Publié le
13.10.26
Par
Virgul
On va parler aujourd'hui de hantise et de scénario de film. De quoi vous faire frissonner sous la couette et activer vos neurones. Parce qu'en réalité, l'analyse à laquelle on va se livrer doit se réaliser en deux temps, pour ne pas tomber dans un piège grossier.
Allez, on attaque ! Miaw !
Autre plan d'existence et fausses incohérences
Qui ne connaît pas Sixième Sens, le célèbre film de M. Night Shyamalan, avec Bruce Willis dans le rôle principal ? Lors de sa sortie, le long-métrage a connu un grand succès et a surtout frappé par son énorme twist final. Un twist étant un retournement de situation important qui oblige à reconsidérer tout le récit d'un autre œil. Votre félin serviteur avait d'ailleurs pris cet exemple, entre autres, dans cette ancienne Parenthèse abordant le véritable sens du mot "spoiler".
Personne n'ignore en effet aujourd'hui que, dans cette histoire, le docteur Malcom Crowe est en fait... un fantôme. Mais à l'époque, bien futé était celui qui pouvait se vanter d'avoir vu le coup venir, malgré les indices bel et bien disséminés dans le film.
J'ai récemment pu assister à une discussion, dans un podcast, où plusieurs débatteurs (dont trois scénaristes) soulignaient les incohérences et facilités du récit. En gros, il est reproché à Shyamalan, scénariste et réalisateur de ce long-métrage, d'avoir occulté ce qui posait problème et de ne pas avoir identifié ou résolu diverses incohérences. Prenons un exemple. Tout d'abord, un exemple qui fonctionne. Quand Malcom rejoint sa femme au restaurant, il est en retard et ne s'étonne donc pas qu'elle ne lui réponde pas, car il pense qu'elle boude. Ça, ça marche plutôt bien. Voyons maintenant une scène qui, en apparence, ne fonctionne pas. Quand Malcom attend le petit Cole (le garçon qui voit des fantômes) chez sa mère, en compagnie de celle-ci, là, il devrait s'étonner du fait que la dame ne lui adresse pas la parole. D'ailleurs, comment a-t-il fait pour arriver là ? Il aurait dû payer le taxi, frapper à la porte, se faire accueillir, entamer une discussion, or tout cela est impossible puisque seul Cole peut interagir avec lui. La démonstration est faite : si on les scrute attentivement, plusieurs scènes ne tiennent pas la route.
Eh bien le raisonnement ci-dessus est totalement faux. Il n'y a dans Sixième Sens ni ellipses douteuses ni incohérences fondamentales. C'est là une impression trompeuse laissée par une analyse superficielle. Si certains en viennent à une telle conclusion, c'est parce qu'ils ne tiennent pas compte du fait que Malcom est mort. L'on pourrait m'objecter que si, justement, ils en tiennent compte, c'est même d'ailleurs pour cela que la scène évoquée plus haut leur paraît impossible. Mais en réalité, ils ne tiennent pas compte de ce que cela implique.
Malcom est un esprit. Il est sur un autre plan d'existence. Cela n'a aucun sens de penser qu'il mène une vie normale, même s'il ne "sait pas" qu'il est mort. Il ne prend pas le taxi ou le métro pour se rendre chez Cole, pas plus qu'il ne va travailler chaque jour. Et il ne prend pas de douche chez lui, pas plus qu'il ne rejoint sa femme dans le lit conjugal, car si cela arrivait, évidemment, il se rendrait compte que quelque chose cloche (si elle ne lui répond pas, si elle prend sa douche en même temps que lui et en le "traversant", etc.).
Puisque Malcom est un fantôme, il convient d'accepter le fait qu'il a une existence fort différente de celle qu'il a pu mener quand il était en vie. Les lois qui s'appliquent ici sont plus proches de celles du rêve que de la logique cartésienne. Si Malcom ne se rend pas compte que la mère de Cole ne le voit pas, c'est parce qu'il n'a pas sonné chez elle, il ne lui a pas non plus tenu une conversation, il s'est matérialisé juste avant l'arrivée du petit garçon, mais en pensant avoir effectué le trajet et en étant persuadé qu'il a devisé avec Lynn, la jeune maman. Il ne ressent pas de ruptures ou d'incohérences, tout comme dans un rêve nous ne trouvons pas étrange une transformation subite de décor ou le fait qu'un personnage endosse tout à coup une autre identité. Nous sommes enrobés d'un parfum de normalité dans les rêves, même si nous nous déplaçons instantanément. Il n'est pas totalement absurde de supposer que ce même parfum, ce même sentiment apaisant de logique interne (non une réelle logique de notre point de vue cartésien de vivants, juste son parfum), vienne rassurer Malcom et l'empêcher de constater ce qu'il se refuse encore à voir.
Malcom, en être éthéré qu'il est devenu, erre dans des limbes dont nous ne connaissons rien. Il prend forme par moment, sans se douter de son état et avec la ferme impression de mener une vie normale qui pourtant n'existe plus. Il ne rentre pas dormir chez lui, ne va pas à son bureau, ne prend pas de repas, il passe d'une scène à l'autre, comme un... fantôme. Et sans notion du temps.
Sans cet aspect crucial, ce ne serait de toute façon pas quelques scènes qui poseraient problème, mais l'ensemble de l'histoire. Pour qu'elle fonctionne, il est impératif de tenir compte du fait que Malcom est un esprit. Et qu'un pur esprit ne répond pas à la logique humaine.
Ainsi, Sixième Sens ne contient ni incohérences ni petits arrangements avec la logique, du moins si l'on prend réellement en compte l'état très exotique du personnage principal. L'honneur du sieur Shyamalan tout comme la qualité de sa plume sont ainsi saufs. De rien ! Prenez soin de vous !
Miaw !
Publié le
10.10.26
Par
Virgul
On a déjà vu bien des abus en matière de prix pour ce qui est des figurines, mais là, on tient un record.
C'est censé représenter Michel Vaillant et Steve Warson. Outre l'aspect dégueulasse et ridiculement petit, il faut savoir que cette merde est limitée à 200 exemplaires. Une manière très artificielle de justifier un prix délirant pour ce machin en métal. Difficile de toute façon d'imaginer que plus de vingt couillons vont se ruer sur ça.
Ce n'est pas parce qu'on est collectionneur qu'il faut acheter n'importe quoi sans faire preuve de discernement et accepter de se faire plumer. Il existe des figurines Michel Vaillant de 15 cm qui sont vendues dix fois moins cher (ça par exemple, vous le trouverez sans problème en occasion, état neuf, non déballé, pour 16 euros). Aucune raison de laisser des margoulins s'enrichir sur votre dos, surtout si c'est pour vous faire refourguer une saloperie qui se fondrait parfaitement dans le salon de votre arrière-grand-mère, entre une boule à neige et un vieux napperon.
Et vous voulez savoir la meilleure ? Cet... "objet", conçu par Pixi pour le site 9ème store, est limité, sur ledit site, à 10 exemplaires par personne, car il serait apparemment "très demandé" ! Ah ben les gens vont être déçus de ne pouvoir mettre que 1600 balles pour avoir une poignée de jouets Kinder à la con...
Bref, on nous prend un peu pour des imbéciles.
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| L'image est ici très agrandie, l'ensemble, socle compris, ne dépasse pas 9 centimètres de haut. |
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6.10.26
Par
Virgul
Réédition de L'Épée de Légende, une saga dont vous êtes le héros.
Les éditions Alkonost proposent une toute nouvelle version, en grand format (14,8 x 21 cm) et en couleurs, de l'épopée publiée dans les années 80 par Folio Junior dans sa célèbre collection.
La particularité de ces livres-jeux vient du fait que l'on peut jouer à plusieurs (jusqu'à quatre aventuriers) ou seul. Quant au mode solo, il permet d'incarner un unique personnage ou tout un groupe (composé d'un chevalier, un magicien, un roublard et un mystique).
L'éditeur a accompagné cette sortie de divers suppléments regroupant notamment les plans tactiques, les cartes du monde de Légende ou des feuilles de personnage.
Seul problème, et il est de taille : le prix exorbitant de chaque volume, à savoir 25 euros. Pour une saga en cinq tomes, l'on arrive donc à 125 euros, sans les frais de port (obligatoires, puisqu'il s'agit d'une exclusivité web). Ajoutez 6,50 euros si vous souhaitez acquérir le livret de cartes en grand format (A4). Bref, ça pique un peu.
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5.10.26
Par
Nolt
Une plongée aujourd'hui dans le tout premier album de la série Buck Danny : Les Japs attaquent !
Après une première collaboration sur un récit (déjà guerrier) intitulé L'Agonie du Bismark, Jean-Michel Charlier (cf. ce dossier lui étant consacré) et Victor Hubinon vont s'associer pour lancer ce qui deviendra l'un des grands classiques de la BD franco-belge (et l'une des grandes séries d'aviation, cf. cette Parenthèse de Virgul) : Buck Danny.
La première aventure du pilote américain sera publiée dans le Journal de Spirou (numéros 455 à 505) en 1947, avant une première édition en album chez Dupuis, dès 1948.
Les premières planches montrent un Buck Danny ayant tout juste décroché son diplôme d'ingénieur et qui se trouve à la recherche d'un emploi. Il se retrouve ainsi embauché sur les chantiers navals de Pearl Harbour, où il démasque très vite un espion japonais. Malheureusement, il ne peut empêcher le cours de l'Histoire et assiste à l'offensive nippone contre la base aéronavale américaine. Soucieux de défendre son pays après ces graves événements, il s'engage comme pilote dans la Navy et obtient le grade de capitaine. Sa carrière est lancée, à partir de là, il va traverser la Seconde Guerre mondiale et assistera à tous les grands moments de l'aviation qui suivront.
Il est évident que ce premier album est très "vert". Charlier et Hubinon tâtonnent encore et usent par exemple de textes décrivant l'action, au-dessus des cases. Un procédé lourd mais courant à l'époque. La narration est rapide et très embryonnaire. Ce qui ferait sans doute l'objet d'un album entier de nos jours est expédié parfois en une seule case ! La priorité est donnée à l'action, quitte à obtenir des transitions quelque peu chaotiques.
Il faut toutefois noter que, dès ces premières planches, les combats aériens sont très bien mis en scène, le style dynamique des dessins parvenant à donner une impression de vitesse et à rendre compte des manœuvres périlleuses des combattants. Des ballets aériens qui seront encore plus nombreux et impressionnants dès le tome 2. Notons également l'élégance de la colorisation d'époque, désaturée et subtile.
Au fil des pages, un Buck Danny encore mal dégrossi va vivre de nombreuses aventures trépidantes (même sur la terre ferme) tandis que, peu à peu, le style narratif de Charlier commence à s'affiner et à devenir plus efficace : les scènes s'enchaînent de manière plus fluide, un véritable suspense s'installe, les dialogues s'affinent.
Les pages sont également rythmées par de petits inserts explicatifs, sur les grandes figures historiques, les différents appareils ou navires, les insignes... sans compter de grandes cartes détaillées qui permettent de situer l'action et de comprendre la stratégie de chaque camp. Il s'agit de publications destinées à la jeunesse, et à l'époque, les éditeurs ont le bon goût de prendre leur rôle très au sérieux, ce qui permet d'accompagner les récits divertissants d'un subtil programme d'éveil à l'Histoire ou la technologie. Loin d'être rébarbatifs, ces points détaillés sur les aménagements du pont d'un porte-avions, le dragage de mines ou les capacités d'un chasseur vont fasciner des générations entières et être à l'origine de bien des carrières.
Si c'est surtout sur la série Tanguy et Laverdure que Charlier va atteindre des sommets (en signant des histoires mémorables et en créant un duo mythique bien plus équilibré que le faux trio Danny-Tumbler-Tuckson), son Buck Danny connaîtra un succès loin d'être immérité, certaines sagas demeurant légendaires. Le personnage continue d'ailleurs son parcours, sous d'autres plumes (cf. notamment la collection Classic) et bénéficie de deux Intégrales au contenu bien dense.
Un album dont on sent qu'il a été conçu à une tout autre époque mais qui, loin d'être désuet, possède un charme particulier, en plus d'être un jalon historique.
| + | Les points positifs | - | Les points négatifs |
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Publié le
26.9.26
Par
Virgul
Gros plan sur un énorme pavé sorti en janvier 2026 : l'intégralité des nouvelles écrites par Richard Matheson.
Matheson, vous devriez connaître, au moins au travers de ses romans les plus connus, notamment Je suis une Légende, La Maison des Damnés ou encore L'Homme qui rétrécit. Cet écrivain prolifique, véritable géant du fantastique et de l'épouvante, a également écrit de très nombreuses nouvelles, rassemblées ici.
Sur plus de 1500 pages, J'ai Lu regroupe 106 nouvelles, publiées en version originale entre 1950 et 2003. Les thèmes sont aussi variés que les époques : voyage dans le temps, démon s'attaquant à un avion, automobiliste poursuivi par un psychopathe (récit dont s'inspirera Spielberg pour sa première réalisation, Duel), sorcières, paranoïa, technologies inquiétantes, le spectre des sujets abordés est très large.
Le pavé contient quelques bafouilles (de Ray Bradbury, Stephen King et Matheson lui-même) mais reste assez aride. Aucune illustration ne vient par exemple agrémenter les textes (pourtant, même une dizaine de pages supplémentaires n'aurait pas eu un très grand impact sur le prix ou le poids du bouquin), et l'ouvrage (15 x 22 cm), fort lourd, arbore une simple couverture souple. Par contre, la tranche est illustrée, une pratique de plus en plus à la mode, mais n'apportant pas grand-chose. Vu le nombre de nouvelles (dont 4 étaient inédites), difficile de s'estimer voler, mais si l'on compare avec les éditions collector de Callidor par exemple (où même la typo est travaillée), c'est le jour et la nuit (d'autant que les livres sont vendus au même prix, à savoir 35 euros).
Un contenu extrêmement intéressant et exhaustif, mais une présentation fort terne et fainéante.






















