Top Gun - Maverick
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Pete Mitchell
, alias Maverick, est de retour. Quelques décennies ont passé mais le pilote est toujours aussi accro au vol, au point même d'avoir tout fait pour ne pas monter en grade et finir dans un bureau. Après un nouveau coup d'éclat qui lui vaut de passer très près d'une mise à la retraite d'office, l'officier est muté à Top Gun pour une mission bien particulière. Maverick doit en effet entraîner les meilleurs pilotes de l'aviation US pour une mission à très haut risque, en territoire ennemi.
Mais les méthodes du vieux Mitchell ne vont pas tarder à déplaire à ses supérieurs...

C'est le 2 novembre que sort en DVD, Blu-Ray et Steelbook le très savoureux Top Gun - Maverick
Profitons-en pour revenir sur ce film de Joseph Kosinski (Tron Legacy, Oblivion), avec bien entendu Tom Cruise dans le rôle principal. 
Il existe sans doute deux façons très différentes d'aborder ce film. Soit vous n'avez découvert le premier Top Gun que longtemps après sa sortie, et c'est pour vous un film anecdotique, soit vous l'avez vu en salle en 1986, et alors vous savez à quel point il fut un phénomène à l'époque, à quel point c'était bluffant et jouissif, à quel point ce film vous foutait une sacrée claque. Du coup, aborder cette suite en faisant partie de la seconde catégorie permet évidemment d'en savourer toutes les "subtilités" (ou plutôt les grosses références très appuyées mais parfaitement orchestrées). 



Top Gun - Maverick est une excellente suite, parfaitement calibrée et destinée avant tout aux nostalgiques. Ce film vous offre ce que vous êtes venu chercher, pas plus, mais surtout pas moins ! Plus qu'une suite, il s'agit là d'une œuvre hommage à un film culte, à un style, presque à une époque. La mission que les pilotes doivent remplir est très anecdotique puisqu'elle n'est qu'un prétexte pour se prendre des shoots d'adrénaline (et de mélancolie) durant 131 minutes quasiment parfaites.
Tout est fait pour rappeler le premier opus, de la scène d'ouverture, copie conforme de l'originale, aux scènes clé (convocation dans le bureau de l'officier supérieur, tour en moto...), en passant par certaines mimiques et même l'éclairage ! C'est soigné, nerveux, ça tape là où il faut, et même les petites touches d'humour fonctionnent fichtrement bien.

Cruise est fort bon dans le rôle, même plus sympathique d'ailleurs qu'en 1986 (où il avait quand même un côté "petit con"). Les scènes de combat, privilégiant le côté spectaculaire et non le réalisme, en mettent plein la vue. Et le choix du premier rôle féminin (la fameuse Penny Benjamin !) est une excellente idée, montrant le soin avec lequel les scénaristes ont décidé d'exploiter la moindre allusion faite dans le premier film. Même la musique est excellente, avec notamment un coolissime I Ain't Worried de OneRepublic lors de la scène avec les "boys", sans parler du thème original, bien entendu.
Bref, toutes les cases sont cochées, c'est propre, rien ne dépasse, et c'est sans doute la seule réserve que l'on peut émettre sur ce film : il s'avère très scolaire et attendu. Une petite prise de risque aurait sans doute permis de dépasser le côté "fan service" (pas désagréable pour autant) pour en faire un long métrage plus ambitieux (il n'y a qu'à lorgner du côté de Cobra Kai pour voir comment l'on peut relancer une vieille franchise en réinventant complètement sa structure narrative de départ). 
Mais bon, on ne va pas bouder son plaisir, c'est clairement très bien fait et parfaitement jouissif. 

Un film "pop-corn", à regarder avec un grand sourire d'ado et des petits frissons dans le ventre. 




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Les références, parfaitement calibrées et placées où il faut.
  • Les scènes d'action, impressionnantes.
  • Une réalisation très carrée, qui flirte avec le premier opus jusque dans la photographie.
  • Penny Benjamin !


  • Des scènes parfois fort peu vraisemblables.
  • Très lisse au final, mais c'est clairement voulu.
Un récit complet en comic pour "Star Wars - La Haute République"
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En marge des comics Star Wars - La Haute République - Les Aventures (cf. le sympathique premier tome et le catastrophique second), un récit complet annexe intitulé Le Monstre du Pic du temple est en vente depuis le 13 juillet. C'est cette fois Cavan Scott qui le scénarise (à qui l'on doit l'excellent roman L'Orage gronde – pas encore chroniqué – et l'écriture de l'autre série de comics, sobrement intitulée Star Wars - La Haute République). Découverte de cette histoire en quatre chapitres.
 
Ty Yorrick
(anciennement Tylera) était une Padawan Jedi qui a abandonné les principes du célèbre Ordre. Convertie en mercenaire et chasseuse de monstres, elle continue d'utiliser son sabre laser (rose) mais ne fait jamais appel à la Force. Yorrick et son droïde KL-03 sont missionnés sur une planète hostile, Loreth, pour tuer le monstre Gretalax (dans le fameux Pic du Temple donc). Sur place, l'ancienne Jedi rencontre Drewen, créature bavarde capable d'être invisible et voulant devenir un Jedi. Le duo s'aventure dans des grottes afin de chercher leur proie…

Ce récit « simpliste » de prime abord révèle quelques bonnes surprises. Il en est de même pour le second arc narratif, se déroulant dans le passé, à l'époque où la Padawan s'entraîne avec Klias, tous deux élèves du maître Jedi Cibaba
 
L'on navigue ainsi entre présent et passé avec une fluidité épatante. Une écriture maîtrisée – exposition, enjeux, dialogues, action, connexions… – doublée de dessins d'excellentes factures, signés Rachael Stott, des traits globalement fins et élégants, détaillés et pourvus d'un découpage lisible et efficace. Seule la colorisation détonne parfois le temps de quelques planches (deux artistes opèrent sur cet album, Vita Efremova et Nicola Righi, conférant un ensemble graphique parfois différent l'un de l'autre mais ce n'est pas bien grave).

En plus de ces qualités, le point fort de la bande dessinée est sans aucun doute son accessibilité. Pas besoin de connaître les autres œuvres de La Haute République (aussi bien les romans que les comics). Ty Yorrick a été introduite dans L'Orage gronde, également écrit par Cavan Scott, croisée brièvement dans La Tour des Trompe-la-mort et le temps de quelques cases dans Mission Bilbousa. Autant dire que les fans du personnage seront ravis de la retrouver ici.
 
Pour les autres, eh bien…(c'est l'un des défauts de la fiction), étonnamment, la mercenaire génère peu d'empathie. Elle envoie chier à peu près tout le monde même si elle revient sur quelques choix car « c'est une héroïne, elle fait le Bien » (en gros). Têtue et un poil arrogante et agaçante, on l'apprécie davantage dans ses flash-back, plus fragile, vulnérable, touchante. Malgré tout, au fil de l'aventure, on s'accroche un peu plus, peut-être grâce à Drewen qui apporte un équilibre entre les deux. Autre remarque « négative » : la raison pour laquelle Ty s'est détournée des Jedi semble étrange (si tant est que c'est bien celle qu'on pense comprendre en fin d'histoire). Cela mérite une confirmation, qui sera probablement au cœur d'un autre titre à venir.

Du reste, l'univers de Star Wars s'enrichit habilement, explorant à la fois des préceptes Jedi qui fonctionnent parfaitement (les connexions mentales, l'utilisation limitée des pouvoirs…), le bestiaire (animaux, créatures, races…) et les lieux. De quoi savourer une aventure indépendante qui fait du bien après le moyen manga Un équilibre fragile et le mauvais deuxième tome de la série de comics éponyme.


On conseille donc Le Monstre du Pic du Temple, globalement bien écrit, bien dessiné, bien colorisé, plus original que les titres récents en BD (manga et comics) de La Haute République. S'il ne comporte que quatre épisodes, ceux-ci s'étalent sur une trentaine de pages chacun, portant donc à cent vingt pages environ le total, de quoi développer suffisamment et solidement l'ensemble. On rappelle que tous nos articles sur Star Wars - La Haute République sont compilés dans cet index.
 

+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une aventure complètement indépendante et accessible.
  • Un complément idéal pour les fans de Ty Yorrick.
  • Des retournements de situation peu prévisibles.
  • Une double narration (au passé et au présent) efficace.
  • Un enrichissement de Star Wars plutôt pertinent.
  • De beaux dessins, dynamiques, pleins de couleur et homogènes.


  • Une héroïne pas forcément attachante.
  • (Une étrange conséquence suite à un acte en flash-back…)
Thomas publie trois livres en un !
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Petite parenthèse auto-promo ! Entre ses chroniques Star Wars sur UMAC (cf. index La Haute République), son travail (titanesque) sur Batman sur www.comicsbatman.fr, notre rédacteur Thomas a trouvé le temps de ressortir ses romans, compilés en un seul ouvrage de près de 600 pages !

Au programme, La mort de l'Amour, un titre écrit très jeune (17/18 ans) et publié peu après (en 2007, quand Thomas avait… 19 ans !). Quelques années plus tard, en 2011, c'est Démissionne ou je détruis ta vie qui voit le jour chez un autre éditeur. Ces deux romans n'étant plus disponibles depuis quelques années (les deux éditeurs ayant rendu l'âme) – et se déroulant dans le même univers –, l'auteur a donc décidé de les rassembler dans le même livre, accompagné d'une troisième fiction, Journal post-rupture d'un geek romantique (sorti en 2015) et de quelques textes inédits (scénarios, poèmes…).

Thomas en parle plus en détail sur son site personnel, où vous pourrez lire des résumés de chacune de ces histoires ainsi qu'une explication transparente sur le choix (clivant) d'utiliser l'auto-édition proposée par amazon pour cette réédition. En effet, pour se procurer cette compilation de romans, il est obligatoire de passer par la célèbre plateforme, seul endroit où elle est disponible, au prix de 17,99 €. Attention, comme souvent chez UMAC, le professionnalisme et la rigueur font foi. Thomas a donc embauché une correctrice et collaboré avec différentes personnes afin d'aboutir non seulement à un « bel objet », mais aussi à un livre bien mis en page et au texte corrigé par quelqu'un dont c'est le métier (ISBN 979-8836589868).

Félicitations donc à Thomas (Suinot de son vrai nom) qui se tourne désormais vers un autre projet : un essai sur la série Lost (dont il parlait déjà lors de son arrivée chez UMAC il y a six ans) !

Supergirl : Woman of tomorrow
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Chez Univers Multiples, Axiomes & Calembredaines, on commence à bien aimer Tom King. Il nous avait enchantés par son surprenant traitement de Vision, personnage paradoxal du Marvelverse, et proposé quelques excellents numéros sur la série Batman rebirth, même s’il avait eu du mal à tenir la qualité sur la durée. Mais cet été, il confirme chez nous les grandes espérances qui étaient placées en lui avec coup sur coup deux œuvres de qualité majeure : Strange Adventures, dont on vient juste de vous vanter les qualités, et Supergirl : Woman of tomorrow.

Avec l’acuité et la justesse de ton qui le caractérisent, mais également une grande finesse d’écriture, King va nous parler d’une héroïne trop souvent mise sous l’éteignoir par son illustre cousin dont l’ombre cosmique s’étend jusque dans les prémisses de cet album : car si Kara Zor-El est désormais connue de l’univers entier en tant qu’héroïne, symbole vivant de droiture et de courage (impossible à quiconque l’a lu d’oublier la scène où Superman, en larmes, étreint son corps après qu’elle s’est sacrifiée pour sauver le monde en péril – foncez lire Crisis on Infinite Earths sinon !), si elle a plusieurs fois contribué à la sauvegarde des siens, elle porte encore en elle le poids d’une planète morte, d’une terre natale disparue de laquelle Kal-El et elle-même sont les seuls rescapés. Et depuis que son objectif initial (protéger le futur Superman) n’a plus de raison d’être, Kara cherche à donner un autre sens à sa vie que les sempiternelles missions visant à protéger la Terre des menaces qui pèsent sur elle. 

Ainsi, si son image demeure intacte dans le cosmos, respectée par des milliards d’êtres vivants, la jeune femme peine à se détacher de son rôle de garde-chiourme : malgré son aura incontestable, Supergirl n’est rien à côté de Superman, véritable dieu vivant révéré sur chaque monde habité, craint par chaque apprenti criminel. Pourquoi s’étonner alors de la voir taquiner la dive bouteille pour fêter seule, et raisonnablement ivre, son 21e anniversaire ? Les héros aussi ont parfois besoin de se lâcher, mais quand on est invulnérable, comment faire pour que l’alcool opère quelque action lénifiante sur un organisme inattaquable ? Bah, facile : comme dans Superman contre Cassius Clay (et oui, l’album a existé et désormais, il vous est devenu incontournable, n’est-ce pas ?), on a juste besoin d’un soleil rouge pour annihiler les super-facultés kryptoniennes, tout en laissant intactes les seules capacités humaines. Si le procédé a pu permettre à Superman de s’entraîner à boxer, il peut tout à fait autoriser sa cousine à se biturer. Suffit de choisir une planète éloignée, de faire profil bas, de trouver la taverne adéquate (le genre de lieux bizarrement présents dans tous les recoins du cosmos) et de s’envoyer assez d’alcool pour voir des éléphants roses défiler devant soi. 

Tout aurait pu se passer à merveille, et notre super-blonde aurait pu tranquillement rentrer chez elle après une soirée de beuverie solitaire mais réussie, si elle n’avait pas croisé la route d’une jeune fille : voilà-t-y pas que la petite Ruthye, fille de fermiers, s’en vient en quête de mercenaires qui pourraient satisfaire sa soif de vengeance ? Car la pauvre vient de perdre son père qu’elle adorait, proprement assassiné par un individu sans foi ni loi. De quoi éveiller l’intérêt, un tantinet émoussé par l’alcool, de Kara : foi de Supergirl, ce malandrin saura ce qu’il en coûte de s’en prendre à une innocente ! Sauf que le malandrin en question s’avère beaucoup plus roublard que prévu et que Supergirl n’est pas dans son état normal : c’est ainsi que débute une odyssée interplanétaire où l’héroïne désabusée, flanquée d’une jeune idéaliste fermement décidée, naviguent de monde en monde à la poursuite d’un meurtrier implacable.

L’occasion pour Tom King de s’amuser à dresser le portrait de personnages truculents, à décrire par le menu des civilisations étranges engendrant des quiproquos ou des problèmes que notre couple devra s’appliquer à résoudre, les retardant d’autant dans cette quête que Supergirl ne voit pourtant pas d’un bon œil. La Justice, d'accord, mais la Vengeance ? N’est-elle pas bien au-dessus de cette pulsion ? Ne peut-elle pas tenter de dissuader une orpheline trop polie, trop candide, de mener à bien cette mission périlleuse qui lui fera traverser les endroits les plus sordides de l’univers ? Surtout que l’aura de Supergirl, si elle joue en sa faveur par moments, peut également générer quelques complications - et n’importe qui sait désormais qu’il suffit d’un peu de kryptonite pour venir à bout de cette prétendue sur-femme. Au travers de chapitres écrits avec talent, à la première personne (c’est Ruthye qui raconte a posteriori cette aventure hors du commun) et dans un langage extrêmement châtié - le vocabulaire employé par la jeune fille s’avère presque comiquement délicat et subtilement désuet, avec des tournures surannées pleines de fioritures qui accentuent son décalage avec la faune bien plus terre à terre qu’elle va être amenée à fréquenter si elle veut mettre la main sur l’assassin de son père - on assiste à une version euphorique de Candide au pays des super-criminels, mais avec Supergirl qui l’accompagne et veille sur elle, une Supergirl badass, qui a perdu sa patience le jour où on a abattu son chien (vous savez ? Krypto, le super-iench - et si vous êtes bien sages, vous aurez même droit à un super-cheval) : imaginez ce que peut faire une Kara vénère si elle se met en mode John Wick ! Ah, faut pas trop la faire chier, la super-miss ! 


Et si tout cela ne suffisait pas à vous appâter, dites-vous qu’aux crayons on a une surdouée brésilienne, l’artiste Bilquis Evely : son crayonné dynamique magnifie les postures et ses cases s’auréolent régulièrement de décors ésotériques à couper le souffle. Elle qui a déjà opéré sur la série Sandman : the Dreaming va encore plus loin en transcendant ses personnages : par le biais inspiré de sa patte créatrice, Supergirl s’incarne en une déesse ultime, zébrant les éons, rayonnant d’une gloire multiverselle et illuminant les espaces intersidéraux de son infinie puissance. Il y a du Druillet et du Moebius dans ces cases métaphysiques qui nous font, à l’image de la petite Ruthye face à son aînée à cape rouge, nous sentir tout petits et insignifiants devant tant de grandeur d’âme. Une grandeur et une puissance qui ne sont pourtant rien face à l’immensité de la noirceur humaine, amer constat qui poussera chacune d’entre elles à admettre que leur tâche, pourtant noble et juste, s'avère simplement impossible. Tout comme Schiller lorsqu'il affirmait : "Face à la bêtise humaine, les dieux eux-mêmes ne peuvent rien. "


Woman of tomorrow est un album somptueux, à la colorisation exquise, aux dessins éblouissants multipliant les angles, les points de vue et variant les éclairages, à l’écriture élégante teintée d’une douce ironie et d’une subtile gravité. Sous l'apparence initiale d’une quête de justice et de vérité, cette histoire se muera en voyage initiatique à double tranchant parsemé de réflexions acérées sur le statut même du héros, dont les failles, les doutes, les questionnements enrichissent davantage la force de caractère ainsi que l'impact émotionnel sur le lecteur. Des propos pertinents s'y ajoutent, interrogeant les notions d'héritage et de transmission (héritière d'un monde qui n'existe plus, que peut décemment transmettre Supergirl à une fille qui n'a plus rien à perdre ?) et baignant dans une nostalgie indolente. Tom King parvient en outre à instiller la juste dose d’un féminisme bon teint sans que cela sonne comme une figure imposée, avec délicatesse et parcimonie, et réussit à faire de Supergirl, personnage oublié, personnage sacrifié, le symbole doré d’une renaissance pleine de promesses, se permettant le luxe de jouer avec les codes de la narration pour nous offrir une fin délicieusement équivoque. 
Indispensable.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un one-shot hors continuité qui permet  d'aborder l'histoire sans être pénalisé.
  • Une édition soignée, agrémentée de quelques couvertures originales de toute beauté.
  • Une écriture sensible, élégante, usant de la narration à la première personne avec malice.
  • Un récit d'une densité inouïe mêlant vengeance, Justice, rédemption, nostalgie, initiation et héritage.
  • Un personnage central qui transcende l'archétype du (super)héros.
  • Des illustrations jouant à merveille de la richesse du support.
  • Une colorisation sublimant les crayonnés, conférant souvent une dimension onirique aux conflits.


  • Allez, pour chipoter, on peut éventuellement regretter que la dessinatrice fasse des visages un peu trop ressemblants entre eux.
Movie ghosts 1/2
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Jerry Fifth est un privé de Los Angeles qui communique avec les étoiles défuntes du cinéma.
Cela lui permet de résoudre des cold cases mais aussi de s'éprendre de l'une de ces étoiles, éperdument.


Outre sa connaissance des arcanes de la Cité des Anges, Jerry Fifth va bientôt se découvrir un don pour le moins étrange : communiquer avec nombre de vedettes et responsables du cinéma d'antan désormais décédés. Ces âmes ont encore une tâche à accomplir avant d'atteindre leur destination finale et Jerry va s'employer à en aider certaines.
Nous assistons à la prise de conscience de son pouvoir par Jerry et le moins que l'on puisse dire est que l'acceptation en est pour le moins rapide. Il abandonne vite son étrange explication à base d'acouphènes (un acouphène qui ressemble à une voix et non à un sifflement, c'était de toute façon une explication pour le moins étrange) au profit de la piste surnaturelle. Et le voilà du jour au lendemain enquêteur paranormal guidé par des indics fantomatiques. 
La rapidité de cet aspect du récit nous renseigne vite sur la nature du projet que l'on tient entre les mains : il ne se veut guère crédible mais œuvre davantage à titiller notre fibre poétique et à installer une ambiance adéquate tout au long de la lecture.

La collection Grand angle de chez Bamboo prend ici le pari de viser un public nostalgique des belles heures du cinéma (quelques grandes vedettes sont même citées dans l'album) ou suffisamment curieux pour s'essayer à un roman noir fantastico-romantique. 

Si vous vous attendez comme nous à un ouvrage fantastique qui respecterait les codes du genre, détrompez-vous. Ici, ce qui compte surtout est l'atmosphère noire, les relations troubles et la soif de vie désespérée des âmes perdues. Même les enquêtes sont, en définitive, assez cousues de fil spectral. 

Certaines idées sont désarmantes et traitées de belle façon, comme ce fantôme d'actrice incapable d'avoir une matérialité physique mais qui veut être aimée une dernière fois. La sensibilité du récit rend ce personnage émouvant et sa frustration plausible.

Stephen Desberg
 (IR$, Le Scorpion, Empire USA) livre ici un récit agréable mais qui se permet de nombreuses facilités. Aucune n'est dérangeante au point de gêner la lecture mais il est nécessaire d'être réceptif à ce type de récit pour s'y immerger suffisamment et parvenir à ne pas les sentir nous sauter au visage en nous hurlant leur existence.
Attila Fukati (Severed : destins mutilés), quant à lui, nous gratifie d'un dessin réaliste très soigné, d'un découpage intéressant, d'angles de vue assez consensuels mais efficaces et d'une mise en couleurs privilégiant l'atmosphère et la sémantique au réalisme... étant en cela cohérent avec son auteur.

Alors certes, l'ambiance est lourde à en être caricaturale. Certes, la narration joue sur trop de clichés et la voix off peut sembler bien trop présente.
Certes, les personnages sont davantage des archétypes que des êtres auxquels on croit...
Mais ce sont là des caractéristiques du polar, auquel Movie Ghosts emprunte sa forme. Il y apporte de façon assez originale une dose de surnaturel qui parvient lui aussi à se conformer à la musicalité générale.
Que l'on soit séduit ou non par la proposition, il faut admettre son originalité et le soin apporté à sa concrétisation. 
Un album intrigant mais, surtout, qui reste un peu en nous après l'avoir fermé, pour peu que l'on soit sensible à la démarche ou tout simplement à l'idée qu'un amour soit la communion de deux âmes, qu'importent les corps.


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un concept intrigant.
  • Une atmosphère très réussie.
  • Un dessin soigné.
  • Un fantastique qui se ferait presque oublier malgré son omniprésence.
  • Une histoire un peu trop prévisible.
  • Des dialogues trop écrits.
  • Une voix off trop présente.
  • Une mise en couleurs parfois minimaliste.
  • Un fantastique un peu trop facilement accepté par le principal protagoniste.