Publié le
24.4.26
Par
Virgul
Si vous aimez la Science-Fiction et ses nombreux sous-genres, jetez-vous sur l'énorme dossier (qui servira aussi d'index) concocté par notre ami Vance et qui est consacré à ce pan énorme de la littérature.
Vous y trouverez de nombreuses sagas, récentes ou plus anciennes, et des œuvres originales et audacieuses, qui montrent l'extrême richesse et la vivacité du genre.
De Aldiss à Van Vogt, en passant par Herbert, Asimov, Verne, Zelazny, Ballard ou, entres autres, Simmons, (re)découvrez des mondes lointains et fantastiques, des quêtes épiques, des technologies parfois effrayantes et une foultitude d'idées bizarres qui hantent encore les pages de nombreux ouvrages !
Pour y accéder, rendez-vous dans notre rubrique Dossiers, ci-dessus, ou cliquez sur l'image ci-dessous.
Miaw !
Publié le
23.4.26
Par
Virgul
Du collector à prix raisonnable, ce n'est pas si souvent !
En général, tout ce qui touche à l'univers de Goldorak est hors de prix, mais pour une fois, la marque Plastoy frappe très fort en proposant des bustes (des tirelires en fait, cf. cet article) absolument magnifiques à un prix modeste (environ 30 euros).
Le Grand Stratéguerre est tout simplement sublime, tout comme Minos dont le visage s'écarte pour laisser place à Minas, première version.
Deux Golgoths sont également disponibles. Plus petits, moins impressionnants que les personnages, ils demeurent toutefois bien réalisés.
Pas grand-chose à dire de plus, si ce n'est que ces objets collector devraient ravir les grands nostalgiques de la guerre contre Véga.
Petite précision, Minos et le Grand Stratéguerre n'étant pas à la même échelle, on vous conseille de ne pas les exposer forcément côte à côte.
Miaw !
Petite précision, Minos et le Grand Stratéguerre n'étant pas à la même échelle, on vous conseille de ne pas les exposer forcément côte à côte.
Miaw !
Publié le
18.4.26
Par
Nolt
Nouvel album hommage au héros de Morris : La Longue Marche de Lucky Luke.
Luke est mandaté par un riche entrepreneur pour retrouver son neveu, aperçu par un trappeur dans une tribu d'Amérindiens, les Pieds-Bleus. Le cow-boy solitaire localise l'enfant, mais il ne tarde pas à s'apercevoir que son patron souhaite en réalité se débarrasser de cet héritier gênant, qui pourrait le déposséder de ses biens. D'ailleurs, le richissime et terrible Cramp a engagé d'autres mercenaires pour lui ramener le gamin. Dont les célèbres frères Dalton.
Les Pieds-Bleus, conscients du danger, confient alors l'enfant à Luke. Ce dernier doit lui faire passer la frontière canadienne, afin qu'il puisse faire valoir ses droits. Mais le voyage ne sera pas de tout repos, d'autant que la cohabitation entre l'homme qui tire plus vite que son ombre et l'enfant s'avère pour le moins compliquée...
Après L'homme qui tua Lucky Luke et Wanted Lucky Luke, voilà un troisième opus de Matthieu Bonhomme (qui signe scénario, dessins et colorisation). Le travail de l'auteur, qui modernise grandement le personnage tout en conservant ses bases et de nombreuses références, est toujours aussi bon. Visuellement, les planches sont très belles, la colorisation, subtile et maîtrisée, permettant de magnifier les décors enneigés. Le scénario, quant à lui, est également plus "sérieux" que celui de la série classique. Cela projette Luke dans un cadre plus réaliste (toute proportion gardée, on n'est tout de même pas sur du Blueberry) et donne une impression de douce évolution, contrôlée et mesurée.
Au niveau de l'intrigue, nous avons ici un récit très classique, de "grand méchant riche" détruisant les terres des "gentils sauvages" et voulant buter un gamin innocent. C'est donc surtout dans la relation entre Luke et l'enfant qu'il doit protéger que vont se nicher les moments les plus intéressants. L'auteur joue en effet sur le côté solitaire du célèbre cow-boy, sur ses maladresses parfois (du moins, dans la communication avec un marmot), pour faire surgir de l'émotion entre deux cases. Quelques moments attendrissants viennent ainsi rythmer les pérégrinations des deux héros, ce qui donne une certaine profondeur à l'ensemble.
L'humour, subtil, est lui aussi de la partie, avec un Luke, paniqué, qui refuse de fumer avec les Amérindiens pour sceller un pacte, allusion amusante au fait que la censure est passée par là il y a maintenant de nombreuses années, remplaçant les clopes du vieux baroudeur par des brindilles d'herbe (ce qui lui vaudra d'ailleurs un surnom étonnant). L'arrivée des Dalton, en invités "de luxe", est aussi une source de gags, même si globalement, le lecteur reste un peu sur sa faim, la confrontation entre eux et Luke étant finalement assez convenue.
Revenons également sur le format, ici du 74 planches, ce qui est un énorme point positif, le classique et totalement obsolète format 44 planches étant de nos jours une contrainte absurde qui nuit à bien des récits. Le bon format pour une histoire devrait être calculée au cas par cas, selon ce que l'auteur souhaite développer et selon son style. C'est donc une très bonne chose, Bonhomme pouvant se permettre, dans cet album, d'avoir de grandes cases rendant justice aux décors les plus impressionnants ou d'oser de longues scènes silencieuses qui installent une atmosphère particulière et nourrissent le suspense.
Un bon album, agréable à l'œil et bien conçu.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
17.4.26
Par
Virgul
On a du lourd aujourd'hui, une anecdote (un pan de l'Histoire presque) avec de l'occultisme, du rock bien sombre, un auteur gazé lors de la bataille de Passchendaele, et tout cela pour aboutir, après bien des péripéties, à la création du... heavy metal.
Ah, on ne se fiche pas de vous, hein ?
Miaw !
Notes sombres et naissance du Metal
Tout commence en 1968, dans les faubourgs de Birmingham. Un bassiste, totalement inconnu, vient de lire un ouvrage signé Dennis Wheatley. Et il nous faut pour le moment nous pencher sur ce dernier. Le type est né dans le sud de Londres, dans une famille aisée, en 1897. Pas de bol, le voilà suffisamment âgé quand la Première Guerre mondiale éclate, ce qui lui vaut d'être incorporé dans l'artillerie britannique. Après avoir servi dans le nord de la France, il participe aux combats en Belgique, notamment à Passchendaele, où il se retrouve gazé au chlore, l'une des nombreuses saloperies dont se servaient à l'époque les belligérants.
De retour au pays, le gars reprend l'entreprise de vin familiale, qui périclite lors de la dépression des années 30. Notre brave Dennis va alors se lancer dans l'écriture.
Dennis Wheatley va devenir un auteur prolifique et influent. Il va écrire des dizaines d'ouvrages, en se spécialisant dans le fantastique mais aussi le genre policier, l'aventure, la guerre, l'espionnage. Il va également publier des romans-mystères, dans lesquels le lecteur est invité à trouver le coupable grâce à une série d'indices ; il écrira également des essais sur bien des domaines, dont la Révolution russe ; et, après un long travail de recherche et diverses rencontres, il va finir par faire autorité en matière de satanisme et de magie noire. Certains de ses romans vont d'ailleurs traiter du sujet, comme Les Vierges de Satan, publié en version française dans les années 80 par les éditions NéO (et disponible de nos jours chez Terre de Brume). Dans les années 60, ses livres se vendent à près d'un million d'exemplaires par an. Certains seront adaptés au cinéma, entre autres par la Hammer. Le succès est au rendez-vous, et si son nom n'est pas aussi célèbre que celui d'un Lovecraft ou d'un Howard, c'est en partie à cause de problèmes de droits, qui empêcheront la réédition de ses romans (très peu sont disponibles aujourd'hui) et nuiront donc à la notoriété de ceux-ci.
Mais revenons à notre petit bassiste anglais. Ce petit gars d'Aston, un quartier ouvrier très pauvre, va se lancer dans la lecture des bouquins de Wheatley. Et comme beaucoup de jeunes lecteurs de l'époque, il va être marqué par l'ambiance sombre de ces récits, il va être fasciné par les références à l'occultisme, au surnaturel. Et cela va avoir, chez lui, un impact bien plus important que chez le lecteur lambda. Car ce petit bassiste s'appelle en réalité Terrence Butler, dit "Geezer". Il fait partie d'un groupe qui comprend notamment un certain Tony Iommi qui, malgré un accident dans une usine de tôlerie (une presse hydraulique le déleste de deux phalanges !), continue à jouer de la guitare avec passion. Ils sont entourés de deux types eux aussi encore inconnus, un nommé Ozzy Osbourne, au chant, et le sieur Bill Ward à la batterie.
Une nuit, Geezer fait un cauchemar, fortement imprégné de ses lectures du moment et de l'influence de Wheatley. Il rêve d'une silhouette noire, effrayante, se tenant dans sa chambre, au pied de son lit. Il en fait part à ses collègues. Les membres du groupe, constatant le succès des films d'horreur, et inspirés par l'histoire glauque de Geezer, vont avoir l'idée d'une chanson très particulière, qu'ils intituleront Black Sabbath. Pour la première fois dans l'histoire de la musique, des types ont l'idée de concevoir une musique plus sombre, plus violente, plus dérangeante, chargée de mystère et même... effrayante. Les premiers riffs, lourds et lugubres, sont composés. Ceux-ci sont également influencés par le handicap de Tony, ce dernier étant obligé de réduire la tension de ses cordes pour diminuer la douleur au niveau de ses doigts blessés, ce qui rend le son plus grave. Geezer suit en abaissant également la tonalité de sa basse. Le Heavy Metal est né, à partir de quelques bouquins d'épouvante et de deux doigts tranchés dans un accident du travail ! Ou en tout cas, il va se développer à partir de ce premier groupe devenu légendaire et formé par quelques cinglés (qui accumuleront les pires conneries en tournée).
Et voilà les amis. N'est-il pas fascinant de se dire qu'un genre musical majeur est né de l'influence d'un auteur versé dans le fantastique ? Qui sait, sans Wheatley, ce qu'aurait rêvé cette nuit-là le petit Geezer ? Et ce qu'aurait alors donné la musique de ses potes. Comme quoi, il faut faire attention à ce qu'on lit. Cela peut parfois influer non seulement sur nos pensées, mais même sur nos destins. Miaw !
Publié le
15.4.26
Par
Nolt
Nous embarquons aujourd'hui pour Metropolis, cité uchronique et mystérieuse.
La Première Guerre mondiale n'est jamais survenue. Au lieu de s'entretuer, Français et Allemands ont édifié une immense ville dans l'Interland, symbole de la réconciliation. La mégapole n'est cependant pas exempte de crimes. Après un attentat particulièrement meurtrier, l'inspecteur Faune découvre des cadavres dans les sous-sols de la ville. De "vieilles choses mortes", déshumanisées et abandonnées.
Pour mener à bien cette enquête, Faune va devoir faire équipe avec le commissaire Lohmann, sous la supervision du docteur Freud. Un psychiatre ne sera en effet pas de trop car, outre le fait que les deux flics ont eu des problèmes psychologiques par le passé, d'étranges événements commencent à survenir dans Metropolis : la statue d'un soldat remplace celle d'un philosophe, des livres étranges apparaissent dans les librairies... quelque chose est en train de modifier l'Histoire.
Romancier, auteur de nouvelles et d'essais, Serge Lehman avait déjà fait montre de ses talents de scénariste avec La Brigade Chimérique, œuvre qui se penchait sur les super-héros européens et commentait leur quasi absence dans notre culture. Cette fois, l'auteur reprend le concept de Metropolis mais, au lieu d'en faire un nid de surhumains, il la présente comme le lien entre deux nations ennemies ayant grandement contribué à façonner l'Europe moderne.
Metropolis, littéralement "ville mère", devient ainsi un élément central du récit. Elle vit, parle, cache des secrets dans ses entrailles tout en pointant ses tours vers le ciel...
Avec Lehman, comme souvent, il faut s'attendre à ce que tout fasse sens (le type étant l'un des meilleurs et des plus brillants scénaristes français). L'inspecteur Faune, par exemple, est ainsi lié à la cité de manière presque charnelle, la ville étant présentée comme sa "grande mère".
Mais tout ne se limite évidemment pas aux ruelles et aux immeubles...
Après une première touche de fantastique, l'on plonge dans un thriller sombre, aux références nombreuses et aux non-dits subtils. Churchill, Freud, Fritz Lang ou Briand sont de la partie, ancrant l'intrigue dans un passé fragile, malmené et habilement revisité.
Techniquement, Lehman fait preuve d'une rare virtuosité dans la narration. Les personnages principaux prennent peu à peu de l'envergure alors que des pans de leur passé sont dévoilés. L'exploit est triple puisqu'il faut dans le même temps installer l'intrigue policière, donner de l'épaisseur aux protagonistes et rendre crédible et intelligible une utopie hors du temps, uniquement rattachée à nous par quelques noms célèbres.
Graphiquement, le travail de Stéphane De Caneva est tout simplement exemplaire, tant pour ses plans spectaculaires sur la ville que dans la manière de traiter les personnages, avec une touche rétro qui ne verse jamais dans le "vieillot". La colorisation, de Dimitris Martinos, est également pour beaucoup dans la réussite de cette ambiance visuelle.
Le premier tome a été publié en 2014 chez Delcourt, qui a ressorti l'intégrale des quatre tomes en 2024 (toujours disponible pour environ 35 euros).
Démesurée, multigenre, addictive, cette BD bénéficie de la maîtrise d'un auteur qui a les moyens, intellectuels et techniques, de son ambition, ce qui n'est finalement pas si courant que ça.
À posséder absolument.
BONUS
Entretien avec Serge Lehman (publié à l'origine dans le magazine Geek d'octobre 2010, à l'occasion de la sortie de La Brigade Chimérique)Nolt : Serge Lehman, vous êtes le co-auteur de La Brigade Chimérique, comment est né cet ambitieux projet ?
Lehman : D’une question que je me suis posée enfant en découvrant les comics US : pourquoi n’y a-t-il pas de super-héros en France et, plus largement, en Europe ? C’est idiot, évidemment, mais je n’ai jamais réussi à passer outre, jamais réussi à me contenter de « c’est comme ça, c’est un truc purement américain ». À la fin des années 90, quand j’ai découvert que la vieille SF française de l’entre-deux-guerres contenaient des dizaines de super-héros potentiels, je me la suis posée à nouveau et j’ai fini par écrire une histoire pour y répondre.
— La série mélange personnages réels, comme Irène Joliot-Curie, et des héros de fiction, comme le Nyctalope ou le Passe-Muraille, sur quelles bases s'est effectué ce casting assez exceptionnel ?
— Pour les personnages de fiction, on a reproduit ce qu’on pense être le processus créatif originel des comics, cette simplification/amplification qui a permis de passer de héros bigger than life comme Doc Savage ou The Shadow aux vrais surhommes : Superman et Batman. Le Nyctalope est une création du feuilletonniste Jean de la Hire, qui date d’avant la Première Guerre mondiale. Il est riche, il voit la nuit et possède un cœur artificiel, il fréquente le grand monde ce qui garantit sa mobilité, il dirige une organisation anti-criminelle, etc. À la fin d’un de ses romans, la Hire écrit en substance : « le Nyctalope, c’est la France. » Bon, on ne peut pas être plus clair. On a puisé dans ce vivier-là. Parce qu’on ne fait pas de distinction a priori entre haute et basse culture, on s’est aussi intéressés à l’autre bord de l’échiquier littéraire, en détournant Gregor Samsa, le héros de La Métamorphose, pour en faire un super-héros maudit : « le Cafard ». Ou l’horrible vieillard de Papini, Gog. Tout ça est assez infantile, je le reconnais, mais aussi très amusant. Pour les personnages réels, d’une certaine manière, c’était plus facile. Dans les années 30, le radium était vraiment la « matière miracle » dans l’imaginaire, une préfiguration de la kryptonite, alors, les Curie, Rotblat, les premiers chercheurs atomistes, c’était évident. Quant à Breton et aux surréalistes, dissidents ou non, ils ont eux-mêmes avoué leur passion pour les feuilletons – pour Fantômas en particulier. Ça coulait de source.
— Avec d'aussi nombreux précédents, il n'était pas facile de présenter des super-héros sans tomber dans le déjà-vu, pourtant, l'on dépasse complètement le cadre du simple hommage, avec des personnages qui n'ont rien à envier à leurs cousins américains et s'imposent avec une identité propre. Qu'est-ce qui les différencie, sur le fond, des super-héros les plus connus de Marvel ou DC ?
— Ils sont de leur temps : racistes, antisémites, nationalistes, pleins de morgue impériale… Ils adhèrent au mauvais système de valeurs, on ne peut que les détester. Le problème, c’est qu’il suffit de les voir à l’œuvre pour les aimer aussi. Pour se demander comment on a pu vivre un demi-siècle sans eux. Une culture digne de ce nom ne peut pas se passer de super-héros. Si elle n’en produit pas, elle vit par procuration à travers ceux des autres.
— Vous abordez dans ce récit des domaines aussi sérieux que la physique quantique ou la psychanalyse, la science en général est-elle pour vous une source d'inspiration ?
— Une source d’histoires et une source poétique, oui.
— Le concept de surhomme est très différemment interprété par le Dr Mabuse et Nous Autres. Cet aspect politique, presque philosophique même, était-il présent dès le départ ?
— Ça fait partie du projet. C’est parce que le concept de surhomme est fondamentalement ambigu, y compris et surtout chez Nietzsche, qu’il peut être tiré dans tous les sens, du saint catholique à la « bête blonde » nazie en passant par les super-héros classiques ou, aujourd’hui, le posthumain qui récupère une bonne partie de tous ces fantasmes. Dans le corpus idéologique des nazis, le surhomme est une structure. On ne pouvait pas parler des années 30 sans prendre en compte toutes ces choses.
— Les références, notamment à la littérature d'avant-guerre, sont incroyablement nombreuses. Est-ce là le résultat d'une passion ancienne pour ce genre de récits ? Les précisions que vous apportez sur votre site ont dû demander un travail de documentation colossal !
— Oui et non. La Brigade a demandé dix ans de maturation mais pour l’essentiel, j’ai lu les livres, vu les films, admiré la peinture et accumulé la documentation par plaisir ou curiosité intellectuelle, sans savoir vraiment ce que j’en ferais. Pendant un moment, j’ai essayé de construire un roman uchronique inspiré de Fritz Lang, Metropolis. Des bribes de ce projet se retrouvent dans la BD. Mais je me suis aussi servi du même matériel pour faire une longue nouvelle intitulée Superscience, une anthologie sur la vieille science-fiction française chez Omnibus et bientôt un essai pour Gallimard. Disons que j’ai passé une décennie à rêvasser sur l’entre-deux-guerres.
— Au final, la Grande-Bretagne mise à part, qu'est-ce qui explique selon vous que le genre super-héroïque n'ait pas réellement connu de succès en Europe ? À quoi pourrait-on attribuer ce que vous appelez ce "manque" dans notre imaginaire ?
— Il faut nuancer les formulations : les histoires de super-héros ont toujours eu du succès en Europe, même après la guerre. Simplement, elles n’étaient plus produites ici, il a fallu les importer. Superficiellement, on pourrait croire que c’est un cas d’idiosyncrasie : les super-héros seraient une spécificité américaine, comme les cow-boys disons… Mais dès qu’on regarde en profondeur, on s’aperçoit que ce n’est pas le cas, que des personnages-sources comme le Nyctalope, Félifax, Fantômas et d’autres pullulaient dans la fiction européenne de la première moitié du XXe siècle. Donc : il y a eu des super-héros européens. Et puis, un jour, ils ont disparu. Comment et pourquoi ? C’est ce qu’on raconte dans La Brigade. Disons pour faire simple qu’après le nazisme, la catégorie du surhomme est devenue impensable pour les créateurs du continent. Elle a littéralement cessé d’exister. Le vrai héros européen d’après-guerre, ce n’est pas le surhomme mais celui qui l’affronte : le résistant. Le Nyctalope de la Hire fournit un bon exemple de cette inversion : sa dernière aventure se déroule pendant l’occupation et il est clairement du côté des Allemands. Bref, nous n’avons plus de surhommes ici parce qu’ils se sont discrédités au moment critique, parce qu’ils ont choisi le mauvais camp, parce qu’ils nous ont trahis. L’exception anglaise s’explique d’elle-même dans cette optique et fournit un cadre de lecture général : créer des super-héros est un privilège de vainqueur.
— Vous êtes l'auteur de romans et de nombreuses nouvelles, est-ce que La Brigade Chimérique, dans un avenir plus ou moins proche, pourrait se décliner autrement qu'en bande dessinée ?
— Je ne sais pas.
— Vous rappelez volontiers que vous êtes un ancien lecteur de la revue Strange, est-ce que vous suivez encore régulièrement certaines séries américaines ?
— Pas le mainstream mais des auteurs en particulier. Moore, Ellis, Mignola… Je ne suis pas très original.
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