Publié le
25.4.26
Par
Nolt
Une nouvelle race de vampires, sur toile de fond de révolution industrielle et de profonds bouleversements, voilà le point de départ de la série American Vampire.
Skinner Sweet est un hors-la-loi. Pas un desperado romantique ni un voyou au grand cœur, c'est une pourriture de la pire espèce. Froid comme un serpent, rusé comme un renard, il n'hésite pas à buter même des gosses lorsqu'il le faut. Il est ce que l'Ouest sauvage a produit de pire. Fort heureusement, l'agence Pinkerton a pu mettre un terme à sa carrière de criminel en l'appréhendant. Il ne reste plus qu'à le pendre et à oublier son regard mauvais.
Mais tout n'est pas si simple. Non seulement les complices de Sweet le font évader mais, dans la bagarre qui s'ensuit, le tueur reçoit une goutte de sang dans l'œil. Du mauvais sang. Qui changera à tout jamais sa nature.
Sweet a été contaminé par un vampire. Un vampire à l'ancienne, venu des vieilles terres d'Europe, qui craint la lumière du jour et s'habille en chochotte. La rencontre entre les buveurs de sang de la littérature et l'Amérique va faire faire un bond à l'évolution des Dentus. Car Sweet, lui, marchera au soleil et sera plus fort, plus rapide... "larger than life", à l'image de ce continent où tout est possible.
45 ans plus tard, en 1920, deux jeunes filles débarquent à Hollywood, attirées par les lumières d'un cinéma naissant qui, déjà, crée de fausses idoles. Elles vont vite découvrir que l'Ouest n'a rien perdu de sa sauvagerie. Celle-ci a simplement... changé de forme.
Vertigo (cf. ce dossier et la partie dédiée à l'encyclopédie Vertigo) est un label en général synonyme de qualité. Ici encore, la règle est respectée. C'est à Scott Snyder (Clear, Swamp Thing, Absolute Batman) que l'on doit le concept et le scénario de American Vampire. Stephen King, qui a participé à l'écriture, nous dévoile dans la préface que, d'abord contacté pour trouver un slogan promotionnel, il a fini par prendre le train en marche et écrire les origines de Sweet, ce qui constitue donc, contrairement aux adaptations issues de ses romans (La Tour Sombre, Le Fléau), sa première création directe pour un comic.
Les dessins sont l'œuvre de Rafael "hot dog, jumping frog" Albuquerque (heu, désolé pour le surnom inventé, c'est une petite vanne musicale, pas sûr que quelqu'un la comprenne). L'aspect visuel est en tout cas plutôt enthousiasmant, avec de jolis aplats, de vraies "gueules", un certain dynamisme pendant les scènes d'action et des plans souvent efficaces.
Pour l'intrigue, l'on peut être tenté de se dire qu'une histoire de vampires, c'est loin d'être original. C'est pourtant mal connaître les auteurs qui, avec leur "Dracula made in Wild West", nous parlent presque plus de leur pays que des amateurs d'hémoglobine. Car la thématique au centre de ce long récit de 10 tomes, publiés par Urban Comics en VF, est bien au sens large l'Amérique, mais aussi l'illusion, les rêves brisés et même la cruauté des mirages hollywoodiens.
La métaphore peut même aller plus loin et rejoindre l'Histoire, en faisant un parallèle entre ces nouveaux vampires, dont les parents sont européens mais qui, confrontés à l'âpreté de ces terres nouvelles et hostiles, deviendront plus féroces que leurs pères, et l'évolution des États-Unis, fondés par les fils du vieux continent qui dépasseront en tout (en bien souvent, en mal parfois) les lointains cousins italiens, français, allemands ou irlandais. Même nos rapport si complexes, teintés d'envie, d'admiration et de craintes, avec nos amis d'outre-Atlantique peuvent se retrouver au sein de ce récit, à la fois divertissant et profond.
Vengeance, amour, violence, monstruosité et héroïsme, autant de thèmes finalement au cœur de vies que, bien à l'abri de notre confort actuel, nous avons choisi d'oublier ou de romancer. Les vampires de Snyder ne sont pas romantiques. Ils ne boivent pas du True Blood dans un bar, ils ne sont pas non plus l'attraction du lycée local avec leurs tronches de cake, "pâles" et "mystérieuses". Eux, ils mordent, ils arrachent, ils tuent. Non parce qu'ils sont des vampires, mais parce que c'est ce que fait chaque être vivant. Et si vous n'êtes pas obligé de sentir le sang frais au fond de votre palais, soyez certain que c'est parce que quelqu'un, quelque part, mord et tue à votre place. Pour que vous puissiez avoir de la viande sous cellophane au Leclerc du coin et oublier que, vous aussi, n'êtes qu'un prédateur qui s'enivre de civilisation et rêve qu'il pourra un jour vivre sans tuer. Ce qui est impossible. Et pour les vampires, et pour nous.
Une excellente utilisation du mythe vampirique et une belle évocation d'une Amérique aussi dure que fascinante, le tout agrémenté d'un recul sur soi d'autant plus impressionnant qu'il fait très souvent défaut aux auteurs français.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
24.4.26
Par
Virgul
Si vous aimez la Science-Fiction et ses nombreux sous-genres, jetez-vous sur l'énorme dossier (qui servira aussi d'index) concocté par notre ami Vance et qui est consacré à ce pan énorme de la littérature.
Vous y trouverez de nombreuses sagas, récentes ou plus anciennes, et des œuvres originales et audacieuses, qui montrent l'extrême richesse et la vivacité du genre.
De Aldiss à Van Vogt, en passant par Herbert, Asimov, Verne, Zelazny, Ballard ou, entres autres, Simmons, (re)découvrez des mondes lointains et fantastiques, des quêtes épiques, des technologies parfois effrayantes et une foultitude d'idées bizarres qui hantent encore les pages de nombreux ouvrages !
Pour y accéder, rendez-vous dans notre rubrique Dossiers, ci-dessus, ou cliquez sur l'image ci-dessous.
Miaw !
Publié le
23.4.26
Par
Virgul
Du collector à prix raisonnable, ce n'est pas si souvent !
En général, tout ce qui touche à l'univers de Goldorak est hors de prix, mais pour une fois, la marque Plastoy frappe très fort en proposant des bustes (des tirelires en fait, cf. cet article) absolument magnifiques à un prix modeste (environ 30 euros).
Le Grand Stratéguerre est tout simplement sublime, tout comme Minos dont le visage s'écarte pour laisser place à Minas, première version.
Deux Golgoths sont également disponibles. Plus petits, moins impressionnants que les personnages, ils demeurent toutefois bien réalisés.
Pas grand-chose à dire de plus, si ce n'est que ces objets collector devraient ravir les grands nostalgiques de la guerre contre Véga.
Petite précision, Minos et le Grand Stratéguerre n'étant pas à la même échelle, on vous conseille de ne pas les exposer forcément côte à côte.
Miaw !
Petite précision, Minos et le Grand Stratéguerre n'étant pas à la même échelle, on vous conseille de ne pas les exposer forcément côte à côte.
Miaw !
Publié le
18.4.26
Par
Nolt
Nouvel album hommage au héros de Morris : La Longue Marche de Lucky Luke.
Luke est mandaté par un riche entrepreneur pour retrouver son neveu, aperçu par un trappeur dans une tribu d'Amérindiens, les Pieds-Bleus. Le cow-boy solitaire localise l'enfant, mais il ne tarde pas à s'apercevoir que son patron souhaite en réalité se débarrasser de cet héritier gênant, qui pourrait le déposséder de ses biens. D'ailleurs, le richissime et terrible Cramp a engagé d'autres mercenaires pour lui ramener le gamin. Dont les célèbres frères Dalton.
Les Pieds-Bleus, conscients du danger, confient alors l'enfant à Luke. Ce dernier doit lui faire passer la frontière canadienne, afin qu'il puisse faire valoir ses droits. Mais le voyage ne sera pas de tout repos, d'autant que la cohabitation entre l'homme qui tire plus vite que son ombre et l'enfant s'avère pour le moins compliquée...
Après L'homme qui tua Lucky Luke et Wanted Lucky Luke, voilà un troisième opus de Matthieu Bonhomme (qui signe scénario, dessins et colorisation). Le travail de l'auteur, qui modernise grandement le personnage tout en conservant ses bases et de nombreuses références, est toujours aussi bon. Visuellement, les planches sont très belles, la colorisation, subtile et maîtrisée, permettant de magnifier les décors enneigés. Le scénario, quant à lui, est également plus "sérieux" que celui de la série classique. Cela projette Luke dans un cadre plus réaliste (toute proportion gardée, on n'est tout de même pas sur du Blueberry) et donne une impression de douce évolution, contrôlée et mesurée.
Au niveau de l'intrigue, nous avons ici un récit très classique, de "grand méchant riche" détruisant les terres des "gentils sauvages" et voulant buter un gamin innocent. C'est donc surtout dans la relation entre Luke et l'enfant qu'il doit protéger que vont se nicher les moments les plus intéressants. L'auteur joue en effet sur le côté solitaire du célèbre cow-boy, sur ses maladresses parfois (du moins, dans la communication avec un marmot), pour faire surgir de l'émotion entre deux cases. Quelques moments attendrissants viennent ainsi rythmer les pérégrinations des deux héros, ce qui donne une certaine profondeur à l'ensemble.
L'humour, subtil, est lui aussi de la partie, avec un Luke, paniqué, qui refuse de fumer avec les Amérindiens pour sceller un pacte, allusion amusante au fait que la censure est passée par là il y a maintenant de nombreuses années, remplaçant les clopes du vieux baroudeur par des brindilles d'herbe (ce qui lui vaudra d'ailleurs un surnom étonnant). L'arrivée des Dalton, en invités "de luxe", est aussi une source de gags, même si globalement, le lecteur reste un peu sur sa faim, la confrontation entre eux et Luke étant finalement assez convenue.
Revenons également sur le format, ici du 74 planches, ce qui est un énorme point positif, le classique et totalement obsolète format 44 planches étant de nos jours une contrainte absurde qui nuit à bien des récits. Le bon format pour une histoire devrait être calculée au cas par cas, selon ce que l'auteur souhaite développer et selon son style. C'est donc une très bonne chose, Bonhomme pouvant se permettre, dans cet album, d'avoir de grandes cases rendant justice aux décors les plus impressionnants ou d'oser de longues scènes silencieuses qui installent une atmosphère particulière et nourrissent le suspense.
Un bon album, agréable à l'œil et bien conçu.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
17.4.26
Par
Virgul
On a du lourd aujourd'hui, une anecdote (un pan de l'Histoire presque) avec de l'occultisme, du rock bien sombre, un auteur gazé lors de la bataille de Passchendaele, et tout cela pour aboutir, après bien des péripéties, à la création du... heavy metal.
Ah, on ne se fiche pas de vous, hein ?
Miaw !
Notes sombres et naissance du Metal
Tout commence en 1968, dans les faubourgs de Birmingham. Un bassiste, totalement inconnu, vient de lire un ouvrage signé Dennis Wheatley. Et il nous faut pour le moment nous pencher sur ce dernier. Le type est né dans le sud de Londres, dans une famille aisée, en 1897. Pas de bol, le voilà suffisamment âgé quand la Première Guerre mondiale éclate, ce qui lui vaut d'être incorporé dans l'artillerie britannique. Après avoir servi dans le nord de la France, il participe aux combats en Belgique, notamment à Passchendaele, où il se retrouve gazé au chlore, l'une des nombreuses saloperies dont se servaient à l'époque les belligérants.
De retour au pays, le gars reprend l'entreprise de vin familiale, qui périclite lors de la dépression des années 30. Notre brave Dennis va alors se lancer dans l'écriture.
Dennis Wheatley va devenir un auteur prolifique et influent. Il va écrire des dizaines d'ouvrages, en se spécialisant dans le fantastique mais aussi le genre policier, l'aventure, la guerre, l'espionnage. Il va également publier des romans-mystères, dans lesquels le lecteur est invité à trouver le coupable grâce à une série d'indices ; il écrira également des essais sur bien des domaines, dont la Révolution russe ; et, après un long travail de recherche et diverses rencontres, il va finir par faire autorité en matière de satanisme et de magie noire. Certains de ses romans vont d'ailleurs traiter du sujet, comme Les Vierges de Satan, publié en version française dans les années 80 par les éditions NéO (et disponible de nos jours chez Terre de Brume). Dans les années 60, ses livres se vendent à près d'un million d'exemplaires par an. Certains seront adaptés au cinéma, entre autres par la Hammer. Le succès est au rendez-vous, et si son nom n'est pas aussi célèbre que celui d'un Lovecraft ou d'un Howard, c'est en partie à cause de problèmes de droits, qui empêcheront la réédition de ses romans (très peu sont disponibles aujourd'hui) et nuiront donc à la notoriété de ceux-ci.
Mais revenons à notre petit bassiste anglais. Ce petit gars d'Aston, un quartier ouvrier très pauvre, va se lancer dans la lecture des bouquins de Wheatley. Et comme beaucoup de jeunes lecteurs de l'époque, il va être marqué par l'ambiance sombre de ces récits, il va être fasciné par les références à l'occultisme, au surnaturel. Et cela va avoir, chez lui, un impact bien plus important que chez le lecteur lambda. Car ce petit bassiste s'appelle en réalité Terrence Butler, dit "Geezer". Il fait partie d'un groupe qui comprend notamment un certain Tony Iommi qui, malgré un accident dans une usine de tôlerie (une presse hydraulique le déleste de deux phalanges !), continue à jouer de la guitare avec passion. Ils sont entourés de deux types eux aussi encore inconnus, un nommé Ozzy Osbourne, au chant, et le sieur Bill Ward à la batterie.
Une nuit, Geezer fait un cauchemar, fortement imprégné de ses lectures du moment et de l'influence de Wheatley. Il rêve d'une silhouette noire, effrayante, se tenant dans sa chambre, au pied de son lit. Il en fait part à ses collègues. Les membres du groupe, constatant le succès des films d'horreur, et inspirés par l'histoire glauque de Geezer, vont avoir l'idée d'une chanson très particulière, qu'ils intituleront Black Sabbath. Pour la première fois dans l'histoire de la musique, des types ont l'idée de concevoir une musique plus sombre, plus violente, plus dérangeante, chargée de mystère et même... effrayante. Les premiers riffs, lourds et lugubres, sont composés. Ceux-ci sont également influencés par le handicap de Tony, ce dernier étant obligé de réduire la tension de ses cordes pour diminuer la douleur au niveau de ses doigts blessés, ce qui rend le son plus grave. Geezer suit en abaissant également la tonalité de sa basse. Le Heavy Metal est né, à partir de quelques bouquins d'épouvante et de deux doigts tranchés dans un accident du travail ! Ou en tout cas, il va se développer à partir de ce premier groupe devenu légendaire et formé par quelques cinglés (qui accumuleront les pires conneries en tournée).
Et voilà les amis. N'est-il pas fascinant de se dire qu'un genre musical majeur est né de l'influence d'un auteur versé dans le fantastique ? Qui sait, sans Wheatley, ce qu'aurait rêvé cette nuit-là le petit Geezer ? Et ce qu'aurait alors donné la musique de ses potes. Comme quoi, il faut faire attention à ce qu'on lit. Cela peut parfois influer non seulement sur nos pensées, mais même sur nos destins. Miaw !


























