Les anciennes émissions jeunesses - partie 2 : Au Pays de Croque Vacances
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Après le décevant Nos Années Récré A2 de Flammarion, on passe à un ouvrage bien plus réussi : Au Pays de Croque Vacances.

Bien plus récent cette fois, ce beau livre édité par Pulse (en novembre 2025) et écrit par Arnaud Magnier revient sur la célèbre émission de Claude Pierrard (qui signe d'ailleurs la préface). En 240 pages, l'auteur nous convie à une balade enchantée parmi nos souvenirs d'enfance. Au menu : Princesse Saphir, Vic le Viking, La Bataille des Planètes, Arok le Barbare, Capitaine Flam, Maya l'abeille, Le Club des Cinq, Spider-Man (encore appelé à l'époque L'Araignée), Les 4 Fantastiques ou, entre autres, les héros de Hanna-Barbera. Tout cela est complété par des portraits, les infos de l'époque, des paroles de génériques, quelques témoignages et divers entretiens. 

Plutôt complet, l'ouvrage s'avère aussi très soigné. Outre une hardcover, l'on a droit ici à un papier mat et élégant du plus bel effet. Vu la maquette désastreuse évoquée dans la partie 1 des livres consacrés aux programmes pour enfants des années 70/80, il convient d'aborder le sujet. Un soin réel a été apporté à cet aspect dans Au Pays de Croque Vacances. Même si l'on peut regretter parfois la petite taille de certaines illustrations, l'ensemble est bien plus harmonieux et agréable à l'œil. Le texte est plus aéré, les illustrations sont mieux insérées, même les pages d'introduction pour chaque année sont mieux pensées et bien plus esthétiques. C'est là toute la différence entre un machin bâclé et moche et un projet travaillé et mené à bien par des gens compétents.

Au niveau des articles, là encore on va un peu survoler les sujets vu le nombre de séries et dessins animés abordés, mais l'on retrouve tout de même l'essentiel et quelques anecdotes sympathiques (notamment dans les "croque notes"). Notons que la plume de l'auteur est agréable et les coquilles apparemment absentes. 

L'ensemble est donc soigné et bien réalisé. Mais ce n'est pas tout, les éditions Pulse ont en effet prévu (pour un investissement plus important, bien entendu) la possibilité d'accompagner cet achat par divers petits bonus : un numéro spécial de Télé Junior, un vinyle et des cahiers de bricolage (issus d'une rubrique célèbre de l'émission). Le livre seul vaut 35 euros, le prix passe à 50 euros avec le Télé Junior.
À la rédac, nous n'avons testé que le magazine, lui aussi réalisé avec minutie. Étrange de feuilleter un Télé Junior ayant l'aspect et le "tarif" de l'époque (5 francs) mais avec la texture du neuf ! Sensations garanties. Au sommaire, deux courtes BD (de L'homme qui valait trois milliards et Nestor le pingouin), des infos junior, de magnifiques pubs d'époque, des jeux, une interview de Rémy Bricka, un "réponse à tout" spécial OVNI ou encore la sélection junior des programmes TV du moment. Autant de petites pépites qui nous font conseiller ce supplément. 

Un ensemble qui va forcément raviver de bien tendres souvenirs et permet une immersion colorée et plaisante dans le mythique "monde d'avant". 


GALERIE
(les trois dernières photos sont issues du magazine Télé Junior)











                     
Les anciennes émissions jeunesses - partie 1 : Nos Années Récré A2
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Retour sur Nos Années Récré A2, publié en 2013 par Flammarion.

Alors là, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas vu une merde pareille... on est très loin de la qualité du texte de Nos Années Strange par exemple. Mais commençons par le début. Cet ouvrage, signé Sébastien Carletti, est censé retracer la production télévisuelle pour enfants de 1978 à 1988, le tout à travers 240 pages illustrées. L'idée est bonne, d'autant que le projet joue forcément sur la fibre nostalgique. Le problème vient de la réalisation, si épouvantable qu'elle gâche tout.

Tout d'abord, la mise en page est affreuse. Les textes centraux sont peu aérés et bordés d'images minuscules ; les légendes sont absentes ou difficilement compréhensibles ; et la mise en avant de mots ou titres en gras est d'une stupidité rarement atteinte ("Récré A2" est mis en gras un nombre incalculable de fois, alors que les titres des séries se perdent souvent au milieu d'un blabla dense et indigeste). 
Pire encore, on trouve régulièrement des coquilles ou des phrases mal tournées. Et si tout cela permettait au moins d'avoir un contenu intéressant, mais même pas ! Chaque série est expédiée en quelques paragraphes sans intérêt, parfois en quelques lignes pour les moins connues. Quant au choix des anecdotes, il est plus que discutable et s'accompagne parfois d'opinions personnelles douteuses.

Bref, c'est moche, c'est mal foutu, c'est incomplet et plein de fautes. Et on ne peut même pas se consoler avec les photos, dont 90 % font au maximum 4 x 3 cm. Le tout est emballé avec une couverture bien cheap, à l'illustration aussi dégueulasse que le contenu.
Notons que dès l'introduction, on nous prévient qu'il y a des erreurs dans les articles, les lecteurs sont d'ailleurs invités à les signaler pour alimenter un document PDF téléchargeable "qu'il suffira d'imprimer pour le glisser dans l'un des rabats de l'ouvrage". Le procédé est déjà fou (corriger les erreurs avant la publication nous semble une meilleure solution que constituer un PDF à partir des remarques des gens plus rigoureux que l'auteur), mais on atteint le grotesque quand on se rend compte que ledit PDF, une dizaine d'années plus tard, n'est même pas disponible. Sans doute était-il trop complexe, pour Flammarion, de maintenir un espace de téléchargement pouvant accueillir un simple document écrit...

Un livre qui aurait pu être fantastique mais s'avère profondément décevant tant il est bâclé sur la forme et profondément médiocre sur le fond.
(suite avec un autre ouvrage du même genre, bien mieux réalisé, dans cet article)





Un condensé de tout ce qui ne va pas : photos minuscules, un simple encart pour Lucky Luke,
quelques lignes à peine pour Les Trois Mousquetaires, dont le titre n'est pas mis en gras sans
que l'on sache pourquoi, légendes noyées dans le texte, et mise en page d'une virtuosité sans égal.


Contes de Noël du Journal Spirou
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Gros plan sur un album rempli de nostalgie et de personnages célèbres : Contes de Noël du Journal Spirou.

C'est en 2020 que Dupuis sort ce lourd recueil de 240 pages, consacrées aux contes de Noël publiés dans le célèbre journal, entre 1955 et 1969. L'on retrouve donc au sommaire des bandes dessinées, des contes illustrés ou encore des illustrations, le tout concocté par une flopée d'auteurs et dessinateurs (une trentaine en tout), comprenant notamment Peyo, Jijé, Franquin, Cauvin, Morris, Tillieux, Salvérius ou encore Bara

Ce sont essentiellement ici de brefs récits qui sont compilés, tous tournant autour de la thématique des fêtes de Noël. Les histoires sont souvent naïves voire banales mais elles fleurent bon une époque où morale et éducation avaient encore un sens (même si tout n'était évidemment pas parfait, difficile de condamner en bloc un temps où le futur faisait encore rêver et où, par exemple, notre pays était encore souverain et non aux mains des technocrates européistes et des scélérats qui justifient des "crimepensée"). Il faut dire que, à travers ces scènes, souvent humoristiques, c'est clairement à un voyage dans le passé que l'on est convié. Or les fenêtres de ce genre, sur une tout autre époque, sont souvent aussi féériques que douloureusement émouvantes. Il est donc possible de constater une légère humidité des yeux de temps à autre. À moins que vous ayez le cœur aussi dur qu'un menhir breton et les yeux étanches d'un vieux boucanier insensible que même les pires tempêtes laissent sec et nonchalant.

Reprenons. Si certains styles et personnages sont clairement datés (citons notamment Bara et son Kéké le perroquet), beaucoup se révèlent au contraire intemporels. Les lecteurs retrouveront avec plaisir des noms aussi connus et ancrés dans la culture populaire que Spirou et Fantasio (cf. cette Parenthèse de Virgul pour découvrir "l'album maudit" de Spirou), Gaston Lagaffe, Boule et Bill, les Tuniques Bleues (cf. cet article pour revenir sur l'album hommage leur étant consacré), Gil Jourdan, les Schtroumpfs (voir cette Intégrale Dupuis récente), Poussy ou encore Johan et Pirlouit. Lucky Luke et Buck Danny font même de brèves apparitions. Autant dire que nous avons là un casting de luxe, accompagné de quelques seconds couteaux sympathiques.  

La plupart des contes, peu développés, sont simplistes mais dégagent une innocence touchante. Certaines illustrations, quant à elles, sont proprement magnifiques et peuvent s'admirer longuement. La colorisation, que l'on pouvait craindre quelque peu criarde au regard de l'époque, est parfois au contraire fort jolie (citons par exemple le très beau Nuits Blanches dans la Forêt, de Hausman). Même certaines planches en bichromie (utilisant uniquement le noir et le rouge ou le noir et le bleu, certaines couleurs intermédiaires étant obtenues en jouant sur les pourcentages de ces deux teintes) ont un charme indéniable, preuve que de la limite technique ou financière peuvent surgir, parfois, un peu de beauté et de poésie. La contrainte n'est pas toujours synonyme de résultats médiocres, elle peut aussi permettre d'inventer et de créer autrement. Une évidence qu'il est bon de rappeler à une époque où les outils mis à disposition des auteurs n'ont jamais été aussi performants et impressionnants : c'est avant tout le savoir-faire humain qui compte, que l'on utilise un simple crayon ou une IA, un outil demeure... un outil. 

Bref, un coup d'œil dans le passé, plein de douceur et de belles surprises.
L'ouvrage est encore disponible en neuf.

 









+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Des auteurs mythiques.
  • Et des personnages légendaires (ou moins connus).
  • De magnifiques illustrations.
  • Une atmosphère douce et nostalgique.

  • Le prix, 49 euros tout de même.
  • Certains récits datés.
Signes Extérieurs de Richesse
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Retour sur une comédie française des années 80, qui ressort bientôt en DVD et Blu Ray : Signes Extérieurs de Richesse.

Tout va pour le mieux pour Jean-Jacques Lestrade, patron d'une florissante clinique vétérinaire à Paris. L'homme mène grand train, entre dîners mondains et parcours de golf, jusqu'à la tuile ultime, le pépin qu'il n'avait pas vu venir : un contrôle fiscal. Béatrice Flamand, terne et timide fonctionnaire, débarque ainsi dans la vie du vétérinaire que ses amis ont déjà mis en garde : un contrôle fiscal, c'est l'enfer, il est possible même de ne jamais s'en remettre ! Sur les conseils de son grand ami Jérôme Bouvier, "expert en comptabilité", Jean-Jacques va tout faire pour mener en bateau la consciencieuse Béatrice...

Voilà un classique de la comédie des années 80 qui sort le 17 février en DVD et Blu Ray chez Rimini Éditions. Réalisé par Jacques Monnet, le film réunit Claude Brasseur et Josiane Balasko dans les rôles principaux, accompagnés de l'excellent Jean-Pierre Marielle (magique dans son rôle de demi-margoulin), Roland Giraud ou encore Charlotte de Turckheim.




Cette comédie sentimentale, bien qu'ancienne, n'a rien perdu de son efficacité. La romance est un brin naïve mais reste sympathique. L'ensemble est rythmé et parsemé de gags, souvent efficaces, le tout étant porté par des acteurs au top de leur forme. Certaines scènes sont même mythiques, que ce soit la confusion entre nouveaux et anciens francs, le fameux "je ne t'ai jamais dit que j'étais expert-comptable" ou encore la réponse automatique du gamin du "comptable" quand quelqu'un sonne à la porte. Quant aux personnages, ils sont moins caricaturaux que ce que l'on pourrait penser : entre l'inspectrice que tout le monde redoute mais qui s'avère timide et gentille, et le docteur, tombeur au final pas si insensible que ça, l'écriture s'avère plutôt inspirée. 

Voilà de quoi passer un bon moment, avec un divertissement agréable et une ambiance à la fois nostalgique et "feel good". Le film est accompagné d'une interview de Balasko (8 mn) en guise de supplément. Notons que cette sortie s'effectue dans le cadre d'une collection consacrée à Josiane Balasko, dans laquelle on peut retrouver aussi Les Keufs, Les hommes préfèrent les grosses, Sac de nœuds, Ma vie est un enfer et Nuit d'ivresse

Vivement conseillé si vous aimez ce genre de comédie à l'ancienne. 





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un excellent casting.
  • L'humour.
  • Des personnages attachants.
  • Marielle, exceptionnel.
  • Le tout demeure assez prévisible tout de même.
Animal Kingdom
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Fort, haletant et somptueusement écrit : retour sur Animal Kingdom.

Josh, dit"J", est encore au lycée quand sa mère meurt d'une overdose. Il va alors vivre chez sa grand-mère, Smurf, qu'il avait perdue de vue. Il rencontre également ses oncles, Baz, Pope, Deran et Craig. Mais ce ne sont pas des tontons comme les autres. Sous la direction de Smurf, ils font des "coups", braquent des banques, dévalisent des églises ou des navires, selon l'inspiration du moment. Josh va alors basculer, peu à peu, dans un autre monde, fait de violence et de plaisirs interdits. 
Cependant, sous les activités criminelles, déjà dangereuses en elles-mêmes, se cachent également des secrets de famille, bien enfouis mais dont l'odeur nauséabonde va finir par imprégner le quotidien des malfaiteurs. 

Animal Kingdom est une série de 6 saisons et 75 épisodes, disponible actuellement sur Netflix. C'est une création de Jonathan Lisco, d'après le film du même nom, de David Michôd. L'on peut citer, dans les rôles principaux, l'excellente et troublante Ellen Barkin (qui avait notamment joué aux côtés de Dennis Quaid, en 1987, dans le sous-estimé The Big Easy) ou encore Shawn Hatosy, campant un complexe et hallucinant Andrew "Pope" Cody. 




Si vous aimez les séries musclées et tendues, à la narration sous adrénaline, du genre The Shield ou Sons of Anarchy, il y a un peu de ça dans Animal Kingdom. Et même un peu plus. Tout d'abord, le fait d'intégrer des protagonistes fort jeunes (J et Nicky, par exemple), rend l'intrigue encore plus "borderline" parfois (dans le bon sens du terme), l'aspect "vie de famille" et "vie scolaire", même si l'intrigue mafieuse l'emporte largement, permettant d'ajouter une tension dramatique plus profonde encore. 
Notons également l'humour, rare mais très efficace au détour d'une réplique de temps à autre.
Mais bien entendu, l'essentiel est ailleurs...

Les activités criminelles de la famille, les conflits internes, les secrets plus ou moins bien gardés, les failles actuelles et les blessures anciennes vont s'entremêler pour donner un récit âpre, surtendu, futé et surprenant. Les personnages possèdent de multiples facettes, les rendant tour à tour sympathiques ou détestables, sans pour autant les dénaturer. La "noirceur" de leur âme, notamment, et la conscience qu'ils en ont, les rendent particulièrement humains. Les "coups", minutieusement préparés, apportent leur lot de suspense. Quant aux multiples rebondissements, violents et inattendus, ils tiennent lieu de véritable ciment pour cette série audacieuse et jouissive (dont nous allons éviter, ici, de dévoiler les plus énormes effets, qui mériteraient d'être minutieusement analysés tant ils sont formellement efficaces et bien amenés). 
Certains moments dramatiques, d'une justesse folle, sont aussi poignants que délectables, alors que d'autres scènes, plus légères, apportent un nécessaire vent de fraîcheur au milieu du souffre, mais globalement, c'est plutôt sombre, forcément. Ne vous y trompez pas, le côté "surf" et "ambiance lycée" du début n'est qu'une façade qui s'estompe bien vite. Et de manière tragique. 

Bref, une excellente série, dont on tombe accro dès les premières minutes.
C'est si bon que ça fait mal quand ça s'arrête. 




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • L'écriture, implacable.
  • La profondeur des personnages.
  • Les plus épouvantables rebondissements, très bien gérés.
  • L'humour, rare mais très efficace.
  • Ellen Barkin, magistrale et envoûtante.
  • Le personnage de Pope, qui hantera longtemps l'imaginaire collectif.


  • C'est parfois très dur, surtout quand ça concerne des enfants. Ce n'est pas un défaut en soi, ça reste une fiction, mais c'est à signaler.