Wild Cards, une anthologie initiée par George R.R. Martin
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Un univers partagé sur le thème super-héroïque, présenté dans une anthologie impulsée par George R.R. Martin avait tout pour séduire.
Outre les partenaires de jeu (de rôles, car ce sont bien plusieurs campagnes sur un jeu de rôles qui sont à l'origine des personnages peuplant ces récits) de l'auteur de Game of Thrones, on trouvait quelques grands noms de la SF américaine qui avaient accepté de s'embarquer dans le projet, tel Roger Zelazny, le père de la saga des Princes d'Ambre. Et les éditions J'Ai Lu avaient mis les petits plats dans les grands avec cet élégant ouvrage, un peu massif mais au format encore pratique, issu de leur collection "Nouveaux Millénaires" et doté d'une très belle couverture au look vintage, laissant entrevoir d'innombrables potentiels.

Le résumé de quatrième de couverture est en effet plus qu'alléchant : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un accident permet à un virus extraterrestre d'affecter une partie de la population, lui conférant des pouvoirs incroyables, tandis que d'autres succombent en masse. Parmi les "affectés" survivants, quelques-uns conservent une apparence humaine mais disposent de capacités exceptionnelles : ce sont les As (l'on considère qu'ils ont tiré les bonnes cartes dans la redistribution génétique issue de l'épidémie) qui s'apparentent donc aux super-héros de comics. Mais la grande majorité préfèrent vivre dans l'ombre, le virus les ayant transformés en quelque chose d'horrible, déviant, malsain qui les place immédiatement au ban de la société : on les nomme Jokers.

Le fait est que, si le profane peut s'estimer comblé, l'amateur de lectures super-héroïques (voire l'ancien fan de jeux de rôles) va tomber de haut. Enfin, peut-être pas tant que cela, mais un peu quand même, suffisamment en tout cas pour être déçu par la manière dont cet univers pseudo-réaliste est présenté. Car, bien qu'il s'en défende avec la plus grande véhémence dans sa postface, le père George ne nous a pas proposé quelque chose de foncièrement original, ni dans l'écriture ni dans les thèmes abordés. Tant depuis les années 80 que tout récemment (le roman Le Sang des Héros, par exemple, pourrait facilement s'intégrer dans l'anthologie sans trop de modifications), de nombreux auteurs ont tenté de présenter un univers cohérent dans lequel les super-héros naîtraient et évolueraient d'une façon foncièrement plus crédible que dans les textes de l'Age d'Or du genre. Ainsi, cela fait belle lurette qu'on ne parle plus de relique mystique, d'artefact extraterrestre, d'accident cosmique ou d'araignée radioactive pour tenter d'expliquer l'apparition de pouvoirs chez les individus "augmentés" du monde Marvel, DC ou chez la concurrence. Les mutants sont passés par là, notamment, ainsi que des auteurs issus de la littérature de science-fiction ou même de la télévision - ce qui explique les nombreuses réécritures des origines de chaque héros.

Une fois digérée la déception, reste au moins l'attrait purement littéraire de l'ouvrage (on n'évoque ici que le tome 1 français, la série en comportant aujourd'hui 27). Or, il a les qualités et défauts inhérents au principe même d'anthologie : certains textes s'avèrent fascinants, captivants même, ou dotés d'un style alerte et dynamique, d'autres le sont beaucoup moins, parfois soporifiques, ringards ou simplement plats. Le tout est heureusement rehaussé par de malicieux interludes, imaginés par George Martin lui-même, qui montre sa capacité à écrire sous différents points de vue (cela va du récit circonstancié au rapport d'investigation, en passant par l'article de journal ou le colloque scientifique) ; ses annexes de fin, prétendument rédigées par des experts, sont ainsi particulièrement savoureuses et donnent à la fois plus de sel et plus de consistance à l'œuvre.
On obtient ainsi une vision relativement fluide sur cinq décennies (entre 1945 - et l'épopée de Jetboy qui, malgré sa bravoure, ne parviendra pas à empêcher que le virus extraterrestre soit répandu sur la Terre - et les années 1980, où les As ont fini par s'intégrer à la société américaine, travaillant pour le gouvernement, tandis que les Jokers fomentent des révoltes pour réclamer des droits civiques supérieurs) pendant lesquelles les grands événements historiques ont été plus ou moins impactés par "l'incident" initial : la montée du communisme, le maccarthysme, les Guerres du Viêt-Nam et de Corée comme les élections présidentielles américaines ou la tension politique Est-Ouest. Ce qui donne une uchronie sympathique, conçue intelligemment à partir de personnages épars issus de parties échevelées de jeu de rôles et auxquels a été conférée une origine commune (les effets incontrôlés d'un xénovirus) ainsi que des destins et une temporalité divergents.
Rien de révolutionnaire ou de grandiose, mais une édition française relativement agréable à lire grâce à une alternance de styles et de personnages stimulante.


À noter que des pointures de la scène comics comme Chris Claremont ont rédigé des textes parus dans des tomes ultérieurs (J'Ai Lu en a traduit et édité sept, comportant souvent du matériel supplémentaire par rapport à l'édition originale datant de la fin des années 1980).



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un projet stimulant pour les amateurs d'uchronies et/ou de super-héros.
  • Quelques grands noms de la SF ou de la Fantasy.
  • Quelques personnages réussis (le Dormeur, la Grande et Puissante Tortue).
  • Des interludes et des annexes bien pensés qui donnent plus de densité à l'ensemble.
  • Une édition française riche et bien présentée, souffrant de fort peu de coquilles.

  • Un manque d'originalité flagrant pour tout lecteur de comics.
  • Quelques textes au style lourd ou à l'intérêt minime.
Marvel Icons : Les Avengers par Busiek
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En 2015 étaient publiés deux imposants Marvel Icons consacrés au run de Busiek sur la série Avengers. L'on revient en détail sur ces ouvrages.

Le premier tome contient les quinze premiers épisodes du troisième volume de l'on-going Avengers (plus un annual).
Il s'agit donc du début du run de Kurt Busiek (scénario) et George Pérez (dessin) sur le titre. Les épisodes concernés datent de 1998 et 1999.
Il faut considérer deux éléments bien distincts dans ce long récit. D'une part la pure castagne, et d'autre part l'aspect relationnel au sein du groupe. Ce qui a pris un bon coup de vieux, c'est la baston. Les combats n'ont pas grand intérêt, les adversaires sont parfois ridicules, les invectives désuètes, bref, la narration date vraiment d'une autre époque. Une époque où les comics étaient beaucoup moins intéressants et très caricaturaux (mais bon, certains aiment le côté nostalgique).

Ce qui reste intéressant, c'est l'aspect psychologique des personnages, leurs états d'âme, leurs doutes ou encore leurs relations amoureuses contrariées.
L'on va par exemple en apprendre plus sur les pouvoirs chaotiques de Wanda Maximoff, alias la Sorcière Rouge (et assister même à un remodelage de réalité qui préfigure un peu, à plus petite échelle, ce que sera bien des années plus tard House of M), mais aussi sur ses problèmes sentimentaux, coincée qu'elle est entre Vision et Wonder Man.
Les auteurs s'attardent également sur les problèmes d'alcool de Carol Danvers (alias Ms. Marvel, Binary, Warbird ou plus récemment Captain Marvel, elle change de pseudo comme de petite culotte). Et le duo d'ex-New Warriors, formé par Justice et Firestar, se révèle très intéressant également : Vance, fasciné par ses idoles, se sent de moins en mois à l'aise parmi elles, et Angelica est terrorisée par des pouvoirs certes utiles mais qui peuvent avoir un effet néfaste sur sa santé.


Outre ces personnages, l'on retrouve bien entendu des figures historiques incontournables, comme Captain America, Iron Man, Thor ou Hawkeye. Les Avengers vont rencontrer également (et forcément combattre) d'autres équipes, comme les Thunderbolts ou l'Escadron Suprême.
Petite anecdote surprenante : les auteurs eux-mêmes se mettent en scène avec humour, brisant ainsi le "quatrième mur" et évoquant leurs décisions futures. Si cela est tout à fait envisageable sur un titre comme Deadpool, c'est déjà beaucoup moins commun sur les séries Avengers.

L'on a droit aussi à un nouveau venu, Triathlon, dont l'aspect et les pouvoirs sont aussi nazes que le pseudo. Côté vilains, l'on peut citer Mordred, Whirlwind ou Pagan, des stéréotypes de criminels pérorant et cognant sans beaucoup de finesse. Le second tome voit l'arrivée du Comte Nefaria et du désormais classique Ultron. On peut souligner également l'idée de mettre en scène d'anciens Avengers revenus d'entre les morts pour combattre leurs collègues (un peu une sorte de mini Blackest Night).

Le résultat est donc mitigé. Si l'on découvre avec plaisir un très grand nombre de personnages, avec des relations au sein du groupe fort bien traitées, le reste appartient à un autre temps et possède les tics de certaines séries des années 90, où une action débridée, mais souvent soporifique, prenait le pas sur l'histoire elle-même.
La VF est correcte même si l'on peut relever quelques erreurs, des décisions parfois étranges (les vengeurs deviennent les Avengers, tout comme Red Richards est maintenant appelé Reed, ce qui semble plus logique, par contre, les Fantastic Four sont toujours désignés par l'abréviation QF au lieu du plus élégant FF) et quelques oublis (une case par exemple où le texte a été laissé en partie en anglais).
Panini a ajouté une petite introduction, un topo sur les auteurs et les covers. Un poil léger pour le prix (des fiches de personnages seraient idéales pour accompagner ce genre d'histoire).

Très difficile d'avoir un avis tranché concernant ces Marvel Icons. Narrativement, le récit parait aujourd'hui, en référence aux codes actuels, franchement maladroit. Les dessins restent cependant agréables et la colorisation criarde bénéficie de l'atténuation apportée par un papier non glacé.
Plutôt réservé aux complétistes, aux nostalgiques ou aux fans purs et durs des Avengers.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • La vie privée des Avengers.
  • Un très bon Pérez.
  • Papier adapté.

  • Une narration datée.
  • Des ennemis souvent fades ou caricaturaux.
  • Une VF perfectible et un rédactionnel trop léger.
Crisis on Infinite Earths
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Les vieux briscards du monde super-héroïques comme les plus jeunes amoureux du genre ont forcément, à un moment ou un autre de leur parcours au sein du monde des comics, ressenti l'impact de Crisis on infinite Earths. Un impact tel que les effets sont encore perceptibles aujourd'hui - car cette série événement marqua une date définitive chez DC et influença radicalement la manière de concevoir les crossovers dans les grandes maisons d'édition.

Ainsi que l'explique l'auteur de ce fantastique défi, Marv Wolfman, dans la préface de l'édition 2000 de l'intégrale, Crisis n'était pas seulement un job, mais une mission : l'histoire qu'il avait toujours voulu écrire alors qu'il n'était qu'un gamin.
Pourquoi cette série était-elle à ce point nécessaire ? En partie parce que, à la différence notable de Marvel qui tentait tant bien que mal de faire cohabiter ses héros au sein d'un monde cohérent (sans pour autant négliger la possibilité de concevoir des univers alternatifs), DC Comics se retrouvait à l'aube des années 80 avec une quantité impressionnante de séries parallèles exploitant parfois de manière irraisonnée de multiples avatars d'un même héros.

Une petite parenthèse est nécessaire ici. Je n'étais pas, à l'époque, un grand connaisseur du monde que fréquentaient Superman, Batman et autres Flash ou Green Lantern : je les ai découverts pendant une période de grande boulimie super-héroïque, et les histoires qui me tombaient sous la main ne permettaient pas de dresser un véritable panorama du contexte dans lequel ils évoluaient. C'est presque par hasard que j'entrai en possession des albums #2 à #6 de la collection Super Star Comics publiée chez Arédit (édition 1987) : c'est surtout le nom de l'artiste qui avait attiré mon attention. George Pérez. Celui-là, je commençais à le connaître et surtout à l'admirer depuis son intervention chez les X-Men (les nouveaux, ceux de Cockrum & Claremont) : un épisode grand format, sorti dans la collection Album X-Men de Semic, et racontant un peu naïvement comment les mutants parvinrent à sauver un monde menacé de destruction. Ce qui était éblouissant, c'était la ligne claire, le trait précis et la méticulosité de la mise en page du dessinateur, qui fait encore aujourd'hui partie de mes préférés.


Bref, Pérez s'était associé à Wolfman pour tenter une fois pour toute de remettre à plat le multivers DC menacé d'implosion par la multiplicité des séries dérivées : à côté d'une série officielle sur Superman, on pouvait suivre les aventures du même personnage, mais jeune, tant à Smallville qu'au XXXe siècle au sein de la Légion des Super-Héros ; mais aussi plus âgé, avec des origines altérées, et donc, forcément, sur une autre Terre. Ainsi, il existait des Supermen sur plusieurs versions de notre planète, qui portaient du coup des numéros d'identification (Terre I, Terre II, Terre Prime, etc.) ; des univers alternatifs permettaient en outre de faire évoluer des héros "rachetés" à d'autres compagnies (les Freedom Fighters, le Captain Atom, la famille Marvel...). Tout cela était d'une complexité épouvantable.

À en croire les différents éditoriaux, le concept de remise à zéro était dans les cartons depuis un moment. Certes, c'était tentant de pouvoir générer des revenus en publiant les histoires de la Justice League of America en parallèle de celles de la Justice Society of America, tout en imaginant une Terre où Luthor serait le seul héros luttant contre un super Syndicat du crime (la Terre III), mais les lecteurs finissaient par s'y perdre.
Vint alors l'heure de Crisis.
L'accroche est simple : tous les univers sont menacés d'extinction, d'éradication pure et simple, par une vague d'antimatière impossible à stopper (la saga cosmique Annihilation en 2006 chez Marvel s'appuie sur un schéma similaire). Des milliers de mondes, des centaines de Terres ont déjà été englouties, sous les yeux d'un étrange individu, Pariah, qui, se prétendant maudit, ne peut qu'assister, impuissant, à l'anéantissement de milliards d'êtres. Survient alors Harbinger : mandatée par un certain Monitor, elle cherche à réunir les super-héros restant dans le but de sauver ce qui peut encore l'être. Mais le temps presse, et l'entité derrière la vague destructrice semble posséder plusieurs coups d'avance...

Crisis se lit encore très bien aujourd'hui. Certes, on peut sourire de la propension des héros et de leurs ennemis à raconter leur vie pendant les combats ou de l'utilisation un peu trop systématique de phrases à vocation dramatique : à chaque fin d'épisode, tout semble perdu, sauf l'espoir (et encore !). Mais la portée, l'ambition du projet ne peuvent que fasciner. Les cases regorgent, débordent presque de personnages, parfois anecdotiques, mais toujours représentés avec le plus grand soin : le sorcier d'Atlantis côtoie le chasseur du Néolithique, le G.I. aguerri, l'explorateur temporel, le touriste extraterrestre mais aussi et surtout les membres de la JLA, de la JSA, du Green Lantern Corps et d'autres héros plus ou moins solitaires. Un Superman aux tempes grises se bat aux côtés de son homologue plus jeune (qui n'a pas encore épousé sa Lois Lane) et d'un autre alter-ego encore plus jeune. On aperçoit des Flash dans des costumes différents, plusieurs Wonder Women... Et des Lex Luthor chevelus se retrouvent avec leurs versions chauves...


Wolfman prend son temps pour mettre en place la menace d'ampleur universelle et insiste sur la quasi-impossibilité de contrer des forces qui dépassent l'entendement, alternant des séquences où le vain héroïsme le dispute au désespoir : les encapés se battent au-delà de leurs limites et tentent de sauver ce qui peut l'être. Les faits d'armes sont nombreux, les hommages pleuvent mais ne sont que des gouttes dans l'océan de la dévastation cosmique. Et l'autre raison d'être de cette série se fait jour : non seulement il s'agissait de faire table rase de ces trop nombreux univers multiples, mais aussi de certains personnages. Les héros tombent, donc : avec dignité, un sens de l'honneur, du devoir et du sacrifice ostensiblement mis en avant, mais ils périssent. Pas le temps de les pleurer, il y a un univers à tenir.

Le rythme est soutenu et le profane se perdra parfois entre les différentes versions d'un même personnage, mais le principal est sauf : le script est suffisamment clair et intense pour captiver même ceux qui ne connaissaient pas Arion, Rip Hunter, Kole, Zatanna, Red Tornado, Darkseid ou les Teen Titans. De nombreuses passerelles sont dressées vers des séries annexes dans lesquelles certaines sous-intrigues seront résolues. Et surtout, définitivement (du moins, jusqu'à ce que DC estime le contraire), le monde DC ne sera plus jamais le même.

Chaque année, les grandes firmes annoncent des crossover promis au même destin : bouleverser radicalement le monde dans lequel évoluent leurs personnages. Et chaque fois, depuis 1985, le lecteur alléché a le même constat amer : ce qui a changé, véritablement, est minime. Beaucoup de bruit pour rien semble être le leitmotiv des events assénés par des éditeurs désireux de redorer le blason de leur société, d'accrocher de nouveaux lecteurs tout en ranimant la flamme chez les anciens. Néanmoins, en son temps, Crisis l'a bel et bien fait. Plus rien, depuis, n'a été pareil. Certes, on pourra toujours gloser sur le fait que les douze épisodes ont généré des échos ultérieurs (Zero Hour, Infinite Crisis) et aussi que certains décès supposés définitifs n'ont duré que quelques années. Il n'empêche que cette saga reste une date majeure dans le comic book de super-héros, éditorialement et artistiquement.

Après Arédit, 4 albums ont été publiés en France chez Semic, avant que Panini ne sorte une intégrale, puis ce fut au tour d'Urban Comics de sortir un pavé de 544 pages, en 2016, dans sa collection DC Essentiels. Et pour les anglophones, l'on peut trouver pour pas très cher une édition à couverture souple éditée en 2000 chez DC Comics.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un crossover qui a vraiment bouleversé l'univers DC.
  • Le style Pérez.
  • Un rythme soutenu.
  • L'édition Urban Comics.

  • Attention, ce n'est pas simple pour s'y retrouver au milieu de tous ces nombreux personnages.
Pop Science #3 : Les Ressorts
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Les Ressorts

— Eh bien prof, qu'est-ce qui t'arrive ? Tu as l’air tout patraque.  
— Un peu las… les étudiants sont partis en vacances, les profs aussi... je reste seul pour garder la boutique...
— Quelle idée aussi de traîner toute l'année dans ce labo. M'étonne pas que tu manques de ressort. 
— Bah, il faut bien préparer la prochaine rentrée ! Écrire des articles, faire de la super science qui déchire et qui me mènera tout droit au pouvoir suprême et au contrôle absolu du monde entier grâce à la connaissance et au fruit de mes recherches ! Mouhahaha !
— Voilà qu'il délire maintenant…
— Oui, tu as raison, je suis à plat, je manque vraiment de ressort, comme tu dis… Au fait, puisqu’on dévie sur le sujet, sais-tu que lorsque j’étais un jeune et prude petit padawan, on m’a enseigné les ressorts justement ? Et je n’avais pas capté à l'époque pourquoi c’était à ce point fondamental !
— Tu me fais marcher ? Fondamental ? Je ne vois pas trop l’intérêt. À part peut-être pour faire des bonds, en se les mettant sous les pattes...
— Ça ne marche que dans les dessins animés ça. En fait, décrire mathématiquement un ressort a son importance car, dans notre réalité, beaucoup de phénomènes ont un comportement équivalent, donc comprendre ces ressorts, c’est mieux comprendre et décrire ces phénomènes. Imagine un truc fou : comment la lumière, ce photon quantique, est absorbé par une molécule. Eh bien ce phénomène peut se décrire en partie avec l’aide d’un ressort !
— Mouais, un peu compliqué, je pensais que tu avais besoin de repos, de faire le vide…
— Justement, en parlant de vide ! Tu sais qu’il ne l’est pas, en fait, vide. Le vide est quantique et est rempli d’une mer de particules virtuelles qui s’annihilent en permanence et se créaient en permanence.
— Tiens donc, des trucs qui apparaissent et disparaissent tout seuls. Comment on peut le savoir, d'abord ?
— En tentant des expériences. L'une d'entre elles consiste à placer deux plaques dans le vide et à les rapprocher. Passé une certaine distance, elles vont s’attirer ! Et ça, c’est dû à ce qui se passe dans le vide qui du coup… ne l’est pas.
— J’en reste sur mon séant ! Mais le lien avec les ressorts ?
— J’y viens ! Figure-toi que les objets mathématiques qui servent à décrire la façon dont ces particules se créent et s’annihilent ne sont que la description quantique des ressorts. On parle plutôt d’oscillateurs harmoniques pour faire pro.
— Mouais, ça fait surtout "nom à coucher dehors pour savant fou".
— C’est un peu abstrait, je te l'accorde. Je te propose de clarifier tout ça avec cette vidéo, tu verras ce sera un brin plus facile de comprendre l’intérêt de ces ressorts, car je ne t’ai pas tout dit…
— C’est parti, prof ! En route pour le mystérieux monde des ressorts ! Je n'aurais jamais imaginé dire ça un jour...


Astro City : Des Ailes de Plomb
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Associer polar et super-héros donne parfois un savoureux mélange. C'est le cas avec Astro City : Des Ailes de Plomb.

Un tueur de Masques Noirs sévit dans Kiefer Square. Le quartier contient son lot d'anciennes gloires et de petites frappes, toutes devenues de potentielles victimes. Les héros ont sans doute mieux à faire que de s'occuper de criminels en danger, alors c'est à Steeljack que l'on fait appel. Il sort de prison et veut tenter de rester du bon côté pour une fois. Mais, inexorablement, tout le pousse à franchir de nouveau la frontière, à renouer avec son ancien passé...
Sa peau de métal lui permet de cogner dur et d'encaisser mais sera-t-il à la hauteur de l'enjeu pour autant ? Enquêter n'est pas son fort. Il est lent. Et vieux. Et fatigué.
Et pourtant, pour les habitants de Kiefer Square, il est le dernier espoir.

Voilà donc un polar noir à la sauce super-héroïque. Pas vraiment une nouveauté puisque l'on reconnaîtra vite un certain cousinage avec Watchmen en ce qui concerne l'intrigue. Les points communs sont nombreux : un tueur de Masques, une enquête avec quelques flashbacks, des héros pas toujours très clean, des aspects technologiques très rétro voire kitsch, et même quelques ressemblances physiques entre certains personnages.
Kurt Busiek signe là un scénario bien construit sans toutefois faire preuve d'une grande originalité. Le lecteur habitué des productions mainstream pourra reconnaître quelques références et clins d'œil. La First Family par exemple, qui parodie les Fantastic Four jusque dans les initiales sauf, évidemment, après être passée à la moulinette de la traduction, ou encore certaines enseignes au nom évoquant des acteurs illustres du monde des comics. Dans le genre "je revisite le binz et je place des machins presque cachés pour les fans", on en a tellement vu que, là encore, pas de quoi avaler son bretzel de travers d'étonnement.


Et pourtant, il ne faut pas s'arrêter à ce sentiment de déjà-vu car, malgré tout, l'on est devant une très bonne histoire.
Les dessins de Brent Anderson donnent un côté intemporel à ce récit. Il va surtout se révéler très habile au niveau des décors de ce fameux quartier malfamé auquel il donne une réelle âme. Les visages également, ridés et marqués par la vie, en rajoutent encore dans le côté désabusé et triste qui imprègne cet album.
Au final, les auteurs se livrent à une réflexion sur l'échec, la rédemption, le poids des erreurs passées... mais aussi sur l'intransigeant regard des bien-pensant ou sur l'impossibilité d'échapper à sa condition. Car Steeljack, quoi qu'il fasse, ne pourra jamais être un héros. Et certains malfaisants, eux, le demeureront à jamais. La constatation est amère, la fuite en avant presque sans espoir, et l'on finit par être embarqué et pris aux tripes en se réjouissant d'éprouver de l'empathie pour un si "gentil" bad guy.

C'est d'ailleurs peut-être là que ça coince, tout reste finalement trop gentillet pour être vraiment sombre et bien trop sérieux pour n'être que parodique. Il manque quelque chose. Peut-être l'inventivité d'un Moore ou l'ultra-violence teintée d'humour d'un Ennis.
Astro City est une série publiée sous le label Wildstorm. Les premiers tomes VF ont été édités il y a quelques années par Semic (mais ils étaient uniquement disponibles par souscription). Celui-ci est paru en 2007 chez Panini, c'est donc le premier que l'on a eu le plaisir de découvrir en librairie. Il contient les épisodes #14 à #20 d'Astro City vol.2 (mais il reste parfaitement accessible, même si l'on n'a pas suivi le début). Les covers sont d'Alex Ross et l'ouvrage contient une introduction de Frank Miller qui condamne la frilosité, à une époque, de certains éditeurs et qui n'oublie pas, au passage, de s'auto-congratuler pour son Dark Knight.

Une bonne histoire dont on voit trop qu'elle était destinée à être un chef-d'œuvre et qui aurait pu l'être si ses auteurs avaient su s'affranchir de codes imposés par des prédécesseurs qu'ils vénèrent sans doute un peu trop.
À découvrir.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Le côté désabusé.
  • Le traitement graphique de certains lieux.
  • Un personnage principal attachant.

  • Un récit qui reste finalement un peu trop propret et conventionnel par rapport au sujet et à l'ambition affichée.
  • L'édition française, indisponible en neuf et difficilement trouvable en occasion à un prix raisonnable.