Mission Terre
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Retour sur une longue et excellente saga de science-fiction.

Un fait étrange concernant Ron Hubbard, fondateur de la scientologie, c'est que ceux qui en parlent sur le net se trouvent parfois obligés d'assurer ses futurs lecteurs qu'ils ne risquent rien (ou au contraire mettent un "auteur dangereux" à côté de leur chronique, à la manière d'une pancarte "chien méchant"). Un peu comme si l'on pouvait choper une conviction au détour d'une phrase. Évidemment, ça ne se passe pas comme ça. Et si c'était le cas, Hubbard serait vraiment fort. Et il aurait été maître du monde de son vivant. Contrairement à ce que certains affirment parfois, on ne peut pas différencier l'homme de l'auteur, c'est le même bonhomme. Par contre, ce qui est toujours possible, c'est de différencier l'œuvre de son auteur. Un bon roman ne devient pas subitement nul sous prétexte que l'on n'apprécie pas les agissements de celui qui l'a écrit, sinon il y a bien longtemps que les bouquins de Stephen King auraient fini à la poubelle.  

On peut penser ce que l'on veut, en bien ou en mal, de la scientologie sur le plan philosophique (j'ai lu la Dianétique par curiosité, et je ne suis rentré dans aucune secte pour autant). Sur les éventuelles pratiques sectaires, c'est autre chose, mais il est évident que cela ne s'attrape pas comme un virus. Il faut le vouloir. C'est un peu comme l'hypnose, si vous ne participez pas, ça ne marche pas. Donc, non, Hubbard n'était pas un dangereux sorcier, par contre, c'était plutôt un bon auteur.




Mission Terre
, une décalogie, rien que ça, raconte l'histoire de deux personnages très différents. D'une part Jettero Heller, un champion de la Flotte, héros caricatural au possible et plein de bons sentiments, et Soltan Gris, agent de l'Appareil de Coordination de l'Information (les services secrets), se révélant peu à peu colérique, paranoïaque, malchanceux, lâche et peu regardant sur la morale. Ces deux opposés sont amenés à se rencontrer lorsque le premier reçoit pour mission de se rendre sur Terre afin de voir si les humains seraient aptes à intégrer la fédération voltarienne. Soltan, lui, va se voir assigner l'exacte mission contraire, à savoir faire échouer l'autre m'as-tu-vu par tous les moyens, et ce afin de préserver le fructueux trafic de drogue auquel se livre son chef.

Ce long récit, plutôt méconnu (en tout cas, beaucoup moins populaire qu'un Dune par exemple) pourrait passer pour une simple parodie s'il ne contenait pas de nombreux et acides constats sur notre propre société. Bien entendu l'on retrouve certaines obsessions de l'auteur (son manque de considération flagrant pour les psychiatres et psychanalystes, ce en quoi il n'a pas forcément tout à fait tort) mais aussi son sens aigu de l'observation, qui met souvent à nu des travers voltariens très... humains. 
Outre l'aspect SF et la critique sociale, il faut noter également l'humour qui imprègne la saga. C'est notamment Soltan Gris, anti-héros attachant et loser hargneux, empêtré dans des stratégies qui le dépassent, qui restera la vraie star de l'aventure. 

Un peu long (dix tomes quand même) mais vraiment très agréable à lire.





+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Très vite passionnant et addictif.
  • Un humour constant et efficace.
  • Une critique pointue de certaines dérives de notre propre société.
  • Soltan Gris !

  • Les passages avec Jettero Heller, moins intéressants.
  • On attend toujours une belle réédition.

Écho #75 : L'Affaire Tournesol - album retiré de la vente
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Moulinsart et les ayants droit d'Hergé sont tellement pressés de faire les poches aux fans complétistes qu'ils ne se soucient même plus de ce qu'ils publient.

Tout commence lors de la publication, fin octobre, de la version "journal Tintin" de L'Affaire Tournesol. Il s'agit des planches originales prépubliées de décembre 1954 à février 1956 dans le fameux périodique. Les différences par rapport à l'album classique sont minimes (quelques différences anecdotiques de colorisation, un lettrage retouché pour certaines onomatopées...) si l'on excepte une présentation de 12 pages (revenant sur la création de l'œuvre, l'équipe du studio Hergé de l'époque, etc.) et la deuxième moitié de l'album, au format à l'italienne

Or, c'est cette deuxième partie qui choque, puisqu'elle a été maquettée absolument n'importe comment. Les planches, à l'italienne, s'étalent sur deux pages classiques, ce qui les rend illisibles, les dessins et le texte des cases centrales étant situés au niveau de la reliure. Devant les retours négatifs des lecteurs, l'éditeur, prétextant des "difficultés techniques lors de l'impression", retire alors l'album du commerce afin de réaliser une nouvelle version, probablement pour début 2026. La manière dont tout cela est présenté suggère un problème survenu chez l'imprimeur, or c'est bien la maquette qui a été réalisée qui ne va pas du tout. Et bien entendu, les responsables éditoriaux de ce piètre résultat ont reçu un exemplaire test avant la publication, exemplaire qu'ils ont approuvé. Le problème vient donc de l'éditeur, qui valide n'importe quoi, à la va-vite, en pensant que les lecteurs s'en contenteront. 

Autre souci, des demeurés qui avaient mis la main sur cet exemplaire avant le retrait imaginent déjà qu'il va valoir "une fortune" (certains le proposent à 40, 50 voire 60 euros). Rappelons que le propre de l'occasion, c'est de valoir moins que le neuf (dans ce cas, 19,50 euros). Surtout qu'ici, il ne s'agit pas d'une version spéciale qui ne serait plus disponible, c'est une version illisible (pour pratiquement la moitié des planches : la pagination de la BD s'étale sur 81 planches et le format à l'italienne commence page 44). Étant donné qu'une autre version, qu'on imagine cette fois mieux pensée, sera très bientôt disponible, on ne voit pas pourquoi une version salopée atteindrait des prix farfelus. C'est au mieux une curiosité, pas un objet collector. Attention donc à ne pas vous faire avoir (d'autant que même le fait de retirer l'album de la vente a été assez mal fait puisqu'il est encore possible de s'en procurer, neuf, au prix d'origine, dans certains magasins).

On se revoit l'année prochaine pour la suite de cette affaire...


Première partie de l'aventure au format standard. Notons les petites phrases d'introduction de chaque planche,
censées résumer la lecture de la semaine précédente.

Problème pour la deuxième partie, au format à l'italienne : les cases centrales sont illisibles.

Un résultat ridicule. Enfin bon, c'est pas comme si c'était le métier de Casterman depuis des décennies...

Quelques bonus complètent le tout.

Écho #74 : Sélection Batman McFarlane
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Les fêtes approchent, après un énorme ouvrage regroupant les premiers albums des Schtroumpfs, on vous a déniché cette fois quelques figurines en idées cadeaux.

Les figurines McFarlane disposent d'une gamme très vaste de personnages, à des prix en général abordables. Batman et ses différentes tenues sont notamment à l'honneur, l'éditeur proposant de nombreuses variantes du héros, que ce soit la version dessin animé de 90, la version Batman Returns ou encore, entre autres, un Batman Green Lantern ou même Sinestro Corps.

Nous vous proposons ici une sélection subjective concernant des versions un peu particulières du célèbre Dark Knight. Toutes sont encore disponibles en neuf et sont en dessous de 40 euros (et même en dessous de 30 euros pour deux d'entre elles).

On commence par la Sketch Edition, avec un Batman en noir & blanc, assez original. On poursuit avec la Dark Knights of Steel - Patina Edition, avec un effet "bronze" très sympa. Et enfin, on termine par la Batman and Robin - Frostbite Edition, avec un Batman en statue de glace. 
Avec des figurines d'environ 18 cm, des socles et quelques accessoires, voilà qui devrait être du plus bel effet dans une vitrine, sans pour autant vous ruiner !

Mais le mieux, c'est encore d'admirer ces déclinaisons du justicier de Gotham.










Sélections UMAC : 5 Koontz à lire ou relire
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UMAC se penche sur Dean Koontz, avec une sélection de cinq romans, très différents et bigrement conseillés.

Koontz a de nombreux points communs avec Stephen King. Ils sont de la même génération, tous deux américains et nés dans des familles pauvres, ce sont des auteurs populaires, ayant une prédilection pour le fantastique et le suspense, et leurs noms se retrouvent régulièrement sur la liste des best-sellers.
Au niveau géographique, ils sont par contre on ne peut plus éloignés. Si King est originaire du Maine, Koontz réside à l'exact opposé, dans le sud de la Californie. Autre point commun, si King a réécrit, ou du moins modifié, certaines œuvres de jeunesse, Koontz a racheté les droits de certains de ses romans, qu'il jugeait de moindre qualité, pour éventuellement les réécrire à l'avenir (ou en tout cas contrôler leur distribution).
Et il vrai que certains Koontz sont parfois moins intéressants, presque bâclés (cf. notre article, La Méthode Koontz). Si King écrit avec la précision, la hargne et la technique d'un boxeur virtuose, Koontz a alterné pendant un temps les livres ratés et les purs coups de génie. 

Cette plume évoluant en "dents de scie" ne l'a pas empêché de produire de nombreux romans, avec une régularité de métronome et de nombreux noms d'emprunt. Il est aujourd'hui connu pour diverses séries, comme Frankenstein (cf. cet article) et Odd Thomas, d'ailleurs (assez mal) adaptées en comics ou manga, mais ce sont ses "standalones" (et accessoirement ses meilleurs romans) qui nous intéressent ici. 


Spectres (Phantoms)

Sans doute l'un des plus impressionnants romans de l'auteur, qui met en place une histoire à mi-chemin, pour l'ambiance, entre Ça et Aliens.
Jenny et sa jeune sœur Lisa vont passer quelques jours à Snowfield, petit village de montagne censé être sympathique et accueillant. En fait, les deux jeunes femmes ne vont pas tarder à se rendre compte que le lieu est désert. Pire, elles trouvent des scènes de crime et des cadavres horriblement mutilés un peu partout.
Quelque chose a pris possession de la petite localité...

Contre toute attente, le récit s'inspire... d'une histoire "vraie". Au moins une légende urbaine disons, qui concerne un petit village inuit situé sur les bords du lac Angikuni. Un trappeur aurait en effet découvert ce village, brusquement déserté par ses habitants. Des chiens sont retrouvés morts, attachés à des arbres, les cuisines sont remplies de plats à moitié préparés, les corps du cimetière local ont été subtilisés... autant dire que les faits, qu'ils soient ou non exacts, constituaient un point de départ idéal pour une histoire d'épouvante.

Le roman évolue lentement, d'une sorte de huis clos intimiste dans un village hanté vers quelque chose de plus fantastique après l'arrivée des "secours". Dès les premières scènes, la tension s'installe et ne retombera plus. 


La Nuit des Cafards (Whispers)

Ne vous laissez pas rebuter par le titre français, il est assez mal trouvé et n'a aucun rapport avec l'histoire.
Si Spectres est, dans mes souvenirs, ma première rencontre avec Koontz, Whispers est bien le roman qui m'a le plus touché, et par voie de conséquence, rendu accro à l'auteur. Et comme toute drogue qui rend accro, Whispers a des effets dévastateurs.

Voyons tout d'abord l'histoire. Elle semble a priori banale : Hilary Thomas, une scénariste hollywoodienne, est agressée à son domicile par un certain Bruno Frye, qui semble avoir pourtant un très bon alibi. Les deux flics venus prendre la déposition de la jeune femme, encore sous le choc, ont du mal à la croire.
Par contre, le lendemain, quand le même type l'agresse encore et qu'Hilary est obligée de le tuer, les flics sont obligés de constater les faits.
Tout semble ne pas trop mal se terminer quand Hilary est... encore agressée. Par Frye.

Tout commence d'une manière un peu classique, voire stéréotypée. La demoiselle en détresse, le bon flic, le méchant flic, le taré... mais en réalité, Koontz va rapidement brouiller les cartes. C'est d'ailleurs le propre du bonhomme. Vous regardez sa main droite ? Il vous fait les poches avec la gauche. Vous pensiez que ce personnage était un salaud ? Vous allez chialer quand il va crever (véridique, je me suis mis à chialer comme un gosse - mais en même temps, quand j'ai lu ce livre, j'étais un gosse - lors d'une scène incroyablement forte). Vous pensez avoir affaire à du fantastique ? On vous livre une explication rationnelle.

Une putain de bonne histoire dont on ressort lessivé et heureux.


Le Rideau de Ténèbres (Darkfall)

Jack Dawson est un flic new-yorkais qui s'occupe seul de ses deux enfants depuis le décès de sa femme.
Il va être amené à enquêter sur des meurtres extrêmement violents qui visent des membres de la pègre. Les corps sont déchiquetés, labourés par d'étranges morsures...
Dawson penche bientôt pour une explication surnaturelle, impliquant le vaudou, alors que sa collègue, Rebecca, ne veut pas en entendre parler.
Pourtant, une porte est bien en train de s'ouvrir sur notre monde. Une porte qu'il va falloir refermer à tout prix.

De nouveau un mélange entre polar et épouvante, avec des personnages attachants et des scènes émotionnellement fortes. La fin reste un peu prévisible et manque sans doute d'envergure pour réellement en faire un incontournable, mais l'ensemble se lit avec un réel plaisir. Et puis il y a le froid, l'hiver qui recouvre la ville et impose son rythme, sa noirceur, comme si les créatures démoniaques dont il est question apportaient avec elles leur univers glacé et sombre. 

Ce roman de Koontz est parfois injustement considéré comme mineur, voire décrié, alors qu'il possède de véritables qualités et plonge le lecteur dans un rapport aussi direct que malsain avec le Mal.
À découvrir.


Chasse à Mort (Watchers)

Attention, le pitch de ce roman peut sembler absurde, mais certaines scènes ont un impact et une portée émotionnelle inégalés, surtout si l'on est un peu sensible à la cause animale et que l'on aime les boules de poils.
Koontz est un passionné de chiens, et notamment de Golden Retriever (difficile de ne pas trouver ce chien sympathique quand vous voyez sa bonne bouille). Il lui arrive donc de mettre cet animal au centre de ses intrigues (comme par exemple dans Soir de Cauchemar). C'est le cas dans Chasse à Mort, qui est probablement l'un des meilleurs romans décrivant l'amour inconditionnel et indicible qui peut unir un homme et une bestiole.

Travis Cornell est un ancien militaire des forces spéciales, un solitaire, cynique, qui vit dans le conté d'Orange, en Californie. Lorsqu'il rencontre Einstein, un chien très amical qui semble abandonné, il décide de l'adopter. Il va rapidement se rendre compte que le toutou est incroyablement intelligent, mais aussi que des gens mal intentionnés, et une effroyable créature, le poursuivent...

Bon, on retrouve ici le mec, triste et seul, qui va rencontrer la nana sympa qui tombe sous son charme, OK, c'est terriblement convenu, mais l'essentiel n'est heureusement pas là. Et pour une fois, il n'est pas difficile d'aborder l'essentiel sans dévoiler un élément crucial. C'est une simple histoire (enfin, "simple", il y a du fantastique là-dedans, bien sûr) d'amour. Pas entre Travis et Nora, mais entre Einstein et l'Homme, au sens large. 
Le rapport que l'on peut avoir avec un animal est parfois moqué par des gens qui n'ont jamais rien éprouvé de tel et font l'erreur de croire qu'une échelle des sentiments existe. Ou qu'un rapport affectueux serait plus noble qu'un autre. Ce qui est très bien mis en scène ici, avec certes un chien hors du commun et un anthropomorphisme dangereux (mais relativement bien employé), ce n'est rien d'autre que la pureté d'un sentiment désintéressé, qui est d'autant plus magique qu'il est inter-espèce. 

Est-ce que c'est plein de bons sentiments ? Oui, mais ça fonctionne, et parfois ça ne fait pas de mal d'avoir un peu de sucre entre deux giclées d'acide.


Les Étrangers (Strangers)

Je me rends compte que tous les romans de ma sélection datent des années 80. Pourtant, je ne les ai pas tous lus à leur sortie. Il faut croire que cette période de Koontz m'a particulièrement plu.

Les personnages de Strangers n'ont visiblement rien en commun. À part une chose. La peur. Le petit grain de sable qui vient perturber leur vie en apparence normale et rangée. Un écrivain sujet à des crises de somnambulisme, un ancien marine qui a peur de l'obscurité, un prêtre qui perd la foi, une jeune femme, chirurgien, qui a des absences effrayantes...
La première partie du roman est addictive et baigne dans une atmosphère tendue et mystérieuse, le tout servi par des personnages intéressants et attachants. La conclusion n'est pas tout à fait à la hauteur des attentes générées par un début vraiment bon et maîtrisé, mais l'ensemble demeure agréable à lire. 

Peut-être le plus "kingien" des Koontz au niveau de la construction des personnages et de la mise en place de l'intrigue. Je suis toujours étonné, atterré même, lorsque je vois des commentaires (sur des sites américains ou français) négatifs sur la longueur de ce roman. Long, ça ? Carrément pas (que dire alors de The Dark Tower ou A Song of Ice and Fire ?), mais surtout, aucun mot n'est en trop. Tout concourt, jusqu'à la moindre virgule, à bâtir une solide histoire dans laquelle l'on s'immerge, page après page.
La longueur n'est pas une valeur absolue. Trop long, cela veut dire chiant. Et certains auteurs sont déjà trop "longs" en deux pages, ou même trois phrases. 

Il existe aussi des lecteurs qui - et c'est sans doute risqué de l'admettre - ne savent pas lire. Oh, ils savent déchiffrer les mots, bien sûr, mais ils ne comprennent pas les particularités et la magie du roman en tant que medium. Ils veulent des résumés d'histoires. Des ersatz de personnages. Des livres maigres.
Et pourtant, un bon livre est toujours trop court.
La plupart des histoires - des bonnes histoires - peuvent se résumer en quelques mots, quelques lignes au pire. Mais quel serait l'intérêt de procéder ainsi ? Le but n'est jamais essentiel, c'est le cheminement qui importe.
Qu'elle fasse 200 pages ou 5000, une bonne histoire a la taille idéale. Celle qui convient à ses protagonistes, à son rythme et à son auteur. Il m'est arrivé de lire de mauvais Koontz, et ils étaient déjà désagréables à la vingtième page. Les bons, en général, le restent jusqu'à la fin. C'est, je le crois, le cas de ces cinq romans. Et si je ne vous en dis pas trop sur ce dernier, c'est volontaire. Il est des choses qu'il est bon de découvrir seul, tard, entouré par la Nuit et protégé par la Couette...


Peut-être n'aimerez-vous pas tous ces livres. Une recette, aussi bonne soit-elle, ne convient pas forcément à toutes les tables. Mais au moins, il n'y a pas ici de tricherie sur la marchandise. Le type a du talent, un savoir-faire indéniable et il bosse (on ne peut pas arriver à ce genre de résultats quand on pratique l'écriture en dilettante). 
Si l'on me demandait dans quel genre se situe Koontz, je serais incapable de le dire. Épouvante, thriller, fantastique ? Un peu de tout ça. Par contre, je sais, depuis longtemps ce qu'il écrit réellement.
De bonnes histoires.
Et si parfois il y en a de moins bonnes, elles sont vite oubliées. Parce que ce qu'il reste à la fin, ce sont ces moments incroyables, quand les traces d'encre sur le papier se transforment en émotion réelle.
La magie existe. Et Koontz est l'un des sorciers qui peuvent embellir votre quotidien et agrandir votre monde.

Si le cœur vous en dit, laissez-vous tenter. Des tas de bons personnages n'attendent que vos yeux pour renaître à la vie et vous faire frissonner... encore une fois.



Anatomie de l'horreur
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Lire un Stephen King [voir la page UMAC qui lui est consacrée] qui n’est pas de la fiction engendre une certaine gêne aux entournures : on retrouve tous les gimmicks de cet auteur, sa prédilection pour les phrases aux nombreuses propositions juxtaposée, sa manière bien à lui d’interpeller le lecteur, son goût pour les citations qui lui permettent d’étaler sa culture avec générosité mais sans snobisme et le souci de narrer par le menu nombre d’anecdotes qui produisent leur lot de digressions, lesquelles hachent le rythme de lecture – quand ce ne sont pas les myriades de notes de bas de page, renvoyées à la fin de l’ouvrage pour davantage de commodité par l’éditeur. 

Sauf que le but n’est cette fois pas de raconter quelque chose (en dehors de petits moments puisés dans sa vie personnelle – alors même qu’il promettait au début de ne pas se laisser aller à l’autobiographie) mais de produire un essai, plus ou moins définitif, sur son genre de prédilection : l’horreur.
 
Les six « maîtres du macabre » cités en dédicace donnent le ton : ceux qui s’y connaissent un peu en littérature fantastique entreverront immédiatement les chemins qui seront empruntés au long de ces 620 pages (c’est de la nouvelle édition augmentée publiée par Albin Michel que nous parlons ici).

Il est facile – peut-être trop facile – de rendre hommage aux morts. Ce livre est dédié à six maîtres du macabre qui sont encore en vie. 
            Robert Bloch

            Jorge Luis Borges

            Ray Bradbury

            Frank Belknap Long

            Donald Wandrei

            Manly Wade Wellman

Évidemment, ces artistes sont tous décédés depuis (Bradbury, le dernier, nous a quittés en 2012).
 

Une bonne partie du livre va alors s’efforcer, parfois par des voies détournées, de décrire comment ces noms ont aussi profondément marqué King dans son domaine favori. Toutefois, il va d’abord s’évertuer à divaguer sur la notion même de l’horreur, la raccrochant à des genres avant d’avouer qu’il n’aime pas vraiment l’étiquette « fantastique » trop généralement accolée à celui-ci, oscillant entre épouvante et terreur et mettant ensuite en place la dualité apollinienne & dionysiaque propre à chaque récit apparenté : l’ordre et le chaos, l’un n’existant pas sans l’autre. Ces termes lui serviront insensiblement de leitmotiv jusque dans la dernière partie. Pour le reste, au travers de ce qui ressemble dans les premières pages (et de son propre aveu) à un joyeux foutoir, King s’appliquera à tenter de ranger les grandes histoires archétypales dans quatre catégories, représentées par une carte d’un jeu imaginaire, sorte de lame de Tarot, dérivée de son explication de texte sur Qu’est-ce qu’exactement un monstre ? dans le chapitre 2, menant donc au chapitre 3 : « Contes du Tarot ». Les trois premières catégories (le Vampire, le Loup-Garou et la Chose sans nom) seront alors exposées par le biais de textes fondateurs, illustrés ensuite par les comics de l’âge d’or des pulps, les premières séries radiophoniques (pour lesquelles il semble garder une émouvante nostalgie) puis télévisuelles, et bien entendu le cinéma.
 

Ainsi le verrons-nous s’étendre longuement sur les circonstances de la création de Frankenstein de Mary Shelley, sur les deux meilleures histoires de Maison hantée et sur quelques-uns de ses artistes de chevet (Lovecraft, bien entendu, mais aussi Ray Bradbury ou Peter Straub pour lequel il voue une grande admiration), tout en assénant quelques scuds parfois étonnants : il considère Mad Max comme un navet sans intérêt et qualifie The Sorcerer de William Friedkin de nanar (mais un nanar qu’il aime bien, quand même). En revanche, on peut être surpris par ses propos sur Kubrick, dont il apprécie le talent et souligne la « vision » et la perversité de sa mise en scène – alors même qu’on nous a régulièrement expliqué qu’il détestait la version cinéma de Shining. Voici des propos sains de la part d’un homme assagi, et on était encore en 1987. 
 

De manière générale, il va mettre en avant les films-clefs du genre horrifique (de Freaks à Amityville, en passant par le Projet Blair Witch et l'Exorciste via les films de la Hammer), les romans incontournables qui constituent la clef de voûte de la catégorie (Frankenstein déjà cité plus haut, Le Cas étrange du Dr Jekyll & Mr Hyde, Dracula, Le Roi en jaune et tous ceux qu'il considère comme leurs dignes successeurs) ainsi que quelques-unes des séries phares, radiodiffusées ou télévisées, avec un long passage très intéressant sur Twilight Zone. La surabondance de références et de citations poussera le maniaque à constamment aller en fin de volume pour lire la note méticuleusement préparée (et complétée par les traducteurs), ce qui nuira considérablement au confort de lecture. Au final, il avoue lui-même ne pas avoir cherché à établir un traité exhaustif sur l’horreur, mais à s’épancher sur ce qui l’a toujours fait tripper, lui procurant les sensations les plus puissantes et durables. Le plaisir qu’on y prendra dépendra éventuellement des choix qu’il effectue en toute connaissance de cause, et de la manière dont il les défend : pour peu qu’on ne soit pas du tout d’accord, l’on risque de lire certains passages de manière biaisée. Cependant, un de ses avantages incontestables sera sans aucun doute de pousser le passionné à trouver une œuvre qu’il ne connaît pas afin de compléter sa culture horrifique : ne serait-ce ainsi que pour sa fonction de catalogue, l’ouvrage s’avère une excellente mine pleine de trésors, dont notamment ces nanars qu’il affectionne (une bonne partie d’un chapitre entier est d’ailleurs consacrée à ces films objectivement mauvais mais qui parviennent à dégager un petit quelque chose de fascinant – et le genre « horreur » en regorge, à n’en pas douter).


Au final, on s'en tire avec une œuvre qui viendra agréablement solliciter la culture de chaque lecteur, lequel aura sans conteste repéré le film, la série ou le roman qu'il ne connaît pas (encore) mais qui lui a été présenté avec tant d'ardeur et d'enthousiasme par Stephen King qu'il lui semblera vital de se le procurer au plus tôt. La masse impressionnante de titres et d'artistes cités, au risque d'étourdir le profane, ne pourra qu'enrichir les connaissances de chacun, à l'image des deux appendices (les 100 livres et les 100 films les plus représentatifs de l'horreur) qui ne constituent en rien un absolu (ils ne sont même pas rangés, ou classés) mais peuvent susciter l'envie d'en découvrir davantage - ou engendrer un challenge à relever entre amis ou membres d'une association de passionnés. 

Toutefois, précisons que bon nombre de lecteurs risquent d'en ressortir déçus s'ils se fient aux sous-titres qui ont parfois fleuri sur les jaquettes des éditions françaises : "l'Univers de King par lui-même". Bien qu'il évoque souvent Salem (qu'il préfère d'ailleurs classer dans la section "Maison hantée" plutôt que sous "vampire"), Shining et surtout Carrie, il ne s'attarde pas sur son œuvre propre, attribuant souvent quelques qualités mais beaucoup de défauts à ses textes de jeunesse (avec ce même regard qu'il porte sur le premier tome de La Tour sombre). Et même s'il explique combien Carrie a changé sa vie - le faisant passer de modeste enseignant à écrivain - il n'estime jamais que l'un de ses textes figure au panthéon des catégories qu'il a édictées. On s'amusera d'ailleurs à ce sujet de son regard très critique, voire acerbe, sur les... critiques littéraires.

Enfin, une petite recommandation : à ne pas confondre avec le recueil de nouvelles Danse macabre. Ce dernier est le titre français d'un livre intitulé Night Shift dans sa version originale, mais "Danse macabre" est également le titre... anglais d'Anatomie de l'horreur [voir ci-contre et un peu plus haut] ! Pourquoi faire simple...

Un livre pour les amateurs et les curieux, parfois frustrant, parfois excitant.

Dans le même ordre d'idées, Nolt avait dressé une petite synthèse axée sur la technique d'écriture de la peur, où l'on ne sera pas surpris de retrouver bon nombre des artistes évoqués par Stephen King.

Image générée par IA.



+ Les points positifs - Les points négatifs
  • Une étude ambitieuse.
  • Une tentative de  catégorisation assez intéressante.
  • Une montagne de références (près de 70 pages de notes de fin de volume !).
  • De nombreuses anecdotes personnelles.


  • Parfois brouillon, souvent répétitif.
  • La version augmentée n'ajoute rien au corpus qui demeure confiné au champ d'investigation original (des années 30 aux années 80).
Sections de Bibliothèque - partie 1
Par



La fin d'année approche, le temps est au bilan et aux regards en arrière... l'occasion idéale pour m'attarder sur l'une de mes collections les plus importantes (en taille et en émotion) : les livres. Ces rayonnages, ployant sous le poids des pages et d'auteurs souvent brillants, me permettront de revenir sur des titres très connus, d'autres un peu moins. Bon voyage dans ce dédale de papier !




TINTIN
À ce jour, ma plus grande collection en termes d'ouvrages, puisqu'ils remplissent à eux seuls trois grands casiers de 80 cm. Tintin, ce fut ma passion littéraire d'enfance. Recevoir un nouvel album me procurait un plaisir immense. Je me souviens encore des couvertures immaculées et brillantes, des pages tournées avec bonheur, de l'odeur des planches. Il m'arrive encore de relire des albums avec le même plaisir. On pourrait bien entendu débattre de la gestion de l'œuvre par certains commerçants sans âme qui ont hérité d'un patrimoine qu'ils malmènent et surexploitent sans vergogne, mais je préfère m'attarder sur le savoir-faire d'Hergé (dont on a longuement parlé dans ce dossier). Ce type, à une époque où tout était encore à inventer, a réussi à trouver des astuces narratives aussi efficaces qu'intemporelles. Il a réussi à livrer, surtout, des aventures passionnantes et suffisamment pensées et travaillées, en respectant le jeune lectorat qui était alors exclusivement sa cible. Cet auteur est devenue une légende à une époque où pour le devenir, il fallait encore faire montre d'un talent exceptionnel et de capacités uniques. Je lui dois de doux et excitants souvenirs. Il aura à jamais une place à part dans mon cœur et dans ma bibliothèque.  

Conseil pour les collectionneurs :
Si vous souhaitez de belles éditions (très complètes en matière de bonus, illustrations, analyses et rédactionnel) encore disponibles d'occasion (en bon état) à des prix raisonnables, optez pour les Archives Tintin publiées par Atlas (à gauche sur la photo 2), de superbes tomes très complets. 

Pour aller plus loin sur le sujet : 








TANGUY & LAVERDURE
L'on prête à Léonard de Vinci l'une des plus belles citations sur l'aviation : "Dès lors que vous aurez goûté au vol, vous marcherez à jamais sur terre les yeux tournés vers le ciel."
Dans mon cas, c'est bien avant d'avoir goûté au vol que, déjà, mes yeux scrutaient l'azur. J'ai toujours trouvé fascinants ces engins aux formes élégantes, qui évoluaient en défiant l'attraction. Et en termes d'aventures aéronautiques, la série Tanguy & Laverdure a toujours été, selon moi, un cran au-dessus des autres. D'une part parce qu'elle mettait en scène des pilotes français, mais surtout parce qu'elle bénéficiait du talent de Jean-Michel Charlier, scénariste terriblement sous-estimé et pourtant auteur de nombreuses excellentes séries. Dès que je l'ai pu, j'ai acquis l'intégrale de la série originelle, plus quelques albums modernes, pas toujours à la hauteur malheureusement (cf. cet article, entre autres).
Je repense encore souvent, avec nostalgie, aux premiers pas de Michel et Ernest, à l'escadrille des Cigognes, aux éditions 16/22 de Dargaud (une façon bon marché de faire main basse sur quelques albums à l'époque) et aux Mystère, Fouga Magister et autres Mirage qui ont enflammé mon imagination et traversé des planches inoubliables. 

Anecdote de rayonnage : 
Pas mal d'autres univers ici, dont les Schtroumpfs ou encore quelques Jérôme K. Jérôme Bloche. Des morceaux d'enfance ou d'adolescence, compactés en volumes de papier combattant le Temps, ce grand ennemi des pages et des lecteurs. 

Pour aller plus loin sur le sujet :






MICHEL VAILLANT
Voilà l'exemple parfait qui permet de démontrer qu'il n'est en rien nécessaire d'être passionné par un domaine pour apprécier une série qui s'y rapporte. J'ai pour la bagnole le même attrait que j'éprouve devant un tournevis ou une cuillère : c'est un outil bien pratique mais qui n'enflamme nullement mon esprit. Si je suis devenu fan des Michel Vaillant de Jean Graton, c'est plus par attrait pour les bonnes BD que pour les courses et rallyes. Il faut dire que j'ai bien commencé, car encore collégien, c'est l'album L'honneur du Samouraï qui retint mon attention. Un chef-d'œuvre narratif, avec une introduction habile et drôle qui permet de présenter véhicules et personnages, un affrontement loin d'être manichéen, des courses habilement mises en scène et des moments épiques alternant avec des scènes plus intimistes mais parfaitement amenées. Les 70 albums de la série historique ne sont pas tous de cette qualité, il faut bien l'avouer. Par contre, notons que la saison 2, toujours en cours, figure parmi les meilleures reprises à ce jour.

Pour aller plus loin sur le sujet :






FABLES
Si j'éprouve de nos jours un désintérêt certain pour ce que sont devenus les comics mainstream des géants de l'industrie américaine, il y a tout de même quelques séries, non super-héroïques, qui figurent encore dans mon top 20 des meilleurs BD de tous les temps. Le Fables de Willingham en fait évidemment partie. C'est une œuvre que j'ai découverte adulte, avec un œil plus acéré et des exigences revues à la hausse, et bien que le sujet ne m'emballait pas, là encore, je fus conquis par la qualité du récit, à la fois prenant, intelligent et émouvant. 
L'intégrale publiée par Urban figure parmi les indispensables de cet éditeur. Un moment de pur bonheur. Une bulle de beau dans un monde de merde. 

Anecdote de rayonnage
Vous l'avez peut-être noté, cette section comprend aussi l'intégrale Druuna de Serpieri, un mythe presque pour les lecteurs de mon âge qui, étant jeunes, feuilletaient fébrilement au supermarché ces BD mêlant érotisme et science-fiction. Ça a toujours son intérêt aujourd'hui, car au final, l'auteur, un maître des "fumetti", est un excellent dessinateur et livre ici des fantasmes certes crus mais raisonnables comparés aux saloperies pédophiles que certains publient de nos jours sous couvert de "divertissement".  

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SPIDER-MAN / MARVEL
Un de mes coups de cœur d'enfance. C'est ma grand-mère maternelle qui m'achetait à l'époque des albums grand format du Tisseur, publiés par Lug. C'était très différent de la BD franco-belge, qui est toujours restée ma culture de base et ma passion première, mais j'adorais le personnage et le côté très "désorganisé" (par rapport aux BD que je connaissais alors) des planches. 
Je n'aurais jamais imaginé que, adulte, j'en viendrais à bosser sur Amazing Spider-Man (et la plupart des autres séries Marvel ou DC). Par contre, Panini et son impéritie m'ont guéri de la VF. Je ne conserve que des albums en VO, ici notamment l'excellent run de Straczynski ou encore l'épopée Civil War.
Il m'arrive encore de feuilleter certains albums, de voir le Monte-en-l'air et de ressentir une bouffée de ce passé imparfait mais magnifié par le temps. Je me rappelle de ma chambre de gamin, de mes parents encore jeunes, de l'école, du bon et du doux, mais aussi du moins bon et du rugueux. Le temps n'est pas toujours un ennemi. Sauf peut-être pour les pages qui jaunissent et se fanent.  

Pour aller plus loin sur le sujet :
Dossier Civil War







ARTS MARTIAUX & ROLAND HABERSETZER
J'ai franchi la porte d'un dojo à 15 ans. Parce que j'avais vu pas mal de films plus ou moins bons traitant du karaté, mais surtout parce que je suis tombé, à l'époque, sur le Karate-Do en trois tomes de Maître Habersetzer. L'auteur, dont je collectionne les ouvrages depuis (et l'un des plus grands experts français dans le domaine) y faisait preuve d'une telle passion, d'une telle intelligence, d'une telle honnêteté, qu'il était impossible de ne pas se laisser embarquer par sa prose, efficace, et ses dessins, clairs et techniques. Là encore, la chance, un peu poussée il est vrai par mon travail et un peu d'audace, me permit d'interviewer ce grand monsieur, d'abord pour la presse écrite, puis sur UMAC. Depuis, nous entretenons une correspondance sporadique mais salutaire (pour moi). Maître Habersetzer m'a fait deux cadeaux précieux, dont je mesure l'importance : il m'a adressé l'un des exemplaires, dédicacé, de son livre Mémoires, un ouvrage à tirage confidentiel, limité à ses proches ; et il a accepté d'écrire la préface de mon recueil de nouvelles, Jour de Neige. Cet homme, droit dans ses bottes, sage, cultivé, bienveillant et courageux, demeure à ce jour pour moi un phare dans la nuit. Et dans un monde où les lumières sont de plus en plus rares et pâles, ça compte. Ça compte beaucoup. 

Conseil pour les collectionneurs : 
Si le sujet vous intéresse et que vous souhaitez allez au-delà de l'approche purement technique, n'hésitez pas à vous procurer le Fondamentalement Martial, de Roland Habersetzer, un ouvrage regroupant des articles de fond, variés et d'une grande intelligence, qui questionnent la pratique des arts martiaux, sa finalité, et se penchent aussi sur les droits et les devoirs d'un homme (ou d'une femme) moderne face à la violence qu'il convient de contrôler, qu'elle vienne d'autrui ou de soi. Une somme de réflexions d'une richesse inégalée.  

Pour aller plus loin sur le sujet :





FANTOMIALD ET LA FAMILLE DUCK
Ah, ce que j'ai aimé Donald étant petit ! Le samedi, j'allais sur le marché de ma ville, acheter des Picsou Magazine et autres Mickey Parade. Le bouquiniste d'alors était un brave bougre, il reprenait automatiquement tous les livres qu'on lui ramenait, permettant ainsi aux enfants comme moi de renouveler leurs lectures à bas coût. Je revenais alors chez moi, m'installais dans ma chambre et tournais les pages, pendant des heures. À l'époque, les week-ends duraient une éternité. 
Je me suis rendu compte, bien plus tard, que j'aimais surtout les auteurs italiens ayant pris en main le destin de Donald. Leurs versions, différentes, plus émouvantes et innovantes, m'ont marqué longuement, que ce soit Fantomiald ou Mac Danold. J'en ai récupéré un bon nombre, en VF ou en anglais. Je crois que les collectionneurs ont ceci de particulier qu'ils essaient de faire plaisir à l'enfant qui est en eux, ce qui est impossible, évidemment, car si les souvenirs agréables sont ceux de l'enfant, les yeux, le cœur et l'âme sont devenus adultes et demandent plus que ce qui suffisait à les irriguer naguère. 

Anecdote de rayonnage : 
Pas mal de trucs en vrac ici, dont un From Hell qui s'est perdu là, les Girls et le Ultra des frères Luna, des Marvel "best sellers" petit format édités par Panini et les Out There d'Augustyn et Ramos. 

Pour aller plus loin sur le sujet :
La Parenthèse de Virgul #9 : Canard Masqué
Écho #51 : Recueil Mac Danold







ARSÈNE LUPIN
Maurice Leblanc a été pour moi une révélation. Quand je lis l'un de ses romans, à 12 ans (sans doute mon premier véritable roman "adulte"), je suis embarqué dans une intrigue passionnante, parsemée de rebondissements inattendus, de coups de théâtre, de moments intenses. À aucun moment, alors que l'on est dans les années 80, je ne ressens le poids du temps sur la prose de Leblanc, à peine peut-être une jolie patine. J'aime ce que je lis, ce que je ressens, cette fébrilité qui me fait tourner les pages, ce suspense qui me prend aux tripes, ce Lupin qui semble si mystérieux et si formidable ! J'ai envie de crier à tout le monde que c'est génial, qu'il faut lire ce truc... mais non, inutile, c'est connu. Très connu. Et ça me paraît juste que ça le soit, parce que c'est vachement bien. Plus tard, bien plus tard, à l'occasion des 120 ans du personnage, j'écrirai, le cœur serré et la passion intacte, un article pour rendre hommage au vieux Leblanc et aux fantastiques Boileau et Narcejac, qui lui ont succédé. Et aujourd'hui encore, je continue de penser que si je suis devenu écrivain, si Le Sang des Héros et L'Ombre de Doreckam, dans des registres bien différents, ont pu voir le jour, c'est essentiellement grâce à l'auteur du gentleman cambrioleur. Parce qu'on n'oublie jamais sa "première fois". Et que lorsqu'elle est extraordinaire, elle peut inspirer toute une vie, ou au moins une plume. 

Anecdote de rayonnage : 
L'on peut voir dans ce casier la Saga du Roi Arthur, de Bernard Cornwell, probablement ce qui s'est fait de plus beau, de plus subtil et de plus inspirant sur le sujet. 

Pour aller plus loin sur le sujet :






MOORE (pas celui auquel vous pensez)
Il existe pas mal de Moore dans le milieu des comics, du Alan ronchonnant au plus discret Tony, mais c'est ici Terry qui nous intéresse. Le gaillard a un style bien à lui, il a mis à l'honneur des héroïnes charismatiques bien avant que cela devienne un diktat des demeurées "féministes" qui revendiquent des libertés qu'elles ont déjà (et se gardent bien d'aller gueuler là où ces libertés sont absentes, forcément : on ne peut mener que les combats délimités par son courage), et il a même fini par bâtir un ensemble de séries formant une sorte de mooreverse, qui culminera et trouvera sa conclusion dans Cinq Ans
On lui doit cependant surtout Strangers in Paradise, qui reste selon moi une des meilleures séries de comics, tant sur le plan de la profondeur des personnages que des thèmes abordés. Terry Moore fait partie de ces auteurs importants, qui ne sont pas des génies, qui peuvent se tromper, qui peuvent décevoir, mais qui demeurent foncièrement indispensables, parce qu'ils manipulent la magie à l'état pur, et que la magie manque. 

Anecdote de rayonnage :
Vous aurez noté la présence d'ouvrages de Go Nagai, auteur du célèbre Goldorak. Est-ce que ces trucs sont vraiment bien ? Non. 

Pour aller plus loin sur le sujet :






LOVECRAFT
Je n'ai jamais aimé Lovecraft étant jeune. Ses récits m'emmerdaient prodigieusement. J'aimais le cadre, mais pas la prose. J'ai compris d'où cela venait une fois plus vieux et versé moi-même dans l'écriture : Lovecraft n'utilise pas ses personnages, ou pas vraiment. Il se concentre sur des descriptions, certes fascinantes mais un peu froides, et délaisse les protagonistes qui se devraient être des vecteurs d'affect, un principe fondamental de mon point de vue. Ceci dit, l'univers qu'il a construit est suffisamment riche et intrigant pour que l'on puisse passer outre ce style quelque peu aride. Je redécouvre même parfois aujourd'hui, avec plaisir, certaines nouvelles au lyrisme envoûtant, qui fonctionnent sur un style certes limité mais efficace. Qui sait ce qu'il aurait pu advenir de ce mythe, cosmique et terrifiant, si son auteur avait su y insuffler, dès le départ, un brin d'émotion humaine ? (Non pas une description de gens éprouvant de la terreur, mais bien des personnages parvenant à transmettre leurs ressentis.)   

Anecdote de rayonnage :
Plusieurs ouvrages intéressants ici, en dehors de l'univers lovecraftien. L'intégrale Locke & Key, une excellente saga dans le genre thriller fantastique, et un coffret Marvel du The Dark Tower de King. 

Pour aller plus loin sur le sujet :






MICHEL ET LE CLUB DES CINQ
Je me devais de terminer cette première partie par ce qui a enflammé mon esprit lorsque je suis passé des BD aux romans pour la jeunesse. Je les voyais ces Club des Cinq, dans la bibliothèque familiale, mais je n'avais pas le droit d'y toucher. Du moins, pas avant de savoir lire. Si je suis reconnaissant à mes parents d'une chose (pas que d'une, mais celle-ci aura une importance capitale), c'est de m'avoir inculqué très vite le respect des livres. On ne les malmène pas. On n'y touche pas si on ne veut pas les lire. Pour ma mère, ses livres étaient encore plus qu'un divertissement : ils avaient été obtenus, pour certains, "en travaillant bien à l'école", car en ce temps-là, dans le monde d'avant, on récompensait encore les bons élèves en leur offrant des heures de lecture. Ce n'était pas perçu comme une punition ou un fardeau, mais comme un accès à l'aventure, à l'imaginaire, un pur plaisir. 
À quatre ans, je savais lire. Rien de tel qu'un objectif mâtiné de mystère pour motiver un gamin. J'ai alors commencé à me plonger, seul, sans avoir besoin des adultes, dans le papier. Il y avait mes BD, toujours, Astérix, Lucky Luke, mais aussi le Club. Plus tard, je découvrirai aussi les Michel de Bayard, les rues de Corbie, et encore plus tard, Bennett et Mortimer, traduction des Jennings d'Anthony Buckeridge. Pour aimer lire, pour vraiment que la lecture devienne un indispensable plaisir, un éternel refuge, une parenthèse pleine de promesses, il faut bien débuter et éviter certains écueils. Je dois beaucoup à Enid Blyton, à Buckeridge, à Georges Bayard. Ils m'ont mis sur les bons rails, sans heurts, avec talent et douceur. Qui aujourd'hui se souvient d'eux ? Victor Hugo, que j'aime et admire, a 2555 rues à son nom en France. Bayard en possède une seule. Une petite, à Corbie, lieu de résidence de son plus célèbre personnage. Loin de moi l'idée de comparer le vieil Homme-Océan, tonnant de son exil, à ce bougre de Bayard, à l'ambition bien plus modeste et au style, il est vrai, bien plus humble. Mais pour donner accès aux fleuves les plus impressionnants, l'on oublie parfois qu'ils doivent être gonflés par bien des rus et ruisseaux. Ce qui mène à la lumière du soleil, que l'on ne peut même pas regarder, est forcément plus faible, plus diffus, plus modeste, mais pour guider dans les ténèbres, une vague lueur suffit. Et elle est souvent essentielle. 
Évidemment, je n'ai rien gardé des "Bibliothèque Verte" que j'ai lus à l'époque, mais je rachète parfois, à l'occasion, des exemplaires qui constituent alors d'étranges portes vers le passé. Presque de la nostalgie sous forme solide. 

Pour aller plus loin sur le sujet :
La Parenthèse de Virgul #38 : le Club tente la fusion impossible





Les livres que l'on conserve après les avoir lus deviennent plus que des livres. Ils sont le témoignage physique d'émotions bien réelles mais issues d'univers fictifs. Un sanctuaire pour vos cicatrices et vos souvenirs. Une sorte de trait d'union entre l'imaginaire et la réalité, une preuve que la magie existe, que les mots ont un effet et que le papier et l'encre sont à manier avec prudence, mais aussi avec audace.
Le livre dont les pages ont jauni, dont la reliure s'est craquelée, nous rappelle aussi, comme le vinyle qui craque sous le diamant qui creuse ses sillons, que le temps, si l'on n'y prend garde, emporte tout, et souvent l'essentiel.  
On dit à tort que les écrits restent, mais ils ne restent que si on les préserve, du temps comme des imbéciles qui rêvent de les réécrire sans cesse, selon la mode, l'envie ou le slogan du moment. 
Les régimes autoritaires, tout comme la plupart des démocraties, fausses ou réelles, ont toujours voulu régenter l'écrit, les auteurs et ce à quoi le peuple à accès. Parce que les mots ont un poids, une fonction. Ils charrient les idées et renforcent les convictions, ils questionnent les absurdités présentées comme des évidences, ils bousculent et alertent, ils blessent mais réconfortent et ouvrent des horizons. La plume et le glaive, surtout lorsqu'ils sont aiguisés et bien maniés, devraient être les seuls fondamentaux qu'aucun pouvoir ne peut interdire. Car le fait de s'instruire et de se défendre n'est pas seulement un droit naturel, c'est un devoir sacré. 
Le livre, ce n'est pas seulement le divertissement, c'est aussi le pilier sur lequel bâtir un raisonnement, une langue, parfois même une morale ou une nation. C'est parce qu'il est important qu'il fait peur aux scélérats et aux ganaches qui les servent. Et c'est parce que nul n'accède à la complétude en se défaisant d'une partie de son âme et de son passé que nos auteurs et nos pages méritent respect et considération.
Peu importe que votre bibliothèque soit remplie de Tintin ou d'ouvrages du grand Hugo. Peu importe que vous aimiez Abercrombie, Jules Verne ou Orwell. Ce sont tous des cours d'eau. Certains sont des fleuves, d'autres des ruisseaux, mais ils mènent tous au même océan. Cet océan, immense, multiple, où l'on peut se perdre mais aussi se trouver vraiment. 
Je dois beaucoup aux livres, à mes livres. Pas tant ceux que j'ai écrits mais ceux que j'ai lus. Ce sont les piliers de mon esprit. Et bien plus important, ils sont les piliers de notre civilisation. Des piliers centenaires parfois mais fragiles, car si on ne les lit plus – et on lit de moins en moins de nos jours dans nos contrées –, ils deviendront plus petits, plus ternes, plus transparents, jusqu'à disparaître sous le tic-tac des horloges et le ricanement des hyènes.
Si vous n'avez pas été initié, lorsque votre esprit était jeune et alerte, au plaisir de la lecture, alors pardon. Pardon pour ce système inique qui vous a spolié de l'essentiel. Nous, Gaulois, aurions dû hurler quand on nous imposait une hérésie scolaire et quand, piloté de l'étranger, un gouvernement félon sciait des branches naguère considérées comme essentielles.  
Lire est devenu, dans la France moderne et européiste, synonyme d'une lecture technique, aride, idiote et fade. On lit scolairement un courrier de l'administration, un mail publicitaire, un ticket de caisse. Mais lire, d'un point de vue littéraire, demeure bien plus que cela. Lire, c'est élargir le monde, scier les barreaux du système, se donner la chance de s'explorer vraiment pour découvrir qui l'on est. Et découvrir d'autres pensées que les siennes. Pas des slogans, pas des publicités, pas des lois, mais l'immensité infinie du possible. 

Soyez des résistants. Tournez des pages. 
(Il me reste pas mal de rayons à explorer, mais ce sera pour une partie 2...)