La Parenthèse de... Neault.
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Non, je ne pouvais pas laisser commencer l’année sur un Top 10 des héros les plus ridicules, et pourquoi pas un Top des starlettes qui montrent leurs nibards aux Grammies ? Non mais, on va où là ? Si je laisse faire, dans six mois, Virgul devient youtubeur, ou pire, chroniqueur à Touche Pas à Mon Poste. N’écoutant donc que mon devoir et mon sens de l’honneur, je vous propose un… Top 8 des citations les plus cool.
Ben, déjà, c’est pas un top 10. Tu vois le décalage ?
Et puis, bon, on va essayer d’apporter un peu de sens dans tout ça. Histoire de bien démarrer l’année, merde !


"Mettez votre bureau dans un coin et, à chaque fois que vous vous y installerez pour écrire, rappelez-vous pourquoi il n’est pas au centre de la pièce. La vie n’est pas un système destiné à soutenir l’art. C’est l’exact opposé."
Stephen King

Ah, Stephen King... Un véritable génie littéraire, mal considéré souvent par des journalistes qui ne connaissent rien de ses écrits et réagissent par snobisme plus que suite à une analyse pertinente.
Cette citation du plus célèbre écrivain du Maine est bien plus profonde qu’elle n’en a l’air. Elle parle de l’Art, de son rôle, de la place que l’on devrait lui accorder. Et de sa relation avec le réel.
Je suis persuadé que l’Art ne doit, ne peut, être sacralisé au point, par exemple, d’empêcher vos proches de rentrer dans la pièce où vous bossez. L’Art est là pour nous permettre de mieux appréhender la réalité. On ne doit rien lui céder, en tout cas pas la place réservée aux membres de la famille, surtout quand ils viennent mater un film ou manger une pizza.
C’est aussi parce que la pizza des gamins de King est plus importante pour lui que ses bouquins, fort bons au demeurant, que j’aime ce type. Pas seulement l’écrivain mais l’homme.


"Tu resteras toujours orphelin de ces amours adolescentes que tu n’as pas connues. En toi, la blessure est déjà douloureuse ; elle le deviendra de plus en plus. Une amertume atroce, sans rémission, finira par emplir ton cœur. Il n’y aura pour toi ni rédemption ni délivrance."
Houellebecq, Extension du domaine de la lutte

Je suis toujours circonspect quand il s’agit de Houellebecq. Je lui reconnais un talent certain, un style bien à lui, des tournures élégantes et même un humour sinistre mais efficace. Mais je n’adhère pas complètement. Trop de pessimisme. Trop de pessimisme tournant autour du cul surtout. Mais, il n’en reste pas moins que c’est un auteur intéressant, avec des neurones et des couilles (métaphoriques, comprenez "courageux", rien de sexuel là-dedans). J’aime bien ce mec. Même si, les rares fois où je l’aperçois dans une émission, à l’occasion d’un vague zapping, cela me rappelle ces mots que Desproges avait eus pour Gainsbourg en le présentant au début d’un Champs-Élysées : "Le seul génie qui ressemble à une poubelle."


"N’avez-vous jamais eu le secret sentiment que, quelque part, en cet instant même, Huckleberry Finn et son ami Jim font avancer leur radeau sur une rivière lointaine, et qu’ils sont beaucoup plus réels que le chausseur oublié qui nous a vendu une paire de souliers pas plus tard qu’hier ?"
Dan Simmons, Hyperion

Je ne suis pas un grand fan des livres de Simmons. Disons que j’aime assez ses romans (dans le genre) fantastique, moins ses récits plus SF ou thriller. Cette phrase reste néanmoins l’un des mantras liés à l'écriture qui m’ont longtemps fasciné. Parce que, j'en ai la certitude, elle est vraie.


Ouais mais c'est pas vraiment
du chocolat en fait...
"Quand le dernier morceau de chocolat avait été enlevé, la mère avait serré l’enfant dans ses bras. C’était un geste inutile, qui ne changeait rien, qui ne produisait pas plus de chocolat, qui n’empêchait pas la mort de l’enfant ou la sienne, mais il lui semblait naturel de le faire."
George Orwell, 1984

On a beaucoup dit sur Orwell et 1984. Les imbéciles en général ne retiennent que les caméras (qui n’ont pourtant que peu à voir avec nos caméras de sécurité). Les lecteurs un peu plus intelligents se rendent compte du côté prophétique de concepts tels que la novlangue ou le crime-pensée. Mais, l’on parle finalement rarement de la poésie, pure et simple, d’Orwell. De sa manière de magnifier l’inéluctabilité de l’horreur. Et les petites choses du quotidien, comme le geste tendre et futile d’une mère.
C'est ce qui sépare le prédicateur de l'écrivain à mon sens : ne pas s'en tenir juste aux faits mais dégager la possibilité d'une émotion, voire d'un certain lyrisme, au détour d'un acte anodin.


"Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot"
Rudyard Kipling, If

Un extrait du célèbre poème de Kipling. Le texte entier mérite que l’on s’y attarde et fait sens, mais ce passage, surtout à notre époque, semble particulièrement important. Et bien fichu. Kipling fait partie de cette caste d'auteurs efficaces qui viennent remuer, dans notre esprit, non la mode du moment mais les boues éternelles dans lesquelles beaucoup s'enlisent sans toutefois en comprendre l'utilité.
Une borne. Un menhir même.
Et si ça peut mettre un coup de pied virtuel dans la gueule de ces connards du net qui ne vivent qu'abrités derrière un écran, en blablatant une vie dont ils ne connaîtront jamais rien, ni les moments compliqués, ni les bonheurs, c'est toujours ça de gagné. 


"Ma vengeance est perdue s’il ignore en mourant que c’est moi qui le tue."
Jean Racine, Andromaque

Le "Patron". J’aime Racine d’une passion folle et totalement explicable. Autant, je trouve qu’un tas d’auteurs classiques sont chiants et poussifs, autant il est évident que ce mec a inventé des tonnes de trucs et notamment le rythme émotionnel. Et puis, en ce qui concerne l’alexandrin, en termes de forme, on n’a jamais rien fait de plus propre. Et naturel.
Quant au fond, c'est aussi une manière de dire qu'il faut qu'il y ait un prix à payer. Et qu'il est bien que le salopard le sache. Et ce côté John Wayne (enfin, John Wayne qui sait écrire), c'est purement jouissif.
Racine permet d'allier le glaive et la plume, de démontrer que la violence fait partie de la vie, que le combat est aussi inéluctable que le vent. Et que même dans le sang, il peut y avoir un digne accomplissement.


"J’ai en moi ce qui ne peut se feindre. Tout le reste n’est que le harnais et le vêtement de la douleur."
Shakespeare, Hamlet

Un classique. Ce n’est pas tant parce qu'elle est classique que j’ai choisi cette citation, mais parce qu’elle est d’une élégance folle. Vraiment. C’est superbement dit. Et c’est ça le travail véritable de l’auteur (et du traducteur... et du correcteur...). Trouver ses propres métaphores. L’exact opposé d’un balbutiement de Musso ou, pire, Legardinier.
Quand il faut taper fort, pour les besoins du récit, il faut aussi taper juste, en inventant son propre marteau. Ce que fait Shakespeare, indéniablement. Et ce que ne font pas certains trous du cul qui pensent que tout réside dans l'histoire (souvent mièvre en plus), alors que l'essentiel réside dans la manière de la raconter.


"Sept  fois à terre, huit fois debout."
Proverbe japonais.

Comme souvent avec ce qui vient d’Asie, le sens n’est pas forcément évident au premier abord, bien qu’il reste parfaitement intelligible. Il faut voir ici, dans cette économie de mots, l’apologie de la volonté. Celui qui réussit n’est ainsi pas celui qui n’échoue jamais ou ne chute pas, mais celui qui, malgré les embûches, se relève, systématiquement, avec une indéfectible détermination.
L’on retrouve dans cette sentence une forme de glorification de la force de caractère qui, très habilement, admet aussi l’échec, voire présente même l’échec comme une marche indispensable vers le succès. Ainsi, il n’y a pas de différence cruciale entre celui qui réussit (et est debout) et celui qui échoue (et est à terre) mais une transition possible, voire naturelle, et une relation logique entre les deux. Tout comme le Yin se nourrit du Yang…

Ça me semble pas mal, perso, je fais une petite virée le temps que vous digériez tout ça.