointain passé dont les réminiscences viennent ronger les consciences de certains élus...
Le Roi en jaune est véritablement un livre étrange, dont il se dégage une atmosphère particulière. La remarquable édition Callidor, déjà vantée ici-même, en sublime le contenu avec une présentation très détaillée de l'auteur, dont il s'agit de l'œuvre la plus connue, notamment parce qu'elle a profondément marqué et influencé nombre d'artistes du XXe siècle, à commencer par Lovecraft.
Ah ! Nous y voilà ! Lovecraft, et tout s'éclaire ! Car l'illuminé de Providence a fortement contribué au regain d'intérêt dont a joui Robert W. Chambers après la Première Guerre mondiale, en insistant sur les traces laissées par ses récits dans sa propre mythologie.
Pourtant, Chambers avait déjà eu son heure de gloire : si Le Roi en jaune l'a propulsé sur le devant de la scène à son retour de longues études à Paris, il s'était ensuite fait un nom avec ses histoires romantiques, pleines de beaux sentiments et de personnages énamourés. Certes, on est loin des ambiances morbides, parfois sinistres et éthérées, de ce qui a attiré Lovecraft et sa cohorte de fans, mais l'auteur, s'il a parfois cherché à reproduire le succès surprise de ce qui est considéré comme son chef-d'œuvre, ne s'est jamais renié, montrant constamment une véritable sincérité dans sa littérature.
Penchons-nous donc sur le contenu de l'ouvrage, dont on saluera encore la qualité éditoriale (une longue préface du nouveau traducteur, une postface aussi éclairante d'un spécialiste des études lovecraftiennes, un addendum de l'illustrateur, des lettrines en début de chapitre, du papier de qualité, l'une des polices les plus élégantes de la sphère typographique - la Garamond). Les premières nouvelles, avec leur phrasé précieux, leur rythme languissant et surtout la permanence d'une référence à une mystérieuse pièce de théâtre en deux actes ("le Roi en jaune" justement) qui plonge ses lecteurs dans l'effroi, le désarroi ou une profonde nostalgie, installent une ambiance fuligineuse rappelant souvent Poe : le style, les personnages et la manière d'évoquer par petites touches un discret et sournois fantastique attisent la curiosité et font écho à de nombreux éléments de la culture contemporaine : ainsi, la cité de Carcosa, le Masque jaune et quelques noms de lieux (ou d'entités ?) se retrouvent-ils dans notre imaginaire collectif. La couverture nous plonge d'ailleurs dans cet ailleurs un peu gothique, avec un rappel d'une phrase censée être tirée de la pièce de théâtre :
Belle économie de termes, capable de susciter nostalgie et malaise, plantant un décor ésotérique. Décor qui prend ensuite forme dans le texte qui introduit le recueil (suivant la volonté de l'auteur), une sorte de quaterne intitulé La Chanson de Cassilda, dont il est précisé qu'il est extrait de la pièce Le Roi en jaune. Il s'ouvre sur ce quatrain :
Au long du lac se brisent les vagues de nuagesLes deux soleils jumeaux se meurent sur ses rivagesEt les ombres s'allongentSur Carcosa.
Là encore, l'imagination est stimulée et l'on s'apprête à des voyages en des contrées oniriques, à la lisière de la réalité, quelque part au bord du monde entouré de ruines cyclopéennes sur lesquelles planent de lourds secrets. Ulthar, Celephais, Kadath et le légendaire plateau de Leng ne sont pas loin.
Viennent ensuite les nouvelles proprement dites, des récits qui nous ramènent sur Terre, un peu malgré nous. Le Restaurateur de réputations ouvre le bal et s'avère diablement fascinant, avec une approche presque futuriste dépeignant une Terre alternative des années 1920, une sorte d'uchronie se préparant à l'avènement d'un Grand Monarque, et un personnage principal convaincu d'être l'Élu. Discrètement, saupoudrée au long des pages, l'influence du Roi en jaune se fait prégnante, altérant les âmes et destins de ceux qui le lisent, jusqu'à façonner un nouvel ordre mondial.
Les textes suivants se montrent parfois grandiloquents, parfois obscurs et souvent frustrants avec des fins estompées, tronquées voire escamotées. Les quatre premiers semblent former une entité cohérente, un personnage d'un des récits étant d'ailleurs cité dans un autre. Des nouvelles un peu obsédantes, entre un fantastique un peu gothique et un maniérisme bavard. Quelques noms resurgissent de loin en loin comme les Hyades, Hastur, le lac de Hali, mais sans le côté impérieux et maléfique du Restaurateur de réputations ; néanmoins, ces vocables éveillent à nouveau chez le lecteur de Lovecraft d'intéressants échos liminaires.
La nouvelle La Demoiselle d'Ys se rapproche davantage de ce qu'on attendait au départ, avec ce personnage perdu lors d'une promenade dans le cœur mystique de la Bretagne, et l'on comprend assez tôt qu'il a franchi les barrières du temps et de l'espace, sorte de Voyageur imprudent plongé au milieu d'une légende. L'ambiance et presque féérique mais fortement teintée d'une nostalgie un peu macabre, et l'ombre du Roi en jaune, sans être mentionnée, obscurcit le récit.
Vient ensuite Le Paradis du Prophète, petit texte énigmatique avec un Artiste et son amour perdu, dans un lieu mal défini qui pourrait être un Paris onirique hanté par le Spectre du Passé. Il recèle en lui une forme de désespérance salvatrice qu'on retrouve parfois chez les poètes arabes et semble servir d'entracte introductif des textes suivants.
La Rue des Quatre-Vents, la Rue du Premier Obus, la Rue Notre-Dame-des-Champs et enfin Rue barrée risquent de faire déchanter certains lecteurs. On oublie le mystère, le macabre et la dark fantasy, on oublie même le Roi en jaune et on y suit des étudiants américains en Beaux-Arts fricotant dans la capitale française avec de jeunes demoiselles de petite vertu. C'est mignon, plein de sucre et de miel, d'une élégance très désuète - et assez agaçant tant ces personnages interchangeables (beaux, sans le sou mais vivant pourtant sur un grand train, tombant les filles mais cherchant à conquérir la seule qui se refuse - un temps - à eux). Une sorte de version aristo de la collection Harlequin, qui a le mérite de nous faire circuler dans un Paris puissamment séduisant, aux jardins fleuris bordés de rues aux noms enchanteurs. Là encore, si l'on retrouve des échos entre ces textes, qui paraissent se dérouler dans le même espace-temps (ces jeunes Yankees fréquentent tous le même atelier de peinture), on cherchera en vain les allusions quasi-mystiques à cette pièce de théâtre maudite et à toute la cosmogonie qu'elle a engendrée.
C'est alors qu'on est servis en fin d'ouvrage, mais pas par l'auteur : l'éditeur insère ainsi à la fin du volume une nouvelle d'Ambrose Bierce intitulée Un habitant de Carcosa. C'est incontestablement ce petit texte de l'auteur des Contes noirs qui a insufflé à Chambers l'envie de développer une mythologie autour de "la très antique et très fameuse cité de Carcosa" dans un récit intrigant suivant un personnage errant au milieu de ruines millénaires.
Restent les illustrations de Samuel Araya (ce sont elles qui illustrent cet article) : troublantes, décalées et d'une classe incroyable, elles rehaussent indubitablement l'intérêt de ce très bel objet-livre au contenu déstabilisant, dont on comprend l'intérêt littéraire (après tout, outre Lovecraft, cette pièce maudite et ses personnages énigmatiques ont influencé des auteurs comme James Blish, Robert Heinlein, Robert Silverberg, Charles Stross et jusqu'à Stephen King), mais qui ne semble jamais tenir ses promesses.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
18.2.26
Par
Nolt
Après le décevant Nos Années Récré A2 de Flammarion, on passe à un ouvrage bien plus réussi : Au Pays de Croque Vacances.
Bien plus récent cette fois, ce beau livre édité par Pulse (en novembre 2025) et écrit par Arnaud Magnier revient sur la célèbre émission de Claude Pierrard (qui signe d'ailleurs la préface). En 240 pages, l'auteur nous convie à une balade enchantée parmi nos souvenirs d'enfance. Au menu : Princesse Saphir, Vic le Viking, La Bataille des Planètes, Arok le Barbare, Capitaine Flam, Maya l'abeille, Le Club des Cinq, Spider-Man (encore appelé à l'époque L'Araignée), Les 4 Fantastiques ou, entre autres, les héros de Hanna-Barbera. Tout cela est complété par des portraits, les infos de l'époque, des paroles de génériques, quelques témoignages et divers entretiens.
Plutôt complet, l'ouvrage s'avère aussi très soigné. Outre une hardcover, l'on a droit ici à un papier mat et élégant du plus bel effet. Vu la maquette désastreuse évoquée dans la partie 1 des livres consacrés aux programmes pour enfants des années 70/80, il convient d'aborder le sujet. Un soin réel a été apporté à cet aspect dans Au Pays de Croque Vacances. Même si l'on peut regretter parfois la petite taille de certaines illustrations, l'ensemble est bien plus harmonieux et agréable à l'œil. Le texte est plus aéré, les illustrations sont mieux insérées, même les pages d'introduction pour chaque année sont mieux pensées et bien plus esthétiques. C'est là toute la différence entre un machin bâclé et moche et un projet travaillé et mené à bien par des gens compétents.
Au niveau des articles, là encore on va un peu survoler les sujets vu le nombre de séries et dessins animés abordés, mais l'on retrouve tout de même l'essentiel et quelques anecdotes sympathiques (notamment dans les "croque notes"). Notons que la plume de l'auteur est agréable et les coquilles apparemment absentes.
L'ensemble est donc soigné et bien réalisé. Mais ce n'est pas tout, les éditions Pulse ont en effet prévu (pour un investissement plus important, bien entendu) la possibilité d'accompagner cet achat par divers petits bonus : un numéro spécial de Télé Junior, un vinyle et des cahiers de bricolage (issus d'une rubrique célèbre de l'émission). Le livre seul vaut 35 euros, le prix passe à 50 euros avec le Télé Junior.
À la rédac, nous n'avons testé que le magazine, lui aussi réalisé avec minutie. Étrange de feuilleter un Télé Junior ayant l'aspect et le "tarif" de l'époque (5 francs) mais avec la texture du neuf ! Sensations garanties. Au sommaire, deux courtes BD (de L'homme qui valait trois milliards et Nestor le pingouin), des infos junior, de magnifiques pubs d'époque, des jeux, une interview de Rémy Bricka, un "réponse à tout" spécial OVNI ou encore la sélection junior des programmes TV du moment. Autant de petites pépites qui nous font conseiller ce supplément.
Un ensemble qui va forcément raviver de bien tendres souvenirs et permet une immersion colorée et plaisante dans le mythique "monde d'avant".
GALERIE
(les trois dernières photos sont issues du magazine Télé Junior)
Publié le
18.2.26
Par
Virgul
Alors là, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas vu une merde pareille... on est très loin de la qualité du texte de Nos Années Strange par exemple. Mais commençons par le début. Cet ouvrage, signé Sébastien Carletti, est censé retracer la production télévisuelle pour enfants de 1978 à 1988, le tout à travers 240 pages illustrées. L'idée est bonne, d'autant que le projet joue forcément sur la fibre nostalgique. Le problème vient de la réalisation, si épouvantable qu'elle gâche tout.
Tout d'abord, la mise en page est affreuse. Les textes centraux sont peu aérés et bordés d'images minuscules ; les légendes sont absentes ou difficilement compréhensibles ; et la mise en avant de mots ou titres en gras est d'une stupidité rarement atteinte ("Récré A2" est mis en gras un nombre incalculable de fois, alors que les titres des séries se perdent souvent au milieu d'un blabla dense et indigeste).
Pire encore, on trouve régulièrement des coquilles ou des phrases mal tournées. Et si tout cela permettait au moins d'avoir un contenu intéressant, mais même pas ! Chaque série est expédiée en quelques paragraphes sans intérêt, parfois en quelques lignes pour les moins connues. Quant au choix des anecdotes, il est plus que discutable et s'accompagne parfois d'opinions personnelles douteuses.
Bref, c'est moche, c'est mal foutu, c'est incomplet et plein de fautes. Et on ne peut même pas se consoler avec les photos, dont 90 % font au maximum 4 x 3 cm. Le tout est emballé avec une couverture bien cheap, à l'illustration aussi dégueulasse que le contenu.
Notons que dès l'introduction, on nous prévient qu'il y a des erreurs dans les articles, les lecteurs sont d'ailleurs invités à les signaler pour alimenter un document PDF téléchargeable "qu'il suffira d'imprimer pour le glisser dans l'un des rabats de l'ouvrage". Le procédé est déjà fou (corriger les erreurs avant la publication nous semble une meilleure solution que constituer un PDF à partir des remarques des gens plus rigoureux que l'auteur), mais on atteint le grotesque quand on se rend compte que ledit PDF, une dizaine d'années plus tard, n'est même pas disponible. Sans doute était-il trop complexe, pour Flammarion, de maintenir un espace de téléchargement pouvant accueillir un simple document écrit...
Un livre qui aurait pu être fantastique mais s'avère profondément décevant tant il est bâclé sur la forme et profondément médiocre sur le fond.
(suite avec un autre ouvrage du même genre, bien mieux réalisé, dans cet article)
Publié le
15.2.26
Par
Nolt
Gros plan sur un album rempli de nostalgie et de personnages célèbres : Contes de Noël du Journal Spirou.
C'est en 2020 que Dupuis sort ce lourd recueil de 240 pages, consacrées aux contes de Noël publiés dans le célèbre journal, entre 1955 et 1969. L'on retrouve donc au sommaire des bandes dessinées, des contes illustrés ou encore des illustrations, le tout concocté par une flopée d'auteurs et dessinateurs (une trentaine en tout), comprenant notamment Peyo, Jijé, Franquin, Cauvin, Morris, Tillieux, Salvérius ou encore Bara.
Ce sont essentiellement ici de brefs récits qui sont compilés, tous tournant autour de la thématique des fêtes de Noël. Les histoires sont souvent naïves voire banales mais elles fleurent bon une époque où morale et éducation avaient encore un sens (même si tout n'était évidemment pas parfait, difficile de condamner en bloc un temps où le futur faisait encore rêver et où, par exemple, notre pays était encore souverain et non aux mains des technocrates européistes et des scélérats qui justifient des "crimepensée"). Il faut dire que, à travers ces scènes, souvent humoristiques, c'est clairement à un voyage dans le passé que l'on est convié. Or les fenêtres de ce genre, sur une tout autre époque, sont souvent aussi féériques que douloureusement émouvantes. Il est donc possible de constater une légère humidité des yeux de temps à autre. À moins que vous ayez le cœur aussi dur qu'un menhir breton et les yeux étanches d'un vieux boucanier insensible que même les pires tempêtes laissent sec et nonchalant.
Reprenons. Si certains styles et personnages sont clairement datés (citons notamment Bara et son Kéké le perroquet), beaucoup se révèlent au contraire intemporels. Les lecteurs retrouveront avec plaisir des noms aussi connus et ancrés dans la culture populaire que Spirou et Fantasio (cf. cette Parenthèse de Virgul pour découvrir "l'album maudit" de Spirou), Gaston Lagaffe, Boule et Bill, les Tuniques Bleues (cf. cet article pour revenir sur l'album hommage leur étant consacré), Gil Jourdan, les Schtroumpfs (voir cette Intégrale Dupuis récente), Poussy ou encore Johan et Pirlouit. Lucky Luke et Buck Danny font même de brèves apparitions. Autant dire que nous avons là un casting de luxe, accompagné de quelques seconds couteaux sympathiques.
La plupart des contes, peu développés, sont simplistes mais dégagent une innocence touchante. Certaines illustrations, quant à elles, sont proprement magnifiques et peuvent s'admirer longuement. La colorisation, que l'on pouvait craindre quelque peu criarde au regard de l'époque, est parfois au contraire fort jolie (citons par exemple le très beau Nuits Blanches dans la Forêt, de Hausman). Même certaines planches en bichromie (utilisant uniquement le noir et le rouge ou le noir et le bleu, certaines couleurs intermédiaires étant obtenues en jouant sur les pourcentages de ces deux teintes) ont un charme indéniable, preuve que de la limite technique ou financière peuvent surgir, parfois, un peu de beauté et de poésie. La contrainte n'est pas toujours synonyme de résultats médiocres, elle peut aussi permettre d'inventer et de créer autrement. Une évidence qu'il est bon de rappeler à une époque où les outils mis à disposition des auteurs n'ont jamais été aussi performants et impressionnants : c'est avant tout le savoir-faire humain qui compte, que l'on utilise un simple crayon ou une IA, un outil demeure... un outil.
Bref, un coup d'œil dans le passé, plein de douceur et de belles surprises.
L'ouvrage est encore disponible en neuf.
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