Hulk : Point Zéro
Par


Un arc singulier, magnifiquement orchestré par un Peter David en grande forme qui a su mieux que tout autre explorer la psyché torturée et multiple de Bruce Banner et ses alter-egos. Six épisodes, illustrés par le controversé Todd McFarlane et tirés de la série originale, qui ont été publiés en 1992 sous forme d'album par Semic.

Retour à la case départ donc avec un Hulk gris comme à ses origines (les tout premiers épisodes de 1962 scénarisés par Stan Lee), un Hulk à la personnalité adolescente, libéré de tout complexe, capable de dialoguer voire d'argumenter (et remportant un combat quasiment perdu d'avance uniquement par une puissance dialectique insoupçonnée) : une autre facette du Béhémoth qui se réveille la nuit, laissant un Bruce Banner désabusé errer pendant le jour, appuyé par deux amis fidèles dans sa quête des stocks de bombes gamma que l'armée américaine dissimule au public.

Si David a su merveilleusement bien développer les seconds rôles autour de Hulk, ce dernier demeure le point central, l'axe autour duquel tournent les intrigues. Il y a d'abord cette mission à laquelle un déserteur du S.H.I.E.L.D., Clay Quatermain, a accepté de collaborer, convaincu de l'urgence de la situation et de la vanité de son travail ; à ses côtés, l'inusable Rick Jones, celui par qui tout arriva (c'est lui que Bruce Banner sauva in extremis lors de l'explosion de la bombe qui le transforma naguère en Hulk), ex-partenaire de Captain America et de Captain Marvel, rock star putative commençant enfin à prendre de l'ampleur. Parcourant le pays en van, ils guettent le moindre indice pouvant les mener à la base secrète qu'ils veulent exposer aux yeux de tous, voire carrément faire sauter.


Mais c'est sans compter ceux qui manœuvrent dans l'ombre, dont le Leader, manipulateur hors pair, stratège fourbe et ennemi viscéral du Titan vert-devenu-gris. Disposant d'une technologie de pointe et ayant accès aux dossiers les plus confidentiels de l'armée (plusieurs officiers sont à sa botte), il pourrait fort bien se débarrasser de nos trois héros d'un revers de main. Cependant il poursuit un but précis nécessitant que Hulk se retrouvât à un endroit déterminé à un temps T, après toute une chaîne d'événements qui conduiront à l'accomplissement de sa vengeance et à l'avènement de son plan de conquête. Disposant habilement ses pions tout au long du parcours de Hulk, il le ralentira au besoin en lui envoyant quelques adversaires plus ou moins efficaces tout en prenant soin de préparer longtemps à l'avance quelques artifices tactiques, autant d'appâts devant mener Banner là où il le voudra.

Ce qui n'empêchera pas notre mastodonte préféré d'avoir à chaque épisode de quoi faire parler ses muscles, parfois sur un coup du sort : il croise la route des X-Men volant vers leur destinée - c'est l'époque où ils sont amenés à disparaître à Dallas - et ne se privera pas de l'opportunité de damer une nouvelle fois le pion de Wolverine, qu'il avait croisé longtemps auparavant, alors qu'ils étaient tous deux sur le territoire du Wendigo. Sauf qu'ici, les rôles s'inversent : Logan refuse le combat et c'est Hulk qui vient le harceler. Dans un épisode suivant, Hulk fait face à une créature grotesque qui s'en prend au bétail des fermiers du coin, un être surpuissant qui ne demande qu'un peu de tranquillité et/ou de compréhension, ce qui a le don de l'agacer au plus haut point car il retrouve en lui toutes les caractéristiques de son double vert, celui qui préférait s'isoler du monde plutôt que de l'affronter.
C'est alors que, surgissant du passé, et parfaitement mis en scène par le Leader, un quatrième membre vient se joindre à l'équipe, un membre que Banner ne peut tout simplement pas refuser... et qui précipitera son destin.

Cet album ne dispose d'aucun supplément en dehors de quelques couvertures originales et d'un résumé de quatrième de couverture heureusement assez complet pour les profanes. Il reprend les épisodes 340 à 346 de la série originale et s'achève sur une vision d'apocalypse, une fin spectaculaire qui en annonce d'autres qui seront quasiment calquées sur elle (l'épisode 440, lui aussi écrit par Peter David, se terminera quasiment de la même façon). Les graphismes de McFarlane sont évidemment particuliers, ils ont fait en leur temps couler beaucoup d'encre à l'époque où il s'était emparé des aventures de Spider-Man. Si les visages ont un côté naïf ou grimaçant assez perturbant, il faut reconnaître que l'artiste sait plutôt bien retranscrire la puissance des combats dans lesquels Hulk est engagé et son découpage dynamique confère une grande fluidité au récit ainsi qu'une brutalité assez inhabituelle : le sang, même vert, y gicle abondamment, les membres se brisent et la violence est omniprésente. On s'y fait, finalement, assez aisément.

Un album réussi, un moment crucial dans l'histoire de Hulk.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un album fondé sur un arc complet, pouvant se lire sans trop de connaissances de l'univers de Hulk.
  • Un scénario parfaitement intelligible, retors à point, avec un méchant digne de ce nom dont la perversité n'a d'égale que son ingéniosité.
  • Un Hulk moins puissant qu'à l'époque "verte" mais toujours impressionnant, avec une personnalité différente, capable enfin d'exprimer des émotions.
  • Un côté aventurier assez sympathique avec la "bande à Banner" sillonnant les routes américaines en van.
  • Un arc sombre, au finale apocalyptique, à l'ambiance fortement pessimiste, marquant une évolution notable dans le parcours de Hulk.

  • Des dessins rendant les visages souvent risibles, figés dans des mimiques grossières.
  • Un album fragile sans aucun supplément éditorial et au lettrage grossier.
Life is Strange en comics
Par


Nous vous avions présenté, en 2016, l'excellent jeu PC Life is Strange, eh bien la suite en version bande dessinée est sortie le mois dernier chez Urban Comics.

Ce premier tome (14,50 € - 112 pages), publié dans la collection Urban Games, s'intitule L'Effet Papillon et contient les quatre premiers épisodes de la série. Celle-ci est scénarisée par Emma Vieceli, les dessins sont réalisés par Claudia Leonardi.

Rappelons que Max Caulfield, le personnage principal, a le pouvoir de remonter le cours du temps et donc modifier et influencer divers événements. Avec son amie Chloé, Max enquêtait, dans ses premières aventures en jeu vidéo, sur la disparition d'une étudiante. Cette fois, les deux amies ont quitté Arcadia Bay pour commencer une nouvelle vie.

Bien que l'ouvrage dispose d'un résumé des événements, il est évidemment conseillé d'avoir terminé le jeu, à l'atmosphère si particulière, pour pleinement pouvoir s'immerger dans sa suite.

Enfin, signalons qu'Urban publiera également en septembre le Life is Strange : Welcome to Blackwell Academy, un guide (voir photo ci-dessous) contenant divers notes et croquis présentant les personnages et lieux de la série.



Podcast UMAC
Par

Salut les Matous !

Un petit mot pour vous parler d'une nouveauté qui devrait débarquer à la rentrée sur notre site : les Podcasts UMAC.

Depuis le temps que l'on y songeait, cette fois c'est bon, c'est sur les rails.
Premier enregistrement prévu en août pour une diffusion courant septembre.

Bien entendu, il s'agit d'un test. Si l'équipe estime que le contenu n'est pas "bon", ou qu'il n'est techniquement pas à la hauteur, ou que la canicule a raison des plus vieux, eh bien... ce sera repoussé à une date ultérieure.
Durée prévue : entre 50 et 100 minutes.

Deux formats sont envisagés pour le moment :

1. Le Podcast UMAC "classique" : plusieurs membres du staff abordent divers sujets liés à la Pop Culture. Pour ce premier numéro, vous pourrez retrouver (a priori) : Neault, Vance, Thomas et Gérard (alias Grizzly). Le sommaire n'est pas encore totalement fixé, donc on vous laisse la surprise.

2. Le Podcast UMAC "hors-série" (en attendant de trouver un nom plus approprié) : un seul intervenant qui aborde un sujet unique. Pour le premier numéro, c'est Neault qui s'y colle et qui évoquera le long run de Straczynski sur Amazing Spider-Man (et il me précise qu'il y a des tonnes de choses à dire).

Du coup, si vous avez des questions à poser au staff, vous pouvez le faire en écrivant à l'adresse ci-dessous, et on essayera d'y répondre. Soyez sympa avec Tryixie, essayez d'éviter le langage SMS.


Eh bien voilà, on vous donne rendez-vous à très bientôt, pour découvrir UMAC version audio.
(Vous verrez, il y en a quelques-uns qui ont des voix qui valent le détour... miaw !)

Simetierre version 2019
Par


Alors que le DVD/Blu-ray sort le mois prochain, nous revenons en détail sur cette nouvelle adaptation de Simetierre.

Simetierre, ou Pet Sematary en version originale, c'est d'abord un excellent roman de Stephen King, datant de 1985. Probablement l'un de ses meilleurs récits avec It et la saga de La Tour Sombre, l'un des plus sombres en tout cas (cf. cet article). Une première adaptation cinématographique, catastrophique, était sortie en 1989. La réalisatrice Mary Lambert avait alors totalement échoué à rendre tout le côté poignant et poisseux (nous y reviendrons) du roman, malgré un scénario de King lui-même [1]. Ne restait alors qu'un film d'horreur de série B, sans âme ni ambition.

Il a fallu attendre trois décennies pour qu'une nouvelle tentative voie le jour, avec Kevin Kölsch et Dennis Widmyer à la réalisation, d'après un scénario de Jeff Buhler. Et sans être parfait, ce remake tient bien mieux la route que son prédécesseur.
Il faut cependant tout de suite éclaircir un malentendu : Pet Sematary, le roman, n'est pas un roman d'épouvante, c'est un drame familial (à de multiples niveaux). Si l'on ne comprend pas ça, l'on ne peut alors faire une "bonne" adaptation. Et, en ce sens, celle de 2019 rate tout autant l'objectif principal si l'on s'accorde à reconnaître qu'il consiste à conserver l'esprit du récit originel (tout en trouvant le moyen de transposer l'essentiel sur grand écran).

Venez habiter à la campagne, vous verrez, il n'y a pas ce côté vrombissant des villes...

Je dois dire que pour un premier jour de taf,
j'ai connu mieux.
Mais, voyons déjà un peu le pitch. Louis Creed est un médecin qui débarque avec sa famille à Ludlow, un trou paumé en pleine campagne, dans les profondeurs d'un Maine aux forêts encore sauvages et pleines de mystère. Néanmoins, la civilisation, en tout cas la "ville", l'écrasante mécanique urbaine (thème que l'on pouvait aussi retrouver dans le magnifique Se7en), n'est pas absente puisqu'une charmante route, sur laquelle foncent régulièrement d'énormes poids-lourds, borde la propriété des Creed.
Un jour sinistre, le pauvre Church, brave matou de la famille, se fait méchamment aplatir par l'un de ces camions. Jud, le voisin des Creed, retraité sans histoires, vient alors en aide à Louis en lui suggérant d'aller enterrer le chat dans un cimetière pour animaux, tout proche. En fait, Jud va même faire plus que ça, il va dévoiler à Louis un moyen de faire revenir Church...

On ne va pas aller plus loin dans l'intrigue, disons que le retour du chat se passe mal et que la famille Creed est ensuite confrontée à un drame bien plus important. Ce qui va donner des idées à Louis, ivre de douleur et incapable de supporter la perte d'un être cher.
Dans le roman, l'aspect familial, et notamment la multiple exposition de relations dysfonctionnelles au sein des familles, est fondamental. C'est beaucoup moins le cas ici, même si le film est loin d'être inintéressant. Il réserve notamment une surprise de taille à ceux qui connaissent déjà le roman, surprise qui vient changer une scène importante tout en conservant l'intrigue intacte. C'est plutôt inattendu et bien fait, donc un très bon point. Le passé de Rachel Creed est également relativement bien évoqué, même si le personnage reste assez terne et presque "peu concerné" par les événements.

Les points négatifs sont, eux, plus nombreux. Exit la relation houleuse entre Louis et sa belle famille, et donc la scène fondamentale et déchirante lors de l'enterrement. Exit la relation patiemment construite entre Louis et Jud, leur rapport presque père/fils, et donc les mises en garde qui allaient avec. Exit même le lien, pourtant fort, qui existaient entre Louis et Rachel, cette dernière rentrant chez elle presque sur un coup de tête au lieu de sentir, peu à peu, que quelque chose de terrible se trame.
Quant au lieu en lui-même, au Wendigo et à la forêt, c'est relativement survolé et beaucoup trop peu impactant au final.

— Chéri, s’il se passait quelque chose de bizarre, tu me le dirais ?
— Heu… je… c’est-à-dire que… tu sais… on ne p… je crois qu… heu… si je pouvais d… il y a des… hmm… choses qui… ben… en fait, oui, je... heu... te le dirais.
— Ouf, tu me rassures ! Je suis trop conne dès fois, j’ai cru que tu me cachais quelque chose, ha ha ha !

Dans certaines critiques parues dans la presse, l'on peut voir notamment que le film ne fait pas "peur". Il distille tout de même une certaine ambiance stressante on va dire, mais, encore une fois, le but de ce récit, à la base, n'est pas de faire chier dans leur culotte des ados en mal de sensations fortes mais bien de bâtir un drame inéluctable, gorgé d'émotions fortes, à la portée philosophique ésentielle.
Si on veut faire flipper avec ça, surtout au cinéma, ben... c'est compliqué, parce que c'est juste un putain de chat et un mioche. On a vu pires comme menaces, surtout à l'époque de Walking Dead. Par contre, si l'on comprend qu'il s'agit de parler de l'essence même des êtres que l'on aime, de ce qui fait que l'on éprouve de l'affection pour une forme de vie, alors, ouais, ça peut commencer à vraiment mettre mal à l'aise et faire réfléchir. Le roman en tout cas y parvenait parfaitement.

Du coup, deux manières de considérer ce film. En tant que tel, coupé de sa filiation littéraire, ce qui en fait un divertissement honnête, qui ne se contente pas de "jump scares" pour titiller le spectateur. En tant qu'adaptation, ce qui en fait un tout aussi "honnête" ratage, résumant les grandes lignes de l'intrigue mais échouant à transmettre ce qu'elle était censée faire naître chez le lecteur.
Si cette histoire vous intéresse, ne faites pas de bêtise, lisez d'abord le roman. Il va vous retourner l'âme plus que le bide et vous hanter longtemps. Et puis, un jour, quand vous aurez digéré tout ça, que vous aurez envie de revenir à Ludlow, de cheminer dans ses bois maudits, ce film fera alors office d'album de souvenirs. Car c'est au final ce qu'il est : une photographie, certes animée mais bien trop plate, d'un essentiel situé ailleurs.

À tenter après avoir lu le roman, en gardant à l'esprit que la photo d'un baiser, même fougueux, ne recrée en rien sa magie.

Oh, tu t'es blessée pauvre petite fille, attends, je vais t'aider en recouvrant ta plaie de terre, ça soulagera ta douleur...
Hmm ? Ah, oui, je vis dans les années 80, sinon, je ne me serais pas approché de la gamine, pas envie de faire la une des
réseaux sociaux avec le hashtag #dénoncetonredneckserviablequiagitcommeunpédophile.


[1] King est un romancier génial mais une vraie brêle en tant que scénariste ou réalisateur. Autant il maîtrise à la perfection les effets qu'il veut amener dans une intrigue écrite, autant il passe complètement à côté lorsqu'il se retrouve derrière une caméra ou à l'écriture d'un scénario. Il suffit de voir son Maximum Overdrive, ahurissant navet qu'il a écrit et réalisé, pour constater qu'il y a un gouffre entre le King hallucinant d'aisance dans ses romans, et le King peinant à comprendre les mécanismes d'un monde animé et séquentiel qu'il ne parvient pas à dompter.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un film plutôt bien foutu, à l'ambiance flippante.
  • Un changement important et pertinent dans l'intrigue par rapport au roman.

  • Une adaptation qui passe à côté de la thématique principale et n'atteint aucunement le niveau dramatique et douloureux du roman.
  • Des aspects relationnels essentiels totalement absents. 
Chroniques des classiques : Tous à Zanzibar de John Brunner
Par

Paru en 1968, Tous à Zanzibar fit sensation. Non seulement parce qu’il décrocha sans peine le prix Hugo l’année suivante (rappelons qu'il s'agit de la plus haute distinction pour une œuvre de science-fiction avec le prix Nebula), mais aussi parce qu’il déclencha une prise de conscience auprès des auteurs de SF qui comprirent ainsi qu’il était inutile de chercher l’avenir – et les sources d’inspiration – dans les étoiles : l’anticipation, pour noire qu’elle puisse être, cynique et désespérée, est tout aussi passionnante sous ses dehors austères. À une époque où on ne parlait pas encore de "cyberpunk", John Brunner, s’appuyant sur une culture étendue, des articles prémonitoires et une vision aiguë du présent, a construit une œuvre pharaonique dont les thèmes sont loin d’être glamour. Car il perçoit dans ce XXIe siècle tout proche (et nous, on peut se targuer d’y être !) l’accomplissement des pires présages et des augures les plus funestes que sont surpopulation, multinationales, eugénisme, pollution atmosphérique et terrorisme tandis que les technologies explosent, mais dans des buts peu avouables : mass media, clonage, biotechnologie et informatique font partie du quotidien ; les programmes TV personnalisés permettent à tout un chacun de se projeter dans le monde en consommant les nombreuses drogues légales (ou non).

Contexte 12, p. 255En fait, si l’on mesure l’homme à l’aune de l’extrémisme, on est amené à conclure que l’espèce humaine elle-même n’en a plus pour très longtemps.[1]

Qu'en dit le résumé de quatrième de couverture de l'édition 1980 ? 
Au XXIe siècle, le monde surpeuplé doit faire face aux problèmes prévus dès la seconde moitié du siècle précédent. Des nations se sont alliées et l’équilibre géopolitique demeure précaire : à l’Est comme à l’Ouest, des puissances émergentes menacent l’ordre mondial, tandis que l’Afrique cherche une unité utopique sous le parrainage paternaliste des anciennes puissances coloniales. La General Technics, entreprise toute-puissante jouissant de la puissance de calcul de Shalmaneser, l’ordinateur géant, cherche à augmenter encore ses profits en misant sur l’exploitation de gigantesques gisements sous-marins ; mais il lui faut pour cela obtenir une tête de pont africaine viable. Et le Béninia, petit État indépendant, semble convenir. Norman House est chargé d’étudier le projet, tandis que son colocataire Donald Rogan, synthéticien, se voit recruter pour devenir agent secret infiltré au Yatakang, afin d’y découvrir ce que trame ce professeur qu’on dit capable de créer des surhommes. Et autour d’eux, le monde s’agite sous les actes terroristes et les agressions gratuites tandis que les programmes TV personnalisés modèlent l’opinion et que le bien le plus précieux s’avère désormais être son patrimoine génétique…

Livre univers, élaboré savamment au travers de chapitres spécifiques qui sont autant de hublots sur une dystopie complexe, multipliant les points de vue tout en insérant habilement de nombreuses citations du Lexique de la délinquescence (non non, il ne s'agit pas d'une coquille !) à l’aide de néologismes malins, Tous à Zanzibar est incontestablement difficile à appréhender. Petit à petit, on finit par trouver dans les "Continuités", "Contextes" et autres "Jalons & portraits" la mise en place d’une intrigue autour de personnages récurrents. Mais qu’on ne s’y trompe pas : les liens unissant Norman (le Noir américain, qui trahit une des préoccupations majeures de l’ouvrage – le racisme induit) et Donald (le gentil WASP affable et placide qui sera transformé, littéralement, en machine à tuer) ne sont que des à-côtés. On côtoiera des figures emblématiques telles Chad Mulligan, théoricien vaguement ethno-sociologue aux répliques acerbes et au génie désenchanté, et on suivra le parcours de ces couples cherchant à enfanter légalement, ou désireux simplement de retrouver un sens à leur vie.

Continuité 17, p. 401Nous sommes au courant de tout ce qui se passe à l’échelle de la planète, et nous n’acceptons plus que notre horizon limité circonscrive la réalité. Ce que nous retransmet la télé est bien plus réel.


Tout y passe dans cet ouvrage, même si la religion apparaît finalement comme le parent pauvre du roman : politique, sexe, science et économie occupent les pensées de chacun tandis que la connaissance régit le monde. En possédant l’ordinateur le plus puissant de la planète, la compagnie General Technics domine les débats, échafaude et extrapole plus vite et de manière plus viable que les autres puissances : Shalmaneser, le super-computer, sorte de dieu enchaîné, en arrive ainsi à cautionner et valider chacun des actes les plus importants des sociétés, chaque projet, chaque hypothèse.

Contexte 2, pp. 26-27 : Comme une espèce vivante, les automobiles s’éteignirent lorsque leur environnement fut saturé de leurs déjections.

Un constat amer et effrayant, parfois passionnant mais si dense et complexe qu’il parvient à nous perdre en route. La technique narrative très sûre de Brunner, inspirée sans doute des déconstructions à la Dos Passos, se pare d’une ironie constante et jouit d’une acuité étonnante (on n'est pas loin de la prophétie lorsqu'il évoque pour 2010 un président des USA afro-américain nommé Obomi !). Car s’il est loin d’avoir vu juste dans certains domaines (comment, rétrospectivement, pouvait-on prévoir le "boom" de l’informatique ?), il est effarant de justesse dans son analyse des rapports de force Est/Ouest, des travers de la société de consommation, du paradoxe entre le développement des moyens de communication et l’aride atrophie des rapports humains et même des questions éthiques liées à l’expérimentation génétique.

Jalons & portraits 6, p. 132 :  Les hommes se trompaient eux-mêmes en prétendant que la haine était un sentiment qui s’apprenait. La haine du rival, de l’intrus, du mâle plus puissant ou de la femelle plus féconde était une donnée implicite de la structure psychologique de l’humanité.

Rédigé à l'époque où le genre lui-même connaissait un sursaut tant d'orgueil que de conscience, sous l'impulsion de la revue New Worlds, ce roman s'avère toujours aussi impressionnant et véritablement indispensable à toute bibliothèque. Les amateurs de SF ont tendance à lier cet ouvrage à trois autres romans du même auteur (L’Orbite déchiquetée, Le Troupeau aveugle et Sur l’onde de choc), constituant ainsi une "Tétralogie noire" qui est sans aucun doute le sommet de la carrière de cet écrivain hors norme – à la suite de problèmes de santé, John Brunner n’a en effet plus produit d’œuvres de cet acabit par la suite.

Le monde en marche 13, p. 233EXPLOSION DEMOGRAPHIQUE : Evénement unique de l’Histoire humaine. C’est arrivé hier, et tout le monde dit que c’est pour demain.




[1] Les citations sont extraites de la version 1980 en deux tomes des éditions J'Ai Lu, sur une traduction assez courageuse de Didier Pemerle.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Un texte d'une force inouïe, aussi prémonitoire que virtuose.
  • Une construction en puzzle à la frontière du Nouveau Roman et du New Age.
  • Un recours spontané à des néologismes pointus et une langue acerbe qui stimulent l'intellect.
  • L'impression de lire une sorte de manifeste pessimiste sur un avenir encore plus sombre que prévu.

  • Des personnages qui ne passionnent pas, voire agacent.
  • Une intrigue dissolue fondée sur des rebondissements un peu grossiers.
  • Une densité qui peut rebuter.
La Parenthèse de Virgul #26
Par

Hello les Matous ! Un héros bien bourrin, qui explose les têtes des vilains et quelques clichés au passage, est au menu de cette Parenthèse.

Quand sonne l'heure du Midnighter
Lucas Trent, alias le Midnighter, est un super-héros apparu en 1998 dans Stormwatch (vol.2) #4, une série publiée à l'origine par Image Comics. Le type est un humain "amélioré", disposant d'une force, d'une rapidité et d'une résistance hors du commun, en plus d'un facteur auto-guérisseur. Il peut aussi en général prédire à l'avance l'issu d'un combat et se révèle être plutôt bon quand il s'agit de botter des culs.
Le personnage, qui fait partie de l'univers WildStorm appartenant de nos jours à DC Comics, a été créé par Warren Ellis (cf. notre dossier sur l'auteur) et dessiné pour la première fois par Bryan Hitch. Il a ensuite poursuivi sa carrière dans l'excellente série The Authority.

Ce qui fait sa particularité, outre son côté ultra-violent, est le fait qu'il forme un couple assez détonnant avec son compagnon et collègue Apollo. Les deux personnages sont en effet les pendants homosexuels de Batman et Superman (le cousinage étant évident au niveau du look et des pouvoirs/capacités).
Mais loin d'être une parodie "follasse" des figures emblématiques de DC Comics, le duo va évoluer dans un registre plutôt sombre et réaliste, notamment en s'attaquant à divers gouvernements et en tentant d'imposer par la force une société plus juste. Les deux hommes se marieront ensuite (en 2002, dans The Authority (vol. 1) #29) et adopteront même une petite fille sous la plume de Mark Millar, auteur habitué aux coups médiatiques.

En France, la série a été publiée partiellement par Soleil, Semic, Panini puis Urban Comics, qui a sorti en 2017 et 2018 deux gros tomes (336 et 480 pages) dans sa collection DC Essentiels. Il convient de conseiller surtout les épisodes écrits par Warren Ellis, ce dernier parvenant à composer un habile mélange d'action violente, de réflexion défonçant allègrement le politiquement correct, d'humour et même de... poésie.

Il faut noter également les mini-séries publiées en 2009 et 2010 par Panini, dans deux tomes de sa collection 100% WildStorm. Celles-ci sont écrites par Garth Ennis, brillant comme à son habitude. L'auteur met dans les pattes du Midnighter un certain Kevin Hawkins, assassin, alcoolique et homophobe décomplexé. Inutile de dire que la confrontation est trash (mais non dénuée d'intelligence et de fond, comme souvent avec Ennis). L'auteur parvient d'ailleurs à l'occasion à aborder des sujets comme le stress post-traumatique des soldats, les compromissions de l'IRA et même le côté vain et inhumain des quotas ethniques.

Le Midnighter, bien qu'inconnu du grand public, fait aujourd'hui partie des héros légendaires qui ont marqué l'histoire des comics. Adepte de solutions parfois radicales, idéaliste, rebelle, il demeure un personnage borderline mais aussi le représentant symbolique d'une certaine évolution de la société.
Mieux encore, comme un pied de nez digne du caractère de ce justicier acerbe, il a fini par rejoindre la continuité de l'univers DC (après l'évènement Flashpoint) et a tenu un rôle non négligeable dans la série Grayson, devenant par là même l'un des personnages lié à l'univers de Batman, le super-héros dont il était inspiré à l'origine...
Une trajectoire éditoriale aussi imprévue que savoureuse !
Miaw !

Première apparition du personnage dans Stormwatch. Warren Ellis est à la manœuvre.

Mariage du Midnighter et Apollo dans The Authority, une idée de Mark Millar.

Quand Garth Ennis s'empare du personnage et met sur sa route un agent du SAS, la rencontre est... explosive.

Le Midnighter débarque dans la série Grayson. Et quand il met les pieds quelque part,
c'est souvent dans la gueule.
Le Livre perdu des Sortilèges - Saison 1
Par


"Autrefois, le monde était plein de créatures merveilleuses : démons, vampires et sorciers. 
Nous vivons cachés parmi vous, dans la peur d'être démasqués"




Ainsi débute la série Le livre perdu des sortilèges, produite par SyFy et dont Koba Films a sorti depuis peu l'intégrale de la première saison.
Cette petite intro sera inlassablement répétée en voix off, au début de chaque épisode, par le personnage de Matthew Clairmont, incarné par le so british Matthew Goode (qui a le même prénom que son personnage, mais c'est inintéressant au possible et il n'y a que moi que ça amuse).
Et cette introduction prometteuse (j'aime bien le fantastique... alors ça me parle, moi, ces créatures !) me servira plus loin pour expliquer en quoi cette série m'a laissé un peu sur ma faim car... eh bien, il ment un peu, notre petit Matthew. Vilain garçon, va !
C'est pas joli-joli, de mentir comme ça.
Enfin non, c'est plus une promesse non tenue qu'un mensonge.
Certains d'entre vous me trouveront même mesquin, je parie. Mais qu'importe ! On est là pour donner son avis ou faire un pot-au-feu ?


Vous m'en mettrez trois livres !


Initialement, cette histoire est une trilogie de livres appartenant plus ou moins à la catégorie un peu vite qualifiée par les critiques de "bit-lit". Pour ceux qui l'ignorent, c'est juste un sous-genre du fantastique souvent destiné aux grandes gamines et spécialisé dans les histoires de vampires et autres créatures fantastiques à qui l'on offre une relation amoureuse avec une mortelle dotée elle aussi ou non de pouvoirs surnaturels. C'est souvent assez porté sur la romance, parfois au détriment du reste mais certains titres ne manquent pas d'intérêt dès qu'ils ne sombrent pas dans le travers d'aller faire trempette dans la cuve de guimauve. Les représentants les plus connus de ce genre ayant eu les honneurs du grand ou du petit écran me semblent être La communauté du Sud de Charlaine Harris (qui donnera à la télévision la très regardable et parfois même recommandable série True Blood) et les livres de la saga Twilight de Stephenie Meyer (qui ne donneront rien au cinéma, non, rien, non... je refuse de parler de ces films, vous êtes bien aimables, ne me provoquez pas !).
Mais revenons à Le bouquin paumé des trucs magiques... pardon ? Ah, oui, Le livre perdu des sortilèges, en effet. Pardon mais j'ai pris la liberté moi aussi de traduire n'importe comment A discovery of Witches. Si eux peuvent le faire, pourquoi pas moi ?
C'est donc initialement sous la plume de Deborah Harkness qu'est née cette histoire dans une trilogie intitulée All Souls. 

Nous sommes la Congrégation, tatatsoin !
Une trilogie pour trois espèces fantastiques : sorcières, vampires et démons. Dans cette histoire, ces espèces aux physiques de... eh bien d'humains, simplement, se dissimulent depuis des siècles (ce qui est facile, vu leur apparence... ben... humaine !) et, unis dans ce secret, ils ont créé une Congrégation régie par quelques règles précises : rester discrets, ne pas aller piétiner les plates-bandes d'une autre espèce et, bien entendu, éviter les amours inter-espèces. Pourquoi "bien entendu" ? Mais parce qu'il faut bien une dose d'amours interdites, ma p'tite dame, c'te bonne blague !
Ladite Congrégation se réunit à Venise et est le lieu (magiquement caché) de nombreuses tractations et de nombreux complots (une petite dimension politico-religieuse pas désagréable, d'ailleurs, dans ce type de récit).

Ils ont laissé l'étiquette avec le prix alors forcément,
elle est surprise : c'était moins cher avant l'euro !
C'est donc dans un monde proche du nôtre, où les contes fantastiques s'avèrent en fait très librement inspirés de faits réels, que débute notre histoire avec Diana, jeune et talentueuse historienne américaine venant de décrocher une chaire à Oxford, excusez du peu !
Lors de son travail à la bibliothèque, notre héroïne va emprunter un incunable (c'est un machin qu'on ne peut pas cuner... ben quoi ? mais non, hein, c'est un livre ancien !) recherché depuis des siècles. La fille, elle s'amène, à la fraîche, elle demande le bouquin et voilà-t-y pas que le bibliothécaire le lui amène en mode "c'est normal, qu'est-ce que ça peut faire qu'il n'était pas sur le rayonnage il y a deux secondes ?". 
Évidemment, le bidule est magique au possible et le simple fait de le feuilleter va alerter toutes les créatures magiques des environs façon pin-up en cosplay de Harley Quinn dans une convention geek organisée dans l'aile des prisonniers longue durée d'un quartier haute sécurité.
Diana est en réalité une sorte de "sorcière refoulée". Si je ne vous spoile pas la raison pour laquelle ses pouvoirs se manifestent peu, c'est parce que c'est à mon sens une des originalités de la série, même si cela la contraint à une règle qu'elle a parfois du mal à respecter : Diana ne parvient à user de pouvoirs que lorsqu'elle se sent en danger et doit réagir... sauf, visiblement, quand ça fait cool... ou que c'est scénaristiquement pratique... oui, je pinaille mais bon, je vais aussi en dire du bien, de cette série, alors j'ai le droit (je sais que ce n'est pas comme ça que ça marche mais c'est vrai quand même). 

Voilà notre petit couple devant la même fenêtre.
Je vous rassure, les décors sont nombreux, en réalité.
Un peu minable, niveau sorcellerie, Diana ne doit d'échapper aux autres sorciers qui convoitent le livre (qu'elle a bêtement rendu à la bibliothèque, en plus !) que grâce à l'aide de Matthew Clairmont en qui elle reconnaît de suite un vampire... 
Il semblerait bien que seule elle puisse mettre la main sur le bouquin. C'est ce qui fait d'elle quelqu'un de spécial, parmi les sorciers.
De son côté, si Matthew est spécial lui aussi, c'est parce que son frère préside la Congrégation, certes, parce que sa famille est très puissante, certes, mais aussi parce que, avec son autre frère (vous suivez ?), il analyse depuis des années le génome de biens des créatures fantastiques et a fini par mettre à jour un affaiblissement progressif des pouvoirs propres à chaque espèce.

Diana va être pourchassée par des sorciers, des sorcières et des vampires ; elle sera aidée par un vampire, des démons et ses tantes sorcières... on va voir du pays entre Oxford, Venise et les USA.
On assistera à son apprentissage du monde de la magie et aux magouilles de la Congrégation mais surtout, surtout... on verra Matthew et Diana tomber rapidement dans les bras l'un de l'autre et même se livrer à des échanges de fluides corporels certes très récréatifs mais néanmoins interdits par la Congrégation. Salopiauds, va !
#jesuisjuliette #teamjuliette #notinmyname
Parce nous n'échapperons pas à ça : notre douce héroïne va tomber amoureuse du vampire de 1500 ans et l'on sera évidemment en droit de se demander dans quelle mesure ce dernier ne la manipule pas pour parvenir à mettre lui aussi la main sur ce numéro spécial magique de Picsou Magazine dont elle seule a gardé un bon de commande.
Je rassure quand même tout le monde : l'histoire ne se limite pas à ça et certains personnages en dehors de ce petit couple sont bien développés et intéressants... même si je déplore ici publiquement le sort réservé à la pauvre Juliette incarnée par la ravissante Elarica Johnson, pauvrette faite vampire dans le seul but de piéger Matthew, conditionnée à n'aimer que lui, à ne vivre que pour lui, et traitée en ennemie alors qu'elle n'est qu'une victime. Ce personnage méritait tellement mieux ! 


Puisqu'on parle de personnages...


Le casting est très sympa, vous allez voir.
- Diana Bishop, l'héroïne, est incarnée par Teresa Palmer que vous avez pu voir, par exemple, dans Tu ne tueras point, Warm bodies ou L'apprenti sorcier. C'est une femme, pas une gamine. Une belle femme mais une femme. Et rien que ça, dans ce type de récit, ça fait du bien. Ouf ! Ce n'est pas encore une gamine qui craque sur un suceur de sang. Ici, c'est une adulte accomplie qui... ben, ma foi, qui se comporte un peu en ado quand même mais au moins, elle fait femme. Physiquement...
- Matthew Clairmont est un vampire français de 1500 balais joué par un Matthew Goode plus britannique que jamais. Heureusement qu'on nous expose bien qu'il est un mondain et qu'il a beaucoup voyagé parce qu'autrement, le jeu façon "balai anal" de l'acteur semblerait inapproprié. Pour les amateurs de comics qui se demandent où ils ont bien pu voir cette tête, je ne dirai qu'un mot : Watchmen. Vous situez ?
- Le personnage de Satu Järvinen est interprété par la suédoise Malin Buska qui délivre ici une prestation d'inquiétante sorcière venue du froid, puissante et ambiguë. Un personnage qui me plaît beaucoup !
- Le sorcier fourbe et calculateur Peter Knox est campé par Owen Teale (ce salaud de ser Allister Thorne, dans Game of Thrones, le maître d'armes de la Garde de Nuit), tantôt impressionnant, tantôt pusillanime, dans ce rôle de manipulateur. Une bonne prestation de bad guy.
- Gerbert D'Aurillac, le maître des vampires, prend les traits de Trevor Eve pour camper un salopard malsain et vindicatif.
Alex Kingston, Valarie Pettiford et... un chat. Ben oui, ce sont des sorcières !
- Gillian Chamberlain, l'amie déloyale de Diana, est incarnée par Louise Brealey que nombre d'entre vous auront vue dans l'incontournable Sherlock de la BBC.
- Restent les tantes homosexuelles (on le fait, le jeu de mots bien gras sur les tantes-tantes ou pas ?) de Diana : Emilie Mather, jouée par Valarie Pettiford mais surtout (désolé, j'ai mes obsessions) Sarah Bishop, jouée par... Alex Kingston ! Oui ! Alex Kingston ! Vous savez, vous la connaissez tous parce qu'elle incarne la maman de l'ex-petite copine d'Oliver Queen dans sept épisodes de la série Arrow ! Non, je déconne... vous la connaissez pour de nombreux films et séries (notre ami Vance me souffle dans l'oreillette qu'elle a été très remarquée dans la série Urgences, par exemple) mais pour moi, elle est River Song, l'épouse du Docteur dans Doctor Who !
J'aime bien cette comédienne ! Et ici, une fois de plus, entre force et doute, elle est parfaite.


It's fantastic !


On est tous un peu des geeks, ici. Des nerds. Des obsédés compulsifs obsessionnels collectionneurs de connaissances inutiles sur les genres paralittéraires. Si, on l'est tous. Même vous, ne soyez pas modestes !
À ce titre, quand une série parle de vampires, on sourit en se rappelant le terme "diurnambule" qualifiant Blade, on grince des dents en repensant à la bague que portent les vampires de Vampire Diaries pour leur permettre de se balader en plein jour, on a des envies d'homicide quand on revoit mentalement le personnage d'Edward Cullen briller en plein soleil comme une fée Clochette sous MDMA... parce que oui, vous n'y couperez pas : on a encore ici une foutue race de vampires qui se fichent des UV comme d'une guigne !
Mais ici, c'est plus élégant. On ne s'embarrasse pas de débilités pour expliquer comment cela peut bien être possible, on présente juste la vision du vampire dans les contes humains comme étant extrêmement erronée, voire expressément biaisée par les créatures elles-mêmes. Classe, efficace.
Je continue à préférer les imaginer en êtres des ténèbres mais admettons : ça passe.
À part ça, ça court très vite, façon Twilight ; c'est élégant et torturé comme un Louis d'Anne Rice et ça boit un peu de sang. Parfois.
Puis ça a un cœur qui bat, aussi... c'est un vampire un peu sans en être un, quoi. C'est immortel sans être un mort-vivant. Mouais...
"T'as vu ? Je fais de la magie !"
Puis bon, bien qu'ayant regardé toute la saison (sans avoir lu les livres), je dois bien avouer que le concept de ces trois espèces me semble confus :
- les vampires sont bien d'anciens humains transformés (qui alors fut le premier vampire ? quid de l’œuf, de la poulette...) ;
- les démons sont... ben... on ne sait pas grand-chose d'eux. En l'état, je ne vois guère ce qui les sépare des humains ;
- les sorciers font oeuvre de magie et pourraient apparemment donner naissance à... des démons. J'espère que la suite se fera plus précise parce que ce petit monde me semble être un joli foutoir à idées partant un peu en tous sens...

Mais venons-en au mensonge de Matthew.


T'as menti, Matthew !


J'avais dit que j'allais en parler parce que c'est selon moi le défaut majeur de cette production (je terminerai par sa qualité principale, pour me faire pardonner).
Alors comme ça, mon Matthew, vous vivez cachés parmi nous de peur d'être démasqués ? Démasqués par qui ? Par... ? Les humains ? Lesquels ? Non parce que, bon... il n'y en a pas, dans ta série... à part quelques rares figurations intelligentes...
Et c'est là qu'on me traite de mesquin en me disant que l'on sait bien qu'il y en a, que je suis de mauvaise foi, bla bla bla.
Taratata ! Moi, je dis que le fantastique est l'irruption dans le réel de phénomènes inexplicables. Mais le réel... eh bien il se réduit très vite au réel des créatures et du coup, comme on n'a plus un seul point de vue humain, il devient difficile de s'identifier et donc malaisé de vraiment accrocher à ce que l'on nous raconte.
En guise de point de vue humain, on a celui d'une sorcière inhibée qui ne connaît pas bien ce monde et le découvre avec nous. Okay, pourquoi pas ? Mais elle s'avère être très puissante ! Comment je fais, moi, pour m'identifier à une fille qui maîtrise le vent, le feu et le temps ? 
Je ne vais pas m'étendre ici sur ce point mais j'aime que l'on me fasse vivre une histoire, j'ai passé l'âge pour qu'on me la raconte de façon détachée... et c'est là la seule chose qui me ferait dire que cette série s'adresse à un public plus jeune que moi.
Je savais n'être pas le public visé. Et ma fille de 14 ans a adoré. Soyez averti de cela et tout ira bien.

L'orange bleue


En guise d'exemple, voici le code barre de Matrix.
Pourquoi ne suis-je pas surpris ?
Il y a une mode étrange ces derniers temps qui consiste à compresser en fines bandelettes les images d'une oeuvre télévisuelle ou cinématographique afin de les mettre côte à côte et d'obtenir une sorte de code barre couleurs. Ça a sans doute son utilité dans le monde de l'audiovisuel mais elle m'est inconnue.
Sachez simplement que cette série aurait indubitablement un code barre orange et bleu.
Chaque scène est soit majoritairement bleue, soit orange, soit un mélange de ces deux atmosphères.
Cela donne à l'image une identité propre qui est extrêmement plaisante et élégante.
Bleu / Orange
Car en effet, si je dois reconnaître une qualité à cette série qui en a bien d'autres, c'est sa beauté visuelle.
Tout est joli, bien filmé, bien éclairé, les environnements sont bien choisis, les éléments architecturaux anglais, français ou italiens sont magnifiques.
Une atmosphère visuelle globale très agréable se dégage de cette série et c'est en ce qui me concerne la raison principale qui me poussait toujours à attendre impatiemment la scène suivante : découvrir où ce serait tourné, sur quel élément de costume ou de décor serait le bleu, l'orange, comment ils se fondraient ou entreraient en duel pour soutenir le propos...
Il y a indéniablement une patte artistique derrière ce projet et c'est assez rare dans les séries pour le souligner.

Mot de la fin


Juste parce que ça me démange, je me permet de claquer quelques becs...
Avant de rédiger cet article, j'ai fait ce que je fais toujours : j'ai regardé de-ci de-là ce que d'autres en disaient... histoire d'éviter la redondance si un lecteur tombait sur ce que j'écris après une recherche et la lecture de quelques autres pages sur internet.
Sur plusieurs pages, j'ai été surpris de voir des chroniqueurs (chroniqueuses ?) voir en cette série et en la mise en scène de la sorcellerie une forme de féminisme bienvenue en notre ère de #metoo et #balancetonporc.
Je suis de tout cœur pour l'égalité de traitement hommes/femmes dans le respect de nos différences, cela va de soi et là n'est pas la question, mais... euh... on a regardé la même série ?
Parce que si la sorcellerie dans les séries télévisées nous a souvent présenté des femmes fortes, ici, ce n'est pas le cas.
Dans Charmed (1998), les sœurs Halliwell forment une sororité qui résiste à toutes les menaces.
Dans Buffy (1997), Alyson Hannigan incarne en Willow une sorcière lesbienne (avec une relation homo bien plus crédible et attachante que dans bien des niaiseries militantes actuelles) complexe, puissante et torturée par son addiction à la magie.
Moi, j'ai toujours rêvé d'un crossover entre ces séries... un peu comme ça : CADEAU !
Même dans Ma sorcière bien aimée (1964 !), Elizabeth Montgomery est une Samantha dominante et femelle alpha sous son toit, c'est dire si on n'a pas attendu les hashtags, hein !

Mais ici, Diana... c'est un oiseau pour le chat !
Elle est instruite, belle et puissante.
Mais elle est naïve, a un cœur d'artichaut et a constamment, malgré ses pouvoirs, besoin de l'aide de son amoureux vampire...
La femme forte puissante et indépendante, c'est la sorcière nordique Satu... mais elle finit amoindrie et enfermée. C'est le féminisme façon Natascha Kampusch (avec tout le respect dû à cette jeune femme courageuse) ?

Du coup, je me demande combien d'épisodes on est supposés regarder avant de donner son avis sur une série.
Personnellement, j'ai regardé les huit qui constituaient la saison 1. Ça me semblait être le deal, non ?

Mot de la fin de la fin


Pour le petit panneau tenu par notre mascotte Virgul... j'ai tenu compte de mon ressenti personnel. Celui d'un homme de 43 ans. Par contre, ma fille de 14 ans aurait donné à cette série une note excellente et la qualité remarquable de sa production me pousse à vrai dire à l'encourager à regarder la suite : pour elle, c'est vraiment un très bon divertissement. Pour moi, c'est plus banal, même si je dois bien avouer que c'est vraiment très très beau visuellement.

Ouais, Diana, j'ai mis "BOF" mais j'ai pondéré mon propos selon l'âge du téléspectateur, ne te mets pas dans cet état !


+ Les points positifs - Les points négatifs
  • SI TU ES UN(E) ADO OU UN(E) JEUNE ADULTE, C'EST SUPER !
  • C'est beau, très beau, très très beau visuellement !
  • Le casting tient la route.
  • Certains personnages sont intrigants.
  • L'histoire n'est pas inintéressante, surtout en raison des enjeux politiques.

  • Le rythme est assez lent.
  • La romance, trop présente.
  • La première moitié de la saison est moins intéressante, même si plus attachante.
  • La seconde moitié de la saison est moins attachante, même si plus... ouais, logique...
  • Le traitement du fantastique.
Spider-Man : Season One
Par


Avec Spider-Man : Season One, nous avons de nouveau droit à une énième variation sur les origines du Tisseur.

Difficile de croire qu'il y a encore des lecteurs qui ne connaissent pas les premiers pas de Spidey tant l'histoire du pauvre Peter, timide et maltraité par ses camarades, a été rappelée et déclinée depuis des décennies, avec plus ou moins de réussite d'ailleurs. L'on notera au passage la version Ultimate, pour le coup inspirée et bien fichue, ou encore une curiosité, With Great Power, qui s'attache à développer la période où le jeune Parker embrasse une carrière de catcheur.
La gamme Season One vise à moderniser les origines des personnages les plus importants du marvelverse. En ce qui concerne Spider-Man, la tâche a été confiée en 2012 à Cullen Bunn pour ce qui est du scénario, et à Neil Edwards pour les dessins.

Sans surprise l'on retrouve les grandes étapes classiques, de la morsure de l'araignée à la mort de l'oncle Ben, en passant par la confection du costume et la découverte des pouvoirs. Niveau modernisation, pas grand-chose de bouleversant, si ce n'est que la séquence "catch" est quasiment passée à la trappe et remplacée par une émission de télévision. Ah, et les élèves ont des smartphones. Bref, des détails dont on aurait pu se passer, mais là où cette mini-série s'avère ratée, et c'est le comble, c'est bien dans son aspect plus traditionnel.
La relation Peter/oncle Ben est à peine esquissée, le côté souffre-douleur de Peter est survolé également, tout comme la découverte de ses pouvoirs, un peu comme si cela allait de soi. Même le meurtre de Ben ne suscite aucune émotion et est traité comme un passage obligé.

L'un des rares moments sympas : confection laborieuse du costume et première idée de pseudo.

En fait de modernisation, Season One reprend exactement les défauts de l'histoire originelle, et encore, à l'époque, il s'agissait plus d'un style narratif que de véritables défauts en soi. Il fallait vite expédier ce qui était considéré comme "barbant" pour passer à l'action pure et dure. Ici, bien que les scènes soient un peu plus longues, elles s'enchaînent mollement, sans permettre d'insuffler un peu de vie aux personnages, Parker en tête.
Le combat contre le Vautour est aussi insipide que le reste (la version publiée en Marvel Kid était largement plus agréable), et ne parlons même pas des dialogues, qui feraient passer les scénaristes d'AB Production pour des génies. Reste le style graphique, effectivement plus moderne que celui de 1962/1963 (encore heureux !), mais qui n'a rien d'extraordinaire non plus.
Surnagent simplement un ou deux gags sympathiques mais qui ne suffisent pas à justifier l'achat de cette mini-série.

Au final, ce Season One rate complètement son objectif principal et parvient même à rendre soporifiques les meilleurs moments de la saga originale. Il y a bien effectivement une certaine valeur informative, mais reste-t-il encore de nos jours des lecteurs qui ignorent les grandes lignes des débuts de Spidey ?
En bâclant les scènes les plus mythiques, Bunn passe en tout cas complètement à côté de cette "modernisation" de façade, qui n'apporte rien à l'univers du Tisseur.

Dispensable.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Heu... pas grand-chose, même si les dessins ne sont pas mauvais.

  • Un scénario plat et des scènes trop vite expédiées, le tout peinant à générer de l'émotion ou de l'empathie.
  • Des dialogues d'une indigence rare.