Publié le
2.2.26
Par
Virgul
Retour sur les deux derniers numéros du magazine Metal Hurlant !
Avec L'Hôtel de la dernière Nuit et On n'arrête pas le Progrès, le magazine mythique (dont on vous avait déjà conseillé le numéro spécial Lovecraft) aborde cette fois les hôtels miteux et hantés ainsi qu'une flopée de futurs dystopiques à souhait.
Commençons par la thématique orientée SF, qui contient les récits les plus "barrés". On va retrouver un vétéran des guerres galactiques, une jeune femme tentant de décrocher de son assistant digital et faisant une singulière rencontre lors d'un rendez-vous galant ou encore de jeunes adolescents, livrés à eux-mêmes et éduqués par l'Arbre. Mention spéciale pour le fascinant univers graphique, aussi déjanté que coloré, du Voyageur, une histoire au style surréaliste et signée Mislav Tomasinjak.
Pour ce qui est du deuxième magazine, l'atmosphère générale y est plus glauque et effrayante. Entre un urbex qui tourne mal dans un hôtel hanté, un couple dysfonctionnel qui s'engueule dans une chambre très spéciale ou, entre autres, un suicide évité de peu grâce à une rencontre fortuite, on passe par un large spectre d'émotions et de surprises. Notons l'excellente BD qui ouvre le magazine et réussit l'exploit, en quelques pages seulement, de nous présenter une créature effrayante appelée Anima et l'un de ses prédateurs, plus épouvantable encore !
Comme d'habitude, des styles graphiques très différents se succèdent au fil des pages. Si certains scénarios semblent un peu convenus, d'autres ont un fort impact grâce à une maîtrise narrative exceptionnelle. Notons enfin la présence de diverses rubriques fort sympathiques, comme Les Belles Affiches (des films de merde), qui comme son nom l'indique revient sur des navets et nanards qui ont la particularité de posséder des affiches au visuel souvent magnifique. Plus quelques articles et interviews, le tout étant bien rempli. Juste quelques coquilles à déplorer sur certaines BD.
Bref, un fantastique voyage dans l'imaginaire, rudement conseillé.
Publié le
31.1.26
Par
Nolt
L’Amour Ouf est un film… fou sur bien des plans. À la fois très bon et… épouvantable.
On revient sur un des hits 2024 du cinéma français.
Dans les années 80, Jacqueline, alias Jackie, scolarisée et plutôt intelligente, rencontre Clotaire, un ado, comme elle, mais qui a quitté l'école et passe son temps à zoner avec ses potes (et accessoirement à se foutre de la gueule des gamins qui, eux, sont encore au lycée). Parce qu'à cet âge, les filles semblent irrépressiblement attirées par les pires profils, elle va tomber amoureuse dudit Clotaire. Ce dernier, de bastons en mauvais coups, finit par s'attirer des ennuis en volant non plus des commerçants mais des mafieux. Il se fait choper mais a "la chance" de se faire offrir aussi un "job". De petit délinquant ne respectant rien ni personne, il parvient au statut de vrai criminel, participant à des casses.
Et ce qui devait arriver arrive : un braquage se passe mal, il y a un mort, et Clotaire part en taule pour 10 ans.
Bon, déjà, on sait que c'est un film de science-fiction, parce que pour qu'une racaille se prenne douze ans de taule et en fasse dix, ou c'est de la SF ou ça ne se passe pas en France. Bref, pendant ce temps-là, Jackie rencontre un mec normal, un brave type qui a un boulot, l'aime, se comporte normalement. Mais voilà les années passent, Clotaire ressort et, lui, il n'a pas oublié Jackie...
Alors, même si je n'aime pas du tout Poelvoorde, Chabat et cette clique, il faut reconnaître que ça joue bien. François Civil est bon aussi, reste juste Adèle Exarchopoulos, qui comme d'habitude nous inflige son regard de poisson mort, sa diction approximative et son visage inexpressif (il ne suffit pas d'être en larmes pour être émouvant). Comment se fait-il que cette fille, incarnation de la fadeur, soit à ce point suremployée partout ? Enfin, soyons honnête, sur la forme, ce film de Gilles Lellouche est très bon. On ne s'ennuie pas malgré les 2h40, il y a des scènes magnifiques, de bons dialogues, une musique au top et une réalisation vraiment efficace voire inspirée. Mais ce que ça raconte... putain.
Parce que, OK, c'est un bon film, on se laisse prendre au jeu, les personnages génèrent une énorme empathie (bravo d'ailleurs à Mallory Wanecque et Malik Frikah, excellents dans les rôles de Jackie et Clotaire jeunes, qu'ils doivent d'ailleurs installer pour que le film tienne la route), mais quand on réfléchit un peu au fond, en prenant du recul, c'est assez glaçant. Un peu comme si tu n'étais pas assez habillé sous une fine mais retorse pluie de novembre.
Parce que, ça raconte quoi, en fait ? Une jeune fille tombe amoureuse d'un vrai connard, qui ne fait que des conneries. Il va en taule pour un crime qu'il n'a "pas commis", mais bon, il a tout fait pour. Et quand il ressort, il justifie presque les dix années passées en prison. Elle va tout laisser tomber pour lui, dans une crise d'immaturité assez exceptionnelle, qui justifie donc le titre. L'amour peut être fou au point que l'on fasse n'importe quoi. Hmm... pourquoi pas.
Mais par contre, la romance est tout de même très basique. On s'aime, on est séparés injustement, mais on se retrouve et on s'aime encore. Ça ne met pas trois balles dans le dos d'un ministre "suicidé". Ou ça ne casse pas trois pattes à un canard, pour être plus classique.
L'intrigue "policière", ou mafieuse disons, est encore plus maladroite, puisqu'elle n'a pas réellement de fin. Ou plutôt, elle se conclut par une pirouette aussi agaçante qu'irréaliste.
Mais nous n'en sommes pas encore arrivés au pire, au sous-texte, au "message", qu'il soit volontaire ou inconscient.
Car ce qui est vraiment nauséabond dans ce film, c'est finalement ce qu'il défend, avec une pugnacité scélérate : les racailles ultra-violentes et en rupture totale avec la société sont de gentilles personnes qui ont droit à l'amour et sont meilleures que les citoyens honnêtes. Vous ne l'avez pas perçu comme ça ? Vous avez été particulièrement inattentif alors. Voyons cela en détail.
1. Le père de Clotaire, un type honnête, qui a un boulot difficile, comme la plupart de nos pères à l'époque, est présenté comme trop dur et, au final, comme un loser.
2. Si Jackie et Clotaire s'entendent bien et tombent amoureux, c'est parce que Jackie tient tête à Clotaire, en le défiant. Clotaire va la respecter et être attiré par elle parce qu'elle ne se "laisse pas faire". Et Jackie, soi-disant contre la violence, va être fascinée par ce type justement parce qu'il incarne une rupture totale avec les valeurs raisonnées et raisonnables de la société.
3. Clotaire est montré comme une victime d'une erreur judiciaire alors qu'en réalité, c'est son comportement criminel bien réel qui le mène à cette condamnation. Et personne ne lui a demandé de se taire pour protéger des voyous qu'il connaît à peine.
4. Une fois dehors, Clotaire va commettre des crimes bien plus nombreux, sans être cette fois condamné, comme si son comportement était "justifié".
5. Le mari de Jackie, pourtant gentil, est montré comme violent dans une scène atroce où, anéanti par la souffrance, il tente d'abuser de sa propre épouse. Qui le massacre avec un combiné téléphonique.
6. Le père de Jackie finit par admettre, quand elle quitte un type normal pour un repris de justice ultra-violent et criminel, qu'elle "a raison" !!
7. La scène finale, abjecte, montre un responsable de secteur, dans un magasin, se faire menacer par les deux couillons. Alors, effectivement, le responsable en question n'est pas du tout sympa, mais ici, le trait est forcé pour que les deux racailles (car Jackie est bien devenue cela) soient perçues comme légitimes lorsque Jackie menace et soumet son chef.
L'Amour Ouf n'est pas un grand film pour une raison essentielle : il ne tient pas un second visionnage ou un début de réflexion sur son propos. Oui, c'est bien foutu, on se prend d'affection pour Jackie et Clotaire, on peut se laisser porter, le cerveau éteint, par cette pseudo-romance, en laissant les auteurs (Gilles Lellouche, Ahmed Hamidi, Audrey Diwan) nous mettre leur vision du monde décadente et amorale dans la caboche, en souriant et bouffant du pop-corn. Parce que c'est "joli" et divertissant.
Mais si l'on est encore un peu capable de comprendre ce qui est dit et montré, si l'on pense que réfléchir sur une histoire et sa morale est essentiel, si l'on refuse de laisser la merde être camouflée par les paillettes et quelques tours de passe-passe, alors, ce film n'est non seulement pas "grand", mais il n'est pas non plus "bon" au sens le plus strict du terme. Parce qu'il est complaisant avec ce qu'il y a de pire dans l'humanité et la société. Et ce n'est pas une question de violence. On nous dit, à la fin, que Clotaire renonce à la violence par amour pour Jackie. Déjà, c'est une bien mauvaise raison. Il se range parce qu'il ne veut pas perdre la femme qu'il aime, pas parce qu'il réprouve ses anciennes méthodes. Ensuite, Jackie prend la relève d'une manière très vicieuse, en menaçant son chef (en gros, elle lui dit que son mec a fait dix ans de prison, et que s'il ne s'en prend pas à lui, c'est parce qu'elle le tient en laisse).
Où est la morale là-dedans ? La violence, elle, n'est pas un absolu. Elle dépend du contexte. On peut être très violent pour sauver un enfant par exemple. Donc, être "contre" la violence, comme Jackie semble l'être (ou plutôt le dire, car en réalité, elle joue bien de la menace), est stupide. Par contre, la morale, elle, ne peut se négocier selon le contexte. Clotaire est un criminel, et Jackie ne l'aime que pour ça (rien dans ce qu'il est, fait ou dit ne laisse supposer le contraire). C'est pour cela que, malgré les effets réussis, les plans inspirés et les musiques sympas, L'Amour Ouf laisse un arrière-goût de pourri dans la bouche.
Parce que ce qui fonde cet amour, et par extension tout le film, c'est un culte voué aux pires saloperies.
Déroutant. Parce que très bon si l'on en reste à l'écume du récit, mais profondément puant si l'on fait l'effort de comprendre ce qui est dit.
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| Le Titanic pour les pauvres et les bas de plafond. Ou comment mettre de la pseudo-romance dans une scène stupide et dangereuse. |
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
26.1.26
Par
Virgul
C'est la cinquantième Parenthèse de Virgul ! Et déjà huit ans que la rubrique existe. Eh bien, pour fêter ça, le sujet était tout trouvé : moi. Ou tout ce que vous avez toujours voulu apprendre (ou pas) sur le plus cool des chats.
Miaw !
Virgul par Virgul
Nous avons abordé bien des sujets au cours de ces quelques années, que ce soit Fantômas ou Captain Universe, les uniformes confédérés et le soi-disant effet Mandela, l'incroyable destin de Wilhelm Reich ou le format à l'italienne, sans parler de quelques règles de grammaire ou même des débuts de Buffy. Vous retrouverez tout cela détaillé à la fin de cette Parenthèse.
Mais pour le moment, à la manière des annuals des vieux comics qui proposaient de menues explications et anecdotes sur les personnages, voici quelques informations félines sur votre serviteur !
Nom : VIRGUL
Date d'arrivée sur UMAC : mai 2015
Poste : mascotte, rédacteur de la rubrique "La Parenthèse de Virgul"
Activité préférée : la sieste
Musique préférée : Year of the Cat, d'Al Stewart
Série préférée : Waldo Kitty
Plat préféré : le canari en sauce les croquettes
Tout d'abord, il faut savoir que ma force est peu commune. Je peux soulever, comme qui rigole, plus de 250 kilos.
Et il n'y a pas de raison spéciale à ça, les chats mosellans sont juste super balèzes.
Et il n'y a pas de raison spéciale à ça, les chats mosellans sont juste super balèzes.
L'une de mes grandes passions dans la vie, c'est les flingues. Les grenades aussi, un peu, mais un bon fusil d'assaut,
ça permet de bien se marrer et de calmer les ganaches. J'aime bien la dynamite aussi.
Profondément mélomane, je joue de la guitare, du piano, du saxophone et de la flûte.
Ça aide quand même pour dragouiller la féline en maraude.
Mon meilleur ami est Panzer, un maine coon qui descend la bière presque aussi vite que moi.
Il a un peu la grosse tête car il vient d'obtenir un rôle important dans une BD. Mais on vous en reparlera en temps voulu.
Il a un peu la grosse tête car il vient d'obtenir un rôle important dans une BD. Mais on vous en reparlera en temps voulu.
Sportif accompli, je maîtrise le cha-jitsu, l'art de chuter en planche à voile, le parachutisme et la valse.
Mais la balade sylvestre reste quand même ce que je préfère.
Aventurier émérite, j'ai inspiré les plus grands, de Bob Morane à Albator, en passant par Jack Ryan.
Comme vous pouvez le voir, j'ai fière allure ! C'est fou, tout me va.
Comme vous pouvez le voir, j'ai fière allure ! C'est fou, tout me va.
Et bien entendu, comme mon humain, je suis un grand passionné de lecture.
Dans ces moments-là, il me faut quand même un bon gros coussin moelleux pour mon auguste derrière.
Dans ces moments-là, il me faut quand même un bon gros coussin moelleux pour mon auguste derrière.
Bref, j'ai redéfini à moi seul la notion de coolitude. Nous voilà donc repartis pour quelques Parenthèses supplémentaires,
avec des infos insolites, des anecdotes passionnantes et surtout, votre matou préféré ! Rock 'n' roll !
Liste et thèmes des Parenthèses 1 à 50
01. Tortues Géniales (points communs entre l'univers des TMNT et l'univers Marvel)
02. La Confusion des Flash (comment différencier Flash et Flash Gordon)
03. Quand Conan rencontre Cthulhu (les incartades des Grands Anciens dans l'univers de Robert E. Howard)
04. Goldorak Go ! (incohérences et bizarreries dans le dessin animé de notre enfance)
05. La Voie du Sabre (les différents sabres des Jedi)
06. L'Homme au Cent Visages (le véritable Fantômas !)
07. À Fond la Caisse ! (évolution de la Batmobile)
08. Et la Puissance fut ! (Captain Universe et la Force Enigma)
09. Canard Masqué (Fantomiald et ses créateurs)
10. Flics et Bikers (de The Shield à Sons of Anarchy)
11. De la Toile et des Gnons (les premiers combats de Peter Parker)
12. Computer in Love (avant Penny de The Big Bang Theory : Madeline de Electric Dreams)
13. Vous avez dit "spoiler" ? (sens réel du terme "spoiler" et ses dérives)
14. Le Feu sous la Glace (quelques infos sur Emma Frost)
15. L'Homme-Multiple (présentation de Madrox et son équipe)
16. Une Vie de Chat (retour sur Waldo Kitty et ses incarnations)
17. D'Araña à Spider-Girl (connaissez-vous Anya Corazon ?)
18. Schizophrène et Surpuissant (les "véritables fausses" origines de Sentry)
19. L'Album Maudit (un Spirou très particulier)
20. Programmée pour Tuer (les tribulations de Laura Kinney)
21. Des Bulles aux Piques (le destin de Robert Baldwin)
22. Le Pouvoir du Ridicule (Top 10 des surhumains les plus kitsch du monde des comics)
23. Le dernier Héros qu'il nous reste (romans post-ap)
24. Quand la Tante May reprend du poil de la bête (déglinguage de vieux)
25. Cohabitation Difficile (quand Spidey déménagea avec sa famille dans la tour des Vengeurs)
26. Quand sonne l'heure du Midnighter (de Stormwatch à l'univers DC Comics en passant par The Authority)
27. De l'évolution du Badass (tout est dans le titre)
28. Monty Python et Guerre des Malouines (quand la fiction s'invite dans un véritable conflit armé)
29. La Saga du Prêtre Jean (saga culte et livres dont vous êtes le héros)
30. Gattaiger, le premier "puissant robot de l'espace" (avant Goldorak)
31. Bichette contre les Vampires (les débuts improbables de Buffy)
32. Les Mots ont un Sens (quelques fautes courantes parmi les nombreuses dérives actuelles)
33. De la véritable Longueur des Romans (ou pourquoi la page n'est pas une unité de mesure)
34. L'Effet Mandela (quand l'inculture devient paranormale)
35. Le Team-Up improbable (quand le Tisseur rencontre Invincible)
36. Le taf idéal pour Peter Parker ? (l'évolution du personnage durant l'ère Straczynski)
37. L'autre "Spiderman" (découverte de ce personnage méconnu, sans trait d'union)
38. Le Club tente la fusion impossible (un format hybride entre roman et BD)
39. Cinquante Nuances de Gris (uniformes confédérés et idées reçues)
40. Garde-Robe (évolution stylisée de la tenue de Batman)
41. Guiboles de Comics (quand les dessinateurs exagèrent "un peu" la taille des jambes des dames)
42. Du Nom des Gnons (ne pas confondre ce qui vous arrive en pleine tronche)
43. Follow the White Rabbit (le titre envoûtant du Jefferson Airplane au sein de trois grands films)
44. Quand les périodiques BD avaient leurs propres aviateurs (le combat entre Tanguy & Laverdure, Buck Danny et Dan Cooper)
45. I still dream of Orgonon (chanson culte et incroyable histoire vraie)
46. L'Aventurier se plie en quatre (quand Bob Morane proposait un roman, une BD, un jeu de rôle et un guide au sein de son magazine)
47. Sur les Traces d'Elric (la dark fantasy de Moorcock)
48. À l'italienne (les avantages d'un format sous-employé)
49. Dessins bâclés et dégueulasseries visuelles (gros ratages et BD atypique)
50. Virgul par Virgul (vous êtes ici)
Publié le
26.1.26
Par
Vance
Dans l'épisode 29 (Le Sacrifice) de cette très belle saga de bande dessinée mêlant mythologie, aventures, histoire et science-fiction (cf. notre "First Look" sur le premier épisode), l'illustre Jean Van Hamme rédigeait son dernier scénario et, officiellement, le héros éponyme Thorgal passait au second plan au profit de son fils aîné, Jolan, né avec d'incroyables capacités héritées de ses ancêtres venant des étoiles (des pouvoirs de télékinésie pouvant altérer la matière jusqu'à la transformer). C'est Yves Sente qui devait prendre la relève, Grzegorz Rosinski restant aux pinceaux. Une tâche pas du tout évidente que de passer après un créateur multi-récompensé.
Le « relaunch » de la série, s’il ne permet pas encore de nous offrir des moments aussi épiques et intenses que par le passé, distille un parfum agréable de saga initiatique : c’est donc le jeune Jolan qui devient le centre du récit, même si Sente semble ne pas avoir eu le courage de se débarrasser du père (trop) charismatique - on a vraiment l'impression d'un rétropédalage sans doute imposé par l'éditeur. Après Moi, Jolan et Le Bouclier de Thor, épisodes charmants où Jolan apprenait à dominer ses pouvoirs, à en relativiser l’importance (il se retrouve dans un groupe de jeunes gens tout aussi « doués ») et surtout à user de qualités plus adultes – et directement inspirées de son père – pour s’imposer, à présent on a droit à la révélation des buts cachés de Manthor, ce mage aux pouvoirs énormes sur lequel les dieux eux-mêmes n’ont pas de prise.
C’est que Manthor nourrit un rêve secret, lié à sa mère, déesse déchue : il désire lui redonner ce qu’elle a perdu, et pour cela, il lui faut quelqu’un pour aller en Asgard quérir un fruit magique. Jolan est cet élu : il devra puiser en lui beaucoup de courage et de détermination mais aura également besoin d'un minimum de chance, sachant qu’il risque de trouver Thor (présenté comme un dieu rustre et colérique, bien loin de l’imagerie Marvel) et surtout le fourbe Loki sur son chemin. Naguère, son père put compter sur son ingéniosité et son charme pour se sortir d’épreuves similaires en Asgard ou dans le Deuxième Monde (lieux où aucun mortel n'avait réussi à survivre jusque lors). Jolan, lui, dispose d'atouts différents, et il aura pour alliés tous les pantins animés de son "Armée qui vit".
Mais sera-ce suffisant pour tromper la vigilance d'êtres divins (et plutôt vindicatifs) ? Rien n'est moins certain, d'autant que les motivations de Manthor, révélées dans le volume précédent, ne seront sans doute pas du goût des membres de ce panthéon de divinités un peu trop sûres d'elle, concentrées sur leurs petites querelles et incapables de concevoir qu'un humain puisse interférer avec leur existence immortelle. Comme dans les grands récits mythologiques, les héros sont ceux qui se montrent aptes à déceler les failles d'êtres supposément omnipotents, mais souffrant pourtant des mêmes défauts que les mortels.
Les dessins de Rosinski ont repris manifestement de la vigueur, avec toujours ce soin apporté aux visages (quoique légèrement plus anguleux qu’auparavant, avec des rictus faisant penser aux personnages de Clayton Crain) : c’est, avouons-le, très agréable à suivre. La suite ne sera pas toujours de cet acabit.
Publié le
25.1.26
Par
Nolt
Retour sur une série véhiculant une idéologie de merde mais très bien écrite : Sex Education.
Il y a deux éléments à bien séparer pour pouvoir juger cette fiction disponible sur Netflix : le fond et la forme. L'un est épouvantable, l'autre est brillant. Cela donne un objet télévisuel très particulier, à la fois infect et merveilleux.
Commençons par le fond : le wokisme.
Bon, est-il nécessaire de présenter cette idéologie criminelle et mortifère, qui balance des saloperies dans la tête des gamins dès leur plus jeune âge et va jusqu'à les charcuter, voire les pousser au suicide ? Et ce n'est que le pan "sexuel" de cette doctrine de tarés, qui est également injuste, misandre, raciste (envers les Blancs) et j'en passe. Heureusement, peu de gens sont tombés dans le panneau de ces dérives sectaires, stupides et extrémistes. Mais les quelques excités qui soutiennent ce fléau mental font du bruit, du coup, on les entend beaucoup.
Vu que je déteste ça, pourquoi regarder une série purement wokiste justement, dont le but est précisément la promotion de cette folie qui nie l'Histoire, la biologie, le bon sens et la logique ? Eh bien, déjà, étant donné que le sujet est précisément les dérives wokistes, cela me gêne moins que lorsque Netflix (ou d'autres) injecte artificiellement des personnages "woke" dans un polar, un film de SF ou, pire, un récit historique. Et puis surtout, c'est tellement exagéré, tellement stupide, que ça en devient parodique. Les auteurs vont si loin que l'effet voulu (la promotion de cette saloperie) est raté et que ça tourne presque à la dénonciation critique.
Aucune famille n'est normale, les parents blancs ont des enfants noirs, l'un des personnages noirs a deux lesbiennes pour parents, c'est bourré de gays, trans, queers, "non-binaires" et autres "asexuels" en tout genre, et tout le monde passe son temps à baiser (ce sont des lycéens à la base). Bref, c'est totalement barré. Régulièrement, les auteurs assènent des conseils ou des réflexions censées être philosophiques mais tout est tellement exagéré que l'on tombe dans le grotesque.
Prenons un exemple : le consentement. Bon, déjà désolé pour les plus jeunes qui pensent l'avoir inventé, mais dans les années 80 et 90, ça existait déjà. Il y avait aussi des salauds et des criminels, bien entendu, mais il est factuellement faux de prétendre que l'on se permettait tout et n'importe quoi avec les femmes à cette époque. Pour avoir fréquenté pas mal de boîtes, de fêtes de village ou de soirées chez des particuliers, je peux vous assurer que tout le monde (en tout cas, l'immense majorité des gens) se comportait de manière respectueuse. Si une nana répondait par la négative à une invitation à prendre un verre ou à danser, le gars repartait, un peu triste et vexé, et ne lui sautait pas dessus de force pour autant. Si vous n'avez pas l'âge pour avoir vécu cette époque, demandez donc à vos parents.
Eh bien, dans la série, le consentement va si loin que les personnages sont sans arrêt en train de se demander la permission de faire la moindre connerie : "je peux t'enlever ça ?", "je peux mettre ma main là ?", "je peux te toucher ici ?", ça en devient lourdingue et ridicule.
D'ailleurs, globalement, tout ce qui touche au "message" véhiculé par la série est complètement con, mensonger et décadent. C'est la ruine de la pensée, de l'intelligence et de tout ce qui est sain. Mais franchement, on ne s'attendait pas à autre chose de la part d'individus pourris par le confort, l'oisiveté et le nombrilisme.
Par contre, la forme est vraiment réussie. Les personnages sont attachants, les situations souvent imprévisibles, c'est parfois très drôle et même émouvant, bref, tout est fait, avec talent, pour rendre le produit attractif.
Le personnage principal, Otis, sorte de loser en bas de la chaîne alimentaire des bahuts anglosaxons, devient "consultant amateur" en problème de cul, et il va même aller jusqu'à se taper les plus emblématiques (et canon) gonzesses du lycée. Ce n'est pas réaliste du tout (surtout avec sa dégaine), mais c'est particulièrement jouissif à voir, forcément. D'autant que le personnage génère une forte empathie. Les seconds rôles sont souvent très bons aussi. Mention spéciale, par exemple, pour Lily, une jeune fille dégingandée et fan d'aliens, qui va s'avérer très touchante. Même chose pour Adam Groff qui, à la base terreur des couloirs et brute épaisse, va peu à peu s'humaniser et laisser apparaître ses failles : la découverte de sa sexualité, différente de ce qu'il pensait, son amour des animaux ou sa relation difficile avec son père font partie des grandes réussites de ces quatre saisons.
Soulignons également la présence de plusieurs handicapés dont la portée du rôle dépasse leur simple handicap. Ça, c'est souhaitable et bien fichu, donc soyons honnête, c'est un point positif et une réussite.
Et, comme précisé plus haut, l'humour apporte tout de même une touche de légèreté fort bienvenue. Les quiproquos et les gaffes sont bien amenés la plupart du temps, et l'on peut même partir en fou rire à deux ou trois occasions (la présentation d'Otis par lui-même, lors de son arrivée à Cavendish, restera mythique). Notons en plus la présence de Gillian Anderson (très bonne, mais décidément très versée dans le discours wokiste, cf. The Fall) et, globalement, d'un casting très réussi (d'Emma Mackey, interprétant Maeve, à Alistair Petrie, en proviseur strict et insensible qui va évoluer d'une manière très inattendue). Ajoutez à ça un rythme soutenu, de la musique bien choisie, une bonne dose de pathos, et vous obtenez un cocktail détonnant, soutenu par une narration très habile.
Alors, c'est à conseiller ou non ?
Ben oui, c'est très largement conseillé. D'une part parce que, contrairement aux débiles qui pensent qu'il faut tout censurer parce que les idéologies "s'attrapent", je suis persuadé au contraire que les auteurs doivent être le plus libres possible (dans le respect de la loi) et que le wokisme, s'il fait des dégâts sur les esprits jeunes, ne peut "s'attraper" à l'âge adulte (ou à l'adolescence, la série étant classée +16) sous prétexte que l'on regarde un film ou que l'on écoute une musique. Il faut déjà être inculte et un peu con à la base. Donc, pas de danger à ce niveau-là, si vous êtes sensé, vous le resterez. Et si vous ne l'étiez déjà pas, ça ne vous aidera pas, mais ça n'empirera rien. D'autre part, même si elle est au service d'une idéologie nauséabonde, criminelle et indigne, cette série est... vraiment très bonne. Tout n'est pas à jeter dans le propos (qui tente de manière bien maladroite de décrire des situations pénibles, ici bien trop politisées), ça joue bien, la réalisation est efficace et on se surprend à jubiler, faire des bonds et être heureux ou déçu par les réactions des personnages. Tout cela fait de Sex Education une bonne fiction. Tout comme de bons auteurs pourraient rendre géniale une série faisant la promotion du nazisme. Cela ne veut pas dire que le wokisme ou le nazisme sont souhaitables, juste que la technique d'écriture, quand elle est maîtrisée, peut tout faire passer. Dans un roman ou une série, ce n'est pas bien grave, dans un discours politique, méfiez-vous quand même un peu.
Brillant donc. Et profondément abject sur le fond.
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