War Story
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De la Russie à l'Atlantique nord, en passant par l'Italie et sa Ligne Gothique, l'on plonge aujourd'hui dans l'enfer de la Deuxième Guerre mondiale avec War Story.

Nous nous intéressons ici essentiellement à la première mini-série (de 4 épisodes) publiée par Vertigo. Garth Ennis (cf. cette rétrospective sur son travail), cette fois, malgré le sujet intrinsèquement violent, est bien loin de la provocation de Preacher ou The Boys. Si loin qu'il en paraît presque sur la retenue. Heureusement, l'intelligence de son écriture est, elle, toujours présente et, débarrassée d'une forme que certains jugent parfois excessive, elle n'en devient que plus évidente.
Aux crayons, l'auteur est entouré de Chris Weston, Gary Erskine, John Higgins, Dave Gibbons et David Lloyd. Les styles graphiques sont assez proches, ni foncièrement originaux ni particulièrement beaux mais ils permettent d'aboutir à un résultat tout à fait convenable. L'on peut reprocher une colorisation parfois inégale et, quoi qu'en dise Ennis, quelques soucis parfois dans la représentation de certaines armes. Ceci dit, l'intérêt de la série est bien ailleurs.

Le premier des quatre récits décrit le parcours d'un officier allemand et de ses hommes, protégés par leur Panzerkampfwagen VI, plus connu sous le nom de Tigre. L'engin est presque d'ailleurs la véritable "star" de l'épisode. Il faut dire qu'il fut, en son temps, un véritable monstre de puissance et de technologie, ne souffrant aucun rival sur le champ de bataille.
Bon, évidemment, Ennis ne fait pas une pub sur le savoir-faire allemand et l'on va vite plonger dans les atrocités (plus suggérées que réellement montrées) auxquelles les soldats doivent faire face. Non seulement les  personnages doivent combattre le monstre rouge qui, déjà, déferle sur l'Europe, mais, pire encore, ils sont également confrontés aux fanatiques de leur propre camp, incarnés ici par la Geheme Feldpolizei, un organe de sécurité chargé notamment de s'assurer que les troufions mettent suffisamment d'ardeur à défendre le Reich. 
Une bonne entrée en matière, avec le point de vue de "l'ennemi", cet être si souvent caricaturé par la propagande (de tout temps et de tout camp) qu'il est bon parfois de rappeler qu'en son sein se cachent des hommes, définis non par leurs uniformes mais leurs actes.




L'on monte en puissance avec D-Day Dodgers, où l'on bascule cette fois dans le camp anglais avec les troupes qui, dès septembre 43, débarquèrent en Italie alors que le monde allait bientôt avoir les yeux tournés uniquement sur l'opération Overlord et la campagne de France. Le titre original de l'épisode (que l'on peut traduire par "les tire-au-flanc du Jour J") fait référence à des propos qui auraient été tenus par Lady Astor (première femme a avoir siégé au parlement britannique). Le conditionnel est de rigueur puisque cette dernière a ensuite démenti les avoir tenus. Il n'en reste pas moins que la rumeur parvint jusqu'en Italie...
Il faut imaginer la réaction d'hommes épuisés, risquant leur vie tous les jours, loin des leurs, des hommes qui connaîtront l'âpreté des combats de Monte Cassino (ils n'eurent en face d'eux "que" quatre divisions de Panzers, dix divisions d'infanterie et une division de Panzergrenadiers, soit environ... 100 000 hommes !) et durent s'y prendre à quatre reprises pour enfin venir à bout du mont Cassin.
Ennis a bien compris que traiter de tels hommes de lâches relevait, au minimum, d'une méconnaissance totale de la situation, voire de la pure imbécilité. Les dernières planches, poignantes, dévoilent le destin tragique de la plupart de ces "tire-au-flanc". Là encore Ennis ne se contente pas de montrer de la "baston" mais accroche à son tableau de chasse virtuel ceux qui jugent, mal et vite, dans la tranquille sécurité de l'arrière.

Le troisième chapitre nous fait rejoindre le camp américain, alors que la victoire n'est plus très loin. Des hommes de la 101e division aéroportée (très connue depuis la série télévisée Band of Brothers) doivent partir en reconnaissance pour s'assurer qu'un château peut convenir comme résidence provisoire pour un général. Il est question ici du fossé, presque inévitable, qui peut exister parfois entre le haut commandement d'une armée en guerre et les hommes de terrain qui la composent.
Ennis semble dans un premier temps opter pour une approche plus légère (la scène du taureau est assez amusante) mais n'oublie pas de rappeler, par de brefs flashbacks, le lourd tribut payé par les unités qui, des plages normandes, sont ensuite parvenus jusqu'à Bastogne puis jusqu'en Allemagne.




Enfin, l'on termine par un récit mettant en scène l'équipage du Nightingale, un navire d'escorte protégeant les convois entre la Grande-Bretagne et la Russie soviétique. L'histoire est inspirée d'un fait réel, basé sur la terreur qu'inspirait le Tirpitz (le plus grand cuirassé de la Kriegsmarine, sans équivalent en Europe). En été 1942, l'amirauté britannique, pensant que le Tirpitz est de sortie, ordonne aux navires de guerre escortant un convoi pour Mourmansk de se disperser. Les navires de transport, sans protection, sont alors la proie des bombardiers et U-Boot. Par la suite, il s'avéra que le Tirpitz n'avait même pas levé l'ancre.
Un épisode naval intéressant et chargé en émotion.

L'on a tellement écrit sur cette guerre que l'on aurait pu craindre un sentiment de déjà-vu. Loin de là, Ennis dépeint, avec subtilité, des situations fort différentes, bien réelles et souvent déplaisantes (comme se devrait d'être tout récit de guerre se réclamant d'un certain réalisme). L'auteur parvient à rendre hommage au courage individuel tout en condamnant la machine militaire et les petits juges de salon. Un exercice périlleux, mais parfaitement exécuté. Le style graphique, quant à lui, permet la plupart du temps de rendre compte de l'intensité des situations et de l'émotion des hommes, que ce soit lors d'une scène de crash parfaitement décrite ou à l'occasion d'un combat de tanks, violent et âpre. 
Notons qu'outre une deuxième mini-série Vertigo, une autre série cette fois intitulée War Stories, du même auteur, a été publiée chez Avatar et compte 26 épisodes. L'on y trouve la même qualité d'écriture et visuellement des scènes parfois très spectaculaires, avec malheureusement une colorisation plus flashy et quelque peu artificielle. L'ensemble demeure toutefois de grande qualité.

De vrais récits de guerre, teintés par l'horreur, le sang, le froid, la peine et les remords.
Un Ennis plus classique dans son approche mais toujours aussi habile et intéressant.


Capitaine Lovatt, sous la plume de Garth Ennis.


— Si on fait bien, on est des salauds. Et si on foire, on est des lâches. N'ayant pas affronté ce que j'ai affronté, vous ne pouvez dire si vous êtes mieux que moi. Pensez-y... car il y aura d'autres guerres.







+ Les points positifs - Les points négatifs
  • L'écriture subtile et efficace de Garth Ennis.
  • Des situations variées et souvent tendues.
  • Une représentation graphique adaptée au ton et au sujet.

  • Un Ennis beaucoup moins transgressif que sur ses séries phares.
  • La colorisation de la série Avatar, beaucoup moins adaptée au contexte que celle des mini-séries Vertigo.

La Mer sans étoiles
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Nous voilà de retour pour continuer d’explorer la SF contemporaine, afin d’alterner un peu avec les grands classiques et les ouvrages présentés dans la rubrique « Retroreading ».

La Mer sans étoiles
jouit d’une renommée double : d’abord celle de son autrice, Erin Morgenstern, dont il s’agit seulement du second roman (le premier ayant été d’office un best-seller, salué par le Prix Locus du Meilleur Premier Roman en 2012) ; et la sienne propre, qui s’est enrichie de très nombreuses critiques enthousiastes tant dans la presse spécialisée que sur les réseaux sociaux, lesquels ont engendré un véritable phénomène littéraire.

Résumé : Zachary, fils d'une voyante, est tombé un jour sur une porte peinte sur un mur derrière chez lui, une porte qui aurait pu lui donner le passage vers un ailleurs rêvé. Il n'a pas saisi cette occasion et a grandi avec cette frustration. Jusqu'au jour où il tombe sur un ouvrage inconnu à la bibliothèque municipale, mal répertorié et sans nom d'auteur. Quelle n'est pas sa stupéfaction lorsqu'il découvre que, outre des passages parlant de veilleurs, de gardiens et de disciples, ainsi que d'un pirate, il lit sa propre histoire, celle de son acte manqué. Il va alors mettre tout en œuvre pour remonter le fil ténu liant ce livre à cette porte de son passé...

Il s’agit d’un roman constitué de l’intrication de nombreuses histoires, présentées sous forme de contes et de mythes, qui conduisent à une perpétuelle mise en abyme. Ainsi, le premier des six livres scandant l'ouvrage, Doux Chagrins, présente non seulement les rituels d’intronisation des gardiens de ce lieu hors du temps et de l’espace qu’est le Port sur la Mer sans étoiles, mais également des fragments d’un récit légendaire parlant d’un pirate attendant son exécution. Ces trames entremêlées laissent entrevoir cet endroit auquel on accède par des portes qui sont cachées, parfois invisibles, parfois oubliées, parfois créées pour quelqu'un destiné à venir raconter sa propre histoire et la mêler aux autres. L’une de ces histoires, sur l’un de ces élus destinés à entrer dans cet univers fait de livres, d’or, de miel et de souvenirs, est celle de Zachary. Plus jeune, il s’est vu offrir cette opportunité : quitter notre monde pour celui de la Mer sans étoiles, des gardiens, des veilleurs et des disciples préservant au long d’un labyrinthe inimaginable de salles emplies de bibliothèques, de statues et d’étoiles, parsemées de symboles gravés sur les murs, les chambranles ou les portes elles-mêmes, les histoires déjà terminées, celles en cours et celles qui seront.


Armé de son livre dans le livre, qui lui permet d’acquérir les repères nécessaires pour comprendre certains des événements dont il va être le témoin - avant d'en devenir l’acteur involontaire autant qu’irresponsable - il va rencontrer deux personnes : un gars chargé de le surveiller, mais qui va se retourner contre ses employeurs, homme d’une classe folle au charme irrépressible auquel il ne tarde pas à succomber ; et une jeune femme aux cheveux roses, dynamique autant qu'espiègle, qui répond à ses questions par des énigmes ou des références obscures. Le premier lui fera acquérir un second livre dans le livre après lui avoir conté une légende sur les amours de la Lune et du Soleil dans lesquelles le Destin et le Temps se retrouvent mêlés sous les yeux réprobateurs des étoiles – et ce livre également sans nom d’auteur proposera d’autres contes dont certains semblent corréler des événements de Doux Chagrins, ou en reprendre des personnages sous d'autres identités, à d'autres époques. La femme l’emmènera in extremis dans cet autre monde qu’il fantasmait, où il recevra nombre de réponses à ses questions, mais des réponses incomplètes, fuligineuses, générant immédiatement d’autres questions, énigmes et devinettes. Pourquoi se retrouve-t-il ici-bas (car il sait à présent que la Mer sans étoiles est sous terre, ce qui tombe sous le sens) ? Que lui voulait l’homme chargé de le surveiller, et qui s’est fait capturer par d’autres lancés à leur poursuite ? Comment ce livre publié il y a si longtemps peut-il narrer avec force détails une scène de sa propre enfance ? Quel est son rôle dans cette histoire en train de se dérouler ? Et quel est celui de Mirabel, la jeune femme aux cheveux roses qui le pousse en avant comme si quelque chose de terrible et de capital devait se dérouler ? Pourquoi le Port de la Mer sans étoiles est-il si dépeuplé par rapport à ce que Doux Chagrins dépeignait ? Que représentent tous ces symboles, semés comme autant d'indices (clefs, épées, abeilles et plumes) ? Pourquoi la maison de poupées a-t-elle brûlé ? Et pourquoi avait-elle une place centrale dans le livre ?


L’aventure de Zachary ne fait que commencer – à croire en fait que son destin était de parvenir jusqu’au Cœur de ce monde souterrain afin d’y accomplir une mission prévue de toute éternité. Ils partiront ensemble rechercher Dorian, l’homme qui le surveillait avant de l’aider, et des messages sibyllins apparaîtront çà et là sur sa trajectoire pour le placer sur la voie, lui faire trouver d’autres livres, d’autres portes, d’autres lieux secrets tandis que l’apocalypse s’annonce…

Au départ, l’écriture d’Erin Morgenstern ne peut que séduire : c’est doux et frais, presque sensuel et teinté d’une forme de naïve poésie qui enjolive le moindre détail comme s’il était admiré par un enfant. Chaque geste peut acquérir une importance incongrue, des couleurs comme des pièces de vêtement devenir l’espace d’un instant le centre de l’attention. Sa manière de décrire cet univers onirique fait de rayons de miel et de fils d’or, de millions de livres et de milliards de pages, d’étoiles et de chouettes, avec ses galeries emplies de souvenirs parfois poussiéreux, éclairés à la bougie et parcourus par des chats (quand on aime les livres, on aime les chats, n’est-ce pas ?) est profondément agréable, presque hypnotique. Le découpage du roman en livres dans le livre, posant les bases d’un univers qui prend forme par petits fragments mais déconstruisant la narration en jouant avec l’espace et le temps, tout en conservant un vrai sens du récit, presque classique (dont les principes et la résolution s’avèreront étrangement sages) confèrent à la lecture autant de petites stimulations sensorielles qui alimentent le plaisir et entretiennent la curiosité.


La seconde partie, dans ce que l’on pourra nommer la quête de Zachary, quoique toujours entrecoupée de petits intermèdes plus ou moins signifiants, bien que plus linéaire, risque paradoxalement de susciter une forme de gêne, un agacement : certes, on entrevoit davantage le cadre de ses pérégrinations, le contexte dans lequel se meuvent les rares personnages, mais leur but nous échappe, et les tergiversations auxquelles ils se livrent nuisent à la dynamique de l’ensemble. Mirabel a beau répéter que chacun reste acteur de son propre destin, elle contredit une phrase prononcée assez tôt sur l’espèce de déterminisme animant la plupart des histoires (et se montrera finalement assez hypocrite eu égard à la conclusion) : Zachary et Dorian, livrés à eux-mêmes, mettront un temps infini à embrasser leur destinée et se révèleront plus souvent victimes des événements que moteurs de l'intrigue. 



D’autant que le roman est long, et les fils narratifs assez épars, qui finiront tout de même par se rejoindre, d’une manière aussi abrupte qu’élégante à laquelle on peut reprocher un peu de facilité – mais il faut bien finir, non ? – en un écheveau qui finit par tisser la trame d’une histoire éternelle, la même depuis la nuit des temps. 

Sous ses dehors de fantasy urbaine, le roman endosse les atours de la speculative fiction pour se muer en conte des origines, se mythifier à la manière de ce que pouvait créer un Zelazny de la grande époque. Mais avec ce regard attendri de celui qui est resté l’enfant devant son livre, ce regard ébloui, émerveillé, l’esprit perdu dans l’imaginaire fécondé entre les pages avec infiniment de douceur et empreint d’une poésie qui rappellera les visions fantasmagoriques du Piranèse de Susanna Clarke (le gigantesque temple de l’au-delà sur lequel veille le héros de ce livre a un peu les mêmes fonctions que le Port sur la Mer sans étoiles). Deux ouvrages aux thématiques parallèles portés par des écrivains passionnés par leur art, mais des ouvrages divergents sur la forme, comme les faces opposées d’une même pièce. 


L’on pourra trouver également, pour peu que l’on poursuive la lecture, des séquences qui rappelleront sans doute d’autres lues dans Le Château de Hurle de Diana Wynne Jones. Pas étonnant que des autrices renvoient à d’autres autrices, en fait. Mais on trouvera aisément d'autres connexions avec, par exemple, Alice au pays des merveilles ou les Mille & Une Nuits. Précisons en outre, et cela a son importance, que les éditions Sonatine ont soigné le lectorat avec quelques décors en pleine page et des cadres de titres ornés d'arabesques qui confèrent au volume, même broché, une élégance qui colle parfaitement au contexte dépeint.

Quoi qu’il en soit, un livre à la réputation solide fait par une bibliophile pour les bibliophiles, empli de ses jolis fantasmes, de bons sentiments, de légendes et de secrets, de miel et d’or, de livres et de chats.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un livre qui parle de livres qui parlent de livres. Et de chats.
  • Un univers enchanteur, des lieux fantasmés décrits avec subtilité et passion.
  • Des références habiles à la pop-culture (jeux de rôles, jeux vidéo), qui permettent de conserver un peu les pieds sur Terre.


  • Des personnages un peu archétypaux...
  • ... dont les atermoiements peuvent agacer.
  • Une fin étonnamment classique.
La Légende de Drizzt
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Petite promenade aujourd'hui en Outreterre à la rencontre des Elfes Noirs grâce à La légende de Drizzt !

Nous sommes en Outreterre. Là où la lumière du jour ne pénètre jamais, sous la surface, s'étend la magnifique cité de Menzoberranzan, le domaine des Drows, les Elfes Noirs. Cette société matriarcale est violente, sans pitié. De nombreuses Maisons s'y affrontent pour gagner un peu de pouvoir et les faveurs de Lolth, la déesse araignée.
C'est dans ce monde sombre que naît Drizzt. C'est le troisième fils de la Maison Do'Urden. Celui qui était destiné à être sacrifié avant que l'un de ses frères aînés ne se fasse finalement assassiner, apaisant à sa place le sanglant appétit de Lolth. Drizzt va être élevé par l'une de ses sœurs avant de commencer son entraînement de guerrier auprès du maître d'armes. Il va apprendre à manier l'épée mais surtout, il va découvrir les réalités de la vie d'un Drow. Les meurtres, les trahisons, l'absence totale de compassion.
Mais Drizzt est différent. Il souhaite autre chose comme quotidien que les cris et la mort. Il rêve de justice, d'amour, de paix. Autant de choses qui n'existent pas dans Menzoberranzan.
Alors que déjà sa Maison est en danger, parviendra-t-il à conserver un code de conduite qui pourrait bien causer sa perte ?

Nous voici donc en pleine heroic fantasy puisque l'action de cette série se déroule dans les fameux Royaumes Oubliés, un monde créé à l'origine pour le jeu de rôle Donjons & Dragons. Cet univers ayant eu un certain succès, il a donné lieu a une série de romans, dont la saga de Drizzt écrite par R. A. Salvatore. C'est cette épopée qui fut adapté en comics et publiée en France par Milady, de 2009 à 2011. Les 7 tomes de la série seront d'ailleurs suivis d'un guide et d'un hors-série (Neverwinter Tales, sorti en VF en 2013).




Voyons déjà un peu le scénario. Celui-ci est écrit par Andrew Dabb qui fait, ma foi, un boulot plutôt correct (il faut dire qu'il dispose d'un bon matériau de départ, mais le changement de support demande tout de même un certain savoir-faire). Contrairement à la série World of Warcraft qui sombrait dans les stéréotypes les plus éculés, le monde décrit ici est à la fois riche et original. La société drow et ses luttes internes se révèlent vite fascinantes. On va apprendre par exemple que la loi des elfes noirs est ainsi faite qu'elle considère un crime comme non existant s'il n'y a aucun témoin pour s'en plaindre. Il est donc interdit de massacrer une autre Maison, sauf si on le fait suffisamment bien pour qu'aucun survivant ne vienne ronchonner devant le Conseil Régnant. 
La vie des Drows est ainsi imprégnée de trahisons, menaces et autres complots. Le fait que les mâles soient considérés comme du menu fretin permet également de s'éloigner un peu de l'imagerie classique du gros baroudeur musclé admiré par tous, et même si au final le personnage principal reste un homme, les Matrones tiennent un rôle politique et social essentiel.

Pour ce qui est de la partie dessin, c'est franchement réussi. C'est là l'œuvre de Tim Seeley (sur les premiers tomes) qui, malgré quelques facilités au niveau des décors, parvient à mettre en scène de fort élégants elfes à la peau noire et aux cheveux blancs. La colorisation, dans laquelle dominent le bleu et le violet, est également plutôt belle et installe une ambiance sombre mais très esthétique. Par la suite, ce seront Val Semeiks, Todd Lockwood et Agustin Padilla qui se succéderont aux crayons jusqu'au hors-série.

Le premier tome publié à l'époque par les éditions Bragelonne sous leur label Milady s'intitule Terre Natale et se passe presque exclusivement dans Menzoberranzan. Il contient également une préface de Salvatore, une petite galerie d'illustrations et un extrait du roman Mercenaires, du même Salvatore. Le tout pour moins de 10 euros, ce qui, pour 132 planches, était un prix tout à fait correct. Ces BD sont encore trouvables d'occasion à des prix modiques. 

Une adaptation soignée possédant une véritable identité visuelle et permettant facilement aux novices de rentrer dans l'univers de Forgotten Realms.


Les images 1, 3 et 5 sont issues du hors-série, illustré par Agustin Padilla.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un univers riche et fascinant.
  • Un personnage principal complexe et charismatique.
  • Une saga épique qui réserve de bons moments et quelques surprises.

  • Sur certains tomes, le dessin peut sembler inégal et manquer d'ambition concernant les décors notamment.
Plur1bus
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La plateforme Apple TV frappe fort avec un véritable chef-d'œuvre : Pluribus.

Carol Sturka
est une romancière à succès, empêtrée dans l'écriture d'une série fleuve qui lui rapporte dollars et fans, mais finalement assez peu de satisfaction personnelle. Un soir, après une énième séance de dédicace, elle est témoin d'un événement étrange. Les gens semblent pris de malaises, ils s'écroulent ou se figent et se mettent à trembler. Dans un premier temps, Carol tente de trouver de l'aide, mais elle doit bientôt se rendre à l'évidence : en un claquement de doigt, l'humanité a... changé.
En effet, il n'y a plus d'individualités mais une sorte de fonctionnement de ruche : la population mondiale est unie, dans la joie et la concorde, et fonctionne comme un "tout". Seule Carol semble immunisée à ce qu'elle considère comme une horreur. Peu à peu, elle va en apprendre plus sur le fonctionnement de ces gens, pacifiques en apparence mais effrayants. 

Voilà, inutile d'en dire plus, mieux vaut vous laisser le plaisir de la découverte et passer directement à l'analyse critique de cette série. Tout d'abord, évacuons un point crucial : bien que les notes soient, légitimement, en majorité très bonnes, j'ai vu des réactions hallucinantes, du genre "c'est mou", "c'est trop lent", "il ne se passe rien", etc. Alors, je veux bien que ça puisse ne pas convenir à tout le monde, mais si vous en êtes à trouver que cette histoire est trop lente ou n'a pas de contenu, le problème, c'est vous, pas le scénario ou la réalisation. Il faut croire que des années de conneries "surcutées" de débiles sauce Squeezie ou de greluches prépubères sur TikTok ont fait des dégâts sur certains cerveaux. Ce n'est pas parce qu'une narration installe un rythme lent qu'elle est ennuyeuse ou qu'il ne se passe "rien", au contraire, cela permet de s'attarder sur bien des détails. 




En premier lieu, il faut reconnaître l'extraordinaire performance de Rhea Seehorn, qui joue le rôle de Carol. Elle n'a a priori pas un charisme affolant, mais plus les épisodes défilent, plus elle parvient à rendre son personnage attachant et à en dévoiler les nombreuses et complexes facettes. Certaines scènes, où elle réagit par exemple alors qu'elle est au téléphone, sont d'une force incroyable grâce au jeu subtil de la comédienne. 
La réalisation est également très efficace, avec de nombreux plans soignés et inventifs, et une photographie souvent somptueuse. Même les décors, tour à tour vides et gigantesques ou foisonnant de présences "mécaniques", participent à l'ambiance générale.

Et bien entendu, il faut revenir sur la qualité immense de l'écriture (la série est attribuée à Vince Gilligan, mais comme souvent avec les séries modernes, elle est écrite par une équipe de scénaristes). L'intrigue est originale mais surtout, elle réserve bien des surprises, ce qui n'est pas si courant. Même dans des séries de qualité, combien de fois peut-on deviner la trame générale et voir venir une réaction, un rebondissement ? Ici, difficile de prédire une décision, l'issue d'un dialogue ou la prochaine péripétie (une petite exception dans la jungle, avec les fameux arbres à épines, mais elle ne fait que confirmer la tendance inverse).
La thématique, sur la préservation de l'individualité, voire de l'individualisme, est parfaitement traitée, laissant le spectateur mener sa propre réflexion sans les habituels gros coups de boutoir censés le mettre dans la "bonne" direction. Les personnages (car Carol n'est pas la seule à être restée "normale") sont tous crédibles et bien campés. Les méchants ne le sont pas tant que ça, les gentils font des dégâts, bref, les auteurs réussissent l'exploit d'éviter le manichéisme, d'être réalistes, tout en apportant des touches régulières d'humour (même dans l'utilisation d'un drone par exemple) et une profondeur qui émeut sans virer à la nunucherie.   
Et on peut même préciser que c'est une des rares séries qui dispose d'un casting racial varié sans pour autant verser dans le wokisme et ses aberrations. Tout est ici justifié et bien amené, même l'héroïne, lesbienne, ne nous casse pas les couilles avec sa sexualité ou de pseudo-revendications et a le bon goût de ne pas avoir les cheveux bleus et des tonnes de ferraille dans la gueule.

Ces neuf épisodes se regardent avec un plaisir évident tant tout est beau, bien fichu, intelligent et divertissant. On attend la suite en trépignant d'impatience.     





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Original et bien écrit.
  • La performance admirable de l'actrice principale.
  • Des plans soignés et fort jolis.
  • Un rythme certes peu courant mais qui convient au propos.

  • Le premier épisode, qui est peut-être le moins réussi alors que c'est celui qui contient le plus "d'action".
Les X-Women par Manara
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Lorsque l'un des maîtres de la bande dessinée érotique débarque chez Marvel, cela donne chez Panini X-Men : Jeunes Filles en Fuite. Ou X-Women en VO.

Milo Manara
est connu dans le monde entier pour ses représentations sensuelles de jeunes demoiselles dénudées. Et forcément, lorsqu'il s'empare des héros de la Maison des Idées, ce n'est pas pour dessiner Wolvie ou Colossus, mais Marvel Girl, Psylocke, Emma Frost, Malicia, Kitty Pryde et Tornade. Les mutantes, déjà plutôt sexy en général, vont donc être mises en scène de manière très suggestive.
Poses aguichantes, regards langoureux, vêtements très courts (oui, plus courts que d'habitude (sisi, c'est possible)), tout est bon pour charger les miss en sex appeal. Les jupes se relèvent bien malencontreusement (ce vent alors !), les filles s'enlacent (quand la copine tombe, il faut bien la rattraper non ? et si Ororo et Kitty se retrouvent au bout d'une liane dans une sorte de 69 improvisé, ce n'est que le fruit du hasard et de l'attraction terrestre), bref, on est dans le gentiment coquin.

Le scénario, ou plutôt le semblant d'histoire, est écrit par Chris Claremont. Les filles sont en vacances en Grèce où elles batifolent dans l'eau et vont le soir en boîte pour jouer à qui portera la robe la plus courte, lorsqu'elles sont attaquées et que l'une d'elles est enlevée. Les voilà parties sur les traces des ravisseurs, ce qui les mènera à Madripoor et dans les mers du Sud, où elles rencontreront une tribu légendaire qui n'aime pas trop les fringues non plus. Le tout sur fond de complot international visant à faire s'affronter la Chine et l'Inde.




Rien de passionnant, c'est même assez poussif. Il est d'ailleurs regrettable, tant qu'à faire, que Claremont n'ait pas joué la carte du scénario alternatif et inattendu (basé sur l'humour ou simplement les relations entre les personnages par exemple) plutôt que de nous servir une intrigue prétexte et mal fichue à base, encore une fois, de "il faut sauver le monde".
D'autant qu'ici, l'intérêt est visiblement ailleurs.

D'un point de vue plus pratique, la VF se présentait à l'époque en grand format, avec hardcover, et contenait une petite bafouille de Quesada en intro. Pour l'anecdote, il trouve l'équipe de Panini "fabuleuse"... il n'a sûrement jamais rencontré la branche française.
Un bon point cependant pour cette édition grâce à la présence d'un petit topo permettant de présenter rapidement les personnages. L'ouvrage se termine sur une petite postface de Nick Lowe.

Voilà une curiosité qui se lit vite et vaut surtout pour la présence de Manara.
Dommage que, contrairement à ce qui est annoncé en quatrième de couverture, l'artiste n'ait pas bénéficié d'un scénario sur mesure et plus adapté aux "circonstances".
Du Manara bien lisse.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Ben... Manara sur des héros Marvel, c'est quand même rare.
  • Le style Manara, totalement aseptisé.
  • Un scénario poussif, déjà vu mille fois et ne se prêtant pas du tout à l'exercice.
  • Faussement sulfureux mais trop sexy pour les plus prudes, ou comment décevoir tout le monde avec un projet bancal.