Publié le
25.7.26
Par
Nolt
Gros plan sur un ouvrage revenant sur les aventures de Tintin (et celles d'Hergé) avec Précédemment, dans Tintin... une énorme claque !
L'homme à l'origine de ce très long essai (750 pages au format 21 x 29,6 cm, sans la moindre illustration !) est David Lluis, déjà auteur de Une relecture dont vous êtes le héros (deux tomes consacrés aux fameux LDVELH). Tintinophile passionné - et passionnant -, l'essayiste méticuleux se propose de nous embarquer dans une saga fantastique et exhaustive où l'on pourra découvrir Tintin sous tous ses aspects et sur tous les supports.
Je dois l'avouer, j'ai parcouru ce livre d'une manière enfiévrée, sautant des repas (ce qui ne me fera pas de mal), passant une presque nuit blanche et délaissant le monde réel pour me plonger dans l'incroyable épopée qui est ici racontée. Aucun livre ne m'avait autant marqué depuis Le Club de Pagel, il y a déjà dix ans. Et je rédige cet article dans la foulée, encore hanté par certains passages et la plume, fort agréable, du sieur Lluis.
Tout commence par la base, autrement dit les œuvres de jeunesse d'Hergé et la principale source d'inspiration qui définira les qualités de son héros le plus connu : le scoutisme. Le courage, la débrouillardise, le respect de la nature, autant de valeurs nobles qui contribueront à façonner le reporter à la houppette. À travers cette lente mise en place, c'est aussi de l'évolution de la BD (encore embryonnaire à l'époque) qu'il est question, avec - entre autres - l'apparition des fameux phylactères qui allègeront grandement la narration.
Rapidement, l'on rentre dans le vif du sujet : l'analyse pointue de tous les albums (et même les travaux en général) d'Hergé, album par album (et version par version lorsque cela est pertinent, et ça l'est souvent). Après une rapide description de l'intrigue et des probables sources d'inspiration, David Lluis se livre à un jeu intellectuellement savoureux consistant à critiquer (parfois durement) certains albums pour aussitôt après se livrer à ce qu'il appelle le jeu de la piñata, permettant, en cognant fort sur chaque aventure, d'en faire ressurgir les qualités réelles mais quelquefois cachées.
Tout est minutieusement passé en revue, sur un ton familier et agréable qui ne parvient pas à masquer la grande maîtrise de l'auteur et l'élégance de son style. Tout cela se lit donc bien, et heureusement vu l'aspect quelque peu aride de l'ouvrage. Mais comment en vouloir à l'auteur, autopublié, qui ne se risquera pas (avec sagesse) à déclencher l'ire des si irritables Éditions Moulinsart en publiant même de rares extraits des albums.
Si vous connaissez déjà un peu l'univers de Tintin, vous ne pourrez que remarquer à quel point ce retour en arrière sur son passé est exhaustif et riche. Outre les albums (tous les albums signés Hergé ; Jo, Zette et Jocko ou Quick et Flupke compris), l'auteur revient sur les pièces de théâtre, les feuilletons radiophoniques, les films et même les spectacles de marionnettes consacrés à Tintin. L'aspect "collection" n'est pas oublié, avec une partie qui liste divers travaux de Georges Remi, de l'illustration d'un menu, aux autocollants Vache qui rit (c'est vrai cette fois, cf. ce poisson d'avril), en passant par des dessous de verre, des emballages de savon ou la conception d'une boîte de crayons de couleur.
La somme de travail est proprement ahurissante.
Venons-en aux petits bémols. La sempiternelle accusation de racisme visant Hergé n'est malheureusement pas évitée (nous l'avions abordée succinctement dans ce dossier), même si elle est cette fois mesurée et présentée avec un souci d'honnêteté. Il me faut cependant ouvrir une parenthèse concernant certains jugements de valeur politiques et historiques. Non, Tintin au Congo, quelle que soit sa version, n’est pas empreint de "racisme paternaliste", c’est là un jugement biaisé dicté par des codes moraux modernes. Impossible d’étudier le passé sereinement et avec un minimum de recul si l’on y importe des doctrines récentes dégoulinant de repentance et d’ethnomasochisme. Hergé n’a jamais rien dit, fait ou écrit pouvant permettre de conclure à un penchant, même léger, pour le racisme (le vrai, celui qui laisse des traces de sang sur les trottoirs, pas celui que les wokistes voient partout). Au contraire, toute son œuvre tend vers un humanisme sincère et profond, même si le père de Tintin était bien un homme de son époque, baigné dans une culture complexe et trop différente de la nôtre pour que l’on puisse la juger sommairement.
S’il y a bien des problèmes dans les trois premiers albums de Tintin, ils sont artistiques et non politiques ou éthiques. Ce sont encore des albums trop verts à la narration peu habile, presque une suite de sketchs, qui n’ont que peu à voir avec l’intemporalité qu’Hergé atteindra par la suite dans le reste de la série, et ce dès Les Cigares du Pharaon. Ceci dit, cet ouvrage est un essai, et il n’est donc pas incongru que l’auteur y défende son point de vue, même s’il est parfois outrancier (et à d’autres occasions heureusement bien plus nuancé voire éclairé, notamment lorsqu’il se positionne contre l’interdiction ou la modification des œuvres artistiques jugées "inbon", ce qui est à mettre à son crédit). Aussi ne vais-je pas rentrer plus avant dans un débat trop axé sur cet aspect, d’une part parce que ce serait donner une fausse idée de la richesse exceptionnelle de ce travail, d’autre part parce que l’auteur me semble faire partie de cette gauche disparue, hugolienne et respectable, qui acceptait le débat démocratique, et non de la secte criminelle, raciste, totalitaire et déviante qu’elle est devenue.
Même chose pour les accusation de "collaboration" ou de "neutralité" jugée déraisonnable. L'Étoile Mystérieuse, devenue une métaphore de l'occupation allemande, avec de méchants Américains en antagonistes, serait ainsi un album "abject". C'est là aller bien loin dans une obsession étrange. D'une part, comme le rappelle l'auteur lui-même, en citant Goldman et son Né en 17 à Leidenstadt, nous ne savons pas ce que nous aurions fait, sans recul, dans l'urgence, la peur au ventre et l'envie de protéger les nôtres à l'esprit. Là encore, à une époque où la radicalisation semble être de mise, surtout sur ces sujets, il faut rendre hommage à la prudence et à la mesure de l'auteur. D'autre part, ces mises en accusation régulières, près d'un siècle après les faits, semblent bien vaines. Oui, Hergé aurait pu faire des Américains de gentils adversaires, voire des alliés, mais aurait-il pour autant évité le fourvoiement et d'autres accusations ? Après tout, le régime US était aussi raciste que les autres à l'époque (la ségrégation a même continué jusque dans les années 60 chez les "champions de la liberté"), et l'armée américaine, en termes de crimes de guerre, n'a rien à envier à la Wehrmacht. Entre les bombardements atomiques du Japon et les villes européennes rasées, avec massacres de civils afin de les "libérer", l'Oncle Sam n'est pas aussi sympathique que l'Histoire officielle tend à le faire croire. Mais c'est ainsi, l'étiquette "gentils" est apposée par les vainqueurs. Et les vainqueurs sont souvent les plus brutaux.
Bon, on a fait le tour des points de "friction". Et pour être honnête, je savais qu'il y en aurait. Peu importe, tout comme un être humain ne peut être réduit à son pire défaut, un livre ne peut être jugé sur les seuls points qui nous ont froissés. Et celui-ci contient trop de magie, de belles surprises et d'enivrantes anecdotes pour être reposé parce qu'un ou deux détails ne nous conviennent pas.
OK, l'auteur n'apprécie pas trop Vol 714 pour Sidney, pour des raisons qui justement me le font considérer comme l'un des meilleurs albums, l'amertume en tête, mais je fais partie de ces indécrottables naïfs qui rêvent encore d'un monde où l'on peut être adversaires dans l'idée sans être ennemis dans la vie. Et surtout, ce qui m'importe, c'est l'œuvre, l'œuvre seule. Je connais trop les auteurs, et les humains en général, pour devenir "fan" de l'un d'eux. Je les sais imparfaits, au mieux, terrifiants, au pire, même si certains forcent tout de même la sympathie et l'admiration par leurs actions et leur droiture (oui, je pense à Maître Habersetzer).
OK, l'auteur n'apprécie pas trop Vol 714 pour Sidney, pour des raisons qui justement me le font considérer comme l'un des meilleurs albums, l'amertume en tête, mais je fais partie de ces indécrottables naïfs qui rêvent encore d'un monde où l'on peut être adversaires dans l'idée sans être ennemis dans la vie. Et surtout, ce qui m'importe, c'est l'œuvre, l'œuvre seule. Je connais trop les auteurs, et les humains en général, pour devenir "fan" de l'un d'eux. Je les sais imparfaits, au mieux, terrifiants, au pire, même si certains forcent tout de même la sympathie et l'admiration par leurs actions et leur droiture (oui, je pense à Maître Habersetzer).
Même en étant un tintinophile averti, il est très probable que oui. Au détour d'un paragraphe, il n'est pas rare de découvrir un fait peu connu ou une vision qui nous avait échappé. En vrac, l'on peut citer par exemple les auteurs (chanceux) dont l'œuvre est citée dans la production hergéenne et qui y sont eux-mêmes représentés (souvent sous forme de figurants) ; vous apprendrez aussi pourquoi certains pensent que la Castafiore brise habituellement le verre lorsqu'elle chante ; vous trouverez une longue liste des prénoms imaginés par Hergé pour le Capitaine Haddock (avant donc le choix final d'Archibald) ; si certains caméos vous ont échappé, ils sont également détaillés ; certaines idées, plus ou moins développées, pour divers albums sont également détaillées, notamment celles concernant Tintin et les Picaros, avec une tirade incroyable d'Igor Wagner ; vous aurez même droit à une anecdote, émouvante, sur un jeune lecteur demandant à Hergé de le dessiner dans une aventure de Tintin...
Les références à d'autres œuvres sont également nombreuses, de Francis Coplan au fantastique Matin des Magiciens (fantastique car le scientisme est une déviance, l'Homme se doit de marcher sur deux pieds : le cartésianisme, certes, mais aussi la spiritualité, sinon, il boîte). Bon, on apprend aussi que le deuxième prénom de Greta Thunberg, l'épouvantail à moineaux au cerveau atrophié, est... "Tintin". Heurk. Ou que l'album Les Bijoux de la Castafiore passe le "test de Bechdel", ce truc de connasse hystérique en lutte contre le patriarcat imaginaire qui lui permet pourtant de développer ses théories misandres dans le confort hypnagogique obtenu par les inventions masculines qui lui évitent de crever dans une mine ou sur un échafaudage. Re-heurk.
Bon, rien de bien méchant, je sais juste maintenant que David et moi ne passerons pas nos vacances ensemble. Dommage, j'aime beaucoup son style. Mais bon, j'ai horreur des voyages de toute façon.
Revenons-en au sujet principal. Outre ces révélations quelque peu anecdotiques, l'on peut noter diverses créations personnelles de l'auteur, comme son explication subjective de l'intrigue, un peu décousue à la base, de L'Oreille Cassée. Ou, mieux encore, une fin imaginaire du Sceptre d'Ottokar, dans laquelle l'auteur développe une idée introduisant le futur du pays et son objectif... Lune ! Brillant !
Même un article deux fois plus long (et celui-ci l'est quand même déjà bien assez) ne permettrait pas de faire le tour de cet ouvrage stupéfiant à bien des égards. Qu'il soit issu d'un auteur autopublié, quand on sait la charge de travail que cela représente, et qu'il garde tout de même ce niveau de qualité (les coquilles sont rares) constitue une réelle exception dans l'édition. Mais c'est surtout la qualité de la plume et la passion évidente de son auteur, outre son aspect très complet, qui le place largement dans le Top 5 des ouvrages, traitant de Tintin et Hergé, à avoir dans sa bibliothèque.
L'essai se termine, comme il se doit, par la description des grandes aventures inachevées, sur lesquelles nous avons tous rêvé, que ce soit le Thermozéro, Un jour dans un Aéroport ou, bien évidemment, Tintin et l'Alph-Art.
C'est terminé. Une page se tourne. Je quitte David Lluis comme autrefois j'ai quitté Hergé, avec un pincement au cœur. Il faudra sans doute attendre 2054 pour que Tintin soit enfin disponible pour tous, ou plus sûrement pour que Moulinsart décide de lui donner une suite pour prolonger les droits. C'est si loin. Si long. En attendant, nous avons tout de même ces albums où Tintin et Haddock revivent à jamais leurs aventures trépidantes, émouvantes, essentielles. Et, de temps à autre, nous avons un ouvrage qui se démarque dans la vaste production tintinolèsque. Un ouvrage qui ravive la flamme, fait remonter souvenirs et sensations, donne un nouvel éclairage, un nouvel élan, tout en vous cognant fort dans le bide et en enchantant votre esprit. Que cette lecture fut belle, irritante parfois, surprenante, mais surtout profondément enivrante et lumineuse ! Je ne peux que vous conseiller vivement ce récit/essai/témoignage d'amour qui prend aux tripes et donne ce vague à l'âme propre à ceux qui reviennent d'une grande aventure et savent que, malgré tous les mots à leur disposition, ils ne pourront en rendre l'extraordinaire magie. Mais le spleen de la dernière page est le prix à payer pour connaître l'étrange bonheur que seuls le papier et l'encre peuvent engendrer...
En un mot, faut-il vous jeter sur ce livre ? OUI !
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Publié le
20.7.26
Par
Nolt
Après les automobiles dans l'univers de Tintin, c'est maintenant à un ouvrage revenant sur Les Voitures de Lefranc que nous nous intéressons.
La longue série Lefranc (cf. ce First Look consacré à La Grande Menace ; l'album Mission Antarctique ou encore cet Écho présentant le coffret anniversaire Lefranc) perdure depuis 1954 et a vu défiler nombre de véhicules, des plus mythiques aux plus récents. Casterman a donc décidé de leur consacrer un livre entier, sur des textes de Xavier Chimits.
Cela fait penser évidemment au projet similaire publié par Moulinsart, d'autant que l'on va ici retrouver essentiellement les mêmes défauts.
En effet, ce qui surprend avant tout, c'est que là encore, chaque illustration, chaque véhicule, est présenté dans un cours topo qui revient sur l'intrigue de l'album dont il est question. Pourquoi pas, une remise dans le contexte s'entend fort bien, le problème vient du fait que les textes se limitent à cela. Aucun élément technique sur les automobiles en question, pas même un bref résumé sur leur conception ou ce qui fait leur particularité.
Le seul attrait de cet album de 111 pages vient donc des visuels, consistant essentiellement en des agrandissements de cases issues des différentes aventures du reporter. Et force est de reconnaître que c'est souvent joli. Pas systématiquement cependant, car certaines cases, trop agrandies, montrent aussi leurs limites (et c'est bien naturel, elles n'ont pas été pensées pour un tel usage et ne disposent donc pas du niveau de détails nécessaire).
Signalons que l'on retrouve également les superbes dessins de voitures créés par Jacques Martin pour le Journal Tintin, les magazines BD de l'époque ayant l'habitude de proposer à leurs jeunes lecteurs des rubriques techniques sur l'aviation ou l'automobile. Enfin, l'éditeur a ajouté une histoire courte (8 planches), dessinée par Régric, scénarisée par Roger Seiter (le duo d'auteurs actuellement aux commandes de la série), et intitulée Le Rallye de la Route des Vins.
Que dire ? Voilà un album plutôt joli, qui se feuillète agréablement, mais qui n'exploite pas réellement un sujet qu'il ne fait que survoler.
Pour les complétistes ou les lecteurs intéressés par un joli artbook rétro.
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Publié le
13.7.26
Par
Nolt
Étrange, inquiétant, proposant quelques bonnes idées mais aussi profondément décevant, nous abordons aujourd'hui le déroutant Holy Ghost, un thriller horrifique de 2025, maintenant disponible sur Prime.
Dans la petite bourgade d'Augusta, une fillette kidnappée est délivrée par un flic local qui la ramène chez elle, saine et sauve, puis disparaît. Mais un problème de taille subsiste, les enquêteurs vont en effet découvrir que le flic en question est un ancien collègue, mort il y a plus d'un an...
Voilà un pitch simple mais intrigant, qui aurait pu donner un grand film. D'ailleurs, le début est particulièrement réussi et efficace, avec des plans sur une petite ville tranquille dévoilant rues et commerces banals, le tout rythmé par le bruit léger d'une circulation peu dense. Et de temps à autre, sur un mur, un poteau, le portrait d'une fillette et ce mot, terrifiant : missing...
Une introduction sobre mais particulièrement impactante.
Malheureusement, Shravan Tiwari, qui signe réalisation et scénario, va vite montrer ses limites. Car entre l'exposition d'une dizaine de minutes et le quart d'heure final, plutôt bien fichu lui aussi, il va se passer 1h15 de développement insipide et incroyablement ennuyeux. Et ce pour deux raisons qui tiennent au même élément central : les personnages.
Tout d'abord, les deux gamines ressemblent à des robots tellement elles sont inexpressives. C'est souvent le cas d'ailleurs dans les films américains, où les gamins semblent parfois "morts à l'intérieur". Là, que les fillettes se fassent enlever, qu'elles rentrent chez elles ou qu'elles voient un fantôme, le résultat est le même : une "poker face" très bizarre. Mais cette absence de réaction ne se limite pas aux enfants, tous les personnages, et notamment les deux principaux (une flic et le père d'une des fillettes enlevées), vont eux aussi être totalement opaques aux émotions. Impossible de savoir si les comédiens sont nuls ou si c'est la direction d'acteur qui est à la ramasse, mais le résultat est épouvantable. Quelle que soit la situation, tout semble faux tellement l'interprétation est terne et fade.
Le problème est encore accru par l'écriture, qui n'accorde même pas une scène au développement des personnages. Chaque minute tournée ne sert qu'à l'avancée de l'intrigue, ce qui est la pire manière de raconter une histoire : avec deux personnages principaux sans âme, qui ressemblent à des coquilles vides, sans caractère, sans failles, sans particularités, sans humanité même, impossible d'éprouver la moindre empathie. Tout devient dès lors très ennuyeux, au point que l'envie de stopper le visionnage revient régulièrement.
Pourtant, l'atmosphère générale et le cadre ont leur charme, et la musique sinistre, dans des décors agréables et ensoleillés, fait son petit effet et apporte un contraste intéressant. Mais les personnages totalement factices et "faux", plombés en plus par une interprétation en "sous-jeu", ne permettent pas l'immersion nécessaire dans ce thriller factice et froid. Il faut attendre le dernier quart d'heure pour qu'un semblant d'intérêt revienne enfin.
Autre fait pour le moins gênant, si vous ne comprenez pas au moins un peu l'anglais, vous pouvez oublier ce film. Même si un sous-titrage est disponible, il a été généré par un logiciel automatique quelconque ou une IA. Cela donne des répliques complètement débiles. Du genre, après un personnage qui en remercie un autre, "you're welcome" ("de rien" en français dans ce contexte) devient... "vous êtes les bienvenus" ! Les expressions anglaises sont traduites mot à mot, certaines phrases sont lunaires, et la gestion des rapports entre les personnages est grotesque (la flic tutoie les parents et vouvoie les enfants). Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Prime gratifie ses abonnés de sous-titrages de merde lorsqu'il s'agit de films peu connus qui passent en dessous des radars. Vu le travail bâclé, cela mériterait une petite ristourne sur l'abonnement, monsieur Amazon...
Que dire de plus ? Ce film avait tout sur le papier pour devenir une petite pépite de plateforme, comme l'on en déniche parfois. Le point de départ est original, le réalisateur semble inspiré de temps en temps, l'ambiance aurait pu être flippante, mais la gestion des protagonistes, tant à l'écriture qu'au niveau du jeu, est tellement à côté de la plaque qu'elle désamorce toute l'intrigue, rendant ce long-métrage indigeste et pénible. Et si en plus vous ne comprenez rien à la VO, les sous-titres "français" vont vous faire rentrer dans une autre dimension.
Un ratage d'autant plus pénible qu'on sent tout le potentiel bien réel de l'histoire.
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10.7.26
Par
Nolt
Gros plan sur un espion à l'ancienne ayant eu un énorme succès à son époque : Francis Coplan.
Après le Docteur Justice, nous continuons notre passage en revue des anciens héros français avec Coplan. Pour la naissance de ce dernier, il faut remonter jusqu'au début des années 1950. Des débuts fort pragmatiques puisque, à cette époque, Jean Bruce, auteur de la célèbre série OSS 117, vient de quitter la maison d'édition Fleuve Noir. Son directeur, soucieux de conserver ce genre de héros dans son catalogue, va alors demander à deux auteurs belges, Gaston Vandenpanhuyse et Jean Libert, de créer un personnage plus ou moins similaire. Sous le pseudonyme de Paul Kenny (oh mon dieu, ils ont... non, pardon), les deux écrivains vont alors lancer les aventures de Francis Coplan, alias FX 18, agent du SDECE (Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage).
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que les deux compères (et leur successeur) vont être prolifiques, puisqu'ils vont signer 237 romans le mettant en scène. Autant dire que le style va être "simple" et aller à l'essentiel. Impossible de pondre des romans au kilomètre sans sacrifier subtilité et profondeur. Mais il y a à l'époque un vrai public pour ce genre de littérature, et la série va cartonner, se vendant à plus de 3 millions d'exemplaires par an (dans le monde entier) au début des années 1970. Forcément, une telle manne financière a de quoi motiver les auteurs. De 1953 à 1996 (à partir de 1989, c'est Serge Jacquemard qui prend la suite, toujours sous le même pseudonyme), c'est un rythme ahurissant (surtout les premières années) de six nouveaux romans par an qui va être maintenu ! Autrement dit, Vandenpanhuyse et Libert tournaient chacun à un roman tous les quatre mois. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de quatre mois d'écriture et de réflexion, mais de quatre mois en tout, relectures, validation par l'éditeur, impression et distribution comprises.
On retrouve, au niveau des romans, certains signes typiques des séries fleuve, notamment les titres un peu "génériques" et qui ne reflètent pas forcément l'intrigue : Machin joue et gagne, contre-attaque, mène la danse, se rebiffe, se distingue, gagne la belle, voit rouge, s'expose... autant de titres fourre-tout que l'on retrouvait déjà dans OSS 117 (ou dans certaines séries jeunesse). De plus, les récits sont relativement brefs et laissent de côté sous-intrigues ou personnages trop complexes.
Par contre, on voit du pays : l'agent FX 18 se rend dans bien des lieux exotiques, de l'Iran à l'Australie, en passant par la Roumanie, le Cambodge ou encore la Suède. Mais là où un Vernes par exemple (cf. l'article revenant sur Bob Morane) se contentait du strict minimum et ratait complètement la description des lieux censés apporter de l'évasion, le duo "Paul Kenny" va, lui, effectuer un véritable travail de documentation, ce qui apportera une touche de réalisme à leur saga.
En ce qui concerne le personnage principal, là encore, peu de surprises. Le gars est intelligent, courageux, athlétique et d'un calme olympien dans les pires situations. Par contre, signe des temps anciens, il fume, ne refuse pas un verre de whisky de temps à autre et aligne les conquêtes féminines.
Cependant, contrairement à un James Bond, il ne joue pas les dandys mondains au volant de belles voitures et n'est pas bardé de gadgets. Ingénieur et homme de terrain froid et discret, il apparaît, toutes proportions gardées, comme un agent relativement crédible dans le contexte de l'après-guerre et de la guerre froide.
Comme souvent lorsqu'une série de romans rencontre le succès, des adaptations BD ont rapidement vu le jour. Outre des strips à destination des journaux (plus de 2600 sur près de 20 ans, d'après nos recherches), c'est surtout Arédit, dans sa collection Comics Pocket, qui va publier des adaptations en noir et blanc, petit format. En tout, 45 tomes (de 160 à 192 pages), parfois repris en recueil de deux numéros, vont être réalisés, avec, entre autres, la contribution aux crayons du dessinateur espagnol José de Huéscar ou de l'italien Francesco "Frank" Privitera.
Les couvertures sont typiques de ce genre et de cette période : flingues, héros viril et jeunes femmes quelque peu dénudées (une tendance sexy qui s'accentuera au niveau des romans dans les années 1970). Mais ce qui est intéressant, c'est surtout la démarche éditoriale.
En effet, la série Coplan est vendue dans les kiosques, à bas prix et sur du papier de piètre qualité. C'est une production typique de cet "âge d'or" du véritable comic "à la française". Car, contrairement à ce que certains nommeront, des décennies plus tard, les "french comics" (qui en anglais désigne tout bêtement l'ensemble des BD françaises), il ne s'agit pas ici de singer, souvent de manière très maladroite, des histoires de super-héros bien mieux produites par les géants américains de l'édition. Par contre, c'est "l'esprit comic" qui est ici repris. Autrement dit, des publications accessibles, produites à flux tendu et encore considérées, à ce moment, comme un bien de consommation éphémère, et non de véritables pépites pour collectionneurs.
Et bien entendu, avec un héros français, intégré dans un environnement très "gaulois", il ne s'agit pas de se calquer sur les grandes figures d'outre-Atlantique, mais bien de reprendre une façon de produire de la BD grand public en l'adaptant au marché français. Ainsi, de 1969 à 1981, le très français Francis Coplan, inventé par deux Belges, va profiter d'un système économique italo-américain (car, même si Arédit mettra le terme "comic" dans le nom de sa collection, il ne faut pas oublier la tradition des fumetti en Italie, très proche sur le principe du système US).
Mais revenons maintenant aux BD elles-mêmes avec la grande question : méritent-elles véritablement le détour et l'achat d'occasion qui va avec ?
Eh bien, déjà, d'un point de vue historique et sociétal, oui. Indéniablement, il s'agit là d'un morceau de notre passé, d'une fenêtre sur une époque révolue et fascinante à plus d'un titre. Au niveau de la qualité, dans l'absolu, la réponse serait plus mitigée. Le style graphique a un charme certain, malgré parfois quelques faiblesses. Et la plupart des intrigues, adaptées des romans, sont au minimum divertissantes. Toutefois, les défauts des romans (et d'une production intensive) se retrouvent aussi sur ces planches : personnages peu développés et caricaturaux, narration privilégiant l'action pure, récit allant à l'essentiel sans beaucoup de finesse. Le côté nostalgique est présent, la qualité pas toujours. Mais cet aspect, vite fait, désuet et peu abouti, finit aujourd'hui par faire partie du charme de la série, bien réel pour peu que l'on ne soit pas allergique au style "romans de gare".
Tout comme Bob Morane ou Benjamin Justice, Francis Coplan fait partie de ces légendes populaires ayant autrefois enchanté des bataillons entiers de lecteurs. Ancré dans son époque, victime d'un système éditorial qui a certes fait son succès mais lui a imposé aussi des limites, Coplan s'en retourne aujourd'hui tranquillement dans les limbes de l'Imaginaire, attendant qu'un producteur fainéant ou audacieux ait l'idée de remettre au goût du jour le glacial FX 18, ou qu'un éditeur un peu fou ait l'idée d'une intégrale regroupant ses aventures. Trouverait-elle son public dans la France actuelle ? Rien n'est moins sûr...
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| En haut : romans datant des années 60, 70 et 80. En bas et de gauche à droite : un roman datant des années 60 et deux recueils BD datant du milieu des années 70. |
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Publié le
30.6.26
Par
Virgul
J'espère que vous avez les patounes au frais en cette période de forte chaleur, ce n'est pas un temps à laisser traîner vos coussinets sur le bitume ! Allez, pour vous soulager un peu, je vous ai concocté un sujet rafraîchissant à base de costumes de super-héros. Un classique donc, mais qui sort un peu des sentiers battus, vous allez voir.
Miaw !
Batman et le Mystère du Costume Rose
Si vous êtes collectionneur de figurines, vous avez déjà dû voir des versions très différentes du costume du célèbre Dark Knight, notamment dans la gamme de figurines McFarlane : costume classique noir et gris ou bleu et gris ; "armored" ; White Lantern ; Dark Detective ; Dark Knight Returns ; la version dessin animé des années 90, etc. Le protecteur de Gotham dispose d'une garde-robe bien plus étoffée qu'on pourrait le penser.
L'un de ces accoutrements, cependant, est un peu à part. Il s'agit du fameux et si reconnaissable "pink suit", c'est-à-dire une version rose et vintage, aussi originale que criarde. Cela peut paraître étonnant comme choix vestimentaire de la part de Bruce Wayne, mais en réalité... il n'a jamais porté ce costume !
Ou plutôt... pas vraiment.
Mais revenons aux origines de ce si particulier costume.
Tout commence en 1957, par la publication du Detective Comics #241, écrit par Edmond Hamilton et dessiné par Sheldon Moldoff. Dans ce numéro, pour les besoins d'une enquête, Batman va changer à de nombreuses reprises de tenue. L'on va ainsi le voir porter des costumes rouge, bleu clair, jaune, orange, vert et blanc (cf. illustrations ci-dessous). Et même un costume arc-en-ciel pour le grand final ! Or, si vous avez été attentif, vous aurez noté qu'il n'est nullement question dans ce récit de costume rose.
Mais alors, d'où sort-il ?
Eh bien, tout bêtement, de la couverture de cet épisode (image d'ouverture, en haut de cette Parenthèse). Bruce Wayne ne porte donc pas cette tenue dans l'histoire intitulée The Rainbow Batman, mais il est bien représenté ainsi sur la cover de cette dernière. D'ailleurs, l'on peut noter aussi la présence d'un costume violet qui n'est pas non plus utilisé dans le récit.
L'on pourrait émettre l'hypothèse d'un problème d'impression, fréquent à l'époque. Le rouge aurait viré au rose sans que cela ne soit volontaire. Mais justement, la présence du costume violet évoqué plus haut, tout comme l'absence des costumes blanc et arc-en-ciel, font plutôt penser à une couverture rendant l'esprit de l'épisode mais n'étant pas strictement basée sur son contenu. Ce serait donc un pur hasard si, de nos jours, cette invention du coloriste (il n'était pas crédité à l'époque, impossible de savoir avec précision qui s'en est chargé ou quelles directives ont été données) a conduit, des décennies plus tard, certains fabricants de figurines (comme Enesco, Funko Pop ou McFarlane, déjà cité plus haut) à populariser cette version.
Mais on ne va pas s'en plaindre, pas vrai ?
Signalons également, pour être complet, que cet épisode a été réédité par Urban Comics récemment, dans sa gamme Treasury. On vous en avait parlé dans cet Écho. Est-ce intéressant à lire ? Pas du tout ! C'est une vieillerie à la narration désuète, centrée sur une enquête on ne peut plus naze et bâclée. Ce comic vaut surtout pour la valse des costumes qu'il contient, et encore, ils ne sont guère mis en valeur.
M'enfin, maintenant, vous savez d'où sort cette version si iconique !
Hop, le "pink suit mystery" est maintenant résolu ! Batman n'a jamais réellement utilisé ce costume, et les nombreux clins d'œil et hommages le concernant partent en réalité d'une couverture qui a fini par être plus légendaire que les pages qu'elle abritait.
À la prochaine les Matous, et ne lésinez pas sur la clim et les glaçons !
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| La "valse" des costumes du Detective Comics #241. |
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| Le Batman "pink suit" chez McFarlane. |








































