Publié le
17.5.26
Par
Vance
Cinquante ans ! Un demi-siècle d'existence pour ce groupe qui s'est frayé une place au panthéon du rock dans les années 80 avant une période trouble qui aurait pu les voir disparaître comme tant d'autres, mais de laquelle ils sont revenus plus forts jusqu'à atteindre de nouveaux sommets. Iron Maiden est désormais une légende qui remue encore les foules, remplit encore des stades et suscite l'admiration sans bornes de ses fans comme le respect de ses concurrents.
Il fallait bien un film pour entretenir le mythe et transmettre le flambeau à de nouvelles générations qui s'avèrent encore sensibles à sa musique (il suffit de regarder les vidéos qui pullulent en montrant les premières écoutes de gamins, enchantés par ce qu'ils entendent). Si les années 90 avaient été synonyme de fin de carrière pour bon nombre d'artistes de la même génération et évoluant dans le même registre (le public nord-américain se détournant progressivement du hard-rock et du heavy metal pour le grunge et d'autres genres plus agressifs), elles n'ont pas pour autant signé leur arrêt de mort - et le documentaire permet de nous montrer leur chemin de croix avant une quasi-résurrection presque miraculeuse.
Mais revenons au commencement. Le documentaire de Malcolm Venville s'ouvre sur une petite animation suivie d'images d'un concert et d'une voix off qui souligne ce qui sera le leitmotiv du métrage : les fans. C'est pour eux, pour cette famille qui dépasse les frontières et transcende les barrières sociales, religieuses ou politiques, que les membres ont accompli ce parcours dantesque, ponctué de records de dates en tournée. Un parcours qui les a propulsés au sommet après des débuts dans des petits clubs londoniens sous l'impulsion d'un Steve Harris déjà persuadé de tenir quelque chose qui fera date.
D'où "l'ambition" du titre, qu'on croirait tirée de Macbeth.
Il faut reconnaître au film un bon paquet de qualités. Si l'on est profane, on assistera à un portrait très complet évitant le piège de l'hagiographie et n'hésitant pas à évoquer les moments les plus douloureux de l'histoire du groupe : le choix de se séparer de leur premier chanteur, Paul Di'Anno, dont le comportement et les excès nuisaient au projet du leader de Iron Maiden ; les tensions entre Steve et le chanteur Bruce Dickinson, son départ houleux puis son retour inespéré ; l'épuisement consécutif aux tournées à répétition (qui s'étendaient parfois sur plus d'un an) ; les maladies (un cancer de la gorge, un AVC) et la pression du public...
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| Steve Harris & Paul Di'Anno |
Le vrai fan n'apprendra sans doute pas grand-chose. D'autant que (et contrairement à ce qui est affirmé dans une des bandes-annonces) les membres du groupe sont déjà intervenus dans des films précédents : un documentaire en deux parties au début des années 2000 ainsi que le film Flight 666 narrant la tournée Somewhere back in Time World Tour de 2008 (23 concerts en 45 jours à bord du Ed Force One, un Boeing 757 piloté par Bruce Dickinson himself !).
Comme quoi, le rock mène à tout et même aux commandes d'un avion de ligne (quand on sait qu'un des guitaristes avait tenté sa chance en Suisse comme horloger et que Steve Harris a commencé comme éboueur...).
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| La formation considérée comme "classique" à partir de 1981 : Adrian Smith, Dave Murray, Clive Burr, Steve Harris & Bruce Dickinson qui fait des tractions |
À l'instar de tous les biopics musicaux sortis récemment, des choix drastiques ont été effectués, et le puriste pourra sans doute tiquer en n'entendant pas parler des tout premiers membres du groupe, quand Iron Maiden, entre 1975 et 1979, hantait les petits clubs de la capitale britannique et commençait à accumuler une petite légion d'admirateurs qui entretenaient le bouche à oreille jusqu'à la sortie de leur premier album éponyme : exit donc Dennis Stratton (guitare) ou Doug Sampson (batterie) - mais il faut reconnaître qu'ils apparaissent bien à la fin dans un bandeau récapitulant tous ceux qui ont fait partie de l'aventure et les trois qui ont perdu la vie depuis.
La force du documentaire réside surtout dans la passion qui anime les témoignages de tous ces admirateurs :
- des anonymes venant du Liban, du Kosovo, d'Argentine ou du Brésil (où la communauté est sans doute la plus bruyante et fidèle), de Pologne, chacun avec sa petite anecdote (comme celui qui était aux premiers rangs lorsque Dickinson s'est blessé sur scène à l'arcade sourcilière) ;
- des célébrités du monde musical : Tom Morello (Rage against the Machine), Gene Simmons (Kiss) ou Lars Ulrich (Metallica) ;
- Javier Bardem (l'acteur espagnol qui a joué notamment dans Dune ou Skyfall), sans doute le plus investi dans ces témoignages, pardonnant tous les excès du groupe, expliquant la portée, l'influence, le lyrisme et l'importance de leurs morceaux avec une flamme dans le regard et des vibratos dans la voix qui ne peuvent que convaincre les indécis.
L'autre atout réside dans les interventions vocales des Irons eux-mêmes : les voix de Steve, Bruce, des trois guitaristes (Adrian Smith, Jannick Gers & Dave Murray), des batteurs (Clive Burr puis Nicko McBrain), des chanteurs (Paul Di'Anno, Bruce et Blaze Bayley) mais aussi de leur producteur fétiche, Rod Smallwood, qui fera de la formation le groupe phare de la New Wave of British Heavy Metal. Chaque fois qu'on les entend, c'est en voix off avec un bandeau qui les nomme tandis qu'on visionne des images d'archives (les premières vidéos sont de piètre qualité). Impossible de rester insensible à leur concert en Pologne, avec les policiers qui délimitaient tout mais qui ont fini par leur demander des autographes, et cette soirée où ils ont fini par jouer du Deep Purple à un mariage (vidéo à l'appui).
Le documentaire se focalise essentiellement sur les tournées, qui ont forgé le groupe : les premiers albums sont mentionnés jusqu'à Number of the Beast (1982) qui voit Iron Maiden se stabiliser et construire une formation durable, laquelle sert encore de référence pour les critiques musicaux. Les suivants seront évoqués brièvement mais le film s'attarde plutôt sur la décennie prodigieuse des années 80 avec ces séries de concerts dans tous les continents dont un premier point culminant en 1985 (le World Slavery Tour et ce concert à Rio devant plus de 250 000 spectateurs). Avant d'entrer dans le dur : les tournées se succèdent, les spectateurs suivent mais pas la volonté ou la santé des artistes.
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| Steve Harris et son jeu de basse "galopant" caractéristique |
Les années 90 ne sont donc pas éludées, ce qui est une bonne chose : on y voit Iron Maiden en tournée aux USA dans des salles ridiculement petites par rapport à ce qu'ils ont connu. Mais le reste du monde continue d'affluer en masse à leurs concerts. Leur musique évolue également mais demeure fidèle à certains principes : des paroles recherchées, des thèmes surprenants souvent liés à l'Histoire, une forme de lyrisme dans les compositions, la basse échevelée de Harris et les solos de guitare qui se complètent en parfaite harmonie.
Puis c'est le retour en grâce. Avec beaucoup d'opportunisme (ce n'est pas mentionné dans le film mais les Maiden ont fini par céder aux sirènes du merchandising), le groupe se relance encore par des albums millimétrés et des tournées pharaoniques. On n'oublie pas non plus de parler d'Eddie, la mascotte dont Lars Ulrich vante l'impact incroyable, à nul autre pareil - avec sans doute une pointe de jalousie. Eddie présent dès les premières affiches, qui est devenu autant ambassadeur que signature (au même titre que la police d'écriture du nom du groupe). Eddie qui est pour les musiciens, à la personnalité souvent très introvertie, un moyen d'extérioriser leurs fantasmes. Un dossier spécial lui est d'ailleurs consacré par Nolt sur notre site.
Enfin, un passage raconte le malaise provoqué suite à des incidents malheureux (un assassinat perpétré par un individu qui écoutait leurs chansons, vous imaginez l'amalgame). Dickinson aura les mots qu'il faut pour démonter tous les argumentaires fallacieux ("musique sataniste", "propos déviants", "moralement scandaleux").
Moins de deux heures pour présenter cinquante ans de carrière : mission accomplie. Beau boulot et Up the Irons !
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15.5.26
Par
Vance
Aujourd'hui, nous allons vous parler d'un petit roman sorti en France en 2022 qui a fait une razzia sur les prix littéraires dédiés à la SF et aux genres apparentés, rédigé par un auteur aimant se dissimuler sous de nombreux pseudonymes. Il nous fallait y voir de plus près et retrouver avec plaisir un ouvrage de l'excellente maison d'édition L'Atalante, qui a toujours su soigner ses lecteurs.
L'action se déroule à Macon, en 1922. Mais Macon en Géorgie, donc sans circonflexe. Et la Géorgie américaine, faut-il le préciser.
En 1915, le film Naissance d’une nation avait ensorcelé l’Amérique et gonflé les rangs du Ku Klux Klan, qui depuis s’abreuvait aux pensées les plus sombres des Blancs. À travers le pays, le Klan semait la terreur et se déchaînait sur les anciens esclaves, déterminé à faire régner l’enfer sur Terre.
Cependant, les membres du KKK ne sont pas immortels. Sur leur chemin se dressent alors Maryse Boudreaux et ses compagnes de résistance : une tireuse d’élite à la langue bien pendue et une Harlem Hellfighter. Armées de fusils, de bombes et d’une épée imprégnée de magie ancestrale, elles chassent ceux qui les traquent et renvoient les démons du Klan tout droit dans les dimensions infernales tandis qu’un complot effroyable se trame à Macon et que la guerre contre le mal est sur le point de s’embraser.
Le roman s'avère habile, malin, enlevé, doté de personnages forts, habité par cette constante revendication liée aux injustices ségrégationnistes et esclavagistes, qui voit une héroïne pleine de doutes, et son équipe de "shouters" et de "monster hunters" haute en couleurs, foncer vers leur destin : d'un choix crucial dépendra l'avenir d'un monde qui ne lui a procuré que souffrance et désir de vengeance. Une sorte d'éloge fantasmagorique à la Résistance sous toutes ses formes.
Et qu'elle est noire.
Pour le coup, sur la fin, c'est à Lovecraft qu'on pense, avec ces déités indicibles vivant sur d'autres plans et se nourrissant avidement des émotions humaines. Après tout, Maryse et les investigateurs lovecraftiens sont contemporains, sévissant au cœur des années 20. Et Macon n'est pas si loin de Providence...
Auréolé de nombreuses récompenses, dont le prestigieux Nebula, nommé pour le Hugo, on peut néanmoins se demander ce qui en a fait le meilleur roman de SF de 2021. Quoique dense et parfois épique, on est loin des grandes sagas cosmiques, des planet operas et d'autres épopées intergalactiques questionnant la conscience humaine. Toutefois, le travail sur l'écriture (et la traduction qui va avec) en font un objet aussi littéraire que populaire, qu'on parvient sans peine à illustrer dans sa tête en suscitant de nombreuses séquences de nos films préférés.
Une SF joyeuse et décomplexée, qui flirte constamment avec la dark fantasy et s'appuie sur des valeurs solides, s'avérant ainsi plus riche qu'elle n'en a l'air. Sur un thème similaire, mais moins développé, on pourra essayer le comic book Strange Fruit de Mark Waid & J. G. Jones.
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14.5.26
Par
Nolt
Gros plan sur une série signée Bendis et intitulée Scarlet.
Scarlet est une jeune fille banale, ayant vécu une enfance et une adolescence heureuses, sans heurts. Un jour pourtant, sa vie bascule. Un simple contrôle de police qui tourne mal et la tragédie se noue. Le petit ami de Scarlet est tué, elle-même est gravement blessée...
Lorsqu'elle se réveille, elle se rend compte que les flics corrompus qui les ont agressés sont considérés comme des héros, que les médias ont déformé les faits et que tout le monde semble s'en accommoder.
Une question, lancinante, commence alors à travailler Scarlet : pourquoi ? Comment le monde en est-il arrivé là ? Comment peut-on accepter une telle injustice ?
Mais bientôt, la jeune fille se rendra compte que l'important n'est pas de savoir pourquoi le monde est tel qu'il est, mais ce qu'elle compte faire, elle, pour ne plus être une simple spectatrice. La réponse s'impose d'elle-même... plus de compromis. À la place, une révolution !
Le fameux tandem Brian Michael Bendis, au scénario, et Alex Maleev, au dessin, est de nouveau réuni. Ils avaient fait des merveilles sur Daredevil (cf. ce dossier), avaient ensuite signé un décevant Halo, mais avec Scarlet, pas de souci, les deux compères sont en pleine forme.
Ce récit a été publié en VF en 2012 par Panini, ce qui nous permet de commencer tout de suite par leurs conneries habituelles, que l'on retrouve dès le petit texte d'introduction. Tout d'abord, un parallèle est fait avec la chanson Revolution des Beatles, ce qui est plutôt bien vu, sauf que celle-ci est mal traduite. Avec les paroles originales, l'on comprend sans peine que le chanteur souhaite changer le monde, mais sans violence. Malheureusement, dans la transposition française qui en est faite, revolution est bien traduit par "révolution" mais destruction est traduit par... "révolution" également. Du coup, ça n'a plus aucun sens, le type a l'air d'être pour la révolution, mais quand il entend le mot "révolution" (au lieu de "destruction"), il dit qu'il ne faut pas compter sur lui et ressemble du coup à une girouette. Et pour bien faire, il manque ensuite un mot dans une phrase ("la série que vous apprêtez à lire").
Y a pas à dire, ça commence fort.
Tournons-nous maintenant vers le récit proprement dit. L'ambiance se rapproche des polars de Bendis (cf. le dossier cité plus haut), avec un petit côté politique, voire sulfureux, en plus.
D'une certaine manière, l'on peut faire un parallèle avec Kill your boyfriend pour le côté rébellion et lutte armée, mais là où Morrison n'offrait que du vide, des personnages aussi stupides qu'agaçants et des meurtres gratuits, Bendis parvient à construire une histoire sensée, reposant essentiellement sur le personnage principal, parfaitement mis en scène dès les premières planches.
Le procédé utilisé par Bendis est d'ailleurs à souligner. Scarlet s'adresse en effet directement au lecteur, un peu comme dans un reportage. Cela peut décontenancer au début, mais s'avère très efficace sur le long terme, la voix de Scarlet devenant une sorte de guide dénonçant l'illusion et la facilité. L'on a un exemple concret dès les premières pages où les images, très violentes, donnent immédiatement une mauvaise impression sur le personnage, impression qui va vite s'amoindrir puis disparaître grâce à un discours posé et non dénué d'humour.
Autre technique habilement employée par les auteurs ; une série de cases, avec simplement une petite légende, permettant de résumer rapidement les grandes étapes de la vie de Scarlet. Un peu comme si elle-même faisait le point à l'aide de moments émotionnellement chargés. C'est parfaitement réussi d'un point de vue narratif. Non seulement l'on évite ainsi une laborieuse exposition classique, mais cela renforce encore l'empathie ressentie, le lecteur ayant vraiment l'impression d'avoir un accès direct aux souvenirs de Scarlet.
Sur le fond, cette série (qui aura une suite en 2018) se révèle très intéressante également. Bendis se garde bien de balancer des généralités trop absurdes et il parvient, mine de rien, à nous amener avec délicatesse sur le terrain, glissant, du recours à la lutte armée. D'un autre côté (je ne sais si c'est volontaire de sa part, mais connaissant l'intelligence de Bendis, je pense que oui), l'auteur parvient également à montrer à quel point il est facile de manipuler une opinion avec un peu de talent et de technique. Et là je ne parle pas des médias dans le récit, mais bien de Bendis lui-même, parvenant sans aucun problème à faire ranger le lecteur du côté d'une Scarlet qui devient vite le symbole d'un espoir, d'un changement, d'un idéal que l'on voudrait noble.
Une histoire bien menée, plus complexe qu'on pourrait le penser au premier abord, et bénéficiant de jolies planches. Un comic intelligent et esthétique, à mettre entre toutes les mains.
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Publié le
8.5.26
Par
Vance
Robinette n'a pas eu de chance dans la vie, depuis que ses parents lui ont choisi un prénom.
Jusqu'au jour où il a pu enfin payer le prix de son passage vers la Grande Porte. La Grande Porte : un astéroïde artificiel construit par la civilisation supérieure des Heechees, dans le voisinage de Vénus. Les Heechees ont disparu depuis des siècles, mais ils ont abandonné à la Grande Porte des centaines d'astronefs programmés pour se rendre en divers points de l'univers.
La Grande Porte, c'est le seuil de mondes inconnus : la possibilité de gagner des fortunes pour les hardis pionniers qui n'ont pas peur de s'embarquer à bord d'un vaisseau étranger dont ils ignorent la destination.
Robinette a été l'un de ces aventuriers. Il est devenu riche.
Alors pourquoi éprouve-t-il le besoin, semaine après semaine, d'aller se confier à l'ordinateur-psychanalyste Sigfrid Von Shrink, qu'il déteste ?
Voilà un ambitieux récit construit sur deux trames parallèles qui finiront par s'interpénétrer et se justifier l'une l'autre, entrecoupées de petits appendices parfois drôles sur le quotidien de la Grande Porte : dans le présent, Bob consulte régulièrement un psychiatre-robot qui tente de lui faire révéler la source de sa souffrance intérieure ; et nous sautons allègrement dans le passé de Robinette Broadhead, de son existence pénible dans des mines sur Terre à son séjour au sein des tunnels de la Grande Porte, à attendre l'expédition qui pourrait le rendre multi-milliardaire - ou le tuer. Et incidemment nous en apprenons petit à petit davantage sur les Heechees, cette race d'êtres disparus qui a laissé derrière elle des artefacts incroyables comme ces vaisseaux automatisés ainsi que d'autres objets dont l'utilisation demeure un mystère. La course aux vestiges heechees est du coup devenue une sorte de ruée vers l'or technologique, certains d'entre eux ayant déjà permis d'améliorer considérablement le quotidien des Terriens. Mais les missions ne sont jamais garanties, le taux d'échec est élevé et nombre d'équipages ne s'en sont pas sortis indemnes ; quant à ceux qui sont revenus, rares sont les bienheureux qui en auront rapporté de quoi vivre tranquillement jusqu'à la fin de leurs jours.
Fred Pohl use d'un style dynamique, s'adonne à quelques tentatives de techno-babble sans verser dans la hard science et s'évertue à conserver un côté aventureux à son roman : on sait que Bob s'en est sorti et qu'il a touché le pactole, mais pourquoi ressent-il cette profonde culpabilité qui le pousse à s'adonner aux pires turpitudes ? Les chapitres psychanalytiques étant souvent courts, ils parviennent à ne pas lasser le lecteur qui préfèrera sans doute la description de l'univers de la Grande Porte, ses dérives capitalistes, ses décors singuliers (des tunnels creusés dans un astéroïde aménagé) et sa faune hétéroclite, personnages plus ou moins paumés mus par une même passion et terrassés par la même angoisse.
Intéressant, et suffisamment intrigant pour mériter d'être développé plus avant (d’autres livres viendront en effet développer cet univers). Ce qui explique sans doute la farandole de prix décrochés.
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Publié le
7.5.26
Par
Nolt
Le chevalier de Gotham pénètre au cœur de la folie dans Arkham Asylum, réédité en 2014 par Urban Comics.
L'asile d'Arkham abrite les plus dangereux psychopathes de Gotham. Emmenés par le Joker, ces derniers vont prendre le contrôle de l'établissement et exiger que Batman vienne les rejoindre. Ne pouvant décemment pas laisser exécuter les otages, Bruce Wayne accepte et rejoint ses pires ennemis.
Le héros plonge alors dans l'antre de la démence, au sein d'un lieu impressionnant, marqué par les troubles de son fondateur. En effet, le journal d'Amadeus Arkham va progressivement livrer les secrets du médecin et de sa sinistre institution.
Pour Batman commence un périple à travers les coups, le sang et les apparences, souvent trompeuses. Et si, finalement, il finissait par douter de sa propre santé mentale ?
Voilà donc la réédition d'un graphic novel très particulier, scénarisé par Grant Morrison (We3) et dessiné par Dave McKean, connu notamment pour ses magnifiques covers de la série Sandman.
Le récit pourrait se résumer à une série de confrontations entre Batman et certains de ses vieux ennemis s'il n'était pas justement complètement transcendé par les peintures exceptionnelles de McKean. C'est le style très impressionnant de l'artiste qui va ainsi donner tout son sens et sa puissance émotionnelle à l'histoire. L'ambiance visuelle, faite de visages déformés, d'ombres inquiétantes et d'étranges symboles, est encore renforcée par l'utilisation de photos ou de textures crasseuses qui contrastent fortement avec l'aspect onirique de l'ensemble.
Une forte et malsaine tension semble émaner des planches et crée un véritable malaise chez le lecteur plongeant dans cette expérience graphique percutante et originale. Ombres, brumes, graffitis, silhouettes, cases salies ou fortement contrastées, flou et crayonnés, traces de sang et découpage anarchique font que ce tour de force peut se rapprocher un peu du travail de David Mack (sur Echo notamment), bien que ce dernier soit bien plus inventif encore.
L'ouvrage, qui ne s'inscrit pas spécialement dans la continuité de l'univers DC Comics, n'est tout de même pas si facilement abordable qu'il n'y parait. En effet, alors que Batman rencontre une vaste galerie d'adversaires (comme Harvey Dent ou le Chapelier Fou), ceux-ci ne sont parfois pas réellement nommés et il faut donc une certaine connaissance des super-vilains habituels du justicier de Gotham pour pouvoir les reconnaître et apprécier véritablement leur entrée en scène. D'ailleurs, il est dommage que la petite présentation des protagonistes, que l'on trouve à la fin, ne soit pas plus complète, les auteurs ayant privilégié une esthétique et une économie de mots qui prolonge et soutient l'ambiance du récit mais perd en valeur informative.
Arkham Asylum s'avère être un conte violent et torturé, peuplé de monstres grotesques et effrayants. Les auteurs parviennent à créer une ambiance glauque et étrange, la folie suintant littéralement de certaines planches très impressionnantes. Bien entendu, le style graphique et la thématique destinent ce récit mettant en scène le Dark Knight à un public adulte et le classent parmi les classiques, comme The Long Halloween ou Hush.
Un comic sortant des sentiers battus et proposant un traitement visuel fort, qui flirte avec le surréalisme ou l'expérimental.
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