Publié le
14.6.26
Par
Nolt
Réédition d'un pan de l'histoire des comics avec Superman vs Spider-Man - La Bataille du Siècle.
En 1976, les deux géants que sont Marvel et DC Comics collaborent pour la première fois afin d'organiser la rencontre de deux de leurs personnages phares. La même année, Sagédition sort la première VF de cette histoire en album souple. Aujourd'hui, c'est Urban Comics qui nous livre une nouvelle version de ce récit, dans son format géant Treasury.
Voyons déjà le pitch.
Alors que le Docteur Octopus et Lex Luthor se retrouvent tous les deux en prison, ils vont en profiter pour faire équipe et échafauder un plan pour se débarrasser de leurs plus grands ennemis (et faire chanter le gouvernement américain en prime, afin de récupérer un peu de pognon au passage).
Peter Parker et Clark Kent, présents à la même conférence de presse, réagissent rapidement à l'enlèvement de Mary Jane Watson et Loïs Lane en endossant leurs costumes. Spider-Man et Superman entrent en scène, mais suite à un quiproquo, bien entendu, leur rencontre commence par... une baston.
Le scénario est de Gerry Conway, les dessins de Ross Andru. L'histoire est on ne peut plus simpliste et sacrifie à tous les poncifs du genre : malentendu poussant les héros à se taper dessus sans réfléchir (ce qui les crétinise tout de même pas mal), alliance de deux super-vilains, menace d'ampleur mondiale, les proches des héros qui sont directement impactés, etc. Mais à la rigueur, ça a son charme. Et l'on ne vient pas relire cette vieillerie pour réellement profiter d'un récit inspiré, mais plutôt pour "visiter" une pièce de musée.
Graphiquement, le style "old school" demeure agréable malgré une colorisation flashy et sans nuances. Si certaines scènes de combat deviennent encore plus spectaculaires dans ce format immense, les cases représentant des passages plus calmes n'en profitent guère, au contraire, le manque de décors (souvent remplacés par des fonds unis) supporte mal cet agrandissement. Signalons que le tout est imprimé non sur un papier blanc mais beige, ce qui donne un aspect artificiellement vieilli à l'ensemble.
Niveau adaptation, ce n'est pas très réussi, la version française comportant de nombreuses fautes. Ça commence dès la page 2 avec un "j'aurais tout vu" (c'est le futur qu'il convient d'employer ici), et ça se poursuit tout le long de l'album : "quoiqu'efficace" (l'élision est fautive) ; "boire un c"... (il convient de coller les points de suspension au c et d'ensuite seulement fermer les guillemets) ; "il s'est fabriqué un costume et masque" (où est passé l'article indéfini ?) ; "Dr. Octopus" (en français, "docteur" s'abrège Dr, sans point) ; "en-dessous" (pas de trait d'union, contrairement à "au-dessous"). Ajoutons à cela une ponctuation parfois hasardeuse, et l'on conviendra que cela commence à faire beaucoup pour si peu de texte.
Voilà donc une BD plutôt moyenne, dotée d'une VF perfectible. Reste le format, impressionnant, qui redonne un certain lustre à ce morceau d'Histoire.
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Publié le
12.6.26
Par
Nolt
Retour sur le parcours d'un héros (presque) oublié.
Qui se souvient encore de Benjamin Justice ? Médecin à l'OMS, le Docteur Justice parcourt le monde, de conférences en missions spéciales en tout genre. Charismatique, élancé, doté de hautes valeurs morales et expert en judo, l'homme a tôt fait, lorsqu'il croise margoulins et crapules, de les remettre à leur place à coups d'atemi bien placés (car en fait, il pratique aussi visiblement le ju-jitsu et le karaté).
Voilà le personnage. Un physique à la Michel Vaillant mâtiné d'Alain Delon, des compétences en tabassage de brutes et, de temps à autre, une petite prise de tension. Même Bob Morane, en comparaison, paraîtrait le summum du héros à la psychologie surdéveloppée, c'est dire ! Mais revenons dans un premier temps sur sa création.
C'est en 1970, sous la plume du scénariste Jean Ollivier, que naît celui qui a failli s'appeler Docteur X, Docteur Rush, Docteur Jet ou... Docteur Casse-Cou. Le dessinateur italien Raffaele Carlo Marcello va, lui, donner forme au personnage. Durant 20 ans, Justice (déjà évoqué dans cet entretien avec Maître Habersetzer, qui fut l'une des sources visuelles et techniques d'inspiration pour le dessinateur) va connaître plus de 150 aventures, en général de 12 pages (en couleurs) ou 20 pages (en noir et blanc), même si certaines histoires seront légèrement plus courtes ou plus longues. Preuve que le personnage connaît un certain succès à ses débuts, il aura droit à une adaptation cinématographique en 1975. Il sera interprété par John Phillip Law, un acteur américain déjà connu pour avoir incarné Diabolik (un classique des fumetti transalpins), qui sera accompagné par une certaine Nathalie Delon. Tout se rejoint. Mais revenons à la BD.
Le parcours éditorial du Docteur Benjamin Justice va être relativement mouvementé. Il commence par faire ses débuts dans Pif Gadget. Puis, il aura droit à son propre trimestriel, publié par les éditions Vaillant. Plusieurs maisons vont ensuite sortir des albums : Hachette, les éditions du Kangourou, GP Rouge et Or (un éditeur spécialisé dans les publications jeunesse, dont la collection Rouge et Or visait les moins de 20 ans), puis Messidor-La Farandole (qui appartenait au groupe éditorial du... Parti Communiste Français !).
Des tentatives de regrouper tout cela sous forme d'intégrales vont également avoir lieu. C'est Soleil qui s'y colle en premier en 1996, avec "Tout Docteur Justice", trois tomes d'aventures en couleurs (d'environ 115 pages chacun) plutôt mal nommés puisqu'ils sont loin de "tout" regrouper. En 2006, les éditions Thot prennent la suite, avec un premier volume (de près de 200 planches, cette fois consacrées aux premières aventures en noir & blanc) d'une intégrale qui ne verra jamais la parution du tome 2. Tout cela demeure donc très fragmentaire (et un cauchemar pour les complétistes).
Mais qu'en est-il de la qualité de ces bandes dessinées ? Eh bien, il faut reconnaître que ça ne vole pas très haut. Les défauts sont nombreux et énormes. Tout d'abord, les intrigues sont d'une grande simplicité. En ce qui concerne la narration, il s'agit plus d'un récit illustré que d'une BD moderne classique, dans le sens où l'action est surdécrite par des pavés de texte presque à chaque case. Cela alourdit considérablement l'ensemble et gêne l'immersion. Et on est loin d'avoir fait le tour de ce qui cloche ! Les personnages sont tous transparents et fades, sans aucun développement réel (même le héros en personne !). Quant au texte, il est blindé de fautes. Ah la mule est chargée, aucun doute là-dessus. Et en prime, l'auteur aligne les approximations et les erreurs. Certes, se documenter était plus difficile au début des années 70, sans internet, mais tout de même, de nombreux ouvrages étaient disponibles en bibliothèque. On s'étonne donc de certaines idioties, comme le "kiai" par exemple. À plusieurs reprises, Ollivier le décrit comme un cri presque magique, qui foudroie l'adversaire (une légende qui a certes circulé à une époque, mais qui paraît bien naïve). En réalité, le cri ne s'appelle même pas "kiai" mais "kensei". Il est l'une des conséquences du kiai (que l'on pourrait traduire par "harmonisation des énergies" et qui est traduit, sous la plume d'Ollivier, par un plus ésotérique "union des esprits"), ce dernier étant une sorte de point culminant, une concentration d'énergie physique et mentale, qui accompagne le coup d'un pratiquant. C'est donc bien un coup porté qui a un effet, et non simplement le fait de hurler. D'ailleurs, parfois, le Docteur Justice crie carrément le mot "kiai", ce qui n'a aucun sens. Isolément, c'est anecdotique, mais ces histoires sont pleines de raccourcis, maladresses et erreurs de la sorte.
Alors quoi ? C'est nul, c'est ça ? Hmm... c'est plus compliqué que ça. La série n'est clairement pas écrite par un virtuose à la Charlier (qui avait, dès les années 50 et 60, une plume largement plus intemporelle et efficace), cependant, elle est tout de même dotée d'un certain charme. La partie graphique est très réussie et fait penser à certains fumetti feuilletonnant. Le côté très expéditif des récits permet de changer rapidement de décor et d'imposer un rythme élevé. Et le style à la fois moderne mais aujourd'hui très désuet des années 70 a un parfum plutôt agréable. Ajoutons que le côté caricatural, les bons sentiments à foison et l'exotisme facile font penser à un OSS 117 (le vrai, pas la parodie) où l'un de ces héros "larger than life" d'antan. Et nul doute que certains titres (Otages au Nicaragua ; Neuf Hommes sur la Banquise ; Le Secret des Klimaks ; La Folie du Ronin ; Branle-bas aux Bahamas ; La Nuit d'Amsterdam ; 60 heures à Rio ; Opération Panther ; Dr Justice à Istanbul ; S.O.S. Égypte ; Le Château du Burgrave...) devaient faire rêver à l'époque. Enfin, certaines thématiques, même survolées, ne sont pas inintéressantes (comme les effets psychologiques de l'isolement durable sur un groupe de scientifiques).
Au final, voilà un personnage trop lisse et des aventures trop convenues et embryonnaires pour avoir véritablement marqué les annales des grandes heures de la BD européenne. Reste toutefois un nom et des titres qui évoquent, comme dans un rêve, la brume diffuse d'une époque révolue et, de ce fait, magnifiée.
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10.6.26
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Nolt
Sortie de la version collector de l'Odyssée.
Nous vous avons déjà parlé à de multiples reprises des éditions Callidor, que ce soit à l'occasion de la sortie de quelques ouvrages (Le Roi en Jaune, Dracula, Les Hauts de Hurlevent...) ou lors d'un article de fond sur le travail exceptionnel de cette maison. L'éditeur revient sur le devant de la scène avec un nouvel ouvrage magnifique consacré cette fois à l'une des épopées d'Homère, chef-d'œuvre incontesté de la littérature et fondation même des lettres occidentales. Autant vous dire que cette Odyssée mythique méritait évidemment un écrin à la hauteur de sa légende, ce qui est aujourd'hui chose faite, et de fort belle manière.
Mais commençons par rappeler en gros de quoi il retourne.
Ce poème épique, comprenant 24 chants, conte le retour tumultueux d'Ulysse dans son foyer, après la guerre de Troie. À Ithaque, sa femme Pénélope est pressée par de nombreux prétendants qui convoitent trône et richesses. Il est donc urgent qu'Ulysse réapparaisse, mais celui-ci est retardé par la colère du dieu Poséidon (son fils, le cyclope, ayant subi une sévère défaite face au héros), qui a mis bien des embûches sur sa route.
Ulysse va ainsi rencontrer tout au long de son voyage les Lotophages et leurs dangereuses fleurs de lotus ; le grand Éole lui-même ; les Lestrygons, géants anthropophages peu sympathiques ; les Sirènes et leur chant irresistible ; ou encore les monstres Scylla et Charybde, sans parler d'une descente au sein des Enfers, carrément ! Ah ben, les voyages, ça ne se passe pas toujours bien...
Maintenant que tes souvenirs sont rafraîchis, ô noble lecteur, passons à l'analyse du fond et de la forme de cette version du célèbre récit. La traduction utilisée par Callidor est celle de Victor Bérard et date de 1924. Cela donne un texte classique, élégant et forcément très littéraire, dans le sens le plus strict. Bérard est non seulement un homme de Lettres, mais un homme de Lettres de la Belle Époque, de surcroît. Aussi, il est juste de préciser que certaines traductions, plus modernes, sont plus proches des attentes d'un lecteur contemporain, même si l'on y perd sans doute une partie du souffle épique rendu parfaitement en ces pages.
En ce qui concerne la forme, là, tout le monde sera probablement d'accord : c'est beau. Fichtrement beau et soigné. Dos toilé, couverture en dur avec vernis sélectif, magnifiques illustrations d'Aurélien Police, mise en page et travail typographique inspirés permettent de profiter pleinement de la lecture et de faire de ce livre un magnifique objet de collection. Notons que l'éditeur a également ajouté une préface (de Victor Hugo), une introduction du traducteur, et divers compléments, sous forme de notes et addendum. Difficile de faire plus exhaustif.
Au final, voilà une version somptueuse d'un classique incontournable qui aura belle allure dans votre bibliothèque et vous emportera dans un mélange subtil de réalisme, de merveilleux et de réflexion sur la condition humaine.
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3.6.26
Par
Nolt
UMAC : Bonjour Alex, bienvenue sur UMAC et merci de nous accorder un peu de ton temps ! Tu es le créateur de la chaîne youtube La Fuite en Vidéo, qui propose des critiques de films, séries et documentaires, mais aussi des vidéos plus spécialisées, sur ton propre parcours. Pourrais-tu pour commencer tenter de te définir ? Tu es vidéaste, musicien, mais tout cela semble un poil réducteur pour qualifier ton univers.
Alex : Me définir c’est délicat ! J’ai l’impression de tanguer entre deux facettes de ma personnalité depuis l’enfance. Un fataliste mi-désabusé mi-amusé, sauvé par la lecture de Cioran à l’adolescence. Un gamin passionné par les arts comme moyen de voler des instants de bonheur et de fuir une facette désolante du monde et de sa réalité. Après avoir brillamment raté mon Bac, je suis devenu publicitaire, sans conviction, mais parce que je n’étais pas mauvais. À côté je publiais des poèmes dans des revues littéraires comme Digraphe (Flammarion). Plus tard j’ai commencé à faire de la musique, à sortir des albums et je n’ai plus arrêté. Mais comme pour l’écriture, je me suis un peu mis des bâtons dans les roues moi-même en dépit parfois de réelles opportunités. Je ne sais toujours pas vraiment pourquoi j’ai fait ça… bref ! Il y a quelques années, au tout début du confinement, j’ai ouvert une chaîne YouTube sur un coup de tête pour m’amuser dans le but de partager ma passion de ce que la société décrit comme futile et est pour moi vital : l’artistique, de la musique à la littérature, et surtout le cinéma. Je pensais me lasser au bout de trois mois et finalement quelque chose d’un peu magique s’est produit avec les gens et je suis toujours là.
— Tu as un style disons très personnel, un peu à contre-courant de ce qui se fait sur youtube. Tu ne quémandes pas de likes ou de partages, tu fais des vidéos parfois très longues, en plan fixe. Et j’avoue que ça fait du bien de voir parfois des gens comme toi qui privilégient le contenu à la forme et aux modes. Tu as par exemple maintenant une petite tradition, après ta vidéo principale, publiée normalement chaque dimanche, tu feuillettes et commentes un magazine des années 80. Pour moi, qui suis de 72, forcément, les années 80, ça me parle ! Comment en viens-tu à ce genre d’idées, plutôt novatrices à mon sens ?
— Sincèrement je pense que mes idées à la con viennent spontanément au gré de mes réflexions et que là où un vidéaste YouTube qui veut « percer » s’interdirait de faire quoi que ce soit qui nuise au développement de sa chaîne, moi je m’en fiche total et je fonce. Je vais feuilleter un vieux mag et me dire « tiens ça pourrait être sympa de le faire en vidéo pour partager ça ! ». Je me dis que si ça me plaît à moi, ça plaira forcément à quelques autres et je me lance. J’ai conscience que je ne fais rien de ce qu’il faut faire pour réussir sur les réseaux mais je préfère donner de bons moments à 500 personnes que de me forcer à ne pas être moi-même pour en séduire 10 000 avec des vidéos que je n’aimerais pas regarder.
— Tu es un grand collectionneur, on peut le voir à ton décor dans ton bureau et aux objets et figurines que tu présentes régulièrement (voir les photos qui illustrent cet entretien). C’est parfois un peu difficile d’expliquer le rapport affectif que l’on peut avoir à certains objets (surtout quand ça a tendance à envahir des pièces entières, je connais ça aussi !), comment tu définirais ça ? Est-ce que, une fois l’objet possédé, il a autant de valeur à tes yeux ou est-ce une quête perpétuelle ?
— J’ai toujours été fétichiste des objets liés à mes passions et à chaque période de ma vie où j’en ai eu les moyens, j’ai acheté des conneries (jouets ou figurines, livres, disques, posters, revues…). Je ne me vois pas comme un collectionneur car pour moi ça implique une forme de rigueur que je n’ai jamais eue, mais je comprends qu’on me perçoive ainsi vu le nombre de petits objets à la con qui m’entourent ! Pour moi c’est en grande partie l’enfant que je suis en partie resté qui s’exprime. Ma joie est totalement infantile quand j’ai enfin un jouet ou objet que j’ai énormément désiré. C’est régressif. Par exemple je n’ai aucune idée de la valeur de beaucoup de mes trucs. Ma femme s’inquiète parfois niveau assurance en cas d’incendie ou autre. Je la comprends mais j’aime mes jouets pour les sentiments qu’ils provoquent en moi, pas pour leur valeur financière. Par exemple je ne revends jamais ce que j’ai acquis. Je l’ai fait par le passé dans des moments difficiles parce que je n’avais pas le choix mais c’était pour payer une facture, pas pour faire un bénéfice sur le dos d’autres passionnés. J’adore aussi l’accumulation. Je trouve ça… réconfortant ? Des gens qui voient mon bureau sont parfois choqués et me disent que c’est surchargé et étouffant tous ces objets et affiches, que la pièce ne respire pas. Mais moi c’est dans les espaces épurés et vides que je me sens oppressé étrangement !
— Mythique, pour moi ce serait sans doute un des jouets, en métal et plastique, Popy lié à Goldorak, San Ku Kaï ou Ulysse 31. Ou la poupée Actarus de Ceji Arbois. Parce que quand je les observe aujourd’hui, ça me renvoie directement au sentiment d’émerveillement parfaitement disproportionné que j’éprouvais enfant pour eux.
— Tu as posté des vidéos, passionnantes, sur ton parcours en tant que musicien, sur ta relation amicale avec Serge Gainsbourg, sur un voyage épique aux États-Unis quand tu étais jeune, sur tes expériences paranormales dans une maison bien flippante, sur ton travail dans la pub, sur ta passion pour Michael Jackson (on y reviendra)… as-tu encore d’autres sujets de ce genre en tête ?
— Hélas non ! J’ai vraiment fait le tour ! Enfin, pas tout à fait. Il y a une période de ma vie où j’aurais énormément à dire mais je ne peux pas parce que c’est trop glauque et je ne vois pas quel plaisir on pourrait éprouver à m’écouter raconter les nombreux moments horribles de mon enfance. J’y fais parfois rapidement référence dans mes vidéos quand je trouve que c’est utile mais sans entrer dans les détails. J’ai tout relaté par écrit il y a trois ans. Parce que l’écrit, c’est très différent. Je me dit qu’un jour peut-être je rebosserai un peu ce récit autobiographique de mon enfance et le partagerai. On verra bien.
— J’ai évoqué rapidement Michael Jackson, il s’agit d’un artiste que tu aimes beaucoup et que tu connais très bien, pour avoir lu moult ouvrages à son sujet. J’avoue que, à force de t’entendre en parler, avec autant de passion, j’ai eu envie de voir le biopic qui lui a été récemment consacré. Mais en réalité, la grosse révélation, pour des gens comme moi qui ne sont pas fans, c’est que cet immense artiste était certes naïf, bizarre peut-être, mais certainement pas apparemment un pédophile comme les médias ont voulu le faire croire. Pourrais-tu nous en dire plus sur ce sujet très clairement méconnu par le grand public ? Y a-t-il eu des condamnations, des preuves, ou au contraire a-t-on des témoignages sérieux l’innocentant ? Ce n’est pas « fun » comme sujet, mais si ça peut permettre de rendre justice à un innocent, ça vaut le coup d’être abordé.
— Le défi c’est de te répondre sans que ça fasse trente pages haha ! Disons que dans les faits, cet homme a payé pour son étrangeté indiscutable et son comportement factuellement « anormal ». Je suis le premier à concevoir qu’il est déstabilisant et peut-être même déplaisant pour des adultes d’en voir un autre passer son temps libre entouré d’enfants avec lesquels il se comporte lui-même comme un enfant. Michael a dit très tôt (avant Thriller) qu’il n’était heureux qu’en compagnie d’animaux et d’enfants parce qu’ils avaient en commun de le considérer pour l’humain qu’il était et non pour ce qu’il représentait financièrement ou en termes de popularité. Il y a longtemps Phil Collins a répondu à un journaliste : « Quand les gosses voient MJ, ils voient un être humain. Quand les adultes le voient, ils ne voient que sa fortune. » Ce n’est pas si simple mais ça résume pas mal de choses tout de même. Les tabloïds ont beaucoup menti et continuent encore. Et des escrocs ont vu la cible parfaite pour tenter des extorsions de fonds. Je ne suis pas dans le déni et si un seul accusateur sérieux était apparu, réclamant justice et non pas un gros chèque, ça aurait tout changé, mais même le FBI qui a cherché durant dix ans n’en a trouvé aucun.
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| Un aperçu du fantastique bureau d'Alex. |
— Tu es un grand fan du metal des années 80, notamment la tendance « glam ». Pourrais-tu nous donner trois albums incontournables ou méconnus mais qui méritent le détour ?
— Je vais vraiment parler pour mes goûts personnels hein ! Je dirai l’album Under Lock And Key de Dokken, l’album Night Songs de Cinderella et l’album Invasion Of Your Privacy de Ratt. Il y en a plein d’autres mais bon, je joue le jeux !
— Tu es aussi un lecteur boulimique apparemment (un des derniers vu l’état de l’édition), tu apprécies beaucoup Stephen King notamment. Que penses-tu de ses derniers romans ? Et surtout, que penses-tu du gars derrière l’auteur, notamment quand il colporte des propos mensongers sur un père de famille (Charlie Kirk) qui se fait assassiner pour ses idées ? C’est un peu sulfureux, mais je dois dire que le Géant du Maine m’a beaucoup choqué.
— Je dois énormément à Stephen King dont les romans m’ont incroyablement marqué dans les années 80. Hélas à partir de la fin des années 90, j’ai cessé de lire chacun de ses livres systématiquement comme je le faisais avant car je trouve que le niveau a chuté et ça me parle infiniment moins qu’avant. Sa plume est selon moi moins inspirée et acérée. Pour ce qui est de ses diatribes politiques sur les réseaux sociaux, je trouve ça pathétique et assez triste en fait. Il croit sans doute pouvoir influencer son lectorat en étant si virulent. Les artistes qui cherchent à endoctriner leur public sur leurs visions politiques, j’ai toujours trouvé ça irrespectueux et parfaitement déplaisant. C’est aussi déclarer qu’on méprise humainement une partie de ses « fans ». Bref…
— Tu es tout de même un peu étiqueté « spécialiste » ciné, pourrais-tu conseiller trois films, récents ou non, méconnus mais à voir absolument ? (si tu n’en trouves pas de spécialement méconnus, tu as le droit aussi de citer des classiques que tu aimes particulièrement).
— Rent-a-Pal de Jon Stevenson sorti en 2020 reste un de mes plus gros coups de cœur de ces dernières années. Plus récent, Heel (également connu sous le titre Good Boy) de Jan Komasa, sorti fin 2025, qui est juste remarquable d’intelligence. Et il faut absolument voir Obsession qui vient de sortir et sera sans aucun doute un de mes films préférés de 2026.
— On a pour point commun d’avoir tous deux vécu dans le « monde d’avant », un monde certes imparfait mais qui avait encore du sens et des valeurs nobles à défendre. Que penses-tu des dérives wokistes actuelles, qui imprègnent autant le cinéma que les médias ou le milieu politique ?
— Je suis extrêmement fataliste. Comme mon idole Bret Easton Ellis l’a si bien exprimé dans son essai White, j’observe un genre de glissement résolument catastrophique vers un monde où la résilience n’est plus une qualité mais une tare. Un monde où au lieu de s’endurcir et se battre, on se victimise jusqu’au délire sur tout et n’importe quoi à même de nous contrarier. Je vois aussi chez une partie de la jeune génération un révisionnisme radical décomplexé avec une couche de mauvaise foi assumée. Je sais que je passe souvent pour un vieux con réac, mais là on a atteint un seuil où il devient compliqué de faire autrement. Quelle chance j’ai eu d’être un enfant des années 70 puis un ado des années 80. Je n’en avais pas conscience mais bon sang, pour rien au monde je ne voudrais être plus jeune !
— Tu as eu une enfance difficile, une adolescence agitée, qu’est-ce qui fait que, au final, tu es devenu une bonne personne, instruite, calme, créative, et pas une racaille ivre de haine ? C’est quoi l’ancre qui arrime du bon côté quand tu dois faire face à des situations aussi dures, surtout si jeune ?
— C’est une question qu’on m’a très souvent posé dans ma vie dès lors que les gens apprenaient ce que j’ai vécu, mais la vérité c’est que je l’ignore. Je crois que ce n’est tout simplement pas ma nature. J’ai pourtant vraiment eu toutes les excuses et aussi les opportunités pour très mal tourner humainement. À chaque fois j’ai refusé de prendre ces chemins-là parce que ce n’était pas moi. J’en suis heureux mais c’est vrai que c’est assez miraculeux !
— Le fait de poster des vidéos régulièrement et d’avoir une communauté change forcément un peu le rapport avec les gens, comment est-ce que tu gères ça ?
— La chaîne a fait énormément de bien au misanthrope qui a toujours sommeillé en moi. J’ai toujours été très sélectif dans mes relations d’amitié. Trop. Avec tous ces échanges humains, ces connexions avec des personnes parfois très différentes, je me suis adouci et je pense sincèrement que je n’ai jamais autant respecté et apprécié les autres. Bon il y a des limites et des exceptions, évidemment !
— Y a-t-il un film ou une série que tu attends avec impatience ? Quelle série récente t’as le plus marqué ? On a beaucoup apprécié par exemple Plur1bus sur UMAC, tu en as pensé quoi ?
— J’ai bien aimé l’ambiance hypnotique et contemplative de Plur1bus mais ça n’a pas été un coup de cœur comme pour énormément de gens autour de moi, j’avoue. Moins noble que Plur1bus, mais j’ai beaucoup aimé la seconde saison de la série Ted, dans un genre… impertinent. Et j’ai adoré la première saison de Dexter Resurrection. Sinon, un film que j’attends avec impatience, c’est le I Play Rocky de Peter Farelly, qui relate le combat du très jeune Sylvester Stallone avec son scénario.
— À la fin de chaque entretien, on a l’habitude de poser cette question : si tu devais avoir un super-pouvoir, ce serait lequel et pourquoi ? Mais on va un peu l’étoffer. Quel pouvoir, pourquoi, OK, mais il faut savoir aussi qu’une bande-son se déclenche dès que tu utilises ce pouvoir (ou qui t’accompagne tout le temps si c’est un truc qui dure dans le temps, comme la super-force, contrairement à l’invisibilité par exemple, qui est ponctuelle). Tu choisis quoi comme bande-son ?
— Depuis gamin où on se pose forcément cette question les uns aux autres en cours de récré, j’ai toujours hésité entre deux pouvoirs… Voler bien sûr, qui est sans doute le plus cité sur la planète. De jour ça ne m’intéresse pas mais je sais que chaque nuit, je passerais mon temps dans le ciel à virevolter en observant les lumières en bas, à slalomer sans but entre les nuages juste pour le plaisir. J’observerais les avions et les quelques ovnis que je croiserais. Ca ne servirait à rien du tout mais ça me ferait un bien fou, je serais trop heureux. En bande-son me vient spontanément en tête le morceau Living Waters de Philip Glass, composé pour le documentaire animalier Anima Mundi mais réutilisé ensuite dans le film The Truman Show.
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| Films, musique, produits dérivés, les sujets abordés dans La Fuite en Vidéo sont nombreux, et Alex s'y montre passionnant, humble et drôle ! Inutile de vous dire qu'on vous conseille ses JDV. |
Publié le
31.5.26
Par
Vance
Le second [1] volet des aventures d’Antoine Marcas, ce policier franc-maçon apparu en 2005 dans Le Rituel de l’ombre, est aussi réjouissant que frustrant.
Déjà, au fil de la lecture, on s’étonne du choix adopté pour l’accroche en quatrième de couverture de l'édition brochée Fleuve Noir de 2006 :
À Paris, un ministre franc-maçon est retrouvé prostré dans ses appartements à côté du cadavre d'une maîtresse qu'il a follement aimée. Sur son visage, la morte arbore une étrange expression d'extase amoureuse. L'affaire est officiellement confiée au commissaire Marcas qui va devenir la cible d'une conjuration visant à compromettre sa réputation, à le faire chasser de la police puis à le supprimer définitivement. [...] Une journaliste profane et une "sœur" vont l'aider tandis que de nouveaux meurtres totalement calqués sur le premier vont se produire en Andalousie, dans la demeure d'une actrice célèbre, puis à Nice chez un très grand couturier. [...] Le point commun à ces décès : les mémoires mystérieuses de Casanova...
On aurait tout aussi bien pu évoquer la manière atroce dont s’est achevée cette soirée dans une demeure cossue de Sicile, où des couples trouvèrent la mort sur un brasier dont les flammes goulues régalaient les pupilles de Dionysos, l’être malfaisant qui traverse tout l’ouvrage de sa silhouette particulière et sa détermination sans faille. Les éditions ultérieures proposent d'ailleurs cette scène comme point de départ du résumé.
Conjuration Casanova ne s’embarrasse en effet pas vraiment de discrétion, ni de prudes subtilités : les auteurs ont choisi de décrire de façon suffisamment explicite les décès soudains comme les rapports amoureux. Oh, rassurez-vous, on ne baigne ni dans le gore ni dans la pornographie : on en est même plutôt loin. Tout au plus jugera-t-on qu’il s’agit de la volonté manifeste d’aller au fond des choses (sans jeu de mots laid) – à moins qu’on ne soit devant une stratégie plus bassement commerciale. Difficile à dire. D’autant que le style n’est guère élégant, s’alourdissant parfois inutilement dans des excès de maniérisme alors que les scènes d’action peinent à convaincre.
De fait, et très vite, on se rend compte que la maçonnerie, la vraie, celle qui fut tant vilipendée par le passé, accusée de tous les maux et de toutes les accointances malvenues, cette franc-maçonnerie est bien au cœur de l’ouvrage qui se présente comme le palimpseste populaire d’un guide didactique. D’ailleurs, un glossaire maçonnique et quelques dossiers en annexe nous permettent de mieux naviguer dans ce milieu d’initiés unis par quelques principes surannés et des rites qui nous échappent. À la lecture du roman et des suppléments, on veut bien croire aux vertus de ces confréries dont la plupart mettent le partage, la fraternité et la solidarité en avant, au-delà même du secret et de la confidentialité qui sont leur apanage. On voudrait réhabiliter les « frères » qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
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| Rite maçonnique de Melissimo |
Et l’enquête de Marcas dans tout ça ? Eh bien, elle avance, bon an mal an. Personne aigrie mais étrangement floue, il se voit vite privé des supports officiels qui lui avaient pourtant donné leur bénédiction au début de l’affaire (après tout, il fallait disculper le ministre et, surtout, ne pas éveiller les soupçons sur une loge quelconque) et ne peut donc guère compter que sur l’appui indéfectible d’autres maçons – qui s’avèrent tous, c’est un fait, extrêmement influents. Des pressions s’exercent, on veut au plus vite étouffer l’affaire, mais voici que réapparaît une survivante du massacre de Sicile, et Marcas se retrouve au beau milieu d’une énigme multiple qui s’englue dans les méandres mystiques où divination, ésotérisme et magie noire s’entremêlent en un écheveau auquel il ne trouve que peu de sens.
Ce qui est certain, c’est que la jeune fille qu’il se charge de protéger est la cible d’un individu extrêmement puissant, dont le bras est aussi long que sa perversité est profonde. Petit à petit, un point commun commence à se faire jour : Casanova, dont un manuscrit attire aux enchères toutes les convoitises et qui semblait être l’inspirateur du sinistre Dionysos. Casanova dont les auteurs nous gratifient d’extraits alléchants de ce prétendu manuscrit, nous replongeant en un siècle où la volupté et le raffinement occupaient pleinement les esprits des personnages les plus sages.
Au final, l’imbrication des éléments ne convainc guère, les rôles sonnent faux et on s’étonne de la façon dont Marcas se tire d’affaire et monte à brûle-pourpoint, pressé par le temps et les événements, son ultime tentative pour déjouer la conspiration qu’il pressent dramatiquement fatale. Dionysos, une fois les masques tombés, ne dévoile qu’un être sans vraiment d’envergure dont la machination sent le moisi.
L’ouvrage entretient péniblement le suspense, échoue dans les péripéties, manque cruellement de rythme mais parvient à satisfaire l’amateur de mystère, de secret et de complot, un peu à la manière d’un Da Vinci Code. Il a suffisamment d'atouts pour tenir en haleine les millions de lecteurs qui dévorent les enquêtes de ce commissaire de l'étrange.
[1] : il s'agit bien du second volume de la série si l'on prend en compte l'ordre de parution. Cependant, en 2010, les auteurs ont publié In Nomine qui est censé se situer plusieurs années avant la première aventure publiée. C'est pourquoi les éditions récentes lui appliquent le n°3 dans la série Antoine Marcas.
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