Coplan : des romans à la BD
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Gros plan sur un espion à l'ancienne ayant eu un énorme succès à son époque : Francis Coplan.

Après le Docteur Justice, nous continuons notre passage en revue des anciens héros français avec Coplan. Pour la naissance de ce dernier, il faut remonter jusqu'au début des années 1950. Des débuts fort pragmatiques puisque, à cette époque, Jean Bruce, auteur de la célèbre série OSS 117, vient de quitter la maison d'édition Fleuve Noir. Son directeur, soucieux de conserver ce genre de héros dans son catalogue, va alors demander à deux auteurs belges, Gaston Vandenpanhuyse et Jean Libert, de créer un personnage plus ou moins similaire. Sous le pseudonyme de Paul Kenny (oh mon dieu, ils ont... non, pardon), les deux écrivains vont alors lancer les aventures de Francis Coplan, alias FX 18, agent du SDECE (Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage).

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les deux compères (et leur successeur) vont être prolifiques, puisqu'ils vont signer 237 romans le mettant en scène. Autant dire que le style va être "simple" et aller à l'essentiel. Impossible de pondre des romans au kilomètre sans sacrifier subtilité et profondeur. Mais il y a à l'époque un vrai public pour ce genre de littérature, et la série va cartonner, se vendant à plus de 3 millions d'exemplaires par an (dans le monde entier) au début des années 1970. Forcément, une telle manne financière a de quoi motiver les auteurs. De 1953 à 1996 (à partir de 1989, c'est Serge Jacquemard qui prend la suite, toujours sous le même pseudonyme), c'est un rythme ahurissant (surtout les premières années) de six nouveaux romans par an qui va être maintenu ! Autrement dit, Vandenpanhuyse et Libert tournaient chacun à un roman tous les quatre mois. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de quatre mois d'écriture et de réflexion, mais de quatre mois en tout, relectures, validation par l'éditeur, impression et distribution comprises. 




On retrouve, au niveau des romans, certains signes typiques des séries fleuve, notamment les titres un peu "génériques" et qui ne reflètent pas forcément l'intrigue : Machin joue et gagne, contre-attaque, mène la danse, se rebiffe, se distingue, gagne la belle, voit rouge, s'expose... autant de titres fourre-tout que l'on retrouvait déjà dans OSS 117 (ou dans certaines séries jeunesse). De plus, les récits sont relativement brefs et laissent de côté sous-intrigues ou personnages trop complexes.
Par contre, on voit du pays : l'agent FX 18 se rend dans bien des lieux exotiques, de l'Iran à l'Australie, en passant par la Roumanie, le Cambodge ou encore la Suède. Mais là où un Vernes par exemple (cf. l'article revenant sur Bob Morane) se contentait du strict minimum et ratait complètement la description des lieux censés apporter de l'évasion, le duo "Paul Kenny" va, lui, effectuer un véritable travail de documentation, ce qui apportera une touche de réalisme à leur saga.

En ce qui concerne le personnage principal, là encore, peu de surprises. Le gars est intelligent, courageux, athlétique et d'un calme olympien dans les pires situations. Par contre, signe des temps anciens, il fume, ne refuse pas un verre de whisky de temps à autre et aligne les conquêtes féminines. 
Cependant, contrairement à un James Bond, il ne joue pas les dandys mondains au volant de belles voitures et n'est pas bardé de gadgets. Ingénieur et homme de terrain froid et discret, il apparaît, toutes proportions gardées, comme un agent relativement crédible dans le contexte de l'après-guerre et de la guerre froide.




Comme souvent lorsqu'une série de romans rencontre le succès, des adaptations BD ont rapidement vu le jour. Outre des strips à destination des journaux (plus de 2600 sur près de 20 ans, d'après nos recherches), c'est surtout Arédit, dans sa collection Comics Pocket, qui va publier des adaptations en noir et blanc, petit format. En tout, 45 tomes (de 160 à 192 pages), parfois repris en recueil de deux numéros, vont être réalisés, avec, entre autres, la contribution aux crayons du dessinateur espagnol José de Huéscar ou de l'italien Francesco "Frank" Privitera
Les couvertures sont typiques de ce genre et de cette période : flingues, héros viril et jeunes femmes quelque peu dénudées (une tendance sexy qui s'accentuera au niveau des romans dans les années 1970). Mais ce qui est intéressant, c'est surtout la démarche éditoriale.

En effet, la série Coplan est vendue dans les kiosques, à bas prix et sur du papier de piètre qualité. C'est une production typique de cet "âge d'or" du véritable comic "à la française". Car, contrairement à ce que certains nommeront, des décennies plus tard, les "french comics" (qui en anglais désigne tout bêtement l'ensemble des BD françaises), il ne s'agit pas ici de singer, souvent de manière très maladroite, des histoires de super-héros bien mieux produites par les géants américains de l'édition. Par contre, c'est "l'esprit comic" qui est ici repris. Autrement dit, des publications accessibles, produites à flux tendu et encore considérées, à ce moment, comme un bien de consommation éphémère, et non de véritables pépites pour collectionneurs. 
Et bien entendu, avec un héros français, intégré dans un environnement très "gaulois", il ne s'agit pas de se calquer sur les grandes figures d'outre-Atlantique, mais bien de reprendre une façon de produire de la BD grand public en l'adaptant au marché français. Ainsi, de 1969 à 1981, le très français Francis Coplan, inventé par deux Belges, va profiter d'un système économique italo-américain (car, même si Arédit mettra le terme "comic" dans le nom de sa collection, il ne faut pas oublier la tradition des fumetti en Italie, très proche sur le principe du système US). 




Mais revenons maintenant aux BD elles-mêmes avec la grande question : méritent-elles véritablement le détour et l'achat d'occasion qui va avec ?
Eh bien, déjà, d'un point de vue historique et sociétal, oui. Indéniablement, il s'agit là d'un morceau de notre passé, d'une fenêtre sur une époque révolue et fascinante à plus d'un titre. Au niveau de la qualité, dans l'absolu, la réponse serait plus mitigée. Le style graphique a un charme certain, malgré parfois quelques faiblesses. Et la plupart des intrigues, adaptées des romans, sont au minimum divertissantes. Toutefois, les défauts des romans (et d'une production intensive) se retrouvent aussi sur ces planches : personnages peu développés et caricaturaux, narration privilégiant l'action pure, récit allant à l'essentiel sans beaucoup de finesse. Le côté nostalgique est présent, la qualité pas toujours. Mais cet aspect, vite fait, désuet et peu abouti, finit aujourd'hui par faire partie du charme de la série, bien réel pour peu que l'on ne soit pas allergique au style "romans de gare". 

Tout comme Bob Morane ou Benjamin Justice, Francis Coplan fait partie de ces légendes populaires ayant autrefois enchanté des bataillons entiers de lecteurs. Ancré dans son époque, victime d'un système éditorial qui a certes fait son succès mais lui a imposé aussi des limites, Coplan s'en retourne aujourd'hui tranquillement dans les limbes de l'Imaginaire, attendant qu'un producteur fainéant ou audacieux ait l'idée de remettre au goût du jour le glacial FX 18, ou qu'un éditeur un peu fou ait l'idée d'une intégrale regroupant ses aventures. Trouverait-elle son public dans la France actuelle ? Rien n'est moins sûr...


En haut : romans datant des années 60, 70 et 80. En bas et de gauche à droite : un roman datant
des années 60 et deux recueils BD datant du milieu des années 70.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un personnage à l'ancienne, brut de décoffrage mais charismatique.
  • Des romans relativement bien documentés.
  • Un style très correct pour du "roman de gare".
  • Le côté exotique et gentiment sexy.
  • Une fenêtre sur une autre époque.
  • Les très jolies covers dessinées. 

  • Des intrigues allant à l'essentiel.
  • Une narration sans beaucoup de subtilités.
  • Des BD aux dessins inégaux.
  • Des personnages à la psychologie embryonnaire.
  • Les covers à base de photographies, plus putassières que vraiment inspirées.
La Parenthèse de Virgul #53
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Hello les Matous !
J'espère que vous avez les patounes au frais en cette période de forte chaleur, ce n'est pas un temps à laisser traîner vos coussinets sur le bitume ! Allez, pour vous soulager un peu, je vous ai concocté un sujet rafraîchissant à base de costumes de super-héros. Un classique donc, mais qui sort un peu des sentiers battus, vous allez voir.
Miaw !

Batman et le Mystère du Costume Rose
Si vous êtes collectionneur de figurines, vous avez déjà dû voir des versions très différentes du costume du célèbre Dark Knight, notamment dans la gamme de figurines McFarlane : costume classique noir et gris ou bleu et gris ; "armored" ; White Lantern ; Dark Detective ; Dark Knight Returns ; la version dessin animé des années 90, etc. Le protecteur de Gotham dispose d'une garde-robe bien plus étoffée qu'on pourrait le penser. 
L'un de ces accoutrements, cependant, est un peu à part. Il s'agit du fameux et si reconnaissable "pink suit", c'est-à-dire une version rose et vintage, aussi originale que criarde. Cela peut paraître étonnant comme choix vestimentaire de la part de Bruce Wayne, mais en réalité... il n'a jamais porté ce costume !
Ou plutôt... pas vraiment.

Mais revenons aux origines de ce si particulier costume.
Tout commence en 1957, par la publication du Detective Comics #241, écrit par Edmond Hamilton et dessiné par Sheldon Moldoff. Dans ce numéro, pour les besoins d'une enquête, Batman va changer à de nombreuses reprises de tenue. L'on va ainsi le voir porter des costumes rouge, bleu clair, jaune, orange, vert et blanc (cf. illustrations ci-dessous). Et même un costume arc-en-ciel pour le grand final ! Or, si vous avez été attentif, vous aurez noté qu'il n'est nullement question dans ce récit de costume rose. 
Mais alors, d'où sort-il ?

Eh bien, tout bêtement, de la couverture de cet épisode (image d'ouverture, en haut de cette Parenthèse). Bruce Wayne ne porte donc pas cette tenue dans l'histoire intitulée The Rainbow Batman, mais il est bien représenté ainsi sur la cover de cette dernière. D'ailleurs, l'on peut noter aussi la présence d'un costume violet qui n'est pas non plus utilisé dans le récit.
L'on pourrait émettre l'hypothèse d'un problème d'impression, fréquent à l'époque. Le rouge aurait viré au rose sans que cela ne soit volontaire. Mais justement, la présence du costume violet évoqué plus haut, tout comme l'absence des costumes blanc et arc-en-ciel, font plutôt penser à une couverture rendant l'esprit de l'épisode mais n'étant pas strictement basée sur son contenu. Ce serait donc un pur hasard si, de nos jours, cette invention du coloriste (il n'était pas crédité à l'époque, impossible de savoir avec précision qui s'en est chargé ou quelles directives ont été données) a conduit, des décennies plus tard, certains fabricants de figurines (comme Enesco, Funko Pop ou McFarlane, déjà cité plus haut) à populariser cette version. 
Mais on ne va pas s'en plaindre, pas vrai ?

Signalons également, pour être complet, que cet épisode a été réédité par Urban Comics récemment, dans sa gamme Treasury. On vous en avait parlé dans cet Écho. Est-ce intéressant à lire ? Pas du tout ! C'est une vieillerie à la narration désuète, centrée sur une enquête on ne peut plus naze et bâclée. Ce comic vaut surtout pour la valse des costumes qu'il contient, et encore, ils ne sont guère mis en valeur.
M'enfin, maintenant, vous savez d'où sort cette version si iconique !
Hop, le "pink suit mystery" est maintenant résolu ! Batman n'a jamais réellement utilisé ce costume, et les nombreux clins d'œil et hommages le concernant partent en réalité d'une couverture qui a fini par être plus légendaire que les pages qu'elle abritait. 

À la prochaine les Matous, et ne lésinez pas sur la clim et les glaçons ! 


La "valse" des costumes du Detective Comics #241.

Le Batman "pink suit" chez McFarlane.

Citizen Vigilante
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Un film choc, interdit en Allemagne pour de bien mauvaises raisons : Citizen Vigilante

Ce long-métrage violent et engagé est réalisé et scénarisé par Uwe Boll, auteur précédé d’une réputation de metteur en scène disons… peu doué. Le rôle principal est interprété par Armie Hammer, qui livre une prestation habitée et glaçante.
Niveau pitch, c’est simple : l’Europe doit subir l’impéritie de son système judiciaire, gangréné par des juges laxistes et politisés, et fait face à une immigration criminogène dont les agissements ne sont plus dissuadés par un système qui punit bien plus le citoyen qui se défend que le salopard qui tente de l’égorger. OK, c’est donc de notre réalité qu’il s’agit.
Dans ce contexte, un homme a pris les armes et lutte pour réveiller ses concitoyens.

Disons-le tout de suite, si le film n’est distribué nulle part, ce n’est pas parce qu’il est "raciste" comme on peut le voir dans une certaine presse, mais parce qu’il ose faire ce qui est interdit de nos jours dans l’Union Européenne liberticide et totalitaire : décrire le réel.
Quel est exactement le propos de fond ? Simple : certains migrants ne partagent pas les valeurs du pays qui les accueillent et haïssent les Blancs. Ce qui est indéniable. Il n’y a rien de raciste là-dedans [1]. Les racistes, ce serait plutôt ceux qui égorgent une jeune femme parce qu’elle est blanche ou lynchent un gamin parce qu’il aime le pays qui lui a tout donné. 

D’autres, plus modérés, qualifient ce film de "vigilante movie" et le comparent à un Death Wish ou d’autres fictions du même genre. Grave erreur. Il ne s’agit pas ici d’un type qui veut se faire justice lui-même mais d’un résistant obligé de prendre les armes parce que la justice ne fonctionne plus (elle prend même parti pour les criminels).
C’est très différent sur le fond. Il ne s’agit pas de se substituer à un système judiciaire qui fonctionnerait encore, mais d’exercer son droit, son devoir moral même, à la défense des siens et des innocents. Aucun peuple, jamais dans l’Histoire, peu importe où, ne s’est laissé exterminer sans réagir. 




Dans la société actuelle, gangrénée par une pensée gauchiste déviante qui crache sur les innocents et encense les pires meurtriers, oser dire aussi clairement les choses relève d’un acte de courage salutaire et d’une force inouïe.
Aussi, même si le film a des qualités formelles (notamment le montage dynamique ; une photographie soignée ; et un personnage principal froid, spectral et intangible, représentant l'âme du peuple), il dépasse complètement le cadre de l’œuvre artistique pure ou de l’objet de divertissement. En abordant le martyr des Européens en Europe, lâchés par une pseudo-élite corrompue et sans limites morales, qui gouverne contre l’avis du peuple et contre ses intérêts vitaux, Boll s’inscrit ici dans un acte de résistance admirable, car bien entendu il sait très bien ce qu’il risque en termes de violence physique et de persécution pour avoir osé refléter, le temps d’un film, une réalité qui tue chaque jour mais que la vermine politicienne et les médias mainstream collabos travestissent au nom d’une idéologie scélérate.

Que ce film soit vu et soutenu malgré les magouilles pour l’enterrer montre à quel point l’immense majorité des Européens libres et raisonnables, quelles que soient leur couleur et leurs origines, attendent un message fort qui les sortira de leur marasme. Car un gouvernement tient sa légitimité du peuple et de ses actions positives envers le peuple. Quand il cesse de se préoccuper des intérêts de la Nation pour devenir une entité nocive, il se doit d’être renversé. Et renverser un tel système n’a rien de "fasciste", à moins de penser que la Nation, la vérité, le courage, la justice, l’amour des siens et la volonté de vivre en paix et en sécurité soient des valeurs indignes.  

Une œuvre d’une vérité à couper le souffle, peut-être le premier acte formel de rébellion artistique "grand public" envers un système qui détruit aussi bien nos enfants que notre culture. 

"Je fais ça pour vous, en attendant que vous le fassiez vous-mêmes."
Sanders





[1] : Je l’ai toujours affirmé, je préfère un voisin Noir qui partage mes valeurs qu’un Blanc qui se conduit comme une racaille. Un homme n’est pas défini par ce qu’il est mais par ce qu’il fait. Si vous commettez des crimes, vous êtes un criminel, c’est aussi simple que ça. Et une société saine doit vous neutraliser pour le bien de tous. Les Français ou les Allemands ne sont pas racistes, ils ne haïssent pas certains migrants parce que leur couleur ne leur convient pas mais parce que certains se comportent comme des barbares, qui ne respectent rien et sont prêts à massacrer n'importe qui. Et interdire aux citoyens de dire que quelqu'un se comporte mal quand il se comporte mal, c'est cela le fascisme. 



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un constat réaliste que peu osent faire publiquement.
  • Un message fort, lucide et fondamentalement sain.

  • Très violent voire gore, mais le réel est rarement propre.
  • Un personnage principal sans concession et direct, qui n'incite pas à la sympathie, même si c'est clairement voulu pour faire passer le message qu'il porte avant sa propre personne.
Écho #88 : Marvel Legends - Cyborg Spider-Woman
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Rapide zoom sur une figurine de la gamme Marvel legends avec cette étrange Cyborg Spider-Woman !

Revenons d'abord sur le personnage. Il s'agit, contre toute attente, de Petra Parker, une héroïne issue d'un monde alternatif où se déclenche, en 2087, une grande guerre opposant des robots. 
Drôle de choix donc, de la part de Marvel, de faire de ce personnage massif une femme, mais admettons.

La figurine est dans une boîte en carton, sans "vitrine" plastique, donc sans possibilité de l'exposer dans des conditions MIB (mint in box). Notons que malgré l'énorme flingue du côté droit, le personnage peut s'équilibrer sans trop de difficultés. Avec vingt centimètres de haut et une belle envergure, la figurine est donc plus grande et massive que les modèles standard et constitue une pièce particulièrement originale au sein de la Spider-Family, avec un look qui n'est pas sans rappeler un petit cousinage avec l'esthétique de Spawn.

À environ 30 euros actuellement, voilà un modèle exotique et impressionnant qui n'exige pas un trop gros investissement. Miaw !




Kaatastroff
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On fait le point sur Kaamelott, volet II partie 1, et ce n'est pas folichon...

Après un premier film décevant, Alexandre Astier a livré il y a quelque temps la deuxième partie de sa "trilogie" finale (qui comportera en fait quatre films...), maintenant disponible en édition collector blu-ray (à 45 balles, faut le vouloir !). Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on atteint ici des records en matière de médiocrité et de ratage complet. La liste des défauts de ce film semble interminable. Une sorte d'effondrement total qui rend la conclusion de la saga Kaamelott assez pathétique. 
Faut-il s'étonner de ce naufrage ? Pas forcément, Astier ayant déjà montré ses limites avec son premier long-métrage, le prétentieux et vain David et Madame Hansen, ou lors de son exoconférence, succès public qui pourtant était truffé de problèmes importants et indéniables (redites, affirmations fausses bien que soutenues par des scientistes, humour qui tombe à plat, mise en scène désastreuse, ego trip grotesque, bref, les fans hurlaient encore au génie alors que le bateau prenait déjà l'eau). Je précise que je n'ai rien personnellement contre le gars, je l'ai même défendu longuement et en argumentant dans son sens lorsqu'il était attaqué par des connasses sans cervelle (cf. cet article).

Mais voyons précisément tout ce qui est raté dans ce film de 2h20.
Dès les premières minutes, ce qui frappe le spectateur et finit par agacer rapidement, ce sont les hurlements. Tous les personnages passent leur temps à brailler, s'énerver et s'engueuler. Au bout de quarante minutes, cela devient insupportable. C'est assez fou, on dirait qu'Astier ne connaît plus que ce seul ressort scénaristique : des gens qui crient et sont agacés. 
La réalisation, quant à elle, s'avère plate et fainéante. Un plan large et fixe pour planter un changement de décor, puis des scènes sans inspiration et ressemblant à du théâtre filmé (ou à un téléfilm bas de gamme). Aucun effort, aucune ambition de ce côté-là. 


Des acteurs qui ont l'air de se faire chier, peut-être par solidarité avec le public.


Et ça continue ! Le jeu des acteurs est spectaculairement mauvais. Or, même si les enfants Astier manquent peut-être d'expérience (car le réalisateur a casé toute sa famille), tout le casting ne peut être à ce point nul. C'est donc bien encore Astier et sa direction d'acteurs qui sont à incriminer. Pire, même les personnages historiques finissent par sonner faux à force de redites et d'exagérations.
Bel effet réalisé sous Amstrad 6128.
Niveau intrigue, l'on n'est pas mieux loti. Les nouveaux personnages sont très mal introduits, voire pas du tout présentés ; le récit se perd dans des sous-intrigues fades et mal maîtrisées ; et Arthur est plus antipathique que jamais, enfermé dans son rôle de dépressif démissionnaire. D'ailleurs, il nous refait le coup de l'épée replantée... putain, vraiment ? Il n'y a pas autre chose à faire que ça ? C'est qui le conseiller technique du gars, Kurumada

Et pire que tout, rien n'est drôle. Ce qui fonctionnait avant, dans la série TV, tombe complètement à plat, comme si l'auteur était totalement rincé. On a l'impression régulièrement d'être devant une mauvaise parodie tellement c'est du Kaamelott mais sans inspiration. L'écriture est évidemment le point le plus négatif. Le scénario, les dialogues, les personnages et leur éventuelle évolution, tout est plombé par un surplace narratif et une maladresse aussi étonnante que lourdingue. Rien ne semble évoluer, de Lancelot toujours au bord de la folie à Arthur traînant des pieds, en passant par l'incitation à faire un héritier (avec une potion, encore !), le tavernier qui a absolument besoin de Karadoc pour faire tourner la boutique, Merlin qui se méfie d'un autre druide... chaque minute n'est qu'un recyclage poussif de ce qui a déjà été mille fois mieux traité.


Une partie des nouvelles têtes qui n'inspirent rien si ce n'est de l'indifférence. Normal : aucun personnage n'est correctement introduit.


Reste encore à aborder l'absence de Franck Pitiot, alias Perceval. Ce dernier ayant réussi à lire le scénario du second opus avant le tournage (une pratique contraire aux habitudes d'Astier), il a décidé de ne pas rempiler, certainement déçu du premier film et de la direction que prenait celui-ci. Comment ne pas le comprendre ? La réaction d'Astier est alors ahurissante. Il se félicite presque du départ de son ami et acteur phare. "Ça permet d'aller dans d'autres directions." ; "Il est là sans être là." ; "C'est presque une bonne nouvelle."... bref, c'est du "je m'en fous, j'ai pas besoin de lui". Sauf que, en réalité, c'est un énorme coup dur. Et Astier n'est pas suffisamment idiot pour ne pas le savoir. Non seulement Perceval est central dans l'histoire (il est censé avoir une destinée plus importante que celle d'Arthur lui-même), mais c'est en plus le personnage le plus populaire chez les fans. Il ne s'agit pas cette fois de Vanessa Guedj (Angharad, la suivante de la reine), avec qui Astier s'était engueulé, et qui présentait son départ, goguenard, comme une péripétie sans conséquences. Cette fois, c'est l'un des piliers de Kaamelott qui abandonne, déçu par une écriture devenue désastreuse. 

Il y a eu de la tendresse et même du galochage entre ces deux-là, on espérait plus,
mais on revient encore au statu quo, sans que rien ne puisse le justifier.
Là encore, il faut souligner l'immense défi constitué par le fait d'être seul aux commandes de tout. Un défi si casse-gueule que même les plus grands s'abstiennent de n'écouter qu'eux, au contraire, ils s'entourent en général de "garde-fous". Astier écrit, réalise, monte, produit, écrit la musique, décide du casting, du packaging des DVD et pourquoi pas du contenu des sandwichs sur le tournage. Or, on le constate, Astier n'atteint pas ici ses limites, il les a dépassées depuis fort longtemps, empêtré dans sa certitude d'être infaillible et omnipotent. "Je déçois les gens ? Ben c'est pas grave, je fais ce que je veux !" ; "Mon acteur principal se barre ? Ben qu'il se casse, l'histoire sera encore mieux sans lui !" ; "Une trilogie c'est trois films ? Ben moi j'en fais quatre et je t'emmerde !"...
Et je caricature à peine. Oui Astier a eu du génie à une époque (ce qui n'en fait pas un génie, c'est une distinction subtile que peinent à faire la plupart des gens), oui les premières saisons de Kaamelott étaient exceptionnelles, oui le virage sombre de la cinquième saison et le changement de format étaient à l'époque un tour de force, mais cela n'en fait visiblement pas un auteur capable de se renouveler, de prendre du recul sur sa propre œuvre ou même de corriger des erreurs évidentes. Pour cela, il lui faudrait accepter de collaborer avec des gens dont le rôle est justement de signaler à l'auteur qu'il se plante. Pas de lui restreindre sa liberté, mais de l'empêcher de faire n'importe quoi. Par excès de confiance, il n'a pas voulu de cela, et le résultat est là : un réalisateur clairement en déficit de savoir-faire qui n'est même pas compensé par la qualité d'une écriture devenue stérile et pitoyable. 

Énorme déception donc, car ce Kaamelott II n'est même pas un nanard qui peut se regarder au second degré, c'est un long et pénible voyage chaotique à travers les tares d'un auteur trop vite encensé alors qu'il demeure un artiste avec ses limites, ses égarements et ses travers. Quel gâchis ! 





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Absolument rien, ce qui est plus triste que surprenant vu la dérive de l'auteur depuis un bon moment.

  • Des gens qui gueulent tout le temps, ce n'est pas forcément drôle, ça peut même devenir pénible.
  • Une direction d'acteurs execrable.
  • Une réalisation terne et purement fonctionnelle.
  • Des nouveaux personnages dont tout le monde se fout (donc, encore un gros problème d'écriture).
  • L'absence de Perceval.
  • Un Arthur atrocement antipathique à force de jouer sur le registre du gars "qui s'en fout".
  • Des scènes sans surprise, plombées par un radotage narratif sans inspiration.