Trois Ombres
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L'on aborde aujourd'hui une œuvre magistrale et chargée d'émotion : Trois Ombres.

Louis et Lise ont un enfant, Joachim. Ils vivent heureux, à l'écart du monde, profitant de la nature et de leur petite maison douillette. Rien ne semble pouvoir briser ce bonheur fait de choses simples et de moments essentiels, comme les soirées au coin du feu ou les balades dans les bois.
Mais un jour, trois ombres apparaissent en haut d'une colline.
Ce sont des cavaliers.
Ils sont encore là le lendemain, et le jour d'après. Ils se rapprochent de plus en plus, scrutent la maison abritant la petite famille mais demeurent silencieux et insaisissables. Lise, effrayée, va tenter d'en savoir plus auprès de la vieille madame Pique. Celle-ci lui annonce une terrible nouvelle... les ombres viennent pour Joachim. Leur enfant va leur être bientôt arraché.
Louis ne peut se résoudre à accepter un tel destin. Bien décidé à sauver son fils, il part avec lui dans un long voyage destiné à semer ces ombres criminelles. Mais contre le destin, l'amour d'un père ne peut rien.

Delcourt, pour fêter ses 25 ans en 2007, avait réédités quelques ouvrages dont From Hell (du lourd donc) mais aussi le moins connu Trois Ombres, publié dans la collection Shampooing (dirigée par Lewis Trondheim). Et ça, c'est une putain de bonne façon de fêter un anniversaire ! Parce que la claque que nous administre l'auteur, Cyril Pedrosa, est magistrale.
Le style graphique, bien que parfois simpliste et quelques peu "rugueux", possède un réel charme et varie selon les scènes, renforçant ainsi le côté onirique du récit. Quant à l'écriture, c'est un modèle du genre.
Le pari était pourtant loin d'être gagné d'avance tant le sujet abordé, la perte d'un enfant, est grave et sérieux. L'auteur s'interroge sur l'absurdité de la mort, son inéluctabilité, mais également sur son refus ou encore le moyen de surmonter la perte d'un être cher. Rien de bien gai me direz-vous, et pourtant, grâce à un style aussi subtil que touchant, Pedrosa parvient à développer sa dramatique thématique avec tendresse, poésie et retenue. La touche fantastique, qui imprègne fortement l'histoire, est pour beaucoup dans la pudeur et la pourtant immense richesse du propos.




En effet, c'est à un long voyage initiatique et à une réflexion douce-amère que Pedrosa nous invite, en jouant sur l'atmosphère et l'expressivité de ses dessins. Les ombres par exemple, tout d'abord mystérieuses et inquiétantes, puis agressives, finissent par se révéler douces et innocentes, comme pour suivre en parallèle l'émotion des protagonistes, d'abord terrorisés, puis en colère et trouvant, enfin, la sérénité dans l'acceptation.
Même les margoulins, toujours prompts à se repaître de la douleur et du désespoir des autres, sont fort bien symbolisés ici.
Les personnages sont eux aussi parfaitement réussis, que ce soit la mère, d'une dignité et d'un courage ahurissants, le petit Joachim, attendrissant, ou le père, véritable vedette de l'ouvrage, qui malgré sa carrure imposante sera terrassé de chagrin.

C'est bien simple, ce roman graphique, de 268 planches, est une pure merveille. Le sujet est sérieux mais son traitement (qui s'inscrit un peu dans les pas d'un Blankets) permet de le conseiller à tous les publics (et peut-être à certains journalistes qui pensent encore que le 9e art est réservé aux gamins et aux attardés).
Bien sûr, c'est triste. Mais c'est d'une tristesse de papier qu'il s'agit. Et c'est bien là le but véritable des livres : dissoudre dans l'encre les pires saloperies de la vie pour tenter, sinon de les rendre belles, au moins de leur trouver un début de sens. Vous serez sans doute longtemps hantés par Trois Ombres une fois la dernière page tournée. Et je ne garantis pas qu'une petite poussière dans l'œil ne vous obligera pas à faire une pause de temps en temps dans votre lecture. Mais au final, comme tous les bons auteurs, Pedrosa ne vous veut pas de mal et vous offrira un petit soupçon d'espoir en guise d'au revoir. Une petite lumière, vacillante parfois, mais qui permet de dissiper les ombres. Au moins pour un temps.

Une œuvre intelligente, belle et profondément émouvante.
Un auteur exceptionnel à découvrir d'urgence si ce n'est déjà fait.






+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Bouleversant.
  • D'une intelligence remarquable.
  • Un style graphique brut et dépouillé.
  • Le sujet est dur, mais ce n'est pas un défaut en soi.
Solo
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Monde post-apocalyptique, sales bestioles et combats sanglants sont au menu de Solo, une série en six tomes, publiée chez Delcourt.

Solo est trop grand pour continuer à être un poids pour sa famille. Il doit maintenant partir, seul, pour affronter le monde et trouver de nouvelles terres où il pourra chasser.
Sur sa route, des proies mais aussi des monstres. Et des humains, dont les fameux pirates qui organisent des combats à mort dans des arènes où s'affrontent les meilleurs combattants.
Bien contre son gré, Solo va devenir l'un d'eux.

Le premier volume, qui compte un peu plus d'une centaine de pages et présente personnages et univers, est écrit et dessiné par Oscar Martin, un artiste espagnol connu notamment pour avoir œuvré sur Tom et Jerry.
Il reste ici dans l'animalier, avec de nombreux personnages anthropomorphiques, mais abandonne l'humour pour une ambiance bien plus sombre. Le monde dépeint est violent, peuplé de créatures viles, stupides ou corrompues, et de guerres interespèces. Et si le trait est joli et les trognes souvent sympathiques, cela n'empêche nullement les décapitations et joyeusetés du même genre.




Si l'on peut faire un reproche à ce récit, pourtant plutôt bien mené, c'est sans doute l'aspect très monolithique de son personnage principal. Solo, taciturne et efficace, se révèle l'archétype du héros solitaire et ombrageux, sortant vainqueur de tous les combats grâce à son habileté dans le maniement des armes mais aussi à une tête bien faite. Trop bien faite peut-être. Presque ennuyeux à force d'être sans défauts, il faut attendre les toutes dernières pages de la longue introduction que constitue le premier opus pour voir notre sympathique rat "s'humaniser" un peu.

L'univers en lui-même est assez riche. Outre les rats, l'on retrouve d'autres animaux ayant mutés, parmi lesquels les chiens, les porcs, les singes ou encore les nocturnes. Les humains sont, eux, divisés en plusieurs castes, parmi lesquelles les ferrailleurs, les pirates, les bannis ou les politiques.
Certains éléments sont parfois naïfs, voire caricaturaux, mais il se dégage une vraie cohésion de l'ensemble ainsi qu'un gros potentiel. Difficile, en se plongeant dans cette saga, de ne pas penser à d'autres histoires de rongeurs, comme Le Dernier des Templiers ou les Légendes de la Garde, qui proposaient toutefois des aspects sociaux ou politiques plus aboutis.

Une série sympathique et visuellement réussie à laquelle il manque un brin d'audace et d'originalité pour complètement convaincre. 





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • De belles planches et des personnages expressifs.
  • Un bestiaire varié.
  • Une colorisation élégante.
  • Des combats peu excitants.
  • Les décors et véhicules, bien moins aboutis que les personnages.
  • Un héros très froid, qui a du mal à susciter l'empathie.
  • Attention, malgré le style cartoony, un niveau de violence élevé est présent. 
Nocturno
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Du bon vieux heavy metal, une insolite love story, des créatures étranges, tout cela est au menu de Nocturno.

Seck, maltraité par son oncle depuis la mort de son père, trouve un jour le courage de s'enfuir. Il rejoint d'anciens amis et, pour la première fois, monte sur scène avec eux. Et Seck se révèle être un chanteur exceptionnel.
Karen est journaliste. Elle remplace un ami et se rend à un concert pour interviewer un groupe de rock dont le chanteur fait déjà parler de lui.
Entre Seck et Karen, c'est comme une évidence, la connexion se fait aussitôt et perdurera au-delà de la mort. Car un grand danger plane déjà sur le groupe. D'autres musiciens, moins talentueux, ont prévu de s'arranger pour ne plus avoir à subir la concurrence de Seck.
Que ce soit dans le domaine musical ou en amour...

Nocturno avait été publiée dans un premier temps en deux tomes avant que les éditions Paquet aient la bonne idée de sortir une intégrale, dans la collection Calamar, contenant divers bonus. Scénario et dessins sont signés Tony Sandoval, un artiste mexicain vivant en France. Et il est peu de dire que le bonhomme est particulièrement talentueux. Son Nocturno s'inscrit dans la lignée de ces œuvres poignantes et subtiles que sont Blankets ou l'émouvant Trois Ombres de Pedrosa.
Si l'on se risquait à comparer toutes les BD existantes à une sorte de maison métaphysique, il y aurait des BD-fenêtres, qui permettent de découvrir divers domaines, des BD-paillassons, sur lesquelles certains aiment parfois s'essuyer les pieds sans pour autant parvenir à s'en passer, des BD-gouttières, qui utilisent tout ce qui leur tombe dans les pages, des BD-pots de fleurs, pas réellement indispensables mais qui embellissent tout de même la maison. Et puis il y aurait également les BD-fondations, ces solides dalles, ces murs porteurs sur lesquels l'on peut s'appuyer pour aller plus loin soi-même en tant qu'artiste ou même se construire en tant qu'individu, si tant est que l'art puisse servir à cela, au moins un peu. Nocturno fait partie de cette dernière catégorie, celle qui permet de, régulièrement, prouver à ses détracteurs que le Neuvième Art n'est pas un genre bâtard mais bien un domaine à part, possédant des qualités propres, inventant ses codes, emmenant le lecteur, grâce à cet étrange mariage du dessin et des mots, là où ces deux médias ne peuvent pénétrer seuls.


Mais voyons de plus près ce récit. En apparence, une banale histoire d'amour et de jalousie. En réalité, une merveilleuse escapade onirique, pleine d'inventivité et de poésie. Difficile d'ailleurs de dissocier intrigue et technique, tant l'auteur parvient ici à exprimer parfois l'essentiel en basculant d'un style à un autre, ou en imaginant une représentation graphique originale pour ce qui, habituellement, ne peut se traduire par le seul dessin.
Ainsi, la musique - la puissance du chant de Seck notamment - est représentée par une sorte d'immense serpent de mer, sortant de la bouche du chanteur et plongeant dans le public pour l'emmener dans d'autres dimensions. Une belle et efficace manière de montrer ce que procure finalement un vrai bon titre vous percutant l'âme.
L'amour également, sentiment qui peut vite tourner à la caricature, voire à la niaiserie, touche ici au fantastique et est symbolisé par une sorte de ligne dorée, fine mais solide, reliant deux êtres. Une métaphore qui fait un peu penser au fameux (et hypothétique) cordon d'argent cher aux amateurs de voyage astral.

Graphiquement, les planches défilent et contribuent largement à l'enchantement. Entre pastel, aquarelle, crayonné, monochrome ou explosion de couleurs, chaque scène parvient à susciter l'émotion juste. Le lecteur est tour à tour ému, désemparé, intrigué, plongé dans l'inconnu ou au contraire confronté à l'horreur sous sa forme la plus vile, la plus humaine. Le tout dans un univers déroutant, qui convient parfaitement au propos.
Propos assez profond et complexe d'ailleurs, puisqu'il est question de la perte, du renoncement, de ces empreintes que certaines personnes laissent en nous, pour le meilleur et parfois le pire. Mieux encore, certains passages, et la fin en particulier, peuvent s'interpréter de plusieurs façons, manière élégante de ne rien imposer et de faire participer activement le lecteur à l'aventure.
Parmi les qualités de Sandoval, soulignons sa capacité à gérer le rythme de son récit, et donc à prendre parfois le temps d'installer une ambiance, en montrant les éléments qui se déchaînent, en nous entraînant dans les profondeurs océaniques, ou en limitant certaines planches à une seule case, isolée (pas une pleine page), qui retranscrit, avec pourtant peu d'effets apparents, toute la solitude et la désolation possible. L'on en viendrait même à sentir le vent d'automne soufflant sur ces pages...

Nocturno ne plaira sans doute pas à tout le monde (ce n'est clairement pas le but de toute façon), mais avec un peu de bonne volonté, chacun pourra y dénicher quelque chose ou même carrément s'y engouffrer sans aucune retenue. Et pour ceux dont ce sera le cas, ils en ressortiront certes peut-être un peu décontenancés, mais propres. Les yeux lavés par ces profondeurs abyssales dans lesquelles ils auront plongé, l'esprit nettoyé de toute poussière par ce vent, ce souffle constant, qui balaie chaque page.
De la flotte, du vent, cela ressemble à une bonne grosse tempête, rien de bien réjouissant vous dites-vous. Détrompez-vous, cette tempête-ci à l'avantage d'être bénéfique et de ne dévaster, en douceur, que ce que vous lui permettrez d'atteindre. Et puis, contrairement aux ouragans, qui détruisent sans raison, l'art nous secoue et nous malmène toujours dans un but. À nous de trouver lequel.

Un beau moment de lecture. Une œuvre magnifique, très vivement conseillée.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Profond et bouleversant.
  • Original.
  • Graphiquement joli et maîtrisé.
  • Une écriture subtile.
  • À éviter en période de profonde déprime.
Hero Worship
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En 2012, Avatar Press lançait une nouvelle série intitulée Hero Worship. Elle a tenu le temps de six numéros. Voyons pourquoi. 

Adam est un jeune homme vouant un culte inconditionnel à Zénith, un surhumain très populaire et unique en son genre. Aussi, le jour où il est sélectionné pour visiter sa fondation, il est au comble du bonheur.
Pourtant, la visite ne se passe pas très bien. Victime d'un malaise, Adam est évacué et finit à l'hôpital. Les examens ne donnent rien et, alors qu'il est de retour chez lui, le voilà qui développe à son tour des super-pouvoirs. Rapidement, Adam est pris en charge par la fondation qui s'occupait déjà de Zénith. Les conférences de presse et les séances de dédicaces s'enchaînent. Sous le nom d'Apex, Adam devient lui aussi une célébrité.  
Pressé d'utiliser ses pouvoirs pour sauver des vies, Apex précipite la mort d'une vieille dame à qui il tentait de porter secours. Suite à ce drame, Adam commence à se poser des questions. Il ne devra cependant pas seulement faire face à ses responsabilités, car au sein de la fondation, un complot se trame...

Hero Worship est scénarisé par deux auteurs ayant l'habitude de travailler pour le cinéma et la télévision : Zak Penn et Scott Murphy. L'éditeur présente cela comme une sorte de gage de qualité, mais signalons que dans le lot des films sur lesquels Penn a travaillé, l'on retrouve Elektra, Hulk ou Avengers, donc clairement pas des chefs-d'œuvre pour rester gentil. 
La partie graphique est signée Michael DiPascale. Le boulot est correct bien que les dessins soient un peu lisses et très statiques. 
Mais voyons un peu comment Penn et Murphy s'en sortent pour leur première expérience BD.




Tout d'abord, malgré ce que prétendait le texte de présentation de l'ouvrage chez Panini (et oui, ils avaient traduit ce truc, toujours dans les bons coups ceux-là), l'on est loin d'être en présence d'une série "à sensation, insolite et innovante". Bien au contraire, les premiers épisodes sont très convenus : que ce soit l'acquisition des pouvoirs, les manipulations médiatiques ou encore les déboires et maladresses du héros, tout cela ne sent pas foncièrement le neuf.
Par contre, ce qui pouvait représenter une nouveauté, c'est que tout soit bâclé et survolé à ce point, et ce malgré les six épisodes de cette histoire. Adam est parfaitement lisse et creux, Zénith à peine moins. La phase "découverte des pouvoirs" est tout aussi rapide et insipide (avec un passage rappelant fortement une scène de Chronicle, en moins bien). Il faut attendre quasiment la fin pour ressentir un début d'intérêt, alors que la véritable nature de la fondation est dévoilée. Mais là encore, tout est trop vite expédié pour être efficace.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, lorsque l'on tourne la dernière page et que le mot "fin" apparaît, on a l'impression d'avoir assisté à une simple introduction tant tout reste à faire. Aucun des personnages n'est attachant, leurs revirements sont loin d'être justifiés et le fameux complot fait "pschitt". 
Est-ce complètement nul ? Même pas, c'est juste mou, fade et inutile. Hero Worship s'ingénie à scrupuleusement passer à côté de tout. Sans réel enjeu dramatique, sans humour, sans réflexion, sans même une manière nouvelle ou juste agréable d'aborder des sujets radotés mille fois, le scénario de ce comic est un exemple d'amateurisme qui pourrait à la rigueur passer pour un premier jet maladroit, à retravailler longuement.

Une histoire d'une grande indigence, sans doute pas la pire jamais écrite mais dénuée du moindre intérêt.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une nana sexy, à la garde-robe bien fournie, dans les persos secondaires (on se raccroche à ce que l'on peut).
  • Vers la fin, il commence à se passer quelque chose...
  • Le plus grand pouvoir de Zénith et Apex réside dans leur capacité à se faire oublier instantanément dès la dernière page tournée.
  • C'est très lent à démarrer et, bizarrement, on a l'impression que tout va trop vite quand même, de ce point de vue, c'est effectivement innovant.
Quand Hickman prenait en main le destin des Avengers
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En 2014 et 2015, la malédiction Hickman, auteur surcoté aux intrigues absconses, s'abat sur les Avengers. En France, c'est la période Marvel Now qui sera marquée, pour cette équipe de héros, par deux séries, Avengers et New Avengers, toutes deux aux mains d'un des pires scénaristes que Marvel, dans son hallucinante lucidité, ait pu embaucher. 

Lorsque le premier tome librairie de New Avengers (v.3), prophétiquement intitulé Tout meurt, sort en VF, Panini a déjà noyé le lectorat sous une foultitude de comics estampillés "numéro 1" alors qu'ils sont fermement ancrés dans une continuité lourde mais que l'on feint de mettre de côté. Dans ce titre, dessiné par Steve Epting, Jonathan Hickman se concentre en fait sur le fameux groupe des Illuminati, créé par Bendis et composé à l'origine de Reed Richards (Mister Fantastic), Tony Stark (Iron Man), Namor (Prince des mers), du Docteur Strange (maître des arts mystiques), de Black Bolt (roi des Inhumains) et du professeur Xavier (chef et fondateur des X-Men). Alors qu'à l'époque Black Panther (souverain du Wakanda) avait décliné l'invitation et refusé d'en faire partie, il est cette fois à l'origine de la convocation des Illuminati, qui vont devoir faire face à une menace concernant l'ensemble du multivers.

Le problème avec Hickman (House of X, Secret Wars, East of West, Red Wing), c'est que l'on sait maintenant d'avance ce qu'il va faire, ou plutôt ce qu'il va rater.
Intrigues parfois incompréhensibles (que certains qualifient magnanimement de "complexes"), personnages totalement interchangeables et à la psychologie défaillante, dialogues répétitifs... Au style Hickman s'ajoute cette fois un gros sentiment de déjà-vu lié aux ingrédients qui composent cette histoire : le pseudo-dilemme moral des Illuminati, la menace cosmique, le Gant de l'Infini, Cap en père-la-morale, bref, rien de neuf dans la Maison des Idées (épuisées).




Quelques points positifs tout de même. L'aspect métaphysique, concernant les univers parallèles, est assez intéressant. Même l'aspect scientifique est quelque peu documenté (avec les sphères de Dyson). Graphiquement, c'est très agréable à l'œil, le travail d'Epting étant parfaitement mis en valeur par la magnifique colorisation de Frank d'Armata. Donc, ça impressionne un peu, mais c'est loin, en ce qui concerne l'écriture, d'être au niveau. Le scénario est poussif et manque autant d'habileté que d'audace. Même si l'on pourrait encore passer sur l'action insipide ou les dialogues maladroits (en gros, pendant 120 planches, c'est du "on doit le faire", "non, on ne peut pas", "on est bien obligés", "je te dis que non", "il faut qu'on en discute"... on a déjà vu même des tickets de caisse plus inspirés), c'est surtout le manque d'âme, d'émotion et de profondeur qui plombe tout, un peu comme si la plume d'Hickman était aussi morte et desséchée que la Terre parallèle qu'il met si péniblement en scène... finalement "tout meurt", même l'intérêt des plus passionnés pour une maison Marvel qui est en roue libre depuis déjà trop longtemps.

En ce qui concerne la série mère, Avengers, l'on va voir que ce n'est guère mieux (pour retrouver du bon Marvel Now, voir notamment NovaFantastic Four, ou Guardians of the Galaxy).

Cette fois, les dessins sont réalisés par Jerome Opeña et Adam Kubert, qui effectuent un travail tout à fait louable.
Le récit et sa thématique, cependant, ne seront pas très surprenants pour qui connaît un peu le scénariste et ses habitudes.
Dans cet ouvrage, Panini présentait Hickman comme un génie (très exactement comme "l'auteur le plus talentueux travaillant actuellement chez Marvel")... ah ils sont toujours bons ceux-là, même dans leurs analyses. Traiter tout le monde de "dieu-vivant" en préambule de chaque ouvrage commence à être lassant, voire ridicule. Évidemment, l'éditeur ne va pas nous dire que les auteurs qu'il publie sont des peigne-culs, m'enfin, sans aller jusque-là, un minimum de travail et de recul dans la présentation ne ferait pas de mal.




On sait que Hickman aime les trips un peu étranges, parfois métaphysiques, qu'il peut déconcerter par une narration souvent complexe (pour ne pas dire obscure) et que le travail en profondeur sur les personnages n'est pas son fort (si l'on excepte quelques arcs, comme Three).
Eh bien tout cela se retrouve encore ici. 

L'histoire tout d'abord est plutôt galère à suivre. On commence avec des créatures cosmiques, Ex Nihilo et sa frangine Abyss, qui ont comme hobby d'aider à l'évolution de certaines espèces ou, suivant leur jugement et leur humeur, de détruire des planètes entières. Les informations sont lâchées au compte-goutte, on a droit à des flashbacks, à un très grand nombre de personnages et à des références subtiles (parfois sous forme de "flash" dessiné) qui plongeront certainement le nouveau venu dans la plus totale confusion.
Encore une fois, mais ce fut clairement une tendance pour la période Marvel Now des Vengeurs, l'accessibilité n'est vraiment pas le souci principal de la Maison des Idées. 

L'équipe maintenant. Il s'agit d'une version "étendue" des Avengers, supposée pouvoir faire face à des menaces variées et de haut niveau. L'on retrouve le noyau dur Cap/Iron Man/Thor (ainsi que Hulk), plus l'incontournable Wolverine et même Spider-Man. Pour ce dernier, on se demande vraiment ce qu'il fait là. Il n'a tout de même pas vocation, de part ses pouvoirs limités en comparaison de ceux de ses collègues, à affronter des ennemis cosmiques (cf. cette Parenthèse de Virgul et ce long article, qui reviennent sur la plus belle et forte période du Tisseur). Enfin, passons.
L'on a ensuite des seconds couteaux, plutôt sympathiques. Hyperion, classe et rarement employé finalement, Rocket et Solar, qui assurent une touche un peu humoristique, et Spider-Woman ou encore Captain Marvel en atouts charme. Ça fait beaucoup ? Eh bien, sachez qu'on est loin d'avoir fait le tour, comme si la profusion de protagonistes, tous traités comme des figurants sans relief, pouvait compenser la propension d'Hickman à mettre en scène des marionnettes creuses. 




L'origine de certains nouveaux personnages est bien dévoilée, mais d'une manière si froide et rapide qu'elle ne permet pas d'insuffler de la profondeur ou de simplement permettre une empathie quelconque. Comme souvent avec Hickman, on reste à la surface des protagonistes pour se concentrer sur l'intrigue décousue et l'action.
Si ces épisodes peuvent être déroutants, ils n'en ont pas moins des qualités. L'on se trouve ici devant du grand spectacle, avec des flottes extraterrestres, la garde impériale shi'ar, un petit détour sur Mars et même l'univers en personne incarné sous une forme humanoïde. Et tout cela fait son petit effet pour peu que l'on ne soit pas trop regardant sur le quotidien des personnages ou leurs relations.

On se surprend à être intrigué, fasciné même, par ces entités improbables ou ces allusions au mystère de la création. Il s'agit là d'Avengers "larger than life", côtoyant des dieux et influant sur le destin de l'univers. L'aspect visuel (surtout grâce à Opeña) rend le tout impressionnant et esthétique.
Tout n'est donc pas à jeter, il faut faire preuve d'honnêteté et de nuance, et si l'on apprécie le style Hickman et que l'on connaît la plupart des personnages, la série peut s'avérer disons... allez, presque agréable. Si au contraire l'on débarque dans l'univers Marvel, ou que l'on préfère les scènes plus intimistes, l'écriture ciselée et les adversaires plus terre-à-terre, le titre risque de décevoir.

Mais surtout, ce qui entache nombre de séries conçues par Hickman, ce sont bien les défauts inhérents à l'auteur. Défauts pesant énormément sur cette période des Avengers. Que Marvel ait pu considérer Hickman comme un scénariste majeur, voire "indispensable", laisse dubitatif quant à la rigueur et la capacité de discernement de ses dirigeants.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Casting XXL.
  • Trip cosmique.
  • Dessins et colorisation.
  • Des personnages lisses et sans âme.
  • Des intrigues confuses et mal développées.
  • Des dialogues indigents et fades qui frisent l'amateurisme.