Thorgal : la Trilogie de Brek Zarith
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Reprenons le cours des aventures de notre Viking préféré [voir le Dossier Thorgal] en abordant le premier arc narratif important de la saga (bien que l'on puisse considérer que les deux premiers volumes se suivent directement). Il arrive juste après Les Trois Vieillards du Pays d'Aran qui lançait véritablement la franchise sur les rails qui allaient faire son succès. La "Trilogie de Brek Zarith" (dénomination non officielle) va ainsi constituer le creuset des trois facettes spécifiques du personnage : son appartenance à un peuple nordique de marins explorateurs et conquérants ; ses origines extraterrestres ; sa capacité à entrer dans le domaine des dieux et à en ressortir vivant. 

En nous présentant de manière équilibrée ses qualités intrinsèques (astuce, adresse, équité et surtout une volonté hors du commun) dans des péripéties mêlant magie mystique et science futuriste, Jean Van Hamme en fait un héros typique des univers d'heroic fantasy chers à Michael Moorcock (destin funeste, magie du Chaos, sciences de la Loi et dimensions parallèles). Par sa nature, mais également grâce à ses aptitudes, Thorgal est apte à défier les dieux du panthéon scandinave - et il le fera plus souvent qu'à son tour, même si cela ne sera jamais volontairement.




À l'issue de l'épisode 3, Thorgal repartait avec son épouse Aaricia pour se retirer loin des terres vikings où il avait grandi : les raids incessants menés par ses congénères le répugnent, lui qui refuse d'ôter la vie de son prochain sans raison autre que celle de défendre ses proches. N'aspirant qu'à la paix et la tranquillité, il se dirigeait vers le sud dans l'espoir d'y dénicher un endroit paisible où il pourrait faire souche.


Épisode 4 : La Galère noire

Thorgal est enfin heureux. Sa femme est enceinte de lui et leur existence dans ce petit village de pêcheurs représente tout ce qu'il souhaitait. Il aide la communauté de paysans autant qu'il le peut et Caleb, le chef de celle-ci, lui dit combien sa présence est précieuse. Il n'empêche que, de temps à autre, il aime à s'esquiver avec son cheval pour retrouver un peu de ce qu'il a laissé derrière lui : la joie sauvage de galoper cheveux au vent sur la plage lui fait oublier les contraintes des corvées quotidiennes et le caractère routinier de sa nouvelle vie.

Évidemment, un coup du sort vient bouleverser cette sérénité inespérée : d'abord Shaniah, la fille de Caleb, qui s'éprend de lui (on peut la comprendre : une ado qui s'ennuie et voit dans ce bel étranger un passeport pour l'aventure). Puis un fuyard qui lui vole son cheval. Un fuyard que des troupes de guerriers lourdement armés viennent chercher le lendemain matin : c'est alors que Shaniah accuse Thorgal d'avoir favorisé la fuite de cet homme...

Si l'on ne tient pas compte de la suite, l'épisode possède des ressorts dramatiques similaires aux précédents. Il est centré sur la captivité de Thorgal qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour résister, s'enfuir et regagner le village et les bras de sa bien-aimée. L'album va dès lors insister sur son extraordinaire persévérance, qui provoquera l'ire du prince Véronar à la tête de ce détachement de soldats (le fils de Shardar-le-Puissant, un monarque régnant sur une partie des Îles britanniques) mais également l'admiration de l'officier commandant, qui sait reconnaître la valeur d'un homme.




Le découpage reproduit également le déracinement du personnage principal : on passe de la stabilité terrienne des paysans à l'enfer des cales de la galère, d'un éclairage solaire à la pénombre. 

Pour l'heure, nulle magie ou référence aux origines de Thorgal, mais une fin terrible, pleine de désespoir et marquée du sceau de la fatalité. Notre héros s'en sortira vivant, de justesse, mais aura perdu le goût de vivre. Malgré le titre et le drame, Rosinski utilise une palette de couleurs très vives qui constituent un agréable contraste : les champs de blé, les paysages maritimes, les maquillages de la cour du prince illuminent les pages dont certaines adoptent un découpage dynamique.





Épisode 5 : Au-delà des ombres

Un an a passé depuis la tragédie. Shaniah s'occupe comme elle peu de Thorgal qui n'est plus que l'ombre de lui-même, plongé dans la léthargie, pauvre hère s'enfonçant dans le chagrin. Cette fois, les dessins épousent sa psyché : les premières pages sont des scènes nocturnes baignées de gris sale et d'ocres. Des pastels qui resteront ternes pendant une bonne partie du volume. 

Voici qu'un voyageur fortuné s'enquiert de Thorgal : il a besoin de lui pour une mission dont il serait le seul être sur Terre à pouvoir l'accomplir. Il travaille pour un noble qui cherche à reconquérir son trône. Mais avant de pouvoir faire de Thorgal leur allié, il leur faudra le réveiller de sa torpeur. C'est alors que, usant d'une ancienne magie, le voyageur persuade notre héros qu'il a le pouvoir de sauver sa femme - mais qu'il lui faudra aller en un lieu dont lui seul est revenu : le Deuxième Monde.

C'est là que la série devient une saga : des lieux et des personnages récurrents apparaissent et font progresser l'intrigue comme notre connaissance du destin singulier de Thorgal. Divinités, magie et illusions vont dominer cet opus qui marque une forme de résurrection et augure d'une suite pleine de révélations.





Épisode 6 : La Chute de Brek Zarith

Thorgal et le prince déchu Galathorn fourbissent leur plan : avec l'aide des Vikings de Jorund-le-Taureau, ils envisagent de faire tomber Shardar et de reprendre le trône de Brek Zarith. Évidemment, les motivations de Thorgal ne sont pas aussi triviales : s'il a une chance de sauver son épouse, il la saisira, quitte à s'allier à ses anciens congénères. 

Pendant ce temps, Shardar mène des expériences sur Aaricia, usant d'une magie ancienne qui lui révèle des secrets insoupçonnés. Il sait également que, non seulement une armée s'apprête à débarquer, mais que ses propres courtisans fomentent un complot...

Un album tourbillonnant, avec un antagoniste terriblement malin et manipulateur, doté de connaissances assez déroutantes qui lui permettent d'anticiper sur les événements futurs tout en usant de stratagèmes antiques. 

L'appât de l'or aura raison de bon nombre de personnages de valeur mais Thorgal, animé d'intentions plus pures, triomphera de tous les pièges et artifices semés sur sa route. Jusqu'à la surprise finale.




Trois épisodes qui marquent incontestablement un tournant dans la saga, l'orientant vers un récit plus mûr, plus adulte, plein de bruit, de fureur et de tragédies. C'est plus sanglant, plus épique et plus onirique, et Rosinski affirme son coup de pinceau avec des teintes plus osées, des dominantes pourpres et des visages mieux définis. 

La révélation finale entraînera une pause dans la saga qui dévoilera ensuite quelques éléments de la jeunesse de Thorgal, avant l'arc le plus réussi de toute la série.






+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le premier arc de la saga Thorgal.
  • Trois histoires complètes qui enrichissent considérablement l'univers du héros.
  • Chaque histoire développe une facette de la saga : l'Histoire ; la Mythologie ; la SF.
  • Des récits plus sombres et plus adultes.
  • Des dessins dont la palette se conjugue à la noirceur de la narration.


  • On comprend mal comment Shardar (et Galathorn avant lui) ont eu accès à des connaissances aussi précises sur Thorgal (ses origines et son passage dans le Deuxième Monde).
Les Fabricants d'Eden, de Frank Herbert
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Frank Herbert
est universellement connu pour avoir créé Dune, saga puissante et épique dans laquelle il transpose certaines de ses préoccupations majeures comme l’écologie. Une œuvre monumentale, justement récompensée d’un prix Hugo, et qui lui assura une vie confortable grâce à des suites distillées progressivement. Le cycle de Dune a d'ailleurs tendance à éclipser ses autres œuvres, dont certaines valent le détour et s’intéressent à quelques autres de ses sujets de prédilection comme l’intelligence artificielle, la parapsychologie ou le développement des capacités humaines.

Parmi ses romans connus pour le coup des amateurs de SF, figure Les Fabricants d’Eden, publié en 1969 sous le titre The Heaven Makers. 

Résumé : Les Chems sont immortels. Ils ne craignent qu’une chose : l’ennui. Pour éviter d'y sombrer, ils usent de tous les expédients possibles, mais celui qui a le plus de succès est le senso-total : un spectacle conçu par l’un des leurs, qui met en scène des peuplades inférieures de la galaxie, lesquelles sont incitées malgré elles à les divertir en se livrant à des guerres, des crimes passionnels et autres turpitudes, sans savoir que, tels des dieux invisibles, les Chems les observent et se régalent de leurs émotions. Des dieux qui, parfois, ne dédaignent pas se mêler aux hommes, engendrant ainsi les mythes fondateurs de leurs sociétés…

Kelexel est un Chem. Il a été envoyé sur le monde de Fraffin pour enquêter sur ce dernier, ses agissements vis-à-vis de la population indigène inquiétant la Primatie. Car si Fraffin est le producteur de senso-total le plus célèbre parmi les siens, sa notoriété pourrait lui avoir conféré trop de libertés avec les humains. On raconte même qu'il serait possible qu'il ait réussi à concevoir des rejetons hybrides avec ces créatures inférieures, tellement proches d'eux sous bien des aspects. Cependant, Kelexel se méfie, il sait qu'il va devoir jouer serré : les autres enquêteurs ont fait chou-blanc, il lui faudra se montrer plus malin que Fraffin. Mais celui-ci n'a pas envie qu'on le prive de ses jouets préférés : ces humains sont tellement réjouissants dans leurs conflits ! Il va dès lors faire tomber le redoutable investigateur dans son piège, en l'attirant dans une de ses productions conçue spécialement pour lui.



Plutôt que de lui proposer une guerre, il le fait assister à un meurtre. Un homme, pris d'une impulsion subite (induite par les appareils du Chem), assassine sa femme. Avant de se rendre aux forces de l'ordre, il demande à voir un psychologue, qui a été le compagnon de sa fille Ruth. Le psychologue, Andy Thurlow, pourtant persuadé de la folie de l'assassin, découvre alors qu'il aurait été manipulé à son insu par d'étranges petites créatures invisibles aux autres humains...

La première partie du roman est une sorte de jeu du chat et de la souris entre Fraffin et Kelexel : l'un ayant pris soin de séduire l'investigateur en le faisant participer à l'une de ses super-productions adroitement castée, l'autre étant fermement persuadé qu'il saura déjouer toutes les chausse-trappes qu'on lui tendra. On remarquera très vite le style ampoulé d'Herbert, qui insère bon nombre de néologismes dans ses phrases alambiquées en comptant sur l'intelligence du lecteur pour qu'il en comprenne le sens. Il use également énormément de la voix intériorisée, transcrite dans l'édition Jean-Claude Lattès 1980 en italiques : les dialogues et la narration sont régulièrement interrompus par les pensées directes des protagonistes - un élément que David Lynch avait tenté de reproduire dans sa version de Dune, et qui a disparu de celle de Villeneuve. C'est assez déstabilisant, enrichissant le contexte mais brisant constamment le rythme de lecture. Cela confère également un côté un peu pédant à l'écriture de Frank Herbert, un aspect pompeux et bavard.




La seconde partie introduit donc les protagonistes humains, qui mènent tranquillement leur vie sur leur petite planète sans se douter que des créatures omnipotentes se régalent de leurs vicissitudes depuis des millénaires, influent sur leur destin, s'insinuent dans leur mythes uniquement dans le but de tromper l'ennui. Thurlow, encore amoureux de Ruth qui l'a pourtant quitté pour se marier avec un autre, se retrouve profondément impliqué dans cette histoire de crime passionnel. Convaincu de l'instabilité de son patient, il se heurte à la résolution de celui-ci, qui refuse de se considérer dément et exige de mener le procès à son terme en se déclarant totalement responsable du meurtre. Sauf qu'Andy a vu ces étranges gnomes invisibles, et il est de plus en plus certain de leur ingérence dans cette affaire. 

Des "gnomes" omnipotents qui ne sont pas du tout insensibles aux charmes des jolies Terriennes, et voilà que Kelexel enlève Ruth et en fait son jouet, manipulant ses émotions et abusant d'elle. C'est sans doute le segment qui pose le plus de questions, étrangement pervers dans ses intentions (même si les descriptions restent très sages), rappelant bon nombre de passages de La Semence du démon de Koontz, alors qu'on avait plutôt en tête, au départ, une référence comme Les Enfants d'Icare d'Arthur C. Clarke - cette réécriture des mythes et légendes de l'humanité, c'est un peu comme si les thèmes abordés dans ce dernier avaient été exploités comme Philip José Farmer l'avait fait dans Comme une bête (le côté pornographique en moins). Les Chems n'ayant d'autre morale que ce qui leur permet de survivre à l'ennui, les considérations philosophiques se télescopent dans des dialogues assez nébuleux, parfois spécieux. On se projettera évidemment sur le rôle d'Andy dont le traitement n'en fait toutefois pas un héros, juste un pion dans une affaire qui dépasse les êtres humains - mais un pion sensé, revêche et moralisateur, qui parvient à tenir la dragée haute à ces créatures quasi-divines, allant jusqu'à pousser l'un d'entre eux à commettre l'impensable.

Ce qui permet une fin assez subtile, nimbée d'une certaine poésie. Cela risque de ne pas sauver l'ensemble qui laisse un sentiment de malaise et d'inachevé, d'autant qu'on peut également être déçu par l'édition dans la collection "Titres SF", parsemée de coquilles parfois impardonnables (des participes passés mués en infinitifs, des accords non respectés) : on était en droit d'attendre davantage de cette collection dirigée par Marianne Leconte, qui proposait des œuvres non consensuelles, parfois réservées "à un public averti" (la couverture de ce roman est d'ailleurs plus que suggestive, je laisse les petits coquins curieux aller la voir sur internet).





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un roman méconnu d'un grand auteur de SF.
  • Un ouvrage abordant des thèmes intrigants (l'immortalité, l'origine des mythes).
  • Une collection proposant des œuvres singulières et adultes, n'hésitant pas à évoquer des sujets controversés.


  • Un style redondant et bavard, fortement axé sur les introspections.
  • Les motivations des personnages nous échappent un peu.
  • L'édition Lattès comporte trop de coquilles.
Éditions Terre de Brume : un goût pour le macabre
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Gros plan sur la maison d'édition Terre de Brume.

Nous avons évoqué il y a peu les œuvres publiées par NéO. Or, presque au moment ou cet éditeur ferme ses portes, en 1990, ce sont les éditions Terre de Brume qui débarquent sur le terrain du fantastique, en 1989. Et cette maison est encore en activité de nos jours, ce qui est un véritable exploit, surtout dans le marasme actuel du secteur de l'édition.

La maison Terre de Brume, basée en Bretagne, va dès ses débuts se spécialiser dans la littérature fantastique, avec au départ une inclination marquée pour les œuvres celtes. Ses collections Bibliothèque Celte ou encore Bibliothèque Arthurienne vont faire la part belle aux contes et légendes de la tradition populaire celtique du XIXe et XXe siècles. Les collections Terres Fantastiques et Terres Mystérieuses prendront la suite.

Rapidement, l'éditeur s'intéresse aussi aux origines du fantastique. Des auteurs de renom, comme Bram Stoker, Lord Dunsany, Walter Scott, James Barrie, Arthur Machen, ou, entre autres, Sax Rohmer, viennent enrichir son catalogue.
Un pôle science-fiction est créé également, avec les collections Poussière d'Étoiles et Terra Incognita. Enfin, la gamme Pulp Science va, elle, traiter de l'origine des phénomènes étranges.




De nos jours, Terre de Brume propose de nombreux romans et recueils de nouvelles traitant du surnaturel, du gothique et de l'épouvante, mais aussi des ouvrages d'aventure ou d'anticipation. Il s'agit souvent d'œuvres fondatrices ou devenues rares, parfois dans des versions plus complètes que ce qui était à l'origine disponible en VF.
L'on peut citer notamment les Allan Quatermain de Henry Rider Haggard ; L'Affaire Kahlenberg de John H. Watson ; L'autre voyage de Phileas Fogg de Philip José Farmer ; Chroniques du Petit Peuple ou Les Trois Imposteurs d'Arthur Machen ; En fuite vers Bradford ou Jack de Minuit de Jean Ray ; La Chose dans les Algues, Le Pays de la Nuit ou La Maison au bord du Monde de William Hope Hodgson ; Les Dieux de Pegana ou Le Livre des Merveilles de Lord Dunsany ; Les Maîtres des Arcanes de Charles Walter Stansby Williams ; Les Vampires du Finistère de Peter Saxon ; Les Vierges de Satan de Dennis Wheatley (déjà évoqué dans cette Parenthèse de Virgul) ; ou bien Mandragore de Hanns Heinz Ewers. 

À cette liste non exhaustive s'ajoutent des récits d'auteurs français, comme le Nosferatu d'Alain Pozzuoli, dont c'est le premier roman, mais aussi des essais et ouvrages spéciaux, tels que le Dictionnaire des Littératures Vampiriques de Jacques Finné et Jean Marigny ou Épouvante et Surnaturel en Littérature du bien connu Howard Phillips Lovecraft

Tout comme la collection Épouvante de J'ai Lu ou les éditions NéO en leur temps, Terre de Brume s'inscrit dans la tradition de ces éditeurs qui vouent un culte au fantastique et tentent de le préserver des effets du temps. Terre de Brume, c'est également une passerelle vers autre chose. Vers le rêve, vers des mondes oubliés et des créatures féroces, mais aussi tout bonnement vers la passion de la lecture, quel qu'en soit le genre. Car à travers ces titres intrigants, ces couvertures à la poésie sombre et effrayante, ces noms d'auteurs fascinants, c'est le goût de la lecture qui est titillé, encore et encore, chez les nouveaux lecteurs qui auront la chance de tomber sur l'un de ces ouvrages en flânant dans une librairie ou en découvrant le site de la maison, sobre et mystérieux, sur le net. Et rien que pour cela, et parce qu'il est encore des éditeurs qui, comme le disait le vieux Gaston Gallimard, ont passé un pacte avec l'esprit, il convient de se réjouir que plus de trente ans après sa fondation, Terre de Brume soit encore là pour enflammer nos esprits.




American Vampire
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Une nouvelle race de vampires, sur toile de fond de révolution industrielle et de profonds bouleversements, voilà le point de départ de la série American Vampire.

Skinner Sweet est un hors-la-loi. Pas un desperado romantique ni un voyou au grand cœur, c'est une pourriture de la pire espèce. Froid comme un serpent, rusé comme un renard, il n'hésite pas à buter même des gosses lorsqu'il le faut. Il est ce que l'Ouest sauvage a produit de pire. Fort heureusement, l'agence Pinkerton a pu mettre un terme à sa carrière de criminel en l'appréhendant. Il ne reste plus qu'à le pendre et à oublier son regard mauvais.
Mais tout n'est pas si simple. Non seulement les complices de Sweet le font évader mais, dans la bagarre qui s'ensuit, le tueur reçoit une goutte de sang dans l'œil. Du mauvais sang. Qui changera à tout jamais sa nature.
Sweet a été contaminé par un vampire. Un vampire à l'ancienne, venu des vieilles terres d'Europe, qui craint la lumière du jour et s'habille en chochotte. La rencontre entre les buveurs de sang de la littérature et l'Amérique va faire faire un bond à l'évolution des Dentus. Car Sweet, lui, marchera au soleil et sera plus fort, plus rapide... "larger than life", à l'image de ce continent où tout est possible.
45 ans plus tard, en 1920, deux jeunes filles débarquent à Hollywood, attirées par les lumières d'un cinéma naissant qui, déjà, crée de fausses idoles. Elles vont vite découvrir que l'Ouest n'a rien perdu de sa sauvagerie. Celle-ci a simplement... changé de forme.

Vertigo (cf. ce dossier et la partie dédiée à l'encyclopédie Vertigo) est un label en général synonyme de qualité. Ici encore, la règle est respectée. C'est à Scott Snyder (Clear, Swamp Thing, Absolute Batman) que l'on doit le concept et le scénario de American Vampire. Stephen King, qui a participé à l'écriture, nous dévoile dans la préface que, d'abord contacté pour trouver un slogan promotionnel, il a fini par prendre le train en marche et écrire les origines de Sweet, ce qui constitue donc, contrairement aux adaptations issues de ses romans (La Tour Sombre, Le Fléau), sa première création directe pour un comic. 




Les dessins sont l'œuvre de Rafael "hot dog, jumping frog" Albuquerque (heu, désolé pour le surnom inventé, c'est une petite vanne musicale, pas sûr que quelqu'un la comprenne). L'aspect visuel est en tout cas plutôt enthousiasmant, avec de jolis aplats, de vraies "gueules", un certain dynamisme pendant les scènes d'action et des plans souvent efficaces.
Pour l'intrigue, l'on peut être tenté de se dire qu'une histoire de vampires, c'est loin d'être original. C'est pourtant mal connaître les auteurs qui, avec leur "Dracula made in Wild West", nous parlent presque plus de leur pays que des amateurs d'hémoglobine. Car la thématique au centre de ce long récit de 10 tomes, publiés par Urban Comics en VF, est bien au sens large l'Amérique, mais aussi l'illusion, les rêves brisés et même la cruauté des mirages hollywoodiens.
La métaphore peut même aller plus loin et rejoindre l'Histoire, en faisant un parallèle entre ces nouveaux vampires, dont les parents sont européens mais qui, confrontés à l'âpreté de ces terres nouvelles et hostiles, deviendront plus féroces que leurs pères, et l'évolution des États-Unis, fondés par les fils du vieux continent qui dépasseront en tout (en bien souvent, en mal parfois) les lointains cousins italiens, français, allemands ou irlandais. Même nos rapport si complexes, teintés d'envie, d'admiration et de craintes, avec nos amis d'outre-Atlantique peuvent se retrouver au sein de ce récit, à la fois divertissant et profond.

Vengeance, amour, violence, monstruosité et héroïsme, autant de thèmes finalement au cœur de vies que, bien à l'abri de notre confort actuel, nous avons choisi d'oublier ou de romancer. Les vampires de Snyder ne sont pas romantiques. Ils ne boivent pas du True Blood dans un bar, ils ne sont pas non plus l'attraction du lycée local avec leurs tronches de cake, "pâles" et "mystérieuses". Eux, ils mordent, ils arrachent, ils tuent. Non parce qu'ils sont des vampires, mais parce que c'est ce que fait chaque être vivant. Et si vous n'êtes pas obligé de sentir le sang frais au fond de votre palais, soyez certain que c'est parce que quelqu'un, quelque part, mord et tue à votre place. Pour que vous puissiez avoir de la viande sous cellophane au Leclerc du coin et oublier que, vous aussi, n'êtes qu'un prédateur qui s'enivre de civilisation et rêve qu'il pourra un jour vivre sans tuer. Ce qui est impossible. Et pour les vampires, et pour nous.

Une excellente utilisation du mythe vampirique et une belle évocation d'une Amérique aussi dure que fascinante, le tout agrémenté d'un recul sur soi d'autant plus impressionnant qu'il fait très souvent défaut aux auteurs français.






+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une thématique riche, qui revisite avec intelligence le mythe du vampire.
  • Un style graphique convenant parfaitement à l'ambiance violente et sauvage de la série.
  • Des personnages crédibles et bien campés.
  • Une intégrale dont certaines volumes ne sont plus trouvables en neuf.
Dossier Science-Fiction
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Hello les Matous !

Si vous aimez la Science-Fiction et ses nombreux sous-genres, jetez-vous sur l'énorme dossier (qui servira aussi d'index) concocté par notre ami Vance et qui est consacré à ce pan énorme de la littérature.

Vous y trouverez de nombreuses sagas, récentes ou plus anciennes, et des œuvres originales et audacieuses, qui montrent l'extrême richesse et la vivacité du genre.

De Aldiss à Van Vogt, en passant par Herbert, Asimov, Verne, Zelazny, Ballard ou, entres autres, Simmons, (re)découvrez des mondes lointains et fantastiques, des quêtes épiques, des technologies parfois effrayantes et une foultitude d'idées bizarres qui hantent encore les pages de nombreux ouvrages !

Pour y accéder, rendez-vous dans notre rubrique Dossiers, ci-dessus, ou cliquez sur l'image ci-dessous.

Miaw !