Les Fantastic Four ruinés !
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Retour sur une période difficile pour les Fantastic Four avec le premier arc de la série Marvel Knights : 4.

Les temps sont durs pour la famille Richards. En effet, suite à une escroquerie dont ils ont été victimes (et à quelques caprices du marché), les Fantastiques sont ruinés. Les voila obligés de licencier leurs employés, vendre le Baxter Building et... chercher un emploi.
Ben Grimm trouve un boulot sur un chantier, Susan Richards devient prof dans un établissement accueillant des élèves en difficulté...
L'épreuve pourrait bien avoir raison des liens qui unissent la famille. Car si Reed Richards est à l'aise avec les équations ou les univers parallèles, la vie quotidienne lui pose parfois certains problèmes.

Ce récit a été réédité en 2013 par Panini, dans sa collection Marvel Best-Sellers (l'une des collections à petits prix de l'éditeur, à ne pas confondre avec la collection qui portait le même nom et était naguère vendue dans les boutiques MaxiLivres).
Les épisodes au sommaire de ce numéro constituent le premier arc de la série Marvel Knights : 4 et avaient déjà été publiés il y a quelques années en français au format Graphic Novels.
Le scénario est signé Roberto Aguirre-Sacasa (The Stand, Angel), les dessins sont de Steve McNiven.

Graphiquement, rien à redire, c'est une pure merveille et Susan (encore appelée Jane en VF à cette époque) a rarement été aussi belle. McNiven soigne aussi bien les décors que les personnages et compose de superbes planches.
Le récit, quant à lui, est centré sur les relations entre les FF, dans une optique plus réaliste voire "adulte" que lors des traditionnelles aventures extra-dimensionnelles, qui sont ici laissées de côté. L'idée est plutôt bonne et permet à l'auteur de faire la part belle à l'émotion (la scène dans laquelle Reed tente de secourir un type qui veut se suicider par exemple).


De même, le fait de confronter les FF à une réalité plus pragmatique, alors qu'ils sont d'habitude blindés de pognon et bardés des gadgets les plus insensés, ouvre de nouvelles perspectives. Sue semble être celle qui s'en sort le mieux, assumant parfaitement le rôle d'une femme forte qui assure dans tous les domaines. Elle est d'ailleurs considérée de nos jours comme probablement le membre le plus puissant de l'équipe (on la voit à son apogée pendant Civil War, lorsqu'elle s'oppose violemment à son mari), autant dire qu'elle a fait du chemin depuis les années 60, où Marvel devait justifier sa présence (parfois avec des réponses en BD, intégrées aux histoires !) suite aux lettres des fans qui la jugeaient inutile. Aujourd'hui les lecteurs ont grandi et la plupart ont compris l'utilité des filles.

Dans le Graphic Novel évoqué plus haut, l'on trouvait également le deuxième arc de la série (intitulé The Pine Barrens), qui est absent dans le Best-Sellers. Un peu dommage car ces trois chapitres mettaient de nouveau très fortement en avant l'Invisible (qui l'était pour le coup de moins en moins). Néanmoins, Panini complète ce comic par le Fantastic Four : The Wedding Special, de Karl Kesel et Drew Johnson, publié à l'origine en 2004 dans le Marvel Icons #37.
Le choix est pertinent et sensé puisque ce court récit revient sur les moments importants de la vie du couple Sue/Reed et permet de rester dans une ambiance plutôt intimiste, et ce bien que les concepts de voyages dans le temps et d'univers parallèles fassent leur grand retour.
Les dessins sont clairement moins impressionnants que ceux de McNiven mais restent corrects, en tout cas pour les planches, la cover étant, elle, parfaitement hideuse (voici un petit comparatif avec à gauche Susan Storm-Richards en couverture, et à droite sa version tout de même plus réussie dans les pages intérieures).

Alors, une bonne histoire, un prix attractif, de chouettes dessins, on ne serait pas devant un petit perfect cette fois ? Pas tout à fait. Contrairement à un House of M (réédité de manière irréprochable en Marvel Select), il reste ici un problème, récurrent d'ailleurs, au niveau de la traduction. Principalement l'absence de l'adverbe de négation "ne". Il semblerait qu'une partie des traducteurs et correcteurs soient fâchés avec lui, ce qui a un effet désastreux sur le texte et les personnages (cf. cet article).
Ceci dit, l'ensemble reste très correct et hautement recommandable, même (et peut-être spécialement) pour ceux qui ne connaissent pas bien la famille FF ou n'apprécient pas habituellement leurs aventures.
À découvrir.




+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Émouvant et plus réaliste que ce qui se fait d'habitude sur la série.
  • Superbes dessins de McNiven.
  • Une Sue Richards qui s'impose comme personnage central.
  • Un épisode complémentaire bien choisi pour l'édition Best-Sellers.

  • Une VF perfectible.
Gotham Central
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Plongée dans les bas-fonds avec une brigade bien particulière, celle de Gotham Central.

Si Batman s'occupe en général de la plupart des super-tarés de la ville, les flics de Gotham ont tout de même fort à faire.
La brigade des Crimes Majeurs, notamment, tente de résoudre crimes et enlèvements. La tension entre les services est palpable, les encapés ne sont pas très bien vus, les problèmes pleuvent sur des inspecteurs qui doivent également gérer le chaos qu'est leur vie.
Une baby-sitter retrouvée morte, un flic horriblement assassiné lors d'une descente de routine et un étrange "outing" ne sont que quelques-uns des cas que doivent résoudre les agents du Gotham City Police Department.
Car malheureusement, les Masques sont loin, très loin, d'avoir fait de Gotham un endroit tranquille...

Allons tout de suite au cœur du sujet : Gotham Central est une très bonne série qui ne s'est jamais très bien vendue. Et pour une raison en apparence très simple : c'est encore trop super-héroïque pour les amateurs de polar et carrément pas assez pour les fans de super-héros (même si Batman fait quelques apparitions éclair, en simple guest taciturne).
Là où un Powers permettait d'aborder un sujet similaire (des flics entourés de super-slips) tout en gardant un côté spectaculaire et même irrévérencieux, Gotham Central a fait le pari risqué (et perdu sur le plan commercial) de se concentrer sur les anonymes, les enquêtes laborieuses et les conséquences parfois très indirectes des agissements des surhumains.

Pour orchestrer le tout, l'on retrouve Ed Brubaker & Greg Rucka au scénario, Michael Lark s'occupant, lui, des dessins.
Le tandem Brubaker/Lark a déjà officié sur Daredevil. Rucka, lui, a fait ses preuves sur de très bons titres, comme Batwoman ou Queen & Country.
Cette série est parfaitement écrite, Lark venant ajouter une touche sombre très "polar noir". L'on suit en fait les flics de Gotham au travers d'enquêtes très différentes.


La première débute par le meurtre d'un policier, "réfrigéré" par Freeze en personne. Cette scène est particulièrement habile car elle permet de faire immédiatement comprendre au lecteur que les héros de ce récit sont des êtres humains vulnérables, qui ne sont pas faits pour affronter des super-vilains. Les personnages se débattent au milieu de la folie ambiante, entre les affaires classiques et les exactions de tueurs qui dépassent largement leurs capacités d'action.
La deuxième enquête, sur l'enlèvement et l'assassinat d'une jeune fille, permet de s'immerger un peu plus dans le commissariat et le travail de fourmis de ses membres, avec toujours un fil conducteur : l'impact qu'ont les évènements sur les membres de la brigade.

La troisième affaire est plus intimiste puisqu'elle met en cause la révélation, contre son gré, de l'homosexualité de l'inspecteur Montoya. Il faut noter que, loin de verser dans le voyeurisme, les auteurs abordent ici le sujet avec une retenue de bon aloi (pas de scènes "chaudes" entre lesbiennes) et une intelligence certaine (réactions familiales épidermiques, outing forcé, sarcasmes des collègues, tout y passe sans verser dans la caricature).
Rucka s'exprime dans une postface sur cet épisode. Il évoque notamment les réactions colériques de lecteurs suite à cette "orientation" du personnage, ce qui semble assez fou tout de même. Ainsi, certains peuvent encore s'offusquer de la sexualité (soft, puisque l'on n'en voit rien !) d'un... personnage imaginaire...
Monde de tarés.
Une manière aussi de mettre en avant l'inacceptable pression que subissent parfois les auteurs pour verser dans le niais, le politiquement correct et le fade. Il arrive même que des auteurs soient accusés de promouvoir les troubles ou crimes qui viennent enrichir leurs "méchants". De moins en moins de gens lisent parait-il, mais parfois on se dit que ceux qui restent ne sont pas les meilleurs.

Gotham Central est une bonne série, sans esbroufe, sans racolage facile, qui installe ses personnages sur le long terme et dévoile ses qualités d'épisode en épisode. Plus qu'un titre indépendant, il convient de considérer la série comme un complément venant enrichir, de belle manière, l'univers du Dark Knight.
Semic avait commencé à publier le début de cette série, l'intégralité (40 épisodes) est de nos jours disponible en 4 tomes chez Urban Comics.

Un très bon titre pour les fans de Batman mais sans Batman.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Des personnages crédibles et fouillés.
  • Des thèmes délicats intelligemment traités.
  • Une ambiance graphique au charme certain.

  • Un comic qui a le "cul entre deux chaises" et peine à cibler son public.
Les Magiciens du Fer
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Avec Les Magiciens du Fer, vous voilà technomage et héros de BD. En route pour le Paris de 1889 !

Peut-être connaissez-vous déjà le principe du "livre dont vous êtes le héros". Dans les années 80, plusieurs séries de ce genre ont connu un certain succès, comme La Saga du Prêtre Jean, qui contait les aventures d'un chevalier à la recherche de la mythique cité de Shangri-La, ou encore le fameux Loup Solitaire, qui mettait en scène un guerrier, dernier représentant des Maîtres Kaï.
Le principe était fort simple : vous étiez pourvu d'une fiche de personnage, de quelques caractéristiques et d'un inventaire. L'histoire se déroulait ensuite suivant vos choix, vous menant de paragraphe en paragraphe. Un jeu de rôle solo en quelque sorte.

C'est ce mécanisme qui est ici repris et transposé en bande dessinée par Cétrix (scénario) et Yuio (dessin). Les éditions Makaka, qui se sont spécialisées dans la publication d'œuvres issues de blogs BD, n'en sont pas à leur coup d'essai puisqu'il existe déjà d'autres séries du même genre, sur les chevaliers, les pirates ou même ce bon vieux Sherlock Holmes.
En ce qui concerne l'ouvrage qui nous intéresse aujourd'hui, il s'agit d'un univers steampunk dans lequel la vapeur a été remplacée par la magie, et plus précisément par des cristaux de mana, nouvelle source d'énergie et de puissance.

Voyons d'abord un peu l'histoire.
La France se relève de sa défaite militaire contre l'Allemagne vingt ans plus tôt. À l'occasion de l'exposition universelle de 1889, Gustave Eiffel a bâti une tour parasortilège, qui servira à protéger la capitale de toute attaque magique. Pour cela, la tour doit être alimentée par des cristaux, hors de prix, que vous allez devoir trouver. En tant que jeune étudiant de la prestigieuse Sorbonne, vous avez là l'occasion de faire vos preuves : mettre la main sur 30 sources de mana pour la batterie magique de la tour Eiffel.

Maintenant que le background est posé, intéressons-nous au système de jeu. Vous pouvez incarner deux personnages aux caractéristiques prédéterminées (un mec ou une fille). Les caractéristiques sont au nombre de quatre : surnaturel, technologie, charisme et points de vie.
Pour vous aider dans votre quête, vous pourrez récolter des sorts de combat (comme le "choc", qui tue instantanément un ennemi si son score de surnaturel et de technologie cumulé est inférieur ou égal à 10) ou des sorts utilisables uniquement dans les moments "calmes" (un peu d'hypnose ou une potion de vitalité par exemple).
Vous pouvez également récupérer des objets, des fringues ou du pognon.



Tout cela se note sur des fiches présentes dans le livre. Fort heureusement, pour ceux qui répugnent à gribouiller à même l'ouvrage, le site de l'éditeur propose, dans la partie "goodies", des reproductions grand format des planches qu'il faut découper ou sur lesquelles vous êtes censés écrire. Voilà une excellente initiative.
Le système de combat est assez simple. Vous choisissez un domaine d'affrontement (technologie ou surnaturel) lorsque c'est possible, vous utilisez le disque fourni (pour simuler un tirage 1d6) et additionnez le résultat avec vos points de caractéristique. Vous faites de même pour l'adversaire puis comparez. Si vous avez un score supérieur, le combat est gagné, s'il est inférieur, vous perdez un point de vie (et en cas de match nul, on recommence).

Enfin, le système de déplacement dans Paris est plutôt bien pensé. Il existe en tout huit lieux différents : la Sorbonne, d'où vous venez et où vous effectuez une sorte de tutoriel, la Tour Eiffel, où vous devrez vous rendre une fois les 30 sources magiques récupérées, et les six autres, où vous glanerez mana, matériel et mauvais coups si vous jouez de malchance : le cimetière du père Lachaise, les Halles, l'opéra, les marécages du bois de Boulogne, l'hôpital de la Salpêtrière et le musée du Louvre.
Vous décidez d'un endroit où vous rendre (lorsque c'est autorisé) à partir d'une carte. Pour simuler votre trajet, vous faites tourner une "boussole" (en fait le verso du disque de combat). Suivant le résultat obtenu, vous vous rendez sur une case particulière qui vous apprendra si la route a été tranquille ou si vous avez fait une mauvaise rencontre.

Nous avons bien entendu testé tout cela. Si l'on peut émettre une restriction, elle viendra certainement de la grande linéarité de l'aventure. La plupart du temps, ce sont des semblants de choix qui sont proposés. Ainsi, il faudra essentiellement décider de l'ordre des actions plus que d'actions réellement différentes. En général, tout se visite à fond, sauf dans des cas particuliers où l'on vous interdit artificiellement de revenir en arrière (en vous disant par exemple que vous n'avez plus le temps de fouiller la deuxième caisse d'une pièce).
Il y aura quelques différences mineures si vous recommencez avec l'autre personnage disponible et effectuez d'autres choix, mais il sera sans doute difficile de prolonger le plaisir au-delà de deux essais.
Ceci dit, on s'amuse vraiment !


Les dessins, très cartoony, sont sympathiques, les ennemis et rencontres variés (mort-vivant, gendarme, fantôme, rat, clochard, personnages de conte, espion...) et les énigmes nombreuses. Il vous faudra par exemple sortir d'un labyrinthe, trouver la réponse d'une charade ou faire des choix qui influenceront votre karma. Tout cela est plutôt jouissif, on est content de trouver une réponse et d'avancer (petit bémol concernant une épreuve qui s'apparente à du sudoku, truc quand même bien chiant, m'enfin, personne n'a dit que la fonction d'apprenti technomage ne comportait que des moments de liesse).

Enfin, le support BD est exploité avec intelligence. Il ne s'agit pas seulement à chaque fois de choix proposés par l'intermédiaire d'un texte ("si vous faites ça, allez en 225, sinon, allez en 27"), au contraire, les possibles interactions sont implantées dans les cases, sous forme de chiffres bruts. Lorsqu'il s'agit d'un hall ou d'un carrefour avec différents chemins, c'est pratique sans apporter grand-chose, par contre, lorsqu'il s'agit de pièces encombrées ou de foules, certains numéros sont volontairement "discrets" (gris clair sur gris foncé, rose sur rouge). Ainsi, il faut vraiment bien "explorer" les lieux pour être certain de ne pas passer à côté d'un renseignement ou d'un objet.

Techniquement, la BD se présente sous hardcover, possède un papier de bonne qualité et l'ensemble semble apparemment bien solide (les incessants va-et-vient mettent le livre à rude épreuve). Il y a en tout 415 cases différentes, qui permettent de couvrir toute l'aventure (soit une moyenne de 50 cases par lieux, un peu plus puisque le dernier est en fait "l'arrivée").
Reste le prix, 19 euros, ce n'est pas donné, surtout pour un livre à "usage unique" (ou double usage à la rigueur). L'ensemble de la quête devrait vous prendre moins de trois ou quatre heures.
Il faut vraiment aimer ce genre d'amalgame entre jeu et lecture, mais pour les nostalgiques ou les curieux, c'est un régal d'avoir l'impression d'être aux commandes. Même si les choix sont souvent de l'esbroufe, la magie fonctionne.

Carrément conseillé.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Fun.
  • Système de jeu simple et efficace.
  • Possibilité d'imprimer les fiches pour ceux qui ne veulent pas dégrader la BD.
  • Des lieux et personnages bien choisis.
  • Très bonne utilisation du support BD, notamment dans les phases "d'exploration".

  • Les "choix" sont cependant souvent en réalité un voile qui cache une grande linéarité  .
  • Certaines énigmes, beaucoup trop faciles. 
Marvel Knights : Angel
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Retour sur la mini-série Marvel Knights consacrée à Angel. Une vision très christique du fameux mutant à plumes.

Warren Worthington, troisième du nom, est un élève brillant, un athlète accompli, il est populaire, riche, bref tout va pour le mieux à Saint Joseph, l'établissement huppé qu'il fréquente. Pourtant depuis quelque temps, Warren n'est plus tout à fait le même. Il maigrit sans raison, ses performances sportives s'améliorent de manière exceptionnelle et, surtout, deux énormes hématomes s'étendent sur son dos.
Pendant que Warren cherche à dissimuler son état, son meilleur ami vit des moments difficiles. Non seulement Andrew est la cible d'un groupe d'élèves qui vont en faire leur souffre-douleur, mais le Père Reynolds va également s'intéresser de près à lui. Et le moins que l'on puisse dire est que ses intentions ne sont pas très catholiques...
Pendant que la tension monte dans l'école, un tueur s'approche. Il a juré d'éliminer ces monstres qui, un peu partout, se mettent à accomplir des miracles. Car seul Dieu est digne de posséder ce genre de pouvoirs. Mais entre cet étrange serviteur du Seigneur et les innocents qu'il menace, bientôt se dressera un Ange.

Très bonne surprise que cette série publiée en 2009 par Panini dans sa collection Marvel Graphic Novel. Le scénario tout d'abord, de Roberto Aguirre-Sacasa (Secret Invasion : Fantastic Four, Sensationnal Spider-Man, Young Avengers, The Stand), est une indiscutable réussite. Les débuts du X-Men qui sera plus tard connu sous le nom d'Angel sont fort bien décrits, que ce soit l'angoissante découverte de sa mutation ou encore l'ambiance générale du lycée. Mais surtout, au lieu de verser dans une histoire super-héroïque classique, l'auteur va explorer le côté symbolique de ce personnage si particulier.


Tout tourne autour de la religion ou de ses représentants, que ce soit un prêtre pédophile, un illuminé convaincu d'avoir à accomplir une mission divine ou même Warren lui-même qui va apparaître sous les traits de Michel, l'archange vengeur. Même les premiers contacts télépathiques du professeur Xavier raisonneront comme la voix du Tout-Puissant dans la tête du jeune Worthington.
Une manière habile de nous rejouer la partition des origines tout en ne déplumant pas le mythe mais en y ajoutant, au contraire, un peu de mysticisme.

Du côté de l'aspect graphique, après un possible temps d'adaptation, l'on se prend à tomber sous le charme des dessins de Adam Pollina. L'artiste utilise des personnages aux corps longs et effilés, de la même manière il va se servir de la démesure en exagérant les flèches des bâtiments qui s'élèvent agressivement vers le ciel ou encore en transformant une simple écharpe en mouvement presque infini qui enveloppe son possesseur.

Tout cela est finalement original et très esthétique, d'autant que la colorisation de Matt Hollingsworth est un modèle du genre et permet de diversifier les ambiances, de la clarté bleutée d'une chapelle à l'atmosphère moite et étouffante des couloirs en passant par un crépuscule rougeoyant ou encore la lumière crue des premières neiges.
Les covers, également presque toutes signées Pollina, sont plutôt jolies aussi. Malheureusement, Panini a choisi la plus fade (celle de Aja) pour illustrer l'ouvrage. Sans doute parce que c'est celle où Angel est le plus facilement identifiable, enfin bon, en même temps c'est écrit "Angel" en gros, ainsi que "Marvel" partout, on se doute bien que l'on n'achète pas la bible...

Une histoire solide mélangeant plusieurs intrigues - de la plus banale à la plus dramatique - et mise en images d'une manière atypique et expressive.
Très vivement conseillée.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une thématique parfaitement exploitée.
  • De très belles planches.
  • Une écriture efficace.
  • Une approche nouvelle et intéressante du personnage.

  • Le style graphique particulier peut éventuellement gêner.
Avengers : effondrement & renaissance
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Retour sur la période mouvementée qui a donné lieu à la dissolution des Avengers et à la naissance des New Avengers.

Disassembled !
Nous allons nous concentrer essentiellement sur les premiers arcs de la série New Avengers, écrite par Brian Michael Bendis (cf. notre dossier à son sujet), et notamment sur les Deluxe édités à l'époque par Panini.
L'introduction de ce long run, intitulée Chaos, est consacrée à la séparation des Vengeurs "ancienne version". Tout commence lorsque Jack Hart, alias le Valet de Cœur, semble revenu d'entre les morts pour exploser au beau milieu du manoir des Vengeurs, tuant Scott Lang dans la foulée. Et ce n'est malheureusement que le début des ennuis, pour ne pas dire le début du désastre.
Tony Stark (Iron Man), alors encore ministre de la défense, fait un discours devant l'ONU avant de subitement perdre tout contrôle et de menacer le représentant de la Latvérie. Pendant ce temps-là, les Vengeurs doivent faire face au retour d'Ultron, à ce qui semble être une invasion Kree et à une She-Hulk qui pète les plombs.
La situation empire tandis que les morts se succèdent...

Une fin mythique
Il fallait quelque chose de fort pour justifier la séparation des Vengeurs et obtenir une transition valable avec la nouvelle série leur étant dédiée, l'arc Disassembled s'acquitte parfaitement de ces tâches a priori difficiles.
Tout semble aller de plus en plus mal sans que rien ni personne n'y puisse rien. Lorsque finalement, les réponses arrivent, elles sont douloureuses et signent la fin d'une épopée. À cette occasion, dans une ultime réunion, les membres restants évoqueront d'ailleurs avec nostalgie les grands moments qui les ont marqués, avant d'être, une dernière fois, acclamés par une foule venue leur dire sa reconnaissance, voire son amour.
On ne peut qu'être touché finalement par cette fin pathétique et le souvenir mélancolique des absents, tombés pour un idéal qui s'écroule devant les yeux du lecteur.


Nouveau départ
Le premier évènement de New Avengers est de taille puisque la série commence par une évasion massive du Raft, le quartier de haute sécurité de Ryker's Island. Nous assistons alors à une mêlée générale impressionnante, une poignée de héros affrontant à cette occasion les pires super-criminels de la pourtant vaste galerie de l'univers Marvel.
Ainsi, presque par la force des choses, une nouvelle équipe naît. Captain America et Iron Man en forment le noyau "historique", Wolverine et Spider-Man font figure de "vedettes" ratissant large (au niveau des lecteurs, pas du public de l'univers 616) et le groupe est complété par deux outsiders : Spider-Woman et Luke Cage. On rajoutera même un nouveau et surpuissant personnage à l'ensemble avec l'arrivée de Sentry (cf. cette Parenthèse de Virgul à son sujet).
Vu le nombre de séries dans lesquelles ils jouent un rôle central, les choix de Wolvie et du Tisseur pouvaient paraître étranges (on se doute bien que rien de révolutionnaire ne peut leur arriver sans nécessiter une coordination énorme, donc rare). Pourtant, même si le nouveau groupe semblait être un assemblage hétéroclite, il n'a pas si mal fonctionné et a engendré des conséquences non négligeables sur la vie de certains (Spidey se rapprochant de Stark et emménageant chez les Vengeurs par exemple, ce qui sera important pour le début de Civil War).
On comprend mieux par contre la présence d'autres héros, chers à Bendis, et revenus sur le devant de la scène depuis : Luke Cage ou encore Jessica Drew dont les origines ont été réécrites par Bendis en personne (cf. le Marvel Icons Hors Série #6 pour la VF).

Le cas Sentry et le début des ennuis
Les Vengeurs sont à peine reformés que, déjà, ils sont confrontés à une étrange énigme du nom de Sentry. Bien qu'il semble bien intentionné, l'homme est extrêmement puissant et donc potentiellement dangereux. Il semblerait qu'il ait été un héros particulièrement populaire mais tout le monde l'a oublié. Que peut donc cacher le passé de Robert Reynolds ?
Avant que les New Avengers ne se présentent aux médias, il va également leur falloir faire une petite virée au Japon où ils poursuivent le Silver Samurai. Il faudra aussi y voir plus clair dans le rôle, trouble, que tient Jessica Drew. La jeune femme roulerait-elle pour l'ennemi ?
Pour le meilleur ou le pire, ces gens se sont unis. Certains ont été malmenés par la presse, d'autres ont même fait de la prison, ils sont pourtant... les plus puissants héros de notre époque.


Emma Frost : psi & psy
Le deuxième Deluxe comprend les arcs The Sentry, Ronin et les épisodes Secrets and lies et Spin, tous précédemment publiés dans le mensuel Marvel Icons.
L'on s'intéresse ici au passé de Sentry, Emma Frost en personne venant jouer les psy (et psi) de service pour faire le tri dans le subconscient du héros. On a droit, à cette occasion, à quelques bonnes idées scénaristiques et narratives, comme la projection, sur un étrange mur mental, des souvenirs de Reynolds (cf. l'illustration ci-contre) ou encore le fait d'inclure les comics de Jenkins (vrai "pôpa" de Sentry) dans l'histoire.
La suite permet de découvrir qui se cache sous l'identité du mystérieux Ronin, bon, depuis le temps, ce n'est plus un spoiler si l'on vous dit qu'il s'agit de Echo (cf. cet arc magnifique de David Mack).
On compte également dans ces récits quelques guests comme Daredevil et la plantureuse Ms. Marvel.

Dessins & Bonus
Niveau dessin, Marvel a fait appel à Steve McNiven, David Finch et Frank Cho. Beaucoup d'encreurs et de coloristes également, dont le tandem Danny Miki et Frank D'Armata, à la complémentarité et au talent évidents.
Visuellement donc, c'est propre, net, précis, souvent très beau et l'on a même quelques planches "old school" pour illustrer le passé de Sentry. Quant à Cho, il a fallu sans doute que les responsables éditoriaux usent de toute leur science de la persuasion pour qu'il accepte de conserver un bonnet raisonnable pour les poitrines de Jessica et Carol. Et le raisonnable selon Cho est déjà bien volumineux.

Passons maintenant à un aspect moins réjouissant, le contenu éditorial. Selon Panini (qui sur ce numéro vante de nouveau les fameux ajouts en tout genre), un Deluxe est une édition "prestigieuse agrémentée de bonus nombreux et variés". Eh bien sachez que, si l'on en croit ce que l'on peut constater sur ce volume, des bonus "nombreux et variés" se résument en fait aux seules covers originales. Et là, tout comme avec l'édition Deluxe de House of M, difficile de prétexter un manque de place puisque l'ouvrage ne contient que... neuf épisodes (au lieu des douze habituels). Voilà qui nous donne un livre plutôt maigrichon alors que le prix, lui, reste inchangé. Le terme "Deluxe" semble, du coup, bien optimiste, même s'il est vrai que le TPB a toujours plus de gueule que les éditions kiosque.
Un travail de qualité de la part de Marvel, exploité de manière assez maladroite par l'éditeur français, le nombre restreint d'épisodes et l'absence de bonus ne permettant guère de justifier le prix élevé.


En conclusion
Brian Michael Bendis livre une histoire dont il a le secret, de celles que l'on est obligé de lire d'une traite tant les dialogues, le rythme, la narration et les interactions entre les personnages sont réussis. L'aspect graphique est lui aussi particulièrement soigné, avec de belles planches réservant des scènes d'anthologie. Certaines doubles pages sont d'ailleurs clairement magnifiques. Notons également l'humour, souvent présent et bien amené (cf. les scènes #6, #18 ou #67 de notre Bêtisier Marvel). L'émotion est également au rendez-vous, comme lorsque les Vengeurs s'offrent un petit bain de foule en guise d'adieu, ou quand ils portent un toast, les uns après les autres, en se remémorant les noms de leurs frères d'armes tombés au combat.

L'achat n'est pas indispensable si vous avez déjà lu les histoires dont il est question ici. Par contre, si vous êtes du genre à simplement piocher de temps en temps dans les librairies, n'hésitez pas, cette période (disponible à bas prix en VO, cf. cet article) est clairement une réussite. Bien entendu, comme souvent, plus l'on sera familier avec l'univers Marvel et les nombreux personnages qui forment ou sont proches des Vengeurs, plus l'on sera sensible aux évènements qui les touchent. Néanmoins, même si vous n'avez aucune idée de qui peuvent bien être Hank Pym ou Wanda Maximoff, cette époque des Avengers peut être une excellente introduction aux évènements qui l'ont suivie, notamment House of M qui est une conséquence directe de ce qui est relaté ici.
Une très bonne série en tout cas.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un Bendis franchement inspiré.
  • De superbes planches.
  • Une période historique et passionnante.
  • Un mélange bien dosé d'action, d'humour et d'émotion.
  • Un casting équilibré.

  • Les bonus annoncés par Panini sont absents des éditions Deluxe.
Marvel Epic Collection
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Gros plan sur la mythique Marvel Epic Collection.

Comme vous avez pu le constater, il nous arrive parfois de présenter des comics en version originale, souvent lorsqu'ils ne sont pas disponibles en français. Dans les mois qui viennent, nous allons aborder une série d'ouvrages particuliers, que nous chroniquerons de temps à autre, tome par tome, mais il nous a semblé intéressant de commencer par un article plus général, présentant la collection dans son ensemble ainsi que ses particularités.

Il s'agit donc de la collection Marvel Epic, qui s'impose sans conteste comme le format de référence en ce qui concerne le rapport qualité/prix. Bon, forcément, il faut être anglophone pour en profiter (car cette gamme n'est pas dispo en français), mais si lire en anglais ne vous pose pas de problème, c'est vraiment l'idéal pour se constituer une belle bibliothèque.
Alors, pourquoi diable affirmer que ce format est meilleur qu'un autre ? Eh bien, nous allons voir ça en détail.

Il existe d'autres collections dites "économiques" en anglais, notamment les Marvel Essential. Ces derniers présentaient toutefois deux défauts majeurs : ils étaient tous en noir & blanc, et imprimés sur du papier de mauvaise qualité (type papier journal). Les Marvel Epic, tout en conservant l'aspect épais et peu onéreux, sont en couleurs et bénéficient d'un papier de bonne facture. Au niveau de l'aspect général, ça en jette tout de même un peu plus.
Autre avantage, les Epic contiennent du matériel additionnel assez fourni, alors que les Essential ne proposaient aucun bonus.
Si l'on compare ces comics avec les Omnibus par exemple, outre le prix très élevés de ceux-ci, il faut souligner qu'ils n'ont jamais été très pratiques à manipuler. Les Epic, plus légers et pourvus de couvertures souples, sont bien plus optimisés pour la lecture, ce qui est quand même pas mal pour un livre.

D'un point de vue pratique, chaque ouvrage contient entre 400 et 500 pages environ, pour des prix allant de 23 à 36 euros, suivant les tomes (ça reste quand même une somme, mais les sorties sont très espacées). Les publications ne sortent pas dans l'ordre chronologique (le tome 17 d'une série peut sortir avant le tome 2) afin d'offrir rapidement aux lecteurs un grand choix d'époques et de styles. Toutes les grandes figures Marvel sont concernées : Spider-Man, Wolverine, les Avengers, Iron Man, Thor, Daredevil, Hulk, Captain America, Doctor Strange, les Fantastic Four, les X-Men, le Punisher, l'on trouve même des séries moins populaires, comme Excalibur, Ms. Marvel, les Defenders ou encore Moon Knight.
Bref, il y a de quoi faire.


La présentation est également soignée, avec un sommaire détaillé listant les titres et numéros des épisodes, l'année, les auteurs, etc. Il arrive souvent qu'un récit, publié dans une série principale, soit accompagné par des annuals et des one-shots thématiquement liés. En général, tout cela est très bien choisi. Chaque épisode est bien entendu introduit par sa couverture originale.
Niveau bonus, l'on retrouve des infos en tout genre, sur les personnages, leurs repaires, leurs pouvoirs, leurs ennemis, etc. Mais aussi des crayonnés, des illustrations, des arbres généalogiques, des récits parodiques (une rencontre humoristique entre Spidey et un drôle de Batman par exemple), des infos sur les auteurs, etc. Tout cela est particulièrement intéressant.
Même la gestion des couleurs est bien foutue, avec pourtant une colorisation parfois criarde à certaines époques, mais un choix de papier, non glacé, qui atténue le côté flashy, ce qui rend les splash pages et les poses savamment étudiées encore plus impressionnantes et agréables à regarder.

Enfin, avantage énorme cette fois sur les collections VF (de type Intégrale) : vous échapperez aux traductions infectes et illisibles proposées par Panini. Cet éditeur a trouvé le moyen de saloper la plupart de ses collections "historiques" avec un texte non seulement blindé de fautes mais également non-adapté au contexte (voir encadré plus bas). Aussi, pour aborder les séries Marvel de la meilleure manière, rien ne vaut le texte original, non trituré par des incapables et des sagouins.
Même au niveau esthétique, la collection Epic s'en sort honorablement : un code couleur pour chaque série, petite illustration thématique sur la tranche, belles covers... on est loin de l'immonde jaquette orange des Intégrales Panini (avec une hardcover vierge en dessous !).

Les Marvel Epic disposent, pour certains personnages au moins, de pas mal de tomes. Si l'on prend le Tisseur, 10 volumes sont déjà disponibles (les tomes 1, 2, 3, 7, 15, 17, 18, 20, 21 et 22). Ceux-ci regroupent des sagas et/ou moments forts tels que la dernière chasse de Kraven (Kraven's Last Hunt, cet ouvrage contenant d'ailleurs également le mariage de Peter et Mary Jane), les premiers pas de Peter Parker (Great Power, avec un max de bonus vintage), l'apparition de Venom (Venom), la mort de Gwen Stacy (The Goblin's Last Stand) ou encore l'un des combats du Monte-en-l'air contre les Sinister Six (Return of the Sinister Six).
Il faut noter qu'il existe également deux autres collections similaires, Complete Collection et Complete Epic, qui elles ne sont pas basées sur une chronologie mais des runs (les X-Factor de Peter David, les New Avengers de Bendis...), des sagas (Onslaugt, la Saga du Clone...) ou encore des séries complètes (Runaways, Spider-Man loves Mary Jane...). Là encore, le rapport volume/prix est plus qu'intéressant. Par exemple, le premier tome de New Avengers, qui fait plus de 500 pages, est à 26,50 euros, le premier tome des Runaways, qui fait environ 450 pages, est à 25 euros, etc. La présentation et la qualité sont identiques (cover souple, papier de qualité).

Bref, à moins de ne pas comprendre un mot d'anglais, voilà les collections (sans censure ou texte hasardeux) à posséder absolument. Le soin général apporté aux ouvrages, la qualité du matériel proposé et leur prix mesuré en font le format idéal pour les collectionneurs.
Nous vous donnons rendez-vous dans quelque temps pour la chronique complète du premier comic issu de cette gamme !




Le désastre Panini

Lorsque nous affirmons que les textes, notamment des Intégrales publiées par Panini, sont illisibles, personne n'est évidemment forcé de nous croire sur parole. Nous avions déjà, à plusieurs reprises, mis en avant divers exemples sur l'ancienne version de UMAC.
En voici quelques-uns de compilés, avec bien entendu à chaque fois les références des ouvrages.

Précisons que si le nom d'une traductrice, Geneviève Coulomb, revient souvent, ce n'est absolument pas elle qui est en cause en premier lieu, mais bien les responsables de Panini qui valident des textes cradingues qu'ils ne prennent même pas la peine de faire relire.

Deux types de problèmes se posent donc.
Le premier, ce sont les fautes pures et simples. Les exemples ne manquent pas. Ainsi, dans l'Intégrale Spider-Man 1980, l'on peut trouver ceci :
- le Punisher m'a tiré à balles anesthésiantes
- il faut que je le fasse parler... de façon ou d'autre
- je ne meurs pas si pour si peu
- que dal
- la vielle (pour "vieille")
- s'enlève (à la place de "s'élève")...

Dans l'Intégrale 1982, l'on peut noter :
- il et bien décidé
- ceci est autre histoire
mais aussi des textes impropres, comme un dialogue faussement reporté dans le descriptif de la case suivante (voir ci-dessous). On passe sur toutes les nombreuses erreurs de ponctuation et d'accord, ou sur la confusion entre futur et conditionnel...


L'on trouve des choses étonnantes aussi dans les X-Men, notamment dans la saga du Phénix Noir, où Coulomb est encore à la manœuvre :
- que ça arrête !
- vous êtes eux ?
- elle a fait tout cela comme en se jouant
- j'ai assumé ma forme d'acier organique...

Tout cela n'est pas limité aux Intégrales, dans le X-Men Extra #79, l'on pouvait trouver diverses conneries qui finissent par revêtir un aspect comique :
- on voit pourquoi tu étais copain de l'autre (ah que c'est joliment dit !)
- on essaie, mais on est eus à chaque tournant
- je tiens à te surveiller au doigt et à l'œil
- il est mort à bout d'usure
- elle peut pas faire de vitesse (en parlant de quelqu'un qui ne peut se déplacer rapidement)
- le complexe souterrain en sous-sol de l'école (par opposition aux souterrains que l'on construit hors-sol sans doute)

Parfois, la traduction donne exactement l'inverse de ce qui est dit dans la version originale. Ainsi, dans la saga du Phénix Noir, un "except that all our foes can fly" (tous nos ennemis peuvent voler) devient "sauf que l'ennemi n'a pas de personnel volant". Un contre-sens d'autant plus évident que dès la case suivante, le personnage évoque les ennemis qui volent ! Et puis, bon sang, qu'est-ce que c'est que ce choix de vocabulaire débile ? Le "personnel volant" ? On parle de la Garde Impériale shi'ar, pas du personnel d'un airbus !

Et bien entendu, Coulomb détient aussi la palme de la bourde historique, grâce à sa magnifique adaptation du X-Men Extra #58, dans laquelle elle a traduit le mondialement connu 9/11 par... 9 novembre. En plus, le 11 septembre était cité après deux autres évènements historiques très connus (les premiers pas sur la Lune et l'assassinat de JFK), preuve que, vraiment, certains traducteurs se foutent complètement de ce qu'ils lisent, car si une erreur peut toujours survenir, une date lambda au milieu de faits mondialement connus aurait dû logiquement allumer tous les gyrophares mentaux de la traductrice.

Donc, là, je crois que l'on a vu la "qualité" du texte (basé sur très peu d'exemples en comparaison de la masse d'inepties que contiennent ces ouvrages), passons maintenant au deuxième problème récurrent avec (surtout) les Intégrales : le style (on retrouve les mêmes expressions dans des Deadpool ou X-Men).
Allez savoir pourquoi, Geneviève Coulomb a opté pour une sorte de jargon issu du milieu interlope parisien des années 40/50. On a perpétuellement l'impression d'assister à un dialogue entre Jean Gabin et Edith Piaf. Pour des récits se déroulant à New York dans les années 80, 90 ou 2000, c'est quand même très étrange.
Exemples :
- le môme Parker
- la môme Pryde
- les gonzes
- tu mords le topo
- mon rigolo (en parlant d'un flingue !! mais bordel, qui appelle un flingue un "rigolo" ??)
- le schnick
- foutraque
- calter
- on va se ratatiner un cogne
- tu te cailles le raisin
- rachtèque
- arsouille
- je suis allé piquer l'artiche (c'est un portefeuille)
- je galéjais pas
- pour le bitos (le bonnet)
- lui faire rendre tripes et kapok !
- tu te retrouveras à bavocher dans un fauteuil…
- … version épouvante et sans matafs !
- bath journée !
- désolé d’avoir bousillé ton carbi
- il se monte en mayonnaise à propos de cette louloute
- et alors tintin pour le biturer
- je me taille un cendrier dans ton caberlot
- dégoise, pitre !
- il serait badour en caleçon
- t’as plus qu’à t’esbigner
- tu plafonnes du neutron
- ça en jetterait un jus !
- les nabus de fouilly-les-oies
- le gars a dû mettre les adjas
- monsieur belvédère me patafiole
- chmilbliz (qui doit être vaguement inspiré du célèbre schmilblick)
Là encore, on passe sur les "crotte", "connard" et autres "ducon la joie" qui passent assez mal dans la bouche de Peter Parker...

Le pire, c'est que bien des années auparavant, les mêmes épisodes avaient été adaptés proprement, sans cet espèce d'argot de l'après-guerre, dans les Strange et autres Nova (revues qui étaient malheureusement censurées au niveau des dessins). Parfois, on se demande même si la traductrice bosse sous acide ou si elle ne fait pas exprès de saccager les textes. Ainsi, un ancien et très correct "Attention, voici venir votre ami l'Araignée !" se transforme en "Spider-Man en piste ! Glaglatez Navarrais, Maures et Castillans...!"
Wow, ça c'est du free style, hein ?
Ou encore un très sobre "Je le vaincrai ! Coûte que coûte !" qui devient "Il va s'en mordre les doigts ! Je le choperai coûte que coûte... lui mettrai la tatouille du siècle !"
Et oui, la célèbre "tatouille" arachnéenne...

Voyons un autre exemple avec un extrait tiré de la série Uncanny X-Men. Sur l'image ci-dessous, vous pouvez voir la version originale à gauche, aisément compréhensible, et la traduction de Coulomb, validée par Panini. "Vous z'ici, je vous croyais z'aux z'eaux" ?? Mais, qu'est-ce que ça veut dire ? Et pourquoi tous ces "z" devant les mots ? C'est du pur délire, qui ne tient compte ni du texte original, ni du contexte, ni même des règles de français. Il n'y a que chez Panini que de telles âneries peuvent passer...


Autrement dit, il vaudrait mieux que vous vous mettiez sérieusement à l'anglais si vous avez des lacunes. C'est sans doute d'ailleurs la plus grande qualité de Panini : l'éditeur et son impéritie auront plus fait pour l'apprentissage de la langue de Shakespeare que tous les profs d'anglais de ces cinquante dernières années, collèges et lycées compris.

La Parenthèse de Virgul #20
Par

Hello les Matous ! Si je vous dis "mutant avec des griffes", normalement, vous devriez penser à l'ami Wolvie. Eh bien, ce n'est pas le sujet aujourd'hui, car nous allons parler de son clone féminin.
Miaw !

Programmée pour Tuer
Wolverine a inspiré pas mal de savants quelque peu tarés. Certains ont même essayé de le cloner, une pratique assez courante dans l'univers Marvel (demandez donc à ce pauvre Spidey, cf. La Saga du Clone). Suite à diverses difficultés techniques, une équipe de scientifiques travaillant sur le projet Arme X en vient un jour à concevoir un sujet féminin. Pour eux, cette jeune fille n'est pas un être humain, juste une arme affublée d'un nom de code : X-23. Rien ne doit l'humaniser ou la rendre fragile, elle doit être conditionnée pour tuer, afin que l'on puisse monnayer ses services. Malgré tout, quelques personnes, fort heureusement, vont passer outre ces odieuses consignes.

Les débuts de la jeune Laura Kinney sont donc plutôt violents et tragiques. C'est dans le mensuel Wolverine que les origines de Laura sont dévoilées en 2006, dans un arc particulièrement émouvant. La mutante apparait également dans la mini-série NYX de Joe Quesada et Joshua Middleton, série qui donnera lieu en France à deux publications au format Graphic Novel. Un écrin de luxe pour un récit sombre, âpre, mais au style graphique tout en pastel et douceur. Cela crée un violent décalage entre le fond de cette histoire, à base de sanglants combats, prostitution et suicide, et sa forme, esthétique et délicate.

Après bien des péripéties, Laura finira par rejoindre l'institut Xavier. Une arrivée mouvementée qui ne sera pas du goût de certains élèves. Tout cela est conté dans l'arc Target X, publié dans la collection 100% Marvel.
En 2009, Laura a droit à un Marvel Deluxe lui étant consacré. L'ouvrage reprend l'arc X-23 : Innocence Lost (précédemment publié en kiosque) et les deux volumes de NYX.
Elle rejoindra ensuite le groupe X-Force (qui se charge des interventions violentes que les X-Men ne souhaitent pas mener) à la demande de Cyclope (cf. le numéro #44 de la revue Astonishing X-Men publiée par Panini). Elle fait alors équipe avec Wolverine, Warpath et Wolfsbane (Félina en VF). Plus tard, X-23 reprendra même un temps l'identité et le costume de Wolverine lors de la disparition temporaire de ce dernier (elle assure d'ailleurs également la relève au cinéma, cf. cet article).

Niveau pouvoirs, Laura dispose d'un facteur régénérateur, comme Logan. La version féminine de Wolverine n'a pas trois griffes au niveau des mains mais seulement deux, la troisième étant, elle, située aux pieds. Si ces griffes sont  bien recouvertes d'adamantium, le reste de son squelette est, lui, tout à fait normal. Experte en arts martiaux et dans le maniement des armes, elle a été conditionnée, dès son plus jeune âge, pour réagir à différentes odeurs, ce qui l'a longtemps rendue extrêmement dangereuse, même pour ses proches.

Le parcours de cette petite fille est des plus étonnants. Elle n'a pas eu d'enfance véritable, a tué dès son plus jeune âge, est tombée sous la coupe d'un mac... elle a même endossé le rôle de Captain Universe. Mais elle a tenu bon et a vaincu ses démons. D'abord grâce à son senseï et sa mère (qui prend conscience un peu tardivement de ce qu'elle fait subir à son enfant), puis grâce aux rencontres qu'elle fera à l'institut Xavier, Wolverine en tête.
Et même si elle ne se coulera jamais dans le moule, parce qu'elle reste autant une tueuse qu'une enfant martyre, Laura s'est forgée ce qu'un guerrier peut avoir de plus précieux : une conscience.


Laura, portant les couleurs de X-Force...


... puis, sous le costume de Wolverine.

Chew : Détective Cannibale
Par

Retour sur les deux premiers tomes de Chew, une série originale à déguster sans retenue.

Tony Chu est un agent de la toute-puissante Food and Drug Administration, une agence fédérale ayant pris une soudaine importance depuis qu'une pandémie de grippe aviaire a décimé 116 millions de personnes à travers le monde, dont 23 millions d'américains. Depuis lors, le temps de la prohibition est revenu. À cette différence près que ce n'est pas l'alcool qui est interdit mais le poulet. Les speakeasies ne vendent plus du whisky de contrebande mais de la volaille...
Mais Chu n'est pas un agent comme les autres. Il a un don. Il est cibopathe. En langage clair, cela signifie qu'il peut tirer des informations, sous forme de flash, des aliments qu'il ingurgite. En mangeant une pomme, il peut savoir où a grandi l'arbre dont elle est issue, quels pesticides ont été utilisés pour la protéger et quand elle a été cueillie. Rien de bien agréable en somme puisqu'un steak va ainsi lui montrer la manière dont est mort l'animal dont il est tiré.
Dans sa quête de vérité, Chu va être amené à goûter à bien des plats. Pas toujours des plus ragoûtants.
Mais c'est en sacrifiant son estomac qu'il trouvera la paix de l'esprit.

Eh bien voilà une série qui sort des sentiers battus ! Comme vous l'aurez compris, la nourriture y tient une place importante. Non seulement à cause des pouvoirs du héros et du récit ayant pour cadre une grave crise alimentaire (toujours d'actualité puisque qu'entre la grippe aviaire, la tremblante du mouton et la vache folle, on ne pourra bientôt plus bouffer que des hérissons et des carottes), mais également au travers de nombreux autres détails : le frère de Tony anime une émission de cuisine sur le câble, la fille dont il est amoureux est critique gastronomique, etc. Et pour ceux qui ont l'estomac solide, vous aurez même droit à du café à base de crachat et un Big Mac avec une grosse surprise à l'intérieur.

Bien entendu, John Layman (Marvel Zombies : Army of Darkness, House of M : Fantastic Four), scénariste et lettreur, ne nous parle pas que de recettes et autres sandwiches. Une intrigue policière, plus complexe qu'il n'y paraît, est peu à peu mise en place dans le premier volume, qui se termine d'ailleurs sur une scène spectaculaire et quelques révélations qui donnent envie de connaître la suite.
C'est Rob Guillory qui est en charge de l'aspect graphique. Il signe dessins et colorisation. Le style est agréable et cartoony, l'aspect gentillet tranche franchement avec le côté légèrement gore de certaines scènes et permet sans doute de mieux les faire passer. On est en tout cas tout de suite séduit par cette ambiance visuelle pleine de charme. On notera quelques petites trouvailles difficilement transposables en français, notamment une pancarte d'un fast food qui était censée annoncer "come dine with us" et dont le "n" est tombé (ce qui donne du coup, pour les plus réfractaires à l'anglais, "venez mourir avec nous"). Il y a donc de petites touches très acides dans ces dessins en apparence si doux.


En ce qui concerne le second tome, intitulé Un Goût de Paradis, l'aspect graphique est toujours aussi agréable, avec des poses et silhouettes exagérées qui renforcent l'aspect humoristique. Au niveau de l'intrigue par contre, impossible de cacher une petite déception. Pourtant, tout commence on ne peut mieux avec le retour de l'équipier de Chu, ce qui donne lieu à quelques moments amusants, bien mis en valeur par une narration nerveuse et efficace. Malheureusement très vite (dès l'arrivée sur l'île en gros), le soufflé va retomber. Tout se complique sérieusement en partant un peu dans tous les sens : un poulet enlevé, des chefs du monde entier séquestrés par un gouverneur mégalo, l'intervention rapide de Lin Sae Woo, puis d'un vampire, bref, l'auteur fait dans le joyeusement embrouillé. Cela ne poserait sans doute pas de problème si le côté transgressif et drôle du premier opus n'était ici bien moins présent. L'on reste d'ailleurs un peu sur sa faim avec un tas de pistes, voire de personnages, qui demeurent embryonnaires. L'on ne sait pas grand-chose de plus sur le gallsaberry, la fille du Département de l'Agriculture fait un passage éclair, même la tendance de Colby à flirter avec les frontières de la légalité (ce qui est un euphémisme) n'est finalement que fort peu exploitée.

Attention, ne nous méprenons pas, la lecture de ce tome reste agréable et l'on y trouve de bonnes choses et même des moments sacrément étonnants (concernant le patron de Chu par exemple). Seulement voilà, après un début exceptionnel, cet arc apparaît finalement comme plus anecdotique, avec une baisse de régime qui, il faut le souhaiter, ne sera que temporaire. Le sujet reste toutefois suffisamment original et le personnage principal attachant pour que l'on ne se formalise pas de la présentation quelque peu décevante d'un plat qui reste largement au-dessus de certaines tambouilles malodorantes. C'est malheureusement injuste mais inévitable, le simplement "bon" paraît toujours un peu triste lorsqu'il succède à l'excellent.
L'ouvrage (VF) est complété par un petit carnet de croquis (commentés) de trois pages, ainsi qu'une bio humoristique des auteurs. L'on peut déplorer l'absence d'un bref résumé des évènements précédents.

Si vous optez pour la VO, le premier volume, intitulé Taster's Choice, est en plus vendu au prix fort raisonnable de 6,99 €. Pour cinq épisodes (donc 110 planches) de qualité, l'investissement est plus que rentable. Les bonus se limitent à une page de croquis préparatoires, mais vu le coût modique, c'est déjà énorme qu'il y ait un petit quelque chose en plus.
La VF est, elle, disponible chez Delcourt (une douzaine de tomes déjà disponibles, à une quinzaine d'euros environ l'unité).

À déguster sans modération.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une idée originale, au potentiel énorme.
  • L'humour acide et déjanté.
  • La qualité et le style des dessins, qui permettent aussi de ne pas trop verser dans le scabreux.

  • Un second tome qui part un peu dans tous les sens et s'avère moins abouti que l'arc précédent, mais la série n'en demeure pas moins attractive et bien réalisée dans l'ensemble.