Publié le
7.4.26
Par
Virgul
Virgul : Kanyll, merci de nous accorder un peu de ton temps. On commence tout de suite par une petite présentation pour nos lecteurs qui n’ont pas la chance de te connaître, tu as commencé quand et comment ?
Kanyll : J’ai commencé la musique en 2006, à l’époque j’avais 17 ans, avec ma mère on avait pas mal de problèmes financiers et pas de domicile, nous étions hébergés chez une personne de la famille, le temps de se remettre d’aplomb. Avec un ami on écoutait beaucoup de rap, de freestyles en tout genre, et puis pour délirer, on s’est dit pourquoi pas acheter un petit micro bas de gamme à 10 euros et un logiciel d’enregistrement gratuit pour tester. On a fait nos premiers tests et tout cela est vite devenu pour moi une passion proche de l’obsession. Je me suis au même moment lancé dans la composition, à cette époque ce n’était pas aussi facile qu’aujourd’hui de trouver des prods sur youtube par exemple, et à partir de là commence mon parcours artistique personnel.
— Tu as mis en privé certains titres, un peu anciens, peux-tu nous dire pourquoi et si tu comptes les republier un jour (j'avoue avoir un faible pour Je me suis encore fait coller, fun et nostalgique à la fois).
— Beaucoup de mes anciens morceaux n’ont pas eu, ou très peu, de traitement audio dû à mon manque d’expérience à ce moment-là. Sans ce traitement les morceaux sont difficilement appréciables, avec un son agressif et désagréable pour l’oreille. J’ai pour projet et déjà commencé de retaper et réenregistrer certains titres pour les remettre au goût du jour et les publier sur les plateformes de streaming, mais uniquement les titres solo n’ayant plus de rapport avec les personnes en featuring.
— Dans Mouton Noir, tu dis « c’est pas de la trap mais ça kick », c’est vrai que tu n’es pas dans les codes du rap actuel, certains titres sont même très rock (comme La Bagarre, un hit, dont on retient tout de suite la mélodie, ou même Mouton Noir, presque hard rock au niveau de la prod). Comment définirais-tu ton style, bien à part, et quelles sont tes sources d’inspiration ?
— Je n’ai jamais réussi à mettre un nom sur mon style musical. Étant justement un mouton noir, je fais souvent tout à l’opposé des tendances, j’ai toujours mélangé tous les styles en fonction de mes goûts, mais pour être plus généraliste, je dirais pop. Depuis tout petit, les morceaux qui m’ont toujours fait rêver étaient ceux des années 80 : Michael Jackson, Queen, la BO des films d'action, etc. Je pourrais en citer beaucoup, tout ce qui était pop, rock, funk, disco, de ces années-là, mais le rap était bien plus accessible sans réel besoin de compétences ou de talent de chant. Après de nombreux tests décevants, j’ai mis des années avant de parvenir à composer, écrire et pouvoir chantonner le genre de musiques que j’ai toujours voulu faire.
— Est-ce que l’on pourrait dire que tu as un style assez positif et lumineux finalement ? Loin des clichés par exemple de voyous dealant et affrontant la police. Même dans La Bagarre, tu parles de « braco », mais de manière très décalée et très « jouée », en mettant en scène une bande de potes qui prépare un coup depuis dix ans. C’est très « cinématographique » dans l’idée.
— J’ai toujours eu ce juste milieu entre passé sombre compliqué, très personnel, et ce coté soleil et humour en même temps. Dans la vie, je suis plutôt un clown qui vanne beaucoup, mais je traîne aussi beaucoup de fardeaux dans mon sac à dos. J’ai habité 20 ans dans des quartiers, j’ai dealé pendant des années comme tout le monde autour de moi pour remplir le frigo quand j'étais mineur, je ne pouvais pas travailler mais je n’ai jamais voulu mettre cette partie de ma vie en musique de manière glorieuse, c’était plutôt du négatif pour moi, pas de quoi en être fier, même s’il y avait de bons moments, j’ai vécu et vu tellement de choses dont je ne peux pas parler et où je ne me sentais pas du tout à ma place…
— Au niveau des textes, tu as souvent des punchlines un peu décalées, avec beaucoup d’humour, ce qui ne t’empêche pas d’asséner parfois des aphorismes pas dégueulasses (du genre « avant de tailler, passe le balai devant ton palier » ; « tu compteras les secondes, avant que le tonnerre te gronde, tu auras tellement d’ennemis, que tu accuseras même ton ombre » ou encore le très lourd « me dis pas que tu vois pas le mal, ça commence comme Montana, ça finit comme Palmade ». En termes d’écriture, as-tu un modèle ? Est-ce que tu lis beaucoup, et si oui quel genre de bouquins ?
— J’ai plus d’une fois tenté de lire mais j’ai beaucoup trop de passions qui prennent du temps et j’ai fait le choix de la musique en général. Je n’ai pas de modèle pour l’écriture, mais j’ai toujours essayé de m’appliquer dans mes textes, quel que soit le thème. Aujourd’hui, j’ai tellement rappé ma vie que j’ai plutôt tendance à écrire sur des thèmes plus légers, pour tenter de toucher tout le monde. Ça tient aussi à la manière dont on consomme la musique aujourd'hui, plus le texte est compliqué, moins le titre est écouté. L’ambiance générale du morceau est bien plus important de nos jours.
— La qualité des clips que tu produis est assez folle, que ce soit les décors, la photographie, les effets, tout cela est très léché. Tu as une équipe avec toi ou tu as appris sur le tas ?
— J’ai commencé, très peu de temps après m’être lancé dans la musique, à faire de la vidéo tout simplement parce que je n’avais pas les moyens de payer pour un clip. J’ai donc acheté un petit camescope et je me suis entrainé. J’ai tout appris seul, aujourd’hui je suis vidéaste en micro-entreprise, j'ai accès à beaucoup de matériel haut de gamme. Je réalise toutes sortes de vidéos pour des clients : clips, mariages, réseaux sociaux, etc. Et je suis capable de gérer toute la chaîne artistique seul : écriture, composition, chant, enregistrement et arrangements, vidéo. Beaucoup de mes amis m’ont demandé comment j'avais fait pour apprendre tout ça. Depuis 20 ans, j’ai tout simplement stoppé tout ce qui passait pour moi après la musique : boîte de nuit, soirées, traîner dehors, les jeux vidéo, etc.
— Pas vraiment de projets précis mais plutôt sortir chaque morceau un après l’autre. On ne consomme plus la musique comme avant, où l’on prenait le temps d’écouter chaque morceau, chaque album. Je ne vois plus vraiment d’intérêt à sortir un album, sauf pour les plus grandes stars, suivies par des millions de personnes.
— Où peut-on écouter et acheter tes titres ?
— Mes titres sont sur toutes les plates formes de streaming comme spotify, apple music, sinon mes clips sont sur youtube.
— Est-ce que tu aurais un souvenir de lecture t’ayant marqué étant jeune ? Une BD, peut-être ?
— Plus jeune, j’ai lu les Chair de poule, Astérix et bien sûr Dragon Ball, qui a bercé mon enfance.
— Merci Kanyll d’avoir accepté de nous parler de ton parcours. La tradition veut que l’on termine nos entretiens par cette question : si tu avais un super-pouvoir, ce serait lequel et pourquoi ?
— J’ai toujours voulu répondre « immortel » à cette question (rire), mais en y réfléchissant avec plus de maturité, je me dis que je n’ai pas envie de finir seul pour l’éternité (rire), donc ce serait de pouvoir remonter le temps, je recommencerais absolument toute ma vie différemment.
Et voilà les matous, nous espérons vous avoir donné envie de découvrir ce que fait cet artiste, original et autodidacte, n'hésitez pas à jeter un œil (et surtout une oreille, voire les deux) sur ses pages, vous découvrirez des sons punchy, très mélodiques, entre pop rock et rap, le tout mis en images dans d'excellents clips. Miaw !
Publié le
6.4.26
Par
Nolt
Un clone de Jésus Christ, embringué dans une télé-réalité et finissant dans un groupe de rock punk, voilà le sujet de Punk Rock Jesus, un titre Vertigo à la hauteur de la réputation du label.
Cette histoire complète est écrite et dessinée par Sean Murphy. L'auteur se saisit de divers thèmes importants et très actuels mais il parvient surtout à aborder la question religieuse avec intelligence et sans tomber dans la condamnation facile. Mais commençons par le début du récit, aussi brillant qu'original.
Une société de production parvient à contourner la loi sur le clonage et, à l'aide d'ADN récupéré sur le Saint Suaire, obtient un clone de Jésus Christ en personne. La naissance de ce dernier va donner le coup d'envoi d'une télé-réalité qui va suivre le petit Chris sur de nombreuses années. Rapidement néanmoins, pour des raisons de sécurité, la supposée réincarnation du fils de Dieu, ainsi que sa pauvre mère, sont emprisonnées dans un complexe isolé, sous l'œil inquisiteurs des caméras.
Dès les premières planches de cet album de 232 pages, sorti en 2013 chez Urban Comics, Murphy nous scotche au récit. La scène d'ouverture est tendue, totalement immersive, en un mot magistrale. La suite est du même acabit. Pendant toute la première moitié de l'histoire, c'est surtout de l'industrie du divertissement et de ses dérives qu'il s'agit. Les dérives de la real-TV et ses risques sont ici parfaitement mis en scène, avec ce qu'il faut d'humanité pour que l'on ressente presque physiquement la souffrance des personnages.
La deuxième partie se recentre plus sur la religion, voire la question de la foi en général, et cela sans prendre de partis pris trop grossiers. Si l'auteur condamne sans ambages l'embrigadement (traité de différentes manières), il est plus nuancé lorsqu'il aborde l'opposition entre croyants et athées (rappelons que l'athéisme est aussi une question de foi puisque l'inexistence d'un ou de plusieurs dieux n'est pas plus prouvable que leur existence). Ainsi, contrairement à ce que le titre pouvait laisser supposer, l'on est plus dans la réflexion, posée et sereine, que dans la provocation gratuite.
Attention néanmoins à ne surtout pas limiter ce comic au seul propos religieux. En plus de la foi et des ravages que peut commettre la télévision (et sa seule religion : l'audimat), l'auteur aborde bien d'autres sujets qui, même s'ils sont indissociables car imbriqués au sein d'une même intrigue, permettent de s'interroger sur les dérives de la science ou encore la possibilité d'une rédemption après des crimes violents.
Là encore, l'auteur n'assène rien, il n'impose pas une idée brutalement mais nous amène, par sa maîtrise narrative, à tout doucement mettre en perspective même les faits les plus abjects ou les dogmes les plus admis. Seul Slate, le producteur, échappe à cette bienveillance et n'engendre que colère et mépris, alors que même certains membres de l'IRA (je ne parle pas du personnage principal mais de son oncle) conservent un côté humain malgré leurs actes. Ce choix n'est sans doute pas innocent : le seul personnage totalement noir et condamnable est celui qui contrôle les caméras et fait passer le flux de ses ignominies télévisuelles avant tout autre considération.
La construction des personnages pourrait, à elle seule, faire l'objet d'une analyse poussée tant il est clair que tout ici est mûrement pensé et orchestré. Les "gentils" et les "méchants" ne sont nullement simplement déclarés, comme c'est encore trop souvent le cas dans certaines œuvres, mais construits sur le long terme, par petites touches permettant d'insuffler de l'émotion dans le moindre flashback ou certaines cases, silencieuses mais poignantes.
Le style graphique est lui aussi d'une efficacité rare. Bien qu'en noir & blanc, les dessins sont loin d'être austères et sont porteurs d'une puissance brute qui n'empêche pas le souci du détail. Bluffant.
Niveau adaptation, du très bon travail si l'on excepte une ou deux coquilles (et toujours ce problème récurrent de confusion entre futur et conditionnel, à croire que plus aucun éditeur ne maîtrise ces temps pourtant basiques). L'ouvrage est complété par une postface de l'auteur, une intéressante tracklist, les covers originales (en couleurs) et quelques dessins non utilisés.
La lecture de ce comic est donc clairement conseillée. Non seulement parce qu'il se veut sérieux (sans jamais être pédant) mais aussi, et peut-être surtout, parce qu'il est divertissant et totalement abouti sur la forme, prouvant ainsi, une fois de plus, que l'on peut aborder les sujets les plus graves ou les plus iconoclastes tout en préservant l'accessibilité du récit.
C'est typiquement ce genre de BD qui donne à ce medium toute sa noblesse et sa spécificité. L'on ressort de cette lecture plus riche, plus confiant aussi malgré les doutes qu'elle a pu instiller. Presque apaisé. Car si tous les idéaux ont été mis à mal, toutes les opinions, elles, ont été respectées. Une manière élégante de rappeler qu'un idéal n'est bien souvent qu'une idée corrompue par la certitude.
Une excellente histoire évitant habilement les pièges d'un sujet plus que sulfureux.
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Publié le
5.4.26
Par
Vance
« Je vais tuer 13 innocents et 1 coupable. Ainsi, ceux qui ont causé la mort de l'innocent souffriront. Il s'agit d'un acte d'EXPIATION. »
On sent bien que son cerveau bouillonne d’impatience et regrette un peu l’excitation qu’engendre une véritable affaire criminelle, cependant elle jouit aussi de la relative tranquillité que lui procure sa situation et de l’amitié profonde qui la lie à ses rares proches : Jerome, fraîchement récompensé pour son travail d’historien ; sa sœur Barbara, poétesse reconnue dans la profession ; et Izzie, l’inspectrice de police qui connaît ses talents et respecte sa particularité.
Holly n’est plus la jeune autiste bourrée de tocs des premiers romans : en dehors de quelques petites manies qui ont tendance à se désagréger, elle est presque comme tout le monde et a considérablement développé sa sociabilité – d’autant que la crise sanitaire, qui avait exacerbé certaines de ses maniaqueries, est passée. C’est surtout dans sa façon de répondre qu’on comprend qu’elle n’a pas les mêmes filtres que tout un chacun, ignorant souvent le sarcasme et le second degré.
Voilà que sa copine la sollicite sur cette nouvelle affaire, sur laquelle la police commence à trembler : Holly ne se fait pas prier, et la simple lecture de la lettre envoyée aux autorités génère chez elle des réflexions pertinentes qui vont permettre à Izzie d’orienter les investigations bien plus efficacement qu’avec quelque autre enquêteur. Cela dit, l’assassin passe promptement à l’acte et commence à tuer en choisissant ses victimes au hasard, ce qui complique sérieusement la tâche des forces de l’ordre, incapables d’appliquer un schéma cohérent sur sa croisade meurtrière – et donc de prévoir le prochain coup.
Cependant, Holly se retrouve prise par surprise lorsque Kate McKay, grande militante plutôt provocatrice dans ses débats, l’engage comme garde du corps : Kate désire une femme capable de sentir la menace et de prendre les décisions qui s’imposent – et la réputation de Holly est parvenue jusqu’à elle. C’est qu’elle-même a reçu des avertissements et sa plus proche collaboratrice vient juste de subir une agression qui la visait personnellement. L’heure est donc grave et Holly accepte ce job très différent de ce qu’elle faisait jusque lors (et qui sera très bien payé). Or, la tournée de Kate va faire un détour par la ville où elle réside, celle-là même où sévit le tueur de jurés, et dans laquelle sa meilleure amie Barbara s’est vue offrir la chance inouïe de chanter en compagnie d’une ancienne star de la soul, tombée sous le charme de ses poèmes…
Les premiers chapitres mettent bien vite l’eau à la bouche avec leur montage parallèle : l’on suivra le tueur dans sa recherche de victimes, avec une soif de sang allant grandissant (alors que ses motivations profondes demeureront obscures jusqu’à la résolution) ; l’enquête de la police, secondée secrètement par Holly qui confiera de temps à autre ses impressions et hypothèses à Izzie ; la tournée de Kate et de sa nouvelle assistante Corrie, bravant les foules hostiles et drainant de plus en plus de supporters ; les préparatifs d’un mystérieux individu bien décidé à mettre fin aux conférences de Kate, guidé par une mission divine et prêt à mourir pour la cause ; et l’étonnante aventure de Barbara qui a tant charmé l’équipe de Sista Bessie qu’elle se voit proposer de chanter sur scène avec elle. Ajoutons-y, pour compléter le tableau, les préparatifs d’un match de bienfaisance entre les policiers et les pompiers de la ville, match auquel Izzie est obligée de prendre part (bien qu’elle n’ait plus lancé de balle depuis l’université)…
Stephen King a le chic pour mettre en place ce type de situations, et on peut compter sur son expérience pour que tous ces fils d’histoires finissent par s’entremêler, pour que ces vecteurs convergent vers une résolution unique dans laquelle tous les protagonistes se retrouveront impliqués. Pari risqué car la cohérence est de mise afin de maintenir la cohésion du tout, et surtout une certaine vraisemblance. Et il est vrai qu’on sent parfois que l’auteur pousse quelque peu le curseur en multipliant les hasards heureux, les connivences et les coïncidences. Là où, dans le très bon Holly, malgré le caractère incroyable de l’intrigue, tout semblait couler de source et était d’une fluidité remarquable, on peut tout à fait tiquer devant certaines facilités narratives : que Sista Bessie adore les poèmes de Barbara passe encore, mais que cette dernière s’avère aussi bonne danseuse que chanteuse, et engagée ipso facto comme choriste est plus dur à avaler. Pareil pour Holly, qu’on voit très mal en garde du corps - elle-même d'ailleurs se demande régulièrement ce qu'elle fout dans ce pétrin.
Néanmoins, on va faire avec, car c’est ainsi que notre détective se retrouvera au cœur de deux enquêtes qui piétinent, et aura bien entendu la vie de nombreuses personnes, dont ses proches, entre ses mains. De quoi faire virer ce thriller ambitieux vers le drame : une fois qu’on aura connaissance des motivations profondes de nos deux criminels (l’illuminé et le vengeur), l’on se doute que tout finira au même endroit et que Holly devra se muer en femme d’action. Les derniers chapitres, pour le coup, voient leur tempo subitement s’accélérer lorsque vient l’heure de la résolution finale.
En dehors de régulières allusions au passé tumultueux de la détective autiste (notamment sa confrontation avec Chet Ondowsky dans Si ça saigne), King ne lance pas de perches vers le fantastique ou l’horreur comme il avait pu le faire subtilement dans Billy Summers. L’ensemble est plaisant, surtout si on est déjà familier des personnages qui prennent ici nettement plus d’épaisseur. On a l’impression d’être face à un bon film, dense et tendu, sacrifiant parfois les dialogues à l’ambiance. Le dernier tiers interpelle toutefois les lecteurs habituels, laissant penser qu’il y a un peu de laisser-aller dans la rigueur coutumière de l’auteur, voire de la fatigue. Sa postface explique d’ailleurs qu’il n’est pas vraiment satisfait du résultat final et qu’il y a dû y avoir pas mal de réécritures. Il est clair que certaines scènes de ces derniers chapitres s’avèrent laborieuses, parfois trop prévisibles – et les antagonistes finalement décevants. On trouvera également nettement moins de phrases choc, de sentences solennelles, de répliques implacables que dans les ouvrages précédents. En poussant l’analyse un peu plus loin, même ses descriptions et portraits d’ordinaire si détaillés et vivants instillent une très légère sensation d’artificialité, comme si Stephen King se réfugiait dans des tournures mécaniques pour compenser un manque d’imagination.
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| Quatrième de couverture de l'édition française chez Albin Michel. |
D’autant que Holly Gibney y perd un peu de sa superbe, se muant en (plus toute) jeune femme pugnace là où on la connaissait avant tout comme une enquêtrice hors pair, une femme de tête plutôt que d’action. Pourtant, il s’agit d’une évolution logique au regard de ses aventures : chaque fois, elle a été forcée de payer de sa personne, afin de défendre sa vie ou celle de ses amis (généralement Jerome et Barbara Robinson) alors qu’elle n’a pas les atouts d’une femme de terrain.
Sur ces nombreux points, le livre semblera décevant, c’est certain. Toutefois, il compte suffisamment d’atouts pour vous tenir en haleine sous la couette, ou sur la plage, ou dans le train, et permet d’enrichir un peu plus l’univers déployé autour de Holly, toute cette galerie de personnages de cette petite ville du Midwest en apparence tranquille [1], mais qui semble attirer en son sein les pire horreurs qu’un cerveau humain peut mettre en œuvre (voire non humain dans le cas de Chet Ondowsky). C’est déjà ça.
[1] Fait intéressant : jusqu'à présent, Stephen King s'était bien gardé de nommer la petite cité servant de cadre aux romans Mr Mercedes, Carnets noirs, l'Outsider, Si ça saigne et Holly. Les noms de quartiers, les rues, les bâtiments, tous fort détaillés, donnaient cependant un profond sentiment de réalisme. Néanmoins, cette fois-ci, il situe expressément le lieu de l'action à Buckeye City, ville tout aussi fictive. Voir ci-dessous.
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| Document créé avec l'aide de l'IA. |
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Publié le
4.4.26
Par
Nolt
L'on se penche aujourd'hui sur un comic très british avec l'adaptation de la célèbre série Chapeau Melon & Bottes de Cuir.
La télévision britannique a souvent fait preuve d'une inventivité dépassant largement, dans le domaine de l'humour ou de la science-fiction, les tentatives gauloises. Chapeau Melon & Bottes de Cuir (The Avengers et The New Avengers en VO), mettant bien entendu en scène le très flegmatique John Steed, associé à la très sexy Emma Peel (ou Tara King), fait partie de ces séries devenues cultes et profitant maintenant de la mode vintage.
C'est en 2012 qu'un comic, intitulé Steed and Mrs. Peel, est publié par Boom! Studios. La série comprendra six épisodes, dont deux seront traduits en VF chez Soleil (qui optera pour une version noir & blanc, alors que les planches sont disponibles en couleurs).
Au scénario, Grant Morrison, capable du meilleur (We3) comme du pire (Kill your boyfriend), ainsi que Anne Caulfield. Les dessins sont assurés par Ian Gibson, qui s'en sort d'ailleurs très bien, puisqu'il parvient à ne pas trahir le souvenir qu'ont laissé les acteurs tout en recréant une ambiance fidèle à la série, grâce à une atmosphère années 60, plus ou moins kitsch et surréaliste, des décors parfois presque oniriques, des gadgets improbables et des visages expressifs.
Mais voyons de quoi il retourne au niveau des récits. Le premier (écrit par Morrison), amène Steed et Peel à enquêter sur un étrange club de jeu dont les fondateurs ont le mauvais goût de décéder les uns après les autres, et de manière fort brutale qui plus est.
Le second, bien plus bref, entraîne les protagonistes dans un village déserté où ils devront faire face à des guerriers du peuple léopard - des descendants des Incas - très mécontents que l'on vienne déboiser leurs terres.
Dans l'ensemble, les fondamentaux sont respectés : humour pince-sans-rire, action désuète (mais élégante) et une touche de bizarre, voire de fantastique. Pourtant, difficile de s'emballer. Les enquêtes ne sont guère passionnantes et les personnages, franchement lisses, n'existent que parce qu'ils bénéficient de l'aura télévisuelle qui parvient à leur insuffler un semblant de consistance.
Voilà peut-être le plus gros défaut de ce titre : ne miser que sur la célébrité de la série (et sans doute également celle de Morrison) sans tenter d'apporter réellement quelque chose de significatif (seule Caulfield fait un maigre essai, d'ailleurs plutôt réussi, lors de l'introduction de son épisode). Sans le côté rétro et la pastille (virtuelle certes, mais inconsciemment présente) "vu à la télé", cette BD n'aurait jamais été publiée. Tout simplement parce qu'elle n'est pas assez travaillée au niveau du scénario.
Ceux qui connaissent la série seront sans doute déçus par tant de platitude, uniquement bousculée par quelques trop rares sympathiques clins d'œil. Quant aux autres, ils passeront leur chemin, probablement avec raison.
Un comic rétro qui surfe sur le souvenir de qualités qu'il est loin d'avoir.
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Publié le
3.4.26
Par
Nolt
Nous vous avions déjà présenté dans cet Écho un numéro de Métal Hurlant très inspiré de l'univers du maître de Providence, cette fois, le célèbre magazine réédite le numéro spécial Lovecraft de 1978.
Avec des BD signées Bilal, Moebius, Druillet, Margerin, Chaland ou encore Caza, le contenu se révèle varié et de qualité. De quoi explorer le monde de Cthulhu et des Grands Anciens sous toutes ses facettes, pendant 272 pages horrifiques et métaphysiques. Notons que le magazine contient aussi un guide de lecture revenant sur les plus importantes nouvelles du mythe mais aussi, entre autres, un très intéressant article sur la traduction des œuvres de Lovecraft, rééditées au sein de La Pléiade en 2024.
La version standard de ce numéro sort le 8 avril et sera disponible pour 22 euros. Le numéro présenté ici dispose d'une couverture collector de Philippe Druillet.
Collector, dérangeant et fascinant. À ne pas manquer !





































